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Rss Il était un petit navire qui n'avait jamais navigué..........
Evasion le 16 juin 1944 depuis la côte de la mer Baltique, direction la Suède.

Il y eut relativement peu d'évasions vers la Suède: 19 au total. C'est que l'obstacle à franchir était d'importance: la mer Baltique.
De plus, la surveillance était aisée pour les Allemands. Les évadés ignoraient également l'accueil qu'ils recevraient en Suède, réputée parmi les prisonniers de guerre comme favorable à la cause allemande. Ils ne la connaissaient d'ailleurs que par les films de Kristina Söderbaum, vedette suédoise du cinéma allemand de l'époque; les articles de tendance pangermanique de l'explorateur suédois Sven Hédin et les cargos bourrés du beau minerais de fer scandinave qu'ils déchargeaient, à regret, dans les ports allemands de la Baltique et qui permettait à la machine de guerre nazie de tourner.
C'est cependant vers la Suède qu'eut lieu une des plus sensationnelles évasions collectives de prisonniers de guerre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit de :

BLAIRON Aimable, (récidiviste de l'évasion), né à Leval-Trahegnies le 26 septembre 1912, caporal au 63°régiment de ligne.
DEBOIS Maurice, né à Liège le 2 janvier 1914, brigadier au I°régiment de lanciers.
DE RIDDER Guy, né à Zwijnaarde le 8 juillet 1920, sergent d'active au I°régiment d'artillerie.
GOUSSEAU Gervais, né à Templeuve le 5 avril 1904, caporal au 27°régiment de ligne.
MAGHE Firmin, né à Courcelles le 24 mai 1919, soldat au l°régiment de ligne.

L'équipe est complétée par quatre Français: Jacques, Fribourg, Hillaire et Gaven. Tous ces prisonniers de guerre travaillent au Kommando VI/1203 du Stalag II C de Greifswald, à la firme Buchholz Richard, chantier de construction de vedettes.
Travailler toute la journée à des bateaux donne évidemment envie de prendre le large et tous nos gaillards sont bien décidés à s'enfuir à la première occasion favorable.
Comme nul d'entre eux n'est marin, ils s'efforcent de se documenter sur les choses de la mer et ils parviennent à se procurer des cartes de la côte allemande.


Carte géographique de la situation du stalag II C



Pour donner le change, ils décident de témoigner du plus grand zèle et de la plus grande soumission. Ils endorment ainsi la méfiance des Allemands. Jamais le III°Reich n'a connu meilleurs travailleurs et le chef de l'entreprise ne tarit pas d'éloges à leur égard.
Le chantier construit des vedettes rapides (75 km/heure) pour la marine de guerre et des vedettes légères destinées au remorquage des hydravions jusqu'à leur hangar.
Comme nos prisonniers ne savent jamais si le bateau qu'ils construisent ne sera pas celui qui leur procurera la liberté, ils travaillent de tout leur cœur. Jamais le plus petit sabotage à déplorer... Le groupe espérait s'emparer d'une vedette rapide, mais voilà que s'offre une bonne occasion.
Le chantier venait de terminer une vedette de remorquage. C'était un beau petit bateau de 8 mètres 25 de long et de 2 mètres 25 de large, muni d'un moteur semi-diesel de 3 cylindres de 50 chevaux, permettant d'atteindre la vitesse de 8 à 9 miles à l'heure.
Par deux fois De Ridder et Jacques, en qualité de mécaniciens, accompagnent Buchholz jusqu'à l'île de Rügen en vue de roder le moteur. Ils mettent soigneusement le moteur au point et profitent de l'occasion pour se familiariser avec la conduite du bateau et observer et noter les emplacements des bouées.
Le 15 juin, ils surprennent une conversation entre Buchholz et le capitaine d'un garde-côte en réparation au chantier. Les deux hommes projettent une randonnée jusqu'à Peenemünde, située à environ 70 kilomètres, où le bateau doit être livré En prévision de ce voyage, Buchholz demande aux mécaniciens la consommation moyenne du moteur et ceux-ci, profitant de son ignorance, lui annoncent une consommation triple de la réalité.
Buchholz fait placer à proximité de la vedette 2 fûts de 150 litres de mazout et un bidon de 50 litres d'huile et fait procéder au plein des deux réservoirs de 70 litres chacun.
Les prisonniers calculent que tout ce carburant représente environ le double de ce qui leur est nécessaire pour gagner la Suède, soit un voyage de 170 kilomètres.
Dans la soirée: grande discussion au Kommando. Jamais ne se représentera une occasion aussi favorable: on décide de tenter la nuit même la grande aventure.
A minuit, nos hommes forcent les barreaux barricadant les fenêtres de leur baraquement et, dans la nuit noire, se dirigent vers le chantier.
Ils viennent à peine d'arriver lorsque, contretemps fâcheux, les sirènes sonnent l'alarme aérienne. Il s'agit de réintégrer en vitesse la baraque de logement, car, à chaque alerte, les Allemands procèdent à un contre-appel. Heureusement, tous nos hommes occupent leurs couchettes et font mine de dormir paisiblement lorsqu'arrive le gradé allemand. Ce dernier repart complètement rassuré tout et pestant contre cette corvée inutile.
Les avions alliés se sont éloignés et l'alerte n'a duré que vingt minutes: rien n'est perdu.
Nos hommes se hâtent vers le chantier, embarquent la réserve de combustible, arborent au mât de poupe un pavillon de la marine de guerre allemande dérobé à un bâtiment en réparation et vers 01h00 heure du matin, en route pour la liberté. Ils avaient projeté de naviguer à la rame dans le petit canal menant à la pleine mer et long de 1.500 mètres, afin de ne pas attirer l'attention mais, hélas, c'est marée haute et le courant est trop fort: le bateau n'avance pas.
Force est bien de mettre le moteur en marche, malgré tout le tapage que cela va causer. Le moteur prend du premier coup et, à la vitesse de 18 km/heure, le petit bateau se dirige vers la haute mer.
Hélas, nouveau contretemps, le moteur s'arrête au beau milieu du Greifswalder Boden. Fiévreusement à la lueur d'une lampe de poche, De Ridder et Jacques se mettent au travail. Heureusement ce n'est pas grave, rien que la pompe du système de refroidissement du moteur qui s'est calée. La réparation est rapidement effectuée, la pompe amorcée au moyen de la réserve d'eau douce, et l'on repart. Comme ils ignorent si l'entrée du Greifswalder Boden est gardée militairement, ce n'est pas sans appréhension que l'équipage s'y engage. Mais, ou bien il n'y a pas de défense ou bien la garnison est endormie car tout se passe normalement. Arrivé en pleine mer, De Ridder met plein gaz et le brave petit moteur supporte allègrement cette allure forcée. De Ridder et Maghe sont à la barre. Ils se sont procuré une bonne petite boussole auprès d'un gamin de la Hitlerjugend, amateur de chocolat.
Ils naviguent à la boussole pendant environ une heure, maintenant le cap N.N.E. 28°, car il fallait se maintenir dans la passe séparant Rügen de la côte allemande.
Tout le beau travail de repérage des bouées s'avère inutile, car la nuit est noire et ils n'en aperçoivent aucune. Enfin, ils sont à la hauteur du phare de Peenemünde signalant la sortie de la passe.
Nos hommes ont un serrement de cœur. Ne va-t-on pas les apercevoir?
Mais non, la mer Baltique est une mer allemande, les Allemands se gardent très mal et le petit bateau gagne la pleine mer. De Ridder modifie la course et met cap au nord, longeant l'île de Rügen, inquiétante masse sombre, à environ 2 miles.
Vers 6 heures, le vent d'ouest se lève et, une heure plus tard, il souffle en véritable tempête.
Le petit bateau est durement secoué. L'équipage, qui jusque là s'était bien comporté, est mis en déroute: les quatre Français et deux Belges tombent malades. Seuls restent vaillants De Ridder, Maghe et Gousseau,
De Ridder et Maghe se relaient à la barre et à la boussole tandis que Gousseau s'occupe des réservoirs et s'efforce d'écoper l'eau de mer passant par-dessus bord et alourdissant le bateau.
Le moteur tourne bien, mais le vent debout est si fort que l'embarcation semble rester presque sur place. Le bateau fait des embardées terribles et nos marins improvisés, dont c'est le premier voyage en mer, parviennent malaisément à maintenir le cap. Quelques rivets sautent même à la proue et ce fait augmente l'inquiétude.
Vers 9 heures, Rügen est dépassée et disparaît progressivement à l'horizon. De Ridder passe la barre à Maghe et s'allonge un peu.
Il est si fatigué qu'il s'endort immédiatement. Soudain apparaît un convoi de trois cargos allemands suivant la même route que nos héros. Il s'approche, puis dépasse le petit bateau et s'éloigne à l'horizon. Il est environ 13 heures et le vent est tombé, le petit bateau progresse favorablement.
Subitement, apparaissent cinq hydravions allemands qui s'approchent rapidement. Alerte à bord: tous se dissimulent sous la bâche et ne reste à la barre que Gousseau qui, en salopette bleue et casquette de marin allemand à côté du pavillon de la marine de guerre, figure très valablement un matelot de la Kriegsmarine.
Un des hydravions pique vers l'embarcation, passe très près puis, visiblement rassuré, rejoint les autres appareils et tous s'éloignent rapidement.
Nos hommes qui ont cru leur dernière heure venue, poussent un fameux soupir de soulagement.
Vers 14 heures 30, une côte est en vue. Maghe réduit la vitesse et s'approche prudemment.
Victoire! C’est le drapeau suédois qui flotte à l'entrée d'un petit port. Pleins gaz et entrée triomphale vers 15 heures, dans le port suédois. Même les malades qui, jusque là, croupissaient en tas les uns sur les autres, baignant dans un mélange d'eau de mer, de mazout et d'excréments, sont subitement guéris.
Les Suédois voient avec stupéfaction arriver une vedette de la marine de guerre allemande mais, quand ils comprennent de quoi il s'agit, ils font à nos héros un accueil triomphal.
Ils sont arrivés à Râchenfud, petit port de pêche situé à la pointe extrême sud-est de la Scanie, à l'ouest d'Ystadt.
Le 17 juin 1944, ils sont à Stockholm et quatre mois plus tard arrivent en Angleterre où ils sont versés à la brigade belge.
Je pense pourtant que l'on commit là une erreur psychologique : trois de nos gaillards au moins avaient mérité leur passage à la Section belge de la Royal Navy.


Correspondances de prisonniers de guerre du stalag II C




Il est à noter que le récit de cette évasion a paru dans le quotidien belge "La Libre Belgique" en date du 21 août 1961, sous le titre:
"Comment des prisonniers de guerre belges s'évadèrent d'Allemagne en bateau"

Source bibliographique: "Évasions réussies" par Georges Hautecler. Edition Soledi 1966
Sources iconographiques: Photo 1 - jpbrx.perso.sfr.fr (via Google), Photo 2 et 3 - Delcampe.net (via Google)
 
 
Note: 5
(4 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 16/10/12


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