Derniers articles http://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Lt-Col.Aviateur Manu GEERTS. http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-161+lt-col-aviateur-manu-geerts.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-161+lt-col-aviateur-manu-geerts.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/geerts_1_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Il s´appelait en réalité Louis-Emmanuel GEERTS. Né à DUFFEL, le 23 avril 1907, il a juste 19 ans quand il s´engage, le 31 mai 1926, à l'Aviation Militaire. Il suit d'abord l´école de pilotage de WEVELGEM, il est ensuite affecté à une escadrille de chasse à SCHAFFEN.<br /> Lorsqu’en septembre 1933 on crée le cours de perfectionnement au pilotage, "Manu" fait partie de la seconde équipe de moniteurs.<br /> Blessé le 10 mai 1940, il est évacué en FRANCE et se trouve à MARSEILLE le 28 mai 1940, jour de la capitulation de l´armée belge. De là, il gagne le MAROC où il suit les péripéties de l´école de pilotage.<br /> Lorsque le personnel de l´école est envoyé en ALLEMAGNE, "Manu" se trouve au camp d'HAMMERSTEIN d´où il s´évadera.<br /> Le 25 mars 1942, il commence la grande aventure pour rejoindre, par le "chemin des écoliers" (la FRANCE, via les PYRENEES, l´ESPAGNE, le PORTUGAL et GIBRALTAR), l´ANGLETERRE.<br /> "Manu" rejoint la RAF le 25 septembre 1942. Après une période de réentraînement, il est muté successivement aux squadrons 124, 610 et 609. C´est à la 609 que "Manu" a pu donner la mesure de sa valeur, il en recevra le commandement en juin 1944, au plus fort de la bataille de NORMANDIE. A cette époque il a déjà remporté plusieurs succès au cours de combats.<br /> Ses exploits sont rappelés dans la citation de la Distinguished Flying Cross qu´il reçoit le 24 juillet 1944 :<br /> <br /> <em>"This officer has taken part in twenty-four sorties against heavily defended targets. He has shown a high standard of skill, courage and initiative, qualities which have earned him much success. He has destroyed two enemy aircraft and damaged several locomotives and barges."</em><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/michpapgeertsfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Voici un de ses hauts faits d'armes raconté par Frank ZIEGLER dans l´ "Histoire de la 609" :<br /> <em>"On the 13th of August, after having received permission by Hitler, the German forces retreat behind the Seine. It actually seems that Manu GEERTS, at the head of eight Typhoons on an armed reconnaissance of the FALAIS-VIMOUTIERS-ARGENTAN area, was the very first man in the air to spot them. In the morning beneath mist and thick cloud the enemy may have felt secure. But finding a gap in the clouds and plunging down through it with his Squadron, Manu found tanks, guns, troop carriers and other vehicles crawling head to tail. Four tanks at once became "flamers", and the fire spread. The mission was perhaps the best that 609 as a rocket-firing squadron had yet archieved. It was Manu Geerts last mission as C.O. of 609. </em>"<br /> <br /> Cette bataille allait être déterminante. Ce fut en fait la fin de la fameuse <em>"Falaise pocket"</em> et le repli en déroute des troupes ennemies encerclées. Une fois de plus, "Manu" GEERTS avait bien mérité de la Patrie.<br /> Peu de temps après il est mis au repos. Il est désigné comme officier de liaison auprès du Commandement de la Chasse où il rendra d´éminents services aux jeunes aviateurs belges. Il assumera, plus tard, d´importantes fonctions à l'Inspectorat Général of the Belgian Air Force.<br /> En 1948, il prend le commandement de l'école de tir à COXYDE et initie les jeunes pilotes au combat aérien. Ayant atteint la limite d'age, il quitte la Force Adrienne en 1959 revêtu du grade de Lieutenant-Colonel.<br /> La valeur de cet officier, aimé et apprécié de tous, avait encore été consacrée par les citations suivantes à l'Ordre du jour de l'Armée :<br /> --Croix de Guerre 1940 avec palme :<br /> <br /> Excellent pilote de chasse, en opérations depuis janvier 1943. N´a pas cessé de se signaler par son mordant au combat. Le 4 décembre 1943, au cours d'une mission particulièrement périlleuse au-dessus d'EINDHOVEN (HOLLANDE) a participé avec son escadrille à l´attaque de 14 Dorniers 217. Sur 7 Dorniers détruits au cours de cette action, s´est acquis une victoire. <br /> <br /> --Palme supplémentaire sur la Croix de Guerre :<br /> <br /> Le 02 janvier 1944, a abattu en combat aérien au-dessus des territoires occupés, un Focke Wulf 190, remportant ainsi sa deuxième victoire confirmée. <br /> <br /> --Lion sur la Croix de Guerre:<br /> <br /> Le 04 janvier 1944, se trouvant en mission offensive au-dessus du continent, abat en combat aérien un Dornier 217, en collaboration avec un autre pilote.<br /> <br /> --Chevalier de l´ordre de la Couronne avec palme :<br /> <br /> Pilote de grande classe, Officier de mérite. En NORMANDIE, a mené son escadrille dans 49 missions offensives de support immédiat de l´armée. A détruit depuis sa dernière citation : 3 tanks, 8 voitures et endommagé 2 barges, une dizaine de tanks, une vingtaine de véhicules et six installations radio-électriques.<br /> Source Internet et sources iconographiques :<br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/12">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/12</a><br /> <a href="http://www.vvjack.be/PORTAIL/photos.php?id=72">http://www.vvjack.be/PORTAIL/photos.php?id=72</a><br /> <a href="http://www.cometeline.org/ficheB015.html">http://www.cometeline.org/ficheB015.html</a> Tue, 06 Jun 2017 15:54:01 +0200 LE SCOUTISME BELGE, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-160+le-scoutisme-belge-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-160+le-scoutisme-belge-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.php <strong>LE DÉBUT DE LA GUERRE</strong><br /> <p style="text-align:justify">Lorsque le gouvernement belge décrète la mobilisation générale en 1939, des scouts se trouvent disponibles pour de multiples services qui s’improvisent: on en voit à servir dans des cantines dans les gares, creuser des tranchées censées servir d’abri pour la population, etc. <br /> Cela se présente bien, ce sont les grandes vacances. Mais quand les classes reprennent, en septembre, les garçons rejoignent leurs écoles. La vie des unités scoutes continue malgré le vide laissé par les animateurs mobilisés.<br /> Le 10 mai 1940: invasion de notre territoire, les choses ont brutalement changé. Les activités de week-end projetées pour la Pentecôte se transforment en un tragique exode, celui des familles fuyant l’invasion et celui provoqué par le gouvernement belge qui dirige vers le midi de la France tous les hommes de 16 à 35 ans Durant cet exode, les chefs scouts repliés dans le sud de la France, procédèrent à Toulouse à l’encadrement de 25 000 belges de 16 à 19 ans, éparpillés et désœuvrés dans les compagnies de jeunesse des C.R.A.B. (Centre de Recrutement de l’Armée Belge).</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/scoutfreebelgians_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Les quinze victimes du mitraillage d’Escaudœuvres (Cambrai) reposent depuis mai 1940 dans le cimetière local.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mission salvatrice qui détourna les jeunes de l’oisiveté, de l’indiscipline et de l’ennui. Mais les moyens de transport font défaut. Le scoutisme prend les devants et organise pour tous les membres concernés un convoi qui aboutit dans les environs de Montpellier, où des sortes de camps routiers s’établissent et vont durer trois mois. Tous les membres du scoutisme ne rejoignent pas l’organisation fédérale, beaucoup sont dispersés dans d’autres camps, organisés par les pouvoirs publics.<br /> Un grave manque de cadres sévit; leur expérience d’actions en groupes organisés permet aux scouts présents d’aider à répondre à ce besoin. L’esprit scout se perpétue et nombre de chefs et routiers tombent au champ d’honneur pendant cette "Campagne des 18 jours" (du 10 au 28 mai 1940).<br /> En Belgique, durant l’été 1940, la situation est pour le moins confuse car on ne voit pas ce qui est permis ou défendu.<br /> De retour au pays, les scouts vont intégrer les organismes de résistance, encadrent de nombreux camps d’enfants retardés mentalement et d’enfants de prisonniers (Camps A.E.P.: (Aide aux Enfants de Prisonniers). Ils rendent aussi de multiples services: aide aux sinistrés, déblaiement, sauvetage des blessés lors des attaques aériennes etc. Mais l’ennemi guettait ces représentants d’un idéal opposé à leurs vues, les exhortant d’abord à collaborer, puis devant leur refus, ce furent les nombreuses brimades, les arrestations et les condamnations. De nombreux chefs routiers s’évadent et rejoignent l’Angleterre pour combattre avec les armées alliées.<br /> Durant l’occupation, les dirigeants scouts se refusent donc à aligner leur mouvement sur les Jeunesses Hitlériennes. Malgré les tracasseries, les interdictions, le scoutisme parvient à se maintenir, en veilleuse, mais en totale autonomie.</p><br /> <br /> <strong>UNE RÉORGANISATION NÉCESSAIRE</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans les pires conditions, le mouvement scout démontre sa très grande capacité d’organisation, son utilité sociale et son ambition civique. À cette époque troublée, aux distractions rares, de nombreux jeunes cherchent dans le scoutisme un dérivatif à la grisaille ambiante.<br /> Une des caractéristiques du mouvement scout au cours de la Seconde Guerre mondiale est de voir ses effectifs croître de manière exponentielle durant toute la durée des hostilités, grâce à une politique de recrutement menée notamment pour contrer l’émergence des mouvements de jeunesse d’ordre nouveau inspirés du scoutisme. Durant la guerre, ses effectifs gonflent de 9.239 en 1939 à près de 20.000 en 1945. 120 unités scoutes sont créées en 1943.<br /> Cette croissance induit cependant la nécessité de trouver des chefs en nombre suffisant pour assurer l’encadrement des nouveaux groupes.</p><br /> <br /> <strong>LES DIFFICULTÉS DE L’OCCUPATION</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le programme des activités doit être aussi soumis à l’approbation de la Kommandantur. Depuis juin 1940, l’occupant interdit, en effet, toute publication non soumise à la censure.<br /> Entre les mois de mai 1940 et mars 1941, la Fédération des Scouts Catholiques (FSC), à Bruxelles, connaît une période difficile, qui voit, entre autres, ses locaux de la rue de Dublin mis sous scellés par la Gestapo. Il n’y a pas qu’à la rue de Dublin que des difficultés surgissent. Dans les districts ou des unités, des membres se font arrêter, à cause de leur activité dans la résistance, ou même pour des motifs beaucoup moins graves. Cela déclenche des perquisitions dans les locaux. Ailleurs, des mesures générales sont prises. À Liège, le scoutisme est tout simplement interdit et il doit se camoufler sous la forme d’œuvres paroissiales et envoyer à l’assureur des listes ne mentionnant rien qui fasse penser au scoutisme. Les conditions difficiles que vit le pays sont un stimulant pour l’esprit de dévouement à la communauté. Le scoutisme peut répondre là à un besoin d’encadrement des jeunes: colonies de vacances, camps d’enfants de prisonniers, etc. <br /> Dans ces organismes, dont les fondateurs proviennent des cadres de la FSC, l’utilisation des méthodes scoutes est une réussite dans les collèges et internats où des enfants de prisonniers sont accueillis.</p><br /> <br /> <strong>LA RÉSISTANCE</strong><br /> <p style="text-align:justify">À épingler, cet épisode des 80 enfants juifs arrivés clandestinement au Château du Faing, de Jamoigne (Florenville) en 1943 et qui ont été intégrés à des activités scoutes et scolaires. Dès 1942, le C.D.J.(Comité Des Juifs) avait déjà érigé une véritable administration clandestine, protégeant le mieux qu’elle pouvait une population juive équivalente à celle d’une petite ville, population dispersée aux quatre coins de la Belgique et pourchassée sans relâche par les limiers SS. <br /> Mais une de ses principales missions était d’assurer le sauvetage des enfants juifs de Belgique. C’est alors qu’une section "Enfance" fut mise sur pieds et l’on peut dire, d’après les statistiques publiées après la guerre, que près de 60 % de ces enfants ont échappé à la "Solution finale" et ceux de Jamoigne sont de ceux-là.<br /> C’est ainsi que va se mettre en place toute une filière qui parviendra à placer dans des institutions diverses (couvents, pensionnats, cliniques, homes, orphelinats, sans compter quelque 700 logeurs) plus de 2.500 enfants et adolescents, Dans ce service clandestin, quelques personnes sont à l’œuvre et travaillent au moyen de fichiers codés. Dés la fin 1942, 425 enfants sont déjà placés mais la police SS est vite au courant de cette filière et les premiers enfants juifs sont arrêtés au couvent Saint-Sauveur d’Anderlecht.<br /> C’est sans doute alors que l’Œuvre Nationale de l’Enfance (ONE) sous le patronage de la Reine Élisabeth, songe au home du Faing à Jamoigne. C’est alors qu’au début 1943 que le service social de l’ONE fait amener par train les enfants juifs à Jamoigne. Quelques enfants, dont 3 frères, en partance pour les sinistres camps allemands, sont arrachés la nuit précédant leur départ à la caserne Dossin de Malines et via le home de Wezembeek-Oppem, seront acheminés vers Jamoigne.<br /> Tous ces enfants sont confiés au home Reine Élisabeth de Jamoigne à un personnel (moniteurs et monitrices) et à des enseignants parfaitement au courant de la situation qui intégreront tous ces nouveaux arrivants scolaires, sous des noms d’emprunt, avec la complicité de l’inspection cantonale, du bourgmestre et des deux médecins locaux. Jamoigne, sera visité par les allemands, un matin de juillet 1943. Les nombreux enfants échappèrent, miraculeusement, probablement au fait qu’un des moniteurs, perdant son sang-froid, se réfugia sous les combles où il fut découvert après une chasse à l’homme qui distraya certainement les allemands de leur première intention. Les murs du château du Faing furent un havre de paix durant ces nombreux mois d’une clandestinité parfaite grâce au mutisme du personnel.<br /> Au camp fédéral de formation de La Fresnaye (Dworp), des sessions de formation vont toutefois pouvoir reprendre. Elles se poursuivent durant toute l’occupation, sous les tentes ou dans les divers cantonnements suivant les mesures prises par l’occupant.<br /> En avril 1942, les autorités allemandes décréteront l’interdiction de camper sous tente, si bien que les responsables du camp-école de La Fresnaye, au mois de septembre 1942, inviteront tous les participants à construire leur hutte à l’aide de branchages.</p><br /> <br /> <strong>LE SCOUTISME BELGE EST OBLIGÉ DE SE CACHER</strong><br /> <p style="text-align:justify">L'interdiction du port de l’uniforme par les allemands date de mars 1943. Les scouts se contenteront surtout de délaisser le chapeau traditionnel, les badges et les insignes mais ils poursuivront leurs activités. Cela n’empêche pas des scouts de se rendre, munis d’un paquet approprié, à leur local en ce jour particulier, par exemple, où doivent se faire les promesses. Qu’à cela ne tienne, la troupe royale (créée tout spécialement pour le jeune Prince Baudouin, selon le souhait express de son père le Roi Léopold III, cette troupe passa aussi outre de l’interdiction et continua ses activités à l’abri des regards indiscrets, dans les domaines royaux. Chacun venait avec son uniforme sous le bras et une fois pénétré dans l’enceinte, chacun revêtait ses habits scouts. Malgré tous ces subterfuges, la troupe royale (3e Laeken) devra cesser ses activités en 1944. Le Prince Baudouin (Élan Loyal) fera sa promesse scoute le 5 avril 1942. Le même jour, il reçoit le sacrement de confirmation du Cardinal Van Roey, Primat de Belgique.<br /> À partir de mars 1943, il y a des activités en plein air qui sont cependant très peu indiquées, comme le morse à la lumière ou un hike dans les régions où des maquis sont particulièrement nombreux et actifs. Pour les clans routiers, les choses sont moins simples; des gars ont l’âge requis pour le travail obligatoire en Allemagne et se trouvent dans la nécessité de se camoufler.<br /> Des animateurs, des routiers, tout un groupe venant d’un clan parfois ou d’une unité, engagés dans la résistance sont pris, emprisonnés, déportés. Des centaines de scouts, à titre individuel ou en groupe, entrent dans la résistance pour prendre part activement à ses activités, notamment aux actes de sabotage et aux liaisons. Certains paient de leur vie leur activité patriotique</p>.<br /> <br /> <strong>LE CAMP DE FORMATION DE LA FRESNAYE</strong> situé à Tourneppe (Dworp) en Brabant Flamand.<br /> <p style="text-align:justify">En 1943, la fréquentation sera tellement importante au camp de formation de La Fresnaye, qu’il faudra prévenir à l’avance pour être sûr de trouver de la place. Au cours de l’année 1943, 89 messes sont célébrées au camp, une preuve du succès rencontré par le site. Au cours de cette même année 1942, Jacques Brel, dit Phoque hilarant est ainsi de passage à ce camp de La Fresnaye avec sa patrouille pour poursuivre les travaux d’aménagement de la cabane que son unité (la 41e Albert 1er à Schaerbeek) a construit sur place. Autre figure bien connue ayant participé à un camp-école louveteau du 7 au 13 septembre 1942 : le Père Pire, futur Prix Nobel de la Paix en 1958. Au cours du conflit, il est simultanément aumônier dans l’Armée Secrète et agent des services de renseignements et d’action. (S.R.A.)</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/scoutfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Durant l‘occupation, le camp de La Fresnaye accueille plusieurs scouts ou des routiers en difficulté par rapport à l’occupant ou réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne. Le Front de l’Indépendance, un mouvement de résistance fondé en mars 1941, aurait également utilisé les deux camps scouts BSB (Boy Scouts de Belgique) et FSC comme zone d’entraînement pour ses milices patriotiques, à la fin de la guerre. Le camp de La Fresnaye ne connaîtra que deux descentes accidentelles de la Gestapo, la première à l’occasion d’un réfractaire caché dans les environs du camp, la seconde à la suite d’une perquisition au camp voisin des scouts pluralistes, où les Allemands auront vent de l’existence d’un dépôt d’armes. Cette dernière conduira à l’arrestation de quelques routiers présents au camp, le 12 août 1944.<br /> Durant l’Offensive Von Rundstedt, (Bataille des Ardennes) les scouts et les cheftaines ont assuré, en accord avec les autorités américaines, un service d’aide matérielle aux réfugiés et à la population.</p><br /> <br /> <strong>LA FIN DE LA GUERRE</strong><br /> <p style="text-align:justify">À la libération, en septembre 1944, le pays est libéré. Mais c’est la pluie des "Robots" sur Anvers et Liège. Sous l’amoncellement des ruines, les scouts recherchent les blessés et les morts. On a vu, le 3 septembre 1944, des scouts en uniforme réglant la circulation au carrefour Montgomery, à Bruxelles. Des clans, contactés d’avance, ont monté la garde dans des dépôts militaires abandonnés pour y empêcher le pillage.<br /> Peu à peu, le scoutisme retrouve fièrement ses uniformes et se met au service de la nation libérée. Il n’a jamais sans doute été aussi visible et admiré au sein de la société belge.<br /> Outre quelques services extraordinaires, tels que l’accueil des déportés et des prisonniers de guerre revenus d’Allemagne, l’encadrement de 20 000 réfugiés hollandais évacués en Belgique en 1945, la vie allait reprendre normale et régulière.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques et internet:</strong><br /> L’Avenir du Luxembourg du jeudi 28 mars 2002 et du 14 mai 1988<br /> Le Soir du 2 mai 1986<br /> Le camp scout de La Fresnaye, 50 ans d’histoire, Thierry Scaillet<br /> 100 ans de scoutisme mondial, Philippe Maldague<br /> Notre histoire ou 75 ans de scoutisme, Abbé Georges Morel<br /> Allons, enfants de la Patrie, Jean-Pierre du Ry<br /> <a href="https://www.latoilescoute.net/Le-scoutisme-belge-pendant-la">https://www.latoilescoute.net/Le-scoutisme-belge-pendant-la</a><br /> <br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> <a href="http://www.lafresnaye.be/article_claporte.htm">http://www.lafresnaye.be/article_claporte.htm</a><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/scouts_verviers.php">http://www.maisondusouvenir.be/scouts_verviers.php</a> Mon, 01 May 2017 20:01:20 +0200 Passeurs à Montzen http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-159+passeurs-montzen.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-159+passeurs-montzen.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/montzenfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans le cas de Montzen, on peut parler d’une filière de passeurs. En effet, des personnes collaboraient et s’organisaient pour aider au passage des Français vers la Belgique occupée.</p> <br /> <br /> <strong>Le vicaire Jean Arnolds et son père Jean-Hubert. </strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Jean Arnolds, de son nom complet, Jean-Mathieu-Joseph Arnolds, est né à Baelen le 7 mars 1904. Son père Jean Hubert est né à Welkenraedt le 25 juillet 1877 et était surveillant à la S.N.C.B. Il manifesta le désir de mener une vie de sacrifice au service de Dieu dès l’âge de 10 ans, suite à un pèlerinage à Val-Dieu. En 1940, Jean Arnolds participa à la Campagne des 18 jours et fut fait prisonnier avec bon nombre d’autres soldats. Il resta en captivité jusqu’en juillet 1940. Les habitants des Cantons de l’Est furent renvoyés dans leurs foyers suite à l’ordre du Haut Commandement Allemand Par la suite, Jean Arnolds fut nommé vicaire à Montzen.28 Comment procédaient le vicaire Arnolds et son équipe ? Les évadés lui étaient envoyés par ses « collègues » de La Calamine, les vicaires Nicolas Xhonneux et Peters Hendricks. Ensuite, Jean Arnolds et/ ou son père (âgé alors de 65 ans) amenaient les fugitifs à la ferme des Hissel à Teberg. La Gestapo vint arrêter le vicaire le 22 juin 1943 et son père le 9 septembre 1943. Un jour, lorsque le vicaire revenait du cimetière, un agent provocateur, déguisé en prisonnier, se présenta à lui. De caractère bon et généreux, et sans se méfier, jean envoya ce dernier prendre quelques forces chez sa maman avant de continuer son chemin vers la liberté et vers son pays. Peu après, la Gestapo se présenta à son domicile et lui demanda de la suivre afin de subir un interrogatoire. Ayant rassemblé quelques objets, comme s’il partait en voyage, le sourire aux lèvres, il monta docilement dans la voiture grise qui stationnait devant la maison. Il ne se doutait sûrement pas encore que ce serait le début d’un long calvaire. D’abord envoyé à Aix-La-Chapelle, où il resta plusieurs mois emprisonné, Jean Arnolds fut transféré, le 3 mai 1944 au bagne de Brandenburg près de Berlin. Il est condamné à mort le 27 avril 1944. Tous les recours en grâce ayant été refusés, il fut décapité à la hache le 28 août 1944. Il s’était bien préparé à sa mort depuis une semaine, il écrivit une dernière lettre poignante qui paraît inspirée par le St-Esprit et qui caractérise l’état d’âme de ce disciple sincère du Christ . Son père fut condamné à mort le même jour que lui et exécuté dans une prison allemande, à Francfort-sur-le-Main. <br /> </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/monumentarnoldsfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>Nicolas Xhonneux.</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Vicaire de La Calamine Il naquit le 5 septembre 1907 à Henri-Chapelle, où il passa sa jeunesse. Il entreprit des études à Forges-Baelen. Il célébra sa 1ère messe le 1er juillet 1934 à Liège, et le 8 juillet à Henri-Chapelle. Ce même mois, il devint vicaire à La Calamine. Il fut mobilisé dans l’armée belge en 1939 et déjà le 12 mai de cette même année il fut fait prisonnier, mais libéré le 10 août 1940 avec les autres prisonniers originaires des 10 communes annexées par le Reich. Jusqu’en 1942, aucun prisonnier de guerre ne se présenta à lui. Mais, le curé Göttsches de Sainte-Marie à Aix-la-Chapelle offrait déjà l’asile à des prisonniers dans son presbytère. Alors que le vicaire errait dans la forêt d’Aix-la-Chapelle, en cet hiver très dur de 1942, il savait que des prisonniers de guerre espéraient rencontrer une aide. Le premier à venir l’aborder fut un séminariste d’Albi, du midi de la France, Jean Sauvot. Sachant que l’Abbé Arnolds de Montzen venait en aide à des prisonniers évadés, il emmena ce premier prisonnier auprès de ce dernier. Pour l’hébergement, il fut beaucoup aidé par sa cousine Laura Xhonneux. Le 20 septembre 1942, le vicaire Xhonneux tomba dans un piège tendu par la Gestapo. Un Français, au service des Allemands, se fit passer pour un prisonnier en quête d’un passage vers la liberté… Trompé par l’homme, le vicaire ne lui refusa pas son aide et il fut malheureusement arrêté le 22 septembre 1942. <br /> A Aix-la-Chapelle, il fut condamné à 2 ans de prison et envoyé à Butzbach (en Haute-Hesse, entre Giessen et Francfort). La sentence fut annulée par le tribunal de Leipzig, pour la raison que des ecclésiastiques auraient dû éviter de venir en aide aux prisonniers de guerre. De retour pour la 2ème fois au tribunal d’Aix-la-Chapelle, il fut condamné à 4 ans. Lors de ce jugement, la Gestapo demanda la peine de mort pour le vicaire. Ensuite il fut de nouveau transféré à Butzbach, mais fut libéré très vite par l’avancée américaine le 1er avril 1945. IL est décédé à Eupen le 5 décembre 1980.</p> <br /> <br /> <strong>Le Couvent des Augustines d’Auxerre à Pannesheydt.</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/pannesheydt_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center">Couvent de Pannesheydt, devenu une maison de repos.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Forcées de quitter leur maison-mère d’Auxerre (située à 150km au SE de Paris), suite à la loi Combes qui condamnait les 40 moniales d’Auxerre à l’exil, la communauté de sœurs d’Auxerre arrive à Montzen le 7 mars 1904. Aidées par des hommes de loi chrétiens et par Caritas, les sœurs refusèrent l’hébergement de groupes issus des jeunesses hitlériennes. A leur place, elles accueillirent des enfants abandonnés, orphelins de la guerre, recueillis par les Augustines de Neuss (Allemagne). Ensuite, les sœurs collaborèrent activement avec la Résistance en cachant des évadés alliés échappés des camps nazis. Des prisonniers français se réfugièrent souvent au couvent. <br /> Voici comment ces tours se jouaient : les évadés se faufilaient dans notre jardin-chemin bien déterminé sur des petits papiers enfouis dans des bocaux de confiture, mais combien compromettants ! Nous les conduisions à la cave où nos sœurs allemandes et polonaises rivalisaient pour leur venir en aide, tant pour la toilette, que l’habillement ou la nourriture. Quand ils étaient prêts à partir, Germaine les conduisait parfois dans une prairie où le train venant d’Aix prenait la direction de Visé. Le conducteur du train, quoique allemand, connaissait Germaine et, à son appel : ’’Il y a des lapins dans la prairie’’…ralentissait le convoi et le tour était joué…», a témoigné Sœur Gertrude-Marie. De plus, le couvent était voisin de la sablière possédant une voie raccordée sur le réseau afin d’évacuer le sable. Puis, une lettre écrite dans la maison-même, dénonçant les actes de résistance des sœurs, fut interceptée à la poste par une employée allemande qui leur fit éviter le pire. Prévenue du danger, la Supérieure de la communauté interdisait alors ces hébergements clandestins. C’est alors que Germaine vint chercher les fugitifs afin de les cacher dans sa propre demeure, avec bien sûr l’accord de ses parents. </p><br /> <br /> <strong>Demoulin</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pour arriver jusqu’au Bloo Gaar, (nom de la demeure de la famille Demoulin), les prisonniers traversaient Bambusch, puis dans la Cosenbergerheydt Ils prenaient ensuite le tunnel du chemin de fer pour arriver au Bloo Gaar, où ils étaient recueillis par Germaine. Elle les cachait au 1er étage à l’arrière ou au 2ème étage dans les chambrettes sous le toit. Du 25 novembre 1941, jusqu’au 20 mai 1943, jour de l’arrestation de Gustave Demoulin, ces passeurs accueillirent plus de 40 fugitifs français dans leur maison. La famille Demoulin était très bien renseignée sur l’évolution de la guerre dans les différents pays concernés. Ils recevaient des Allemands chez eux afin de les questionner, et de leur faire croire qu’ils travaillaient avec eux. C’était souvent Germaine qui jouait ce petit jeu. Tous les renseignements qu’ils pouvaient se procurer, ils les communiquaient aux Anglais grâce à leur poste radio clandestin. Ils correspondaient donc souvent avec les alliés. Les évadés étaient aussi envoyés vers l’Hôtel Métropole de Liège (à l’embouchure de la rue des Guillemins et de la place devant la gare). Germaine Demoulin envoya les prisonniers vers l’Hôtel après avoir contacté ses correspondants sur place. Dans son journal, au jour du 17 novembre 1942, (p.227) Germaine recopia les mots du fils d’un autre passeur (habitant à proximité du château Villers), qui disait : Je viens de la part du passeur de Français qui m’a dit de prévenir Melle Demoulin et le couvent que l’Hôtel de Liège ne marchait plus pour les Français et de ne plus les envoyer là <br /> L’Hôtel Métropole put abriter des prisonniers pendant un certain temps mais après ces clandestinités ont été découvertes. <br /> Martin Hissel, Henri Scheen, Jacques Denis et Pierre Conrath venaient chercher des prisonniers et les amenaient plus loin pour passer la frontière. <br /> Vétérinaire de profession, Mr Demoulin fut bourgmestre de 1927 à 1938, et passeur de prisonniers évadés pendant la guerre 1914-18 mais se contenta d’en héberger en 1940-45. En effet, lui n’en conduisait jamais, car il était beaucoup trop âgé. C’était surtout sa fille Germaine qui les guidait, bien sûr avec sa bénédiction. De plus une jeune fille était beaucoup moins repérable et remarquée qu’une personne âgée plus aisément soupçonnée. Ce fut pour avoir hébergé des fugitifs que M. Demoulin fut arrêté par les nazis le 20 mai 1943 Après un court séjour à la prison d’Aix-la-Chapelle, il fut incarcéré au camp d’Oranienburg/Sachsenhausen, mais ce fut au camp de Lublin (en Pologne) qu’il fut exécuté en décembre 1943.<br /> Henri Scheen, passeur aussi, se douta toujours de l’implication de M. Demoulin dans le réseau. En effet, pourquoi le vieil homme fendait-il du bois à chacune des visites de Henri? N’était-ce pas pour permettre à Germaine d’écouter ce poste émetteur allié ?<br /> Elle était élève au Couvent des Augustines à Pannesheydt, ce qui a renforça son amour pour la France car, comme déjà mentionné plus haut, la majorité des sœurs Augustines étaient françaises.<br /> En tant que passeuse, elle se tenait toujours prête à conduire les évadés vers un autre abri ou à un certain train. Suite à la trahison épistolaire, mentionnée plus haut, elle allait donc chercher les évadés au couvent pour les ramener chez elle. Pour les amener au train, Germaine prenait le chemin longeant Pannesheydt et menant au chemin de fer un peu avant Hindel. Les machinistes de Visé savaient que, dans ce coin-là, il fallait rouler lentement car il y avait du « matériel » à prendre. Cela se passait bien évidemment pendant la nuit. Germaine prit le risque de garder tous ces précieux renseignements en écrivant son journal intime du 18 janvier 1941 jusqu’au 15 septembre 1944. <br /> Les évadés étaient pris en charge par Germaine qui les amenait jusque chez elle. De là, Henri allait les chercher et passait avec ceux-ci par le vieux cimetière de Montzen, par les prairies, par la route, et enfin par la ferme Gillisen pour se diriger vers Vogelsang. Les prisonniers donnaient toujours leurs coordonnées complètes à la famille Demoulin. </p><br /> <br /> <strong>Henri Scheen</strong>, <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Habitant Bömken à Montzen, machiniste de trains à vapeur, faisait fréquemment passer des évadés français par « ses » trains. En effet, il permettait aux fugitifs de monter sur les trains à Montzen et il ralentissait à Remersdael afin de leur permettre de sauter. S’il ne passait pas les Français par la ligne ferrée, il les amenait lui-même à pied, et toujours vers 1h du matin. Il longeait le bois de Hees et passait par des petits sentiers qu’il connaissait bien. Mais pas par les haies, mais par des fils de clôture pour éviter de faire du bruit. Passant par la ferme « Te Berg » des Hissel, il descendait « la Gulpen » mais en bas à la route, il y avait toujours des Allemands donc il fallait faire très attention. Il longeait aussi un petit ruisseau (combien de fois n’est-il pas tombé dedans dans le noir), il allait par les prairies au hameau de Vogelsang chez les familles Simons, Taeter ou Putters et de là, allait à Aubel où il les mettait aussi sur un train. <br /> Henri Scheen arrêta l’activité de passeur lorsqu’il eut appris l’arrestation des frères Hissel. Il avait senti l’approche du danger. Henri vécut d’ailleurs ‘’la peur de sa vie’’ le jour où il s’enfuit de son domicile et courut vers chez Hermans Klinkenberg à Eischen, près du château de Graaf à Montzen. Arrivé à destination, il dut se dissimuler dans un champ de pommes de terre car un Allemand passait par là. Le pauvre Henri Scheen dut rester très longtemps tapi dans le champ de tubercules, l’Allemand ne décollait pas… Le fermier, propriétaire du champ, ayant aperçut Henri vint d’ailleurs vers lui et lui recommanda de ne pas bouger à cause de la présence insistante de l’Allemand. Henri Scheen aurait passé environ 25 prisonniers.</p> <br /> <br /> <strong>Jacques Denis</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Il habitait Hees (bois séparant Montzen et Henri-Chapelle). Il emmenait les prisonniers vers la Clouse dans sa camionnette de boucher. En effet, il tenait une boucherie à Aubel. Il se pourrait qu’il ait eu des contacts avec les gens de l’Hôtel Métropole de Liège. Son frère Hubert Denis, employé à la gare de Montzen, fut fusillé à la Citadelle à Liège le 9 novembre 1942 avec 12 autres compagnons, pour faits de résistance et sabotages. En reconnaissance, une rue de Montzen porte d’ailleurs le nom de «Rue Hubert Denis ». </p><br /> <br /> <strong>Famille Hissel</strong> <br /> <p style="text-align:justify"><br /> C’était à la ferme Teberg, entre Montzen et Hombourg, que vivaient 3 célibataires, Maria, une quarantaine d’années, Victor 36 ans et Martin la trentaine, c’étaient les cousins du vicaire Arnolds. Comme beaucoup d’autres, eux aussi vinrent en aide aux demandeurs d’asile. D’une part, ils accordaient spontanément l’asile à la ferme Teberg, à tous ceux qui se disaient être des soldats français. Au départ de Teberg, Martin, vêtu de sa casquette norvégienne protégeant les oreilles, chaussé de ses bottes rouge-brun, les conduisait à travers bois et prairies, tout en restant loin devant les prisonniers, vers le hameau de Vogelsang, où il y a actuellement le cimetière américain. <br /> C’était à partir de là que Martin laissait ses protégés aux bons soins des familles Taeter, Putters et Simons qui les passaient au-delà de la frontière de Merckhof. Germaine affirme qu’au départ de leur ferme, les Hissel auraient secouru ‘’une centaine d’évadés ‘’. (Carnet V, 9 décembre 1942). D’autre part, Martin ainsi que Pierre Conrath ou Henri Scheen étaient fréquemment appelés à l’aide par la famille Demoulin ou par le vicaire Arnolds pour emmener les prisonniers français plus loin. Quand Martin s’en occupait, il allait chercher les évadés chez la famille Demoulin, au vicariat ou au Couvent de Pannesheydt. A partir de ces endroits, ils les menaient vers un train ’’a gen Drienschiif’’, près de la station d’aiguillage et de rotation dans la gare de Montzen. <br /> Dans le journal de Germaine Demoulin, Martin Hissel apparaît 5 fois comme passeur du réseau de la famille Demoulin fin 1941 et début 1943. Selon une rumeur, les frères Hissel auraient été dénoncés par des personnes du voisinage. Suite à cet acte de trahison, ils furent emmenés de force par la Gestapo le 2 avril 1943. D’abord incarcéré à Aix-la-Chapelle, Martin Hissel fut déporté vers une prison, un « Durchgangslager » à Siegburg dans lequel il fut forcé de travailler, jusqu’à la libération par les armées anglaises vers le 10 avril 1945. Son frère, Victor fut déporté à Düsseldorf en 1944 et décéda dans un hôpital de prison lors d’un bombardement le 22 avril 1944. </p><br /> <br /> <strong>Pierre Conrath.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pierre Conrath, pompier à Moresnet, habitait la Place communale à Montzen. Il faisait partie d’une organisation qui s’appelait « défense passive » et qui servait à venir en aide aux personnes en cas de sinistre dû à la guerre. La plupart des membres étaient âgés de 30 à 40 ans et étaient tous volontaires. Cependant, Pierre Conrath était très zélé : il réquisitionna Hubert Hissel, transporteur, pour aller avec son camion déblayer après un bombardement à Aix. Il avait aussi aidé les Allemands, à fixer le drapeau à croix gammée sur la perche à tir, bien qu’il amenait des prisonniers français chez Léon Palm. <br /> Dans son journal à la date du 5 mars 1942, Germaine affirme qu’il aurait passé une centaine de parachutistes anglais. Malgré quelques coup de main rendus aux Allemands, il trahit jamais les Belges et ne porta jamais porté d’insigne ou de brassard allemands contrairement à son fils aîné. <br /> Les passeurs de Montzen ne venaient jamais ou rarement avec les fugitifs jusqu’à Vogelsang. Ils leur montraient le hameau du haut de Hees, et leur disaient qu’il y avait là trois fermes où ils allaient être bien accueillis. Les prisonniers rentraient dans la cour et frappaient à la porte de n’importe quelle ferme. Cependant les trois familles respectives n’étaient pas nécessairement au courant des passages clandestins dans les autres fermes, bien qu’elles pouvaient s’en douter. Tout ceci demeura secret pendant longtemps. Vogelsang présentait un avantage pour les fugitifs, car il s’agissait d’un hameau bien caché grâce aux vergers l’entourant. </p><br /> <br /> <strong>Famille Putters.</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Souvent, c’étaient les enfants (il y en avait 11 chez les Putters) qui guidaient les prisonniers au-delà de la frontière, leur père ne les accompagnait jamais. Que les enfants soient passeurs se justifiait par le peu de méfiance qu’ils éveillaient chez les occupants. De plus, les enfants, tout en jouant ou en se déplaçant innocemment guidaient les prisonniers en toute sécurité. Les trois enfants demeurant encore à Vogelsang aujourd’hui devaient être âgé de 6, 10 et 15 ans pendant de la guerre. La frontière, ils la passaient vers la Clouse, à Tenhelsen, entre les 2 postes-frontières (Simonis et Cosberg, puis ils prenaient la direction de Froidthier. Ils cachaient les prisonniers dans le fenil pour garantir un minimum de sécurité pour la famille. Eux aussi subirent des contrôles effectués par des Allemands parlant le français, déguisés en prisonniers français. Mais le père Putters ayant tout de suite senti la ruse, leur avait dit qu’il ne s’occupait pas de ça…Dans le cas contraire, le père aurait été mis au secret dans un camp de concentration comme les autres passeurs trahis. (Une seule fois pendant la guerre, le père a passé la frontière pour aller rendre visite à ses sœurs qui habitaient la Belgique occupée. Et cette fois-là, un douanier l’a poursuivi et il a été ramassé.) </p><br /> <br /> <strong>Famille Simons.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ici à nouveau, c’étaient les enfants qui conduisaient les prisonniers au-delà de la frontière, à 200-300m de distance. C’était en général Jean, âgé de 19-20 ans à l’époque, le seul garçon des 6 enfants, accompagné d’une de ses deux sœurs aînées, Maria ou Anna<br /> Ils firent passer plus de 80 prisonniers. Jean avait même une liste de tous les prisonniers passés par là, qu’il avait cachés dans le plancher du grenier. Il ne la retrouva jamais même après maintes recherches. Quand les prisonniers passaient la nuit à la ferme Simons, c’était souvent au fenil et ils recevaient des tartines. Jean et sa sœur amenaient les prisonniers à Aubel chez Vandendael, qui était boulanger. Suite à un passage trop imprudent, Vandendael fut arrêté par la Gestapo. Il dénonça Anna. Mais la Gestapo vint chercher l’aînée, Maria, à la place. Maria put parler avec sa petite sœur quand celle-ci était allée s’habiller pour partir pour l’interrogatoire, avec les Allemands. Elle lui dit, en quelques mots ce qui se passait. Après deux heures d’interrogatoire, Anna revint et la Gestapo n’avait rien pu leur faire dire.<br /> Famille Taeter <br /> Alors que toute la famille était belge, le père, Mr Taeter était allemand. Cette famille nombreuse cachait aussi des prisonniers dans le fenil ou parmi les vaches, comme la plupart des fermiers. Chez les Taeter, les évadés étaient ravitaillés comme des princes : déjeuner sur plateau, cigarettes, … Souvent, c’était le fils ainé, Henri, qui les conduisait, se tenant toujours à grande distance. Le transfert des fugitifs avait lieu vers 6 heures du matin. Il leur fallait effectivement traverser routes, haies et ruisseaux : la route était longue et tortueuse. Quand ils arrivaient à hauteur d’une certaine écurie, Henri passait le relais à une petite fille de 7 ans qui conduisait les prisonniers à Froidhier pour prendre le train de la ligne Aubel-Liège qui ne passait que 2 fois par semaine.</p><br /> <br /> <strong>Sources :</strong><br /> <a href="http://mediatheque.territoires-memoire.be/doc_num.php?explnum_id=1244">http://mediatheque.territoires-memoire.be/doc_num.php?explnum_id=1244</a><br /> G. MASSENAUX, Le vicaire Jean Arnolds, un Baelenois, prêtre-martyr ; Holocauste du Nazisme, Eupen, avril 1980, p.4-6. C.WILLEMS, Les larmes de la liberté, sans édition, s.d., p.207. <br /> SAUVOT J., L’évasion en direct par ceux qui l’ont vécue, Editions France empire, 1982, p.252-256.<br /> Le Journal de Germaine Demoulin 1941-1945, Hélios, 2006, p. 227 et 234. <br /> <a href="http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/opac.search?lan=F&amp;seop=3&amp;sele=3&amp;sepa=1&amp;doty=&amp;sest=wynants&amp;chna=&amp;senu=132962&amp;rqdb=1&amp;dbnu=1">http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/opac.search?lan=F&amp;seop=3&amp;sele=3&amp;sepa=1&amp;doty=&amp;sest=wynants&amp;chna=&amp;senu=132962&amp;rqdb=1&amp;dbnu=1</a> Sun, 02 Apr 2017 12:37:33 +0200 Les moutons noirs de Piron http://www.freebelgians.be/articles/articles-6-158+les-moutons-noirs-de-piron.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-6-158+les-moutons-noirs-de-piron.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/piron_wenkin.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Hugues Wenkin collabore avec les plus grands acteurs de la presse historique française depuis 2006 dont les magazines Batailles et Blindés, Ligne de front, Trucks and Tanks, Los, Véhicules militaires magazine, 35/45 magazine et Guerres et Histoire. Auteur de nombreuses monographies et d'études historiques sur la guerre mécanisée, ses ouvrages sont toujours basés sur des recherches approfondies en archives. Il se fait un point d'honneur à confronter systématiquement ses analyses tactiques avec un retour sur les lieux des combats. Son approche factuelle à contre-courant permet d'appréhender les problématiques abordées sous un jour nouveau. Ses révélations sur les véritables raisons de la chute du fort d'Ében-Émael l'ont récemment mis sur le devant de la scène médiatique.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>En voici la quatrième de couverture:</strong></p><br /> <br /> <em>Nos enfants savent à peine qu'ils ont existé et mesurent encore moins ce que nous devons aux hommes de la brigade Piron. Pourtant, ils ont donné la plus belle période de leur vie pour notre liberté. Leur histoire est belle, et même romanesque par certains côtés. Elle parle de champ d'honneur, de pugnacité, de victoires arrachées par le courage et la volonté. C'est celle qu'ils nous ont léguée dans leurs mémoires. Les archives belges et anglaises révèlent un autre pan de cette aventure. En 1940, ils ont dû désobéir aux ordres de se rendre et imposer leur existence au gouvernement Pierlot. Certains se sont mutinés pour pouvoir se battre contre l'occupant. Résistants et indignés de la première heure, ils ont fait flotter un drapeau belge victorieux de la Normandie au cœur du Reich en passant par la libération de Bruxelles et deux rudes campagnes en Hollande. <br /> La paix revenue, les héros se sont vus reprocher leurs galons gagnés sur les champs de bataille par une hiérarchie rentrant des camps de prisonniers où elle s'était docilement laissé enfermer. Moutons noirs pour avoir été une minorité pugnace dans une majorité soumise au vainqueur, les soidats de Piron n'ont pas été reconnus à la hauteur de leurs mérites. Hugues Wenkin revient sur l'histoire de ces hommes hors du commun au terme d'une enquête qu'il a menée sur leurs traces de Gibraltar à Londres et de Caen à Arnhem.</em><br /> <br /> L'ouvrage est disponible aux Editions Weyrich:<br /> <a href="https://www.weyrich-edition.be/moutons-noirs-de-piron-wenkni#.WMHIV9LhCpp">https://www.weyrich-edition.be/moutons-noirs-de-piron-wenkni#.WMHIV9LhCpp</a> Thu, 09 Mar 2017 22:27:06 +0100 Une résistante courageuse 1940-1945 : Maria Lennertz http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-157+une-r-sistante-courageuse-1940-1945-maria-lennertz.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-157+une-r-sistante-courageuse-1940-1945-maria-lennertz.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/maria_lennertz_001.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La guerre traditionnelle en 1914 avait connu deux aspects de ce que l’on n’appelait pas encore vraiment ‘’résistance’’ à savoir le renseignement et la presse clandestine.<br /> En 1940, le premier va se poursuivre sans faille, comme s’il n’avait pas été interrompu et la deuxième va reprendre à nouveau quinze jours après la capitulation.<br /> Durant la guerre 40-45, la résistance à l’occupant va prendre deux formes principales et comprendre des ‘’mouvements’’ et des ‘’réseaux’’. Pour ces derniers, il y aura des réseaux spécialisés dans les renseignements et d’autres dans les évasions.<br /> Maria (Marie) Lennertz naquit à Welkenraedt le 31 décembre 1919, un peu plus d’un an après l’Armistice du 11 novembre 1918. Durant ses vingt premières années, elle vécut au sein d’une Belgique qui s’efforçait de panser ses plaies ouvertes par les quatre années d’occupation de l’armée sanguinaire du Kaiser Guillaume II. Mais les années passant, des bruits de bottes se firent entendre de plus en plus du côté de l’Est de nos frontières. Un certain Hitler, nommé chancelier de l’Allemagne en 1933 puis ‘’Führer’’en 1934, envisagea une politique expansionniste qui fut à l’origine de la Seconde Guerre mondiale.<br /> Et c’est ainsi qu’au matin du 10 mai 1940, la Belgique se voyait à nouveau violée par l’arrivée des troupes allemandes.<br /> La jeune Maria Lennertz ressentit alors un immense besoin de combattre ces envahisseurs tant détestés et, dès le mois de juillet de la même année, elle rejoignait un groupe de Belges décidés à combattre les nazis par tous les moyens possibles.<br /> Elle fut ainsi chargée de dactylographier des tracts, de distribuer des journaux clandestins, notamment ‘’La Libre Belgique’’. Tous ces écrits rendaient courage à la population et nuisaient à l’occupant.<br /> Elle s’occupait également des prisonniers évadés afin de les faire passer en zone libre en France pour que ceux-ci puissent rejoindre la Grande Bretagne.<br /> Malheureusement, le 9 janvier 1943, dénoncée par des traîtres, elle fut arrêtée par la Gestapo. Interrogée, torturée par des SS, elle résista stoïquement aux interrogatoires sans jamais rien révéler. Ne trouvant pas de preuves, elle fut remise en liberté le 2 février suivant.<br /> Durant une courte période, Marie Lennertz resta inactive, le temps de se faire un peu oublier sans doute ! Ensuite, n’y tenant plus, elle reprit comme précédemment ses activités clandestines dans la région bruxelloise et entra dans l’organisation qui s’appelait ‘’FRONT DE L’INDEPENDANCE’’. <br /> Ce mouvement de résistance avait pour but de réunir les Belges résistants de toutes opinions et tendances. Il mit en place des opérations de sabotage, des chaînes d’évasion, un service de faux documents et diffusa 250 publications clandestines différentes.<br /> Le 10 février 1944, Maria Lennertz est à nouveau arrêtée par la GESTAPO de l’Avenue Louise. <br /> S’en suit des interrogatoires brutaux, des menaces de mort, mais elle résiste une fois de plus aux brutalités et ne dit rien. Trois mois plus tard, en juin 1944, elle est transférée au sinistre camp de RAVENSBRUCK, le seul grand camp de concentration réservé aux femmes et porte le numéro matricule 42764.<br /> Grâce à la sollicitude du comte Folke Bernadotte, alors président de la Croix-Rouge internationale, elle sera libérée le 5 mai 1945 et envoyée, très malade, en Suède. Elle y restera pratiquement deux mois durant lesquels elle recevra des traitements appropriés. Elle rentrera en Belgique le 30 juin 1945 mais gardera des séquelles suite aux traitements subis au cours de son incarcération</p><br /> Sources Internet :<br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/resistance_maria_lennertz.php">http://www.maisondusouvenir.be/resistance_maria_lennertz.php</a> Thu, 02 Mar 2017 15:50:19 +0100 Honoré ARNOULD d’Ochamps. http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php <p style="text-align:justify">Un jour, j’ai reçu une convocation pour faire mon service militaire à partir du 16 octobre 1940. J’aurais dû accomplir douze mois de service militaire actif. <br /> Un peu plus tard, des jeunes de Ochamps et moi, qui étions nés en 1920, avons reçu un papier pour aller à l’incorporation. Moi j’étais dorénavant appelé pour le <br /> 15 mai 1940. Mais la guerre s’est déclenchée, je n’étais même pas encore soldat et tous les jeunes de tel âge à tel âge, devaient partir parce que <br /> les Allemands arrivaient. Pour ne pas être considérés comme déserteurs, nous sommes allés là-bas. Nous sommes partis le 10, comme nous pouvions. <br /> Je me rappelle que nous étions en camion avec un type de Ochamps et qu’il nous a conduit jusqu’à Namur. Nous avons vu tout Namur bombardé. Lorsque nous étions passés à Jemelle, c’était déjà comme cela. Enfin, nous sommes arrivés à Trazegnies à la caserne des Chasseurs Ardennais (??) par le train. De là, nous avons été envoyés à Sint-Gillis-Waas, près de Saint Nicolas en Flandre. <br /> C’était le regroupement, ils nous ont habillés et puis ils nous ont envoyés dans le Midi de la France, à Pont-Saint-Esprit, pour faire notre instruction. <br /> Nous avions été embarqués dans des wagons à bestiaux.<br /> <br /> J’avais noté sur un petit papier les villes que nous avions traversées. Nous étions partis le <strong>mercredi 15 mai</strong> de Sint-Gillis-Waas, direction Gentbrugge, <br /> Torhout, Lichtervelde, Gits, Beveren, Roeselare, Courtrai, Merken. <br /> <strong>Le jeudi 16</strong>, nous sommes en France. Nous passons par Roubaix, Croix-Wasquehal, Lille, Lomme, Lambersart, Lompret, Renescure, St Omer, Audruicq, <br /> Nortkerque. <br /> <strong>Vendredi 17</strong>, Boulogne-sur-Mer, Hesdigneul, Neufchâtel, Dannes, Camiers, Etaples, Port-le-Grand, Laviers, Feuquières, Fressenneville. <br /> <strong>Samedi 18</strong>, Aumale, Gourchelle, Abancourt, Formerie, Gaillefontaine, Serqueux, Mathonville, <br /> Montérolier, Cléres, Montville, Maromme, Rouen. <br /> <strong>Dimanche 19</strong>, Lisieux, St Pierre-sur-Dives, Couliboeuf, Montabard, Champfleur, Le Mans. <br /> <strong>Lundi 20</strong>, Thouars, Niort, Fontaines-d’Ozillac. Mardi 21, Lamagistère, Montauban, Toulouse, Carcassonne, <br /> Béziers et puis direction Pont-Saint-Esprit.<br /> <br /> Nous avions été mobilisés, nous qui n’avions pas fait notre service militaire avant la guerre. Après le 28 mai (le roi Léopold III capitula sans condition <br /> et refusa de suivre en exil le gouvernement belge), nous n’osions plus guère sortir. Mais, trois semaines plus tard, c’était eux qui capitulaient <br /> (le 17 juin, le maréchal Pétain présentait aux Allemands une demande d’armistice. L’armistice fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, <br /> dans le wagon de l’armistice de 1918) <br /> <br /> Alors, dans le Midi, qu’est-ce qu’il fallait faire, on était abandonné. L’armée nous nourrissait à moitié, il fallait tirer son plan, <br /> nous avions reçu un congé illimité de l’armée. <strong>« Tirez votre plan, faites ce que vous voulez »</strong>. <br /> A partir de Pont-Saint-Esprit, avec ceux d’Ochamps. On était bien ensemble. <br /> On a même pris des photos devant le monument aux morts de Pont-Saint-Esprit.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/harnould_1bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous décidons de remonter la France et le 6, nous allons à pied de Pont-Saint-Esprit jusqu’à Bourg-Saint-Andéol. <br /> Le 7, nous avons pris l’autocar pour Montélimar où nous avons dormi. Le lendemain, autocar pour Valence et puis Lyon. <br /> Je me souviens que lorsque le car était plein, on allait sur le toit, sur le porte-bagages. Il fallait faire attention aux branches des arbres. <br /> A Lyon, le tram nous a emmenés à Fort Sainte Foy où nous avons logé deux nuits. Comme on avait un peu de temps libre, on a visité un jardin zoologique, <br /> manière de se distraire un peu.<br /> On nous avait dit, après la capitulation de la France, que c’était préférable de remonter en habit militaire. <br /> On a repassé la ligne de démarcation facilement, avec le papier fait à Lyon le 18 août par les Allemands. <br /> On croyait remonter chez nous en sécurité, nous n’étions pas considérés comme des déserteurs. <br /> Nous sommes passés par Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Dijon, Langres, Chaumont, St Dizier, Châlons-sur-Marne, Reims, Laon et St Augustin. <br /> A Paris, nous avons été réunis au Palais des sports. C’était un camp de réfugiés où l’on était plus ou moins bien nourri. <br /> La journée, on sortait. On est allé dire bonjour à des tantes de Gilbert Picard qui habitaient Paris. On se promenait. <br /> On est resté 8 ou 15 jours à Paris. On était avec des civils et des flamands naturellement. Nous avons été séparés des flamands, eux sont rentrés. <br /> Ils ont été rapatriés plus vite que nous. Un beau jour, les civils ont aussi été rapatriés. Il ne restait plus que nous, <br /> les militaires wallons et, un beau jour, les Allemands sont arrivés avec des sentinelles à l’entrée du Palais des sports <br /> et cela a fait que nous étions prisonniers.<br /> <br /> On a été à Drancy (Paris) pendant 4 semaines. C’était un ancien camp. Ils n’étaient pas encore bien organisés. <br /> Et puis, nous avons été expédiés à Sarrebruck dans une caserne française, occupée par les Allemands et puis à Metz, dans un fort. <br /> Et un beau jour, nous avons été expédiés en Allemagne. Ce qui est bête, c’est que nous avions nos vêtements civils dans nos valises. <br /> Mais à l’armée, il n’y avait plus d’organisation. Qu’allait-on devenir, on n’en savait rien. <br /> Des militaires d’Ochamps, des plus anciens, sont revenus et n’ont pas été faits prisonniers. <br /> C’était un peu la chance, qu’est-ce qu’il fallait faire pour bien faire. François, lui, est remonté en civil et a pu rentrer à la maison. <br /> <br /> En Allemagne, on a commencé dans une fabrique de moellons. C’était un travail tout à la main, <br /> les moellons étaient faits avec du « bims », un gravier léger qui venait des rives du Rhin. <br /> Là, c’était la discipline ! Le matin on t’ouvrait la porte, tu allais travailler jusqu’au soir et il fallait rentrer pour 6 heures, <br /> à la fermeture des portes. Il n’y avait guère de liberté. Un beau jour, ils sont arrivés à la fabrique, on était 30 ou 40. <br /> Ils ont demandé des volontaires pour aller travailler dans des fermes. On s’est dit que cela ne devait pas être pire.<br /> Je suis tombé dans une bonne famille. C’était une région assez calme avec des petits villages. <br /> Moi, je faisais partie du commando de Hausen, n° 1222 A. Nous étions de 25 à 30 prisonniers. Le soir, on devait rejoindre son commando pour dormir. <br /> On logeait dans une salle de théâtre. La sentinelle qui nous surveillait, logeait dans une espèce de pigeonnier au-dessus de nous. <br /> C’est une petite pièce que l’on voit dans les salles de théâtre.<br /> Certains se sont enfuis et nous après, nous avons dû attacher nos chaussures et notre pantalon sur une barre, que la sentinelle faisait monter en tirant sur une ficelle attachée à une poulie. Le matin, elle redescendait nos affaires. <br /> C’était une personne assez jeune qui avait déjà été au front et qui était revenue un peu handicapé. Il avait été recasé là. <br /> Lorsque je revois le film « La vache et le prisonnier » avec Fernandel, je revois des choses qui se sont passées comme pour nous. <br /> Au début, on se posait la question : « Quand est-ce que nous rentrerons chez nous ? » <br /> On pensait rester quelques mois, l’année suivante, on s’est dit que ce serait l’année d’après et pour finir, cela a duré 4 ans <br /> en plus du temps passé à la fabrique. Nous autres, comme prisonniers, nous n’avions besoin de rien. On avait même un petit salaire. Il y en avait même qui renvoyaient de l’argent chez eux. On était considéré comme des travailleurs obligatoires.<br /> Il y avait un petit tracteur d’une vingtaine de chevaux.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/harnould_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’exploitation était moyenne, ils avaient eu la fantaisie d’acheter un petit tracteur malgré le fait qu’il y avait encore des chevaux. Et alors, du mazout, tu en avais au compte-gouttes. Là-bas, c’étaient toutes petites fermes, ils attelaient même les vaches et les bœufs. Le travail était principalement manuel. Surtout au début, le râteau, la fourche, il n’y avait pas de machine, cela ne valait pas la peine d’acheter des machines. Là où j’étais, il y avait quand même une moissonneuse-lieuse, c’était déjà un peu perfectionné. Il y avait des maisons où il y avait trois ou quatre vaches, alors, ils attelaient les vaches. Certains avaient des prisonniers pour les aider, ceux qui en avaient besoin. Les trois quarts des maris étaient partis à la guerre. La commune organisait cela. Ceux qui avaient besoin était aidés par des prisonniers parce qu’en Allemagne, il fallait que cela rentre aussi, que les fermes produisent. Tous les prisonniers se déplaçaient à pieds. Le travail était celui de la ferme. En hiver, lorsqu’il y avait beaucoup de neige, on allait aux bouleaux pour faire des balais, pour en avoir en été.<br /> <br /> Dans les fermes, on était bien nourri, on côtoyait des gens, c’était plus agréable. Quitte à être prisonniers, que ce soit le plus agréablement possible. Pour écrire à la famille, nous avions reçu des lettres imprimées exprès. On avait une lettre par mois. Ils faisaient aussi des cartes postales pour envoyer à la famille, mais pour nous, c’était surtout des souvenirs : Noël en Allemagne, prisonniers On parlaient un peu l’allemand des villages, il fallait bien. Il y en avait qui étaient un peu réticent au départ, mais à la longue, il a bien fallu. Ça a duré tellement longtemps. Je comprends mieux ceux que j’ai côtoyés en Allemagne. Ils ont l’habitude de parler pour que je puisse comprendre. On a rencontrés des jeunes filles allemandes, mais on ne pouvait pas leur parler. C’était interdit. Mais dans les petits villages… On était au courant de l’évolution de la guerre par les civils. Il y en avait qui ne pouvaient mal de raconter. Ils devaient être méfiants par rapport aux vrais Allemands, aux vrais Nazis. Mais pour nous, comme nous étions dans les fermes, nous n'étions pas à plaindre. Naturellement, on devait faire leur boulot, on était leur domestique. Nous n'avions qu’une chose à faire, c’était de faire ce qu’ils nous demandaient de faire. Nous n'étions pas commandés grossièrement. Il y en avait qui étaient dans des fermes à tendance hitlérienne, ils étaient considérés comme des riens du tout. <br /> <br /> On a été libéré lorsque les Américains sont arrivés. Nous autres, nous étions près du fameux pont de Remagen. On était à 10 kilomètres de là. Ils ont mis du temps pour le prendre, ça a chauffé. On était dans des abris que l’on avait faits un peu plus loin que le petit village. C’était un hameau, il y avait 6 maisons. Les Américains nous ont libérés et nous ont conduits à l’arrière. Au début, ils nous prenaient pour des Allemands, ils n’étaient pas certains que nous étions prisonniers. J’ai fait des kilomètres comme cela, les mains sur la tête. Je me suis dit, si c’est cela les Américains. Et puis, derrière le front, nous avons contacté des officiers américains et ils ont quand même compris, nous leur avons fait comprendre que nous étions des prisonniers et non pas des Allemands déguisés. Mais au départ, on a eu affaire à des « gaillards », l’armée américaine était constituée de toutes sortes de gens, surtout ceux qui se trouvent en première ligne. C’est pareil dans toutes les armées, ils envoient se faire tuer les minorités, les noirs, … Le fils de mon patron, Hermann, qui était dans la cavalerie, a été prisonnier en Normandie. Il est resté en Amérique jusqu’en 48. Dans toutes les maisons, les jeunes étaient partis. Chez la sœur de la dame où l’on va encore, son mari a eu trois frères qui ont été tués. Et chez Honningen, Maria, trois frères. Et le frère d’Hermann, il était revenu en congé de Russie vers 43, j’avais été avec lui pour porter ses valises jusqu’à l’arrêt du car. Il m’avait dit « Je ne reviendrai jamais plus ». Quinze jours après, un garde champêtre est venu avec un avis. Herman avait un autre frère qui était docteur, lui n’était pas à l’armée. Il est venu me voir ici à Ochamps et nous a dit qu’il était venu car j’étais fort gentil. Ces familles-là ne demandaient pas que l’on prenne leurs enfants. Quand on est revenu, l’armée nous a mis en congé. </p><br /> <br /> Sources Internet<br /> <a href="http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf">http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf</a> Fri, 03 Feb 2017 20:50:20 +0100 François de SPIRLET http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-155+fran-ois-de-spirlet.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-155+fran-ois-de-spirlet.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/despirlet_portrait1_optfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">François, Xavier, Equinoff de SPIRLET est né à Ayeneux, près de Liège, le 3 décembre 1916. Milicien de la classe 36, il entre en service actif au 3ème Régiment d’Aéronautique. <br /> Le 24 septembre 1936. C’est donc à l’Ecole d’Aéronautique d’Evere qu’il suit les cours d’observateur. Le 23 novembre 1936, le caporal élève observateur de SPIRLET est admis dans le personnel navigant. Le 23 juin 1937, il est assimilé sergent et le 24 novembre il passe adjudant candidat sous-lieutenant de réserve. <br /> Mis en congé sans solde le 21 mai 1938, il passe à la réserve et sa carrière militaire pourrait s’arrêter là. <br /> Cependant le 31 août de cette même année, il reprend du service à l’Aéronautique militaire. Il est replacé caporal assimilé sergent à sa demande et le 1 septembre 1938, après avoir signé un rengagement pour une période de 2 ans, il rejoint l’Ecole de pilotage de Wevelgem où il est versé dans la 73e promotion d’élèves pilotes. Il obtient son brevet élémentaire le 15 mai 1939 et le 18 août suivant il reçoit les ailes de pilote en même temps que son brevet élémentaire.<br /> Le 26 août 1939, François de SPIRLET est muté à Evere. A la 7ème escadrille, « la flèche ailée », du IIIe Groupe du 3ème Régiment d’Aéronautique, il vole sur des biplaces Fairey Fox VIII. Il est nommé sergent aviateur le 21 septembre 1939 et le 12 octobre, il décroche son brevet supérieur.<br /> Commissionné sous-lieutenant de réserve d’Aéronautique le 20 novembre 1939, il est muté huit jours plus tard à la 1ère escadrille du I Groupe du 3ème Régiment d’Aéronautique, celle qui a le «Dragon noir» pour emblème et qui est également basée à Evere.<br /> <br /> C’est là que l’alerte du 10 mai 1940, le surprend. <br /> Dès le 12 mai, l’escadrille passe en France avec le vain espoir d’y réceptionner de nouveaux avions. Via Norrent-Fontes, Tours, Montpellier, Port-Vendres et Gibraltar, de SPIRLET rejoint finalement la Grande-Bretagne. <br /> <br /> Le 7 juillet 1940, il se trouve à Liverpool où il s’engage dans les Forces belges en Grande-Bretagne. Le 12 juillet 1940 il est au RAF Dépôt de Gloucester, le 20 c’est avec le grade de Pilot Officer qu’il rejoint le 15 OTU (Operational Training Unit) de Harwell, le 27 il passe au 7 OTU de Hawarden et le 12 septembre il est fin prêt pour participer à la "Bataille d’Angleterre". Il vole sur Hawker Hurricane au 87 Squadron.<br /> Le 15 avril 1941, il est muté au 609 Squadron à Biggin Hill. A cette époque la 609 opère sur des Spitfîre I qui seront progressivement remplacés par des Spitfire IIa, puis par des Spitfire Vb.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Cette unité groupait à son origine sept pilotes belges dont les noms méritent d’être rappelés:<br /> Eugêne SEGHERS,<br /> Vicky ORTMANS, <br /> Robert WILMET,<br /> Roger MALENGRAU, <br /> Willy VAN LIERDE, <br /> le comte Ivan DU MONCEU de BERGENDAL et <br /> François de SPIRLET.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 17 juin 1941, François de SPIRLET abat un Me au large du TOUQUET. Le 22 juin 1941, au-dessus de la Manche, son appareil reçoit un projectile en plein moteur. Blessé à la jambe, il est repêché par une vedette de la RAF et transporté à l’hôpital de Ramsgate.<br /> Le 20 juillet 1941, il obtient le grade de Flying Officer et le 25 août il est nommé "acting" Flight Lieutenant. Le 29 de ce même mois, après que l’escadrille ait été déplacée à Gravesend, il obtient sa seconde victoire en descendant un Bf 109E près de Gravelines.<br /> Le 31 octobre 1941, il est commissionné lieutenant de réserve d’Aéronautique et le 26 février de l’année suivante, il obtient le grade de capitaine de réserve d’Aéronautique.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/de_spirlet_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Au mois d’avril 1942, l’escadrille a été équipée de Hawker Typhoon Ia et opère depuis l’aérodrome de Duxford.<br /> Le 26 juin 1942, quatre Typhoon décollent de Duxford en formation serrée. Le pneu gauche du Typhoon de François de SPIRLET éclate et le pilote qui ne peut éviter la collision avec son numéro 2, part en chandelle, fait une abattée et percute le centre de la plaine. C’est sans vie qu’on le retire des débris de son appareil.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/funerailles_de_spirlet_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Distinctions honorifiques</strong><br /> Croix de Guerre avec Palme<br /> Citation à l’Ordre du Jour de l’Armée et attribution d’une Palme supplémentaire sur la croix de Guerre.<br /> Chevalier de l’Ordre de Léopold avec Palme (posthume)<br /> Autorisé à porter A titre définitif l’Insigne métallique pour les Forces belges en Grande-Bretagne.<br /> Médaille des Volontaires 1940-1945<br /> Star and Clasp (Battle of Britain)<br /> Aircrew Europe Star<br /> War Medal 1940-1945</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Sources :</strong><br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/8">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/8</a><br /> <a href="http://www.bbm.org.uk/airmen/DeSpirlet.htm">http://www.bbm.org.uk/airmen/DeSpirlet.htm</a><br /> <a href="http://www.cieldegloire.com/006_de_spirlet.php">http://www.cieldegloire.com/006_de_spirlet.php</a><br /> <a href="http://www.belgian-wings.be/Webpages/Navigator/Belgian_Aviation_History/ww_ii/609_squadron.htm">http://www.belgian-wings.be/Webpages/Navigator/Belgian_Aviation_History/ww_ii/609_squadron.htm</a></p> Wed, 04 Jan 2017 17:22:54 +0100 Les tribulations du Général-Major Aviateur Albert Henry http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-154+les-tribulations-du-g-n-ral-major-aviateur-albert-henry.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-2-154+les-tribulations-du-g-n-ral-major-aviateur-albert-henry.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/henrywfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Général-Major Aviateur Albert Henry</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Après l‘Ecole Militaire où il entra en 1934, Albert Henry demanda son affectation à l’ Aéronautique militaire et fut rattaché à la 79ème promotion d’élèves-pilotes. Il est breveté pilote en 1939.<br /> Il effectue trois missions aériennes au cours de la campagne des 18 jours en mai 1940. Le 28 mai, il est fait prisonnier, après avoir démobilisé tout le personnel de son unité.<br /> Le capitaine-aviateur Henry ne supporte pas la captivité et tente une première évasion de l‘OFLAG 2A de Prenzlau, le 9 avril 1942 mais il est repris à Berlin le lendemain. Le 9 décembre, il fausse encore compagnie à ses gardiens allemands et cette fois, avec succès. Il sera l’un des 13 officiers belges à s’être évadé parmi les 3.000 autres prisonniers dans les OFLAG.<br /> <br /> Le texte qui suit, de la main du général Henry, a paru dans “Rendez-vous à Gibraltar” de Guy Weber.<br /> <br /> <strong>Laissons-lui la parole</strong> <br /> <br /> Les quelques lignes qui suivent sont les seules que j’ai écrites depuis la guerre 1940-1945. Malgré de nombreuses sollicitations, j’ai toujours résisté à la tentation d’écrire le récit de mes tribulations; j’ai toujours pensé que mes actes étaient la conséquence logique de mon état d’officier.<br /> Je me limiterai donc à raconter deux ou trois péripéties, plutôt étonnantes, survenues au cours de mes deux évasions et à mon arrivée à Londres et je ferai part de quelques réflexions.</p><br /> <br /> <strong>Première évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Par un tunnel construit au cours de nombreuses semaines de travail harassant et grâce aussi à l’esprit ingénieux de certains officiers, (système d’aération d’un tunnel long d’une douzaine de mètres, faux papiers de travailleurs belges en congé), je suis sorti avec dix autres officiers dans la nuit du 14 avril 1942, du camp de Prenzlau (à mi-distance de Stettin et Berlin).<br /> Ce coin de ciel bleu, ce souffle d’air frais, à la sortie du tunnel, ont laissé chez moi un souvenir inoubliable; le moment, tant attendu, de retrouver la liberté était arrivé.<br /> Avec mon compagnon d’évasion, également aviateur, nous étions porteurs de notre uniforme, sous un loden bleu. Nous sommes arrivés le soir à Berlin. sur le quai du métro à Siemensstadt, avec quelques marks en poche (nous n’avions pas pu échanger, comme prévu, notre billet de 1.000 frs au camp de travailleurs belges .., devenus polonais, à notre grande déconvenue); nous nous sommes donc trouvés dans l’impossibilité de prendre le train-express du soir, Berlin-Aix-la-Chapelle. Que faire, s’avouer perdant et se rendre à la police ou risquer le tout pour le tout?<br /> La décision a été rapidement prise, et je me suis adressé à la jeune fille d’une boutique, située sur le quai, et ou nous avions dégusté un verre de bière, quelques minutes plus tôt, pour soutenir notre moral très chancelant.<br /> J’ai expliqué, à cette jeune alsacienne, ce que nous étions réellement et je lui ai demandé si elle pouvait nous aider en changeant nos deux billets de 1.000 francs; une heure plus tard, elle m’a rappelé et je me suis trouvé devant un civil allemand, qui sans me dire la moindre parole, m’a échangé les billets contre l’équivalent en marks; à cet instant, les dieux se sont trouvés à nos côtés!<br /> Le train-express ne nous ayant pas attendus, nous avons décidé de passer la nuit dans une pension, car nous avions besoin de repos. Nos faux papiers d’identité nous ont permis d’entrer, sans difficulté, dans un petit hôtel ; dans la chambre, en laissant tomber le loden, nous nous sommes regardés dans un grand miroir et nous sommes partis d’un fou rire: se voir, à Berlin. le 15 avril 1942 en tenue d’aviateur belge, c’est une image étonnante que j’ai encore devant les veux, plus de 50 ans plus tard!<br /> Sortis de l’hôtel, dès six heures du matin, et après avoir fait le tour de Berlin en métro, assisté à une séance de cinéma, nous nous sommes rendus à la « POTZDAMER BAHNHOF » et là, la chance nous a définitivement laissé tomber; deux agents de la Gestapo nous ont mis la main au collet, en nous disant dans un excellent français, qu’ils ont vu les mêmes papiers, chez huit autres officiers déjà arrêtés, la veille au soir dans le train-express vers Aix-la-Chapelle.<br /> Nous avions donc eu un jour de répit! Nous avons passé la nuit dans une caserne de cavalerie à Berlïn, où le colonel nous a offert le réconfort d’un grand verre de “Schnaps”. Le lendemain, notre randonnée s’est terminée, par un mois de cachot à la caserne d’artillerie, située à deux kilomètres du camp.<br /> Ce séjour m’a permis de bien connaître les arrières de cette caserne, ce qui m’a beaucoup aidé pour ma seconde évasion.<br /> En conclusion, cela ne s’était pas trop mal passé mais des renseignements précis, de l’argent allemand et un vêtement civil étaient indispensables.<br /> </p><br /> <strong>Deuxième évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 9 décembre 1942 vers 1050 heures, j’ai été averti par le Service organisateur des évasions, que j ‘avais une demi-heure pour m’équiper d’un vêtement civil (reçu dans un colis), et de revêtir, par-dessus, un équipement de soldat. <br /> A l’heure prévue, je me suis introduit dans la corvée des soldats belges, occupés à charger une charrette de la Wehrmacht avec des emballages de colis. Protégé par des amis qui devaient distraire la sentinelle et le conducteur, j’ai rapidement basculé dans le véhicule et ~ ai été immédiatement recouvert d’emballages par les soldats de corvée. La charrette est ensuite repartie vers la caserne d’artillerie, en passant à travers le contrôle à la sortie du camp.<br /> A la caserne, comme il était midi, le conducteur a dessellé ses deux chevaux et s’est dirigé vers les écuries. J’ai eu, de ce fait, toute liberté de me hisser hors du véhicule, de courir à toutes jambes vers le bois jouxtant l’arrière de la caserne et de me débarrasser de l’équipement de soldat.<br /> Je suis, dès lors, repassé devant le camp où j’ai pu revoir quelques amis aux fenêtres. Ne disposant d’aucun papier ni de nourriture mais bien d’un paquet de cigarettes et d’une liasse de billets de marks, mon plan a été de faire vite en prenant le premier train vers Berlin et de là, faire le détour par le sud (Leïpzig, Wurzburg, Mayence, Coblence. Prüm), en emruntant C des trains omnibus. C’est au cours d’un arrêt, vers minuit, à la gare de Wurzburg, que j’ai passé les deux heures les plus longues de cette évasion. Je me suis trouvé, seul jeune civil, au milieu de centaines de militaires allemands, de tous grades, tous équipés se rendant vers l’Est ou l’Ouest. Pas un seul ne m’a approché pour me poser la moindre question.<br /> L’arrivée du train m’a heureusement permis de sortir de cette situation difficile et de pousser un “ouf” de soulagement. Cette randonnée m’a pris trois jours et deux nuits pour arriver à St Vith et rejoindre à pied, une ferme, dont j’avais l’adresse, à Oberemmels, à nouveau territoire allemand De la gare de St Vith, je me suis dirigé vers ce village, à 6 kilomètres. En cours de route, j’ai été dépassé par un civil, à bord d’une charrette; il m’a regardé avec insistance, s’est arrêté quelques mètres plus loin et m’a interpellé par le mot “Kriegsgefangene”? A bout de forces, n’ayant ni mangé, ni dormi depuis la sortie du camp, j’ai pris tous les risques en lui répondant affirmativement. Il m’a alors invité à l’accompagner, il m’a conduit directement à la ferme où je devais me rendre et dont il était le fils! Rempli de joie et d’émotion, je l’ai longuement serré dans mes bras.<br /> Le lendemain, j’ai traversé la frontière, à travers bois, guidé par une jeune fille de 15 ans.<br /> Je suis resté deux mois en Belgique, pour me remettre de toutes ces émotions et pour trouver une filière.<br /> Vers l’Angleterre<br /> J’ai rencontré trois aviateurs-parachutistes mais aucun n’a pu m’aider à repartir. Parti à Paris le 9 mars 1943, j’ai rencontré un inspecteur de police qui m’a fortement conseillé de me rendre en Suisse pour y rencontrer l’Attaché de l’Air anglais à Berne. <br /> J’ai malheureusement suivi son conseil; le lendemain, je suis entré clandestinement en Suisse, après avoir marché une courte distance dans la neige, jusqu’à mi-corps. J’ai été arrêté par ce que je croyais être des soldats allemands mais qui, en fait, étaient des soldats suisses, casqués et équipés comme les allemands. Enfermé dans une cellule, pendant un mois, à la prison de Porrentury, j’ai été traité comme un prisonnier de droit commun et très mal nourri.. A la fin de mars, j’ai été remis au Consulat Belge à Genève qui m’a aussitôt placé dans une pension. Une visite chez l’Attaché de l’Air à Berne, m’a enlevé tout espoir de sa part. “Boy, this is a trap; I have in Switzerland, hundred of RAF crews who must stay here and wait until the end of the war »<br /> A la pension, j’ai fait la connaissance d’un civil qui s’est avéré être commissaire de police. Je lui ai parlé de mes intentions; deux mois plus tard, la police de Genève m’a procuré tous les papiers nécessaires ainsi que les timbres de ravitaillement pour traverser le sud de la France; très tôt, un matin, elle m’a fait franchir la frontière française à Anemasse, en échappant à la patrouille allemande.<br /> La suite de l’aventure, c’est l’histoire connue par tous les évadés de Belgique: traverser la France pour franchir la frontière espagnole, à travers les embûches de toute nature, connaître les prisons de Figueras, de Gerone et le célèbre camp de Miranda d’ou j’ai été extrait à la Noël 1943.<br /> Londres, Eaton Square<br /> Arrivé à Londres au début de janvier 1944 et fier d’avoir atteint ce courageux pays de liberté, j’ai cru. dans ma candeur naïve, que l’accueil des Autorités Belges serait amical et encourageant; cela a été tout sauf cela!<br /> A Londres, j’ai subi mes plus grandes déceptions, par le seul fait d’officiers “fonctionnaires” dont je me suis demandé pour quelles raisons ils avaient rejoint l’Angleterre!<br /> Comme tout Belge, arrivant de l’étranger, je suis passé au Bureau de recrutement où j ‘ai rencontré un officier de la Force Terrestre, sans recevoir le moindre mot de bienvenue. J’ai été prié de décliner mon identité et mon grade. Cet officier a, ensuite, sorti un annuaire de 1938 et m’a déclaré que j’y étais renseigné comme observateur. Je lui ai sèchement répondu que j’étais pilote breveté en août 1939; après cette courte et peu courtoise conversation, j’ai été remercié.<br /> En passant le lendemain à l’Etat-Major de l’Aviation, au 107 Eaton Square, j’ai été reçu à bras ouverts par un ami qui m’a fait lire une lettre adressée à l’Etat-Major par l’officier du Bureau de recrutement; cette lettre disait textuellement ceci:<br /> «Un officier du nom de Henry s’est présenté hier à mon bureau et a déclaré être breveté pilote en 1939. D‘après les documents en ma possession, cet officier est cité comme observateur ; si cet officier a menti,. veuillez le renvoyer à la Force Terrestre<br /> Saisi d’un rage subite, j’ai demandé à garder cette lettre, car mon intention a été de me rendre, sans coup férir, au Bureau de recrutement pour secouer violemment cet officier et pour exiger des excuses.<br /> Mon ami, se rendant compte de ce qui allait arriver, m’a conseillé de garder mon calme et il a déchiré cette lettre sans y donner la moindre réponse.<br /> Quelques jours plus tard, mon beau-frère, pilote à Benson (Unité de reconnaissance photographique PRU), m’a invité à lui rendre visite sur cette base.<br /> J’y ai été très amicalement reçu par l’Air Commodore, commandant de la base, et qui m’a déclaré que tout était prêt pour me faire suivre un cours de rafraîchissement au pilotage et de me faire entrer ensuite dans une de ses escadrilles, équipées du Spitfire (Ces avions volaient, sans armement, à très haute altitude et photographiaient les dégâts causés dans l’une ou l’autre ville allemande, par les bombardements de la nuit précédente).<br /> Heureux de l’avenir qui m’étais promis, je me suis rendu au 107 Eaton Square, chez le Group-Captain, responsable des mutations du personnel navigant, pour l’en informer.<br /> A ma grande déception, je me suis entendu dire que j’étais “trop vieux” pour voler sur Spit et que j’allais être entraîné sur bimoteur.<br /> Quel accueil chaleureux et encourageant reçu à Benson, comparé à ma réception à Londres! Il est vrai que j’ai eu à faire, d’un côté à des opérationnels qui faisaient la guerre, et de l’autre, à des bureaucrates.<br /> Il va sans dire qu’après la guerre, mon attitude vis-à-vis de ces deux officiers supérieurs (l’un a été ministre de la Défense Nationale, l’autre a été promu au plus haut grade!) a été marquée d’un profond dédain.<br /> Malgré tous ces avatars, j’ai eu, cependant, la grande satisfaction de finir la guerre sur l’aérodrome d’Osnabriick en Allemagne, avec une escadrille de B-25 Mitchell</p><br /> <br /> <strong>Sources</strong> : Bulletin de l’association belge ‘’Vieilles Tiges’’.<br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/articles/28">http://www.vieillestiges.be/fr/articles/28</a> Sun, 04 Dec 2016 11:22:31 +0100 LES FAMILLES VOS et MILIBAND - UNE HISTOIRE DE PAIX ET DE GUERRE http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-153+les-familles-vos-et-miliband-une-histoire-de-paix-et-de-guerre.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-153+les-familles-vos-et-miliband-une-histoire-de-paix-et-de-guerre.php <p style="text-align:center"><strong>Récit de la fille de Renée Miliband qui raconte sa vie de réfugiée juive auprès de la famille VOS qui a hébergé 17 juifs pendant la guerre 40-45.</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cottage_1730593c.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center">Vue de la ferme, il y a quelques années</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ma mère. Renée Miliband. a rencontré Louisa Vos vers 1934 dans la petite ville de Soignies ou toutes les semaines, maman allait au marche pour y vendre des chapeaux de darnes. Louisa Vos s'y rendait aussi pour y vendre du beurre et des œufs en provenance de sa ferme située à Montignies-lez-Lens dans la province du Hainaut. Maman revenait de Soignies avec du bon beurre de ferme et des œufs frais.<br /> Apres quelques semaines, elles commencèrent à parler de leurs familles et de leur vie bien différente l'une de l'autre. Maman dit à Louisa qu'elle avait un fils et une petite fille; pour sa part, Louisa raconta qu'elle avait deux filles et deux fils: sa fille aînée, Renée, avait à peu près mon âge. Louisa était contente de savoir combien j'aimais le bon beurre et les œufs. Maman lui a dit que je n'avais pas grand appétit mais que j'aimais beaucoup les produits de la ferme. Louisa a suggéré' que mes parents, mon frère et moi, devrions aller à Montignies pour faire la connaissance de la famille Vos et pour déjeuner avec eux un dimanche prochain.<br /> Nous sommes donc partis en famille un beau matin de dimanche et c'est en fait cette visite qui a décidé de notre sort. Nous avons pris le train à la Gare du Midi à Bruxelles et sommes descendus à Masnuy St. Pierre où le mari de Louisa, Maurice Vos, nous attendait à la gare. Une vache, Boulotte, était attelée à un chariot - les Vos n'ayant pas de chevaux, les vaches faisaient le travail dans les champs; Boulotte était bien docile et après environ 40 minutes a être un peu cahotés sur une ancienne route de pavés, nous avons tourné à gauche pour enfin apercevoir Briguolet, la ferme de la famille Vos.<br /> Les portes de la ferme étaient ouvertes et la famille était assemblée sur la cour. Louisa était là avec ses quatre enfants. Les parents de Maurice Vos nous attendaient aussi. Nous nous sommes présentes et nous avons été embrassés quatre fois par chacun. Les parents de Maurice Vos, Victor et Rosalie étaient appelés Parrain et Marraine. Ils habitaient à la ferme et avaient leur petit appartement au rez-de-chausse. Les enfants m'ont emmenée au 'châssis' - une sorte de grange avec un toit mais sans porte - ou il y avait des balançoires. Mon frère était avec nous mais il n'était pas aussi enchante que moi. Il était un garçon très sérieux qui aurait peut-être préféré rester à Bruxelles entouré de ses livres et de ses cahiers. Apres la balançoire, ils nous ont emmenés voir les cochons, les lapins et les vaches. Gustave Vos, l'aîné des enfants m'a demandé si je voudrais qu'il m'apprenne à rouler en vélo; j'étais naturellement d'accord.<br /> Louisa nous a dit de rentrer à la ferme pour dîner. Les deux familles se sont assises à la grande table où un dîner somptueux nous attendait. Nous sommes restés à table pendant quelques heures à manger et à prier. J'étais contente d'être là et je me sentais comme chez moi à la ferme et avec la famille Vos. <br /> Quand il a fallu prendre le chemin de retour, Boulotte a de nouveau été attelée et nous sommes partis pour Masnuy St. Pierre. Après cette visite, je pensais souvent à mes amis de Montignies et j'attendais avec impatience mon retour à la ferme. La famille Vos est venue chez nous à Bruxelles et nous sommes devenus bons amis. Pendant les vacances, j'allais avec plaisir passer quelque temps à la ferme. J'ai fait la connaissance de plusieurs personnes du village et j'ai vite appris le patois, ce qui a bien amusé les habitants de la ferme et du village. J'étais heureuse parmi mes amis wallons et mes parents étaient contents de savoir que j'avais bon appétit. Gustave m'a appris à rouler en vélo et nous partions avec Renée pour aller rendre visite à la sœur de Monsieur Maurice à Erbaut et aussi à la mère de Mme Louisa à Louvignies.<br /> Mes amis m'ont appris à traire les vaches, à donner à manger aux veaux, aux poules et aux lapins. J'allais aussi aux champs pour essayer d'aider. Le père de M. Maurice était un jardinier de grande renommée et je me souviens qu'il allait tous les ans aux Floralies Gantoises où il était membre d'un jury. Il était aussi un apiculteur et j'aimais voir comment il opérait pour prendre le miel; il me donnait des délicieux morceaux de cire pleins de miel.<br /> Je passais donc le plus de temps possible à Briguolet et ces bonnes journées de vacances continuèrent jusqu'en mai 1940.<br /> <br /> La Belgique était restée neutre jusqu'au 10 mai 1940, lorsque les Allemands ont violé cette neutralité et ont commencé leur invasion des Pays-Bas et de la Belgique. Mes parents, mon frère et moi avons essayé de quitter Bruxelles pour aller en train rejoindre notre famille à Paris mais les trains avaient cessé de rouler et mon père a finalement refusé de quitter Bruxelles car il me trouvait trop jeune pour joindre les centaines de exilés sur les routes de Belgique et de France. Le 16 mai 1940, mon frère âgé de 15 ans a déclare qu'il ne voulait pas rester en Belgique et qu'il allait essayer d'aller seul à Paris. Apres de longues discussions, mes parents ont décidé qu'il ne devait pas partir seul et que notre père l'accompagnera. Ils avaient décidé de marcher vers la frontière franco-belge car les ponts avaient été bombardés et les trains ne roulaient plus. Nous les rejoindrons à Paris lorsque la situation 'se tassera' ! Ils sont partis à 5 heures de l'après-midi le 16 mai. Quelques années plus tard, nous avons finalement appris que, au lieu de se diriger vers la frontière franco-belge, étant convaincu que la France ne sera pas à même de refouler les troupes allemandes, il a réussi à persuader mon frère qu'ils devaient plutôt se diriger vers Ostende pour essayer de s'embarquer sur un bateau partant pour l'Angleterre. Ils eurent la chance de pouvoir monter en bateau - le dernier bateau quittant la Belgique et ils devinrent alors des réfugiés belges. Les Allemands arrivèrent à Bruxelles dans la matinée du 17 mai et c'est ce jour-la que j'ai vu pour la première fois la croix gammée flottant sur l'Hôtel de Ville de St. Gilles.<br /> Lorsqu'elle apprit que ma mère et moi étions seules à Bruxelles, Louisa est venue nous voir &#151; en vélo si je me souviens bien. Elle voulait que nous quittions Bruxelles pour Montignies et que nous restions à la ferme jusqu'à la fin de la guerre. Maman lui a dit qu'il fallait que nous restions à Bruxelles puisqu'elle devait continuer à travailler et il fallait que je retourne à l'école. Louisa lui a fait promettre que nous viendrons à Montignies aussi souvent que possible; nous pourrons ainsi revenir en ville avec du beurre, des œufs et des légumes.<br /> Pendant environ les deux premières années d'occupation, nous y allions aussi souvent que possible et je pouvais passer mes vacances à la ferme. Tous nos amis étaient accueillants et nous nous sentions bien a la campagne entourées d'amis. Ce genre de vie a continué jusqu'en été 1942 lorsque nous avons été obligées de porter une étoile jaune sur nos vêtements et devions aussi observer - comme tous les Juifs - le couvre-feu; la vie des Juifs devenait de plus en plus difficile et dangereuse .<br /> En mi-août 1942, maman fut convoquée à la Gestapo située à l'Avenue Louise dans le centre de Bruxelles -c'était le quartier-général de la Gestapo en Belgique. On n'a jamais su comment les Allemands ont réussi à découvrir que mon père et mon frère étaient en Angleterre et non en Suisse comme nous le prétendions. <br /> Après avoir découvert par hasard qu'ils étaient a Londres, nous avons réussi à correspondre avec eux par l'intermédiaire de la Croix-Rouge (25 mots par document spécial toutes les quelques semaines). Maman avait aussi réussi à obtenir une adresse à la Chaud des Fonds en Suisse neutre et aussi une adresse au Portugal, également neutre et un contact au Brésil. La Gestapo a intercepté une lettre que mon frère nous avait écrite, J'avais supplié ma mère de ne pas répondre à la convocation de la Gestapo et de plutôt partir pour Montignies.<br /> Elle a décidé qu'il valait mieux aller à la Gestapo -je n'ai jamais su pourquoi elle avait décidé d'y aller.<br /> Deux officiers l'ont interrogée; elle m'a dit qu'ils étaient très corrects et très polis. Ils devaient savoir qu'elle était juive puisqu'elle devait porter son étoile jaune. Ils lui ont demandé s'il elle parlait et comprenait l'allemand; elle leur a dit qu'elle n'avait jamais appris cette langue - ce qui n'était pas vrai - et ils l’ont crue. Elle leur a dit qu'il y avait longtemps qu'elle était séparée de son mari et il avait emmené son fils en Suisse où elle savait qu'ils se trouvaient toujours. Les deux allemands ont discuté entre eux quoi faire et se sont dit que puisqu'il y avait une fille a la maison, ils pourront surveiller nos mouvements et nous ramasser toutes les deux plus tard. Miraculeusement, ils lui ont donné un permis lui permettant de quitter la Gestapo et lorsqu'elle a montré ce permis à la sentinelle gardant la sortie de l'immeuble, il lui a dit qu'elle avait de la chance de pouvoir partir.<br /> Je l'attendais à la maison et j'étais certaine qu'on ne lui permettrait pas de quitter la Gestapo et que je serai seule à Bruxelles. Pendant qu'elle était à l'Avenue Louise, on a glissé sous notre porte notre convocation nous ordonnant de nous rendre dans un camp à Malines où les juifs étaient incarcérés jusqu'au moment du départ pour l'Europe de l'Est et les camps de concentration.<br /> Quand Maman est enfin revenue à la maison, je lui ai montré les convocations et elle a décidé qu'il était temps de quitter notre appartement et de partir pour Montignies. <br /> Nous avons emballé quelques vêtements; j'ai pris deux ou trois livres d'école et nous étions prêtes à quitter Bruxelles. Nous avons donné les clés de notre appartement à notre voisine, Madame Grognet en qui nous avions confiance. Elle faisait partie d'un groupe de résistance et nous avait dit qu'elle ferait de son mieux pour nous aider et surtout pour garder notre secret. Elle a surveillé nos biens jusqu'au moment où des collaborateurs reçurent la permission d'occuper notre appartement.<br /> Lorsque nous avons quitté le 95, rue de la Victoire à Saint-Gilles; nous avons dit au revoir à quelques voisins en leur disant que nous allions à la Gare du Nord pour prendre un train pour Malines. Maman a décidé qu'il fallait que nous allions à la Gare du Nord; elle soupçonnait que nous serons peut-être suivies- elle avait quitté la Gestapo quelques heures auparavant et c'était donc tout à fait possible qu'elle soit sous surveillance. Lorsque nous sommes arrivées à la Gare du Nord, nous avons traversé quelques rues et avons ensuite pris un tram en direction de la Gare du Midi d'où partaient les trains pour le sud du pays. Maman a démontré son intelligence et son excellente stratégie; c'était toujours par son courage et son sang-froid, qu'elle parvenait à me rassurer et à me persuader que nous réussirions à voir la fin de la guerre et le retour de mon père et de mon frère.<br /> Nous avons pris le train pour Masnuy St. Pierre. Nous portions naturellement notre étoile jaune sur notre veste d'été. Comme beaucoup de Juifs sous l'occupation, nous portions notre sac à mains sur le côté gauche de notre veste pour essayer de cacher notre étoile jaune. Beaucoup de Juifs la cachaient soit avec un livre ou un journal.<br /> Il faisait beau cette après-midi d'août et maman me dit qu'aussitôt que le train aura quitte la partie flamande du pays, elle ira à la toilette pour enlever sa veste et se débarrasser ainsi de cette étoile jaune; quand elle reprendra son siège, je devrai faire de même. Tout se passa bien et nous étions assises portant notre robe d'été et aucun voyageur n'avait remarqué notre manœuvre.<br /> Nous sommes descendues à Masauy St. Pierre où nous attendait Monsieur Maurice avec son chariot et Boulotte. Nous étions tous les trois biens émus de nous retrouver. Nous sommes arrives a Briguolet ou la famille Vos nous attendait et notre accueil fut des plus chaleureux. Nous étions tous fort émus. Maurice et Louisa nous ont dit que nous étions en sécurité et que nous resterons avec eux jusqu'à la fin de la guerre. Un peu plus tard, un jeune homme faisant partie de la résistance est venu nous donner nos fausses cartes d'identité et nos cartes de ravitaillement. Maman est devenue Madame Renée Banquet et ma carte identité était sous le nom d'Anne-Marie Debienne.<br /> Notre histoire était que mon père - le premier époux de Renée Debienne était mort et qu'elle avait épousé son deuxième mari nommé Banquet; c'était donc pourquoi nos noms étaient différents. Nous demeurions à La Louvière et pendant qu'on faisait des travaux dans notre maison, nous habitions chez nos amis, Maurice et Louisa Vos. Naturellement, nos nouvelles cartes d'identité n'étaient pas tamponnées avec le mot Juif.<br /> Il y avait une école primaire au village et Andrée Oreins, Institutrice, a bien voulu me donner des leçons privées deux ou trois après-midi par semaine; j'allais donc chez elle à la petite ferme ou elle habitait avec sa mère, Damyre. Nous passions ainsi deux heures ensemble et sommes devenues amies. <br /> Apres quelques semaines, Maman a décide que je devrais apprendre le latin. Vers qui se tourner ? Monsieur le Curé naturellement. Nous allions à la messe tous les dimanches car M. le Curé avait dit à Maman que ce serait une bonne idée si nous allions à la messe le dimanche; les habitants de notre petit village savaient pourquoi nous étions à Montignies, mais il trouvait que ce serait quand même une bonne idée qu'ils nous voient à la messe. C'est pourquoi le dimanche matin Maman et moi mettaient une belle robe pour aller à l'église avec Louisa et sa famille; ni Maurice Vos ni son père y allaient II y avait aussi un couvent au village et Sœur Jeanne s'occupait du jardin d'enfants.<br /> La Mère Supérieure a invité ma mère et moi au couvent pour que nous fassions connaissance. C'était la première fois que nous mettions les pieds dans un couvent. Il y avait une fraîche odeur de cire et les vieux meubles brillaient. La pièce où nous nous trouvions me semblait luxueuse; il y avait un grand crucifix sur un mur et des cadres représentant la Sainte Vierge et d'autres saints; il y avait naturellement un portrait du pape. Pie XII. La Mère Supérieure a dit a maman que Sœur Jeanne voudrait beaucoup que je l'aide à préparer des leçons pour ses jeunes élèves; nous étions naturellement d'accord; j'étais enchantée car cela me donnerait l'occasion d'aller au couvent et d'aider Sœur Jeanne. Si, par malheur, les Allemands devaient y venir pendant que j'y étais. Mère Supérieure m'a montré où elle pendra un habit de novice que je devrais alors enfiler. Les Allemands ne nous ont jamais rendu visite.<br /> Quant à mes leçons de Latin, Monsieur le Curé nous a dit, en confidence, qu'un de ses neveux, prêtre aussi, se cachait au presbytère après avoir ignore la convocation qu'il avait reçue des Allemands. Il avait été professeur de latin dans un collège belge; et c'est ainsi que je me rendais deux fois par semaine au presbytère où le jeune prêtre me donnait des leçons de latin. M. le Cure nous avait installés dans la salle a manger et nous étions assis au deux bouts de la grande table. M. le Curé était assis au milieu d'un coin de la table et il faisait parfois un petit somme. Mon professeur devait faire glisser le long de la table le livre de latin et quand j'avais lu les exercices, je devais lui renvoyer le livre et mon cahier. Pendant une de mes leçons, mon professeur a suggéré que ce serait beaucoup plus facile de partager notre livre si nous étions assis à cote l'un de l'autre. Quand M. le Curé s'est réveillé et qu'il a vu que nous avions changé de place, il a décidé de ne rien dire.<br /> <br /> Montignies-lez-Lens était situé à quelques kilomètres d'un aérodrome militaire allemand. Notre groupe de résistants avait augmenté et Gustave Vos et deux ou trois jeunes gens que nous connaissions faisaient partie de la résistance. Ils partaient pour dynamiter les rails de chemin de fer. Masnuy St. Pierre - notre gare la plus proche - était sur le réseau qui allait de France vers l'Europe de l'Est. Je les aidais en préparant la dynamite dont ils avaient besoin et j'ai donc passé de nombreuses heures avec ces gars courageux en préparant la dynamite.<br /> Un neveu du père de M. Maurice, José, avait reçu sa convocation pour se présenter dans un endroit de rassemblement pour aller travailler en Allemagne. Comme beaucoup d'autres jeunes, il a décidé d'ignorer cet ordre et Maurice et Louisa Vos ont accepté qu'il vienne les rejoindre à la ferme. Ce qui fait que les habitants de Briguolet comprenaient Maurice et Louisa Vos et leur quatre enfants, Parrain et Marraine, Maman, un de mes oncles et moi, José et Marcel, un autre jeune qui avait aussi décidé de ne pas aller travailler pour les allemands. Nous étions à quatorze autour de la table. Il n'y avait pas embarras de richesse mais il y avait assez à manger. <br /> Au petit déjeuner, il y avait une grande tartine avec un peu de beurre, parfois de la confiture et une tasse de café au lait. A midi, nous avions de la soupe, assez de pommes de terre, des légumes du jardin et un petit morceau de lard ou de porc et parfois un morceau de poulet ou de lapin; pour le goûter nous avions une grande tartine avec du beurre et de la confiture; au souper, s'il y avait des pommes de terre qui restaient de midi, on les écrasait sur le pain et c'était délicieux. Rien n'était gaspillé.<br /> Il faut que je mentionne le fils aîné de M. et Mme Vos: Gustave. Le chef de notre groupe de résistants a décidé que les gars devaient obtenir des cartes de ravitaillement de l’hôtel de Ville de Lens. Gustave et un autre jeune homme ont mis un foulard sur leur visage et seuls leurs yeux étaient visibles; ils ont glissé leur revolver dans leurs chaussettes et sont partis en vélo pour Lens. Là, Gustave a sorti son revolver et a ordonné à la jeune fille qui était assise dans son bureau de lui donner autant de cartes de ravitaillement que possible; elle s'appelait Fernande et Gustave en est immédiatement tombe amoureux! Le lendemain, il est retourné a l'Hôtel de Ville - sans son camouflage et sans son revolver - et a dit à Fernande qu'il l'aimait! Ils se sont mariés peu après la fin de la guerre et ont vécu ensemble avec leur fils, Alain, pendant de nombreuses années, jusqu'au décès de Gustave.<br /> <br /> Vers la fin de 1942, nous avons appris que plusieurs membres de notre grande famille a Bruxelles furent déportes. On nous a fait savoir que la sœur de maman avait été prise par les Allemands avec aussi son fils de 13 ans, Paul Milman. Mon oncle, Jacques Milman, était au travail et quand il est rentré chez lui, ses voisins lui ont dit que les Allemands avaient emmené Tante Mania et Paul. Il se trouvait seul, des plus inquiets et des plus malheureux; il était chez un de ses voisins mais devait partir de la au plus vite possible, En apprenant cette triste nouvelle, Maurice et Louisa Vos ont décidé qu'il devra nous joindre à la ferme et Louisa, dévouée comme toujours, est partie à Bruxelles et l'a ramené a Briguolet. Il était né en Russie et quand il parlait le français il avait un fort accent étranger - russe. La résistance lui a aussi fourni une fausse carte d'identité mais on lui a dit que si les Allemands venaient à la ferme, on dirait qu'il était sourd-muet pour ne pas trahir son accent. Il était très malheureux et des plus inquiets au sujet de sa femme et de son fils - ils ont été tués à Auschwitz - et passait la plupart de son temps à fumer avec son oreille à la radio où il écoutait la BBC.<br /> Chaque soir, nous écoutions tous le programme français de la BBC et il y avait toujours quelqu'un qui écoutait à la porte au cas que les Allemands arrivent. Il faut mentionner ici que par miracle, Montignies n'a jamais eu des soldats allemands cantonnes dans le village. <br /> <br /> Quand il pleuvait les routes devenaient boueuses et leurs motocyclettes, camions et voitures s'embourbaient Ils étaient cantonnés à Lens et ne venaient pas régulièrement au village. Pendant l'automne de 1942, une des sœurs de mon père nous a fait savoir que la vie quotidienne des Juifs de Bruxelles devenait de plus en plus précaire et qu'il vaudrait mieux qu'elle quitte son appartement avec son mari et son fils. <br /> Une fois de plus, Maurice et Louisa Vos ont décidé d'essayer de trouver un logis et avec l'appui de ma mère, un logement fut trouvé dans le village: Louisa est repartie pour Bruxelles et a ramené ma tante, mon oncle et mon petit cousin; ils sont restés au village jusqu'à la libération et ont partagé la petite maison avec cette famille.<br /> Oncle Vlad Slupowski est devenu Monsieur Arthur, était électricien et a réussi à travailler avec l'électricien du village; il était a même de pouvoir ainsi payer quelque chose au propriétaire de la petite maison. Il est devenu assez populaire dans le village car il était jovial et toujours prêt à aider. Ma tante s'appelait aussi Mme Renée et leur fils âgé de 4 ans était Henri George, connu sous le nom de Rigeo. Il allait tous les jours au couvent et était dans la classe de Sœur Jeanne.<br /> Tous trois ont survécu l'occupation. Le frère cadet de mon père fut déporté avec son fils, âgé de 6 ans; ma tante n'était pas chez elle lorsque la rafle fut effectuée et elle s'est trouvée seule - son mari et son fils ont été tues à Auschwitz, Lorsque nous avons appris cette terrible nouvelle, ma mère a été voir M. le Curé pour lui raconter ce qui s'était passé'. Il a décidé qu'elle pourra trouver refuge au presbytère et qu'il dira qu'il avait besoin d'une autre femme de ménage pour aider avec le nettoyage et les repas. <br /> Maman lui a dit qu'elle parlait le français avec un accent étranger fort prononce; il a décidé alors de dire qu'elle venait des Flandres et qu'elle ne parlait que peu de français. M. Maurice était d'accord pour que Louisa aille la chercher à Bruxelles et la ramène à Montignies. <br /> M. le Curé l'appelait Maria et ma tante lui devint fort dévouée. Elle était naturellement des plus malheureuse car elle était terriblement inquiète au sujet de son fils et de son mari.<br /> Nous avons appris peu après qu'un autre frère de mon père avait été pris pendant une rafle et avait été déporté- lui aussi a été tué à Auschwitz. Son épouse, Sara, et ses deux fils, Fernand - 7 ans - et Maurice - 2 ans -n'avaient pas été pris et n'avaient pas où aller. La mère de Louisa habitait à Louvignies, un village voisin, et elle a été d'accord d'héberger ma tante et le petit Maurice; il fut décidé que Fernand habiterait dans une ferme très près de Briguolet et les fermiers ont accueilli le petit garçon très chaleureusement et lui aussi est allé au couvent dans la classe de sœur Jeanne. Fernand était un beau et gentil garçon et Hortense, la fermière, l'aimait beaucoup. Il apprit assez rapidement à parler le wallon. La mère de Louisa habitait seule et avait une petite ferme avec un potager et un verger et Sara l'aidait à faire le ménage et le nettoyage. Peu après, nous avons appris que deux sœurs de mon père avaient été prises par les allemands pendant la nuit.<br /> Le fils d'une de mes tantes dormait chez ses parents et lui aussi a été emmené. Mes deux tantes et leur famille partageaient une grande maison à Bruxelles et mon cousin, Maurice Celnik, y habitait aussi avec ses parents. <br /> La nuit de cette rafle, en entendant du bruit il s'est réveillé et voyant ce qui se passait chez lui a réussi a se cacher dans la maison et a pu ainsi échapper. Mes tantes, leur mari et mon cousin Jacky furent déportés et ils ont tous péri dans le camp de concentration. Mon cousin, Maurice, qui réussit à s'échapper, est aussi arrive à Montignies et a rejoint Fernand dans la ferme de Mes et Hortense. Il était costaud et a pu aider les fermiers aux champs et à la ferme; lui aussi a joint le mouvement de résistance du village.<br /> Nous avons alors appris que des amis de mon oncle qui habitait avec nous à Briguolet avaient été caché dans une mansarde qu'ils devaient quitter au plus vite possible. La famille consistait du père, de la mère et de leurs deux filles, Maria et Rosa. Le père était un tailleur bien renommé à Bruxelles et il avait les moyens de pouvoir payer la famille voulant bien les héberger. Une fois encore, Maurice et Louisa Vos et ma mère sont parvenus à leur trouver un logis. Les deux filles venaient de temps en temps à la ferme; elles étaient plus âgées que moi et nous ne sommes jamais devenues amies. Je préférais la compagnie de Renée, Gustave, Marie-Louise et le petit Maurice.<br /> Apres la libération de Montignies, cette famille est rentrée à Bruxelles et ils ne sont restés en contact ni avec nous, ni avec nos amis de Montignies et je ne les ai jamais revus. Incroyablement, Louisa et Maurice Vos et ma mère ont réussi à trouver où héberger <strong>dix-sept Juifs</strong> qui ont survécu l'occupation.<br /> Vers la fin de l'automne 1942, j'avais de moins en moins d'énergie et je n'avais pas d'appétit. Je ne voulais pas dire à ma mère que je ne me sentais pas bien car je savais qu'elle avait assez de problèmes sans devoir aussi s'inquiéter à mon sujet. Elle s'est rendu compte que j'étais fiévreuse et il a été décidé que je devais voir un médecin. Le Docteur Cuvelier de Lens est venu me voir; je l'avais vu dans le village; il était sympathique et faisait ses visites en vélo. <br /> Il savait pourquoi nous habitions avec la famille Vos. Il nous a dit que j'avais une pleurésie et que je devais rester au lit pendant six semaines. Il a prescrit une série de 36 piqûres. Marcelle Cowez habitait à la ferme voisine de Briguolet; elle y habitait avec sa mère et je les connaissais depuis longtemps. <br /> Elles étaient toutes deux bien sympathiques et Marcelle était d'accord de venir tous les jours me faire mes piqûres; elle restait un moment avec moi pour me remonter le moral. Le Dr. Cuvelier a dit qu'il fallait que je dorme dans une chambre chauffée; la pièce où je dormais avec ma mère n'avait pas de chauffage et était plutôt humide. Maurice et Louisa ont immédiatement décidé que le grand lit que je partageais avec ma mère sera mis dans leur chambre à coucher car il y avait le moyen de chauffer la pièce.<br /> Il y avait cependant un grand problème: comment obtenir des rations supplémentaires de charbon; le médecin devait remplir une fiche et M. Cuvelier a décidé qu'il ne fallait pas mettre mon faux nom sur la fiche. Maurice et Louisa ont. une fois de plus, sauvé la situation. Pourquoi ne pas y mettre le nom de Marie-Louise, leur fille cadette. M. Cuvelier fut immédiatement d'accord et remplit la fiche et la signa.<br /> De temps en temps des amis du village venaient me voir; M. le Curé et Sœur Jeanne sont aussi venus. Louisa surveillait mon régime; elle me donnait la crème du lait et du lard.<br /> J'avais aussi des livres de la bibliothèque du château. Nous ignorions alors que le comte et la comtesse qui habitaient au château y cachaient des aviateurs canadiens. M. le Curé me prêtait des livres et j'ai beaucoup appris au sujet de la vie des saints et leurs supplices; j'ai lu et relu l'Ancien et le Nouveau Testament; j'ai lu les livres décrivant le 'Péril Jaune' et le 'Péril Rouge'! Tout faisait farine au moulin.<br /> Ces six semaines que j'ai passées au lit étaient très dures pour ma mère; en plus de tout ce qu'elle devait faire, je l'appelais des dizaines de fois; elle était aussi fort inquiète a mon sujet; malheureusement, je ne me rendais pas compte combien elle était fatiguée et Louisa m'a fait promettre de ne pas épuiser Maman. <br /> Les semaines passèrent et je me suis remise et j'ai repris mes leçons avec Andrée Oreins; j'étais contente de pouvoir recommencer à traire les vaches et à aller aux champs.<br /> Les semaines passèrent. Le 4 février 1944, un avion américain revenait d'une mission - bombardement sur la ville de Francfort.. L'avion était séparé de sa formation car il avait été atteint par le feu de l’aérodrome allemand. Nous pouvions voir comme des petits nuages blancs entourant l'avion Nous étions dans le jardin a l'arrière de la ferme et de là, nous pouvions voir ce qui se passait. Après quelques minutes, nous avons vu des parachutes quittant le bombardier; les allemands tiraient toujours et nous étions fort inquiets. Nous avons vu qu'un des parachutes avait atterri dans le champs derrière le jardin. <br /> José, Gustave et Roger décidèrent d'aller voir si le parachutiste était en vie. Je voulais les accompagner mais ma mère a réussi à me retenir. Après quelques minutes, nos jeunes gens sont revenus portant un parachute. Deux autres résistants armés ouvrirent la porte de la ferme en soutenant un homme en uniforme; ce dernier semblait ne pas se rendre compte de ce qui lui arrivait. Quand je l'ai vu, je me suis rendue compte que l'homme en uniforme était un aviateur américain et je dois avouer que je me suis jetée dans ses bras pour l'embrasser. J'étais la seule à parler et à comprendre un peu d'anglais et j'ai réussi à lui faire comprendre qu'il était avec des amis qui allaient s'occuper de lui. Il ne savait pas dans quel pays il avait atterri.<br /> M. Maurice était alité ce jour-là et quand son fils Gustave est monté lui dire ce qui se passait en bas, Maurice - avec son sang-froid habituel - a dit qu'il n'y avait qu'une chose à faire; il fallait que l'américain reste à la ferme. On lui a enlevé son uniforme et ses bottes; les garçons sont partis pour les cacher avec aussi le parachute. Louisa a trouvé des vêtements pour lui.<br /> Notre aviateur s'appelait Monroe Cordon et il m'a dit qu'il était à Londres le matin même du bombardement sur Francfort. Je lui ai dit que mon père et mon frère étaient à Londres et il m'a dit que lorsqu'il retournera en Angleterre, il leur écrira; je lui ai donné leur adresse qu'il a appris par cœur car c'était trop dangereux d'avoir cette adresse sur lui au cas qu'il soit pris par les Allemands. Il voulait savoir ce que nous faisions à la ferme et je lui ai dit pourquoi nous étions la. Il m'a dit que lui aussi était juif, qu'il habitait New York, qu'il avait 27 ans et que les avions revenaient d'avoir bombardé Francfort. Il m'a dit qu'une de ses jambes lui faisait mal et qu'il avait aussi assez mal à la poitrine. Nous avons appris plus tard que son avion s'était écrase près de la frontière française.<br /> Maurice Vos nous a dit que si les Allemands devaient venir fouiller la ferme il ne fallait à tout prix qu'ils nous trouvent. Il avait décidé que maman et moi devrons passer la nuit dans une ferme voisine, chez Divine. Nous la connaissions bien et la trouvions très aimable. J'ai dit à ma mère et à Maurice que je ne pouvais pas laisser l’Américain puisqu'il ne comprenait pas le français et qu'il fallait absolument que je reste à Briguolet. Malgré toutes mes explications il a fallu que je parte. M. Maurice nous a dit qu'il s'était juré de nous voir survivre la guerre et de nous voir réunies avec mon père et mon frère.<br /> Au cours de l'après-midi, quelques résistants sont venus à la ferme pour dire que les Allemands étaient arrivés au village pour voir si des Américains y étaient cachés. Ils ont décidé de cacher notre parachutiste dans la grange. Avant qu'on ne puisse me retenir, je suis partie avec lui vers la grange toujours sous l'excuse de pouvoir lui expliquer ce que l'on disait. Il était très fatigué et sa jambe et sa poitrine lui faisaient mal et il était aussi fort inquiet d'être découvert en vêtements civils. A la grange, nous sommes montés sur l'échelle et je l'ai couvert de foin avant de me cacher près de lui. Après un moment, la porte de la grange s'ouvrit et quelques allemands armés sont entres et ont commence à remuer les gerbes de foin qui se trouvaient éparpillées au rez de chaussée de la grange. Nous nous cachions sans presque oser respirer. Heureusement ils décidèrent de partir après quelques minutes en disant qu'il n'y avait personne a la grange.<br /> Je connaissais assez d'allemand pour comprendre ce qu'ils disaient; ils sont partis, laissant la porte entrouverte. C'est par miracle qu'ils ne nous ont pas trouvés. Le parachutiste m'a dit alors qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir un 'vrai' soldat allemand et il voulait absolument descendre pour essayer de voir les allemands! C'était de la folie pure et simple. Il a vu les soldats allemands grimper sur leur camion et quitter la ferme. Nous sommes rentrés à la ferme, saine et sauve - pour le moment.<br /> Le soir, Maman et moi sommes allées chez Divine qui avait préparé notre chambre et était des plus accueillante malgré le danger. Avant d'aller au lit j'ai dit a ma mère qu'il fallait absolument que j'aille à Briguolet pour m'assurer que notre américain n'était pas trop inquiet, qu'il était un peu rassuré et un peu plus confortable. Avant que Maman ne puisse me retenir, j'ai enfilé une paire de sabots et j'ai mis un grand châle noir sur ma tête et mes épaules et ignorant le couvre-feu, j'ai couru vers la ferme en évitant le chemin et en allant par les champs, marchant le long des sentiers et tombant dans la boue plus d'une fois. Maman me suivait, furieuse mais incapable de m'attraper et de me retenir.<br /> Lorsque nous sommes arrivées a Briguolet, les enfants étaient au lit et nos amis et le parachutiste étaient fort amusés de voir dans quel état j'étais, crottée et couverte de boue. Tout allait bien à la ferme et ma mère m'a fait rebrousser chemin pour aller passer la nuit chez Divine. Le lendemain, quelques membres de la résistance sont venus avec un passeport pour Monroe. Il ne parvenait pas à prononcer son faux nom avec un accent français convaincant et j'ai passé un bon moment à essayer de le lui faire dire. Eventuellement on lui a dit que si, par malheur, il était questionné, Maurice et Louisa Vos déclareraient qu'il était sourd muet - ou l'idiot du village. Les jeunes gens de la résistance ont dit que des qu'il pourra voyager, un d'eux viendra avec une charrette attelée d'un cheval pour remmener vers la frontière française ou des maquisards français se chargeraient de lui trouver un refuge et aussitôt que possible, l'emmener au Portugal d'ou il pourrait regagner l'Angleterre. J'étais très triste quand il est parti après m'avoir promis de se mettre en rapport avec mon père et mon frère dès qu'il arriverait à Londres.<br /> C'était pour moi la fin d'une aventure incroyable mais en 1960, mon mari, mes enfants et moi habitions en dehors de Washington et mon amie qui travaillait aux Nations Unies a réussi a trouver où Monroe habitait; elle lui a téléphoné pour lui dire que j'étais aux Etats Unis et lui a donné notre numéro de téléphone. Il m'a téléphoné et est venu nous voir. Il nous a raconte' qu'il avait du rester en France où deux vieilles femmes l'ont caché jusqu'à la fin de la guerre. <br /> Entretemps, ses parents avaient été informés que leur fils avait dû parachuter quelque part en Europe occupée et ils ont déclare que puisqu'il n'y avait aucune nouvelle de lui, ils l'ont présumé mort. J'ai fait la connaissance du père de Monroe en 1960 et il m'a dit combien il était reconnaissant à la famille Vos d'avoir sauvé leur fils.<br /> Montignies fut enfin libéré le 4 septembre 1944 quand les premiers tanks américains sont arrives au village.<br /> Tout le monde était tellement heureux de voir nos libérateurs. Nous étions vivants grâce au courage de la famille Vos et de nos amis du village. Le bourgmestre de Montignies, M. Degauquier, nous a rejoints sur la route pleine de tanks américains et il a dit à ma mère qu'il ne m'avait jamais vue aussi heureuse. Pour cause. Nous sommes restés amis avec la famille Vos et nos amis du village.<br /> Louisa Vos est venue à Londres pour assister à mon mariage en 1953 et, après son décès, Maurice Vos est venu plusieurs fois passer des vacances chez nous.<br /> Les années ont passés et je pense très souvent à mes amis de Montignies. Les paroles me manquent pour dire ce que j'éprouve pour la famille Vos et l'affection que je ressens toujours pour Maurice et Louisa. Mes parents et mon frère n'ont jamais oublié ce que ces gens ont fait pour nous.<br /> <br /> Sources Internet :<br /> <a href="http://www.montignies-lez-lens.be/index.php/fr/h-i-s-t-o-i-r-e-mainmenu-41-41/nos-maieurs-mainmenu-54/autres-faits-memorables/la-famille-vos">http://www.montignies-lez-lens.be/index.php/fr/h-i-s-t-o-i-r-e-mainmenu-41-41/nos-maieurs-mainmenu-54/autres-faits-memorables/la-famille-vos</a><br /> </p> Fri, 04 Nov 2016 21:35:00 +0100 L'exode de Julien HERMAN en mai 1940 http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/hermanjulienpetit.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">J'avais alors onze ans et trois mois et j’habitais rue de Battice à Petit-Rechain, exactement en face du garage des autobus"Le Perron".<br /> <br /> Cette nuit-là, celle du 9 au 10 mai 1940, mon sommeil, profond et paisible comme celui de tous les gosses, s'achevait sur un rêve. Ma mère, penchée sur moi, me disait...<br /> J'ouvris les yeux. Non, ce n'était pas un rêve ! Un intense vrombissement, bien réel, emplissait l'air, faisant vibrer la maison. Au clocher de l'église, les sirènes hurlaient lugubrement. Penchée au-dessus de mon lit, ma mère me disait d'une voix toute tremblante: "Lève-toi m'fi, c'est la guerre !"<br /> <br /> La guerre ???! Pour moi, la guerre, c'était autre chose que ce qu'elle semblait être depuis le 3 septembre l939: quelques escarmouches entre patrouilles françaises et allemandes en avant de la Ligne Maginot; cent mètres de terrain conquis puis abandonné; quelques images du "front", dont je me délectais lorsque ma grande soeur Berthe (21 ans), rentrant de son travail à Verviers, rapportait l'hebdomadaire "Match".<br /> <br /> Pour moi, la guerre, c'étaient les crimes abominables des soldats allemands en l9l4, les odieux massacres perpétrés par eux à Herve et en cent autres lieux, la longue nuit de quatre années d'occupation, avec ses restrictions alimentaires, ses contrôles, ses vexations, ses arrestations, ses fusillades. Car, maintes fois, j'avais entendu déjà, le récit de toutes ces horreurs: alors que, âgé de quelque quatre ans, sagement assis sur un "passet" dans un coin du salon de coiffure de mon père, rue Moreau, 58, à Herve, j'écoutais la conversation des "grands", témoins ou presque victimes, vingt ans plus tôt, de la Furor Teutonicus retardée "nach Paris" par l'artillerie du fort de Fléron.<br /> <br /> J'ouvre donc d’abord ci-après une longue parenthèse pour relater les événements vécus par mon père au début de la première guerre mondiale: <br /> <br /> Ainsi, le samedi 8 août l9l4 dans la matinée, une importante colonne allemande (du 39e régiment d'infanterie de réserve) avait fait halte au "Malakoff", partie haute de Herve. <br /> La chaleur était accablante. Sciemment excitée par la légende de prétendus civils francs-tireurs, effrayée par la mortelle précision des canons du fort de Fléron, la soldatesque prussienne (au ceinturon marqué de "Gott mit uns": avec l'aide de Dieu, donc...) n'avait pas tardé à s'égailler un peu partout dans la ville et à y faire la démonstration de ses criminelles aptitudes. D'abord curieux - puisqu'on ne connaissait des Allemands que leur participation déterminante à la catastrophe du l8 juin l8l5 à Waterloo (pour le malheur éternel de la Wallonie) - les gens rentrèrent précipitamment dans leurs demeures dès les premiers coups de feu, et l'inquiétude croissait au rythme du crépitement des premiers incendies. L'auteur de mes jours, Arthur HERMAN, alors célibataire et âgé de 25 ans, habitait à l'angle même (côté Battice), de la rue Moreau et de l'avenue Dewandre, et exploitait là un salon de coiffure pour hommes. Avec lui vivaient: Aimé-Joseph HERMAN, mon grand-père (depuis quelques années abandonné par ma grand'mère); mon oncle Alfred; ma tante Francisca, mon oncle Constant; et ma tante Mariette, cadette de la famille et âgée de seulement l4 ans.<br /> Suivi de deux soldats, un officier allemand entra et, par signes, fit comprendre qu'il désirait se faire raser. Durant toute l'opération, les deux soldats, revolver au poing, tenaient mon père en joue. Au dehors, claquaient des coups de feu sans cesse plus nombreux; les ordres gutturaux des soldats se mêlaient à des cris d'épouvante ou de douleur. De plus en plus inquiet, mon père demanda à l'officier s'il y avait du danger. "Non, Mocheu, il n'y ba te danzé". Risquant néanmoins un coup d'oeil à l'extérieur en reconduisant ses trois indésirables visiteurs, mon père vit des soldats occupés à lancer des engins incendiaires dans la corniche de la maison ! Plusieurs cadavres de civils jonchaient la rue, où plusieurs immeubles flambaient comme des torches. Arthur HERMAN eut tout juste le temps d'entraîner ses proches dans la cave....<br /> Bientôt, les assassins/pillards/incendiaires envahissaient la maison où on les entendait vociférant et saccageant le mobilier à grands coups de baïonnette, avant de céder les lieux aux flammes. Les voisins immédiats allaient être, soit abattus sur place, soit poussés, comme du bétail, jusqu'au-devant de Mélen, lieu-dit "Labouxhe", pour être massacrés au bord d'une tombe qu'ils avaient été contraints de creuser eux-mêmes ! Parmi eux, des "francs-tireurs" (!) âgés de l3 ans à peine. Pourquoi la famille HERMAN, quant à elle, n'avait-elle pas connu, elle aussi, ce sort funeste ? La réponse à cette question relève du domaine des hypothèses. On sait que jadis, la porte de cave n'était, fort souvent, constituée que de quelques planches tapissées comme le mur où elle s'attachait; on est dès lors amené à supposer que dans leur folie destructrice, peut-être, de surcroît, embuée de vapeurs d'alcool, les tortionnaires Huns ne l'ont pas remarquée... On ne le saura jamais.<br /> <br /> Glacée d'effroi derrière ce frêle rempart, la famille HERMAN voyait approcher la phase finale. L'incendie faisait rage et la fumée commençait à s'infiltrer dans la cave. "Bijou, taisez-vous, n'est-ce pas !" commandait mon père à son chien, un petit bâtard très intelligent, d'habitude fort bruyant, mais qui, paraissant conscient de la gravité de l'heure, cette fois ne bronchait pas...<br /> Tout à coup, dans un fracas sinistre, la maison s'effondrait, précipitant des éboulis et de la poussière sur les escaliers de la cave, dont la voûte, toutefois, tenait bon. Néanmoins, l'atmosphère devenant irrespirable, mon grand-père dit: "Récitez votre acte de contrition, mes enfants, nous allons mourir » !". Mais puisqu'il fallait mourir, chacun fut d'avis que mieux valait tenter une sortie et mourir ensuite à l'air libre . A coups de hache, mon père trancha la traverse en bois qui barrait le soupirail et risqua un regard dans la rue: elle était déserte. Prudemment, tous se hissèrent hors de la cave et s'éloignèrent en hâte de ce qui avait été leur foyer. Avec pour seule richesse les vêtements qu'ils portaient sur eux, les pitoyables sinistrés gagnèrent le bas de la ville, où les incendies faisaient toujours rage. De là, par Elvaux et Manaihant, ils parvinrent à Petit-Rechain, puis furent accueillis par les autorités communales de Dison et provisoirement installés dans une maison de la rue de Rechain.<br /> <br /> Ces atrocités allemandes de l9l4 traversèrent mon esprit tel un éclair fulgurant, cependant que je bondissais de mon lit, en cette aube radieuse du 10 mai 1940. Enfilant en vitesse mes vêtements, je courus à la fenêtre, où m'attendait un spectacle tout nouveau pour moi: des dizaines d'avions passaient à haute altitude, volant plein Ouest et laissant, sur l'azur du ciel, de longues traînées blanches de condensation. A travers leur intense bourdonnement, je perçus tout d'abord les voix familières des voisins, eux aussi réveillés et scrutant le ciel. "Regardez un peu ici !" "Regardez un peu là-bas !" Toute la maison était d'ailleurs en émoi. Mon frère Joseph dévalait de la mansarde où il couchait. Ma soeur Berthe quittait tout juste la chambre qu'elle partageait avec ma grand'mère maternelle, tandis que ma mère s'efforçait, tout en l'habillant, de rassurer mon petit frère Henri, infirme de 4 ans et demi, incapable de se lever sans aide, et dès lors plus traumatisé que quiconque par ce remue-ménage inquiétant. Je fus bientôt dans la rue, où mon père s'était joint aux nombreux badauds intrigués. Il était, je pense, environ 5 heures du matin. Les escadrilles continuaient à passer imperturbablement. De temps à autre, comme pour rectifier son alignement dans la formation, un avion virait en miaulant, puis le ronronnement reprenait son rythme régulier, menaçant...<br /> <br /> Le temps passait vite, tandis que la nouvelle courait de bouche en bouche: "C'est la guerre !" Une nouvelle dont nul ne connaissait l'origine. Mais qui donc prétendait que c'était la guerre ? Car, quelle était la nationalité de tous ces avions ? Où allaient-ils ? D'où venaient-ils ? Du reste, Adolf Hitler, Führer de l'Allemagne, ne venait-il pas encore de garantir, de la manière la plus formelle, la neutralité de la Belgique ? Si bien que la veille, le jeudi 9 mai, toutes les permissions et congés avaient été rétablis dans les casernes belges. Et, dans une atmosphère dès lors plus sereine, André BASTAGNE, fiancé de ma sœur, soldat-milicien de la classe l939, avait regagné la caserne du fort de Battice après nous avoir dit - on l'évoquerait plus tard comme une sorte de prémonition - : "Jusqu'à demain...ou après...ou après...ou après...". De toute manière, dimanche ce serait la Pentecôte, une fête de deux jours que la température véritablement estivale rendait pleine de promesses.<br /> <br /> On se rappela subitement - mon futur-beau-frère l'avait déclaré maintes fois - que l'incendie des baraquements/caserne abritant la garnison de Battice serait le signe confirmant avec certitude l'état de guerre. Je courus aussitôt sur la chaussée de Battice, jusqu'à l'endroit dénommé "Pont d'Arcole", près du château d'eau de Petit-Rechain. De ce lieu situé à moins de 100 mètres de notre habitation, la vue portait, au N-E, jusqu'aux abords de Battice. Quelques villageois du coin fixaient l'horizon, atterrés, incrédules: les baraquements du fort de Battice étaient en flammes ! Le ciel était entre-temps redevenu silencieux, mais le doute ne semblait pourtant plus permis: c'était la guerre. Et j'avais très peur...</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/casernebattice1.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Casernes marquées de la lettre X</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Je ne mangeai rien, ce matin-là; tout au long de mon existence, il en serait d'ailleurs ainsi dans mes moments d'intense émotion. Ma soeur "tchoulait" (pleurait) beaucoup. Ce n'était qu'un début, mais ne comprenant encore rien à l'Amour, j’allais devoir m’y habituer..<br /> <br /> <strong>Vendredi 10 mai 1940</strong>, six heures du matin. Une détonation déchire un silence sans cesse plus pesant: le fort de Battice ouvre le feu ! Des années plus tard, on apprendrait que la première victime de ce premier coup de canon avait été...le Commandant du fort, le Major Bovy, dont une rue de Battice honore la mémoire pour les générations futures. Gravement malade et hospitalisé à l'Hôpital Militaire St-Laurent à Liège, il avait, dans la nuit, exigé d'être, sans délai, ramené au fort; et alors qu'il transmettait à la coupole l'ordre du premier tir, il avait été foudroyé par une crise cardiaque.<br /> <br /> Mais le décor était planté; on pouvait lever le rideau sur la deuxième tragédie du 20e siècle. Ainsi, ce fort, ce géant de béton et d'acier dont les pieds prenaient appui à quelque 35 mètres sous terre et dont les massives casemates avaient tant de fois exalté mon imagination d'enfant, il allait servir, comme ses semblables de la ceinture fortifiée de Liège en l9l4, à barrer aux Allemands la route de Paris ! Essayer, à tout le moins...<br /> <br /> Ma soeur se décida à aller aux nouvelles chez les parents de son fiancé; ils habitaient à peu de distance, au terminus même du tram n° 2 "Rechain-Dison-Stembert" (ce bon vieux tram ronronnant, appelé, par le "progrès", à être remplacé en l962 par un autobus polluant...). Eux savaient parfaitement à quoi s'en tenir. Et il s'avéra que c'est par eux que s'était propagée dans le village, jusqu'à nous finalement, la fatidique nouvelle "C'est la guerre". Voici comment: Au Fort, André BASTAGNE avait été commandé, dans la nuit, pour descendre à vélo jusqu'à Verviers, afin de remettre en mains propres à une douzaine de militaires de carrière, l'ordre de rejoindre d'urgence. Mission accomplie, il était parvenu, en tirant quelques coups de pistolet, à... réveiller ses parents pour les informer. Après leur avoir abandonné sa bicyclette, il avait arrêté une voiture automobile pour regagner Battice au plus vite. D'abord incrédule, et supposant même, face au pistolet braqué, qu'il était l'objet d'une agression, le chauffeur (qui se rendait en vacances...) s'était exécuté, avait donc fait demi-tour à l'entrée de Battice et était reparti vers Verviers, pleins gaz...<br /> <br /> Nous attendions impatiemment le "journal parlé" de la radio; de l'INR, ainsi qu'on désignait alors la radio "nationale" avant qu'elle devînt la R.T.B., puis en l977 - reconnaissant enfin notre véritable identité d'enfants de la France - la r.t.b.F...<br /> <br /> A 6 heures 30, succédant à l'indicatif musical familier (quelques notes de "Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille", de Grétry) et à la ritournelle de notre mensonger et macabre hymne "national", une voix grave sortit de notre premier récepteur de T.S.F., un SBR que mes parents avaient acheté en été l938, alors qu'un certain Hitler, synthèse des nouvelles aspirations "touristiques" du peuple allemand, commençait à se mettre en vedette de l'actualité politique. <br /> Quarante ans plus tard, je ne me souviens plus de tout ce qu'a pu raconter ce "journal parlé" historique, mais je garantis, mot pour mot, l'exactitude de sa première phrase, jaillie par tant de fenêtres déjà ouvertes sur un matin radieux: "Sans ultimatum, sans note, l'Allemagne a attaqué ce matin, la Belgique, la Hollande, et le Luxembourg". <br /> Dans le même communiqué, une autre phrase nous frappait comme une agression personnelle car elle concernait le terroir ancestral: "La gare de Jemelle est en flammes". Ce fut à partir de ces informations de source officielle que le village prit une physionomie nouvelle. Bientôt, les premiers fuyards se mirent à passer vers l'Ouest, à pied, à vélo, en voiture parfois. Isolément ou par familles entières, lourdement harnachés de sacs, ployant sous d'énormes valises, à la fois muets d'inquiétude et ravis d'être en route...vers l'Inconnu. C'est quand je voyais passer ces gens que ma propre détresse augmentait, car, fort curieusement, c'est dans la présence de tiers que je trouvais quelque réconfort. Ma famille seule ne me rassurait pas, et je ne cessais de gémir pour que l'on se mît en route, nous aussi, comme un tel, comme les X, comme les Y, comme les Z, que je venais de repérer dans le cortège sans cesse plus nombreux des heureux "partants". Mais j'avais beau pleurer et supplier, mes parents semblaient indifférents à la panique se généralisant, tout au moins au réflexe moutonnier bien connu. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi mon père, témoin de la barbarie allemande en l9l4, ne paraissait pas la redouter en 1940. Peut-être n'était-ce que l'appréhension de falloir courir les routes avec son enfant infirme, qui motivait ses hésitations.. ( ? ).<br /> <br /> L'exode moderne, celui de 1940, était donc bien en cours, sur un fond de détonations de plus en plus nourries lesquelles, nous parvenant des quatre points cardinaux, indiquaient que l'artillerie de Battice n'était plus seule dans la danse. Tantôt, c'était un coup sonore et sec tel un coup de départ, tantôt c'était comme le rugissement d'une arrivée, où on croyait même parfois déceler une dégringolade de pierres et de briques. Où ? Impossible de le supputer. Des avions vrombissaient à nouveau très haut dans le ciel, mais plus dispersés qu'à l'aube. Pas un instant, l'idée ne m'effleura d'aller voir si l'école était ouverte, alors que l'heure de m'y rendre était déjà passée: les événements rendaient cette chose dérisoire.<br /> <br /> Ce matin-là, Walthère DEROUAUX, le brave garde champêtre de Petit-Rechain, avait fort à faire, on le devine. Il courait partout, l'air grave et soucieux. Il vint chez nous pour notifier à mon grand frère Joseph (l8 ans et demi), l'ordre de se présenter au rassemblement des jeunes gens du village, évacués obligatoires parce que proches de l'âge de porter les armes (officiellement désignés comme C.R.A.B.). Peu après, ayant réuni un peu de linge et quelques victuailles, Jojo nous embrassa et alla rejoindre ses camarades; un autobus du "Garage du Perron" les emmena vers une destination inconnue. Mes onze ans ne perçurent évidemment pas combien ce départ fut pénible pour mes parents, voyant leur fils - un enfant encore - déjà et brusquement sélectionné pour la guerre, pour la mort peut-être. Le départ de "grand frère" me troubla donc peu, me valut même un brin de jalousie pour celui que son âge habilite à "rendre les coups", et...accrut encore ma peur ainsi que mon exaspération devant mes parents toujours indécis. Sans cesse dehors et constamment aux aguets, je ne perdais rien des préparatifs des voisins proches, ni de leur départ. Lentement, inexorablement, le quartier rue de Battice (la nôtre !), rue de Dison, rue Bonvoisin, rue L-B Dewez, place Xhovémont, se vidait de ses habitants. Seuls restaient généralement quelques vieillards, inconscients du danger ou peu attachés à un avenir que l'âge...plaçait déjà fort loin derrière eux.<br /> <br /> Quelques soldats belges à vélo arrivèrent de la direction de Dison; harassés par l'effort de la montée sous un soleil déjà ardent, ils mirent leurs fusils en faisceaux et se laissèrent choir juste sur le trottoir assez large qui courait devant nos fenêtres, dans l'ombre de la maison. C'étaient des gars porteurs du béret bleu foncé; on les appelait des "garde-frontière". A mon vif désappointement, ils ne tardèrent pas à se remettre en route, vers Battice.<br /> <br /> Puis ce fut l'arrivée inopinée du frère de ma mère, mon oncle Albert FASSOTTE. Tôt le matin, à vélo, avec ma tante Louise transportant ma cousine Irène (5 ans et demi), il avait quitté son domicile de Herbesthal, commune de Lontzen - territoire assurément prussien, objet des manigances des politiciens de l8l5 et de l9l8 - que les Allemands n'allaient pas tarder à récupérer en priorité; après avoir mis en lieu sûr femme et fille chez ma tante Barbe et marraine, rue du Paradis à Andrimont, il venait embrasser sa mère avant d'aller faire son devoir.<br /> <br /> Je n'appréciai guère la visite de l'oncle, compte tenu du nouveau retard qu'elle apportait à notre éventuel départ: décidément, seuls les membres de ma famille ne semblaient pas pressés de fuir vers l'Ouest. On discuta des événements, des perspectives, des nouvelles et des rumeurs. Que de temps encore perdu, alors que, pour sûr, les Barbares s'avançaient vers nous!<br /> <br /> Enfin, décidée, en tout état de cause, à se retirer dans sa maison qu'elle possédait encore "à Halleur", actuelle route de Mariomont, territoire de Stembert, ma grand'mère s'ébranla, bientôt suivie par son fils. Quelle heure était-il à ce moment ? Dix heures du matin, je pense.<br /> <br /> Ma soeur avait rapporté la nouvelle que les parents de son fiancé se préparaient à partir, eux aussi. Mes parents décidèrent alors que nous partirions ensemble. Alleluia ! On ne dut pas insister pour me faire aider aux préparatifs, lesquels furent seuls capables de me faire quitter le rue, où j'errais depuis l'aube. Les choses à emporter ne manquaient pas, d'autant que dans l'appréhension lucide de la dernière, la toute dernière guerre (pour préserver, selon la motivation classique, les valeurs de la civilisation chrétienne), ma mère avait stocké au rez-de-chaussée (réservé à ma grand'mère car nous occupions alors l'étage de l'annexe de la maison),notamment, des haricots, du sucre, du macaroni, du savon même. Mais pour ne pas avoir bien compris le problème des priorités, j'eus droit à une sévère réprimande à l'instant où je glissais sereinement dans l'une des valises,...mes albums d'images "Chocolat Aiglon" ! C'était, à l'époque, tout mon patrimoine mobilier. A regret, je dus retirer mes albums.<br /> <br /> Et le chat ? Un beau "Arlequin" qui me regarda, fort perplexe, quand, dûment autorisé, je lui allongeai dans le coin de notre petite cour, un énorme beefsteak qui…ne lui était normalement pas destiné..<br /> <br /> Toutes dispositions prises...sauf - erreur funeste - retirer de notre petite vitrine rue Bonvoisin, quelques bouteilles de liqueur et d'alcool dont nous avions un dépôt, on ferma les portes à double tour et on partit. Enfin ! Il était plus d'onze heures. A l'affût près de la fenêtre de leur appartement au 2e étage rue Nicolas Arnold, les parents du fiancé de ma sœur nous virent descendre la rue Laurent-Benoît Dewez, et ils se joignirent aussitôt à nous, avec leur chien cocker qu'on appelait "Roda". Ma mère conduisait une poussette où "Lily" (ainsi avait-on toujours désigné mon petit frère Henri) se recroquevillait toujours davantage à chacune des détonations qui continuaient à accompagner notre progression vers le village de Grand-Rechain. D'où tirait-on ? Sur quoi ? Impossible de le deviner. Mon père conduisait une autre poussette, de construction plus sommaire, dont les accoudoirs supportaient deux énormes valises pleines à craquer. Ma sœur Berthe cheminait, tenant son vélo à la main. J'emmenais, moi aussi, mon vélo, tantôt marchant à côté, tantôt roulant quelques dizaines de mètres en avant de notre petit groupe. Des couvertures étaient arrimées sur chaque porte-bagages. Il faisait un temps superbe et déjà chaud, mais ma satisfaction fut de brève durée. <br /> A peine avions-nous dépassé la place du village de Grand-Rechain que nous butions contre l'une de ces obstructions déjà préparées depuis de longs mois, et qu'on appelait une "chicane": énorme mur à peine interrompu, barrant la route de part en part, quasiment d'une façade à l'autre ! Impossible, avec une poussette, de se faufiler de l'autre côté... Le temps des adieux était donc déjà arrivé.<br /> <br /> A cinq, nous nous dirigeâmes vers le cimetière de Grand-Rechain, direction Tribomont. Mes parents paraissaient avoir décidé de gagner Cornesse dans un premier temps. A Cornesse en effet, quelques mois auparavant, ils avaient acheté (dans l'angle N-O de la place de l'Eglise, un peu en retrait) une vieille maison à restaurer. Complètement désemparés par la maladie de Lily (sur laquelle les médecins ne pouvaient...ou ne voulaient mettre un nom), ils caressaient le chimérique espoir que "le bon air" de Cornesse arrangerait les choses. Depuis les premiers signes du printemps, mon père passait tous ses loisirs dans cette vieille bicoque. Le dimanche après-midi essentiellement, dès fermeture de son salon de coiffure, il enfourchait son vélo traînant une petite remorque bricolée, où s'entassaient seau, pelle, bêche, râteau, et objets divers jugés utiles aux travaux en cours; il ne reparaissait qu'à la tombée de la nuit. Certains jours, après son travail à Ensival, Jojo, mon grand frère, se rendait également là-bas où il avait entrepris le renouvellement intégral de l'installation électrique.<br /> <br /> C'est donc à Cornesse qu'on allait, nous éloignant du secteur d'opérations du fort de Battice...pour nous enfoncer dans celui du fort de Tancrémont, qui, lui aussi, y allait de bon cœur. Banggggg! Banggggg ! A chaque nouvelle détonation, nous courbions instinctivement l'échine et accélérions l'allure. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère, cependant que Lily, qui avait demandé qu'on relevât la capote de sa poussette, s'y engonçait toujours un peu plus, muet de peur. Berthe sanglotait de temps à autre; comme moi, elle eût souhaité poursuivre la route avec les parents d'André, dont la compagnie, sans doute, la rassurait quelque peu, elle aussi. Hélas, la chicane avait modifié le programme, si tant est qu'on pût parler de programme. Car, alors que, laissant sur notre gauche le Château de Sclassin, nous coupions la route Ensival-Soiron, ma mère décida... qu'on allait s'arrêter à l'Hospice St-Germain tout proche, pour y saluer la cousine Catherine ! D'un âge fort avancé, cette personne était, je pense, une cousine germaine de Barbe, ma grand'mère maternelle, et ROUFOSSE comme elle. L'une ou l'autre fois, elle nous avait rendu visite à Petit-Rechain, mais, à mon sens, cela ne constituait pas une excuse valable pour retarder davantage, en ces heures graves, une progression qui m'avait tout l'air d'un "chemin de croix". La vue de la cousine Catherine m'agaçait d'ailleurs toujours prodigieusement, et l'impitoyable cruauté de mon âge se trouvait encore exacerbée par l'atmosphère menaçante de ce 10 mai 1940. Pourquoi ? Eh bien parce que la cousine Catherine, ma parente, outre sa très petite taille, sa tête toute menue, son visage profondément ridé et sa bouche édentée, avait un crâne aussi glabre que Yul Brynner... et qu'elle "camouflait" par un vilain filet aux mailles épaisses ! Un filet de camouflage, quoi... <br /> <br /> Pendant les palabres prévisibles, je trompai mon impatience en faisant à vélo quelques tours au-devant de la Maison de Retraite.<br /> <br /> Enfin, on se remit en route et on atteignit Cornesse, qui semblait abandonné de presque tous ses habitants. Contrastant avec la chaleur qui régnait à l'extérieur, une fraîcheur quasi bienfaisante nous assaillit dès le seuil de notre future maison; impression à quoi se substitua bientôt une odeur de renfermé, de vieux, de plâtre, et de ciment, qui était habituelle à l'endroit. On commença par descendre dans la cave, le vélo de Berthe, puis le mien. On se débarbouilla sommairement, et, sans doute, prit-on quelque nourriture, la première de cette journée, pour ce qui me concerne. On en profita pour inspecter l'état d'avancement des réparations en cours; rentrant brusquement dans la première pièce, là où quelques jours plus tôt, mon frère avait posé interrupteurs et prises de courant, j'y surpris mes parents pleurant doucement... Car où était Jojo, à cette heure ? Mais sapristi, qu'est-ce qu'on a bien pu foutre là, dans cette maison/chantier, pour parvenir seulement en début de soirée, via "Cromhaise" et le chemin du Bois d'Olne, sur la route de Soiron à Nessonvaux, au carrefour de la route de Froidbermont/Olne. A cet endroit précis, nous eûmes la surprise de rencontrer Monsieur MOXHET, père de mon petit camarade Henri. Arrivant de Kortrijk (!) où sa profession le retenait tout au long de la semaine, il se traînait vers son domicile de Petit-Rechain, où sa famille résidait place Xhovémont. Traversant l'agglomération de Nessonvaux/Fraipont, nous arrivâmes, par la nationale 39, à la chaussée Verviers-Liège, la nationale 3l. Mon père nous désigna sur la gauche, une maison, à l'intersection même de ces deux voies publiques: c'était la maison, déserte et fermée, de sa sœur, ma tante Mariette épouse d'Alexis DERREZ (à cause de ces classiques et absurdes brouilles qui déchirent les familles, je ne devais faire sa connaissance qu'en l945).<br /> <br /> On tourna à droite vers Liège, suivant à présent la vallée de la Vesdre, plein Ouest enfin ! Les collines entre lesquelles nous avancions répercutaient sinistrement, en un grondement sans fin, le bruit du canon. Comme les vélos avaient été intentionnellement planqués à Cornesse, Berthe et moi avions les mains libres pour, de temps à autre, aider à propulser la poussette de Lily ou celle qui transportait tous nos biens. On avançait en silence, aussi vite qu'on pouvait, précédés et suivis de groupes d'autres fuyards pareils à nous-mêmes. <br /> On atteignait, à ce moment précis, l'extrémité Ouest de l'endroit dénommé "Longtrat", là où la voie ferrée tangente la route; nous suivions d'assez près un groupe au sein duquel, sur une charrette à main, un vieillard était étendu. Mon père ralentit quelque peu l'allure et nous souffla, à voix basse: "Lu pôv' vî homme vé d'mori..." .( le pauvre vieillard vient de mourir…). Ce fait allait demeurer gravé dans ma mémoire, et, au fil des années, j'eus plusieurs fois le désir de satisfaire ma curiosité. Qui était ce malheureux dont, sans nul doute, le décès avait dû être déclaré à la mairie du lieu, celle de Forêt en l'occurrence ? C'est en l977 que l'occasion m'a été donnée d'apprendre, par l'acte de décès, qui était ce pauvre vieux: "MINEUR Jacques Paschal, veuf PIRON Marie, né à Verviers le 6 septembre l868, domicilié à Verviers, rue de la Vesdre, l2, décédé à "Longtrat" le 10 mai 1940 à 6 h et demie du soir".<br /> <br /> Ma mémoire n'a pas retenu qui ou quoi, à l'entrée dans Trooz, nous a dirigés vers l'école du hameau de La Brouck, déjà envahie par de nombreux "réfugiés"; ni si nous absorbâmes là, en guise de souper, quelque nourriture. Il m'est resté, par contre, que nous passâmes la nuit dans une classe, recroquevillés sur l'estrade, assurément trop étroite, où ma mère avait étendu une couverture. Ainsi, en l'espace de quelques heures, une classe de l'école de La Brouck était devenue la chambre à coucher commune de gens venus d'un peu partout, nivelés par la peur, l'angoisse du lendemain. <br /> De formidables détonations se succédaient quasi sans interruption, des "bangggggggg" secs et sonores accompagnés de fulgurants éclairs; des initiés les attribuaient aux canons du fort de Chaudfontaine, accroché, en effet, tout là-haut, presque au-dessus de notre misérable abri. Détonations et longs éclairs se suivaient comme en un effroyable orage. Ces lueurs menaçantes me donnaient l'occasion d'apercevoir un bref instant mes voisins; parfois, c'était le faisceau de la lampe de poche de quelqu'un qui se rendait aux toilettes. Mon petit frère Lily devait être "mort de peur"; "Maman !?" chuchotait-il sans cesse. "Je suis là, mamé", répondait ma mère tout en s'évertuant, rassurante, à saisir sa pauvre petite main de myopathe à l'avenir si court... Des bébés pleuraient. Tout cela avait quelque chose d'hallucinant, d'irréel. La nuit me parut interminable bien qu'on ignorât de quoi serait fait le lendemain. Meurtri par une position inconfortable, j'aspirais tout naturellement à me lever et à partir, à fuir plus loin. Ma vieille habitude d'avoir l'appétit coupé par un événement dramatique joue, une fois de plus, un sale tour à ma mémoire puisque, pas plus qu'au soir du 10 mai 1940, je n'ai, semble-t-il, ingurgité quoi que ce soit à l'aube du 11 mai ! Ce n'est pas possible assurément.<br /> <br /> Nous nous remîmes en route, très tôt sans doute, débouchant sur la nationale 3l, direction "Liège", par la passerelle des "Laminoirs de la Rochette" (chaque fois, la vue de cette passerelle déclenche dans ma tête, la projection du film de ces mémorables journées). On avançait bien, courant parfois une dizaine de mètres lorsqu'un crépitement insolite y incitait naturellement. Je n'éprouvais nulle fatigue, l'énergie étant fournie par mon souci de distancer l’envahisseur, que je ne connaissais encore que de réputation. On finit par arriver à hauteur du pont de Fragnée, vers lequel de nombreux civils se précipitaient. Une clameur nous parvint alors plus précise: "Allez, allez, dépêchez-vous, le pont va sauter !" criaient une poignée de soldats belges. On fonça, tête baissée, vers l'autre extrémité du pont puis on se dirigea vers Cointe, au hasard des rues. Rafales. Des balles me semblèrent frapper le pavé à peu de distance, avec un claquement sec. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère. Bien que la rue monte, on accélère l'allure. Vers la fin de l'avant-midi, nous progressions dans la rue St-Nicolas, où, comme en d'autres lieux, des gens sur le seuil de leur habitation regardaient passer, apitoyés, les groupes de ceux qu'on appelait des "évacués". <br /> Une petite femme laide, bossue, nous regarda alors que nous faisions halte un court instant sur son trottoir pour rajuster quelque peu le chargement de valises déséquilibré par les cahots. Sans doute jugea-t-elle Lily bien grand pour occuper une poussette puisqu'elle demanda à ma mère: "Qu'a-t-il, Madame, votre petit garçon ?" "Il ne marche pas !" répondit ma mère. "Mon Dieu ! Mais ne continuez pas, cela ne sert à rien. Entrez chez moi..." dit-elle alors. Nous étions prêts à poursuivre notre chemin, mais elle se fit si gentiment insistante qu'après quelques instants d'hésitation, nous nous retrouvions, chez elle, l'objet du plus généreux empressement. Cette petite femme (née en l897), laide, bossue, mais au grand cœur, c'était "Germaine" BOURDOUXHE, rue St-Nicolas, 458, à Liège. <br /> Au rez-de-chaussée; la maison comportait une chambre à coucher en façade; une petite cuisine y faisait suite, donnant sur une cour. Au fond de cette cour et dans le prolongement du vestibule, un arrière-bâtiment abritait des locataires, un ménage de vieux pensionnés du nom de BERX, avec Virginie, leur fille célibataire. Un carrelage mural blanc ajoutait à l'exquise propreté de la cuisine où nous nous trouvions non seulement à l'étroit mais quelque peu gênés; beaucoup d'images pieuses et aussi, encadré, un poème célèbre consacré à la mère. Poème qui se terminait par: "Et le seul mal qu'elle puisse jamais nous faire, c'est de mourir et de nous abandonner...".<br /> Faut-il dire que la nouvelle situation ne "m'arrangeait" pas, mais alors pas-du-tout ! Ne faisant pas plus d'étapes que nécessaire, les Allemands allaient sûrement apparaître d'un moment à l'autre. Et puis ...toujours et plus que jamais traumatisé par la perspective de devoir ingurgiter des aliments non préparés par ma mère, je me demandais avec angoisse quel serait le premier menu là où nous nous trouvions à pension complète. Plus aucun souvenir ne me reste à cet égard. Probablement parce que, en revanche, je me rappelle très bien qu'ayant jugé très vite les qualités ménagères de ma mère, Madame Germaine lui avait aussitôt délégué tous pouvoirs pour diriger l'intendance, éliminant, du même coup, mes appréhensions particulières.<br /> <br /> Des gens, dans les équipages les plus divers, continuaient à se traîner vers l'Ouest. On entendait de fréquentes détonations dont nous ne pouvions déterminer la nature et l'origine. Nous étions sans nouvelles des combats, et, trop souvent à mon gré - je l'ai déjà dit - ma sœur versait des larmes sur le sort inconnu de son fiancé. Quelle était la situation du fort de Battice, que je n'hésitais pas, dans mon exaltation de gosse, à considérer véritablement comme "mon fort?! Reprenant mes habitudes d'indépendance, je ne tardai pas à effectuer des reconnaissances aux environs, rendant mes parents légitimement inquiets, car, sans nul doute, sur le territoire de Liège, rempart de Paris contre les Allemands, rempart de la France, le danger était partout présent. Reconnaissances peu excitantes d'ailleurs, puisque ce n'étaient que rangées monotones de maisons aux façades noircies, partiellement descendues dans le sous-sol instable truffé de galeries de mine; que halls d'usines; que terrils; que rues inégales en gros pavés, courant à travers des quartiers gris et tristes que la lumière intense d'un printemps toujours radieux ne parvenait pas à me rendre sympathiques. ô, Petit-Rechain ! ô, vertes prairies de mes ébats !<br /> <br /> Deux de ces reconnaissances apportèrent néanmoins quelque chose de concret. D'abord, j'eus l'occasion d'acheter dans une petite épicerie toute proche, le dernier bâton de chocolat ; c'était de l'excellent chocolat fondant, marque "Robin des Bois". Ensuite, je tombai pile sur un monsieur qui n'était autre que mon oncle Constant (frère de mon père), qui s'inquiéta de me voir circuler seul. A l'instar de nous mêmes et pas bien loin d'ailleurs, il était hébergé avec sa famille chez d'autres Liégeois au cœur généreux. Rencontre fut convenue, avec promesse de passer chez lui à Bois-de-Breux/Jupille s'il nous arrivait de nous replier vers l'Est, ce dont il n'était pas question à ce moment ! Je flânais un peu dans toutes les directions. De l'extrémité de la rue de la Coopération, on apercevait au loin la ronde d'avions allemands en piqué sur ce que Madame Germaine affirmait être le fort de Hollogne-aux-Pierres. Plusieurs fois, un vacarme insolite nous fit plonger dans la cave; protection combien illusoire puisque, non seulement elle n'était pas voûtée, mais assise sur un sol véritablement mouvant, où, selon Madame Germaine, on pouvait entendre parfois le bruit des mineurs au travail juste au-dessous ! <br /> <br /> Nous couchions dans la pièce en façade, au rez-de-chaussée, Madame Germaine à l'étage. Ma place était au pied du lit et en travers ! La fenêtre à rue était grande ouverte, mais on avait complètement descendu le volet mécanique. Il faisait chaud, l'air manquait, et, malgré mon jeune âge, dormir consistait à attendre le jour... <br /> <br /> Une nuit, (je pense que c'était celle du l2 au l3 mai, notre deuxième nuit rue St-Nicolas), un charroi infernal passait en trombe devant la maison, et, de temps à autre, on entendait vociférer en allemand. Tout à coup, quelqu'un heurta violemment du poing contre le volet en criant avec impatience: "Le chemin te Pièrzè !?" "Le chemin te Pièrzè !?"... Bref instant de panique générale dans notre "chambre à coucher" plongée dans la plus totale obscurité; puis, retrouvant des aptitudes linguistiques sans emploi depuis un quart de siècle (et trouvant en même temps le chemin de Bierset...), ma mère cria: "Gerade aus !" (tout droit). Lorsque le jour parut, je pus voir, pour la première fois de mes propres yeux, des soldats allemands... Ainsi, sans nul doute, la Meuse était franchie par l'ennemi et notre exode n'avait plus aucun sens, mais des nouvelles ou rumeurs contradictoires empêchaient mes parents de décider le retour à Petit-Rechain.<br /> <br /> Semblant trouver quelqu'agrément (ou sécurité ?) en notre compagnie, Madame Germaine ne semblait guère pressée de nous voir déguerpir. Néanmoins, le <strong>mercredi 15 mai 1940</strong>, échos, rumeurs, "nouvelles" recueillis au hasard des conversations affirmaient que tous les forts de la position fortifiée de Liège s'étaient rendus, ce que permettait de croire un imposant charroi militaire allemand poussant vers l'Ouest, quasi sans interruption. On entendait bien tonner le canon, mais sans pouvoir déterminer d'où cela provenait. Mes parents décidèrent alors qu'on rentrerait à Petit-Rechain le lendemain.<br /> <br /> <strong>Jeudi l6 mai 1940</strong>. La matinée se passa en préparatifs, puis, après le repas de midi, on prit congé de Madame Germaine. Cette fois vers l'Est, les deux poussettes se remirent à cahoter sur les pitoyables voiries du quartier des "Bons Buveurs". On fit une brève halte place St-Nicolas, pour dire au revoir à Madame Henriette, autre Liégeoise au grand cœur, amie de Madame Germaine chez qui on avait fait sa connaissance. La guerre n'ajoutait manifestement rien au drame qui avait marqué la vie de Madame Henriette: quelques années auparavant, sa fille unique (dont la photo trônait partout dans l'appartement) était morte à l'age de l9 ans. Ma mère n'avait plus que sept mois, jour pour jour, avant de vivre une expérience similaire; quant à moi, indifférent, j'avais encore 37 années de répit ! <br /> <br /> Mon père semblant avoir une bonne connaissance des rues de l'agglomération liégeoise, on atteignit sans difficultés la rive de la Meuse, aux environs de l'actuelle passerelle Saucy. J'aperçus le pont des Arches, dont les arches trempaient lamentablement dans les eaux du fleuve; il avait sauté comme tous les autres, aussi fut-ce dans un grand "bac" qu'on passa sur la rive droite. Via Bressoux, on gagna Jupille où, - chose promise, chose due, - on se rendit chez l'Oncle Constant HERMAN, rue de Bois-de-Breux, 33l. On grimpa ensuite vers Fléron...où une grosse surprise nous attendait quand on parvint au carrefour de la chaussée de Battice et de la route vers Ayeneux: le fort de Fléron tirait rageusement, et, dans le même temps, une meute d'avions allemands piquaient à mort en direction de ses coupoles en miaulant . Quelques dizaines de mètres plus loin que le carrefour de la route vers Trooz, la chaussée était barrée par une chicane qu'on contourna en passant par une prairie dont la haie avait été interrompue dans ce but. Au moment où nous reprenions notre progression sur la chaussée, au-delà de la chicane, on apercevait les coupoles du fort de Fléron, flammes et fumée sortant des canons; les avions allemands déversaient leur cargaison de bombes, des mitrailleuses crépitaient. Ainsi, le fort de Fléron résistait toujours, et à vrai dire, nous en étions si proches que notre situation était assez périlleuse... Courant plutôt que marchant, on atteignit le village d'Ayeneux. Près de l'église, qui n'était plus qu'un énorme amas de pierres et de briques, mon père rencontra fortuitement un Hervien de ses connaissances. Hagard, comme hébété sans qu'on en pût deviner le motif, l'homme nous supplia de ne pas poursuivre notre route: "Arthur, nu vass' né pu lon; c'est comme en quatwasse, les Allemands touwè to'l monde !". (Arthur, ne continue pas, c’est comme en 1914, les Allemands tuent tout le monde !). Peut-être mon père revit-il en pensée, un bref instant, les dramatiques événements relatés au début du présent récit; il n'en laissa toutefois rien paraître, et l'on continua, par le Thier du Grand Hu et la chaussée de Wégimont, vers Soumagne. Le temps demeurait obstinément beau, et l'air était encore chaud en début de soirée, tandis que nous montions la route du "Bois Levêque", vers Xhendelesse. A l'entrée de ce dernier village, comme la soif se faisait sentir, mon père suggéra une brève halte au "Café Brouwers", où j’avalai, quant à moi, un verre d'eau gazeuse additionnée de menthe. Le canon tonnait toujours, au loin. Qu'était-ce ?<br /> <br /> Les deux poussettes se remirent à cahoter sur la route inégale et poussiéreuse. Cours-à-Xhendelesse, Stockis, Grand-Rechain. Comme abandonné, ce village était silencieux et désert. Le soir tombait. Quand on sortit du dernier virage, à hauteur de la ferme Depairon, l'image de l'occupation ennemie nous apparut comme une authentique réalité: une patrouille gravissait lentement la rue de Grand-Rechain. On croisa, avec un peu d'inquiétude, ces soldats vert-de-gris, casqués, impassibles, arme à la bretelle, dont les lourdes bottes noires martelaient sinistrement le sol, en cadence. Il était environ 20 heures 30. Comme Grand-Rechain, notre village semblait, lui aussi, déserté par toute sa population, mais dès que nous arrivâmes sur le trottoir de notre maison, notre voisin (et tailleur) Jacques DELHASE accourut au-devant de nous. "Venez chez nous, dit-il, vous ne sauriez pas rentrer dans votre maison; les Allemands s'y sont introduits et ont tout pillé. L'Administration communale a fermé et scellé les portes en attendant votre retour...!" . Une vieille dame demeurant en face, Mlle FRAIPONT, vint alors nous raconter la frayeur qui s'était emparée du quartier lorsque, ayant repéré dès leur arrivée, les quelques bouteilles d'alcool que mon père avait malencontreusement laissées en vitrine (côté rue Bonvoisin), des soldats ennemis avaient forcé notre porte...pour ressortir peu après, ivres et menaçants! Dans l'immédiat, c'était, pour nous, l'impossibilité de rentrer avant le lendemain. Force fut donc d'accepter l'invitation d'hébergement chez Monsieur et Madame DELHASE, qui nous informèrent que le fort de Battice tenait toujours... On commençait d'ailleurs à s'en douter, attendu que la canonnade ne cessait pratiquement pas. Le campement s'organisa donc chez DELHASE; comme lit, il m'échut (au rez-de-chaussée) une table ronde, bien sûr trop courte, d'où je me levai tout ankylosé, dès que je le pus, <strong>le l7 mai l94O.</strong> Sur requête de mon père, le garde champêtre DEROUAUX vint remettre à notre disposition, notre maison quittée juste une semaine plus tôt. Quelle semaine !<br /> <br /> Alors on fit l'inventaire. Haricots, riz, sucre, savon, que ma mère avait prudemment stockés, avaient disparu. Aussi, cela va de soi, le stock commercial de vins, liqueurs, alcools, tabacs, cigares, et cigarettes. Les Huns avaient aussi emporté une dizaine de livres qui s'ennuyaient dans la mansarde: des oeuvres de Schiller, de Goethe, et de Lessing, imprimées en gothique (brrrr !), que ma mère détenait depuis son séjour en Allemagne, avant l9l4. Le poste récepteur de radio ne fonctionnait plus; manifestement, il avait été intentionnellement branché en 110 volts sur le secteur 220, pour être mis hors d'usage. Enfin, le dessus du meuble appelé "dressoir" nous parut bizarre. Sa petite étagère avait, en effet, été délestée de son ornement: 4 fois 5 cartouches de guerre sur languette-chargeur, que ma mère avait reçues de son frère Henri, après l'autre guerre. Belles et longues cartouches allemandes qu'elle astiquait soigneusement au "Sidol" presque chaque semaine (travail que j'assumais parfois). Cartouches assurément reparties pour l'Allemagne devenue "le Grand Reich"...<br /> <br /> Le village était bourré de troupes et de matériel. L'école demeurant fermée, j'avais le loisir de déambuler partout et d'observer. Les Allemands "puaient" le cuir de leur équipement, une odeur que conserve, si j'ose dire, ma mémoire. Ils étaient très corrects, aimables presque; plus tard, j'apprendrais qu'ils avaient reçu la consigne de faire du charme avec les populations: pour commencer. Ils occupaient, notamment, le "Garage du Perron" juste en face de nos fenêtres d'où on les apercevait découpant d'énormes quartiers de viande sur une grande et massive table disposée tout au-devant. Une "cuisine roulante" postée au coin de la chaussée de Battice et de la place Xhovémont, exhalait un fumet de bonne soupe. Tout ceci n'avait sans doute pas échappé à la vigilance de notre chat. Le lendemain même de notre rentrée, on devait le trouver dans notre vieille remise, étendu sur sa couchette habituelle, les yeux vitreux, déjà presque sans vie. Une horrible plaie couvrait largement son dos dont le beau pelage noir-roux-blanc était maculé de sang. On supposa qu'ayant tenté de chaparder un bout de viande, Minet avait été fusillé par le boucher B...., boucher deux fois, histoire de se faire la main. Notre pauvre chat ne tarda pas à expirer, et mon père se mit en devoir de dépaver un demi-mètre carré de notre petite cour (on n'avait rien d'autre), pour l'enterrer.<br /> <br /> Papa avait rouvert son salon de coiffure, où des soldats allemands se pressèrent aussitôt; ils avaient soin de toujours placer leur chaise contre les portes d'accès au salon, sûrement pour éviter quelque surprise mortelle... Un silence gênant accompagnait le travail de mon père, parfois rompu par une initiative linguistique de l'une ou l'autre des parties: un ou deux mots d'allemand approximatif, un ou deux mots de français boiteux. La situation s'améliorait si ma mère entrait en scène avec des phrases complètes, parfaites, jaillies du souvenir de ses jeunes années. Alors les soldats ennemis "bavaient" d'étonnement admiratif à l'évocation de son séjour doré "in Oberschlesien" et à Berlin où elle avait vu le "Kronprinz", etc. Eux parlaient de cette "sale guerre voulue par les capitalistes anglais" !<br /> <br /> Mais ces palabres n'étaient, pour ma mère, qu'un astucieux préambule à une question importante: "Qu'allait-il advenir du fort de Battice, et quand ?" Lorsque les soldats apprirent ainsi que le fiancé de ma soeur y était, ils prirent un plaisir sadique à répéter sans cesse: "Battice, alles kaput, 5OO Toten !". Ma soeur recommençait tout aussitôt à pleurer.<br /> <br /> Entretemps, le fort de Battice continuait à remplir vaillamment sa mission, en collaboration avec son abri cuirassé d'observation, le MM3O5, situé à Manaihant. De temps à autre, un détachement allemand avec tout son arsenal fonçait vers le Nord, sur la chaussée de Battice (où je m'interdisais encore de m'aventurer, fût-ce jusqu'à hauteur du château d'eau); cela tirait, crépitait, puis, le détachement - ou ce qu'il en restait - dévalait en hurlant et en jurant, jusqu'au centre du village. Trois cadavres en uniforme gris furent mis en bière à 2O mètres de chez nous et immédiatement portés au cimetière, où ils demeurèrent inhumés quelque temps, avant de rejoindre ce cher Grand Reich qu'ils auraient mieux fait de ne jamais quitter. Un autre, officier probablement, fit aussi les frais de l'une de ces opérations contre "mon" fort. Celui-là reposa quelques heures parmi ses frères d'armes qui occupaient une grosse maison bourgeoise sise juste à l'angle de la place Xhovémont et de la rue Laurent-Benoît Dewez: la maison d'une vieille dame riche, et en fuite elle aussi, la dame Bastin. <br /> <br /> Flairant quelque chose d'exceptionnel, je grimpai à temps dans mon poste d'observation (une fenêtre de la mansarde) pour voir sortir un cercueil enveloppé du drapeau allemand noir-blanc-rouge, garde d’honneur et sonnerie de clairon.<br /> <br /> L'artillerie de Battice et d'ailleurs continuait de tonner, parfois de façon inquiétante. Dès notre rentrée en notre maison, on avait pris l'habitude de coucher tous dans le salon de coiffure, par terre sur des matelas que l'on reportait à l'étage chaque matin: je ne sais dans quelle illusion de sécurité, puisque, alors que la cave voûtée n'inspirait déjà pas confiance (5 cms d'eau recouvraient en permanence son vieux dallage branlant), coucher au rez-de-chaussée ne pouvait que nous valoir plus sûrement la mort par écrasement ! <br /> <br /> La tension nerveuse, l'angoisse, ne cessèrent de croître tout au long de ces quelques jours séparant le l6 mai du 22. <br /> La nuit du 2l au 22 mai nous sembla étrangement calme, et pour cause: au matin du 22, de source allemande vraisemblablement, on apprit que le fort de Battice s'était rendu à 6 heures, après une nuit de réflexion accordée à son commandant, suite aux événements du 2l... Les Allemands manifestaient leur joie en criant:"Alles kaput, Battice !" Pour sûr, les armes s'étaient tues, mais que s'était-il passé, le 2l mai, pour justifier la capitulation du fort? Le saura-t-on jamais avec certitude ? <br /> La première version (d'ailleurs devenue officielle depuis lors) fut qu'un aviateur allemand particulièrement doué avait envoyé une torpille de l8OO kgs en plein dans le sas d'entrée du Bâtiment I, dévastant tout l'intérieur de celui-ci avec l'appoint des charges de dynamite y entreposées; plus tard, on imputerait la chose à un Flamand vendu à l'ennemi. Quoi qu'il en soit, une vingtaine de soldats belges y avaient laissé la vie, et, à Petit-Rechain, c'était l'affolement, la consternation. Dans l'excitation de leur succès, les B..... étaient constamment en mouvement, en direction et en provenance de Battice. De nombreux civils montèrent aux nouvelles, apparemment sans objections de l'ennemi. Mon père s'y rendit aussi, en compagnie de ma sœur. Quant à moi, j'eus beau pleurer et grogner, on me refusa de pouvoir être du voyage parce que j'étais susceptible "de voir des choses horribles ne convenant pas aux enfants". Le Destin me réservait, hélas, de voir des choses autrement atroces, de loin plus injustes encore: la désintégration progressive de mon enfant par la dystrophie musculaire, sa mort lente, son martyre de quinze années...<br /> <br /> Papa et Berthe n'avaient pu s'approcher de la garnison de Battice, captive, mais au moins avaient-ils pu apprendre qu'André était vivant et indemne. Pour ma part, je n'avais quand même pas tout perdu, car, ma curiosité permanente me retenant à l'extérieur, je vis arriver de Battice une grande voiture automobile noire, roulant lentement. Le véhicule vint se ranger à la bordure du trottoir, au carrefour de la rue de Battice et de la rue Bonvoisin; quelqu'un en descendit, s'éloigna vers l'extrémité de cette rue, puis revint presqu'aussitôt accompagné d'une personne de l'endroit, Madame BEBRONNE, qui sanglotait éperdument... D'instinct, je me rapprochai de la voiture dont on avait ouvert une portière arrière afin que la pauvre femme pût voir (ce que j'aperçus moi-même un court instant): sur le siège arrière de l'auto, un cadavre sanglé dans une couverture était étendu; quelque peu écartée, la couverture découvrit un visage noirci, figé par la mort, celui de Franz BEBRONNE; victime de la tragédie du Bâtiment I du fort, foudroyé à son poste de combat, derrière l'un des canons que l'on peut encore voir aujourd'hui, braqués sur la route Battice-Aubel. Des parents perdaient leur grand fils (frère de mon petit camarade Georges); un ravissant petit garçon tout blond (qui venait à peine d'effectuer ses premiers pas...) perdait son papa, qui serait pour lui toujours une fiction, jamais vraiment un souvenir...<br /> <br /> Dans les jours qui suivirent, notre région ayant cessé d'être dans la zone des combats, j'enfourchai mon vélo et me rendis discrètement à Battice. Les routes étaient défoncées par les bombardements. Des balles, des éclats de bombes et d'obus jonchaient le sol par centaines. D'abord sans attirer l'attention de quiconque, je m'approchai des ruines de ce qui avait été la caserne de surface. <br /> <br /> Ce baraquement incendié à l'aube du lO mai l94O avait naturellement brûlé jusqu'au ras du sol; mais un escalier menait dans ses caves bétonnées, restées intactes. J'y descendis prudemment. Le bourdonnement insolent de quelques grosses mouches m'accueillit. Sur une lourde table en bois, une bouteille de lait ouverte et un morceau de viande. Décu par mon inspection, je remontai et tombai "pile" sur l'entrée du toboggan qui s'ouvrait, en effet, dans la caserne, pour permettre, en cas d'urgence, l'occupation rapide du fort. Avait-il servi, dans cette nuit historique du 9 au lO mai ? </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/casenebattice2.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le toboggan marqué de la lettre Y</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/tob.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Vue plus récente du toboggan</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Quatre ou cinq cartouches de guerre, que j'empochai aussitôt, gisaient sur sa pente où, après un parcours d'une dizaine de mètres, une énorme porte d'acier empêchait toute progression et...réduisait à néant mes rêves de découvertes et d'aventures. Une nouvelle fois revenu à l'air libre - encore et toujours inondé de soleil - j'observai au loin les coupoles du fort, sur lesquelles quelques soldats allemands, entièrement nus, bronzaient ostensiblement leur peau avant d'aller (je l'espérais), la faire trouer quelque part... <br /> <br /> Quelques coups de sifflet stridents me ramenèrent alors brutalement aux tristes réalités de l'époque: sans délai, je battis en retraite et roulai allègrement vers Petit-Rechain. </p><br /> <br /> <br /> Source bibliographique via internet :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> Sources Iconographiques :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm</a> Mon, 03 Oct 2016 21:09:01 +0200