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Rss L'épopée des Chasseurs ardennais en mai 40

Ce que nous allons dire de quelques-uns vaut pour les quelque cinq cents chasseurs ardennais tombés au champ d'honneur pendant les dix-huit jours de la campagne de Belgique, en mai 1940. En fait, cela vaudrait aussi, quelle que soit la forme du sacrifice, pour tous ceux et celles dont la vie racheta un jour la liberté de chacun.

CHABREHEZ

Les aléas de la campagne de 1940 vont conduire les régiments à la hure, des coteaux frontaliers jusqu'au réduit de la Lys.
Lorsque le soleil du 10 mai se lève aux horizons d'Ardenne, il reste bien peu d'heures à vivre à Benjamin Gourmet. Sous-lieutenant d'active, il commande les mitrailleurs du point d'appui de Chabrehez, qui va barrer la route jusqu'à la nuit tombante à l'avant-garde de la Division blindée commandée en personne par Rommel. Quand au plus fort du combat, il sera frappé de plein fouet, un dernier réflexe de sa vie terrestre fige le sous-lieutenant Gourmet au garde-à-vous et on l'entendra prononcer deux mots, très distinctement comme un ordre, ou un appel, ou un défi: " Ici Gourmet! "avant de s'abattre d'un bloc, face contre terre. Dernier ordre? Dernier souci de ceux qu'il quittait? Dernier défi à l'ennemi qui vient de l'abattre?
Allez donc savoir! Ou pourquoi pas? - premier message venu du fond de ces limbes dont l'homme ne saura jamais rien avant de les rejoindre, pour affirmer un être unique en même temps que la symbolique de son sacrifice; "Ici Gourmet! Ici un soldat de Belgique envahie! Ici la Belgique!... Passant, va dire à ton peuple... "
Ne serait-pas ainsi que se perpétue par delà le temps et les hommes cette " vertu décisive des défenses nécessaires et la constante valeur de l'action pure d'arrière-pensée et d'intérêt, dans le souvenir de ceux qui furent, jusqu'à leur sang, fidèles... "


BODANGE

" Bricart et ses soixante Chasseurs ardennais! "
Une responsabilité acceptée par chacun, de l'humble soldat au commandant de compagnie
Un chef et quelques hommes, noués les uns aux autres par une foi ardente en leur mission et une volonté déterminée de remplir leur devoir quoi qu'il en coûte. Une poignée d'hommes...
Nous allons les voir accueillir et contenir l'attaque de tout un régiment d'infanterie d'élite soutenu par un groupe d'artillerie, faire face à une double manœuvre d'enveloppement et tenir l'ennemi en échec pendant les six heures d'une résistance acharnée et sans espoir.
La 1ière Division blindée allemande doit atteindre Sedan au plus tôt. Mais bloquée par la résistance de Bodange, elle piétinera pendant toute la journée du 10 mai.
Et quand en fin de journée l'infanterie allemande aura pu se rendre maîtresse de la position, l'adversaire ne voudra pas croire qu'il n'avait devant lui que ces quelques hommes. Quelle leçon.
Le personnel des Chasseurs Ardennais est en grosse majorité originaire des Ardennes, de cette race solide des plateaux ardennais, imperméable à la propagande allemande, car elle garde très vif le souvenir du passage des armées impériales en août 1914 et des atrocités commises (2812 victimes civiles pour les provinces de Namur et de Luxembourg)
Le point d'appui de Bodange est défendu par la 5ème compagnie du 1er régiment de Chasseurs ardennais; avec 2 pelotons de fusiliers et une section de mitrailleuses. Les effectifs sont incomplets par suite des congés agricoles et des permissions. On peut les estimer à 80 combattants.
Un peu avant le combat, le commandant Bricart ayant reçu l'ordre de résister sur place, fait abandonner les positions préparées et occuper les maisons de la rue haute du village. Les Allemands en sont désorientés et signalent dans leurs rapports : " Violents feux d'armes automatiques venant d'emplacements judicieusement camouflés et fortifiés "
Ils abordent la position vers midi et le peloton Sud est bientôt submergé. Le peloton Nord tient fermement malgré l'intervention de l'artillerie allemande à laquelle les solides maisons ardennaises résistent.
Vers 17 heures, les munitions s'épuisent, le lieutenant Autphenne envisage comment il pourrait se retirer. Le sergent Cuvelier, interprète de ses camarades lui déclare: " Quelle que soit votre décision, nous vous suivrons " mais la retraite est impossible. Vers 6 heures, les Allemands se lancent à l'assaut et les Belges, à court de munitions, doivent se rendre. Les Allemands sont stupéfaits du petit nombre de défenseurs: vingt-six hommes valides! " Wo sind die andern ? " (Où sont les autres?)
demandent-ils avec insistance
A son poste de commandement, le commandant Bricart est en situation difficile. Un civil lui dit: "Rendez-vous, mon commandant, vous êtes cerné "
· " Non, j'ai été prisonnier en 1914, je ne le serai plus cette fois-ci "
· " En partant ", dira le civil, je le vois encore, abrité derrière un pan de rocher et tirant au moyen de son revolver sur les Allemands "
Voulant éviter la capture au groupe d'hommes qu'il commande encore, Bricart décide de tenter le repli par un chemin exposé au feu des mitrailleuses ennemies. Il reçoit une balle dans la tête et meurt sur le champ.
Un champ de mines immobilise encore les Allemands jusqu'à 20 heures 15.
Le soir du 10 mai, le commandant de la 1ère Panzerdivision prend la décision de remettre au lendemain la prise de Neufchâteau dont il devait s'emparer le 10 mai.
Deux pelotons de Chasseurs Ardennais ont arrêté une division pendant six heures et l'ont obligée à déployer trois bataillons et un groupe d'artillerie.


SUR LA DENDRE

Après être remontée le 13 mai aux avant-postes de la ligne KW (ligne de défense Anvers-Namur) à hauteur de Perwez la 1ère Division de Chasseurs Ardennais est à nouveau engagée sur la Dendre le 17 mai. L' ennemi prend le contact dans l'après-midi du 18 et se montre pressant, notamment à
Termonde et à Alost. Dans la nuit les Allemands tentent le passage de la Dendre par surprise sur des canots pneumatiques. Une fois, deux fois, dix fois, le barrage de feu les refoule. A l'aube, c'est l'accalmie pour quelques heures, mais les Anglais qui sont à droite de la Division annoncent qu'ils se replient à 11 heures. La Division reçoit l'autorisation de les suivre dans le repli à condition de ne pas franchir la ligne des avant-postes de la tête de pont de Gand avant 22 heures. Il faut gagner douze heures pour assurer le temps nécessaire à l'occupation coordonnée de la position de l'Escaut.
Vers 13 heures la position de la Dendre n'est plus tenable, sauf à s'y faire clouer. Le décrochage se paie de lourdes pertes. Et la lutte recommença sur une première position intermédiaire, à cinq kilomètres à l'ouest, sans tranchée, sans obstacle valable, sans rien qui puisse sembler une aide à l'homme. On y tient cependant jusqu'aux environs de 20 heures et, après un nouvel arrêt à hauteur de Westrem, la Division rentre dans la tête de pont de Gand vers minuit, ayant chèrement acquis le temps nécessaire à l'armée pour l'organisation et l'occupation de la nouvelle ligne de bataille.
Vinkt
Il n'y a pas vingt-quatre heures que la 1ière Division de Chasseurs Ardennais peut goûter un repos relatif sur l'alignement Lootenhulle - Vinkt quand lui parvient, le 25 mai à 8 heures 30 l'ordre d'alerte qui lui impose de s'installer défensivement à la lisière Est de ses cantonnements.
Une brèche s'est ouverte dans la position du canal de dérivation (Meygem ) et l'ennemi s'y rue. En rase campagne, sans plus de fortifications que lors des combats retardateurs du 19, les 1ier et 3ème régiments vont briser cet élan. Pendant près de trois jours, disposant pour la première fois d'un solide appui d'artillerie, la 1ière Division de Chasseurs Ardennais va repousser tous les assauts. Un moment, l'adversaire se flattera d'atteindre les avancées de Vinkt. Aussitôt une contre-attaque est montée qui devra déboucher par surprise à la nuit. Mais entre-temps le 1ier régiment aura rassemblé quelques pelotons de soutien. D'initiative ils seront lancés en avant, à la grenade, et Vinkt sera tenu, cependant que le coup de balai réalisé du nord au sud par le 3ième régiment donnera de l'air à la défense et renforcera sa garnison.
Les journées des 26 et 27 mai verront se développer des conditions de combat de plus en plus difficiles, du fait de l'effritement des positions belges et de certains retraits effectués en conséquence, tant au sud qu'au nord du secteur de Vinkt toujours tenu par la 1ère Division de Chasseurs ardennais le 27 au soir.
Replacée alors aux ordres directs du Grand Quartier Général, la Division, dont on a pu dire qu'elle restait, la seule encore apte à réagir en grande unité constituée, reçoit l'ordre de se porter à hauteur de la route Bruges-Tournai, pour protéger l'écoulement de l'armée vers l'Yser...
Or voici que le jour se lève… 28 mai, 6 heures, diffusé le long des colonnes, l'ordre sage et fatal est bientôt connu de tous...
Jusqu'au bout, les unités de Chasseurs Ardennais restèrent fidèles à leur esprit, et leur discipline les haussa au-dessus de toutes les dissolutions de l'heure, au-dessus même de leur licenciement forcé dans ce secteur de regroupement que plusieurs bataillons n'atteindront d'ailleurs pas, l'ennemi s'étant assuré de les détenir en captivité en les jetant sans désemparer sur les routes de l'exil…
A Vinkt, pendant ce temps-là, il y eut suffisamment de haine exaspérée par la résistance des Chasseurs ardennais pour qu'y soit perpétré de sang-froid le massacre de plus de quatre-vingt martyrs: parmi les prisonniers et parmi la population civile, autochtones et réfugiés, notables, femmes, vieillards, enfants.…
Du 10 au 28 mai 1940, l'ensemble des unités de tradition ardennaise compta cinq cent vingt-huit morts et près de deux mille cinq cents blessés, soit plus de 10% des effectifs globaux.


Source bibliographique:
Article de L. Champion dans "20 Héros de chez nous" par le Général Crahay
 
 
Note: 5
(3 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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