Derniers articles http://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Les moutons noirs de Piron http://www.freebelgians.be/articles/articles-6-158+les-moutons-noirs-de-piron.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-6-158+les-moutons-noirs-de-piron.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/piron_wenkin.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Hugues Wenkin collabore avec les plus grands acteurs de la presse historique française depuis 2006 dont les magazines Batailles et Blindés, Ligne de front, Trucks and Tanks, Los, Véhicules militaires magazine, 35/45 magazine et Guerres et Histoire. Auteur de nombreuses monographies et d'études historiques sur la guerre mécanisée, ses ouvrages sont toujours basés sur des recherches approfondies en archives. Il se fait un point d'honneur à confronter systématiquement ses analyses tactiques avec un retour sur les lieux des combats. Son approche factuelle à contre-courant permet d'appréhender les problématiques abordées sous un jour nouveau. Ses révélations sur les véritables raisons de la chute du fort d'Ében-Émael l'ont récemment mis sur le devant de la scène médiatique.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>En voici la quatrième de couverture:</strong></p><br /> <br /> <em>Nos enfants savent à peine qu'ils ont existé et mesurent encore moins ce que nous devons aux hommes de la brigade Piron. Pourtant, ils ont donné la plus belle période de leur vie pour notre liberté. Leur histoire est belle, et même romanesque par certains côtés. Elle parle de champ d'honneur, de pugnacité, de victoires arrachées par le courage et la volonté. C'est celle qu'ils nous ont léguée dans leurs mémoires. Les archives belges et anglaises révèlent un autre pan de cette aventure. En 1940, ils ont dû désobéir aux ordres de se rendre et imposer leur existence au gouvernement Pierlot. Certains se sont mutinés pour pouvoir se battre contre l'occupant. Résistants et indignés de la première heure, ils ont fait flotter un drapeau belge victorieux de la Normandie au cœur du Reich en passant par la libération de Bruxelles et deux rudes campagnes en Hollande. <br /> La paix revenue, les héros se sont vus reprocher leurs galons gagnés sur les champs de bataille par une hiérarchie rentrant des camps de prisonniers où elle s'était docilement laissé enfermer. Moutons noirs pour avoir été une minorité pugnace dans une majorité soumise au vainqueur, les soidats de Piron n'ont pas été reconnus à la hauteur de leurs mérites. Hugues Wenkin revient sur l'histoire de ces hommes hors du commun au terme d'une enquête qu'il a menée sur leurs traces de Gibraltar à Londres et de Caen à Arnhem.</em><br /> <br /> L'ouvrage est disponible aux Editions Weyrich:<br /> <a href="https://www.weyrich-edition.be/moutons-noirs-de-piron-wenkni#.WMHIV9LhCpp">https://www.weyrich-edition.be/moutons-noirs-de-piron-wenkni#.WMHIV9LhCpp</a> Thu, 09 Mar 2017 22:27:06 +0100 Une résistante courageuse 1940-1945 : Maria Lennertz http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-157+une-r-sistante-courageuse-1940-1945-maria-lennertz.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-157+une-r-sistante-courageuse-1940-1945-maria-lennertz.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/maria_lennertz_001.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La guerre traditionnelle en 1914 avait connu deux aspects de ce que l’on n’appelait pas encore vraiment ‘’résistance’’ à savoir le renseignement et la presse clandestine.<br /> En 1940, le premier va se poursuivre sans faille, comme s’il n’avait pas été interrompu et la deuxième va reprendre à nouveau quinze jours après la capitulation.<br /> Durant la guerre 40-45, la résistance à l’occupant va prendre deux formes principales et comprendre des ‘’mouvements’’ et des ‘’réseaux’’. Pour ces derniers, il y aura des réseaux spécialisés dans les renseignements et d’autres dans les évasions.<br /> Maria (Marie) Lennertz naquit à Welkenraedt le 31 décembre 1919, un peu plus d’un an après l’Armistice du 11 novembre 1918. Durant ses vingt premières années, elle vécut au sein d’une Belgique qui s’efforçait de panser ses plaies ouvertes par les quatre années d’occupation de l’armée sanguinaire du Kaiser Guillaume II. Mais les années passant, des bruits de bottes se firent entendre de plus en plus du côté de l’Est de nos frontières. Un certain Hitler, nommé chancelier de l’Allemagne en 1933 puis ‘’Führer’’en 1934, envisagea une politique expansionniste qui fut à l’origine de la Seconde Guerre mondiale.<br /> Et c’est ainsi qu’au matin du 10 mai 1940, la Belgique se voyait à nouveau violée par l’arrivée des troupes allemandes.<br /> La jeune Maria Lennertz ressentit alors un immense besoin de combattre ces envahisseurs tant détestés et, dès le mois de juillet de la même année, elle rejoignait un groupe de Belges décidés à combattre les nazis par tous les moyens possibles.<br /> Elle fut ainsi chargée de dactylographier des tracts, de distribuer des journaux clandestins, notamment ‘’La Libre Belgique’’. Tous ces écrits rendaient courage à la population et nuisaient à l’occupant.<br /> Elle s’occupait également des prisonniers évadés afin de les faire passer en zone libre en France pour que ceux-ci puissent rejoindre la Grande Bretagne.<br /> Malheureusement, le 9 janvier 1943, dénoncée par des traîtres, elle fut arrêtée par la Gestapo. Interrogée, torturée par des SS, elle résista stoïquement aux interrogatoires sans jamais rien révéler. Ne trouvant pas de preuves, elle fut remise en liberté le 2 février suivant.<br /> Durant une courte période, Marie Lennertz resta inactive, le temps de se faire un peu oublier sans doute ! Ensuite, n’y tenant plus, elle reprit comme précédemment ses activités clandestines dans la région bruxelloise et entra dans l’organisation qui s’appelait ‘’FRONT DE L’INDEPENDANCE’’. <br /> Ce mouvement de résistance avait pour but de réunir les Belges résistants de toutes opinions et tendances. Il mit en place des opérations de sabotage, des chaînes d’évasion, un service de faux documents et diffusa 250 publications clandestines différentes.<br /> Le 10 février 1944, Maria Lennertz est à nouveau arrêtée par la GESTAPO de l’Avenue Louise. <br /> S’en suit des interrogatoires brutaux, des menaces de mort, mais elle résiste une fois de plus aux brutalités et ne dit rien. Trois mois plus tard, en juin 1944, elle est transférée au sinistre camp de RAVENSBRUCK, le seul grand camp de concentration réservé aux femmes et porte le numéro matricule 42764.<br /> Grâce à la sollicitude du comte Folke Bernadotte, alors président de la Croix-Rouge internationale, elle sera libérée le 5 mai 1945 et envoyée, très malade, en Suède. Elle y restera pratiquement deux mois durant lesquels elle recevra des traitements appropriés. Elle rentrera en Belgique le 30 juin 1945 mais gardera des séquelles suite aux traitements subis au cours de son incarcération</p><br /> Sources Internet :<br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/resistance_maria_lennertz.php">http://www.maisondusouvenir.be/resistance_maria_lennertz.php</a> Thu, 02 Mar 2017 15:50:19 +0100 Honoré ARNOULD d’Ochamps. http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php <p style="text-align:justify">Un jour, j’ai reçu une convocation pour faire mon service militaire à partir du 16 octobre 1940. J’aurais dû accomplir douze mois de service militaire actif. <br /> Un peu plus tard, des jeunes de Ochamps et moi, qui étions nés en 1920, avons reçu un papier pour aller à l’incorporation. Moi j’étais dorénavant appelé pour le <br /> 15 mai 1940. Mais la guerre s’est déclenchée, je n’étais même pas encore soldat et tous les jeunes de tel âge à tel âge, devaient partir parce que <br /> les Allemands arrivaient. Pour ne pas être considérés comme déserteurs, nous sommes allés là-bas. Nous sommes partis le 10, comme nous pouvions. <br /> Je me rappelle que nous étions en camion avec un type de Ochamps et qu’il nous a conduit jusqu’à Namur. Nous avons vu tout Namur bombardé. Lorsque nous étions passés à Jemelle, c’était déjà comme cela. Enfin, nous sommes arrivés à Trazegnies à la caserne des Chasseurs Ardennais (??) par le train. De là, nous avons été envoyés à Sint-Gillis-Waas, près de Saint Nicolas en Flandre. <br /> C’était le regroupement, ils nous ont habillés et puis ils nous ont envoyés dans le Midi de la France, à Pont-Saint-Esprit, pour faire notre instruction. <br /> Nous avions été embarqués dans des wagons à bestiaux.<br /> <br /> J’avais noté sur un petit papier les villes que nous avions traversées. Nous étions partis le <strong>mercredi 15 mai</strong> de Sint-Gillis-Waas, direction Gentbrugge, <br /> Torhout, Lichtervelde, Gits, Beveren, Roeselare, Courtrai, Merken. <br /> <strong>Le jeudi 16</strong>, nous sommes en France. Nous passons par Roubaix, Croix-Wasquehal, Lille, Lomme, Lambersart, Lompret, Renescure, St Omer, Audruicq, <br /> Nortkerque. <br /> <strong>Vendredi 17</strong>, Boulogne-sur-Mer, Hesdigneul, Neufchâtel, Dannes, Camiers, Etaples, Port-le-Grand, Laviers, Feuquières, Fressenneville. <br /> <strong>Samedi 18</strong>, Aumale, Gourchelle, Abancourt, Formerie, Gaillefontaine, Serqueux, Mathonville, <br /> Montérolier, Cléres, Montville, Maromme, Rouen. <br /> <strong>Dimanche 19</strong>, Lisieux, St Pierre-sur-Dives, Couliboeuf, Montabard, Champfleur, Le Mans. <br /> <strong>Lundi 20</strong>, Thouars, Niort, Fontaines-d’Ozillac. Mardi 21, Lamagistère, Montauban, Toulouse, Carcassonne, <br /> Béziers et puis direction Pont-Saint-Esprit.<br /> <br /> Nous avions été mobilisés, nous qui n’avions pas fait notre service militaire avant la guerre. Après le 28 mai (le roi Léopold III capitula sans condition <br /> et refusa de suivre en exil le gouvernement belge), nous n’osions plus guère sortir. Mais, trois semaines plus tard, c’était eux qui capitulaient <br /> (le 17 juin, le maréchal Pétain présentait aux Allemands une demande d’armistice. L’armistice fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, <br /> dans le wagon de l’armistice de 1918) <br /> <br /> Alors, dans le Midi, qu’est-ce qu’il fallait faire, on était abandonné. L’armée nous nourrissait à moitié, il fallait tirer son plan, <br /> nous avions reçu un congé illimité de l’armée. <strong>« Tirez votre plan, faites ce que vous voulez »</strong>. <br /> A partir de Pont-Saint-Esprit, avec ceux d’Ochamps. On était bien ensemble. <br /> On a même pris des photos devant le monument aux morts de Pont-Saint-Esprit.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/harnould_1bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous décidons de remonter la France et le 6, nous allons à pied de Pont-Saint-Esprit jusqu’à Bourg-Saint-Andéol. <br /> Le 7, nous avons pris l’autocar pour Montélimar où nous avons dormi. Le lendemain, autocar pour Valence et puis Lyon. <br /> Je me souviens que lorsque le car était plein, on allait sur le toit, sur le porte-bagages. Il fallait faire attention aux branches des arbres. <br /> A Lyon, le tram nous a emmenés à Fort Sainte Foy où nous avons logé deux nuits. Comme on avait un peu de temps libre, on a visité un jardin zoologique, <br /> manière de se distraire un peu.<br /> On nous avait dit, après la capitulation de la France, que c’était préférable de remonter en habit militaire. <br /> On a repassé la ligne de démarcation facilement, avec le papier fait à Lyon le 18 août par les Allemands. <br /> On croyait remonter chez nous en sécurité, nous n’étions pas considérés comme des déserteurs. <br /> Nous sommes passés par Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Dijon, Langres, Chaumont, St Dizier, Châlons-sur-Marne, Reims, Laon et St Augustin. <br /> A Paris, nous avons été réunis au Palais des sports. C’était un camp de réfugiés où l’on était plus ou moins bien nourri. <br /> La journée, on sortait. On est allé dire bonjour à des tantes de Gilbert Picard qui habitaient Paris. On se promenait. <br /> On est resté 8 ou 15 jours à Paris. On était avec des civils et des flamands naturellement. Nous avons été séparés des flamands, eux sont rentrés. <br /> Ils ont été rapatriés plus vite que nous. Un beau jour, les civils ont aussi été rapatriés. Il ne restait plus que nous, <br /> les militaires wallons et, un beau jour, les Allemands sont arrivés avec des sentinelles à l’entrée du Palais des sports <br /> et cela a fait que nous étions prisonniers.<br /> <br /> On a été à Drancy (Paris) pendant 4 semaines. C’était un ancien camp. Ils n’étaient pas encore bien organisés. <br /> Et puis, nous avons été expédiés à Sarrebruck dans une caserne française, occupée par les Allemands et puis à Metz, dans un fort. <br /> Et un beau jour, nous avons été expédiés en Allemagne. Ce qui est bête, c’est que nous avions nos vêtements civils dans nos valises. <br /> Mais à l’armée, il n’y avait plus d’organisation. Qu’allait-on devenir, on n’en savait rien. <br /> Des militaires d’Ochamps, des plus anciens, sont revenus et n’ont pas été faits prisonniers. <br /> C’était un peu la chance, qu’est-ce qu’il fallait faire pour bien faire. François, lui, est remonté en civil et a pu rentrer à la maison. <br /> <br /> En Allemagne, on a commencé dans une fabrique de moellons. C’était un travail tout à la main, <br /> les moellons étaient faits avec du « bims », un gravier léger qui venait des rives du Rhin. <br /> Là, c’était la discipline ! Le matin on t’ouvrait la porte, tu allais travailler jusqu’au soir et il fallait rentrer pour 6 heures, <br /> à la fermeture des portes. Il n’y avait guère de liberté. Un beau jour, ils sont arrivés à la fabrique, on était 30 ou 40. <br /> Ils ont demandé des volontaires pour aller travailler dans des fermes. On s’est dit que cela ne devait pas être pire.<br /> Je suis tombé dans une bonne famille. C’était une région assez calme avec des petits villages. <br /> Moi, je faisais partie du commando de Hausen, n° 1222 A. Nous étions de 25 à 30 prisonniers. Le soir, on devait rejoindre son commando pour dormir. <br /> On logeait dans une salle de théâtre. La sentinelle qui nous surveillait, logeait dans une espèce de pigeonnier au-dessus de nous. <br /> C’est une petite pièce que l’on voit dans les salles de théâtre.<br /> Certains se sont enfuis et nous après, nous avons dû attacher nos chaussures et notre pantalon sur une barre, que la sentinelle faisait monter en tirant sur une ficelle attachée à une poulie. Le matin, elle redescendait nos affaires. <br /> C’était une personne assez jeune qui avait déjà été au front et qui était revenue un peu handicapé. Il avait été recasé là. <br /> Lorsque je revois le film « La vache et le prisonnier » avec Fernandel, je revois des choses qui se sont passées comme pour nous. <br /> Au début, on se posait la question : « Quand est-ce que nous rentrerons chez nous ? » <br /> On pensait rester quelques mois, l’année suivante, on s’est dit que ce serait l’année d’après et pour finir, cela a duré 4 ans <br /> en plus du temps passé à la fabrique. Nous autres, comme prisonniers, nous n’avions besoin de rien. On avait même un petit salaire. Il y en avait même qui renvoyaient de l’argent chez eux. On était considéré comme des travailleurs obligatoires.<br /> Il y avait un petit tracteur d’une vingtaine de chevaux.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/harnould_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’exploitation était moyenne, ils avaient eu la fantaisie d’acheter un petit tracteur malgré le fait qu’il y avait encore des chevaux. Et alors, du mazout, tu en avais au compte-gouttes. Là-bas, c’étaient toutes petites fermes, ils attelaient même les vaches et les bœufs. Le travail était principalement manuel. Surtout au début, le râteau, la fourche, il n’y avait pas de machine, cela ne valait pas la peine d’acheter des machines. Là où j’étais, il y avait quand même une moissonneuse-lieuse, c’était déjà un peu perfectionné. Il y avait des maisons où il y avait trois ou quatre vaches, alors, ils attelaient les vaches. Certains avaient des prisonniers pour les aider, ceux qui en avaient besoin. Les trois quarts des maris étaient partis à la guerre. La commune organisait cela. Ceux qui avaient besoin était aidés par des prisonniers parce qu’en Allemagne, il fallait que cela rentre aussi, que les fermes produisent. Tous les prisonniers se déplaçaient à pieds. Le travail était celui de la ferme. En hiver, lorsqu’il y avait beaucoup de neige, on allait aux bouleaux pour faire des balais, pour en avoir en été.<br /> <br /> Dans les fermes, on était bien nourri, on côtoyait des gens, c’était plus agréable. Quitte à être prisonniers, que ce soit le plus agréablement possible. Pour écrire à la famille, nous avions reçu des lettres imprimées exprès. On avait une lettre par mois. Ils faisaient aussi des cartes postales pour envoyer à la famille, mais pour nous, c’était surtout des souvenirs : Noël en Allemagne, prisonniers On parlaient un peu l’allemand des villages, il fallait bien. Il y en avait qui étaient un peu réticent au départ, mais à la longue, il a bien fallu. Ça a duré tellement longtemps. Je comprends mieux ceux que j’ai côtoyés en Allemagne. Ils ont l’habitude de parler pour que je puisse comprendre. On a rencontrés des jeunes filles allemandes, mais on ne pouvait pas leur parler. C’était interdit. Mais dans les petits villages… On était au courant de l’évolution de la guerre par les civils. Il y en avait qui ne pouvaient mal de raconter. Ils devaient être méfiants par rapport aux vrais Allemands, aux vrais Nazis. Mais pour nous, comme nous étions dans les fermes, nous n'étions pas à plaindre. Naturellement, on devait faire leur boulot, on était leur domestique. Nous n'avions qu’une chose à faire, c’était de faire ce qu’ils nous demandaient de faire. Nous n'étions pas commandés grossièrement. Il y en avait qui étaient dans des fermes à tendance hitlérienne, ils étaient considérés comme des riens du tout. <br /> <br /> On a été libéré lorsque les Américains sont arrivés. Nous autres, nous étions près du fameux pont de Remagen. On était à 10 kilomètres de là. Ils ont mis du temps pour le prendre, ça a chauffé. On était dans des abris que l’on avait faits un peu plus loin que le petit village. C’était un hameau, il y avait 6 maisons. Les Américains nous ont libérés et nous ont conduits à l’arrière. Au début, ils nous prenaient pour des Allemands, ils n’étaient pas certains que nous étions prisonniers. J’ai fait des kilomètres comme cela, les mains sur la tête. Je me suis dit, si c’est cela les Américains. Et puis, derrière le front, nous avons contacté des officiers américains et ils ont quand même compris, nous leur avons fait comprendre que nous étions des prisonniers et non pas des Allemands déguisés. Mais au départ, on a eu affaire à des « gaillards », l’armée américaine était constituée de toutes sortes de gens, surtout ceux qui se trouvent en première ligne. C’est pareil dans toutes les armées, ils envoient se faire tuer les minorités, les noirs, … Le fils de mon patron, Hermann, qui était dans la cavalerie, a été prisonnier en Normandie. Il est resté en Amérique jusqu’en 48. Dans toutes les maisons, les jeunes étaient partis. Chez la sœur de la dame où l’on va encore, son mari a eu trois frères qui ont été tués. Et chez Honningen, Maria, trois frères. Et le frère d’Hermann, il était revenu en congé de Russie vers 43, j’avais été avec lui pour porter ses valises jusqu’à l’arrêt du car. Il m’avait dit « Je ne reviendrai jamais plus ». Quinze jours après, un garde champêtre est venu avec un avis. Herman avait un autre frère qui était docteur, lui n’était pas à l’armée. Il est venu me voir ici à Ochamps et nous a dit qu’il était venu car j’étais fort gentil. Ces familles-là ne demandaient pas que l’on prenne leurs enfants. Quand on est revenu, l’armée nous a mis en congé. </p><br /> <br /> Sources Internet<br /> <a href="http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf">http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf</a> Fri, 03 Feb 2017 20:50:20 +0100 François de SPIRLET http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-155+fran-ois-de-spirlet.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-155+fran-ois-de-spirlet.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/despirlet_portrait1_optfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">François, Xavier, Equinoff de SPIRLET est né à Ayeneux, près de Liège, le 3 décembre 1916. Milicien de la classe 36, il entre en service actif au 3ème Régiment d’Aéronautique. <br /> Le 24 septembre 1936. C’est donc à l’Ecole d’Aéronautique d’Evere qu’il suit les cours d’observateur. Le 23 novembre 1936, le caporal élève observateur de SPIRLET est admis dans le personnel navigant. Le 23 juin 1937, il est assimilé sergent et le 24 novembre il passe adjudant candidat sous-lieutenant de réserve. <br /> Mis en congé sans solde le 21 mai 1938, il passe à la réserve et sa carrière militaire pourrait s’arrêter là. <br /> Cependant le 31 août de cette même année, il reprend du service à l’Aéronautique militaire. Il est replacé caporal assimilé sergent à sa demande et le 1 septembre 1938, après avoir signé un rengagement pour une période de 2 ans, il rejoint l’Ecole de pilotage de Wevelgem où il est versé dans la 73e promotion d’élèves pilotes. Il obtient son brevet élémentaire le 15 mai 1939 et le 18 août suivant il reçoit les ailes de pilote en même temps que son brevet élémentaire.<br /> Le 26 août 1939, François de SPIRLET est muté à Evere. A la 7ème escadrille, « la flèche ailée », du IIIe Groupe du 3ème Régiment d’Aéronautique, il vole sur des biplaces Fairey Fox VIII. Il est nommé sergent aviateur le 21 septembre 1939 et le 12 octobre, il décroche son brevet supérieur.<br /> Commissionné sous-lieutenant de réserve d’Aéronautique le 20 novembre 1939, il est muté huit jours plus tard à la 1ère escadrille du I Groupe du 3ème Régiment d’Aéronautique, celle qui a le «Dragon noir» pour emblème et qui est également basée à Evere.<br /> <br /> C’est là que l’alerte du 10 mai 1940, le surprend. <br /> Dès le 12 mai, l’escadrille passe en France avec le vain espoir d’y réceptionner de nouveaux avions. Via Norrent-Fontes, Tours, Montpellier, Port-Vendres et Gibraltar, de SPIRLET rejoint finalement la Grande-Bretagne. <br /> <br /> Le 7 juillet 1940, il se trouve à Liverpool où il s’engage dans les Forces belges en Grande-Bretagne. Le 12 juillet 1940 il est au RAF Dépôt de Gloucester, le 20 c’est avec le grade de Pilot Officer qu’il rejoint le 15 OTU (Operational Training Unit) de Harwell, le 27 il passe au 7 OTU de Hawarden et le 12 septembre il est fin prêt pour participer à la "Bataille d’Angleterre". Il vole sur Hawker Hurricane au 87 Squadron.<br /> Le 15 avril 1941, il est muté au 609 Squadron à Biggin Hill. A cette époque la 609 opère sur des Spitfîre I qui seront progressivement remplacés par des Spitfire IIa, puis par des Spitfire Vb.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Cette unité groupait à son origine sept pilotes belges dont les noms méritent d’être rappelés:<br /> Eugêne SEGHERS,<br /> Vicky ORTMANS, <br /> Robert WILMET,<br /> Roger MALENGRAU, <br /> Willy VAN LIERDE, <br /> le comte Ivan DU MONCEU de BERGENDAL et <br /> François de SPIRLET.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 17 juin 1941, François de SPIRLET abat un Me au large du TOUQUET. Le 22 juin 1941, au-dessus de la Manche, son appareil reçoit un projectile en plein moteur. Blessé à la jambe, il est repêché par une vedette de la RAF et transporté à l’hôpital de Ramsgate.<br /> Le 20 juillet 1941, il obtient le grade de Flying Officer et le 25 août il est nommé "acting" Flight Lieutenant. Le 29 de ce même mois, après que l’escadrille ait été déplacée à Gravesend, il obtient sa seconde victoire en descendant un Bf 109E près de Gravelines.<br /> Le 31 octobre 1941, il est commissionné lieutenant de réserve d’Aéronautique et le 26 février de l’année suivante, il obtient le grade de capitaine de réserve d’Aéronautique.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/de_spirlet_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Au mois d’avril 1942, l’escadrille a été équipée de Hawker Typhoon Ia et opère depuis l’aérodrome de Duxford.<br /> Le 26 juin 1942, quatre Typhoon décollent de Duxford en formation serrée. Le pneu gauche du Typhoon de François de SPIRLET éclate et le pilote qui ne peut éviter la collision avec son numéro 2, part en chandelle, fait une abattée et percute le centre de la plaine. C’est sans vie qu’on le retire des débris de son appareil.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/funerailles_de_spirlet_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Distinctions honorifiques</strong><br /> Croix de Guerre avec Palme<br /> Citation à l’Ordre du Jour de l’Armée et attribution d’une Palme supplémentaire sur la croix de Guerre.<br /> Chevalier de l’Ordre de Léopold avec Palme (posthume)<br /> Autorisé à porter A titre définitif l’Insigne métallique pour les Forces belges en Grande-Bretagne.<br /> Médaille des Volontaires 1940-1945<br /> Star and Clasp (Battle of Britain)<br /> Aircrew Europe Star<br /> War Medal 1940-1945</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Sources :</strong><br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/8">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/8</a><br /> <a href="http://www.bbm.org.uk/airmen/DeSpirlet.htm">http://www.bbm.org.uk/airmen/DeSpirlet.htm</a><br /> <a href="http://www.cieldegloire.com/006_de_spirlet.php">http://www.cieldegloire.com/006_de_spirlet.php</a><br /> <a href="http://www.belgian-wings.be/Webpages/Navigator/Belgian_Aviation_History/ww_ii/609_squadron.htm">http://www.belgian-wings.be/Webpages/Navigator/Belgian_Aviation_History/ww_ii/609_squadron.htm</a></p> Wed, 04 Jan 2017 17:22:54 +0100 Les tribulations du Général-Major Aviateur Albert Henry http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-154+les-tribulations-du-g-n-ral-major-aviateur-albert-henry.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-154+les-tribulations-du-g-n-ral-major-aviateur-albert-henry.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/henrywfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Général-Major Aviateur Albert Henry</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Après l‘Ecole Militaire où il entra en 1934, Albert Henry demanda son affectation à l’ Aéronautique militaire et fut rattaché à la 79ème promotion d’élèves-pilotes. Il est breveté pilote en 1939.<br /> Il effectue trois missions aériennes au cours de la campagne des 18 jours en mai 1940. Le 28 mai, il est fait prisonnier, après avoir démobilisé tout le personnel de son unité.<br /> Le capitaine-aviateur Henry ne supporte pas la captivité et tente une première évasion de l‘OFLAG 2A de Prenzlau, le 9 avril 1942 mais il est repris à Berlin le lendemain. Le 9 décembre, il fausse encore compagnie à ses gardiens allemands et cette fois, avec succès. Il sera l’un des 13 officiers belges à s’être évadé parmi les 3.000 autres prisonniers dans les OFLAG.<br /> <br /> Le texte qui suit, de la main du général Henry, a paru dans “Rendez-vous à Gibraltar” de Guy Weber.<br /> <br /> <strong>Laissons-lui la parole</strong> <br /> <br /> Les quelques lignes qui suivent sont les seules que j’ai écrites depuis la guerre 1940-1945. Malgré de nombreuses sollicitations, j’ai toujours résisté à la tentation d’écrire le récit de mes tribulations; j’ai toujours pensé que mes actes étaient la conséquence logique de mon état d’officier.<br /> Je me limiterai donc à raconter deux ou trois péripéties, plutôt étonnantes, survenues au cours de mes deux évasions et à mon arrivée à Londres et je ferai part de quelques réflexions.</p><br /> <br /> <strong>Première évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Par un tunnel construit au cours de nombreuses semaines de travail harassant et grâce aussi à l’esprit ingénieux de certains officiers, (système d’aération d’un tunnel long d’une douzaine de mètres, faux papiers de travailleurs belges en congé), je suis sorti avec dix autres officiers dans la nuit du 14 avril 1942, du camp de Prenzlau (à mi-distance de Stettin et Berlin).<br /> Ce coin de ciel bleu, ce souffle d’air frais, à la sortie du tunnel, ont laissé chez moi un souvenir inoubliable; le moment, tant attendu, de retrouver la liberté était arrivé.<br /> Avec mon compagnon d’évasion, également aviateur, nous étions porteurs de notre uniforme, sous un loden bleu. Nous sommes arrivés le soir à Berlin. sur le quai du métro à Siemensstadt, avec quelques marks en poche (nous n’avions pas pu échanger, comme prévu, notre billet de 1.000 frs au camp de travailleurs belges .., devenus polonais, à notre grande déconvenue); nous nous sommes donc trouvés dans l’impossibilité de prendre le train-express du soir, Berlin-Aix-la-Chapelle. Que faire, s’avouer perdant et se rendre à la police ou risquer le tout pour le tout?<br /> La décision a été rapidement prise, et je me suis adressé à la jeune fille d’une boutique, située sur le quai, et ou nous avions dégusté un verre de bière, quelques minutes plus tôt, pour soutenir notre moral très chancelant.<br /> J’ai expliqué, à cette jeune alsacienne, ce que nous étions réellement et je lui ai demandé si elle pouvait nous aider en changeant nos deux billets de 1.000 francs; une heure plus tard, elle m’a rappelé et je me suis trouvé devant un civil allemand, qui sans me dire la moindre parole, m’a échangé les billets contre l’équivalent en marks; à cet instant, les dieux se sont trouvés à nos côtés!<br /> Le train-express ne nous ayant pas attendus, nous avons décidé de passer la nuit dans une pension, car nous avions besoin de repos. Nos faux papiers d’identité nous ont permis d’entrer, sans difficulté, dans un petit hôtel ; dans la chambre, en laissant tomber le loden, nous nous sommes regardés dans un grand miroir et nous sommes partis d’un fou rire: se voir, à Berlin. le 15 avril 1942 en tenue d’aviateur belge, c’est une image étonnante que j’ai encore devant les veux, plus de 50 ans plus tard!<br /> Sortis de l’hôtel, dès six heures du matin, et après avoir fait le tour de Berlin en métro, assisté à une séance de cinéma, nous nous sommes rendus à la « POTZDAMER BAHNHOF » et là, la chance nous a définitivement laissé tomber; deux agents de la Gestapo nous ont mis la main au collet, en nous disant dans un excellent français, qu’ils ont vu les mêmes papiers, chez huit autres officiers déjà arrêtés, la veille au soir dans le train-express vers Aix-la-Chapelle.<br /> Nous avions donc eu un jour de répit! Nous avons passé la nuit dans une caserne de cavalerie à Berlïn, où le colonel nous a offert le réconfort d’un grand verre de “Schnaps”. Le lendemain, notre randonnée s’est terminée, par un mois de cachot à la caserne d’artillerie, située à deux kilomètres du camp.<br /> Ce séjour m’a permis de bien connaître les arrières de cette caserne, ce qui m’a beaucoup aidé pour ma seconde évasion.<br /> En conclusion, cela ne s’était pas trop mal passé mais des renseignements précis, de l’argent allemand et un vêtement civil étaient indispensables.<br /> </p><br /> <strong>Deuxième évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 9 décembre 1942 vers 1050 heures, j’ai été averti par le Service organisateur des évasions, que j ‘avais une demi-heure pour m’équiper d’un vêtement civil (reçu dans un colis), et de revêtir, par-dessus, un équipement de soldat. <br /> A l’heure prévue, je me suis introduit dans la corvée des soldats belges, occupés à charger une charrette de la Wehrmacht avec des emballages de colis. Protégé par des amis qui devaient distraire la sentinelle et le conducteur, j’ai rapidement basculé dans le véhicule et ~ ai été immédiatement recouvert d’emballages par les soldats de corvée. La charrette est ensuite repartie vers la caserne d’artillerie, en passant à travers le contrôle à la sortie du camp.<br /> A la caserne, comme il était midi, le conducteur a dessellé ses deux chevaux et s’est dirigé vers les écuries. J’ai eu, de ce fait, toute liberté de me hisser hors du véhicule, de courir à toutes jambes vers le bois jouxtant l’arrière de la caserne et de me débarrasser de l’équipement de soldat.<br /> Je suis, dès lors, repassé devant le camp où j’ai pu revoir quelques amis aux fenêtres. Ne disposant d’aucun papier ni de nourriture mais bien d’un paquet de cigarettes et d’une liasse de billets de marks, mon plan a été de faire vite en prenant le premier train vers Berlin et de là, faire le détour par le sud (Leïpzig, Wurzburg, Mayence, Coblence. Prüm), en emruntant C des trains omnibus. C’est au cours d’un arrêt, vers minuit, à la gare de Wurzburg, que j’ai passé les deux heures les plus longues de cette évasion. Je me suis trouvé, seul jeune civil, au milieu de centaines de militaires allemands, de tous grades, tous équipés se rendant vers l’Est ou l’Ouest. Pas un seul ne m’a approché pour me poser la moindre question.<br /> L’arrivée du train m’a heureusement permis de sortir de cette situation difficile et de pousser un “ouf” de soulagement. Cette randonnée m’a pris trois jours et deux nuits pour arriver à St Vith et rejoindre à pied, une ferme, dont j’avais l’adresse, à Oberemmels, à nouveau territoire allemand De la gare de St Vith, je me suis dirigé vers ce village, à 6 kilomètres. En cours de route, j’ai été dépassé par un civil, à bord d’une charrette; il m’a regardé avec insistance, s’est arrêté quelques mètres plus loin et m’a interpellé par le mot “Kriegsgefangene”? A bout de forces, n’ayant ni mangé, ni dormi depuis la sortie du camp, j’ai pris tous les risques en lui répondant affirmativement. Il m’a alors invité à l’accompagner, il m’a conduit directement à la ferme où je devais me rendre et dont il était le fils! Rempli de joie et d’émotion, je l’ai longuement serré dans mes bras.<br /> Le lendemain, j’ai traversé la frontière, à travers bois, guidé par une jeune fille de 15 ans.<br /> Je suis resté deux mois en Belgique, pour me remettre de toutes ces émotions et pour trouver une filière.<br /> Vers l’Angleterre<br /> J’ai rencontré trois aviateurs-parachutistes mais aucun n’a pu m’aider à repartir. Parti à Paris le 9 mars 1943, j’ai rencontré un inspecteur de police qui m’a fortement conseillé de me rendre en Suisse pour y rencontrer l’Attaché de l’Air anglais à Berne. <br /> J’ai malheureusement suivi son conseil; le lendemain, je suis entré clandestinement en Suisse, après avoir marché une courte distance dans la neige, jusqu’à mi-corps. J’ai été arrêté par ce que je croyais être des soldats allemands mais qui, en fait, étaient des soldats suisses, casqués et équipés comme les allemands. Enfermé dans une cellule, pendant un mois, à la prison de Porrentury, j’ai été traité comme un prisonnier de droit commun et très mal nourri.. A la fin de mars, j’ai été remis au Consulat Belge à Genève qui m’a aussitôt placé dans une pension. Une visite chez l’Attaché de l’Air à Berne, m’a enlevé tout espoir de sa part. “Boy, this is a trap; I have in Switzerland, hundred of RAF crews who must stay here and wait until the end of the war »<br /> A la pension, j’ai fait la connaissance d’un civil qui s’est avéré être commissaire de police. Je lui ai parlé de mes intentions; deux mois plus tard, la police de Genève m’a procuré tous les papiers nécessaires ainsi que les timbres de ravitaillement pour traverser le sud de la France; très tôt, un matin, elle m’a fait franchir la frontière française à Anemasse, en échappant à la patrouille allemande.<br /> La suite de l’aventure, c’est l’histoire connue par tous les évadés de Belgique: traverser la France pour franchir la frontière espagnole, à travers les embûches de toute nature, connaître les prisons de Figueras, de Gerone et le célèbre camp de Miranda d’ou j’ai été extrait à la Noël 1943.<br /> Londres, Eaton Square<br /> Arrivé à Londres au début de janvier 1944 et fier d’avoir atteint ce courageux pays de liberté, j’ai cru. dans ma candeur naïve, que l’accueil des Autorités Belges serait amical et encourageant; cela a été tout sauf cela!<br /> A Londres, j’ai subi mes plus grandes déceptions, par le seul fait d’officiers “fonctionnaires” dont je me suis demandé pour quelles raisons ils avaient rejoint l’Angleterre!<br /> Comme tout Belge, arrivant de l’étranger, je suis passé au Bureau de recrutement où j ‘ai rencontré un officier de la Force Terrestre, sans recevoir le moindre mot de bienvenue. J’ai été prié de décliner mon identité et mon grade. Cet officier a, ensuite, sorti un annuaire de 1938 et m’a déclaré que j’y étais renseigné comme observateur. Je lui ai sèchement répondu que j’étais pilote breveté en août 1939; après cette courte et peu courtoise conversation, j’ai été remercié.<br /> En passant le lendemain à l’Etat-Major de l’Aviation, au 107 Eaton Square, j’ai été reçu à bras ouverts par un ami qui m’a fait lire une lettre adressée à l’Etat-Major par l’officier du Bureau de recrutement; cette lettre disait textuellement ceci:<br /> «Un officier du nom de Henry s’est présenté hier à mon bureau et a déclaré être breveté pilote en 1939. D‘après les documents en ma possession, cet officier est cité comme observateur ; si cet officier a menti,. veuillez le renvoyer à la Force Terrestre<br /> Saisi d’un rage subite, j’ai demandé à garder cette lettre, car mon intention a été de me rendre, sans coup férir, au Bureau de recrutement pour secouer violemment cet officier et pour exiger des excuses.<br /> Mon ami, se rendant compte de ce qui allait arriver, m’a conseillé de garder mon calme et il a déchiré cette lettre sans y donner la moindre réponse.<br /> Quelques jours plus tard, mon beau-frère, pilote à Benson (Unité de reconnaissance photographique PRU), m’a invité à lui rendre visite sur cette base.<br /> J’y ai été très amicalement reçu par l’Air Commodore, commandant de la base, et qui m’a déclaré que tout était prêt pour me faire suivre un cours de rafraîchissement au pilotage et de me faire entrer ensuite dans une de ses escadrilles, équipées du Spitfire (Ces avions volaient, sans armement, à très haute altitude et photographiaient les dégâts causés dans l’une ou l’autre ville allemande, par les bombardements de la nuit précédente).<br /> Heureux de l’avenir qui m’étais promis, je me suis rendu au 107 Eaton Square, chez le Group-Captain, responsable des mutations du personnel navigant, pour l’en informer.<br /> A ma grande déception, je me suis entendu dire que j’étais “trop vieux” pour voler sur Spit et que j’allais être entraîné sur bimoteur.<br /> Quel accueil chaleureux et encourageant reçu à Benson, comparé à ma réception à Londres! Il est vrai que j’ai eu à faire, d’un côté à des opérationnels qui faisaient la guerre, et de l’autre, à des bureaucrates.<br /> Il va sans dire qu’après la guerre, mon attitude vis-à-vis de ces deux officiers supérieurs (l’un a été ministre de la Défense Nationale, l’autre a été promu au plus haut grade!) a été marquée d’un profond dédain.<br /> Malgré tous ces avatars, j’ai eu, cependant, la grande satisfaction de finir la guerre sur l’aérodrome d’Osnabriick en Allemagne, avec une escadrille de B-25 Mitchell</p><br /> <br /> <strong>Sources</strong> : Bulletin de l’association belge ‘’Vieilles Tiges’’.<br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/articles/28">http://www.vieillestiges.be/fr/articles/28</a> Sun, 04 Dec 2016 11:22:31 +0100 LES FAMILLES VOS et MILIBAND - UNE HISTOIRE DE PAIX ET DE GUERRE http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-153+les-familles-vos-et-miliband-une-histoire-de-paix-et-de-guerre.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-153+les-familles-vos-et-miliband-une-histoire-de-paix-et-de-guerre.php <p style="text-align:center"><strong>Récit de la fille de Renée Miliband qui raconte sa vie de réfugiée juive auprès de la famille VOS qui a hébergé 17 juifs pendant la guerre 40-45.</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cottage_1730593c.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center">Vue de la ferme, il y a quelques années</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ma mère. Renée Miliband. a rencontré Louisa Vos vers 1934 dans la petite ville de Soignies ou toutes les semaines, maman allait au marche pour y vendre des chapeaux de darnes. Louisa Vos s'y rendait aussi pour y vendre du beurre et des œufs en provenance de sa ferme située à Montignies-lez-Lens dans la province du Hainaut. Maman revenait de Soignies avec du bon beurre de ferme et des œufs frais.<br /> Apres quelques semaines, elles commencèrent à parler de leurs familles et de leur vie bien différente l'une de l'autre. Maman dit à Louisa qu'elle avait un fils et une petite fille; pour sa part, Louisa raconta qu'elle avait deux filles et deux fils: sa fille aînée, Renée, avait à peu près mon âge. Louisa était contente de savoir combien j'aimais le bon beurre et les œufs. Maman lui a dit que je n'avais pas grand appétit mais que j'aimais beaucoup les produits de la ferme. Louisa a suggéré' que mes parents, mon frère et moi, devrions aller à Montignies pour faire la connaissance de la famille Vos et pour déjeuner avec eux un dimanche prochain.<br /> Nous sommes donc partis en famille un beau matin de dimanche et c'est en fait cette visite qui a décidé de notre sort. Nous avons pris le train à la Gare du Midi à Bruxelles et sommes descendus à Masnuy St. Pierre où le mari de Louisa, Maurice Vos, nous attendait à la gare. Une vache, Boulotte, était attelée à un chariot - les Vos n'ayant pas de chevaux, les vaches faisaient le travail dans les champs; Boulotte était bien docile et après environ 40 minutes a être un peu cahotés sur une ancienne route de pavés, nous avons tourné à gauche pour enfin apercevoir Briguolet, la ferme de la famille Vos.<br /> Les portes de la ferme étaient ouvertes et la famille était assemblée sur la cour. Louisa était là avec ses quatre enfants. Les parents de Maurice Vos nous attendaient aussi. Nous nous sommes présentes et nous avons été embrassés quatre fois par chacun. Les parents de Maurice Vos, Victor et Rosalie étaient appelés Parrain et Marraine. Ils habitaient à la ferme et avaient leur petit appartement au rez-de-chausse. Les enfants m'ont emmenée au 'châssis' - une sorte de grange avec un toit mais sans porte - ou il y avait des balançoires. Mon frère était avec nous mais il n'était pas aussi enchante que moi. Il était un garçon très sérieux qui aurait peut-être préféré rester à Bruxelles entouré de ses livres et de ses cahiers. Apres la balançoire, ils nous ont emmenés voir les cochons, les lapins et les vaches. Gustave Vos, l'aîné des enfants m'a demandé si je voudrais qu'il m'apprenne à rouler en vélo; j'étais naturellement d'accord.<br /> Louisa nous a dit de rentrer à la ferme pour dîner. Les deux familles se sont assises à la grande table où un dîner somptueux nous attendait. Nous sommes restés à table pendant quelques heures à manger et à prier. J'étais contente d'être là et je me sentais comme chez moi à la ferme et avec la famille Vos. <br /> Quand il a fallu prendre le chemin de retour, Boulotte a de nouveau été attelée et nous sommes partis pour Masnuy St. Pierre. Après cette visite, je pensais souvent à mes amis de Montignies et j'attendais avec impatience mon retour à la ferme. La famille Vos est venue chez nous à Bruxelles et nous sommes devenus bons amis. Pendant les vacances, j'allais avec plaisir passer quelque temps à la ferme. J'ai fait la connaissance de plusieurs personnes du village et j'ai vite appris le patois, ce qui a bien amusé les habitants de la ferme et du village. J'étais heureuse parmi mes amis wallons et mes parents étaient contents de savoir que j'avais bon appétit. Gustave m'a appris à rouler en vélo et nous partions avec Renée pour aller rendre visite à la sœur de Monsieur Maurice à Erbaut et aussi à la mère de Mme Louisa à Louvignies.<br /> Mes amis m'ont appris à traire les vaches, à donner à manger aux veaux, aux poules et aux lapins. J'allais aussi aux champs pour essayer d'aider. Le père de M. Maurice était un jardinier de grande renommée et je me souviens qu'il allait tous les ans aux Floralies Gantoises où il était membre d'un jury. Il était aussi un apiculteur et j'aimais voir comment il opérait pour prendre le miel; il me donnait des délicieux morceaux de cire pleins de miel.<br /> Je passais donc le plus de temps possible à Briguolet et ces bonnes journées de vacances continuèrent jusqu'en mai 1940.<br /> <br /> La Belgique était restée neutre jusqu'au 10 mai 1940, lorsque les Allemands ont violé cette neutralité et ont commencé leur invasion des Pays-Bas et de la Belgique. Mes parents, mon frère et moi avons essayé de quitter Bruxelles pour aller en train rejoindre notre famille à Paris mais les trains avaient cessé de rouler et mon père a finalement refusé de quitter Bruxelles car il me trouvait trop jeune pour joindre les centaines de exilés sur les routes de Belgique et de France. Le 16 mai 1940, mon frère âgé de 15 ans a déclare qu'il ne voulait pas rester en Belgique et qu'il allait essayer d'aller seul à Paris. Apres de longues discussions, mes parents ont décidé qu'il ne devait pas partir seul et que notre père l'accompagnera. Ils avaient décidé de marcher vers la frontière franco-belge car les ponts avaient été bombardés et les trains ne roulaient plus. Nous les rejoindrons à Paris lorsque la situation 'se tassera' ! Ils sont partis à 5 heures de l'après-midi le 16 mai. Quelques années plus tard, nous avons finalement appris que, au lieu de se diriger vers la frontière franco-belge, étant convaincu que la France ne sera pas à même de refouler les troupes allemandes, il a réussi à persuader mon frère qu'ils devaient plutôt se diriger vers Ostende pour essayer de s'embarquer sur un bateau partant pour l'Angleterre. Ils eurent la chance de pouvoir monter en bateau - le dernier bateau quittant la Belgique et ils devinrent alors des réfugiés belges. Les Allemands arrivèrent à Bruxelles dans la matinée du 17 mai et c'est ce jour-la que j'ai vu pour la première fois la croix gammée flottant sur l'Hôtel de Ville de St. Gilles.<br /> Lorsqu'elle apprit que ma mère et moi étions seules à Bruxelles, Louisa est venue nous voir &#151; en vélo si je me souviens bien. Elle voulait que nous quittions Bruxelles pour Montignies et que nous restions à la ferme jusqu'à la fin de la guerre. Maman lui a dit qu'il fallait que nous restions à Bruxelles puisqu'elle devait continuer à travailler et il fallait que je retourne à l'école. Louisa lui a fait promettre que nous viendrons à Montignies aussi souvent que possible; nous pourrons ainsi revenir en ville avec du beurre, des œufs et des légumes.<br /> Pendant environ les deux premières années d'occupation, nous y allions aussi souvent que possible et je pouvais passer mes vacances à la ferme. Tous nos amis étaient accueillants et nous nous sentions bien a la campagne entourées d'amis. Ce genre de vie a continué jusqu'en été 1942 lorsque nous avons été obligées de porter une étoile jaune sur nos vêtements et devions aussi observer - comme tous les Juifs - le couvre-feu; la vie des Juifs devenait de plus en plus difficile et dangereuse .<br /> En mi-août 1942, maman fut convoquée à la Gestapo située à l'Avenue Louise dans le centre de Bruxelles -c'était le quartier-général de la Gestapo en Belgique. On n'a jamais su comment les Allemands ont réussi à découvrir que mon père et mon frère étaient en Angleterre et non en Suisse comme nous le prétendions. <br /> Après avoir découvert par hasard qu'ils étaient a Londres, nous avons réussi à correspondre avec eux par l'intermédiaire de la Croix-Rouge (25 mots par document spécial toutes les quelques semaines). Maman avait aussi réussi à obtenir une adresse à la Chaud des Fonds en Suisse neutre et aussi une adresse au Portugal, également neutre et un contact au Brésil. La Gestapo a intercepté une lettre que mon frère nous avait écrite, J'avais supplié ma mère de ne pas répondre à la convocation de la Gestapo et de plutôt partir pour Montignies.<br /> Elle a décidé qu'il valait mieux aller à la Gestapo -je n'ai jamais su pourquoi elle avait décidé d'y aller.<br /> Deux officiers l'ont interrogée; elle m'a dit qu'ils étaient très corrects et très polis. Ils devaient savoir qu'elle était juive puisqu'elle devait porter son étoile jaune. Ils lui ont demandé s'il elle parlait et comprenait l'allemand; elle leur a dit qu'elle n'avait jamais appris cette langue - ce qui n'était pas vrai - et ils l’ont crue. Elle leur a dit qu'il y avait longtemps qu'elle était séparée de son mari et il avait emmené son fils en Suisse où elle savait qu'ils se trouvaient toujours. Les deux allemands ont discuté entre eux quoi faire et se sont dit que puisqu'il y avait une fille a la maison, ils pourront surveiller nos mouvements et nous ramasser toutes les deux plus tard. Miraculeusement, ils lui ont donné un permis lui permettant de quitter la Gestapo et lorsqu'elle a montré ce permis à la sentinelle gardant la sortie de l'immeuble, il lui a dit qu'elle avait de la chance de pouvoir partir.<br /> Je l'attendais à la maison et j'étais certaine qu'on ne lui permettrait pas de quitter la Gestapo et que je serai seule à Bruxelles. Pendant qu'elle était à l'Avenue Louise, on a glissé sous notre porte notre convocation nous ordonnant de nous rendre dans un camp à Malines où les juifs étaient incarcérés jusqu'au moment du départ pour l'Europe de l'Est et les camps de concentration.<br /> Quand Maman est enfin revenue à la maison, je lui ai montré les convocations et elle a décidé qu'il était temps de quitter notre appartement et de partir pour Montignies. <br /> Nous avons emballé quelques vêtements; j'ai pris deux ou trois livres d'école et nous étions prêtes à quitter Bruxelles. Nous avons donné les clés de notre appartement à notre voisine, Madame Grognet en qui nous avions confiance. Elle faisait partie d'un groupe de résistance et nous avait dit qu'elle ferait de son mieux pour nous aider et surtout pour garder notre secret. Elle a surveillé nos biens jusqu'au moment où des collaborateurs reçurent la permission d'occuper notre appartement.<br /> Lorsque nous avons quitté le 95, rue de la Victoire à Saint-Gilles; nous avons dit au revoir à quelques voisins en leur disant que nous allions à la Gare du Nord pour prendre un train pour Malines. Maman a décidé qu'il fallait que nous allions à la Gare du Nord; elle soupçonnait que nous serons peut-être suivies- elle avait quitté la Gestapo quelques heures auparavant et c'était donc tout à fait possible qu'elle soit sous surveillance. Lorsque nous sommes arrivées à la Gare du Nord, nous avons traversé quelques rues et avons ensuite pris un tram en direction de la Gare du Midi d'où partaient les trains pour le sud du pays. Maman a démontré son intelligence et son excellente stratégie; c'était toujours par son courage et son sang-froid, qu'elle parvenait à me rassurer et à me persuader que nous réussirions à voir la fin de la guerre et le retour de mon père et de mon frère.<br /> Nous avons pris le train pour Masnuy St. Pierre. Nous portions naturellement notre étoile jaune sur notre veste d'été. Comme beaucoup de Juifs sous l'occupation, nous portions notre sac à mains sur le côté gauche de notre veste pour essayer de cacher notre étoile jaune. Beaucoup de Juifs la cachaient soit avec un livre ou un journal.<br /> Il faisait beau cette après-midi d'août et maman me dit qu'aussitôt que le train aura quitte la partie flamande du pays, elle ira à la toilette pour enlever sa veste et se débarrasser ainsi de cette étoile jaune; quand elle reprendra son siège, je devrai faire de même. Tout se passa bien et nous étions assises portant notre robe d'été et aucun voyageur n'avait remarqué notre manœuvre.<br /> Nous sommes descendues à Masauy St. Pierre où nous attendait Monsieur Maurice avec son chariot et Boulotte. Nous étions tous les trois biens émus de nous retrouver. Nous sommes arrives a Briguolet ou la famille Vos nous attendait et notre accueil fut des plus chaleureux. Nous étions tous fort émus. Maurice et Louisa nous ont dit que nous étions en sécurité et que nous resterons avec eux jusqu'à la fin de la guerre. Un peu plus tard, un jeune homme faisant partie de la résistance est venu nous donner nos fausses cartes d'identité et nos cartes de ravitaillement. Maman est devenue Madame Renée Banquet et ma carte identité était sous le nom d'Anne-Marie Debienne.<br /> Notre histoire était que mon père - le premier époux de Renée Debienne était mort et qu'elle avait épousé son deuxième mari nommé Banquet; c'était donc pourquoi nos noms étaient différents. Nous demeurions à La Louvière et pendant qu'on faisait des travaux dans notre maison, nous habitions chez nos amis, Maurice et Louisa Vos. Naturellement, nos nouvelles cartes d'identité n'étaient pas tamponnées avec le mot Juif.<br /> Il y avait une école primaire au village et Andrée Oreins, Institutrice, a bien voulu me donner des leçons privées deux ou trois après-midi par semaine; j'allais donc chez elle à la petite ferme ou elle habitait avec sa mère, Damyre. Nous passions ainsi deux heures ensemble et sommes devenues amies. <br /> Apres quelques semaines, Maman a décide que je devrais apprendre le latin. Vers qui se tourner ? Monsieur le Curé naturellement. Nous allions à la messe tous les dimanches car M. le Curé avait dit à Maman que ce serait une bonne idée si nous allions à la messe le dimanche; les habitants de notre petit village savaient pourquoi nous étions à Montignies, mais il trouvait que ce serait quand même une bonne idée qu'ils nous voient à la messe. C'est pourquoi le dimanche matin Maman et moi mettaient une belle robe pour aller à l'église avec Louisa et sa famille; ni Maurice Vos ni son père y allaient II y avait aussi un couvent au village et Sœur Jeanne s'occupait du jardin d'enfants.<br /> La Mère Supérieure a invité ma mère et moi au couvent pour que nous fassions connaissance. C'était la première fois que nous mettions les pieds dans un couvent. Il y avait une fraîche odeur de cire et les vieux meubles brillaient. La pièce où nous nous trouvions me semblait luxueuse; il y avait un grand crucifix sur un mur et des cadres représentant la Sainte Vierge et d'autres saints; il y avait naturellement un portrait du pape. Pie XII. La Mère Supérieure a dit a maman que Sœur Jeanne voudrait beaucoup que je l'aide à préparer des leçons pour ses jeunes élèves; nous étions naturellement d'accord; j'étais enchantée car cela me donnerait l'occasion d'aller au couvent et d'aider Sœur Jeanne. Si, par malheur, les Allemands devaient y venir pendant que j'y étais. Mère Supérieure m'a montré où elle pendra un habit de novice que je devrais alors enfiler. Les Allemands ne nous ont jamais rendu visite.<br /> Quant à mes leçons de Latin, Monsieur le Curé nous a dit, en confidence, qu'un de ses neveux, prêtre aussi, se cachait au presbytère après avoir ignore la convocation qu'il avait reçue des Allemands. Il avait été professeur de latin dans un collège belge; et c'est ainsi que je me rendais deux fois par semaine au presbytère où le jeune prêtre me donnait des leçons de latin. M. le Cure nous avait installés dans la salle a manger et nous étions assis au deux bouts de la grande table. M. le Curé était assis au milieu d'un coin de la table et il faisait parfois un petit somme. Mon professeur devait faire glisser le long de la table le livre de latin et quand j'avais lu les exercices, je devais lui renvoyer le livre et mon cahier. Pendant une de mes leçons, mon professeur a suggéré que ce serait beaucoup plus facile de partager notre livre si nous étions assis à cote l'un de l'autre. Quand M. le Curé s'est réveillé et qu'il a vu que nous avions changé de place, il a décidé de ne rien dire.<br /> <br /> Montignies-lez-Lens était situé à quelques kilomètres d'un aérodrome militaire allemand. Notre groupe de résistants avait augmenté et Gustave Vos et deux ou trois jeunes gens que nous connaissions faisaient partie de la résistance. Ils partaient pour dynamiter les rails de chemin de fer. Masnuy St. Pierre - notre gare la plus proche - était sur le réseau qui allait de France vers l'Europe de l'Est. Je les aidais en préparant la dynamite dont ils avaient besoin et j'ai donc passé de nombreuses heures avec ces gars courageux en préparant la dynamite.<br /> Un neveu du père de M. Maurice, José, avait reçu sa convocation pour se présenter dans un endroit de rassemblement pour aller travailler en Allemagne. Comme beaucoup d'autres jeunes, il a décidé d'ignorer cet ordre et Maurice et Louisa Vos ont accepté qu'il vienne les rejoindre à la ferme. Ce qui fait que les habitants de Briguolet comprenaient Maurice et Louisa Vos et leur quatre enfants, Parrain et Marraine, Maman, un de mes oncles et moi, José et Marcel, un autre jeune qui avait aussi décidé de ne pas aller travailler pour les allemands. Nous étions à quatorze autour de la table. Il n'y avait pas embarras de richesse mais il y avait assez à manger. <br /> Au petit déjeuner, il y avait une grande tartine avec un peu de beurre, parfois de la confiture et une tasse de café au lait. A midi, nous avions de la soupe, assez de pommes de terre, des légumes du jardin et un petit morceau de lard ou de porc et parfois un morceau de poulet ou de lapin; pour le goûter nous avions une grande tartine avec du beurre et de la confiture; au souper, s'il y avait des pommes de terre qui restaient de midi, on les écrasait sur le pain et c'était délicieux. Rien n'était gaspillé.<br /> Il faut que je mentionne le fils aîné de M. et Mme Vos: Gustave. Le chef de notre groupe de résistants a décidé que les gars devaient obtenir des cartes de ravitaillement de l’hôtel de Ville de Lens. Gustave et un autre jeune homme ont mis un foulard sur leur visage et seuls leurs yeux étaient visibles; ils ont glissé leur revolver dans leurs chaussettes et sont partis en vélo pour Lens. Là, Gustave a sorti son revolver et a ordonné à la jeune fille qui était assise dans son bureau de lui donner autant de cartes de ravitaillement que possible; elle s'appelait Fernande et Gustave en est immédiatement tombe amoureux! Le lendemain, il est retourné a l'Hôtel de Ville - sans son camouflage et sans son revolver - et a dit à Fernande qu'il l'aimait! Ils se sont mariés peu après la fin de la guerre et ont vécu ensemble avec leur fils, Alain, pendant de nombreuses années, jusqu'au décès de Gustave.<br /> <br /> Vers la fin de 1942, nous avons appris que plusieurs membres de notre grande famille a Bruxelles furent déportes. On nous a fait savoir que la sœur de maman avait été prise par les Allemands avec aussi son fils de 13 ans, Paul Milman. Mon oncle, Jacques Milman, était au travail et quand il est rentré chez lui, ses voisins lui ont dit que les Allemands avaient emmené Tante Mania et Paul. Il se trouvait seul, des plus inquiets et des plus malheureux; il était chez un de ses voisins mais devait partir de la au plus vite possible, En apprenant cette triste nouvelle, Maurice et Louisa Vos ont décidé qu'il devra nous joindre à la ferme et Louisa, dévouée comme toujours, est partie à Bruxelles et l'a ramené a Briguolet. Il était né en Russie et quand il parlait le français il avait un fort accent étranger - russe. La résistance lui a aussi fourni une fausse carte d'identité mais on lui a dit que si les Allemands venaient à la ferme, on dirait qu'il était sourd-muet pour ne pas trahir son accent. Il était très malheureux et des plus inquiets au sujet de sa femme et de son fils - ils ont été tués à Auschwitz - et passait la plupart de son temps à fumer avec son oreille à la radio où il écoutait la BBC.<br /> Chaque soir, nous écoutions tous le programme français de la BBC et il y avait toujours quelqu'un qui écoutait à la porte au cas que les Allemands arrivent. Il faut mentionner ici que par miracle, Montignies n'a jamais eu des soldats allemands cantonnes dans le village. <br /> <br /> Quand il pleuvait les routes devenaient boueuses et leurs motocyclettes, camions et voitures s'embourbaient Ils étaient cantonnés à Lens et ne venaient pas régulièrement au village. Pendant l'automne de 1942, une des sœurs de mon père nous a fait savoir que la vie quotidienne des Juifs de Bruxelles devenait de plus en plus précaire et qu'il vaudrait mieux qu'elle quitte son appartement avec son mari et son fils. <br /> Une fois de plus, Maurice et Louisa Vos ont décidé d'essayer de trouver un logis et avec l'appui de ma mère, un logement fut trouvé dans le village: Louisa est repartie pour Bruxelles et a ramené ma tante, mon oncle et mon petit cousin; ils sont restés au village jusqu'à la libération et ont partagé la petite maison avec cette famille.<br /> Oncle Vlad Slupowski est devenu Monsieur Arthur, était électricien et a réussi à travailler avec l'électricien du village; il était a même de pouvoir ainsi payer quelque chose au propriétaire de la petite maison. Il est devenu assez populaire dans le village car il était jovial et toujours prêt à aider. Ma tante s'appelait aussi Mme Renée et leur fils âgé de 4 ans était Henri George, connu sous le nom de Rigeo. Il allait tous les jours au couvent et était dans la classe de Sœur Jeanne.<br /> Tous trois ont survécu l'occupation. Le frère cadet de mon père fut déporté avec son fils, âgé de 6 ans; ma tante n'était pas chez elle lorsque la rafle fut effectuée et elle s'est trouvée seule - son mari et son fils ont été tues à Auschwitz, Lorsque nous avons appris cette terrible nouvelle, ma mère a été voir M. le Curé pour lui raconter ce qui s'était passé'. Il a décidé qu'elle pourra trouver refuge au presbytère et qu'il dira qu'il avait besoin d'une autre femme de ménage pour aider avec le nettoyage et les repas. <br /> Maman lui a dit qu'elle parlait le français avec un accent étranger fort prononce; il a décidé alors de dire qu'elle venait des Flandres et qu'elle ne parlait que peu de français. M. Maurice était d'accord pour que Louisa aille la chercher à Bruxelles et la ramène à Montignies. <br /> M. le Curé l'appelait Maria et ma tante lui devint fort dévouée. Elle était naturellement des plus malheureuse car elle était terriblement inquiète au sujet de son fils et de son mari.<br /> Nous avons appris peu après qu'un autre frère de mon père avait été pris pendant une rafle et avait été déporté- lui aussi a été tué à Auschwitz. Son épouse, Sara, et ses deux fils, Fernand - 7 ans - et Maurice - 2 ans -n'avaient pas été pris et n'avaient pas où aller. La mère de Louisa habitait à Louvignies, un village voisin, et elle a été d'accord d'héberger ma tante et le petit Maurice; il fut décidé que Fernand habiterait dans une ferme très près de Briguolet et les fermiers ont accueilli le petit garçon très chaleureusement et lui aussi est allé au couvent dans la classe de sœur Jeanne. Fernand était un beau et gentil garçon et Hortense, la fermière, l'aimait beaucoup. Il apprit assez rapidement à parler le wallon. La mère de Louisa habitait seule et avait une petite ferme avec un potager et un verger et Sara l'aidait à faire le ménage et le nettoyage. Peu après, nous avons appris que deux sœurs de mon père avaient été prises par les allemands pendant la nuit.<br /> Le fils d'une de mes tantes dormait chez ses parents et lui aussi a été emmené. Mes deux tantes et leur famille partageaient une grande maison à Bruxelles et mon cousin, Maurice Celnik, y habitait aussi avec ses parents. <br /> La nuit de cette rafle, en entendant du bruit il s'est réveillé et voyant ce qui se passait chez lui a réussi a se cacher dans la maison et a pu ainsi échapper. Mes tantes, leur mari et mon cousin Jacky furent déportés et ils ont tous péri dans le camp de concentration. Mon cousin, Maurice, qui réussit à s'échapper, est aussi arrive à Montignies et a rejoint Fernand dans la ferme de Mes et Hortense. Il était costaud et a pu aider les fermiers aux champs et à la ferme; lui aussi a joint le mouvement de résistance du village.<br /> Nous avons alors appris que des amis de mon oncle qui habitait avec nous à Briguolet avaient été caché dans une mansarde qu'ils devaient quitter au plus vite possible. La famille consistait du père, de la mère et de leurs deux filles, Maria et Rosa. Le père était un tailleur bien renommé à Bruxelles et il avait les moyens de pouvoir payer la famille voulant bien les héberger. Une fois encore, Maurice et Louisa Vos et ma mère sont parvenus à leur trouver un logis. Les deux filles venaient de temps en temps à la ferme; elles étaient plus âgées que moi et nous ne sommes jamais devenues amies. Je préférais la compagnie de Renée, Gustave, Marie-Louise et le petit Maurice.<br /> Apres la libération de Montignies, cette famille est rentrée à Bruxelles et ils ne sont restés en contact ni avec nous, ni avec nos amis de Montignies et je ne les ai jamais revus. Incroyablement, Louisa et Maurice Vos et ma mère ont réussi à trouver où héberger <strong>dix-sept Juifs</strong> qui ont survécu l'occupation.<br /> Vers la fin de l'automne 1942, j'avais de moins en moins d'énergie et je n'avais pas d'appétit. Je ne voulais pas dire à ma mère que je ne me sentais pas bien car je savais qu'elle avait assez de problèmes sans devoir aussi s'inquiéter à mon sujet. Elle s'est rendu compte que j'étais fiévreuse et il a été décidé que je devais voir un médecin. Le Docteur Cuvelier de Lens est venu me voir; je l'avais vu dans le village; il était sympathique et faisait ses visites en vélo. <br /> Il savait pourquoi nous habitions avec la famille Vos. Il nous a dit que j'avais une pleurésie et que je devais rester au lit pendant six semaines. Il a prescrit une série de 36 piqûres. Marcelle Cowez habitait à la ferme voisine de Briguolet; elle y habitait avec sa mère et je les connaissais depuis longtemps. <br /> Elles étaient toutes deux bien sympathiques et Marcelle était d'accord de venir tous les jours me faire mes piqûres; elle restait un moment avec moi pour me remonter le moral. Le Dr. Cuvelier a dit qu'il fallait que je dorme dans une chambre chauffée; la pièce où je dormais avec ma mère n'avait pas de chauffage et était plutôt humide. Maurice et Louisa ont immédiatement décidé que le grand lit que je partageais avec ma mère sera mis dans leur chambre à coucher car il y avait le moyen de chauffer la pièce.<br /> Il y avait cependant un grand problème: comment obtenir des rations supplémentaires de charbon; le médecin devait remplir une fiche et M. Cuvelier a décidé qu'il ne fallait pas mettre mon faux nom sur la fiche. Maurice et Louisa ont. une fois de plus, sauvé la situation. Pourquoi ne pas y mettre le nom de Marie-Louise, leur fille cadette. M. Cuvelier fut immédiatement d'accord et remplit la fiche et la signa.<br /> De temps en temps des amis du village venaient me voir; M. le Curé et Sœur Jeanne sont aussi venus. Louisa surveillait mon régime; elle me donnait la crème du lait et du lard.<br /> J'avais aussi des livres de la bibliothèque du château. Nous ignorions alors que le comte et la comtesse qui habitaient au château y cachaient des aviateurs canadiens. M. le Curé me prêtait des livres et j'ai beaucoup appris au sujet de la vie des saints et leurs supplices; j'ai lu et relu l'Ancien et le Nouveau Testament; j'ai lu les livres décrivant le 'Péril Jaune' et le 'Péril Rouge'! Tout faisait farine au moulin.<br /> Ces six semaines que j'ai passées au lit étaient très dures pour ma mère; en plus de tout ce qu'elle devait faire, je l'appelais des dizaines de fois; elle était aussi fort inquiète a mon sujet; malheureusement, je ne me rendais pas compte combien elle était fatiguée et Louisa m'a fait promettre de ne pas épuiser Maman. <br /> Les semaines passèrent et je me suis remise et j'ai repris mes leçons avec Andrée Oreins; j'étais contente de pouvoir recommencer à traire les vaches et à aller aux champs.<br /> Les semaines passèrent. Le 4 février 1944, un avion américain revenait d'une mission - bombardement sur la ville de Francfort.. L'avion était séparé de sa formation car il avait été atteint par le feu de l’aérodrome allemand. Nous pouvions voir comme des petits nuages blancs entourant l'avion Nous étions dans le jardin a l'arrière de la ferme et de là, nous pouvions voir ce qui se passait. Après quelques minutes, nous avons vu des parachutes quittant le bombardier; les allemands tiraient toujours et nous étions fort inquiets. Nous avons vu qu'un des parachutes avait atterri dans le champs derrière le jardin. <br /> José, Gustave et Roger décidèrent d'aller voir si le parachutiste était en vie. Je voulais les accompagner mais ma mère a réussi à me retenir. Après quelques minutes, nos jeunes gens sont revenus portant un parachute. Deux autres résistants armés ouvrirent la porte de la ferme en soutenant un homme en uniforme; ce dernier semblait ne pas se rendre compte de ce qui lui arrivait. Quand je l'ai vu, je me suis rendue compte que l'homme en uniforme était un aviateur américain et je dois avouer que je me suis jetée dans ses bras pour l'embrasser. J'étais la seule à parler et à comprendre un peu d'anglais et j'ai réussi à lui faire comprendre qu'il était avec des amis qui allaient s'occuper de lui. Il ne savait pas dans quel pays il avait atterri.<br /> M. Maurice était alité ce jour-là et quand son fils Gustave est monté lui dire ce qui se passait en bas, Maurice - avec son sang-froid habituel - a dit qu'il n'y avait qu'une chose à faire; il fallait que l'américain reste à la ferme. On lui a enlevé son uniforme et ses bottes; les garçons sont partis pour les cacher avec aussi le parachute. Louisa a trouvé des vêtements pour lui.<br /> Notre aviateur s'appelait Monroe Cordon et il m'a dit qu'il était à Londres le matin même du bombardement sur Francfort. Je lui ai dit que mon père et mon frère étaient à Londres et il m'a dit que lorsqu'il retournera en Angleterre, il leur écrira; je lui ai donné leur adresse qu'il a appris par cœur car c'était trop dangereux d'avoir cette adresse sur lui au cas qu'il soit pris par les Allemands. Il voulait savoir ce que nous faisions à la ferme et je lui ai dit pourquoi nous étions la. Il m'a dit que lui aussi était juif, qu'il habitait New York, qu'il avait 27 ans et que les avions revenaient d'avoir bombardé Francfort. Il m'a dit qu'une de ses jambes lui faisait mal et qu'il avait aussi assez mal à la poitrine. Nous avons appris plus tard que son avion s'était écrase près de la frontière française.<br /> Maurice Vos nous a dit que si les Allemands devaient venir fouiller la ferme il ne fallait à tout prix qu'ils nous trouvent. Il avait décidé que maman et moi devrons passer la nuit dans une ferme voisine, chez Divine. Nous la connaissions bien et la trouvions très aimable. J'ai dit à ma mère et à Maurice que je ne pouvais pas laisser l’Américain puisqu'il ne comprenait pas le français et qu'il fallait absolument que je reste à Briguolet. Malgré toutes mes explications il a fallu que je parte. M. Maurice nous a dit qu'il s'était juré de nous voir survivre la guerre et de nous voir réunies avec mon père et mon frère.<br /> Au cours de l'après-midi, quelques résistants sont venus à la ferme pour dire que les Allemands étaient arrivés au village pour voir si des Américains y étaient cachés. Ils ont décidé de cacher notre parachutiste dans la grange. Avant qu'on ne puisse me retenir, je suis partie avec lui vers la grange toujours sous l'excuse de pouvoir lui expliquer ce que l'on disait. Il était très fatigué et sa jambe et sa poitrine lui faisaient mal et il était aussi fort inquiet d'être découvert en vêtements civils. A la grange, nous sommes montés sur l'échelle et je l'ai couvert de foin avant de me cacher près de lui. Après un moment, la porte de la grange s'ouvrit et quelques allemands armés sont entres et ont commence à remuer les gerbes de foin qui se trouvaient éparpillées au rez de chaussée de la grange. Nous nous cachions sans presque oser respirer. Heureusement ils décidèrent de partir après quelques minutes en disant qu'il n'y avait personne a la grange.<br /> Je connaissais assez d'allemand pour comprendre ce qu'ils disaient; ils sont partis, laissant la porte entrouverte. C'est par miracle qu'ils ne nous ont pas trouvés. Le parachutiste m'a dit alors qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir un 'vrai' soldat allemand et il voulait absolument descendre pour essayer de voir les allemands! C'était de la folie pure et simple. Il a vu les soldats allemands grimper sur leur camion et quitter la ferme. Nous sommes rentrés à la ferme, saine et sauve - pour le moment.<br /> Le soir, Maman et moi sommes allées chez Divine qui avait préparé notre chambre et était des plus accueillante malgré le danger. Avant d'aller au lit j'ai dit a ma mère qu'il fallait absolument que j'aille à Briguolet pour m'assurer que notre américain n'était pas trop inquiet, qu'il était un peu rassuré et un peu plus confortable. Avant que Maman ne puisse me retenir, j'ai enfilé une paire de sabots et j'ai mis un grand châle noir sur ma tête et mes épaules et ignorant le couvre-feu, j'ai couru vers la ferme en évitant le chemin et en allant par les champs, marchant le long des sentiers et tombant dans la boue plus d'une fois. Maman me suivait, furieuse mais incapable de m'attraper et de me retenir.<br /> Lorsque nous sommes arrivées a Briguolet, les enfants étaient au lit et nos amis et le parachutiste étaient fort amusés de voir dans quel état j'étais, crottée et couverte de boue. Tout allait bien à la ferme et ma mère m'a fait rebrousser chemin pour aller passer la nuit chez Divine. Le lendemain, quelques membres de la résistance sont venus avec un passeport pour Monroe. Il ne parvenait pas à prononcer son faux nom avec un accent français convaincant et j'ai passé un bon moment à essayer de le lui faire dire. Eventuellement on lui a dit que si, par malheur, il était questionné, Maurice et Louisa Vos déclareraient qu'il était sourd muet - ou l'idiot du village. Les jeunes gens de la résistance ont dit que des qu'il pourra voyager, un d'eux viendra avec une charrette attelée d'un cheval pour remmener vers la frontière française ou des maquisards français se chargeraient de lui trouver un refuge et aussitôt que possible, l'emmener au Portugal d'ou il pourrait regagner l'Angleterre. J'étais très triste quand il est parti après m'avoir promis de se mettre en rapport avec mon père et mon frère dès qu'il arriverait à Londres.<br /> C'était pour moi la fin d'une aventure incroyable mais en 1960, mon mari, mes enfants et moi habitions en dehors de Washington et mon amie qui travaillait aux Nations Unies a réussi a trouver où Monroe habitait; elle lui a téléphoné pour lui dire que j'étais aux Etats Unis et lui a donné notre numéro de téléphone. Il m'a téléphoné et est venu nous voir. Il nous a raconte' qu'il avait du rester en France où deux vieilles femmes l'ont caché jusqu'à la fin de la guerre. <br /> Entretemps, ses parents avaient été informés que leur fils avait dû parachuter quelque part en Europe occupée et ils ont déclare que puisqu'il n'y avait aucune nouvelle de lui, ils l'ont présumé mort. J'ai fait la connaissance du père de Monroe en 1960 et il m'a dit combien il était reconnaissant à la famille Vos d'avoir sauvé leur fils.<br /> Montignies fut enfin libéré le 4 septembre 1944 quand les premiers tanks américains sont arrives au village.<br /> Tout le monde était tellement heureux de voir nos libérateurs. Nous étions vivants grâce au courage de la famille Vos et de nos amis du village. Le bourgmestre de Montignies, M. Degauquier, nous a rejoints sur la route pleine de tanks américains et il a dit à ma mère qu'il ne m'avait jamais vue aussi heureuse. Pour cause. Nous sommes restés amis avec la famille Vos et nos amis du village.<br /> Louisa Vos est venue à Londres pour assister à mon mariage en 1953 et, après son décès, Maurice Vos est venu plusieurs fois passer des vacances chez nous.<br /> Les années ont passés et je pense très souvent à mes amis de Montignies. Les paroles me manquent pour dire ce que j'éprouve pour la famille Vos et l'affection que je ressens toujours pour Maurice et Louisa. Mes parents et mon frère n'ont jamais oublié ce que ces gens ont fait pour nous.<br /> <br /> Sources Internet :<br /> <a href="http://www.montignies-lez-lens.be/index.php/fr/h-i-s-t-o-i-r-e-mainmenu-41-41/nos-maieurs-mainmenu-54/autres-faits-memorables/la-famille-vos">http://www.montignies-lez-lens.be/index.php/fr/h-i-s-t-o-i-r-e-mainmenu-41-41/nos-maieurs-mainmenu-54/autres-faits-memorables/la-famille-vos</a><br /> </p> Fri, 04 Nov 2016 21:35:00 +0100 L'exode de Julien HERMAN en mai 1940 http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/hermanjulienpetit.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">J'avais alors onze ans et trois mois et j’habitais rue de Battice à Petit-Rechain, exactement en face du garage des autobus"Le Perron".<br /> <br /> Cette nuit-là, celle du 9 au 10 mai 1940, mon sommeil, profond et paisible comme celui de tous les gosses, s'achevait sur un rêve. Ma mère, penchée sur moi, me disait...<br /> J'ouvris les yeux. Non, ce n'était pas un rêve ! Un intense vrombissement, bien réel, emplissait l'air, faisant vibrer la maison. Au clocher de l'église, les sirènes hurlaient lugubrement. Penchée au-dessus de mon lit, ma mère me disait d'une voix toute tremblante: "Lève-toi m'fi, c'est la guerre !"<br /> <br /> La guerre ???! Pour moi, la guerre, c'était autre chose que ce qu'elle semblait être depuis le 3 septembre l939: quelques escarmouches entre patrouilles françaises et allemandes en avant de la Ligne Maginot; cent mètres de terrain conquis puis abandonné; quelques images du "front", dont je me délectais lorsque ma grande soeur Berthe (21 ans), rentrant de son travail à Verviers, rapportait l'hebdomadaire "Match".<br /> <br /> Pour moi, la guerre, c'étaient les crimes abominables des soldats allemands en l9l4, les odieux massacres perpétrés par eux à Herve et en cent autres lieux, la longue nuit de quatre années d'occupation, avec ses restrictions alimentaires, ses contrôles, ses vexations, ses arrestations, ses fusillades. Car, maintes fois, j'avais entendu déjà, le récit de toutes ces horreurs: alors que, âgé de quelque quatre ans, sagement assis sur un "passet" dans un coin du salon de coiffure de mon père, rue Moreau, 58, à Herve, j'écoutais la conversation des "grands", témoins ou presque victimes, vingt ans plus tôt, de la Furor Teutonicus retardée "nach Paris" par l'artillerie du fort de Fléron.<br /> <br /> J'ouvre donc d’abord ci-après une longue parenthèse pour relater les événements vécus par mon père au début de la première guerre mondiale: <br /> <br /> Ainsi, le samedi 8 août l9l4 dans la matinée, une importante colonne allemande (du 39e régiment d'infanterie de réserve) avait fait halte au "Malakoff", partie haute de Herve. <br /> La chaleur était accablante. Sciemment excitée par la légende de prétendus civils francs-tireurs, effrayée par la mortelle précision des canons du fort de Fléron, la soldatesque prussienne (au ceinturon marqué de "Gott mit uns": avec l'aide de Dieu, donc...) n'avait pas tardé à s'égailler un peu partout dans la ville et à y faire la démonstration de ses criminelles aptitudes. D'abord curieux - puisqu'on ne connaissait des Allemands que leur participation déterminante à la catastrophe du l8 juin l8l5 à Waterloo (pour le malheur éternel de la Wallonie) - les gens rentrèrent précipitamment dans leurs demeures dès les premiers coups de feu, et l'inquiétude croissait au rythme du crépitement des premiers incendies. L'auteur de mes jours, Arthur HERMAN, alors célibataire et âgé de 25 ans, habitait à l'angle même (côté Battice), de la rue Moreau et de l'avenue Dewandre, et exploitait là un salon de coiffure pour hommes. Avec lui vivaient: Aimé-Joseph HERMAN, mon grand-père (depuis quelques années abandonné par ma grand'mère); mon oncle Alfred; ma tante Francisca, mon oncle Constant; et ma tante Mariette, cadette de la famille et âgée de seulement l4 ans.<br /> Suivi de deux soldats, un officier allemand entra et, par signes, fit comprendre qu'il désirait se faire raser. Durant toute l'opération, les deux soldats, revolver au poing, tenaient mon père en joue. Au dehors, claquaient des coups de feu sans cesse plus nombreux; les ordres gutturaux des soldats se mêlaient à des cris d'épouvante ou de douleur. De plus en plus inquiet, mon père demanda à l'officier s'il y avait du danger. "Non, Mocheu, il n'y ba te danzé". Risquant néanmoins un coup d'oeil à l'extérieur en reconduisant ses trois indésirables visiteurs, mon père vit des soldats occupés à lancer des engins incendiaires dans la corniche de la maison ! Plusieurs cadavres de civils jonchaient la rue, où plusieurs immeubles flambaient comme des torches. Arthur HERMAN eut tout juste le temps d'entraîner ses proches dans la cave....<br /> Bientôt, les assassins/pillards/incendiaires envahissaient la maison où on les entendait vociférant et saccageant le mobilier à grands coups de baïonnette, avant de céder les lieux aux flammes. Les voisins immédiats allaient être, soit abattus sur place, soit poussés, comme du bétail, jusqu'au-devant de Mélen, lieu-dit "Labouxhe", pour être massacrés au bord d'une tombe qu'ils avaient été contraints de creuser eux-mêmes ! Parmi eux, des "francs-tireurs" (!) âgés de l3 ans à peine. Pourquoi la famille HERMAN, quant à elle, n'avait-elle pas connu, elle aussi, ce sort funeste ? La réponse à cette question relève du domaine des hypothèses. On sait que jadis, la porte de cave n'était, fort souvent, constituée que de quelques planches tapissées comme le mur où elle s'attachait; on est dès lors amené à supposer que dans leur folie destructrice, peut-être, de surcroît, embuée de vapeurs d'alcool, les tortionnaires Huns ne l'ont pas remarquée... On ne le saura jamais.<br /> <br /> Glacée d'effroi derrière ce frêle rempart, la famille HERMAN voyait approcher la phase finale. L'incendie faisait rage et la fumée commençait à s'infiltrer dans la cave. "Bijou, taisez-vous, n'est-ce pas !" commandait mon père à son chien, un petit bâtard très intelligent, d'habitude fort bruyant, mais qui, paraissant conscient de la gravité de l'heure, cette fois ne bronchait pas...<br /> Tout à coup, dans un fracas sinistre, la maison s'effondrait, précipitant des éboulis et de la poussière sur les escaliers de la cave, dont la voûte, toutefois, tenait bon. Néanmoins, l'atmosphère devenant irrespirable, mon grand-père dit: "Récitez votre acte de contrition, mes enfants, nous allons mourir » !". Mais puisqu'il fallait mourir, chacun fut d'avis que mieux valait tenter une sortie et mourir ensuite à l'air libre . A coups de hache, mon père trancha la traverse en bois qui barrait le soupirail et risqua un regard dans la rue: elle était déserte. Prudemment, tous se hissèrent hors de la cave et s'éloignèrent en hâte de ce qui avait été leur foyer. Avec pour seule richesse les vêtements qu'ils portaient sur eux, les pitoyables sinistrés gagnèrent le bas de la ville, où les incendies faisaient toujours rage. De là, par Elvaux et Manaihant, ils parvinrent à Petit-Rechain, puis furent accueillis par les autorités communales de Dison et provisoirement installés dans une maison de la rue de Rechain.<br /> <br /> Ces atrocités allemandes de l9l4 traversèrent mon esprit tel un éclair fulgurant, cependant que je bondissais de mon lit, en cette aube radieuse du 10 mai 1940. Enfilant en vitesse mes vêtements, je courus à la fenêtre, où m'attendait un spectacle tout nouveau pour moi: des dizaines d'avions passaient à haute altitude, volant plein Ouest et laissant, sur l'azur du ciel, de longues traînées blanches de condensation. A travers leur intense bourdonnement, je perçus tout d'abord les voix familières des voisins, eux aussi réveillés et scrutant le ciel. "Regardez un peu ici !" "Regardez un peu là-bas !" Toute la maison était d'ailleurs en émoi. Mon frère Joseph dévalait de la mansarde où il couchait. Ma soeur Berthe quittait tout juste la chambre qu'elle partageait avec ma grand'mère maternelle, tandis que ma mère s'efforçait, tout en l'habillant, de rassurer mon petit frère Henri, infirme de 4 ans et demi, incapable de se lever sans aide, et dès lors plus traumatisé que quiconque par ce remue-ménage inquiétant. Je fus bientôt dans la rue, où mon père s'était joint aux nombreux badauds intrigués. Il était, je pense, environ 5 heures du matin. Les escadrilles continuaient à passer imperturbablement. De temps à autre, comme pour rectifier son alignement dans la formation, un avion virait en miaulant, puis le ronronnement reprenait son rythme régulier, menaçant...<br /> <br /> Le temps passait vite, tandis que la nouvelle courait de bouche en bouche: "C'est la guerre !" Une nouvelle dont nul ne connaissait l'origine. Mais qui donc prétendait que c'était la guerre ? Car, quelle était la nationalité de tous ces avions ? Où allaient-ils ? D'où venaient-ils ? Du reste, Adolf Hitler, Führer de l'Allemagne, ne venait-il pas encore de garantir, de la manière la plus formelle, la neutralité de la Belgique ? Si bien que la veille, le jeudi 9 mai, toutes les permissions et congés avaient été rétablis dans les casernes belges. Et, dans une atmosphère dès lors plus sereine, André BASTAGNE, fiancé de ma sœur, soldat-milicien de la classe l939, avait regagné la caserne du fort de Battice après nous avoir dit - on l'évoquerait plus tard comme une sorte de prémonition - : "Jusqu'à demain...ou après...ou après...ou après...". De toute manière, dimanche ce serait la Pentecôte, une fête de deux jours que la température véritablement estivale rendait pleine de promesses.<br /> <br /> On se rappela subitement - mon futur-beau-frère l'avait déclaré maintes fois - que l'incendie des baraquements/caserne abritant la garnison de Battice serait le signe confirmant avec certitude l'état de guerre. Je courus aussitôt sur la chaussée de Battice, jusqu'à l'endroit dénommé "Pont d'Arcole", près du château d'eau de Petit-Rechain. De ce lieu situé à moins de 100 mètres de notre habitation, la vue portait, au N-E, jusqu'aux abords de Battice. Quelques villageois du coin fixaient l'horizon, atterrés, incrédules: les baraquements du fort de Battice étaient en flammes ! Le ciel était entre-temps redevenu silencieux, mais le doute ne semblait pourtant plus permis: c'était la guerre. Et j'avais très peur...</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/casernebattice1.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Casernes marquées de la lettre X</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Je ne mangeai rien, ce matin-là; tout au long de mon existence, il en serait d'ailleurs ainsi dans mes moments d'intense émotion. Ma soeur "tchoulait" (pleurait) beaucoup. Ce n'était qu'un début, mais ne comprenant encore rien à l'Amour, j’allais devoir m’y habituer..<br /> <br /> <strong>Vendredi 10 mai 1940</strong>, six heures du matin. Une détonation déchire un silence sans cesse plus pesant: le fort de Battice ouvre le feu ! Des années plus tard, on apprendrait que la première victime de ce premier coup de canon avait été...le Commandant du fort, le Major Bovy, dont une rue de Battice honore la mémoire pour les générations futures. Gravement malade et hospitalisé à l'Hôpital Militaire St-Laurent à Liège, il avait, dans la nuit, exigé d'être, sans délai, ramené au fort; et alors qu'il transmettait à la coupole l'ordre du premier tir, il avait été foudroyé par une crise cardiaque.<br /> <br /> Mais le décor était planté; on pouvait lever le rideau sur la deuxième tragédie du 20e siècle. Ainsi, ce fort, ce géant de béton et d'acier dont les pieds prenaient appui à quelque 35 mètres sous terre et dont les massives casemates avaient tant de fois exalté mon imagination d'enfant, il allait servir, comme ses semblables de la ceinture fortifiée de Liège en l9l4, à barrer aux Allemands la route de Paris ! Essayer, à tout le moins...<br /> <br /> Ma soeur se décida à aller aux nouvelles chez les parents de son fiancé; ils habitaient à peu de distance, au terminus même du tram n° 2 "Rechain-Dison-Stembert" (ce bon vieux tram ronronnant, appelé, par le "progrès", à être remplacé en l962 par un autobus polluant...). Eux savaient parfaitement à quoi s'en tenir. Et il s'avéra que c'est par eux que s'était propagée dans le village, jusqu'à nous finalement, la fatidique nouvelle "C'est la guerre". Voici comment: Au Fort, André BASTAGNE avait été commandé, dans la nuit, pour descendre à vélo jusqu'à Verviers, afin de remettre en mains propres à une douzaine de militaires de carrière, l'ordre de rejoindre d'urgence. Mission accomplie, il était parvenu, en tirant quelques coups de pistolet, à... réveiller ses parents pour les informer. Après leur avoir abandonné sa bicyclette, il avait arrêté une voiture automobile pour regagner Battice au plus vite. D'abord incrédule, et supposant même, face au pistolet braqué, qu'il était l'objet d'une agression, le chauffeur (qui se rendait en vacances...) s'était exécuté, avait donc fait demi-tour à l'entrée de Battice et était reparti vers Verviers, pleins gaz...<br /> <br /> Nous attendions impatiemment le "journal parlé" de la radio; de l'INR, ainsi qu'on désignait alors la radio "nationale" avant qu'elle devînt la R.T.B., puis en l977 - reconnaissant enfin notre véritable identité d'enfants de la France - la r.t.b.F...<br /> <br /> A 6 heures 30, succédant à l'indicatif musical familier (quelques notes de "Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille", de Grétry) et à la ritournelle de notre mensonger et macabre hymne "national", une voix grave sortit de notre premier récepteur de T.S.F., un SBR que mes parents avaient acheté en été l938, alors qu'un certain Hitler, synthèse des nouvelles aspirations "touristiques" du peuple allemand, commençait à se mettre en vedette de l'actualité politique. <br /> Quarante ans plus tard, je ne me souviens plus de tout ce qu'a pu raconter ce "journal parlé" historique, mais je garantis, mot pour mot, l'exactitude de sa première phrase, jaillie par tant de fenêtres déjà ouvertes sur un matin radieux: "Sans ultimatum, sans note, l'Allemagne a attaqué ce matin, la Belgique, la Hollande, et le Luxembourg". <br /> Dans le même communiqué, une autre phrase nous frappait comme une agression personnelle car elle concernait le terroir ancestral: "La gare de Jemelle est en flammes". Ce fut à partir de ces informations de source officielle que le village prit une physionomie nouvelle. Bientôt, les premiers fuyards se mirent à passer vers l'Ouest, à pied, à vélo, en voiture parfois. Isolément ou par familles entières, lourdement harnachés de sacs, ployant sous d'énormes valises, à la fois muets d'inquiétude et ravis d'être en route...vers l'Inconnu. C'est quand je voyais passer ces gens que ma propre détresse augmentait, car, fort curieusement, c'est dans la présence de tiers que je trouvais quelque réconfort. Ma famille seule ne me rassurait pas, et je ne cessais de gémir pour que l'on se mît en route, nous aussi, comme un tel, comme les X, comme les Y, comme les Z, que je venais de repérer dans le cortège sans cesse plus nombreux des heureux "partants". Mais j'avais beau pleurer et supplier, mes parents semblaient indifférents à la panique se généralisant, tout au moins au réflexe moutonnier bien connu. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi mon père, témoin de la barbarie allemande en l9l4, ne paraissait pas la redouter en 1940. Peut-être n'était-ce que l'appréhension de falloir courir les routes avec son enfant infirme, qui motivait ses hésitations.. ( ? ).<br /> <br /> L'exode moderne, celui de 1940, était donc bien en cours, sur un fond de détonations de plus en plus nourries lesquelles, nous parvenant des quatre points cardinaux, indiquaient que l'artillerie de Battice n'était plus seule dans la danse. Tantôt, c'était un coup sonore et sec tel un coup de départ, tantôt c'était comme le rugissement d'une arrivée, où on croyait même parfois déceler une dégringolade de pierres et de briques. Où ? Impossible de le supputer. Des avions vrombissaient à nouveau très haut dans le ciel, mais plus dispersés qu'à l'aube. Pas un instant, l'idée ne m'effleura d'aller voir si l'école était ouverte, alors que l'heure de m'y rendre était déjà passée: les événements rendaient cette chose dérisoire.<br /> <br /> Ce matin-là, Walthère DEROUAUX, le brave garde champêtre de Petit-Rechain, avait fort à faire, on le devine. Il courait partout, l'air grave et soucieux. Il vint chez nous pour notifier à mon grand frère Joseph (l8 ans et demi), l'ordre de se présenter au rassemblement des jeunes gens du village, évacués obligatoires parce que proches de l'âge de porter les armes (officiellement désignés comme C.R.A.B.). Peu après, ayant réuni un peu de linge et quelques victuailles, Jojo nous embrassa et alla rejoindre ses camarades; un autobus du "Garage du Perron" les emmena vers une destination inconnue. Mes onze ans ne perçurent évidemment pas combien ce départ fut pénible pour mes parents, voyant leur fils - un enfant encore - déjà et brusquement sélectionné pour la guerre, pour la mort peut-être. Le départ de "grand frère" me troubla donc peu, me valut même un brin de jalousie pour celui que son âge habilite à "rendre les coups", et...accrut encore ma peur ainsi que mon exaspération devant mes parents toujours indécis. Sans cesse dehors et constamment aux aguets, je ne perdais rien des préparatifs des voisins proches, ni de leur départ. Lentement, inexorablement, le quartier rue de Battice (la nôtre !), rue de Dison, rue Bonvoisin, rue L-B Dewez, place Xhovémont, se vidait de ses habitants. Seuls restaient généralement quelques vieillards, inconscients du danger ou peu attachés à un avenir que l'âge...plaçait déjà fort loin derrière eux.<br /> <br /> Quelques soldats belges à vélo arrivèrent de la direction de Dison; harassés par l'effort de la montée sous un soleil déjà ardent, ils mirent leurs fusils en faisceaux et se laissèrent choir juste sur le trottoir assez large qui courait devant nos fenêtres, dans l'ombre de la maison. C'étaient des gars porteurs du béret bleu foncé; on les appelait des "garde-frontière". A mon vif désappointement, ils ne tardèrent pas à se remettre en route, vers Battice.<br /> <br /> Puis ce fut l'arrivée inopinée du frère de ma mère, mon oncle Albert FASSOTTE. Tôt le matin, à vélo, avec ma tante Louise transportant ma cousine Irène (5 ans et demi), il avait quitté son domicile de Herbesthal, commune de Lontzen - territoire assurément prussien, objet des manigances des politiciens de l8l5 et de l9l8 - que les Allemands n'allaient pas tarder à récupérer en priorité; après avoir mis en lieu sûr femme et fille chez ma tante Barbe et marraine, rue du Paradis à Andrimont, il venait embrasser sa mère avant d'aller faire son devoir.<br /> <br /> Je n'appréciai guère la visite de l'oncle, compte tenu du nouveau retard qu'elle apportait à notre éventuel départ: décidément, seuls les membres de ma famille ne semblaient pas pressés de fuir vers l'Ouest. On discuta des événements, des perspectives, des nouvelles et des rumeurs. Que de temps encore perdu, alors que, pour sûr, les Barbares s'avançaient vers nous!<br /> <br /> Enfin, décidée, en tout état de cause, à se retirer dans sa maison qu'elle possédait encore "à Halleur", actuelle route de Mariomont, territoire de Stembert, ma grand'mère s'ébranla, bientôt suivie par son fils. Quelle heure était-il à ce moment ? Dix heures du matin, je pense.<br /> <br /> Ma soeur avait rapporté la nouvelle que les parents de son fiancé se préparaient à partir, eux aussi. Mes parents décidèrent alors que nous partirions ensemble. Alleluia ! On ne dut pas insister pour me faire aider aux préparatifs, lesquels furent seuls capables de me faire quitter le rue, où j'errais depuis l'aube. Les choses à emporter ne manquaient pas, d'autant que dans l'appréhension lucide de la dernière, la toute dernière guerre (pour préserver, selon la motivation classique, les valeurs de la civilisation chrétienne), ma mère avait stocké au rez-de-chaussée (réservé à ma grand'mère car nous occupions alors l'étage de l'annexe de la maison),notamment, des haricots, du sucre, du macaroni, du savon même. Mais pour ne pas avoir bien compris le problème des priorités, j'eus droit à une sévère réprimande à l'instant où je glissais sereinement dans l'une des valises,...mes albums d'images "Chocolat Aiglon" ! C'était, à l'époque, tout mon patrimoine mobilier. A regret, je dus retirer mes albums.<br /> <br /> Et le chat ? Un beau "Arlequin" qui me regarda, fort perplexe, quand, dûment autorisé, je lui allongeai dans le coin de notre petite cour, un énorme beefsteak qui…ne lui était normalement pas destiné..<br /> <br /> Toutes dispositions prises...sauf - erreur funeste - retirer de notre petite vitrine rue Bonvoisin, quelques bouteilles de liqueur et d'alcool dont nous avions un dépôt, on ferma les portes à double tour et on partit. Enfin ! Il était plus d'onze heures. A l'affût près de la fenêtre de leur appartement au 2e étage rue Nicolas Arnold, les parents du fiancé de ma sœur nous virent descendre la rue Laurent-Benoît Dewez, et ils se joignirent aussitôt à nous, avec leur chien cocker qu'on appelait "Roda". Ma mère conduisait une poussette où "Lily" (ainsi avait-on toujours désigné mon petit frère Henri) se recroquevillait toujours davantage à chacune des détonations qui continuaient à accompagner notre progression vers le village de Grand-Rechain. D'où tirait-on ? Sur quoi ? Impossible de le deviner. Mon père conduisait une autre poussette, de construction plus sommaire, dont les accoudoirs supportaient deux énormes valises pleines à craquer. Ma sœur Berthe cheminait, tenant son vélo à la main. J'emmenais, moi aussi, mon vélo, tantôt marchant à côté, tantôt roulant quelques dizaines de mètres en avant de notre petit groupe. Des couvertures étaient arrimées sur chaque porte-bagages. Il faisait un temps superbe et déjà chaud, mais ma satisfaction fut de brève durée. <br /> A peine avions-nous dépassé la place du village de Grand-Rechain que nous butions contre l'une de ces obstructions déjà préparées depuis de longs mois, et qu'on appelait une "chicane": énorme mur à peine interrompu, barrant la route de part en part, quasiment d'une façade à l'autre ! Impossible, avec une poussette, de se faufiler de l'autre côté... Le temps des adieux était donc déjà arrivé.<br /> <br /> A cinq, nous nous dirigeâmes vers le cimetière de Grand-Rechain, direction Tribomont. Mes parents paraissaient avoir décidé de gagner Cornesse dans un premier temps. A Cornesse en effet, quelques mois auparavant, ils avaient acheté (dans l'angle N-O de la place de l'Eglise, un peu en retrait) une vieille maison à restaurer. Complètement désemparés par la maladie de Lily (sur laquelle les médecins ne pouvaient...ou ne voulaient mettre un nom), ils caressaient le chimérique espoir que "le bon air" de Cornesse arrangerait les choses. Depuis les premiers signes du printemps, mon père passait tous ses loisirs dans cette vieille bicoque. Le dimanche après-midi essentiellement, dès fermeture de son salon de coiffure, il enfourchait son vélo traînant une petite remorque bricolée, où s'entassaient seau, pelle, bêche, râteau, et objets divers jugés utiles aux travaux en cours; il ne reparaissait qu'à la tombée de la nuit. Certains jours, après son travail à Ensival, Jojo, mon grand frère, se rendait également là-bas où il avait entrepris le renouvellement intégral de l'installation électrique.<br /> <br /> C'est donc à Cornesse qu'on allait, nous éloignant du secteur d'opérations du fort de Battice...pour nous enfoncer dans celui du fort de Tancrémont, qui, lui aussi, y allait de bon cœur. Banggggg! Banggggg ! A chaque nouvelle détonation, nous courbions instinctivement l'échine et accélérions l'allure. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère, cependant que Lily, qui avait demandé qu'on relevât la capote de sa poussette, s'y engonçait toujours un peu plus, muet de peur. Berthe sanglotait de temps à autre; comme moi, elle eût souhaité poursuivre la route avec les parents d'André, dont la compagnie, sans doute, la rassurait quelque peu, elle aussi. Hélas, la chicane avait modifié le programme, si tant est qu'on pût parler de programme. Car, alors que, laissant sur notre gauche le Château de Sclassin, nous coupions la route Ensival-Soiron, ma mère décida... qu'on allait s'arrêter à l'Hospice St-Germain tout proche, pour y saluer la cousine Catherine ! D'un âge fort avancé, cette personne était, je pense, une cousine germaine de Barbe, ma grand'mère maternelle, et ROUFOSSE comme elle. L'une ou l'autre fois, elle nous avait rendu visite à Petit-Rechain, mais, à mon sens, cela ne constituait pas une excuse valable pour retarder davantage, en ces heures graves, une progression qui m'avait tout l'air d'un "chemin de croix". La vue de la cousine Catherine m'agaçait d'ailleurs toujours prodigieusement, et l'impitoyable cruauté de mon âge se trouvait encore exacerbée par l'atmosphère menaçante de ce 10 mai 1940. Pourquoi ? Eh bien parce que la cousine Catherine, ma parente, outre sa très petite taille, sa tête toute menue, son visage profondément ridé et sa bouche édentée, avait un crâne aussi glabre que Yul Brynner... et qu'elle "camouflait" par un vilain filet aux mailles épaisses ! Un filet de camouflage, quoi... <br /> <br /> Pendant les palabres prévisibles, je trompai mon impatience en faisant à vélo quelques tours au-devant de la Maison de Retraite.<br /> <br /> Enfin, on se remit en route et on atteignit Cornesse, qui semblait abandonné de presque tous ses habitants. Contrastant avec la chaleur qui régnait à l'extérieur, une fraîcheur quasi bienfaisante nous assaillit dès le seuil de notre future maison; impression à quoi se substitua bientôt une odeur de renfermé, de vieux, de plâtre, et de ciment, qui était habituelle à l'endroit. On commença par descendre dans la cave, le vélo de Berthe, puis le mien. On se débarbouilla sommairement, et, sans doute, prit-on quelque nourriture, la première de cette journée, pour ce qui me concerne. On en profita pour inspecter l'état d'avancement des réparations en cours; rentrant brusquement dans la première pièce, là où quelques jours plus tôt, mon frère avait posé interrupteurs et prises de courant, j'y surpris mes parents pleurant doucement... Car où était Jojo, à cette heure ? Mais sapristi, qu'est-ce qu'on a bien pu foutre là, dans cette maison/chantier, pour parvenir seulement en début de soirée, via "Cromhaise" et le chemin du Bois d'Olne, sur la route de Soiron à Nessonvaux, au carrefour de la route de Froidbermont/Olne. A cet endroit précis, nous eûmes la surprise de rencontrer Monsieur MOXHET, père de mon petit camarade Henri. Arrivant de Kortrijk (!) où sa profession le retenait tout au long de la semaine, il se traînait vers son domicile de Petit-Rechain, où sa famille résidait place Xhovémont. Traversant l'agglomération de Nessonvaux/Fraipont, nous arrivâmes, par la nationale 39, à la chaussée Verviers-Liège, la nationale 3l. Mon père nous désigna sur la gauche, une maison, à l'intersection même de ces deux voies publiques: c'était la maison, déserte et fermée, de sa sœur, ma tante Mariette épouse d'Alexis DERREZ (à cause de ces classiques et absurdes brouilles qui déchirent les familles, je ne devais faire sa connaissance qu'en l945).<br /> <br /> On tourna à droite vers Liège, suivant à présent la vallée de la Vesdre, plein Ouest enfin ! Les collines entre lesquelles nous avancions répercutaient sinistrement, en un grondement sans fin, le bruit du canon. Comme les vélos avaient été intentionnellement planqués à Cornesse, Berthe et moi avions les mains libres pour, de temps à autre, aider à propulser la poussette de Lily ou celle qui transportait tous nos biens. On avançait en silence, aussi vite qu'on pouvait, précédés et suivis de groupes d'autres fuyards pareils à nous-mêmes. <br /> On atteignait, à ce moment précis, l'extrémité Ouest de l'endroit dénommé "Longtrat", là où la voie ferrée tangente la route; nous suivions d'assez près un groupe au sein duquel, sur une charrette à main, un vieillard était étendu. Mon père ralentit quelque peu l'allure et nous souffla, à voix basse: "Lu pôv' vî homme vé d'mori..." .( le pauvre vieillard vient de mourir…). Ce fait allait demeurer gravé dans ma mémoire, et, au fil des années, j'eus plusieurs fois le désir de satisfaire ma curiosité. Qui était ce malheureux dont, sans nul doute, le décès avait dû être déclaré à la mairie du lieu, celle de Forêt en l'occurrence ? C'est en l977 que l'occasion m'a été donnée d'apprendre, par l'acte de décès, qui était ce pauvre vieux: "MINEUR Jacques Paschal, veuf PIRON Marie, né à Verviers le 6 septembre l868, domicilié à Verviers, rue de la Vesdre, l2, décédé à "Longtrat" le 10 mai 1940 à 6 h et demie du soir".<br /> <br /> Ma mémoire n'a pas retenu qui ou quoi, à l'entrée dans Trooz, nous a dirigés vers l'école du hameau de La Brouck, déjà envahie par de nombreux "réfugiés"; ni si nous absorbâmes là, en guise de souper, quelque nourriture. Il m'est resté, par contre, que nous passâmes la nuit dans une classe, recroquevillés sur l'estrade, assurément trop étroite, où ma mère avait étendu une couverture. Ainsi, en l'espace de quelques heures, une classe de l'école de La Brouck était devenue la chambre à coucher commune de gens venus d'un peu partout, nivelés par la peur, l'angoisse du lendemain. <br /> De formidables détonations se succédaient quasi sans interruption, des "bangggggggg" secs et sonores accompagnés de fulgurants éclairs; des initiés les attribuaient aux canons du fort de Chaudfontaine, accroché, en effet, tout là-haut, presque au-dessus de notre misérable abri. Détonations et longs éclairs se suivaient comme en un effroyable orage. Ces lueurs menaçantes me donnaient l'occasion d'apercevoir un bref instant mes voisins; parfois, c'était le faisceau de la lampe de poche de quelqu'un qui se rendait aux toilettes. Mon petit frère Lily devait être "mort de peur"; "Maman !?" chuchotait-il sans cesse. "Je suis là, mamé", répondait ma mère tout en s'évertuant, rassurante, à saisir sa pauvre petite main de myopathe à l'avenir si court... Des bébés pleuraient. Tout cela avait quelque chose d'hallucinant, d'irréel. La nuit me parut interminable bien qu'on ignorât de quoi serait fait le lendemain. Meurtri par une position inconfortable, j'aspirais tout naturellement à me lever et à partir, à fuir plus loin. Ma vieille habitude d'avoir l'appétit coupé par un événement dramatique joue, une fois de plus, un sale tour à ma mémoire puisque, pas plus qu'au soir du 10 mai 1940, je n'ai, semble-t-il, ingurgité quoi que ce soit à l'aube du 11 mai ! Ce n'est pas possible assurément.<br /> <br /> Nous nous remîmes en route, très tôt sans doute, débouchant sur la nationale 3l, direction "Liège", par la passerelle des "Laminoirs de la Rochette" (chaque fois, la vue de cette passerelle déclenche dans ma tête, la projection du film de ces mémorables journées). On avançait bien, courant parfois une dizaine de mètres lorsqu'un crépitement insolite y incitait naturellement. Je n'éprouvais nulle fatigue, l'énergie étant fournie par mon souci de distancer l’envahisseur, que je ne connaissais encore que de réputation. On finit par arriver à hauteur du pont de Fragnée, vers lequel de nombreux civils se précipitaient. Une clameur nous parvint alors plus précise: "Allez, allez, dépêchez-vous, le pont va sauter !" criaient une poignée de soldats belges. On fonça, tête baissée, vers l'autre extrémité du pont puis on se dirigea vers Cointe, au hasard des rues. Rafales. Des balles me semblèrent frapper le pavé à peu de distance, avec un claquement sec. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère. Bien que la rue monte, on accélère l'allure. Vers la fin de l'avant-midi, nous progressions dans la rue St-Nicolas, où, comme en d'autres lieux, des gens sur le seuil de leur habitation regardaient passer, apitoyés, les groupes de ceux qu'on appelait des "évacués". <br /> Une petite femme laide, bossue, nous regarda alors que nous faisions halte un court instant sur son trottoir pour rajuster quelque peu le chargement de valises déséquilibré par les cahots. Sans doute jugea-t-elle Lily bien grand pour occuper une poussette puisqu'elle demanda à ma mère: "Qu'a-t-il, Madame, votre petit garçon ?" "Il ne marche pas !" répondit ma mère. "Mon Dieu ! Mais ne continuez pas, cela ne sert à rien. Entrez chez moi..." dit-elle alors. Nous étions prêts à poursuivre notre chemin, mais elle se fit si gentiment insistante qu'après quelques instants d'hésitation, nous nous retrouvions, chez elle, l'objet du plus généreux empressement. Cette petite femme (née en l897), laide, bossue, mais au grand cœur, c'était "Germaine" BOURDOUXHE, rue St-Nicolas, 458, à Liège. <br /> Au rez-de-chaussée; la maison comportait une chambre à coucher en façade; une petite cuisine y faisait suite, donnant sur une cour. Au fond de cette cour et dans le prolongement du vestibule, un arrière-bâtiment abritait des locataires, un ménage de vieux pensionnés du nom de BERX, avec Virginie, leur fille célibataire. Un carrelage mural blanc ajoutait à l'exquise propreté de la cuisine où nous nous trouvions non seulement à l'étroit mais quelque peu gênés; beaucoup d'images pieuses et aussi, encadré, un poème célèbre consacré à la mère. Poème qui se terminait par: "Et le seul mal qu'elle puisse jamais nous faire, c'est de mourir et de nous abandonner...".<br /> Faut-il dire que la nouvelle situation ne "m'arrangeait" pas, mais alors pas-du-tout ! Ne faisant pas plus d'étapes que nécessaire, les Allemands allaient sûrement apparaître d'un moment à l'autre. Et puis ...toujours et plus que jamais traumatisé par la perspective de devoir ingurgiter des aliments non préparés par ma mère, je me demandais avec angoisse quel serait le premier menu là où nous nous trouvions à pension complète. Plus aucun souvenir ne me reste à cet égard. Probablement parce que, en revanche, je me rappelle très bien qu'ayant jugé très vite les qualités ménagères de ma mère, Madame Germaine lui avait aussitôt délégué tous pouvoirs pour diriger l'intendance, éliminant, du même coup, mes appréhensions particulières.<br /> <br /> Des gens, dans les équipages les plus divers, continuaient à se traîner vers l'Ouest. On entendait de fréquentes détonations dont nous ne pouvions déterminer la nature et l'origine. Nous étions sans nouvelles des combats, et, trop souvent à mon gré - je l'ai déjà dit - ma sœur versait des larmes sur le sort inconnu de son fiancé. Quelle était la situation du fort de Battice, que je n'hésitais pas, dans mon exaltation de gosse, à considérer véritablement comme "mon fort?! Reprenant mes habitudes d'indépendance, je ne tardai pas à effectuer des reconnaissances aux environs, rendant mes parents légitimement inquiets, car, sans nul doute, sur le territoire de Liège, rempart de Paris contre les Allemands, rempart de la France, le danger était partout présent. Reconnaissances peu excitantes d'ailleurs, puisque ce n'étaient que rangées monotones de maisons aux façades noircies, partiellement descendues dans le sous-sol instable truffé de galeries de mine; que halls d'usines; que terrils; que rues inégales en gros pavés, courant à travers des quartiers gris et tristes que la lumière intense d'un printemps toujours radieux ne parvenait pas à me rendre sympathiques. ô, Petit-Rechain ! ô, vertes prairies de mes ébats !<br /> <br /> Deux de ces reconnaissances apportèrent néanmoins quelque chose de concret. D'abord, j'eus l'occasion d'acheter dans une petite épicerie toute proche, le dernier bâton de chocolat ; c'était de l'excellent chocolat fondant, marque "Robin des Bois". Ensuite, je tombai pile sur un monsieur qui n'était autre que mon oncle Constant (frère de mon père), qui s'inquiéta de me voir circuler seul. A l'instar de nous mêmes et pas bien loin d'ailleurs, il était hébergé avec sa famille chez d'autres Liégeois au cœur généreux. Rencontre fut convenue, avec promesse de passer chez lui à Bois-de-Breux/Jupille s'il nous arrivait de nous replier vers l'Est, ce dont il n'était pas question à ce moment ! Je flânais un peu dans toutes les directions. De l'extrémité de la rue de la Coopération, on apercevait au loin la ronde d'avions allemands en piqué sur ce que Madame Germaine affirmait être le fort de Hollogne-aux-Pierres. Plusieurs fois, un vacarme insolite nous fit plonger dans la cave; protection combien illusoire puisque, non seulement elle n'était pas voûtée, mais assise sur un sol véritablement mouvant, où, selon Madame Germaine, on pouvait entendre parfois le bruit des mineurs au travail juste au-dessous ! <br /> <br /> Nous couchions dans la pièce en façade, au rez-de-chaussée, Madame Germaine à l'étage. Ma place était au pied du lit et en travers ! La fenêtre à rue était grande ouverte, mais on avait complètement descendu le volet mécanique. Il faisait chaud, l'air manquait, et, malgré mon jeune âge, dormir consistait à attendre le jour... <br /> <br /> Une nuit, (je pense que c'était celle du l2 au l3 mai, notre deuxième nuit rue St-Nicolas), un charroi infernal passait en trombe devant la maison, et, de temps à autre, on entendait vociférer en allemand. Tout à coup, quelqu'un heurta violemment du poing contre le volet en criant avec impatience: "Le chemin te Pièrzè !?" "Le chemin te Pièrzè !?"... Bref instant de panique générale dans notre "chambre à coucher" plongée dans la plus totale obscurité; puis, retrouvant des aptitudes linguistiques sans emploi depuis un quart de siècle (et trouvant en même temps le chemin de Bierset...), ma mère cria: "Gerade aus !" (tout droit). Lorsque le jour parut, je pus voir, pour la première fois de mes propres yeux, des soldats allemands... Ainsi, sans nul doute, la Meuse était franchie par l'ennemi et notre exode n'avait plus aucun sens, mais des nouvelles ou rumeurs contradictoires empêchaient mes parents de décider le retour à Petit-Rechain.<br /> <br /> Semblant trouver quelqu'agrément (ou sécurité ?) en notre compagnie, Madame Germaine ne semblait guère pressée de nous voir déguerpir. Néanmoins, le <strong>mercredi 15 mai 1940</strong>, échos, rumeurs, "nouvelles" recueillis au hasard des conversations affirmaient que tous les forts de la position fortifiée de Liège s'étaient rendus, ce que permettait de croire un imposant charroi militaire allemand poussant vers l'Ouest, quasi sans interruption. On entendait bien tonner le canon, mais sans pouvoir déterminer d'où cela provenait. Mes parents décidèrent alors qu'on rentrerait à Petit-Rechain le lendemain.<br /> <br /> <strong>Jeudi l6 mai 1940</strong>. La matinée se passa en préparatifs, puis, après le repas de midi, on prit congé de Madame Germaine. Cette fois vers l'Est, les deux poussettes se remirent à cahoter sur les pitoyables voiries du quartier des "Bons Buveurs". On fit une brève halte place St-Nicolas, pour dire au revoir à Madame Henriette, autre Liégeoise au grand cœur, amie de Madame Germaine chez qui on avait fait sa connaissance. La guerre n'ajoutait manifestement rien au drame qui avait marqué la vie de Madame Henriette: quelques années auparavant, sa fille unique (dont la photo trônait partout dans l'appartement) était morte à l'age de l9 ans. Ma mère n'avait plus que sept mois, jour pour jour, avant de vivre une expérience similaire; quant à moi, indifférent, j'avais encore 37 années de répit ! <br /> <br /> Mon père semblant avoir une bonne connaissance des rues de l'agglomération liégeoise, on atteignit sans difficultés la rive de la Meuse, aux environs de l'actuelle passerelle Saucy. J'aperçus le pont des Arches, dont les arches trempaient lamentablement dans les eaux du fleuve; il avait sauté comme tous les autres, aussi fut-ce dans un grand "bac" qu'on passa sur la rive droite. Via Bressoux, on gagna Jupille où, - chose promise, chose due, - on se rendit chez l'Oncle Constant HERMAN, rue de Bois-de-Breux, 33l. On grimpa ensuite vers Fléron...où une grosse surprise nous attendait quand on parvint au carrefour de la chaussée de Battice et de la route vers Ayeneux: le fort de Fléron tirait rageusement, et, dans le même temps, une meute d'avions allemands piquaient à mort en direction de ses coupoles en miaulant . Quelques dizaines de mètres plus loin que le carrefour de la route vers Trooz, la chaussée était barrée par une chicane qu'on contourna en passant par une prairie dont la haie avait été interrompue dans ce but. Au moment où nous reprenions notre progression sur la chaussée, au-delà de la chicane, on apercevait les coupoles du fort de Fléron, flammes et fumée sortant des canons; les avions allemands déversaient leur cargaison de bombes, des mitrailleuses crépitaient. Ainsi, le fort de Fléron résistait toujours, et à vrai dire, nous en étions si proches que notre situation était assez périlleuse... Courant plutôt que marchant, on atteignit le village d'Ayeneux. Près de l'église, qui n'était plus qu'un énorme amas de pierres et de briques, mon père rencontra fortuitement un Hervien de ses connaissances. Hagard, comme hébété sans qu'on en pût deviner le motif, l'homme nous supplia de ne pas poursuivre notre route: "Arthur, nu vass' né pu lon; c'est comme en quatwasse, les Allemands touwè to'l monde !". (Arthur, ne continue pas, c’est comme en 1914, les Allemands tuent tout le monde !). Peut-être mon père revit-il en pensée, un bref instant, les dramatiques événements relatés au début du présent récit; il n'en laissa toutefois rien paraître, et l'on continua, par le Thier du Grand Hu et la chaussée de Wégimont, vers Soumagne. Le temps demeurait obstinément beau, et l'air était encore chaud en début de soirée, tandis que nous montions la route du "Bois Levêque", vers Xhendelesse. A l'entrée de ce dernier village, comme la soif se faisait sentir, mon père suggéra une brève halte au "Café Brouwers", où j’avalai, quant à moi, un verre d'eau gazeuse additionnée de menthe. Le canon tonnait toujours, au loin. Qu'était-ce ?<br /> <br /> Les deux poussettes se remirent à cahoter sur la route inégale et poussiéreuse. Cours-à-Xhendelesse, Stockis, Grand-Rechain. Comme abandonné, ce village était silencieux et désert. Le soir tombait. Quand on sortit du dernier virage, à hauteur de la ferme Depairon, l'image de l'occupation ennemie nous apparut comme une authentique réalité: une patrouille gravissait lentement la rue de Grand-Rechain. On croisa, avec un peu d'inquiétude, ces soldats vert-de-gris, casqués, impassibles, arme à la bretelle, dont les lourdes bottes noires martelaient sinistrement le sol, en cadence. Il était environ 20 heures 30. Comme Grand-Rechain, notre village semblait, lui aussi, déserté par toute sa population, mais dès que nous arrivâmes sur le trottoir de notre maison, notre voisin (et tailleur) Jacques DELHASE accourut au-devant de nous. "Venez chez nous, dit-il, vous ne sauriez pas rentrer dans votre maison; les Allemands s'y sont introduits et ont tout pillé. L'Administration communale a fermé et scellé les portes en attendant votre retour...!" . Une vieille dame demeurant en face, Mlle FRAIPONT, vint alors nous raconter la frayeur qui s'était emparée du quartier lorsque, ayant repéré dès leur arrivée, les quelques bouteilles d'alcool que mon père avait malencontreusement laissées en vitrine (côté rue Bonvoisin), des soldats ennemis avaient forcé notre porte...pour ressortir peu après, ivres et menaçants! Dans l'immédiat, c'était, pour nous, l'impossibilité de rentrer avant le lendemain. Force fut donc d'accepter l'invitation d'hébergement chez Monsieur et Madame DELHASE, qui nous informèrent que le fort de Battice tenait toujours... On commençait d'ailleurs à s'en douter, attendu que la canonnade ne cessait pratiquement pas. Le campement s'organisa donc chez DELHASE; comme lit, il m'échut (au rez-de-chaussée) une table ronde, bien sûr trop courte, d'où je me levai tout ankylosé, dès que je le pus, <strong>le l7 mai l94O.</strong> Sur requête de mon père, le garde champêtre DEROUAUX vint remettre à notre disposition, notre maison quittée juste une semaine plus tôt. Quelle semaine !<br /> <br /> Alors on fit l'inventaire. Haricots, riz, sucre, savon, que ma mère avait prudemment stockés, avaient disparu. Aussi, cela va de soi, le stock commercial de vins, liqueurs, alcools, tabacs, cigares, et cigarettes. Les Huns avaient aussi emporté une dizaine de livres qui s'ennuyaient dans la mansarde: des oeuvres de Schiller, de Goethe, et de Lessing, imprimées en gothique (brrrr !), que ma mère détenait depuis son séjour en Allemagne, avant l9l4. Le poste récepteur de radio ne fonctionnait plus; manifestement, il avait été intentionnellement branché en 110 volts sur le secteur 220, pour être mis hors d'usage. Enfin, le dessus du meuble appelé "dressoir" nous parut bizarre. Sa petite étagère avait, en effet, été délestée de son ornement: 4 fois 5 cartouches de guerre sur languette-chargeur, que ma mère avait reçues de son frère Henri, après l'autre guerre. Belles et longues cartouches allemandes qu'elle astiquait soigneusement au "Sidol" presque chaque semaine (travail que j'assumais parfois). Cartouches assurément reparties pour l'Allemagne devenue "le Grand Reich"...<br /> <br /> Le village était bourré de troupes et de matériel. L'école demeurant fermée, j'avais le loisir de déambuler partout et d'observer. Les Allemands "puaient" le cuir de leur équipement, une odeur que conserve, si j'ose dire, ma mémoire. Ils étaient très corrects, aimables presque; plus tard, j'apprendrais qu'ils avaient reçu la consigne de faire du charme avec les populations: pour commencer. Ils occupaient, notamment, le "Garage du Perron" juste en face de nos fenêtres d'où on les apercevait découpant d'énormes quartiers de viande sur une grande et massive table disposée tout au-devant. Une "cuisine roulante" postée au coin de la chaussée de Battice et de la place Xhovémont, exhalait un fumet de bonne soupe. Tout ceci n'avait sans doute pas échappé à la vigilance de notre chat. Le lendemain même de notre rentrée, on devait le trouver dans notre vieille remise, étendu sur sa couchette habituelle, les yeux vitreux, déjà presque sans vie. Une horrible plaie couvrait largement son dos dont le beau pelage noir-roux-blanc était maculé de sang. On supposa qu'ayant tenté de chaparder un bout de viande, Minet avait été fusillé par le boucher B...., boucher deux fois, histoire de se faire la main. Notre pauvre chat ne tarda pas à expirer, et mon père se mit en devoir de dépaver un demi-mètre carré de notre petite cour (on n'avait rien d'autre), pour l'enterrer.<br /> <br /> Papa avait rouvert son salon de coiffure, où des soldats allemands se pressèrent aussitôt; ils avaient soin de toujours placer leur chaise contre les portes d'accès au salon, sûrement pour éviter quelque surprise mortelle... Un silence gênant accompagnait le travail de mon père, parfois rompu par une initiative linguistique de l'une ou l'autre des parties: un ou deux mots d'allemand approximatif, un ou deux mots de français boiteux. La situation s'améliorait si ma mère entrait en scène avec des phrases complètes, parfaites, jaillies du souvenir de ses jeunes années. Alors les soldats ennemis "bavaient" d'étonnement admiratif à l'évocation de son séjour doré "in Oberschlesien" et à Berlin où elle avait vu le "Kronprinz", etc. Eux parlaient de cette "sale guerre voulue par les capitalistes anglais" !<br /> <br /> Mais ces palabres n'étaient, pour ma mère, qu'un astucieux préambule à une question importante: "Qu'allait-il advenir du fort de Battice, et quand ?" Lorsque les soldats apprirent ainsi que le fiancé de ma soeur y était, ils prirent un plaisir sadique à répéter sans cesse: "Battice, alles kaput, 5OO Toten !". Ma soeur recommençait tout aussitôt à pleurer.<br /> <br /> Entretemps, le fort de Battice continuait à remplir vaillamment sa mission, en collaboration avec son abri cuirassé d'observation, le MM3O5, situé à Manaihant. De temps à autre, un détachement allemand avec tout son arsenal fonçait vers le Nord, sur la chaussée de Battice (où je m'interdisais encore de m'aventurer, fût-ce jusqu'à hauteur du château d'eau); cela tirait, crépitait, puis, le détachement - ou ce qu'il en restait - dévalait en hurlant et en jurant, jusqu'au centre du village. Trois cadavres en uniforme gris furent mis en bière à 2O mètres de chez nous et immédiatement portés au cimetière, où ils demeurèrent inhumés quelque temps, avant de rejoindre ce cher Grand Reich qu'ils auraient mieux fait de ne jamais quitter. Un autre, officier probablement, fit aussi les frais de l'une de ces opérations contre "mon" fort. Celui-là reposa quelques heures parmi ses frères d'armes qui occupaient une grosse maison bourgeoise sise juste à l'angle de la place Xhovémont et de la rue Laurent-Benoît Dewez: la maison d'une vieille dame riche, et en fuite elle aussi, la dame Bastin. <br /> <br /> Flairant quelque chose d'exceptionnel, je grimpai à temps dans mon poste d'observation (une fenêtre de la mansarde) pour voir sortir un cercueil enveloppé du drapeau allemand noir-blanc-rouge, garde d’honneur et sonnerie de clairon.<br /> <br /> L'artillerie de Battice et d'ailleurs continuait de tonner, parfois de façon inquiétante. Dès notre rentrée en notre maison, on avait pris l'habitude de coucher tous dans le salon de coiffure, par terre sur des matelas que l'on reportait à l'étage chaque matin: je ne sais dans quelle illusion de sécurité, puisque, alors que la cave voûtée n'inspirait déjà pas confiance (5 cms d'eau recouvraient en permanence son vieux dallage branlant), coucher au rez-de-chaussée ne pouvait que nous valoir plus sûrement la mort par écrasement ! <br /> <br /> La tension nerveuse, l'angoisse, ne cessèrent de croître tout au long de ces quelques jours séparant le l6 mai du 22. <br /> La nuit du 2l au 22 mai nous sembla étrangement calme, et pour cause: au matin du 22, de source allemande vraisemblablement, on apprit que le fort de Battice s'était rendu à 6 heures, après une nuit de réflexion accordée à son commandant, suite aux événements du 2l... Les Allemands manifestaient leur joie en criant:"Alles kaput, Battice !" Pour sûr, les armes s'étaient tues, mais que s'était-il passé, le 2l mai, pour justifier la capitulation du fort? Le saura-t-on jamais avec certitude ? <br /> La première version (d'ailleurs devenue officielle depuis lors) fut qu'un aviateur allemand particulièrement doué avait envoyé une torpille de l8OO kgs en plein dans le sas d'entrée du Bâtiment I, dévastant tout l'intérieur de celui-ci avec l'appoint des charges de dynamite y entreposées; plus tard, on imputerait la chose à un Flamand vendu à l'ennemi. Quoi qu'il en soit, une vingtaine de soldats belges y avaient laissé la vie, et, à Petit-Rechain, c'était l'affolement, la consternation. Dans l'excitation de leur succès, les B..... étaient constamment en mouvement, en direction et en provenance de Battice. De nombreux civils montèrent aux nouvelles, apparemment sans objections de l'ennemi. Mon père s'y rendit aussi, en compagnie de ma sœur. Quant à moi, j'eus beau pleurer et grogner, on me refusa de pouvoir être du voyage parce que j'étais susceptible "de voir des choses horribles ne convenant pas aux enfants". Le Destin me réservait, hélas, de voir des choses autrement atroces, de loin plus injustes encore: la désintégration progressive de mon enfant par la dystrophie musculaire, sa mort lente, son martyre de quinze années...<br /> <br /> Papa et Berthe n'avaient pu s'approcher de la garnison de Battice, captive, mais au moins avaient-ils pu apprendre qu'André était vivant et indemne. Pour ma part, je n'avais quand même pas tout perdu, car, ma curiosité permanente me retenant à l'extérieur, je vis arriver de Battice une grande voiture automobile noire, roulant lentement. Le véhicule vint se ranger à la bordure du trottoir, au carrefour de la rue de Battice et de la rue Bonvoisin; quelqu'un en descendit, s'éloigna vers l'extrémité de cette rue, puis revint presqu'aussitôt accompagné d'une personne de l'endroit, Madame BEBRONNE, qui sanglotait éperdument... D'instinct, je me rapprochai de la voiture dont on avait ouvert une portière arrière afin que la pauvre femme pût voir (ce que j'aperçus moi-même un court instant): sur le siège arrière de l'auto, un cadavre sanglé dans une couverture était étendu; quelque peu écartée, la couverture découvrit un visage noirci, figé par la mort, celui de Franz BEBRONNE; victime de la tragédie du Bâtiment I du fort, foudroyé à son poste de combat, derrière l'un des canons que l'on peut encore voir aujourd'hui, braqués sur la route Battice-Aubel. Des parents perdaient leur grand fils (frère de mon petit camarade Georges); un ravissant petit garçon tout blond (qui venait à peine d'effectuer ses premiers pas...) perdait son papa, qui serait pour lui toujours une fiction, jamais vraiment un souvenir...<br /> <br /> Dans les jours qui suivirent, notre région ayant cessé d'être dans la zone des combats, j'enfourchai mon vélo et me rendis discrètement à Battice. Les routes étaient défoncées par les bombardements. Des balles, des éclats de bombes et d'obus jonchaient le sol par centaines. D'abord sans attirer l'attention de quiconque, je m'approchai des ruines de ce qui avait été la caserne de surface. <br /> <br /> Ce baraquement incendié à l'aube du lO mai l94O avait naturellement brûlé jusqu'au ras du sol; mais un escalier menait dans ses caves bétonnées, restées intactes. J'y descendis prudemment. Le bourdonnement insolent de quelques grosses mouches m'accueillit. Sur une lourde table en bois, une bouteille de lait ouverte et un morceau de viande. Décu par mon inspection, je remontai et tombai "pile" sur l'entrée du toboggan qui s'ouvrait, en effet, dans la caserne, pour permettre, en cas d'urgence, l'occupation rapide du fort. Avait-il servi, dans cette nuit historique du 9 au lO mai ? </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/casenebattice2.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le toboggan marqué de la lettre Y</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/tob.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Vue plus récente du toboggan</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Quatre ou cinq cartouches de guerre, que j'empochai aussitôt, gisaient sur sa pente où, après un parcours d'une dizaine de mètres, une énorme porte d'acier empêchait toute progression et...réduisait à néant mes rêves de découvertes et d'aventures. Une nouvelle fois revenu à l'air libre - encore et toujours inondé de soleil - j'observai au loin les coupoles du fort, sur lesquelles quelques soldats allemands, entièrement nus, bronzaient ostensiblement leur peau avant d'aller (je l'espérais), la faire trouer quelque part... <br /> <br /> Quelques coups de sifflet stridents me ramenèrent alors brutalement aux tristes réalités de l'époque: sans délai, je battis en retraite et roulai allègrement vers Petit-Rechain. </p><br /> <br /> <br /> Source bibliographique via internet :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> Sources Iconographiques :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm</a> Mon, 03 Oct 2016 21:09:01 +0200 LEON PIRLOT, de HOTTON, CHASSEUR ARDENNAIS 1940-1945 http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-151+leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-151+leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945.php <p style="text-align:justify">"Je suis entré à l’armée le 16 octobre 1939. J’ai fait mon instruction à la caserne Prince Baudouin, à Bruxelles, place Dailly, au 2e Chasseurs Ardennais.<br /> Lors de la création du bataillon moto des Chasseurs Ardennais, on a demandé des volontaires. Personne ne s’étant présenté, on a pris d’office ceux qui avaient déjà été punis… j’étais du nombre.<br /> Nous avons quitté Bruxelles vers la mi-janvier pour Ernage – un dépôt de l’armée – où nous sommes arrivés le 23 février 1940. Chaque jour, nous allions à la sucrerie de Gembloux, où le lieutenant Leblanc nous initiait à la conduite des engins. Nous y sommes restés un mois et demi.<br /> L’instruction terminée, nous sommes venus en cantonnement à Fisenne. Je faisais partie de la 3e Compagnie Engins, tandis que Louis Bresmal appartenait à la 1ère Compagnie. Ma sœur et une tante de Louis sont venues nous rendre visite un dimanche. Un jour, nous avons également eu la visite de deux braves sœurs. Je les ai vues, mais je n’ai pas parlé avec elles. Elles auraient fait partie de la 5e Colonne – on me l’a appris par après – mais trop tard, hélas.<br /> Je montais de garde, suivant mon tour, sur le versant où l’on découvrait le village d’Erezée et son pont au pied de la colline. Ayant bénéficié d’un congé de 10 jours en qualité de fermier, j’étais chez moi le 10 mai."</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pirlot1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <strong>Nous sommes le 10 mai 1940 et le soldat Pirlot, Léon, Bon.Moto Chasseurs Ardennais 3e Cie Engins N° matricule : 296 1401 est chez lui, bénéficiant d’une permission de 10 jours.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Ce jour-là, j’ai été réveillé vers 4 heures par des bruits anormaux d’avions. M’étant levé un peu plus tard, je suis allé voir : de nombreux avions sillonnaient le ciel à très haute altitude, laissant derrière eux des traînées de condensation, ce qui ne se voyait jamais à l’époque. Avant mon lever, j’ai aussi entendu des déflagrations. C’était la gare de Jemelle qui était bombardée. Germaine Dehez qui m’aperçoit dans la cour me crie : « C’est la guerre ! Les soldats doivent rentrer, on l’annonce à la radio. » J’allume mon poste et, en effet, le journaliste de service répète ce que la voisine vient de me dire, annonçant l’envahissement de la Belgique par les Allemands et le bombardement de Jemelle et d’Evere.<br /> C’est ainsi que, vers 7h30, je pars à vélo pour Fisenne, pour la captivité… pour 5 ans… Je rejoins mes camarades qui occupaient les positions dans les bois. Certains tiraient inutilement sur les avions qui continuaient toujours à passer haut dans le ciel. »</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">La guerre vient d’être déclarée par l’envahissement de la Belgique par les troupes allemandes et le soldat Léon Pirlot vient de rejoindre ses camarades dans les bois de Fisenne.</p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"A minuit, nous nous replions vers Fraiture, on incendie les bâtiments au préalable. Le soldat André Albert se serait tué en dévalant la pente boisée, après le pont d’Erezée, direction Fisenne, en ayant raté un virage dans l’obscurité? Des camarades m’ont raconté qu’au pont d’Erezée, ils avaient vu des Allemands transporter des madriers pour réparer le pont sauté et que, quelques semaines auparavant, un civil les avait commandés à la scierie Dory, qui se trouve à peu de distance de là.<br /> A 5h., nouveau repli vers Temploux. J’omets cependant de dire qu’au cours de la retraite vers Oppagne, au cours d’une halte, j’ai revu Robert Delacolette, lieutenant, et mon voisin Alexandre Guissart, du 3e Chasseurs Ardennais. Il m’a raconté avoir déjà combattu à Chabrehez, où l’ennemi a été arrêté pendant plusieurs heures, et que les Allemands avaient tué des civils. Il avait l’air assez excité. Nous étions déjà mêlés aux évacués, qui encombraient les routes. Ils m’ont dire venir de Vielsalm.<br /> A Temploux donc, le dimanche 12 vers 15h, une vague de bombardiers arrive, lançant des chapelets de bombes. J’en vois tomber sur les maisons, partout. Cela dura jusque vers 20h. Heureusement, nous étions bien camouflés dans un bois et ils ne nous on pas aperçus. Sur les hauteurs, des baraquements militaires étaient en feu et Temploux détruit.<br /> Pour atteindre cette localité, nous sommes passés par Huy où le pont miné allait sauter aussitôt notre passage effectué. Les artificiers se démenaient, criant : « Passez vite, vite, le pont va sauter ! » En effet, à peine suis-je passé que j’entends la déflagration. Des soldats isolés d’autres unités n’ont pu passer !<br /> A 9h., le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Perwez pour y défendre l’obstacle antichar Cointet (appelé du nom de son inventeur cet obstacle était constitué de grilles d’acier montées sur rouleau, hautes de 3 m et larges de 5, pesant 1300 kg, uniquement sur route. Les rouleaux servaient à les déplacer pour le passage éventuel de véhicules. Les autres grilles étaient fixes.) Pour nous y rendre, nous roulons dans un chemin agricole encaissé et étroit."</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, chargé de défendre un obstacle antichar Cointet à Perwez.</strong></p> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Arrivés sur les lieux de défense, nous prenons position dans un chemin creux à une certaine distance de la barrière antichar s’étendant sur des kilomètres, des kilomètres…<br /> Un officier du bataillon nous renseigne sur notre mission : « il va y avoir une bataille, des chars allemands vont vous attaquer. Votre mission est de défendre l’obstacle Cointet . » Fusils contre tanks ! Heureusement, les Chleuhs ont accompli leurs exploits dans une autre zone de combat. A 11h., bombardement de la ville.<br /> Le 13 (mai) à Perwez, je me souviens, nous étions sur la place du village. Les balles nous sifflaient aux oreilles ; les Marocains, impassibles, avaient posé des mines sans nous avertir, ce qui rendait tout déplacement dangereux.<br /> A un Marocain qui fumait tout près d’une mine : « Que ferais-tu si les Allemands arrivaient ? » « Je déposerais ma cigarette sur la mine » répondit-il, stoïque. Par après arriva près de moi une ambulance dont l’arrière avait reçu une rafale de mitrailleuse. Je reconnais le chauffeur, Gaston Hébrant, de Verdenne, que je n’avais plus vu depuis plusieurs années. Des bombes tombaient à 20 m. et me glaçaient le sang. Puis vint la nuit, une nuit noire : on n’y voyait pas.<br /> Dans cette nuit terrible, le sergent m’avait ordonné de porter l’ordre de repli à quelques camarades qui auraient dû se trouver dans les parages. Je n’ai pu les avertir : je ne les ai pas trouvés. Pendant le jour, certains ont commencé à piller les magasins. Nous ne recevions rien à manger : on tirait son plan comme on le pouvait. Je n’ai reçu qu’une fois à manger durant les quinze jours de guerre et je n’ai vu la roulante qu’une fois.<br /> En conséquence on ne mangeait que ce que les civils voulaient bien nous offrir, quand civils il y avait sur les lieux. Sinon, il fallait voler dans les magasins pour survivre !<br /> J’étais sorti d’une épicerie avec un camarade ou deux. J’avais en main un paquet de biscuits genre ‘Petit-Beurre’, quand une voisine nous prend à partie et nous crie : « Vous êtes encore pires que les Allemands ! » Sans doute ignorait-elle notre détresse, je lui répondis : « Les Boches vous mangeront Madame ! »Puis, nous sommes partis vers notre triste destinée, rejoindre nos side-cars.<br /> Nous avons reçu chacun, comme vivres de guerre, des biscuits très durs qui, trempés dans l’eau, augmentaient de volume et étaient excellents, surtout la faim aidant. Ils étaient contenus dans une boîte d’aluminium, d’environ 15 cm X 10cm X 10 cm, avec défense formelle de les manger sans en avoir reçu l’ordre. Je suis toujours en possession de la boîte, mais pas des biscuits…"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, dans la région de Perwez, le 14 mai 1940:</p></strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Le 14, repos après avoir effectué un repli jusque la Hutte, près de Genappe, pendant le nuit. Journée du 15, nouveau repli à 0h15 pour Huyzingen. Repli, repli… toujours repli. Nous y rencontrons les premiers Anglais. Nous les avons salués et applaudis. Ils avaient placé un canon D.C.A. sur une butte . Quand, vers 9h arrivèrent plusieurs avions, nous nous sommes cachés, mais les Anglais, assis sur l’affût, ont commencé à tirer sur les avions malgré la mitraille. Un Heinkel prit feu et tomba dans les parages du bataillon. Les cinq hommes de l’équipage furent conduits auprès du commandant Krémer, qui les remit aux Anglais après interrogatoire, ils étaient tous très jeunes.<br /> Au cours de ces différents replis, il fallait rouler parmi les réfugiés qui encombraient les routes de façon indescriptible : de pauvres gens se déplaçant à vélo, en charrette, en voiture, à pied… On était tellement fatigué que je m’endormis quelques secondes sur la machine. En plus, on avait faim. Je me rappelle aussi les fils téléphoniques cassés ou tendus qui étaient de véritables pièges, blessant et tuant.<br /> Vers 17h30, départ pour Iderghem, puis pour Hofstade. Félicitations par le Roi au bataillon Moto pour ses missions périlleuses accomplies.<br /> Le vendredi 17 mai, nouveau repli à 8h30 pour Slotendries, au nord de Gand. Nous sommes arrivés à minuit et, là, nous recevons des side-cars, des motos et des tricars neufs. Samedi 18, départ à 10h. vers St-Gilles-Waas.<br /> Le 19 mai, nous occupons un bras de l’Escaut entre Doel et Anvers. Repli vers 10h. du soir pour nous rendre en Hollande. On voit de la fumée qui s’élève au loin, à l’horizon, le drapeau rouge à croix gammée flotte sur la tour de la cathédrale d’Anvers. Des camarades ont capturé un side-car ennemi.<br /> Le lundi 20, nous effectuons des travaux de campagne. Le jour, nous creusons des trous pour nous cacher de la vue des avions et, la nuit, nous nous replions conformément aux ordres donnés. Les Allemands avaient malheureusement la maîtrise du ciel, pas un seul avion ami n’a été aperçu jusqu’à présent. Où sont-ils ? Que font-ils ?<br /> Je me souviens d’un acte héroïque, mais je ne sais plus ni la date ni le lieu exacts, la scène se passait dans la courbe d’un village. Des servants d’un 4,7 Chasseurs Ardennais (petit canon antichar très efficace) stoppaient l’avance des soldats ennemis. Pour ce faire, ils tiraient au moyen d’obus fusants (je crois que le terme est exact) qui sont des obus qui éclatent presque à la sortie du tube aussitôt tirés. Ils tiraient à bout portant. Imaginez le carnage ! Mais il n’a pas duré longtemps : des stukas sont arrivés et, après un ou deux passages, il ne restait plus rien que des débris… Nous sommes passés à cet endroit un quart d’heure après…"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, ayant perdu sa colonne et ne sachant pas où se trouvent les ennemis…: </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Après avoir roulé quelque temps en pleine campagne, nous voyons une maison dont une fenêtre est éclairée. Nous nous y rendons, c’est une fermette typiquement flamande, sans étage, très basse. Nous frappâmes à la porte et un vieux couple vint nous ouvrir. Ces deux vieilles personnes avaient l’air apeuré, sans doute à la vue de nos grands casques motocyclistes en liège (à ce propos, il nous avait été conseillé de ne plus nous en coiffer car, les Anglais, la nuit, nous confondaient avec les Allemands). Il ne fut pas possible d’obtenir de ces gens le moindre renseignement, nous ne comprenions pas. Que faire ? Dans quelle direction se rendre ?<br /> Nous avons roulé une partie de la nuit sans savoir où nous étions ni où nous allions. Nous craignions de nous jeter dans les lignes ennemies. Nous avons continué de rouler une partie de la matinée du samedi 25, à la recherche de notre bataillon.<br /> J’oublie de dire qu’avant ces incidents nous étions passés par Ypres avec arrêt près du monument 14 – 18. Là, j’ai revu Joseph Henrotin, de Marenne. Le 10 mai, les travailleurs du rail avaient été mobilisés comme nous, les militaires. Ils se repliaient aussi devant l’armée allemande. Après la capitulation, Joseph était rentré à Marenne et avait rendu compte de notre rencontre à mes parents. Il paraît que j’étais méconnaissable !<br /> Vers 2h., par hasard, nous retrouvons la deuxième compagnie à un carrefour. Le lieutenant Renard, qui remplaçait le lieutenant Gérard tué avec trois soldats lors d’une patrouille le 23 à Oycke, nous lance « Tirez-vous de mon chemin, tirez-vous de mon chemin ! ». Bon, il faut bien continuer et, finalement, nous retrouvons nos camarades. Je comprends que, dans certaines circonstances, on peut être énervé, mais quand même ! Nous tombons sur le commandant Reyntens de la 1ère compagnie, père jésuite et homme de grand cœur. Il nous apprend le maniement d’une grenade car, jamais, on ne nous en avait montré une ! Pour une troupe d’élite, ce n’est pas croyable ! La MI10 (mitrailleuse Maxim) que nous avions datait de 1916 ; on nous fait prendre position le long du chemin de fer qui se trouvait à proximité.<br /> Tout est calme. Soudain, un civil pressé traverse les voies. Je lui demande s’il n’a pas vu les Allemands, il me répond que non et continue son chemin à travers tout. A l’heure actuelle, je me demande toujours si ce n’était pas un espion et me repens de ne pas l’avoir arrêté pour vérification d’identité.<br /> Quelques minutes après, nous entendons des cris au-delà du chemin de fer. Le talus nous empêche de voir ce qui se passe. Les cris se rapprochent. A l’endroit où nous étions, un chemin empierré avec un passage à niveau non gardé traversait la ligne. Un petit aqueduc la traversait également et je me rappelle avoir entendu les Boches patauger dans l’eau, sans les voir."</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord de la Belgique, à quelques mètres ce l’ennemi…: </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Nous avions abandonné les engins à une centaine de mètres, dans une prairie. Tout à coup, j’aperçois Narcisse Lemauvais, de Fronville, qui marchait dans la direction des motos, tout en tirant. Il me demande si je n’avais pas vu Louis Bresmal (ces deux camarades appartiennent à la 1ère Cie) . Je lui réponds que non et lui crie : « Mais ne tire pas comme ça, cache-toi ! » Mais, pour cela, il aurait dû venir près de nous… Tels furent nos derniers mots… le malheureux tomba raide mort. Honneur à ce brave ! Je pardonne, mais n’oublierai jamais. Mon père était aussi un ancien combattant…<br /> Les Allemands franchissent la ligne de chemin de fer et, debout, tout en tirant, hurlaient comme des lions. On nous a appris après qu’ils nous demandaient de nous rendre. A chaque coup de fusil que je tire, ils répondent par une rafale de mitraillette. Nous sommes obligés de sauter dans le fossé longeant le chemin, parce qu’ils nous prennent en enfilade. J’ai de l’eau boueuse presque jusqu’aux genoux; je vois les balles, c’est-à-dire leurs impacts qui font jaillir la terre à un mètre de moi. Ensuite, ils sautent dans la prairie.<br /> La mitrailleuse, qui n’a plus que trois pieds, j’ignore dans quelles circonstances elle avait perdu le dernier, n’a pas tiré. Les servants ont été blessés de même que le sergent qui la commandait. Je n’ai rien vu de la scène avant que celui-ci ne soit étendu dans le fossé. Grâce à Dieu, il a dû se rétablir étant donné que son nom n’a pas été repris dans la liste des tués du Bn.Moto. J’ai remarqué que le caporal avait pris sa place.<br /> Sous le nombre, nous avons dû nous rendre. Ils nous ont fait sortir du fossé puis nous ont alignés, j’ai cru qu’ils allaient nous fusiller. Ils ont brisé nos fusils puis, à coups de pied, nous ont font avancer. Déjà, les sanitaires pansaient les blessés allemands.<br /> Lorsque nous passions près d’un cadavre, ils nous injuriaient et nous menaçaient. Un gradé nous a demandé pourquoi nous nous battions : « Vous êtes wallons ? Nous savions où le front n’était pas fort défendu ! » Ils nous ont rassemblés dans la cour d’une ferme. Nous ne pouvions communiquer entre nous. J’y ai revu Louis Bresmal auquel j’ai dit : « Tu es déjà là ! »<br /> Ils nous ont rassemblés dans une cour de ferme, entourée de barbelés. Je vois, à quelque distance, des soldats allemands qui déchargent du pain d’un camion. A tout hasard, je m’avance jusqu’aux barbelés et dis au soldat le plus proche : « Geben brot, brot ! ». Il est allé me chercher un pain de l’armée. Il était dur mais, malgré tout, il a été vite mangé. Je me suis dit qu’il y avait quand même de bons soldats chez eux…<br /> Pour la nuit, ils nous ont fait monter au fenil. Là, j’ai revu beaucoup de mes camarades. Des blessés aussi , parmi eux, le petit Volvert, mais la plupart étaient restés dans la grange. Pendant la nuit, j’ai entendu Volvert gémir et crier « water, wasser », il provenait de la frontière allemande et était engagé volontaire. Il n’avait que 18 ans : c’est un des plus jeunes Chasseurs Ardennais morts pour la patrie. Il n’était pas possible de lui porter secours, nous ne pouvions même pas nous parler… Le matin, lorsque nous sommes partis, je l’ai vu… mort !<br /> J’ai noté dans mon petit agenda, à la date du 2 juin : « Départ de Hasselt, vers 14h., pour Maastricht, nuit passée sur les bords du canal Albert – Attaque de l’aviation alliée. »<br /> J’ignore l’heure et le nombre d’avions canadiens (?????) – on distinguait très bien la feuille d’érable dessinée sur la carlingue et les ailes. Après différentes étapes pédestres, la colonne de prisonniers était arrivée à Vroenoven, où le fameux pont sur le canal Albert était tombé intact entre les mains allemandes, par surprise et trahison.<br /> Les sentinelles nous avaient ordonné de nous coucher sur le pont pour y passer la nuit, quand, tout à coup, des avions canadiens(?????) nous ont mitraillés. Ça a été le sauve-qui-peut général, surtout chez les Allemands. J’en ris encore ! Je n’ai pas eu connaissance de mort ou de blessé parmi nous. Sans doute tiraient-ils mal!"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag IV A, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pirlot2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pirlot3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pirlot4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Aucun prisonnier n’a reçu pareille demande… L’action se passe en février 1945, ce jour-là, j’étais seul avec une petite servante de 17 ans qui avait l’air bien malheureuse le fermier, sa femme, le fils et la fiancée d’un autre fils tombé à Stalingrad (le 11.11.1942) étaient invités à une cérémonie d’hommage organisée par les nazis. J’ignore dans quelle localité. Deux autres fils de la ferme ont été tués en Russie et un quatrième était à l’armée.<br /> Je suppose que l’autre servante et le Russe avaient bénéficié d’un jour de congé. Le travail de Frieda consistait à confectionner de petits fagots avec les branchettes des arbres que l’on avait ramenés entiers dans la cour, par temps de neige. Moi, je fendais des bûches.<br /> A 10h., comme d’habitude, je vais manger un bout, c’était un quart d’heure de perdu. Je demande si elle ne vient pas, elle me répond par la négative, mais quitte son travail et va dans sa chambre. Après avoir pris mon temps et bien mastiqué ma tartine, je retourne à mon travail. Frieda fait de même, mais vient me trouver et, me tendant sa petite hachette, me demande de lui couper le doigt… parce qu’elle ne voulait plus travailler à la ferme. Sous le régime nazi, on ne quitte pas son emploi sans motif sérieux, que cela vous plaise ou pas.<br /> Cet incident me tracassait, j’avais peur qu’elle ne dise : « C’est le Belge qui l’a sectionné » Qui aurait-on cru ? Toucher à l’intégrité physique d’une jeune Allemande était punissable soit de la peine de mort soit d’un long séjour à Rawa-Ruschka. Il était strictement défendu d’adresser la parole à une femme allemande.<br /> Dès que j’ai entendu le pas des chevaux, j’ai couru vers le landau et le fermier m’a demandé « Où est Frieda ? » Je ne l’ai plus revue…"</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pirlot5.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Nous étions au début de mars 1945, il faisait encore bien froid. Après avoir dîné, je vois dans la cour (c’était une ferme bâtie en carré, avec une grande cour au centre) trois ou quatre Russes, prisonniers de guerre, sur le fumier situé face à la porte de l’étable. Ils ramassaient des épluchures de pommes de terre jetées par l’une des servantes.<br /> Je regarde vers la grande grange et vois d’autres Russes, ainsi qu’à l’intérieur… Quand étaient-ils arrivés ? Ils étaient plus d’une centaine. Pauvres malheureux ! J’aurais pu prendre un pain ou tout au moins trois ou quatre tranches pour leur donner, c’était beaucoup trop peu pour les rassasier. Je pense aux choux raves dans la cave… En les coupant pour les vaches, j’en mangeais quelques tranches, à vrai dire ce n’était pas mauvais ; en plus, je me disais que crus ils contenaient des vitamines."</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pirlot6.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Je décide que, le lendemain, j’avalerai vite mon dîner, m’emparerai d’une manne et irai dans la cave dont l’entrée est située sur le côté de la cour-cave creusée dans les roches de sable. Après avoir rempli la manne le plus possible et parce que je ne connais pas le russe, je fais signe avec les mains à quelques prisonniers près de la grange. Mais c’est au moins une vingtaine de Russes qui accourent, me bousculant, criant et me faisant tomber. Voilà les choux qui roulent partout, puis, subitement, les Russes lâchent prise, je parviens à me relever et que vois-je ? Un soldat allemand, un feldwebel, pistolet au poing qui se lance sur moi en criant : « Sie wissen was das Wort, Russe bedeudet ! »D’où sortait-il cet animal ? J’avais eu chaud, bien qu’il fasse froid, et très peur.<br /> Le lendemain, à midi, les malheureux étaient partis, où ? Quand j’ai eu dîné, je vais, comme d’habitude, dans la grange chercher de la paille hachée. Je pose la manne par terre et veux la remplir en poussant la paille avec les mains. Tout d’un coup, je saisis, avec les mains, un soulier avec un pied, puis une jambe, alors là, quelle frayeur à nouveau ! Je ne m’attendais pas à une pareille découverte. J’ai averti le fermier, on a retrouvé cinq ou six morts, on les a enterrés derrière la ferme.."<br /> Le 8 mai 1945, la sentinelle, très tôt le matin, nous avertit que nous sommes libres et que nous pourrons partir après avoir dîné. Quelle joie ! Quelle joie ! J’en fais part en rentrant.<br /> La fermière et une servante préparaient la pâte pour le pain. A la ferme se trouvait une femme, évacuée avec deux jeunes filles. Je ne sais d’où elles venaient, mais elles ne m’adressaient jamais la parole. C’étaient de pures nazies, sales bêtes ! Voilà que la mère dit : « Ce n’est pas parce que Hitler a perdu la guerre que je ne serai plus nazie ! » Crève avec ton Hitler, ai-je pensé, mais personne n’a répondu.<br /> Dans un village où à chaque maison pendait un morceau d’étoffe blanche en signe de reddition, un gros monsieur nous déclare pouvoir nous reconduire en Belgique avec son camion, des vivres et du carburant (gazogène). Dans la benne se trouve des caisses, on nous défendit de les ouvrir, tant pis. Ce qui comptait pour nous, c’était le retour. Nous nous installons sur le camion avec les pieds pendant au dehors de la benne. Le gros Allemand avait un chauffeur, il faisait bon, celui-ci conduisait torse nu. Nous arrivons à Karlsbad, nous y rencontrons les premiers Américains. Ils voient un civil avec nous, font arrêter le camion, s’emparent du gros malgré ses protestations puis nous laissent passer ; sans doute prenaient-ils le chauffeur pour un prisonnier."</p><br /> <br /> Après d’étonnantes aventures qui émaillèrent ce voyage de retour, après avoir été menacé un Russe tout à fait saoul grâce à une bouteille de whisky américain d’une contenance de 3 litres, après avoir vu apparaître une étonnante blonde engagée de force dans la Wehrmacht, le groupe de prisonniers belges dont faisait partie Léon Pirlot fut pris en charge par les Américains qui les ramenèrent. Quelle épopée, malheureusement vécue par tant d’autres jeunes gens qui avaient la malchance d’avoir 20 ans en 1940.<br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Sources internet et iconographiques:</p></strong><br /> <a href="https://lapetitegazette.net/2016/07/27/leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945/">https://lapetitegazette.net/2016/07/27/leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945/</a> Thu, 01 Sep 2016 18:15:01 +0200 L'histoire des G.V.C. http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-150+l-histoire-des-g-v-c.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-150+l-histoire-des-g-v-c.php <p style="text-align:justify">Peu d'écrits existent concernant les G.V.C. L'article qui suit est paru dans la revue RIF TOUT DJU numéro 312 d'octobre 1988, sous la plume de Willy Rocher.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center">G.V.C.?</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/gvc_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Les GVC représenté sur un des chars du cortège de la victoire à Nivelles, le 14 octobre 1945</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pour la plupart des jeunes et même des moins jeunes d'aujourd'hui, ces initiales n'éveillent aucun souvenir. Mais parmi ceux qui ont connu les années quarante, certains se rappellent des «GARDES VOIES ET COMMUNICATIONS», la dénomination officielle des troupes auxiliaires d'âge mûr dont la mission était, lors des mobilisations préliminaires au dernier conflit mondial, de surveiller les voies de communication, gares et ponts, importants et même parfois secondaires.<br /> Ces vieux «rappelés» s'intitulaient eux-­mêmes les «vîs paltots», étant donné leur âge avancé pour un service militaire actif. Ils avaient en effet pour la plupart entre 35 et 40 ans. C'est dire qu'aujourd'hui, il n'en reste plus beau­coup en vie...</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Lors de la première mobilisation de 1938, qui dura du 28 au 30 septembre, leur équipement et leur armement étaient lamentables: peu d'uniformes complets, manque de fusils... Certains pelotons étaient même armés de... bâtons ! ! ! En 1940, lors de la seconde mobilisation, la situation s'était toutefois améliorée.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/gvc_2bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pour Nivelles et les environs, la cuisine centrale des G.V.C. ainsi que leurs maga­sins étaient installés dans les locaux de l'ancienne académie de musique, rue du Wichet, aujourd'hui disparus et rempla­cés par des immeubles à appartements.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les G.V.C. nivellois, appelés tout d'abord P.P.R. (Pieds de Paix Renforcés), étaient commandés en 1938 par un officier de réserve, le commandant Schmidt, dans la vie civile chimiste à Chassart, et en 1940 par le commandant Willaime, enseignant à l'Ecole Normale de Nivelles (1), secondé par le premier chef Devière. Le commandant Willaime avait la réputation d'être assez sévère. Pouvait-il en être autrement si l'on voulait essayer de «faire marcher» avec un peu d'ordre et de discipline ce service composé de gail­lards dont certains n'hésitaient pas à rentrer chez eux sans permission pour manger lorsque la «tambouille» ne leur plaisait pas, voire même pour y coucher !</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">À la cuisine, le chef n'était autre que Romain Raussens, tenancier du «Café Romain» à Nivelles, aidé par l'ardoisier César Coulon et autres Deprez, Barbier et compagnie. Cette cuisine ravitaillait cha­que jour par transports automobiles les pelotons des différents petits postes ins­tallés notamment à la gare de Nivelles-­Est, à l'école gardienne de la rue Cla­risse, à la rue Auguste Levêque, près de la gare de Baulers, à Alzémont, Fonteny, Vieux-Genappe, etc. ainsi qu'aux ponts de chemin de fer des faubourgs de Bruxelles et de Soignies.<br /> <br /> Signalons au passage que lors de la pre­mière mobilisation de fin septembre 1988, Arthur Masson, l'auteur des célèbres «Toine Culot», qui habitait et enseignait à Nivelles, figurait parmi les mobilisés aux G.V.C. II était affecté comme chef de peloton à la gare d'Ottignies et dirigeait sept hommes. «Je dormais comme un bienheureux sur les banquettes de la gare», a-t-il raconté... Son équipement militaire se limitait à une vieille capote et à une casquette... civile : son bonnet de police avait été mangé par les mites!!!! <br /> Nos G.V.C. n'ont pas combattu. Ils n'ont jamais tiré un coup de fusil. Certains se considèrent, encore aujourd'hui, comme des «troupiers d'opérettes»... Cela n'empêche qu'une des premières victi­mes, si pas la première, des bombarde­ments de Nivelles, fut un G.V.C., Charles Michaux, tué par un éclat de bombe dans la tête, sur la Grand-Place. Et il y eut aussi plusieurs G.V.C. blessés sous les bombardements. Quelques-uns devaient également être faits prisonniers du côté d'Ottignies, Court-St-Etienne et Wavre.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Quelques G.V.C., comme tout le monde, quittèrent Nivelles en feu. Certains avaient envisagé de gagner Bornival pour se regrouper. Dispersés, désorganisés, encore une fois comme beaucoup d'autres, ils formèrent un petit groupe qui aboutit à... Alost ! Là, eut lieu un certain regroupement du régiment, qui fut suivi d'une retraite vers la côte, à Saint&#8209;Idesbald et à Coxyde (villa Bénédicta), près de la frontière française. C'est là que le noyau principal fut rejoint par les allemands. Nos G.V.C. furent ainsi faits prisonniers. Mais, étant donné leurs âges et situations familiales, ils furent pour la plupart renvoyés dans leurs foyers. II y eut cependant quelques éléments isolés et perdus qui échouèrent en Allemagne avec d'autres unités.<br /> Les G.V.C. renvoyés chez eux recevaient des allemands un «Entlassungschein» ou certificat trilingue (allemand-­néerlandais-français) dont nous avons pu retrouver un exemplaire chez René Jeu­niaux ! Nos démobilisés durent, pour le reste, se débrouiller eux-mêmes pour rentrer à Nivelles. C'est ainsi que René Jeu­niaux et quelques autres G.V.C., perdus entre Gand et Melle, dans un pensionnat, eurent la chance de trouver un grand véhicule agricole qui les transporta jusqu'à La Louvière, d'où ils purent rega­gner Nivelles. Une petite chance dans toutes ces pérégrinations forcées : le temps fut toujours très beau...</p><br /> <br /> <p style="text-align:right">Willy ROCHER</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/gvc_3bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;">Les commandements généraux pour les gardes et les unités des G.V.C</span></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">1° les gardes de voies ont pour mission de découvrir les actes qui seraient commis par des personnes ou des groupes de personnes qui ont comme but l'endommagement de nos routes de circulation et de nos dispositifs pour le bon fonctionnement de la politique du pays. Les sentinelles doivent, de par leur ingérence dans les plus brefs délais, et par tous les moyens appropriés, enrayer toutes les tentatives qui feraient échouer le trafic de nos routes et ainsi empêcher d’entraver la circulation, et supprimer les divers dommages aux équipements d'exploitation.<br /> <br /> 2 ° En cas de danger, ils doivent prévenir directement le garde des agents techniques le plus proche de chaque événement (présence de personnes soupçonnées de traces d'opérations de vol, de vandalisme ou de tentatives malveillantes, même si elles n'ont pas entraîné la coupure du téléphone, des fils électriques , des filets de sécurité, signaux, et ou destruction de la voie ferrée, etc ...) En cas d’absence du responsable technique dans le quartier, il doit signaler l'avertissement par plusieurs coups de feu tiré en l'air. L'agent technique, ainsi informé, interviendra alors immédiatement.<br /> <br /> 3 ° Donc s’il n’y a pas d’intervention de la part d’un agent technique, et que le report ou l'arrêt des signaux donnés doit être inscrit, il remplacera nécessairement la sentinelle, il fournira un document technique à l'agent, et utilisera toutes les ressources si nécessaires à ses décisions. (détonation, drapeau rouge,etc…)<br /> <br /> 4 ° Le gardien est en soit à l'abri du statut des agents, dans l’intérêt de détecter par eux mêmes les dispositifs de travail, mais ils devront pour ce faire présenter leur carte d’identité.<br /> <br /> 5 ° Si le travaille se fait de nuit , ou tous les travaux à la fois de jour ou de nuit par des équipes, la sentinelle doit montrer l'autorisation de travail délivré par les agents techniques compétents en vue de cela à tous les agents ou aux contremaîtres. Les sentinelles sont informées de ce travail avant le commencement de leur exécution.<br /> <br /> 6 ° Le jour, la nuit (ou selon le site de surveillance éclairée artificiellement), je pense que chaque instruction ordonnée à la sentinelle est d’approcher l’individu avec les armes et qu’il lui communique que s'il n'obéissait pas, qu’il allait lui tirer dessus. Une fois que le suspect s’approchera, il examinerait l’homme jusque dans la doublure de ses vêtements et prendrait les armes dont il disposerait, ainsi que les outils pouvant servir à causer des dommages à la route ou à d'autres directives. Ceci en respect d’après les ordres reçus, dont la preuve de montrer que sa présence était nécessaire sur les routes ou sur des installations. Afin également de justifier de la nécessité d’une sentinelle et de devenir le libérateur idéal pour garder les points stratégiques. Il aura, si besoin est, de garder le prisonnier détenu jusqu’à l’arrivée de la gendarmerie qui le prendra en charge.<br /> Ainsi, si le suspect refuse de s'approcher ou tenterait de fuir, la sentinelle a ordre de lui tirer dessus. Si vous estimez qu’il y a danger pour les passants éviter alors de tirer.<br /> <br /> 7 ° Ainsi, si le suspect est hors de portée de voix, la sentinelle tirera en l'air. Dès que le suspect revient dans sa direction, la sentinelle lui ordonne d'approcher et agira comme indiqué ci-dessus dans le n ° 6.<br /> <br /> 8 º si les suspects représentent un groupe, la sentinelle doit suivre les instructions comme indiquées dans le n ° 6 et 7, mais avec bonne prudence pour ne pas être leur victime. Il laissera approcher un seul homme à la fois.<br /> Si le groupe est trop grand pour l'arrêter, il empêche la mise en œuvre d'égale intensité qui excelle le travail, et prévient le poste ou le corps de garde. Ainsi, si le poste d’arrière garde ou le corps de garde ne peut être averti, il peut l’avertir par un ou plusieurs coups de feu tirés en l'air. La sentinelle vérifie l’intensité des dommages causés par les suspects aux installations, il a également le droit d’ouvrir le feu à titre d’avertissement. Ainsi, si le garde est attaquée par des suspects armés, il doit se mettre à l’abri afin d’éviter les coups de feu, mais il a également le droit d'ouvrir le feu pour les chasser ou les arrêter, le corps de garde attiré par les tirs de la sentinelle viendra à sa rescousse.,<br /> <br /> 9 ° La nuit (par temps de brouillard ou par mauvais temps) la sentinelle doit être attentive et faire confiance à son audition auditive :<br /> a) dès qu’il entend une rumeur suspecte qui laisse présager à un attentat contre les routes ou les dispositifs qu’il a sous sa garde et sous son autorité, le garde prévient le poste de garde;et lorsque ce n'est pas inapproprié il se rapproche La sentinelle suffisamment attentive de l’endroit d’où provient le bruit, crie: «Halte ou je fais feu" Alors s’il n’obtient pas de réponse à son ordre, la sentinelle peut selon les directives reçues, tirer un coup de feu en l'air, puis reviendra rapidement se mettre à l’abri. De là et si la rumeur continue et en vue d’arrêter celle-ci, il peut se résoudre à nouveau de tirer dans la direction d'où provient les bruits et cela jusqu'à l'arrivée du poste ou de la patrouille de garde.<br /> b) il revient que toute personne ne peut sans autorisation explorer le site, tel que stipulé à l'article 88 du Règlement du Service mobile. Ainsi, les préoccupations pour les citoyens qui n'ont pas l'autorisation d'aller au-delà des sites gardés, la sentinelle les obligera à retourner le long d'une voie publique où aux entrées autorisées et les avisera que s'ils n’obéissent pas immédiatement, il devra tirer. Alors, s’ils n'obéissent pas directement aux ordres de la sentinelle, celui-ci devra les abattrent.<br /> <br /> 10° La sentinelle placée doit suivre toutes les recommandations, il se comportera d'une manière tout à fait égale à celles prévues pour les gardes placés sur les routes.<br /> <br /> 11° La sentinelle de garde empêche et cela conformément selon les instructions, que les personnes à l'intérieur ou à l'extérieur de l'établissement et qui présentent d’éventuels dangerosité, ne circule auprès des différentes voies de communications.<br /> <br /> 12 ° La sentinelle doit faire aussi vite que possible le rapport de ce qui s’est passé pendant son quart, auprès de son poste ou auprès du corps de garde qui lui pendra toutes les dispositions nécessaires.<br /> <br /> 13 °Lorsque des aéronefs volants s’approchent à basse altitude, la sentinelle devra se cacher.<br /> <br /> 14 °Dès qu'il aperçoit des hommes sauter en parachutes hors de l'avion ennemi, il tire plusieurs fois pour alerter le poste ou le corps de garde. A partir du moment où l'ennemi est suffisamment assez proche, il ouvre le feu. En cas de risque d’emprisonnement la sentinelle se retire à son poste de commandement.<br /> <br /> 15 ° Lorsque une sentinelle monte de garde à l’écluse et également les unités de manœuvre des portes. Il laisse manoeuvrer l’ouverture des portes de l’écluse uniquement par un personnel qualifié et autorisé de la Commission des Travaux publics. Il ne laisse approcher ou arrêter aucunes personnes ou véhicules près de l’écluse à moins de 50 mètres de celle-ci. Il se conforme aux instructions reçues, et conduit au poste de garde chaque personne manoeuvrant dans l’écluse avant l’ouverture des portes permettant ainsi le passage.<br /> <br /> 16 ° Lorsque une sentinelle est de garde sur un pont et également les unités de manœuvre du pont. Il laisse manœuvrer le fonctionnement du pont uniquement par un personnel qualifié et autorisé de la Commission des Travaux publics. Il ne laisse aucunes personnes ou des véhicules s’approcher du pont à moins de 50 mètres.. Il se conforme aux instructions reçues, et conduit au poste de garde, toute personne qui s’engage sur le pont , dans les hangars .ou dans les environs du pont.</p><br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;">Les ordres de garde des patrouilles</span></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">1. Les patrouilles sont chargées de partager toutes les tentatives pour préserver et entraver toute circulation sur les routes ou sur les différents appareils et ou de dégâts au matériel d'exploitation, ils devront inscrire tous les dégâts causés qu'elles ont déjà réparés.<br /> <br /> 2. Si les commandants du corps de garde ne sont pas dans leur voisinage , les patrouilles de garde préviennent directement les agents techniques de chaque événement (présence de personnes suspectées des activités malveillantes effectuées par les suspects, traces de travail , tentatives de détruire ou de détérioration sans raison apparente, coupure des fils de téléphone ou de fils télégraphiques, coupure les fils des signaux de sécurité, destruction des voies, etc ..) Dans ce cas, et s'il n'y a pas d'agent dans le voisinage, l’agent technique est tenu de donner signal d’alarme par des coups de feu tirés en l'air.<br /> <br /> 3. Bien que les troupes de la garde ne doivent en principe ne pas intervenir dans le service des chemins de fer ou des bateaux, cette nécessité de leur service est d’intervenir de plein droit lorsque des événements se produisent (la destruction des voies, des attelles, etc ..) pour la dangerosité des trains ou des bateaux qui sont les leurs. Ils doivent alors et si aucun agent technique n’est présent, intervenir de retarder ou d’arrêter le signal d'arrêt.<br /> <br /> 4. Dans tous les cas, les patrouilles soumissent à de telles controverses, sont renseigné par un pétard fourni par le personnel du gouvernement des chemins de fer. Ainsi, lors de ces événements énumérés, la patrouille comprend, une plus grande formation...<br /> a) Lorsque sur une double voie ou il n’y a qu’une seule voie touchée, un pétard doit être fixé vers le bas avec des pinces sur la voie détruite à l’emplacement de l’incident à au moins à 500 m et sur le côté d'où les trains arrivent, une deuxième explosion sera placée à 30 m et une troisième à 60 m..<br /> Si la responsabilité diminue sur le lieu de l'incident, le pétard doit être placer de 800 mètres et même à 1000 mètres . Si la seconde voie est, comme on le pensait dangereuse pour le trafic, la patrouille s’en réfère comme décrit au point 1°.<br /> b) Si les trains circulent sur une seule et même voie dans les deux sens, on doit prévenir la patrouille avec des pétards, patrouille placée le long des trois sites des deux côtés du point dangereux. Par manquement de pétards, on placera pendant le jour une bannière rouge ou tout objet d’égale intensité. De nuit, on agitera une lanterne rouge ou une lanterne ordinaire. Le même signal est utilisé pour les navires afin d'arrêter et d’interrompre le trafic, ceci avant de placer des pétards ou la mise en garde d'un agent des chemins de fer.<br /> <br /> 5. Pendant la maintenance des travaux d'entretien des chemins de fer et les voies navigables, il est nécessaire sans cesse de maintenir une surveillance de jour comme de nuit. Il faut distinguer le travail effectué personnellement ou réalisée par les équipes, ces derniers doivent être particulièrement surveillés.<br /> Les étapes suivantes devraient normalement être fournies afin de sécuriser les travailleurs sur les voies :<br /> a) Tout cela étant, ils peuvent au cours de la journée et sans avertissement exécuter des travaux d’entretien. Les troupes de la garde sont présentent pour garantir sans pour cela avoir à montrer leur carte d’identité, la sécurité des agents des chemins de fer ou maritimes. <br /> b) Tous les travaux de nuit ou tous autres travaux, aussi bien de jour ou de nuit, par des équipes font l'objet d'une autorisation délivrée aux agents ou contremaîtres désignés par les autorités techniques compétentes. Les forces de la garde présente ont été admises, dont la présence est notifiée aux dirigeants de garde de ce jour.<br /> <br /> 6° Ainsi, si un des hommes de la patrouille aperçoit des parachutistes sautés des avions ennemis , elle concentre ses tirs sur eux pour les empêcher de combattre, et éventuellement prévenir le corps de garde contre ces ennemis envahisseurs.</p><br /> <br /> Source:<br /> <a href="http://octavesanspoux.jimdo.com/les-g-v-c/">http://octavesanspoux.jimdo.com/les-g-v-c/</a> Sun, 07 Aug 2016 16:50:08 +0200 Pilot Officer André Cantillion http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-149+pilot-officer-andr-cantillion.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-149+pilot-officer-andr-cantillion.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cantillion.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>André CANTILLION</strong> est né à Wavre le 18 mai 1920. <br /> Après avoir effectué ses études primaires à Wavre et ses humanités à l’Institut Saint-Joseph de Bruxelles, André Cantillion entre en juin 1939 comme commis à l’Office des Comptes Chèques Postaux.<br /> Il n’y reste que peu de temps car il est appelé à faire son service militaire à l’Aéronautique Militaire. <br /> C’est en septembre 1939 qu’il se décide de passer et de réussir les examens d’entrée à l’Ecole de Pilotage. Incorporé avec la 84° promotion, il passe à Gosselies où il vole sur <br /> Avro-504N après un court stage à Zellik.<br /> <br /> <strong>Le 10 mai 1940</strong>, jour de l'invasion de la Belgique par l'Allemagne, la Luftwaffe bombarde l’aérodrome de Gosselies et l’école se déplace à Zwevezele, en Flandre Occidentale. <br /> C’est ensuite le Maroc avec les moniteurs et élèves qui ont fui la Belgique pour reconstituer l’Ecole de Pilotage sur sol français. La capitulation de la France met fin à ses illusions et Cantillion doit prendre une décision. <br /> Il décide alors avec ses camarades de gagner l’Angleterre sous la conduite du capitaine Cajot et débarque à Cardiff le 5 août 1940.<br /> Après une période d’apprentissage de la langue anglaise, il poursuit, à partir du 23 novembre 1940, son entraînement de pilote au “Flying Training School” de Odiham. Il effectue son premier vol sur Magister le 26 février 1941 et est lâché solo le 25 mars.<br /> Il quitte Odiham le 14 mai pour être transféré au 5° SFTS (Service Flying Training School) de Ternhill où il vole sur Miles Master d’abord et Hurricane ensuite.<br /> Après sa période de formation à Ternhill, il passe le 17 août 1941 au 61 OTU (Operational Training Unit) à Heston. <br /> Il y pilote des De Haviland Dominie, Miles Master et enfin Spitfire.<br /> <br /> Affecté au 74 Squadron à Llandbedr le 30 septembre 1941, il y effectue des vols d’entraînement et de patrouille jusqu’au 5 novembre, date à laquelle il est muté au 1484° Target Towing Flight où il s’entraîne également pour la photographie aérienne. A la fin de son stage le 14 janvier 1942, André Cantillion est désigné pour le 1° Photographic Reconnaissance Unit à Benson. Il y effectue ensuite quelques vols d’entraînement avant d’effectuer sa première reconnaissance le 28 février au-dessus de Veurne, Oostende, Zeebrugge. Vlissingen. ... En tout, 2 heures trois quarts de vol.<br /> Pour pouvoir voler haut, loin et longtemps, les avions de reconnaissance (qui volent isolément) n’emportent qu’un appareil photographique pour seul armement. Les missions de reconnaissance sont donc des missions à hauts risques. Il n’y a pas non plus de climatisation de cabine et le confort relatif réside dans l’habillement chaud et volumineux du pilote.<br /> Il mène à bien six nouvelles missions jusqu’à la fin de mars (Paris, Belgique, Kassel, ...).<br /> <br /> Le 13 avril, il accomplit une des fameuses missions “Chamberlain” qui sont des reconnaissances photographiques de la région de Trondheim pour vérifier la présence ou l’armement des navires de guerre de la Kriegsmarine. L’Amirauté britannique tient à être continuellement tenue au courant des mouvements des “Schlachtschiffen” (Tirpitz, Admiral Scheer, Prins Eugen) pour adapter sa stratégie en conséquence. Dans ce genre de mission qui durent en moyenne plus de 5 heures, les variations de climat sont nombreuses et souvent, arrivé sur l’objectif, le pilote se trouve plongé dans un océan de nuages. <br /> De plus, la défense antiaérienne allemande (Flak) peut se montrer particulièrement précise et les pertes sont lourdes. <br /> En tout, Cantillion effectue 15 missions au-dessus de Trondheim.<br /> A partir du 13 juillet, il accomplit des missions plus courtes vers Dieppe, Gien, Le Havre et ses environs. Cependant, le 17 août 1942, André Cantillion reçoit l’ordre d’effectuer une reconnaissance photographique sur Kiel. <strong>Il n’en reviendra pas</strong>.<br /> <br /> De source allemande, il apparaît que le Spitfire a été aperçu vers 11 heures au-dessus des côtes allemandes. L’avion de Cantillion fut rapidement repéré par les radars allemands et des appareils de la Luftwaffe décollèrent de la base de Husum. Ce fut l’Unteroffizier Heinz Bora qui le premier intercepta l’avion de Cantillion et l’abattit. L’appareil et son pilote s’écrasèrent à Süderroog Sand.<br /> Après la guerre, le corps d’André Cantillion fut enterré au cimetière militaire de Hambourg avant son transfert au cimetière de Wavre.<br /> <br /> Source Internet et iconographique :<br /> Les ‘’vieilles tiges’’ de l’aviation belge :<br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/1">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/1</a><br /> </p> Sun, 17 Jul 2016 18:59:36 +0200