Derniers articles http://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Souvenir de guerre d'un enfant de 8 ans http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-86+souvenir-de-guerre-d-un-enfant-de-8-ans.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-86+souvenir-de-guerre-d-un-enfant-de-8-ans.php <em>J'ai repris une fois de plus le chemin du Bois de la Commune, tout en haut du village de Flawinne, au-delà des Gomognes et du Grestia...<br /> <br /> Les choses y changent peu.<br /> <br /> Et cette fois, plus encore que d'habitude, les souvenirs refluent, tenaces, précis, vivants...<br /> <br /> Le bois se peuplait de soldats en kaki. Des tranchées balafraient les sous-bois. Le canon tonnait. Les stukas mitraillaient et bombardaient. L'exode nous entraînait et nous ramenait. Le bois était jonché d'équipements militaires hétéroclites. Des tombes bosselaient les bas-côtés du chemin...<br /> <br /> La guerre était passée - telle une bourrasque - ; elle avait marqué mon bois à jamais.</em><br /> <br /> <br /> <strong>Septembre 1938</strong><br /> <br /> J'ai pris ce matin, le chemin de l'école communale, avec un c&#339;ur "gros comme ça". C'est que, l'on était bien à l'école gardienne, avec Madame Fournaux et Madame Warègne.<br /> Finie la culotte en tricot si pratique. Finis les piquetages (découpes de motifs en papier avec une grosse aiguille). Finis les rudiments d'écriture et de calcul avec la touche et l'ardoise...<br /> Nous voilà donc, tout juste assez fier pour ne pas pleurer.<br /> Heureusement, on se fait vite au changement, d'autant qu'il y a la récréation et les longs trajets aller et retour vers la maison, soit par le chemin du "Bâti", soit par les Tiennes "Puille" et "Fondaire". C'est du chemin du Bâti, qu'on voit le mieux la toute nouvelle caserne de Flawinne. On y travaille d'ailleurs encore...<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/caserne_flawinne.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">La caserne de Flawinne</p><br /> <br /> L'autre jour, les soldats s'affairaient à faire monter un ballon captif dans la prairie qui sépare l'école de la caserne. Cela semblait fort compliqué. Certains retenaient le ballon par des filins et d'autres donnaient des ordres pour le laisser partir...<br /> Je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi ce ballon pouvait servir.<br /> C'est vers cette époque, que nous avons fait la connaissance du Lieutenant Tislair. Sanglé dans son uniforme ajusté, sévère, moustachu, il m'impressionne beaucoup. Il travaille au fort de Suarlée, mais il ne parle guère de ce qu'il y fait.<br /> <br /> <strong>Septembre 1939</strong><br /> <br /> Nous voici de retour, mes parents et moi, d'un beau voyage à Lourdes. C'était, à l'époque, la destination préférée des cheminots qui disposaient de tickets de service.<br /> La joie des retrouvailles avec mon frère et mes grands-parents est à peine tempérée par le souvenir de tous ces militaires français que nous avons vu embarquer dans des trains spéciaux, tout au long du chemin du retour. Les grands parlent entre eux de la mobilisation.<br /> Quelques jours après, le garde-champêtre nous remet un billet de réquisition, nous enjoignant de loger des soldats rappelés.<br /> C'est le grand branle-bas de combat.<br /> Il s'agit de vider rapidement une des pièces de la maison : la grande salle à manger avec la véranda.<br /> Ce soir, déjà, ils vont loger chez nous.<br /> <br /> Une dizaine de soldats sentant le kaki, nous arrivent dans la soirée, avec leur barda, leur fusil et leur sac à paille.<br /> Parmi eux, un clairon toujours premier levé et premier parti, et d'autres fort gentils, d'où une figure et un nom émergent, ceux de Marcel Dives.<br /> Cette intrusion va modifier considérablement le train-train quotidien. On peut même dire qu'à partir de ce moment-là, rien ne sera plus comme avant, car des militaires et de toutes les nationalités, on ne va pas cesser d'en voir jusqu'en 1945.<br /> Des soldats chez nous, c'est la grille du jardinet devant la maison ouverte en permanence. C'est la liberté offerte aux enfants curieux que nous sommes. Quel spectacle en effet, que de voir, en ce coin perdu de Flawinne, les allées et venues de tous ces mobilisés. Et puis, les soldats et les enfants ne sont-ils pas faits pour s'entendre ?<br /> On les accompagne donc vers l'endroit de rassemblement (le PC comme ils disent) ou dans les bois communaux ou ils vont faire l'exercice. C'est là qu'ils s'entraînaient à creuser des tranchées ou à dissimuler des canons et des caissons dans la verdure. Parlons-en de ces canons !<br /> Quatre chevaux impétueux, attelés deux à deux emmènent chaque pièce à toute vitesse dans les chemins forestiers.<br /> Ce qui n'est pas sans danger pour les enfants, lesquels se font proprement "engueuler" par les chefs de pièce et sont sommés de déguerpir. Les soldats cuistots sont beaucoup plus gentils. Ils n'hésitent pas à partager leur tambouille quand on les rencontre en leur cuisine de campagne installée chez les Dupuis. Dommage que la soupe contienne des asticots ! (j'ai appris qu'ils utilisaient l'eau de pluie des citernes de chez Dupuis!) La soupe des soldats, devient du coup un cadeau bien encombrant, dont on se débarrasse bien vite un peu plus loin dans le fossé.<br /> <br /> Leur jeu favori, faire semblant de crever les pneus de nos vélos avec leur couteau. Mon frère, qui y croit vraiment, s'échappe au plus vite qu'il peut...<br /> Mais un soir, en rentrant de l'école, j'apprends qu'ils sont partis; sans doute les choses s'arrangent-elles ?<br /> Car, dans l'entre-temps, le 23 septembre exactement, tous les gosses du village sont rentrés à l'école.<br /> (A Flawinne, on rentrait traditionnellement, le mercredi suivant la Kermesse de la Saint-Lambert.)<br /> Grosse effervescence sur la cour de récréation : notre instituteur titulaire, Monsieur Vandy est mobilisé lui aussi. Une jeune institutrice souriante, Madame Vandermeuse, va désormais s&#8217;occuper de nous.<br /> <br /> <strong>Vendredi 10 mai 1940</strong><br /> <br /> Tôt matin, notre voisine Angèle frappe à la porte.<br /> "La guerre est déclarée, on l'a dit au poste !"<br /> Vite, on branche l'INR. L'annonceur parle d'une voix grave :<br /> <br /> <em>"Ce matin à l'aube, l'ennemi a franchi nos frontières. Ses avions ont bombardé nos aérodromes. Des bombes sont tombées en beaucoup d'endroits. Nous tenons fermement nos positions"</em>. <br /> <br /> Tout cela, ponctué de divers messages pour les rappelés ou d'incitations au calme pour la population. Beaucoup de marches militaires et de musique "sérieuse" aussi...<br /> A Radio-Châtelineau, c'est la même chose. En un instant, tout l'édifice de nos habitudes bascule dans l'incertain. Tout le monde est consterné. Qu'allons-nous devenir ? Une seule chose est sûre ce matin, nous n'allons pas à l'école ! Mais ce jour de congé imprévu n'a pas la saveur des jours heureux.<br /> Du reste de la journée et du samedi 11 mai, je n'ai que des souvenirs confus faits surtout de nouvelles alarmantes et d'angoissantes questions.<br /> <br /> <strong>Dimanche 12 mai</strong><br /> <br /> Une nouvelle terrible nous parvient en fin d'après-midi : des dizaines de soldats belges ont été tués par des bombes allemandes dans les vergers de Temploux.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/monument_temploux.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le monument en hommage des morts de Temploux</p><br /> <br /> Je crois bien avoir vu ce jour-là les premiers "Sénégalais", ces soldats français de couleur, appartenant aux renforts que la nation amie nous envoie rapidement.<br /> Il est heureux qu'ils soient nos amis, car ils sont plutôt inquiétants, tout noirs, avec leurs grands yeux mobiles et leur curieux calot rouge. D'autant, qu'on leur prête les plus sombres desseins. Ils s'expriment d'ailleurs de manière éloquente par le geste et l'expression "couper cabèche!" (on va leur couper la tête)!<br /> <br /> <strong>Lundi 13 mai</strong><br /> <br /> Comme tous les cheminots âgés, mon grand-père a reçu l'ordre d'évacuer vers la France. On parle de plus en plus de faire la même chose. Des directives en ce sens nous sont parvenues depuis l'Administration Communale. Elles recommandent, en particulier, de bien fermer sa maison, d'emmener des provisions et de munir chaque enfant d'une sorte de scapulaire contenant toutes les indications d'identité.<br /> <br /> <strong>Mardi 14 mai</strong><br /> <br /> En fin de matinée, nous disons adieu en larmes à notre père.<br /> Il a reçu, lui aussi, l'ordre d'évacuer vers la France et s'en va tristement...<br /> Mais, oh surprise, il réapparaît dans l'après-midi et nous invite à faire très rapidement nos bagages, car les deux derniers trains à quitter Ronet (la grande gare de formation de Namur) vont partir vers 6 heures du soir. Il faut donc se décider. Les valises sont bouclées en un tournemain.<br /> Ma mère m'enfile trois costumes l'un sur l'autre; celui du dessus est un costume marin avec pantalon long.<br /> Mon frère et moi, ressemblons à des momies!<br /> Inutile de fermer la maison, des soldats déjà l'occupent!<br /> Vers 4 heures, sous un soleil de plomb, nous nous mettons en route. Nous sommes à peine sortis que commence la ronde infernale des Stukas. Ils se déchaînent sur la colline de la Vecquée, à l'autre côté de la Sambre. Ils visent le Fort de Malonne! On a beau être à environ 2 Km à vol d'oiseau, le spectacle nous effraie, autant par le bruit strident des avions en piqué que par l'éclatement des bombes.<br /> Nous nous collons tous (mes parents, ma grand-mère, mon frère et moi )tout contre le pignon de chez Marie "Gawe".<br /> C'est plein d'orties, mais nous n'en sentons pas la piqûre, tant est grande notre frayeur et isolante notre triple couche de vêtements. Le bombardement cesse après quelques minutes. Nous dévalons les tiennes<strong>(*)</strong> Pondaire et Puille, aussi vite que le permet notre imposant chargement, fait de valises sacs à provisions, sacoches diverses... car il faut emporter tout ce que l'on a de plus précieux, y compris les photos de familles. On ne part pas sans son passé!<br /> <br /> <strong>(*)</strong>Tienne : route en forte pente. <br /> <br /> Des soldats français nous croisent en chemin, affairés, apeurés, dégoulinant de transpiration...<br /> Que cela semble long! D'autant qu'au poids des bagages s'ajoutent la tristesse de quitter notre maison, l'appréhension du voyage, l'incertitude du lendemain...<br /> Par la route pavée (la rue Emile Vandervelde), la rue de l'Eglise et le "Trieu Josse", nous atteignons Ronet vers 5 hr.<br /> Les longs quais tout au fond de la gare, sont pleins de monde.<br /> Mais, sommes-nous bien sur le bon quai ? Mon père court aux nouvelles. Ce n'est pas le bon quai;il faut changer, car l'autre train part en premier lieu.<br /> Pendant le transfert des bagages, on nous rafle une de nos valises (la valise aux photos!) Cela commence bien !<br /> Et dire que nous sommes entre Flawinnois souffrant des mêmes incertitudes et de la même peur!<br /> Tant pis, embarquons donc dans la cohue sur le train qui vient enfin d'arriver à quai.<br /> A 7 heures du soir, le train démarre vers Charleroi.<br /> <br /> (A ce moment, mais nous ne le saurons que beaucoup plus tard, la bataille de Gembloux débute et celle de la Haute Meuse est déjà perdue. L'ennemi nous a déjà débordé au Nord comme au Sud).<br /> <br /> Un long voyage commence. Pensez donc : toute une nuit pour parcourir les 35 Km qui séparent Ronet de Charleroi. Voyage par ailleurs ponctué d'arrêts divers, d'abord à Floreffe (Al'Latche) jusqu'à la nuit noire, puis à Auvelais et Tamines, sans raison apparente. Enfin, vers 5 heures du matin, à Châtelineau, station qui vient d'ailleurs d'être bombardée.<br /> <br /> <strong>Mercredi 15 mai</strong><br /> <br /> Un soleil éclatant nous accueille à Charleroi-Sud.<br /> Le train ne va pas plus loin. Pour nous, l'exode se termine ici, ou plus exactement, à Lodelinsart chez une cousine de ma grand-mère.<br /> Une fois la famille casée et en sécurité, mon père se rend à la gare de Charleroi pour y chercher des ordres. Mais il revient rapidement bredouille car plus aucun train ne s'en va vers la France et il règne, semble-t-il une pagaille certaine.<br /> <br /> <strong>Jeudi 16 mai</strong><br /> <br /> Pour survivre, il faut manger.<br /> Fort de cette vérité, mon père entreprend de rechercher du travail. La boulangerie St Antoine, chaussée de Jumet, manque justement de personnel; mon père va prendre le relais.<br /> C'est ainsi que mon frère et moi allons faire connaissance avec le petit monde clos et odorant que constitue la boulangerie, apprenant à connaître la réserve de farine, le pétrin, les claies pour les pâtons, le four brûlant, la salle de ressuage...<br /> Voilà notre pain quotidien assuré pour un petit temps.<br /> Quinze jours vont ainsi passer à Lodelinsart ou les seuls événements saillants (ceux tout au moins qui sont restés ancrés dans ma mémoire d'enfant de 8 ans) sont les lueurs des bombardements (aérodrome de Gosselies ?)la nuit de notre arrivée, la destruction du pont de Sambre qui nous coupe définitivement de la France et l'arrivée des troupes allemandes à Charleroi.<br /> Cela doit s'être passé 2 ou 3 jours après notre arrivée.<br /> La nouvelle a couru comme l'éclair : les Allemands arrivent.<br /> Une foule nombreuse et silencieuse s'aligne des deux côtés de la chaussée de Jumet.<br /> Et les voilà nos ennemis:motos side-car, petits véhicules blindés couverts de peinture bariolée, officiers impeccablement sanglés dans leur uniforme, fiers, impressionnants, souriants, presque rassurants... D'autant qu'ils ponctuent leur passage de grands lancers de caramels à destination des enfants.<br /> Ils ne sont peut-être pas aussi méchants que l'on dit !<br /> <br /> <strong>Quelques jours après</strong><br /> <br /> Ainsi donc, on va pouvoir rentrer chez soi.<br /> Mais il semble que les choses ne sont pas aussi simples; notre maison est-elle toujours debout? Les routes sont-elles praticables? Ne vaut-il pas mieux attendre encore un peu?<br /> Mais rien n'arrête ma grand-mère. Cette maison qu'elle a payé sous par sous au prix d'un labeur incessant et à force d'économies, elle veut la revoir au plus vite.<br /> Elle se met donc en route un samedi matin, (sans doute le 18 mai).<br /> Ma mère l'a emmenée sur son porte-bagages jusqu'à Ransart.<br /> C'est là que les Allemands vont réquisitionner son vélo.<br /> A charge pour elle, d'en trouver un autre. Ce qui est vite fait !<br /> <br /> Ma grand-mère nous racontera plus tard les péripéties du retour: passage de l'Orneau à Mazy (ou était-ce Onoz ?) avec l'aide des Allemands - car les Français ont fait sauter tous les ponts - logement la nuit à Spy dans une maison vidée de ses habitants, bonheur de retrouver la maison intacte le dimanche matin mais stupeur et fureur de la voir vidée de son contenu, récupération rapide et sans discussion de matelas, couvertures et autre matériel divers, "empruntés" par des voisins peu scrupuleux, ébahissement de voir des bulbes de tulipes épluchés comme s'il s'agissait de vulgaires oignons...<br /> <br /> La semaine suivante, c'est notre tour.<br /> "Deux vélos équipés de porte-bagages pour enfants nous servent de monture.<br /> Rencontre à Ransart, celle de notre voisine, la vieille Marie "Gawe";elle a près de 75 ans et a perdu son mari lors de l'exode.<br /> Sur nos instances, un motocycliste allemand accepte de ramener la brave vieille vers Namur dans son side-car.<br /> Mon père peu enthousiaste est sommé de grimper en tape-cul pour servir de guide. Cela va durer trois bons quarts d'heure, le temps de l'aller-retour jusqu'à Spy-Saussin où il y a un arrêt du tram vicinal.<br /> A peine rentré à la maison, je m'échappe pour reconnaître les alentours marqués par les stigmates de la guerre.<br /> Dans la prairie de Vanderzande, une dizaine de vaches gonflées comme des outres et pattes en l'air, commencent a empester.<br /> Pourquoi diable les a-t-on abattues ?<br /> Quant au Bois de la Commune, il évoque, aux blessés près, un véritable champ de bataille. Les clairières et taillis sont parsemés de caisses éventrées, de pièces d'équipements, de boites de conserves... Les calots rouges très caractéristiques, portés par les "Sénégalais" fleurissent un peu partout.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/tranchees_5_dina.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Des tranchées de la 5° D.I.N.A. dans le bois de la commune à Flawinne</p><br /> <br /> Que de choses à récupérer... que je laisse cependant sur place, par crainte, ou désarroi, ou parce que toutes ces choses évoquent trop la guerre.<br /> Combien de fois ai-je regretté cette "innocence" par après!<br /> Au bord du chemin, vers l'a Flache, deux tombes ont été creusées et remblayées, deux crois de bois avec plaquette d'identification, deux corps enfouis, ceux d'un soldat français et d'un soldat allemand, m'a-t-on dit, qui seront transportés au cimetière de Flawinne par après. Ces deux corps enfouis m'impressionnent beaucoup et je m'empresse de passer en courant ou de faire un détour par un sentier latéral.<br /> Aux confins du bois vers Suarlée, gît une carcasse de camion incendié... Les gosses du coin vont désormais désigner l'endroit par l'appellation "A l'auto brûlée", appellation qui a survécu jusqu'à aujourd'hui. <br /> Au bas du Tienne Fondaire, sous le noyer d'Eva Mascune, un énorme canon tracté pointe sa gueule menaçante vers la vallée de la Sambre. Les Français l'ont abandonné là dans leur fuite éperdue... Il va nous servir de trophée et d'engin d'escalade pendant plus d'un mois encore.<br /> Autant de traces d'une guerre qui semble désormais finie.<br /> Cependant, la paix retrouvée a des relents de tristesse; beaucoup de maisons sont encore vides de leurs habitants, nos soldats sont au loin, mon grand-père erre quelque part...<br /> Les vacances, cette année là, vont durer jusqu'à la mi-septembre, presqu&#8217;autant qu&#8217;en 1944!<br /> Nous nous installons dans l&#8217;attente&#8230;<br /> <br /> <strong>(Source: article de André GANY dans le bulletin du CLHAM, Tome IV, fascicule 5)</strong> Sun, 13 May 2012 21:31:01 +0200 Entrée du 6ème Bataillon de Fusiliers à Nordhausen http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-85+entree-du-6eme-bataillon-de-fusiliers-a-nordhausen.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-85+entree-du-6eme-bataillon-de-fusiliers-a-nordhausen.php Le 6ème Bataillon de Fusiliers fut le premier bataillon belge à pénétrer en territoire allemand. Il a participé à la bataille des Ardennes, au franchissement du Rhin, a libéré le camp de la mort de Dora et a pénétré en Allemagne jusqu'au contact avec les Russes.<br /> <br /> <strong>Hubert Demoulin était Chef Infirmier au 6ème Bon Fus.</strong><br /> <br /> Le 6ème Bon Fus a été formé le 12 octobre 1944 à la caserne Marie-Henriette à Namur. Encadrés par d'anciens militaires de carrière, les volontaires proviennent des provinces de Liège, Namur et Luxembourg et sont, pour la plupart, issus de différents mouvements de résistance.<br /> Vêtus de vieux uniformes anglais et armés de fusils Lee Enfield, de fusils-mitrailleurs Bren et de mitraillettes Sten, les volontaires sont instruits intensivement et, le 3 décembre 1944, le bataillon défile à Bruxelles devant le Prince Régent et les Autorités, en même temps que les 1er, 2ème et 3ème Bataillons, d'expression néerlandophone, et les 4ème et 5ème Bataillons, d'expression française, ainsi que des unités de la 1ère Brigade, ramenés à Bruxelles à cette occasion.<br /> Le 13 décembre, au matin, les 4ème et 5ème Compagnie du 6ème Bon. sont transportées par camions dans la région d'Ovifat et de Sourbrodt où de multiples missions les attendent.<br /> Les 1ère, 2ème, 3ème Cie et la Cie Etat-Major partent l'après-midi vers Aix-la-Chapelle. Le 6ème Bon Fus est la première unité belge à pénétrer en territoire allemand. Il est rattaché au 7ème Corps de la 1ère Armée américaine. Il est affecté à la sécurité. L'Etat-Major est cantonné à Walheim, les 1ère et 2ème Cies à Oberforsbach et la 3ème Cie à Moresnet.<br /> Les hommes sont dispersés dans des petits postes, souvent loin de lieux habités, et doivent se débrouiller. Leur mission est d'assurer des gardes, d'effectuer des contrôles et de prévenir les infiltrations ennemies, cela sur un front assez large.<br /> Le 16 décembre, les volontaires du 6ème Bon sont en première ligne pour assister à l'offensive de la Wehrmacht, mieux connue comme "Bataille des Ardennes".<br /> Les 4ème et 5ème Cie, qui se trouvaient près d'Ovifat, reçoivent la mission de prendre position face au Sud dans la brèche créée par l'offensive allemande. Les 1ère, 2ème et 3ème Cie, très dispersées, subissent l'attaque de façons diverses suivant l'endroit où elles se trouvent.<br /> Le 6ème Bon a son premier tué, le soldat Roiseux, mort à Gemmenich le 25 décembre 1944, jour de Noël. D'autre part, l'Aumônier Scheyven reçut la Croix de Guerre avec palme et la "Bronze Star Medal" américaine pour sa conduite héroïque pendant la bataille des Ardennes et sur le Rhin. En effet, pendant la bataille, l'Aumônier n'a cessé de se rendre en jeep dans chaque poste isolé pour distribuer la communion et apporter le réconfort spirituel.<br /> Après la bataille des Ardennes, commence la bataille du Rhin. La Belgique est entièrement libérée et le 6ème Bon peut s'enorgueillir d'y avoir contribué à la mesure de ses moyens.<br /> Le 10 février 1945, commencent des mouvements successifs. La Cie Etat-Major et la 1ère Cie sont à Eschweiler, la 2ème Cie est à Brand, la 3ème à Steinbrück, les 4ème et 5ème à Eupen. Patrouilles et gardes se succèdent, dans la boue du dégel. Toujours les Belges se débrouillent pour trouver les équipements nécessaires, au grand étonnement des alliés américains.<br /> Les mouvements se multiplient : Gürzenich, Langewehe, Echtz, Buir, Manheim, Eisdorf, Morzenich, Lechenich, Kerpen, Weilerswitz, passage difficile de la Roer, Düren et Cologne, atteint le 7 mars.<br /> Le commandemant U.S. du VII Corps accorde toute sa confiance aux Belges puisqu'il les charge de la garde de son Quartier Général et cela, jusqu'à la capitulation allemande.<br /> Le 6ème Bon occupe la rive du Rhin entre Cologne, Bonn et Bad Godesberg. Les 3ème et 5ème Cie franchissent le Rhin sur un pont de bateaux à Königswinter, le 2 mars, et prennent position sur l'autre rive, la 1ère Cie, appuyée par les bren-carriers de la Cie E-M, étant dans Bonn.<br /> De nombreux officiers et sous-officiers sont envoyés en Belgique pour encadrer les nouvelles unités et ne sont pas remplacés, de même que les nombreux blessés et malades.<br /> Le 4 avril 1945, le P.C., la Cie E.M., les 3ème, 4ème et 5ème Cie sont à Marburg, puis de nouveau dispersés. Des camps de prisonniers sont improvisés pour recueillir les vaincus, tout surpris de voir des troupes belges combattantes. <br /> Par ailleurs, les hommes croisent de nombreux prisonniers alliés libérés, et, parmi ceux-ci, des Belges dont on ne doit pas décrire la joie.<br /> Le 14 avril, les volontaires atteignent Nordhausen et voient, horrifiés, leur premier camp de concentration. Le lendemain, ils arrivent au camp de la mort de Dora où, dans des usines souterraines, les Allemands fabriquaient les V1 et les V2.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/nordhausen_3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Pendant leur séjour là-bas, les hommes du 6ème Bon s'activèrent à aider les rescapés et, à l'initiative du colonel Rustin, leur Chef de Corps, des mesures furent prises pour les cent trente survivants belges, qui furent ensuite rapatriés par une mission française. Quatorze moururent encore à Dora, après leur libération, malgré tous les soins donnés.<br /> Les Belges pénètrent ensuite en Saxe. Les Allemands se rendent de plus en plus nombreux. Installé à Eisleben, le Bon participe à la garde d'un immense camp de prisonniers à Hefta.<br /> Puis, le 30 avril, le Bon rejoint Leipzig où il occupe, entre autres, l'hôtel de ville, la centrale électrique et la station radio. C'est là que les hommes apprendront la capitulation de l'Allemagne et qu'ils seront officiellement autorisés à porter le badge du VII Corps U.S.: étoile rouge à 7 pointes, avec chiffre romain VII en bleu et blanc. <br /> Le 1er juillet, la Saxe est occupée par les troupes russes et le Bon se retire à Weilburg, puis à Winkel le 5 juillet.<br /> Le 1er août, le bataillon cesse sa mission auprès de l'armée américaine. Le bataillon rentre en Belgique, à Aerschot où il reçoit un accueil chaleureux de la population. C'est la ville d'Aerschot, ville flamande, qui offrit à ce bataillon wallon, son étendard régimentaire.<br /> Le 31 mars 1946, le 6ème Bataillon de Fusiliers est officiellement dissous.<br /> <br /> <strong>Récit de l'arrivée du 6ème Bataillon de Fusiliers à Nordhausen-Dora.</strong><br /> <br /> Venant de Mühlhausen, via Ebeleben, Sonderhausen, Hain, le bataillon nettoyait en première et deuxième ligne, les espaces laissés libres par les éclaireurs du VII Corps de la 1ère Armée américaine. L'aviation américaine bombardant toujours la ville de Nordhausen, nous avons dû demander par radio, le déplacement du bombardement sur le bois où les S.S. s'étaient réfugiés.<br /> Après le pilonnage du bois, nous sommes entrés dans Nordhausen, une partie vers la gauche, une partie vers la droite. <br /> Moi-même, en qualité de chef-infirmier, j'accompagnais par la gauche, des éléments belges et américains. Nous devions encercler la ville afin de réduire la résistance des unités ennemies.<br /> En poussant une pointe vers l'avant, je me suis trouvé devant une barrière surmontée de barbelés, avec, à ma gauche, des parties de machines V2 et, à ma droite, un tunnel partant sous les rochers. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/nordhausen_4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Brusquement des êtres hagards, vêtus de costumes rayés, se sont amenés vers la barrière. Quel ne fut pas notre émoi de constater que ces personnes, parlant toutes les langues, étaient des prisonniers politiques, travaillant dans le souterrain au montage des machines infernales.<br /> Après avoir essayé vainement d'ouvrir la porte du camp, je fus obligé de foncer dedans avec mon ambulance afin d'y faire une brèche et de pouvoir entrer dans l'enfer.<br /> J'ai alors appris, par des personnes parlant le français, les horreurs qui s'y passaient et, ne pouvant agir de ma propre initiative, je leur ai demandé de ne pas sortir du camp. Je devais d'abord prévenir mes chefs, qui prirent l'avis des autorités américaines, et des renforts furent envoyés dans ce camp, qui, nous l'apprîmes plus tard, s'appelait "DORA".<br /> Les renforts protégeaient et réconfortaient tous ces malheureux. Par un genre de comité qui existait dans le camp, j'appris que ceux qui ne pouvaient plus travailler, les trop faibles, les malades, les moribonds, étaient "parqués"dans des habitations en dehors du camp. Je m'y rendis tout de suite avec un membre de ce comité qui me désigna les maisons sur la route.<br /> Lorsque je poussai la porte d'une de ces habitations, le spectacle était tellement épouvantable que, bien que dur comme du roc, je me mis à trembler comme une feuille.<br /> Après avoir pris l'avis des médecins belges et américains, pendant trois jours et trois nuits, sans dormir, nous avons transporté ces moribonds dans les baraques du camp, aidés par des prisonniers et des civils allemands, afin de les laver et les soigner, sous la surveillance de sentinelles.<br /> Je fus très ému de reconnaître, parmi ces malheureux, un de mes anciens camarades des cyclistes frontières, Joseph Wayaffe. Lui, je ne l'ai pas conduit au camp: je l'ai mis dans mon infirmerie où il a été cajolé et nourri comme un petit oiseau, pour éviter que cet homme sous-alimenté ne s'étouffe en s'alimentant trop rapidement. <br /> Une chose que je voudrais que l'on sache : en 1945, les habitants de Nordhausen, hommes, femmes, vieillards, garçons et filles nous détestaient, nous tiraient dessus, nous lançaient des grenades. Etaient-ils donc tous des nazis enracinés pour qu'une pareille chose puisse arriver?<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/nordhausen_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Après avoir soigné et soulagé ces malheureux pendant plusieurs jours, nous continuâmes notre route vers Sangerhausen, Eisleben, Halle, Leipzig et Dresden où nous fîmes la jonction avec les troupes russes le 25 avril 1945 à 13 heures 45.<br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques et iconographiques:</strong><br /> Bulletin du CHLAM, tome II fascicule n° 9, article de <span style="text-decoration: underline;">M.Hubert Demoulin</span> Sun, 15 Apr 2012 13:46:47 +0200 Les sacrifiés du Canal Albert. http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-84+les-sacrifies-du-canal-albert.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-84+les-sacrifies-du-canal-albert.php Des milliers d'avions s'affrontèrent, et d'emblée, l'Allemand dicta les règles d'un combat inégal. Il imposa son omniprésence en nombre et en puissance.<br /> La Belgique compta pour bien peu dans cette formidable bataille. Elle aligna moins de deux cents avions, dont une septantaine put être considéré comme modernes.<strong>(1)</strong> <br /> L&#8217;aéronautique militaire (Aé M) fut offerte en holocauste. Les valeureux pilotes et membres d'équipage sacrifièrent leur vie de propos délibérés pour une cause juste. C'est de l'héroïque sacrifice de quelques-uns d'entre eux que nous vous invitons à vous souvenir.<br /> <br /> Le ciel de cette nuit du 9 au 10 mai 1940 est constellé d'étoiles et fait présager une claire et limpide journée. <br /> Depuis minuit et demi, comme toute l'armée, les régiments d'aéronautique militaire sont en alerte. <br /> Le premier régiment (1Aé) a pour mission l'observation au profit des corps d'armée (CA). Ses escadrilles, équipées de "vieux coucous" sont basées à Deurne, Gossoncourt et Bierset. <br /> Le 2Aé, c'est la chasse avec les avions modernes: douze "Hurricane" et des moins modernes: les "Gladiator" et les "Fiat". <br /> Ses terrains se situent à Schaffen et à Nivelles. <br /> Enfin le 3Aé, basé à Evere, est chargé des missions de reconnaissance d'armée et du bombardement. Quinze de ses quarante et un appareils sont des "Fairey Battle".<br /> A quatre heures, les équipages s'asseyent dans les carlingues. Les moteurs tournent au ralenti. On n'attend plus qu'une clarté suffisante pour décoller vers les aérodromes de campagne.<strong>(2)</strong><br /> Le lever du jour est le signal de la rupture brutale d'une paix profonde. Comme par un enchantement maléfique, le ciel se couvre d'avions. La Luftwaffe ouvre les hostilités. Dès quatre heures trente, les aérodromes principaux sont bombardés. <br /> A Schaffen, la majorité des "Gladiator" échappent aux Heinkel 111, mais les "Hurricane", sauf deux qui réussissent à décoller, sont détruits. <br /> A Nivelles, les "Fiat" décollent de justesse avant l'attaque. Il en est de même pour les quinze "Battle" d'Evere qui rejoignent sans perte le terrain de campagne de Belsele. La plupart des Renard R31 quittent Bierset et gagnent, indemnes, leurs aérodromes de Duras et de Hannut.<br /> Pour les "Fairey Battle" ce n'est que partie remise. Les avions sont à peine dispersés qu'une pluie de bombes explosives et incendiaires s'abat sur le terrain. Mais la dispersion est payante: un seul avion est détruit et son équipage blessé. <br /> Le terrain n'est plus sûr et les appareils décollent pour Aalter où ils se posent à onze heures. Puis on attend...<br /> <br /> A Hannut, arrive enfin un ordre de mission du grand quartier général. Le GQG (Grand Quartier Général) commande une reconnaissance au dessus de la zone des ponts du canal Albert et du canal de Bois-le-Duc ('S Hertogenbos), entre Visé et Lanklaar. Cette reconnaissance doit permettre au 1CA d'établir une situation d'ensemble. <br /> Le sergent Rigole et le sous-lieutenant Walsch effectuent cette première mission de guerre. Le "Renard R31" décolle à midi et demi et rejoint son escorte de trois "Fiat" qui arrive de Brustem. Une heure plus tard les appareils sont de retour. <br /> Tandis que les chasseurs s'éloignent, le Renard se pose et capote. Un pneu a été crevé et l'attache du train d'atterrissage est endommagée. Le "Renard" a subit des tirs terrestres partis tant des lignes allemandes que belges. L'officier observateur rapporte: <br /> <em>"Nous avons volé à cinquante mètres du sol. Les ponts de Vroenhoven, de Veldwezelt et de Briegden ne sont pas détruits... Nous ne sommes pas parvenus au nord du secteur, tellement l'activité y est intense. Un rideau d'avions allemands..."</em><br /> <br /> Dans l'après-midi deux nouvelles reconnaissances sont commandées par le 1CA. Ces missions s'effectuent sans la protection des chasseurs dont la base a été bombardée. Les avions sont touchés par des tirs partant des lignes ennemies et des lignes amies. Le feu ennemi est violent aux environs immédiats des ponts. Il n'est toujours pas possible de pousser jusqu'à Lanklaar. Les itinéraires partant de Maastricht vers les lignes belges sont encore vierges de troupes ennemies.<br /> <br /> Simultanément aux reconnaissances effectuées par le 1Aé, le GQG ordonne au troisième régiment de préparer un bombardement. Il s'agit d'attaquer une ou plusieurs passerelles jetées sur la Meuse, du côté de Lanaye, par le génie allemand. <br /> Donc, à Aalter, neuf "Battle" sont équipés. Chaque appareil reçoit huit bombes de cinquante kilos. Les pilotes sont plus nombreux que les avions et tous veulent en être. Le capitaine Pierre est le commandant des missions de bombardement, il participe donc d'office. Les deux autres capitaines de l'active: de Hepcée et Glorie ne peuvent partir ensemble. Alors ils jouent à pile ou face leur inscription sur la liste des équipages. André Glorie gagne! Il partira donc. Le premier sergent Rolin-Hymans est aviateur, ancien combattant de la grande guerre. Il est le seul à avoir une expérience du combat aérien. <br /> Il a été rappelé pour faire du service à terre et n'a eu de cesse jusqu'à ce qu'il figure de nouveau sur le rôle du personnel navigant. Il revendique l'honneur de participer: il est retenu. Parmi les membres d'équipage, à part le capitaine Pierre chargé d'élaborer le règlement de bombardement, Glorie et Jordens, personne n'a jamais procédé à un exercice de bombardement réel.<br /> Imperturbable, au milieu de l'excitation générale, le chef, le capitaine Pierre, surnommé "Pyrrhus", inscrit les équipages sur le tableau noir. <br /> Derrière le numéro de code de l'avion, s'alignent les noms du personnel: d'abord le pilote puis le bombardier:<br /> <br /> 1er Pl <br /> - T73 - Capt Pierre (Chef de Pl) et Lt Cloquette<br /> - T60 - Adjt Verbraeck et Adjt Dome<br /> - T58 - Adjt Timmermans et 1Sgt Rolin-Hymans<br /> <br /> 2e Pl <br /> - T70 - Capt Glorie (Chef de Pl) et Slt Vandenbosch<br /> - T64 - Adjt Binon et Cpl Legand<br /> - T61 - Adjt Delvigne et Sgt Moens<br /> <br /> 3e Pl <br /> - T62 - Adjt Jordens (Chef de Pl) et Sgt de Ribaucourt<br /> - T68 - 1 Sgt Wieseler et Adjt De Coninck<br /> - T71 - Adjt Vandevelde et Cpl Bergmans<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/ponts1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Adjt Vandevelde</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/ponts2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Adjt Delvigne</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/ponts3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Adjt Verbraeck</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/ponts4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">1Sgt Rolin-Hymans</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/ponts5.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Capt Glorie</p><br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Quelle est la situation sur le front du canal Albert en cette fin de l'après-midi du 10 mai? <br /> Elle apparaît catastrophique. Depuis l'aube, les unités de la septième division d'infanterie (7DI) sont écrasées sous les bombes des "Stuka". Mais aussi, et surtout, quatre opérations aéroportées allemandes, par planeurs, se sont déroulées au lever du jour. Les trois premières avaient pour objectif la capture des ponts sur le canal: à Veldwezelt, à Vroenhoven et à Canne. Les deux premières actions ont parfaitement réussi. Les ouvrages d'art, intacts, sont aux mains des parachutistes qui forment deux solides têtes de pont. <br /> A Canne, le pont leur a sauté au nez. Mais ils s'accrochent au terrain, malgré de lourdes pertes. La dernière opération était, comme l'appelleront plus tard les Allemands, le plus hardi coup de main de toute l'histoire militaire: la neutralisation du fort d'Eben-Emael. <br /> Là aussi, l'objectif est atteint. Les canons du fort ayant une action vers le nord sont hors d'état de tirer, sauf ceux de la coupole sud. Cette coupole ne se prive d'ailleurs pas de canonner tant et mieux les aéroportés, terrés sur le fort et tous les objectifs lui signalés. Et de plus, le pont de Briegden n'a pas sauté.<br /> D'heure en heure, des unités d'infanterie de la Wehrmacht et de la Flak renforcent les éléments avancés. <br /> Dans le secteur de Canne, les tentatives de franchissement du canal échouent sous les feux de l'artillerie de la 7DI et d'un ouvrage défensif du fort: le bloc canal nord. <br /> A Aalter, c'est toujours l'attente! Quand va-t-on finalement attaquer? Il n'est toujours pas question des ponts du Canal Albert. Les instructions du GQG restent: le départ se fera sur ordre et l'emplacement exact de l'objectif sera précisé ultérieurement. Et le temps passe! <br /> A dix-huit heures dix, la mission est décommandée. La passerelle sur la Meuse a été détruite par l&#8217;artillerie. <br /> Quarante minutes plus tard, un nouvel ordre d'exécuter un bombardement, sans autre précision, arrive. <br /> Le capitaine Pierre téléphone à l'EM du 3Aé. Il réclame ses ordres. Il veut décoller de nuit, ses avions sont équipés pour, et attaquer à l'aube. Mais à dix-neuf heures vingt l'action est différée au lever du jour. Le capitaine de Hepcée libère les équipages, ils doivent être de retour sur la plaine à trois heures.<br /> Le GQG semble vraiment fort indécis quant à l'attitude à adopter. L'artillerie va détruire les ponts. Puis une contre-attaque terrestre est envisagée. Mais rien ne se fait et les heures passent. <br /> Pourtant un moyen de destruction peut être mis en &#339;uvre. L&#8217;artillerie lourde sur voie ferrée est là, à portée de tir, pas loin des ponts. Seulement on ne l'actionne pas car ils ne peuvent tirer en territoire hollandais!<strong>(3)</strong> <br /> Alors on repense à l'aviation. Mais la nuit est tombée et aucun ordre précis n'est encore donné. <br /> Cependant tous ces ordres et tous ces contre-ordres s'échangent par radio et en clair. Et bien sûr tous les messages sont captés par les Allemands. Si bien que, à minuit moins le quart, la quatrième division blindée allemande reçoit la communication suivante: <br /> <br /> <em>"Die 4PzDiv wird gewarnt, dass nach einem aufgefangenen feindlichen Funkspruch, am 11 früh der Brückenschlag bei Maastricht von feindlichen Luftstreitkräften angegriffen werden soll. <br /> (La 4e division blindée est avertie, que d'après une conversation radio ennemie qui a été captée, le 11 tôt, les ponts en construction près de Maastricht doivent être attaqués par des forces aériennes ennemies.")</em> <br /> <br /> Et voilà, le comité de réception est en place. Si les blindés sont avertis il en est indiscutablement de même pour la Luftwaffe et pour la Flak. Cependant aucun blindé n'a atteint le canal Albert. Les chars s'entassent dans Maastricht, derrière les ponts sautés de la Meuse. Les sapeurs du quatrième corps d'armée de la Wehrmacht travaillent sans relâche. Deux ponts de seize tonnes sont en construction.<br /> <br /> A trois heures, les équipages sont de retour au terrain. Un quart d'heure plus tard, les mécaniciens mettent les moteurs en marche. L'attente reprend. Enfin, le téléphone du bureau de renseignements sonne: l'attaque est suspendue pour faire place à deux reconnaissances. Il faut aller voir l'état des ponts du canal Albert et se rendre compte si l'ennemi a réalisé des moyens de franchissement de l'obstacle. Et de nouveau c'est la frénésie. Tout le monde est volontaire. Tous veulent agir. L'action va faire place à cette interminable guerre des nerfs. Trois avions partiront. Les deux premiers exécuteront une reconnaissance à vue et le troisième prendra des photographies. Il n'y aura pas de protection de la chasse. Les nouveaux équipages se forment: Pierre et Cloquette, Binon et Vandenbosch, Jordens et Glorie. Sur la piste, mécaniciens et armuriers désarment de leurs bombes les trois "zincs". Les aviateurs s'empressent vers leurs "Fairey". Il faut agir au plus vite, arriver au petit jour dans l'espace à reconnaître.<br /> Tout est prêt! Déjà l'aube teinte le ciel d'une lueur pâle. Mais c'est le contre-ordre et en même temps un nouvel ordre. <br /> Les reconnaissances sont décommandées, c'est le bombardement des ponts qui se fera. Les premiers équipages désignés partiront. Et si une nouvelle fois c'est annulé, un nouveau rôle de service prendra cours à midi. <br /> Le personnel technique replace les bombes sur les "Battle". Les ordres se précisent. Le premier peloton décollera à cinq heures quarante-cinq, son objectif est le pont de Veldwezelt. <br /> Cinq minutes plus tard, le deuxième peloton partira pour Vroenhoven. A six heures, l'adjudant Jordens emmènera ses équipages vers Briegden. Cette fois une escorte est prévue. Deux pelotons de trois "Gloster Gladiator" couvriront les bombardiers dans leur zone de travail. <br /> La protection directe sera effective à partir de six heures. Les "Gladiator" escorteront le retour des "Battle". Le vol s'effectuera à une altitude de trois cents mètres. Les avions sont parés. Les aviateurs finissent de s'équiper. <br /> L'adjudant Frans Delvigne est déjà prêt. Il aide tout le monde et plaisante, comme toujours. Il a été pilote de chasse et est un virtuose de l'acrobatie aérienne. Il rêve de chasse homérique. Dans moins d'une heure il va mourir aux commandes d'un avion de bombardement. <br /> Le jour est levé, peloton après peloton, les avions décollent. L'ultime sacrifice sera bientôt consommé.<br /> Les bombardiers du premier peloton, menés par "Pyrrhus" prennent la direction de Veldwezelt. <br /> Les avions volent bas, en formation espacée. Voici Gand que les avions contournent par le sud. Soudain deux avions allemands croisent les "Battle", font demi-tour et poursuivent les avions. <br /> Le lieutenant Cloquette, mitrailleur à bord du T73 ouvre le feu par courtes rafales. Les trois "zincs" gardent résolument le cap vers l'est. Les avions allemands s'attaquent au T60. L'adjudant Dome identifie l'ennemi: des bombardiers Dornier, rapides et puissamment armés. Un duel, à deux cents mètres de distance, s'engage entre le premier ennemi et le T60. <br /> L'adjudant Verbraeck quitte la formation et fonce vers le sol. L'avion vole en rase-mottes, sautant les obstacles. <br /> Accroché à sa Browning, Dome tire sans discontinuer. L'affrontement dure depuis plus d'un quart d'heure. Le Dornier rompt le combat. Est-il touché? Déjà le deuxième Allemand prend la relève et la lutte reprend. <br /> Le pilote est blessé de quatre balles dans le dos. Il continue, malgré la souffrance, à maintenir son appareil en ligne. <br /> Dome lui crie de se poser. Une nouvelle rafale pénètre l'habitacle et fracasse les mains du mitrailleur. Il ne reste plus à l'ennemi que d'achever le T60 mais le Dornier se place à côté du Fairey et le pilote fait signe à Verbraeck d'atterrir. <br /> Le T60 termine sa mission dans un champ à Lebbeke. Après un dernier passage, les deux bimoteurs allemands s'éloignent.<br /> Le T73 et leT58 foncent toujours à basse altitude, cap plein est. <br /> Au sud de Hasselt, trois chasseurs, probablement des Messerschmitt 109, les interceptent. Le T58 s'abat en flammes. <br /> Les corps de l'adjudant Timmermans et du premier sergent Rolin-Hymans seront retrouvés dans les débris de l'appareil. <br /> L'avion du capitaine Pierre et du lieutenant Cloquette arrive donc seul en vue de l'objectif. La défense antiaérienne se déchaîne. L'avion évolue au milieu d'un déluge de mitraille. Le pont est là, juste au-dessous, mais les bombes ne se détachent pas. Alors le capitaine Pierre vire posément, reprend l'alignement de la cible, toujours en plein tir ennemi, et largue les huit bombes. Le pont est raté de peu. A quelques mètres, la route est défoncée. Les projectiles, équipés de fusées instantanées, les seules disponibles, font des dégâts dérisoires. Criblés de mille blessures, le T73 prend le chemin du retour.<br /> <br /> Le peloton du capitaine Glorie emprunte un itinéraire légèrement plus au sud que celui du capitaine Pierre. Les appareils volent bas, parfois même très bas, à cinquante mètres à peine. Cette tactique doit leurs permettent de se soustraire à la chasse ennemie et, le cas échéant, obtenir l'appui de la DCA amie.<br /> A distance, les aviateurs aperçoivent l'aérodrome d'Evere, leur aérodrome! La piste est parsemée de cratères de bombes. <br /> Les ruines des bâtiments sont encore fumantes. Aux environs de Louvain, les avions sont pris dans un feu d'artifice de projectiles traçants. Mais l'acharnement des tireurs belges n'a d'égale que leur maladresse. Le T64 et le T61 volent quelques instants côte à côte. L'adjudant Binon adresse un signe de la main à Frans Delvigne qui répond en agitant les ailes de son "zinc". A Tirlemont l'accueil de la DCA belge est le même qu'à Louvain. Mais il faut laisser aux servants de la DCA qu'ils n'ont pas l'habitude de voir les cocardes belges dans le ciel. Quant au service de guet, il sera prévenu à onze heures de l'opération contre les ponts; soit trois heures après qu'elle soit terminée.<br /> Enfin, sur la gauche, la ville de Tongres d'où montent des fumées d'incendies. Cette fois les tirs terrestres sont allemands et précis. Les avions sont touchés. Aux portes de la ville, les "Battle" survolent une colonne motorisée. Le sous-lieutenant Vandenbosch lâche quelques rafales; un projectile ennemi lui passe entre les jambes sans, heureusement, le toucher. <br /> Glorie conduit son escadre vers le nord. Et, bientôt, les avions arrivent face au pont et entrent dans un véritable mur de feu. C'est l'enfer. Le capitaine Glorie attaque le premier. Le sous-lieutenant réserviste Vandenbosch déclenche le système de largage. Mais rien ne se passe! Le T61 suit à cent mètres et, lui non plus, ne lance aucune bombe. Finalement le T64 de l'adjudant Binon est sur l'objectif. Ses bombes partent. Elles rasent le parapet et tombent dans le canal. <br /> Binon vire et fonce au ras des pâquerettes poursuivi par une pluie de mitraille. Il aperçoit, sur la rive gauche du canal, plusieurs planeurs de grande taille.<br /> Déjà André Glorie a fait demi-tour et revient sur la cible. Son avion n'est plus qu'une épave. De l'huile bouillante gicle et arrose l'habitacle. Vandenbosch est toujours couché à sa fenêtre de visée. Il veut voir tomber les bombes. L'avion est à quatre cents mètres d'altitude et pique jusqu'à cent cinquante mètres. Glorie lâche sa charge qui rate le pont. <br /> Courageux jusqu'à l'abnégation, fidèle, jusqu'à la mort, Frans Delvigne suit imperturbablement l'avion de son chef. Il largue ses bombes sans résultat aucun. Le pont reste parfaitement intact. Le T70 flambe! Glorie ordonne à son adjoint de sauter. Le sous-lieutenant Vandenbosch échappera ainsi à la fournaise, mais il se blesse gravement. Le capitaine André Glorie s'écrase aux commandes de son Fairey. L'adjudant Delvigne et le sergent Moens sont tués dans leur avion qui, probablement, explose en vol.<br /> Le T64 retourne à sa base en mitraillant tout ce qui passe sous ses ailes et lui semble ennemi. Au loin le "Battle" du capitaine Pierre revient de Veldwezelt.<br /> <br /> A six heures, le troisième peloton décolle et prend la direction de Gand, qu'il dépasse par le nord. Tout semble calme. <br /> Mais tout à coup, dans les environs de Lierre, le T71 file vers le sol. Aussitôt, les deux autres Fairey l'imitent instinctivement, croyant à une attaque de la chasse ennemie. Les mitrailleurs des T62 et T68, le doigt sur la détente, scrutent le ciel qui reste vide de tout avion. Que s'est-il passé? Encore une fois c'est la défense antiaérienne belge qui a tiré. Il n'y a aucune troupe allemande dans la région survolée. Le caporal Bergmans a reçu une balle dans la fesse. Il perd son sang en abondance. L'adjudant Vandevelde fait demi-tour et ramène son camarade à la base.<br /> Les T62 et T68 continuent leur vol à basse altitude et arrivent aux abords de Beringen. De nouveau, les "Battle" sont pris sous le feu d'armes belges. Les deux avions sont touchés de nombreuses fois. Le moteur du T62 dégage une lourde fumée noire. Le pilote s'efforce de prendre de l'altitude et grimpe jusqu'à trois cents mètres. Il ordonne à son coéquipier de sauter. Le sergent de Ribaucourt se jette dans le vide. Une sangle de son parachute s'accroche à la mitrailleuse arrière. L'aviateur reste suspendu le long de la carlingue. Jordens secoue tant qu'il peut son "zinc". Le parachute se libère, alors Jordens saute à son tour. Mais pour nos troupes au sol le combat n'est pas fini. L'avion descendu, il reste l'équipage. Les balles sifflent autour des deux parachutistes qui arrivent, malgré tout, indemnes au sol. Ils sont aussitôt faits prisonniers par leurs "camarades". Après beaucoup de difficultés ils se feront reconnaître.<br /> <br /> Un seul avion endommagé, son réservoir bâbord est troué, continue la mission. Des tirs belges le poursuivent. Le premier sergent Wieseler fait zigzaguer son appareil pour dérégler les tirs des mitrailleuses amies (sic). Le pont approche et la Flak prend la relève de la DCA. L'avion tient le coup et, percé comme une écumoire, se présente dans l'axe de l'objectif. Le pilote se tourne vers son mitrailleur:<br /> <br /> <em>"Ça va?"<br /> "Ça va."</em><br /> <br /> L'adjudant CSLR (candidat sous-lieutenant de réserve) Deconinck, très calme, actionne le système de largage. Une colonne de fumée monte au pied de la cible. Wieseler, au ras du sol repart vers les lignes belges. Mais l'avion faiblit. L'essence gicle du réservoir perforé. Moteur réduit au minimum, l'avion grimpe jusqu'à cent cinquante mètres.<br /> <br /> <em>"Deconinck, saute!"</em> hurle le pilote.<br /> <br /> Alors, toujours très maître de lui, l'adjudant plonge dans le vide. Il se cassera un pied. Wieseler intoxiqué par les émanations d'essence cherche à atterrir. L'incendie menace. Enfin un endroit se présente. Le train d'atterrissage refuse de sortir. La pression d'huile est tombée à zéro. Le sous-officier pose son avion sur le ventre. Il se précipite hors de l'habitacle et s'éloigne rapidement. L'épave peut s'embraser à tout moment. Quand il se retourne, il frémit. Les bombes sont toujours là, accrochées sous les ailes, elles ont servi de patins lors de l'atterrissage!<br /> Il est six heures cinquante quand Vandevelde rentre à Aalter. Bergmans est immédiatement hospitalisé. A sept heures trente-cinq, le T64 de Binon et Legand se pose. L'avion est durement touché. Enfin, cinq minutes plus tard, Pierre et Cloquette sont là également.<br /> L'adjudant Binon fait son rapport au sujet des planeurs qu'il a vus, à quelques mètres, sur les rives du canal.<br /> <br /> <em>"Des planeurs?"<br /> "Vous avez mal vu!"<br /> "C'est impossible, ce sont certainement des avions ennemis abattus!"</em><br /> <br /> C'est sur cette dernière ineptie que se termine la mission de bombardement des ponts du canal Albert. Sur neuf avions, six sont abattus. Sur dix-huit aviateurs, cinq sont morts, quatre sont blessés et deux sont intoxiqués. Les objectifs sont intacts.<br /> Goliath a vaincu David. Tout a manqué aux aviateurs, tout, sauf un formidable courage! Mais le sacrifice ne s'arrête pas là. La chasse de protection a vécu, elle aussi, son martyre.<br /> <br /> L'aube du 10 mai a vu, à Schaffen, la destruction de la presque totalité des chasseurs belges les plus modernes: <br /> les "Hurricane". Douze "Gladiator", sur quinze, ont rejoint le terrain de campagne de Beauvechain. C'est là que va donc arriver, le 11 mai, l'ordre de mission de protection des bombardiers. Cet ordre a été précédé d'une valse d'hésitations, d'ordres et de contre-ordres. Mais finalement, la mission est confirmée à cinq heures deux. Six avions, constitués en deux pelotons, participeront à l'action. Ils décolleront sur ordre du commandant d'escadrille pour être dans le secteur des ponts à six heures. Le vol se fera à une altitude de neuf cents mètres. Les chasseurs assureront la protection directe des "Fairey" sur les objectifs, puis les escorteront à une altitude de trois cents mètres sur le chemin du retour. Les deux pelotons sont rapidement organisés:<br /> <br /> 1er Pl<br /> - G22 - 1Sgt Rolin (Chef de Pl)<br /> - G19 - Sgt Pirlot<br /> - G31 - Sgt Vandenbroeck<br /> <br /> 2e Pl<br /> - G27 - Capt Guisgand (Chef de Pl) <br /> - G32 - 1Sgt Winand<br /> - G25 - 1 Sgt Clinquart <br /> <br /> C'est à cinq heures trente-cinq que le premier peloton prend l'air en direction de l'est. Entre Saint-Trond et Tongres, les "Gladiator" rencontrent un Dornier et le prennent en chasse. Mais le gibier leur échappe.<br /> Bientôt apparaît, sous les plans des avions, enclavée entre le canal Albert et le Geer, une esplanade en forme de gigantesque pointe de flèche. C'est le terre-plein du fort d'Eben-Emael. Le chef de peloton y aperçoit de nombreux planeurs qu'il prend pour des avions abattus. L'escadre remonte vers le nord-est. Dans un kilomètre, les ponts seront en vue.<br /> Soudain, des Messerschmitt 109 fondent sur la formation belge qui se disloque. Rolin fonce dans une mince couche nuageuse. <br /> Il estime la force adverse à huit appareils. Une de ses mitrailleuses, la droite de capot, est inutilisable. La bande de cartouches s'est désengagée. Au sortir des nuages, le G22 tombe sur un chasseur ennemi qu'il arrose, à cent mètres, du feu de ses armes. L'Allemand grimpe, plein gaz, dans les nuages. Il est certainement touché. Mais le chasseur, beaucoup moins rapide, doit abandonner la poursuite. Et, hélas, de très loin un autre Messerschmitt le prend pour cible. <br /> Un obus explose dans le fuselage du G22. Les câbles de commande sont sectionnés. L'avion, incontrôlable, se met en spirale serrée sur la droite. Il pique vers le sol, mais, heureusement, ne s'enflamme pas. Le pilote saute en parachute. L'avion s'écrase dans un verger, le long de la route qui relie Tongres à Maastricht. <br /> Dès le début de l'engagement, le G19 s'abat en flammes. On ne retrouvera, ni les restes de l'avion, ni ceux du pilote. Le sergent Pirlot est porté disparu à jamais.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/ponts6.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Sgt Pirlot </p><br /> <br /> L'engagement n'a pas duré plus de deux minutes. Le sergent Vandenbroeck rompt le combat et rentre à Beauvechain avec un avion endommagé. Il se pose à sept heures trente. Quant au premier sergent Rolin, dès son arrivée au sol, il est capturé par des soldats belges. Le sous-officier est ligoté avec du fil téléphonique et poussé dans une cave, sur un tas de pommes de terre. Un peu plus tard, il sera fait prisonnier, avec ses gardiens belges, par les Allemands.<br /> Le deuxième détachement de protection connaît un destin semblable à celui du peloton Rolin. L'itinéraire suivi passe un peu plus au sud. Le vol s'effectue sans problème jusqu'à Zichem. Mais là, un "Staffel" de Messerschmitt intercepte les Belges. <br /> La formation de combat allemande, qui compte douze appareils, disperse les "Gladiator". Le sergent Clinquart s'abat aux commandes de son G25 en flammes, en bordure du Geer, dans les campagnes de Fexhe-Slins. <br /> Le capitaine Guisgand pose son G27, dont les commandes sont hors d'usage, le long de la route qui relie Celles à Waremme. Le pilote est légèrement blessé à la figure. Il sera soigné par un pharmacien de Waremme. Le premier sergent Winand peut s'échapper et ramener, à sa base, son G32 abîmé. Il atterrit en même temps que le sergent Vandenbroeck.<br /> <br /> L'action de la chasse de protection est terminée. Le tribut est lourd. Le courage déployé n'a pu forcer le destin. Un pilote est mort, un deuxième est porté disparu, un troisième est blessé, et un autre est prisonnier. Quatre avions sont abattus et deux sont endommagés. Un appareil ennemi a peut-être été touché par le premier sergent Rolin. Les "Gladiator" n'ont pas rencontré les "Battle". La mission suicide des ponts du canal Albert est terminée.<br /> Les alliés, français et anglais, vont prendre, avec autant d'insuccès, la relève des Belges.<br /> <br /> Le 11 mai à neuf heures, le major Tilot et l'adjudant Brasseur font sauter le pont de Briegden. Le sous-officier y laisse la vie.<br /> A Maastricht, le premier pont lancé par le génie allemand est ouvert aux blindés. Désormais, plus rien ne pourra arrêter leur ruée au c&#339;ur de la Belgique.<br /> Pendant deux jours, les alliés attaquent les ponts, les débouchés de Maastricht et les colonnes ennemies circulant dans le secteur. Les pertes sont effroyables: quarante-six bombardiers anglais et douze français sont perdus. Avec les appareils belges, le nombre d'avions abattus s'élève, au moins, à soixante-huit. Mais combien d'autres sont endommagés? Mais surtout quel est le bilan en vies humaines? <br /> <br /> Le 12 mai, au soir, l'holocauste est terminé. Les ponts de Vroenhoven et de Veldwezelt sont toujours en parfait état. <br /> L'armée allemande continue à déferler sur la Belgique.<br /> <br /> <strong>Notes</strong> :<br /> 1 Suivant les sources, le nombre d'appareils de tous types, engagés en mai 1940, varie: pour la Belgique, de 180 à 230 (le plus souvent 180) - pour la France, environ 1.000 et la moitié pour l'Angleterre - pour les Pays-Bas ? - pour l'Allemagne, de 3.500 à 4.650 (dont 358 "Stuka").<br /> <br /> 2 En plus des 14 aérodromes du temps de paix, un certain nombre de terrains, dits de campagne, (± 30) ont été aménagés.<br /> <br /> 3 La 4e batterie d'ALVF (artillerie lourde sur voie ferrée) se trouvait entre Bilzen et Eigenbilzen avec 2 pièces de 170 mm et la 9e, près de Hasselt, avec 1 pièce de 280 mm.<br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques et photographiques : article de J-M LEVO in Bulletin du CLHAM Fascicule 9 Tome V</strong> Sat, 31 Mar 2012 17:23:38 +0200 Les Cyclistes-Frontière - 10 mai 1940, premiers à faire face - http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-83+les-cyclistes-frontiere-10-mai-1940-premiers-a-faire-face.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-1-83+les-cyclistes-frontiere-10-mai-1940-premiers-a-faire-face.php Dans les années agitées de l'entre-deux-guerres, la politique internationale provoque de nombreuses inquiétudes dans les petits états neutres. Entre ses grands voisins soumis à d'implacables tensions internes et externes, la Belgique opte pour une position de neutralité renforcée, qui suppose une défense aussi autonome que possible.<br /> Mais, dès 1933, les revendications successives de l'Allemagne d'Adolf Hitler, puis le réarmement allemand, supposent, pour ce type de défense, une forte couverture de la frontière est. <br /> Cependant, en dehors de l'aménagement des fortifications, la défense de la frontière est presqu'impossible à réaliser en permanence : il s'agit d'une tâche spécifique, que la courte présence sous les armes des miliciens ayant terminé leur instruction rend fort aléatoire.<br /> Une solution, originale au vu de la structure de l'Armée Belge (la structure de l'Armée Belge prévoyait seulement l'encadrement des miliciens en service actif par un cadre permanent de militaires de carrière, et non la constitution d'unités homogènes de volontaires), est alors adoptée: l'engagement de deux mille deux cents volontaires destinés à assurer une garde permanente dans les abris bétonnés construits pour la défense des ponts et des axes routiers conduisant vers l'Allemagne.<br /> <br /> Les recrues sont incorporées au sein de compagnies cyclistes, à Léopoldsburg, où leur instruction commence, le 15 mars 1934.<br /> Une partie des volontaires vont former rapidement, au IIIème Corps d'Armée, des compagnies de cyclistes-frontière pour la protection des provinces de Limbourg et de Liège, puis du Luxembourg.<br /> Ceci explique pourquoi les diverses unités sont aussitôt stationnées dans des garnisons proches de la frontière allemande: Visé, Henri-Chapelle, Hombourg, Eupen, Malmédy, Liège et Verviers. <br /> La garde du Canal Albert et des frontières du Limbourg, séparées de l'Allemagne par une mince bande de territoire néerlandais, est confiée en partie au bataillon cycliste-frontière de cette province, stationné à Lanaken, Maaseik et Kaulille. <br /> Les UCyFr (abréviation officielle) de la province de Luxembourg sont rattachées finalement aux Chasseurs Ardennais.<br /> Il existe tout d'abord trois bataillons : celui de Visé, à deux compagnies, celui de Verviers, à quatre compagnies (Hombourg, Henri-Chapelle, Verviers, Malmédy), celui de Liège, à trois compagnies. <br /> Le 1er octobre 1937, les trois bataillons, jusque là indépendants, deviennent respectivement les IIIème, IIème et IVème bataillons du Régiment Cyclistes Frontière (RCyFr) dont l'Etat-Major et une compagnie se constituent à Liège, et dont le 1er bataillon est formé le 1er avril 1938, à deux compagnies : une nouvelle à Eupen, et celle de Malmédy, enlevée au IIème bataillon. Le régiment reçoit un fanion le 19 mai 1938, à Verviers, où l'on se souvient encore de la remise de l'emblème, par le roi Léopold III, au colonel B.E.M. Jacques, chef de corps.<br /> Le 15 mars 1940, le Régiment se dédouble, formant ainsi, sous le commandement du colonel Tilot, le Deuxième Régiment de Cyclistes-Frontière lequel, faute de temps, ne recevra jamais son fanion.<br /> <br /> Au matin du 10 mai 1940, les 1er et 2ème Régiments, plus le Bataillon du Limbourg, forment ce que l'on pourrait appeler une brigade. Vu leur mission spécifique, ils se trouvent logiquement parmi les premiers, avec d'autres unités d'avant-garde (gendarmerie, génie, ...) au contact de l'ennemi et participent, conformément aux instructions reçues, à la destruction d'une série d'ouvrages d'art. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/le_poste_d_alerte_de_losheimersgraben_frontiere.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Poste d'alerte de Losheimersgraben (frontière Belgo-Allemande)</p><br /> <br /> <br /> Les unités de CyFr font retraite à partir du 11 mai avec les autres troupes, selon les ordres de décrochage. <br /> Ils participeront notamment, avec un grand héroïsme, à un engagement majeur, sur le canal de Willebroek, pendant toute la journée du 17 mai. Les deux Régiments, réduits chacun à deux bataillons, y tiennent un large front, avec l'aide de détachements des Régiments Légers (formés par la Gendarmerie), puis du 2ème Chasseurs à Pied ainsi que des Britanniques.<br /> C'est avec ces hommes que sont engagés pour la première fois les huit chars de l'Armée Belge, pudiquement camouflés sous le nom d'"autos blindées". A partir du 18 mai, c'est la retraite...<br /> <br /> Les Cyclistes-Frontière ne disposaient pas d'une compagnie-école (à ne pas confondre avec la compagnie d'instruction), et la formation des sous-officiers était assurée par les Carabiniers Cyclistes. Mais la compagnie d'instruction, où les recrues passaient par les mains de leurs instructeurs avant d'entrer en unité, assimilée à un CRI, n'hésitera pas, sans armes antichars, à engager le combat contre des blindés allemands à Beauquesne (France), le 20 mai 1940. Elle y gagnera la Croix de Guerre française...<br /> <br /> <strong>Organisation</strong><br /> Sur le plan militaire, l'engagement de volontaires en unités constituées était une excellente mesure, qui entraînait quelques particularités. Les Cyclistes-Frontière se distinguaient des autres corps de l'infanterie par leurs missions particulières. Volontaires de carrière, ils étaient formés à une discipline très rigoureuse et à un esprit de corps renforcé par leur coiffure distinctive, le béret basque bleu de roi orné de la roue, qui leur était propre, à une époque où toute l'armée, Chasseurs Ardennais exceptés, portait le bonnet de police.<br /> Leur engagement, d'une durée renouvelable de trois ans, était assorti de conditions sévères : il fallait avoir 18 ans accomplis et moins de 29 ans révolus, être célibataire, veuf ou divorcé sans enfant, et s'engager à le rester au moins pendant le premier terme de trois ans. En contrepartie, les cyclistes-frontière avaient l'avantage de servir dans leurs régions d'origine. Au début, les appointements étaient élevés, mais ils furent réduits, suite à des restrictions budgétaires.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/prise_d_armes.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Prise d'armes</p><br /> <br /> <br /> <strong>Les tenues</strong><br /> D'une manière générale, la tenue des cyclistes-frontière s'écarte peu des tenues de l'infanterie. Seules les différences principales sont mentionnées ci-après.<br /> <strong>La casquette</strong> réglementaire est rarement portée; ses insignes distinctifs sont le passepoil bleu de roi, identique à celui de l'infanterie, et l'insigne du bandeau, la roue de vélo.<br /> <strong>Le béret</strong>: remplace le bonnet de police et, le plus souvent, la casquette; c'est la grande originalité du Corps. <br /> Il est du type basque de 10 pouces, de couleur bleu de roi, orné de la roue cycliste dorée pour les officiers, argentée pour les sous-officiers, bronzée pour la troupe. Il existe cependant des exceptions : par exemple, les aumôniers portent la croix latine, les officiers médecins portent le caducée avec guirlande et le personnel sanitaire, le caducée simple.<br /> <strong>Le casque d'acier</strong>: l'ensemble des cyclistes-frontière porte le casque M31. Cependant, les servants des T13 portent, selon les cas, l'un des deux modèles adaptés des casques de base M15 et M31 pour les troupes blindées, selon l'exemple français. Dans les deux cas, la partie avant du rebord (visière) est supprimée et remplacée par un bandeau de cuir, ce qui oblige à raccourcir le cimier et à déplacer légèrement le lion. Théoriquement, seul le second modèle, introduit en 1935, aurait dû être utilisé, mais certains documents prouvent le port de l'ancien modèle. L'autre exception est le casque porté par les motocyclistes, et qui est du modèle introduit en 1938. Il s'agit d'un casque protecteur avec bombe et rebord (visière et couvre-nuque) de liège, peint en kaki. Le casque porte au front le traditionnel lion et est muni, comme les modèles civils, de protège-oreilles. Son poids est évidemment plus léger que celui du casque d'acier (plus ou moins 600 grammes).<br /> <strong>Bottines et jambières de cuir, bottes d'officier</strong>: en cuir brun ou noir selon les grades; une des tolérances envers les volontaires de carrière qu'étaient les cyclistes-frontière est le port, en tenue de sortie, de bottes de cuir noir en lieu et place des bottines avec jambières.<br /> <strong>Capote</strong>: du modèle prévu pour les cyclistes, à une rangée de boutons; deux poches de devant à ouverture horizontale et patte boutonnée, à la hauteur de la taille; martingale. La capote ne descend que jusqu'aux genoux. Les officiers portent le manteau en tenue de sortie, si le temps l'exige. Une autre tolérance accordée à la troupe est le port du manteau "type officier" en tenue de sortie.<br /> <strong>Tenue d'exercice</strong>: même coupe que la tenue normale, mais en toile de coton kaki clair.<br /> <strong>Veste de cuir</strong>, pour les motocyclistes : en cuir brun foncé, deux rangées de cinq boutons frappés au Lion Belgique; peut être portée col ouvert ou fermé; deux poches de poitrine appliquées avec un pli et patte de fermeture avec un bouton; deux poches de hanche avec patte sans bouton; pattes de col du Corps en principe portées; pas de patte d'épaule; système de dissimulation des grades.<br /> <strong>Pantalon de cuire</strong>: coupe de la culotte, jambes fermées par des fermetures-éclair.<br /> <strong>Combinaison de toile</strong>: les équipages des T13 sont théoriquement vêtus, du moins pour l'exercice, de combinaisons de toile kaki d'une seule pièce, type salopette, fermée devant par des boutons, à col rabattu et à ceinture de toile.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/differentes_tenues.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Différentes tenues de Cyclistes-frontière</p><br /> <br /> <br /> <strong>Insignes</strong>:<br /> <span style="text-decoration: underline;">1. Insignes de grade</span>:<br /> Au béret : les officiers supérieurs portent la barrette verticale de 7 x 35 mm, en métal doré, de part et d'autre de l'insigne central. Sur la veste de cuir : elle est censée porter les pattes de col identiques à la veste et donc, s'il y a lieu, les insignes de grade et de spécialité, de même que les insignes de grade des sous-officiers et de la troupe (aux manches).<br /> <span style="text-decoration: underline;">2. Insignes de Corps</span>:<br /> De 1934 à 1937, les Compagnies Cyclistes, unités indépendantes, sont rattachées à des régiments d'activé dont elles portent les numéros sur les pattes d'épaule; par exemple, les compagnies de Visé et Liège, rattachées au 14ème de Ligne, portent à l'épaule le nombre 14 à la place de la roue cycliste; les compagnies de Henri-Chapelle, Hombourg et Verviers, rattachées au 1er Régiment de Ligne, portent le chiffre 1. Quant aux compagnies de Malmédy et d'Eupen, qui sont rattachées au 2ème Régiment de Carabiniers Cyclistes, elles portent les couleurs de cette unité, c'est-à-dire l'écusson vert à passepoil jonquille (passepoil jonquille à la casquette), la roue cycliste sur l'écusson, couronne et chiffre réglementaire à l'épaule. Pour toutes les autres unités, la patte de col est celle de l'infanterie, rouge vif à passepoil bleu de roi, avec la roue cycliste. Cette même roue, en tant qu'insigne de corps, est portée au centre du bandeau de la casquette et au béret. Contrairement aux Chasseurs Ardennais, les Cyclistes-Frontière ne portent pas de numéro au béret.<br /> A partir de 1937, toutes les unités, désormais enrégimentées, portent les pattes de col rouges à passepoil bleu de roi, avec la roue cycliste; aux pattes d'épaule, la couronne royale surmontant la roue cycliste.<br /> Quant au personnel médical, il porte les pattes de col du service de santé : velours amarante et caducée enguirlandé pour les médecins, écusson de tissu amarante bordé d'un passepoil bleu foncé pour les infirmiers et les brancardiers. Ce personnel porte la roue cycliste et la couronne sur les pattes d'épaule; de plus, tous les membres du service de santé portent le brassard médical, blanc à bords verts, avec croix rouge brodée, numéro d'immatriculation et cachet.<br /> <span style="text-decoration: underline;">3. Insignes de manches</span>:<br /> Les exceptions suivantes concernent les Cyclistes-Frontière :<br /> Facteur (vaguemestre): losange de drap jaune de 60 x 40 mm, placé horizontalement sur la manche gauche, entre le coude et l'épaule.<br /> Servant de T13 : au bras gauche, entre le coude et l'épaule, l'ancien insigne de béret du Régiment des Chars de Combat, supprimé en 1934 : heaume posé sur deux canons croisés. L'insigne est or, argent ou bronze selon les grades; pour la troupe, il est souvent combiné, sur un fond de tissus d'uniforme, avec le ou les galons d'ancienneté.<br /> L'équipement<br /> D'une manière générale, l'équipement des officiers, des sous-officiers et de la troupe est semblable à celui de l'infanterie. L'exception principale est constituée par le système des cartouchières, qui est du modèle Mills 1908 modifié 1930, non seulement pour les servants de F.M., mais pour l'ensemble des cyclistes. Cependant, deux cartouchières de cuir de plusieurs types furent utilisées pour les exercices; les équipements de toile étaient généralisés pour le harnachement des vélos.<br /> Le harnachement du vélo<br /> L'homme porte sur lui l'arme de poing s'il en est pourvu, sa pelle et sa baïonnette (dans un étui combiné); le reste de l'équipement personnel est porté sur le vélo. Le fusil Mauser 35 est placé en travers du vélo et maintenu par une boîte pour la crosse et une sangle de cuir sur plaque de tôle placée sur le cadre, pour le canon.<br /> Deux besaces sont placées de part et d'autre du porte-bagage; sur ce dernier, une couverture, la capote roulée dans une toile de tente, le casque sanglé sur le tout. Le masque à gaz est attaché sur une des deux besaces, lesquelles contiennent la gourde et tout le reste de l'équipement, qui approche les 40 kilos avec le vélo.<br /> <br /> <strong>Le matériel roulant</strong><br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;">Les vélos</span>:<br /> Les vélos sont de lourds engins, fabriqués spécialement pour l'armée par deux firmes : Bury et Van Howard; ils pèsent 17 kilos et ont un développement de 4,20 m. Les pneus sont de type ballon et sont prévus pour rouler aussi bien sur des routes macadamisées que sur des chemins de terre. Les garde-boue sont très larges et enveloppent très bien les roues, afin d'éviter la formation d'amas de boue.<br /> Le guidon est droit et muni de poignées en caoutchouc et d'une sonnette.<br /> Les poignées de frein sont à tringle, de type anglais. Sur la fourche, se trouve un support qui permet de fixer une lampe à acétylène; sur la branche gauche de la fourche, un boulon et un écrou servent à fixer une plaque militaire, quand le service l'exige. Certains vélos sont munis d'une douille pour placer un fanion; d'autres vélos sont munis d'un porte-bagages à l'avant, pour y placer une bobine de fil téléphonique. Ces vélos sont utilisés par les troupes de transmission.<br /> A l'avant du cadre, une plaque de cuir rectangulaire percée par deux rivets qui y fixent une lanière de cuir, permet d'attacher le fusil. Sur la partie arrière du cadre, une boîte de bois ou de tôle permet de loger la crosse du fusil.<br /> La selle possède de gros ressorts, qui assurent la suspension en terrain très accidenté.<br /> Le porte-bagages est très large et possède des moulures sur sa surface, afin d'éviter que l'équipement ne glisse; sur les côtés, des encoches permettent de passer les sangles de maintien.<br /> Sur le garde-boue arrière sont inscrits le numéro de la compagnie et les renseignements tactiques.<br /> <span style="text-decoration: underline;">Les motos</span><br /> Construites pour l'armée, elles sont de différents types et marques :<br /> Solos (FN, Gillet et Saroléa); sidecars de 600 cm³ (FN) et de 1000 cm³ (FN, Gillet et Saroléa), tricars FN de 1000 cm³.<br /> Les camions sont réquisitionnés, ou de types FN et GMC.<br /> Les T13 type III sont des véhicules chenilles, sur châssis Vickers Carden-Lloyd, armés d'un canon de 4,7 cm FRC (Fonderies royale des canons) et d'un F.M. 30. Le 4,7 est monté en semi-tourelle à révolution totale; l'équipage est composé de trois hommes. Le poids est de 5 tonnes, la longueur de 3,65 m, la largeur de 1,87 m, et le blindage a 9 mm. Moteur Vickers 6 cylindres; vitesse sur route 40 km/h; rapport de 5 vitesses.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cyclistes_frontiere.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Cyclistes-Frontière (à l'arrière plan 2 T13)</p><br /> <br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;">L'armement</span><br /> L'armement des Cyclistes-Frontière, T13 excepté, est celui de l'infanterie belge.<br /> <span style="text-decoration: underline;">Organisation type d'un régiment</span><br /> Ci-dessous l'organigramme-type d'un régiment de Cyclistes-Frontière, étant bien entendu qu'en pratique, certaines compagnies furent organisées selon des cadres assez différents et bénéficiaient notamment d'un nombre de chefs de peloton supérieur à la moyenne.<br /> <span style="text-decoration: underline;">RCyFr</span><br /> Etat-Major : avec notamment le Chef de Corps (colonel), l'adjudant-major, l'officier porte-fanion, l'officier de matériel, le médecin, l'officier-trésorier.<br /> Trois bataillons, comprenant chacun :<br /> -Un Etat-major, avec notamment : un major commandant le bataillon, un officier adjoint, un officier de matériel, un aumônier, un médecin, un officier payeur.<br /> -Deux compagnies, comprenant chacune : un commandant de compagnie, 4 officiers, un sous-officier comptable, 4 trompettes, un service de transmission, du personnel d'observation, un mécanicien à moto, un armurier, 4 moto-cyclistes, 5 chauffeurs de tricars, 5 chauffeurs de camions.<br /> Les véhicules comprennent 5 tricars (dont un de réserve), un camion technique, 2 camions légers, un camion à vivres, un camion à bagages, 4 motos solo, une moto sidecar, 204 vélos.<br /> L'armement d'une compagnie est constitué de 4 mitrailleuses, 12 fusils mitrailleurs, 6 pistolets mitrailleurs, 9 lance-grenades, 171 fusils, 26 pistolets.<br /> La compagnie comprend trois pelotons de fusiliers (46 hommes au lieu des 65 hommes d'un peloton d'infanterie) et un peloton de mitrailleurs.<br /> Le peloton de fusiliers est à deux groupes de combat (15 hommes et 3 armes automatiques : 2 F.M. et 1 P.M.) avec deux sous-officiers chacun, dont l'un est chef de groupe et l'autre chef d'équipe des 2 F.M.<br /> Le troisième groupe de chaque peloton de fusiliers est un groupe de trois lance-grenades DBT.<br /> Le peloton de mitrailleurs comprend deux sections de deux mitrailleuses.<br /> Dans le régiment, la 7ème compagnie de mitrailleurs comprend 12 mitrailleuses lourdes transportées sur side-cars.<br /> La 8ème compagnie comprend 12 T13, véhicules blindés à chenilles portant chacun un canon de 4,7 et un F.M.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/deux_officier_des_cyfr.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Deux officiers des Cyclistes-Frontière</p><br /> <br /> <br /> <strong>Source bibliographique</strong>: <br /> André Alexandre via le bulletin du CLHAM Fascicule 11 Tome 3<br /> <a href="http://www.clham.org/000000.htm">http://www.clham.org/000000.htm</a><br /> <strong>Crédit photographique</strong>: André Alexandre. Sat, 18 Feb 2012 22:24:10 +0100 Louise de Landsheere - De la Résistance à la Marche de la Mort - http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-82+louise-de-landsheere-de-la-resistance-a-la-marche-de-la-mort.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-82+louise-de-landsheere-de-la-resistance-a-la-marche-de-la-mort.php Louise de Landsheere grandit dans un milieu d'intellectuels catholiques. <br /> Son père, Paul de Landsheere, est un journaliste connu qui deviendra président de l'Association générale de la Presse belge et finira sa carrière comme directeur du Compte rendu analytique du Sénat. Il fréquente les milieux politiques et les hautes sphères de l'administration. Pendant la Première Guerre mondiale, il fait de la résistance et publie peu après une chronique de l'occupation, Cinquante mois d'occupation allemande.<br /> <br /> Après des humanités classiques, la jeune Louise suit les cours de l'Ecole supérieure de Jeunes Filles à Bruxelles, école créée sous les auspices de l'Université catholique de Louvain (UCL). En 1939, elle s'inscrit également au cours de l'Ecole supérieure de Commerce de l'UCL.<br /> <br /> Survient la deuxième occupation allemande. Très rapidement, un désir fou de faire quelque chose contre «eux» la poursuit. <br /> Déjà des tracts et journaux clandestins sont passés d'une étudiante à l'autre, mais Louise - Loulou pour les amis - ne parvient pas à remonter la filière. <br /> Jusqu'à ce jour de septembre où un ancien camarade de l'Académie des Beaux-Arts la contacte et lui demande son aide pour héberger des soldats britanniques cachés. Le père de Louise qui jusqu'ici s'était contenté de dire : «ce n'est pas l'affaire des femmes, elles ne peuvent pas se taire», finit par lui passer une adresse d'hébergement. <br /> La jeune femme veut davantage et force son père à lui donner le nom de quelqu'un qui, déjà, organise un «réseau» : William Ugeux, avocat, directeur au XXe Siècle avant-guerre (journal auquel Paul de Landsheere collaborait comme informateur politique).<br /> <br /> Louise de Landsheere entre en Résistance où elle devient «Martine», indicatif 015 du Service Zéro. À partir de ce moment, son activité augmente de jour en jour. Elle prend contact avec d'autres membres du réseau de «Walter» (Ugeux), se met à distribuer La Libre Belgique clandestine, travaille dans le renseignement proprement dit, mais surtout s'occupe du passage de Belges ou d'Anglais vers la Grande-Bretagne. Elle est accaparée par «Walter», commence à le remplacer quand il ne peut effectuer lui-même une mission. Elle fait ainsi connaissance de Marcel Kerkhofs, François Kinder, Charles Claser, Thérèse de Radiguès, Jean Fosty. <br /> Début 1941, Louise de Landsheere est l'adjointe en titre de «Walter».<br /> <br /> Mais en juillet 1941, après une dénonciation, la Geheime Feldpolizei fait irruption chez les de Landsheere. Par miracle - 500 Libre Belgique et d'autres papiers compromettants sont cachés dans la maison -, rien n'est découvert.<br /> Malgré plusieurs autres alertes, les activités se développent encore : Louise réceptionne des agents parachutés de Londres, transporte des armes, aide à la rédaction de la Libre Belgique,<br /> <br /> C'est le 5 mai 1942, en portant chez l'imprimeur Lielens la copie d'un numéro du clandestin qu'elle est arrêtée par la Gestapo ... Après des interrogatoires avenue Louise, elle est emprisonnée à Saint-Gilles. Suivent d'autres interrogatoires au cours desquels elle ne lâche rien. Elle restera à Saint-Gilles jusqu'à la fin l'année. Le 25 novembre 1942 débute devant un conseil de guerre allemand le procès de l'affaire de la Libre Belgique. Les séances se tiennent dans la salle de la Cour d'assises du Palais Justice de Bruxelles. Les imprimeurs sont condamnés à quinze ans de travaux forcés, Louise de Landsheere à sept ans.<br /> <br /> Dans la nuit du 7 janvier 1943 elle est transférée avec d'autres prisonnières vers le Zuchthaus (bagne, forteresse) d'Anrath, tout près de Krefeld. Anrath, surnommé le « château de la mort lente » est utilisé par l'industrie allemande. <br /> Parce que de Landsheere «a travaillé pour l'ennemi», on la met au régime des condamnés à mort. Avec d'autres condamnées, y compris des prisonnières de droit commun allemandes, elle devra travailler à découdre de vieux uniformes pour en récupérer ce qui peut encore servir. <br /> La nourriture est débilitante, l'atmosphère mauvaise. Il y a des délateurs. Louise de Landsheere est mise aux arrêts. <br /> Elle travaillera ensuite en kommando. Au début de l'hiver 1943, elle est envoyée dans d'autres prisons pour revenir à Anrath vers Pâques 1944. <br /> Quelques jours après, c'est le départ définitif pour la forteresse de Jauer en Silésie où le petit groupe de Französinnen (prisonnières autres que Allemandes) arrive début mai 1944.<br /> <br /> Sous le couvert d'une petite fabrique de réchauds à gaz, il s'agit de faire travailler des prisonnières à la fabrication de glissières d'obus. Dans la prison, la résistance s'organise. Les femmes refusent de s'installer aux machines. <br /> Après quelques semaines de «grève», c'est au tour de de Landsheere d'être mise aux arrêts, Elle refuse de fabriquer des munitions. Après un mois de sévices, elle peut retourner à l'atelier de couture. Mais pas pour longtemps.<br /> <br /> L'Armée rouge approche. Le 28 janvier 1945, par 25 degrés sous zéro, l'évacuation des prisonnières de Jauer commence. <br /> Ainsi, comme des milliers d'autres, Louise de Landsheere va connaître sa marche de la mort. Après des semaines d'horreur le convoi arrive en Bavière, à la forteresse d'Aichach, tout près de Dachau.<br /> <br /> Le typhus se déclare. Mais l'espoir grandit et le 29 avril, enfin, la prison est libérée par les Américains. <br /> Quelques heures plus tard, Paul Lévy, correspondant de guerre ayant assisté à la libération de Dachau et dont, en 1942, de Landsheere avait organisé l'évasion vers l'Angleterre, la ramène au pays après trente-six mois de captivité.<br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/louise.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Louise de Landsheere lors de sa libération avec à sa droite <br /> Ginette Pevtchin (Résistante également), <br /> Paul Lévy en Battle Dress et un officier américain</p><br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Triste retour : à Bruxelles, elle apprend que son frère Henry, en mission pour l'Armée Secrète, a été écrasé accidentellement par un char anglais le jour de la Libération.<br /> <br /> Le rôle essentiel de Louise de Landsheere dans des organismes importants de la lutte clandestine à un moment où étaient rares les véritables résistants la fait reconnaître capitaine ARA (Agents de Renseignement et d'Action), résistante par la presse clandestine, prisonnière politique et invalide de guerre.<br /> <br /> <strong>Source bibliographique:</strong> <br /> "Les mémoires de Louise de Landsheere" paru aux Editions J.M. Collet 1990<br /> Source Internet:<br /> <a href="http://louisedelandsheere.blogspot.com/">http://louisedelandsheere.blogspot.com/</a><br /> <strong>Crédit photographique</strong>:<br /> Ouvrage cité ci-dessus. Sat, 18 Feb 2012 21:28:26 +0100 Carnet de M.Joseph Desmont http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-81+carnet-de-m-joseph-desmont.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-81+carnet-de-m-joseph-desmont.php <strong>Le texte ci-dessous est une retranscription &#8211; aucun mot, tournure de phrase, fautes d&#8217;orthographe, nom de patronyme ou de villes cités (sauf quelques noms de villes étrangères) n&#8217;y a été changé afin de garantir l&#8217;authenticité &#8211; d&#8217;un carnet que M. Joseph Desmont tint depuis le 19 mai 1940 jusqu&#8217;au mois de mars 1944.<br /> Le carnet reprend non seulement l'exode de M.Desmont mais également des notes lesquelles se rapportent à différents moments de la Seconde guerre mondiale tels qu'il les a vécus</strong><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/photo_joseph_desmont_1940.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Joseph Desmont en 1940</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><strong>1940</strong></p><br /> <br /> Dimanche 19 mai 1940<br /> Les allemands sont signalés à Bruxelles et Anvers &#8211; Ils avancent fortement au-delà de Namur &#8211; Les réfugiés continuent à fuir devant l&#8217;ennemi.<br /> L&#8217;heure à sonner aussi pour nous de fuir et de nous rendre à notre devoir.<br /> Après la messe basse l&#8217;on décide de partir tous, déjà à 9 heures un groupe part.<br /> Nous autre, (François et Louis Bourdeaud&#8217;huy, Eloi d&#8217;Ogimont, son beau frère et Maurice Lequint) nous décidons de partir à midi.<br /> Ces trois derniers pris de peur partirent à 10 heures et les autres aussi me pressèrent, nous partîmes donc vers 11 h.<br /> Avant cette heure indescriptible de résignation et de sacrifice ou il faut tout quitter ce que l&#8217;on a de plus cher et sans savoir si jamais l&#8217;on se reverra, c&#8217;est un moment qui compte dans la vie et qui brièvement passe et repasse sous toutes ses formes et ses angles.<br /> Le passé et l&#8217;avenir à entrevoir et qui vous fait frémir, car nous ne savons ce qu&#8217;il nous réserve, j&#8217;ai grande confiance en vous N.D. de Lourdes qui avez toute puissance en votre fils N.S.J.C.. C&#8217;est pourquoi je suis allé à vos pieds une dernière fois vous implorer et placer toute notre famille sous votre protection et votre garde &#8211; C&#8217;est dur de quitter son foyer et c&#8217;est pour ses chers petits enfants qu&#8217;il faut partir avec le ferme espoir du retour pour les élever convenablement et chrétiennement.<br /> On a le c&#339;ur gros, la gorge serrée, on tremble sur soi, l&#8217;on ne s&#8217;appartient plus, en hâte tous les paquets sont prêt et arrive l&#8217;étreinte de la séparation, moments indescriptible, ou les petits appelle papa &#8211; Dédé &#8211; papa Dédé et nous voila partit pour l&#8217;aventure &#8211; <br /> Où ? Pour combien de temps ? Comme des voleurs qui ont fait un mauvais coup et traqué par la police.<br /> Nous prenons la route de Cordes pour Mouscron, à Cordes, je pense que j&#8217;oublie mon argent Français, Je confie Joseph mon fils ainé à François et un rapide demi tour me ramène au foyer serrer une fois de plus tout ce qui m&#8217;est le plus cher au monde.<br /> En route ce n&#8217;est que réfugiés, l&#8217;interminable défilé des trois ou quatre jours précédent qui s&#8217;accumulent aux frontières ou un mot d&#8217;ordre est donné "personne ne passe" et c&#8217;est ainsi depuis deux jours.<br /> J&#8217;oublie de dire que comme nous partions de la maison, Marcel Broignier et Joseph Diriq viennent se joindre à nous. <br /> A Mouscron comme j&#8217;avais encore beaucoup de connaissance je suis allé voir la servante de Monsieur Coulon qui est toujours dans sa grande maison à la rue des Brasseurs, là, nous eûmes un bon lit pour dormir.<br /> Après avoir fait tout les postes frontières, du Mont à Leux, de la Marlière et autres petits passages intermédiaires, nous dûmes donc nous résigner de rester à Mouscron<br /> <br /> Le lendemain matin Lundi 20 : Nous fîmes à nouveau le même manège rencontrant partout des amis et si nous avions été ensemble et nos bagages un gendarme français nous aurais laissé passé, malheureusement lui descendait de garde et nous, nous n&#8217;étions pas prêt, le bruit courrait cependant que nous allions pouvoir passer dans la journée vu la précipitation des évènements.<br /> Il est 10h30, Après une vaine attente sur le pavé le passage est ouvert, je file avec les autres sur Wattrelos en quête de nouvelles, chez Deltour nous déjeunons, chez Monsieur Imbrecht nous allons prendre le café et nous partons pour Roubaix, Mouveaux, Wambrechies en direction de La Bassée, Béthune, pendant un temps assez long nous avons pu nous éloigner de la colonne de réfugiés vers Béthune ou nous l&#8217;avons reprise jusque Herdigneul. Décrire ce lamentable cortège d&#8217;autos, camions, voitures de toutes sortes, poucettes, brouettes, vélos, enfin tous moyens de transports possibles et inimaginables, chargé tous de toutes choses les plus diverses, linges, vivres, animaux, ustensiles de cuisine etc. . . . . . Le tout poussé dans la même direction, 2 rangés de véhicules, la 3ème passant très difficilement, devant très souvent céder la place au mouvement inverse ou à l&#8217;armée.<br /> Les piétons et les cyclistes s&#8217;enchevêtrent, passent, contournent toutes ces misères ambulantes pur arriver plus vite "fuir" La poussière et l&#8217;odeur des gaz tant on en a déjà avalé.<br /> Vers La Bassée nous rencontrons Jean Declerq de Néchin professeur au Collège de Mouscron et le domestiques de ce Collège.<br /> Nous trouvons des belges qui nous convient à boire un bon verre de champagne avec eux, nous y goutons en même temps puisque nous étions au repos, nous prenons quelques bouteilles pour la soif, pour ma part j&#8217;avais quatre bouteilles de champagne et deux autres; Dédé y fit honneur et à tout moment demandait une goutte de vin, si bien que le soir il dansait sur la selle de mon vélo.<br /> Vers 9h nous arrivons à Hesdigneul à la ferme de Madame Lecomte Fernand (Hesdigneul les Béthune dans le Pas de Calais) après avoir fait au moins 80 km, nous avons dormi sur un foin de trèfle après avoir mangé et Dédé après avoir absorbé un grand bol de lait.<br /> Nous sommes réveillés par un fort mitraillement et par les bombes tombées dans les alentours.<br /> <br /> Mardi 21 mai : Après un rapide nettoyage et un petit casse croûte nous reprenons la colonne en direction de Saint Pol par Bruay jusque Troisvaux comme nous ne pouvions plus passer à Saint Pol vu la présence des boches nous avons voulu contourner Saint Pol et nous somme allé par Hernicourt, Wavrans et Bernicourt ou nous avons couché dans le Presbytère désaffecté et les gens n&#8217;étaient pas du tout honnête.<br /> <br /> Mercredi 22 mai : Nous nous mettons en route sans rien prendre, sans nous laver puisqu&#8217;il n&#8217;y avait rien.<br /> Nous partons en direction d&#8217;Abbeville par Humeroeuille jusque Eclineux ou l&#8217;on nous dit qu&#8217;il n&#8217;y a pas encore moyen de passer tout le monde veut faire demi-tour.<br /> A Troisvaux fatigué nous décidons de nous reposer un peu à l&#8217;ombre dans une prairie, il est midi et c&#8217;est aussi l&#8217;heure du repas.<br /> En allant voir l&#8217;indicateur, j&#8217;entends que l&#8217;on m&#8217;appelle, des connaissances sans doute, qui du reste seraient passées 100 fois à mes côtés et que je n&#8217;aurais pas reconnu et du reste je ne les connaissaient pas assez non plus; ce sont des belges et trois anciens élèves du collège d&#8217;Enghien, Messieurs André, Lucien, Julien Van Hecke de Baleghem très heureux de se rencontrer Ils décident de rester avec nous mais ils ont des camarades et forment déjà un petit groupe de huit, ensemble nous formons un peloton de seize.<br /> Arrivé à Wavrans comme je désirais aller plus loin au-delà de Saint Pol volontairement nos camarades Broigniez et Diricq qui ne veulent pas venir plus loin dans la direction de l&#8217;ennemi, ils préfèrent suivre la colonne par Anvin et Esdin ou ils trouveront aussi la route barrée et nous nous dirigeons vers . . . . petit village paisible que viennent de quitter précipitamment, les troupes Anglaise et d&#8217;autres réfugiés reviennent de cette direction et nous disent qu&#8217;il ne faut par aller dans cette direction non plus, que les boches sont déjà dans cette contrée. La panique s&#8217;empare de notre groupe et le domestique du Collège nous abandonne aussi.<br /> Dans ce village une ferme était abandonnée et comblée de provision abandonnées par les troupes anglaise et déjà le pillage s&#8217;organise même avec des tombereaux.<br /> Nous aussi nous faisons notre ravitaillement de toutes espèces, boîtes de conserves de viande, fruits, légumes, lait, sucre ect&#8230;. plus loin sur la route une quantité de bidons d&#8217;essence sont aussi abandonnés ce qui fait le bonheur de certains automobilistes réfugiés.<br /> Nous nous décidons alors de reprendre la colonne à Anvin, nous décidons de faire une halte et même en fin de compte d&#8217;y chercher un gîte, un vieux moulin à eau situé au bord d&#8217;un bois, nous tentons d&#8217;y passer la nuit, le bruit de l&#8217;eau étant plus harmonieuses que le crépitement des mitrailleuses et le vrombissement des moteurs et le son lugubre des bombes semant la mort, le désarroi et la terreur partout.<br /> A peine avions-nous mis pied à terre et sollicité notre ébergement voici une trentaine d&#8217;avions au dessus de nous et sans attendre Boum ! Boum ! Tout autour de nous, collé contre les murs épais de la grange tremblant de peur, impressionné par les secousses et le déplacement d&#8217;air, le petit Joseph apeuré criait, piétinait entre mes jambes et le mur.<br /> A ce moment écoulé ou certainement nous étions près de la mort nous nous remirent de notre forte émotion, de nouveau nous dûmes rentrer pour un second bombardement, la gare était visée probablement ainsi que le convoi des réfugiés.<br /> Bref nous décidons alors de ne plus rester un instant de plus dans ces lieux et en sortant du moulin nous voyons une femme blessée à la tête, un enfant tout ensanglanté, une petite maison complètement détruite, la gare très endommagée et beaucoup d&#8217;autres maisons encore.<br /> Nous décidons alors de quitter ces lieux et de continuer notre route vers des villages moins exposés par ou nous atteignons Bernicourt à la tombée de la nuit ; il n&#8217;y a pas grand monde dans le coin, les gens sont partit de peur, nous trouvons un presbytère abandonné qui nous abritera pour la nuit, il y a de la paille et quatre luxembourgeois y sont déjà installé. Tellement nous avions eu peur à Anvin tout le monde c&#8217;est couché sans souper, une réfugiée apporte un grand bol de lait à mon petit fils Joseph et l&#8217;on se couche.<br /> <br /> Jeudi 22 mai : Il est un peu plus de 4 heures, l&#8217;aviation est déjà très active et mitraille dans les parages &#8211; Nous croyons même que nous sommes cerné &#8211; En hâte nous rangeons nos paquets et vivement nous continuons notre route en direction d&#8217;Abbeville par les petites routes. A Eclineux nous devions traverser la grande route de Saint Pol en direction d&#8217;Abbeville, 500m encore à faire, deux jeunes gens nous font rebrousser chemin disant de ne pas aller plus loin qu&#8217;un allemand est la avec sa mitraillette décidément nous ne pouvons atteindre notre but de gagner le pays libre, je suis tout désemparé, découragé, dégoûté même que faire à présent puisque nous sommes encerclé de partout, revenir en arrière, peut-être essayer de rentrer en Belgique ou attendre ailleurs les évènements? Ce que nous décidâmes. Nous reprenons donc le chemin du retour par les petites routes et en direction de Wavrans vers Bethune.<br /> En arrivant à Wavrans sur la grande route nous tombons nez à nez à notre grande stupéfaction, en face de cet ennemi qui nous traque partout. Une longue colonne blindée, motorisée, chars, autos, motos, camions, défilent devant nous; les hommes nous regardent, guettent les alentours sur leur passage mais ne nous disent rien ni aux autres civiles non plus.<br /> Du reste on venait de nous le dire et même qu&#8217;ils ne faisaient pas de prisonniers, ils enlevaient seulement les casques et les fusils qu&#8217;ils cassaient parterre.<br /> Nous sommes un peu glacé par ce défilé, cette vision d&#8217;horreur de ce spectacle de la mort.<br /> Aussi nous filons vite hors de ces lieux en passant par Pernes, petit bourg au fond de la vallée et qui à certes un aspect souriant, donne l&#8217;impression d&#8217;une ville abandonnée, en effet un récent bombardement là mis en émoi, assez bien de maisons sont endommagées, partout des façades arrachées, des tuiles, des vitres sur le pavé.<br /> Une heure avant notre passage, les teutons en patrouille avaient désarmé 4 soldats français.<br /> Au moment ou nous arrivons sur la grand place une ambulance française file avec des blessés qu&#8217;elle vient de venir chercher.<br /> En sortant de cette localité nous avons juste le temps de nous abriter dans une ferme car les avions qui mitraillent les convois et pendant une heure dure le manège autour des fermes.<br /> Enfin nous nous mettons en route et à vive allure nous filons par petits groupes.<br /> Nous arrivons à nouveau à Hesdigneul ou nous demandons de nouveaux abris pour la nuit à la même ferme ou nous étions arrivé en passant, le fenil n&#8217;étant pas occupé nous nous abritons pour la 2ème fois.<br /> A peine étions nous arrivé qu&#8217;une patrouille descend la localité, un officier révolver au poing pénètre dans la cour de la ferme tout en regardant s&#8217;il n&#8217;y a pas de soldats, une quarantaine de réfugiés sont au moins sur la cour et dans les bâtiments, dont deux agents de ville de Bruxelles, ceux-ci délesté de leur casque que l&#8217;officier emporte.<br /> Une heure plus tard ils repassent avec derrière eux un tank et des soldats français dessus capturés et prisonniers probablement.<br /> Le reste de la journée se passe sans incidents sauf que l&#8217;on entend un roulement de détonations pas bien loi, c&#8217;est paraît-il un dépôt de munitions qui continue de sauter.<br /> Un souper de tripes pour 15 frs réunis toute notre bande et ensuite après avoir écouté la radio qui ne nous apprend plus rien de nouveau nous allons nous reposer un peu de cette journée mouvementée.<br /> La nuit les détonations du dépôt continue. Le matin nous nous sommes mis en route assez tôt ayant une étape assez longue à faire.<br /> Nous n&#8217;eûmes pas le temps d&#8217;attendre le café ni le lait car les gens de la maison étaient très occupé, la fille dont le mari est soldat allait donner le jour à un deuxième enfant.<br /> L&#8217;aviation est toujours très active, mais néanmoins puisque nous sommes dedans, nous pensons bien qu&#8217;ils sont chez nous et nous décidons de regagner si possible la Belgique ce jour même encore : Peux être 80 à 100 km à faire mais ce n&#8217;est rien.<br /> Nous nous dirigeons sur Hesplechin ou Rumes, mais arrivé à Fretin nous sommes bloqués, on nous dit que les Anglais ne laissent pas aller plus loin, nous sommes donc revenu dans les nôtres, rien à comprendre dans les mouvements de l&#8217;armée. <br /> Au village la croix rouge arrive aussi et s&#8217;installe à son tour dans le village, un formidable vrombissement d&#8217;avion, le canon antiaérien, le mitraillage nous fait précipiter vers une ferme isolée et camouflée par des bois.<br /> Cette ferme appartient à Madame Vve Houzé Plancq cultivatrice à Fretin ( Nord ).<br /> <br /> Nous sommes le jeudi 23 mai vers 3 heures de l&#8217;après-midi, la signataire ci-dessus nous reçois aimablement, mais il n&#8217;y que la grange ou l&#8217;étable pour nous recevoir.<br /> La place ou l&#8217;on coupe les betteraves est plus petite, plus rassurante car elle est voutée, nous nous y installons tout d&#8217;abord à cinq dont le camarade du petit Joseph, André.<br /> Mais après quelques raids d&#8217;avions les autres veulent venir aussi, c&#8217;est un peu exigu mais à la guerre comme à la guerre, on nettoie, on emporte les betteraves et l&#8217;on fait son lit de paille.<br /> Avec le petit et François Anselin nous faisons une reconnaissance des lieux en quête de nouvelles.<br /> Aussi nous sommes à deux cent mètres de la ferme dans un groupe de maison.<br /> En un clin d&#8217;&#339;il l&#8217;aviation fonce sur la localité, bombarde, les balles sifflent, nous sommes collés entre deux maisons dont les toits se rejoignent presque et des pilastres entre les murs, je me colle à une pilastre, protégeant le petit de mon corps.<br /> François est couché à plat ventre, nous sommes tous blanc comme des morts, car deux autres civiles étaient avec nous, émotion profonde, des tuiles cassées sont tombées à nos pieds, plusieurs fois encore de cette même journée nous dûmes nous cacher.<br /> <br /> Dimanche 26 mai<br /> L&#8217;aviation est particulièrement active aujourd&#8217;hui &#8211; On dirait qu&#8217;elle cherche quelque chose. Les grosses pièces d&#8217;artillerie sans doute qui ne sont pas loin de nous, il n&#8217;y a cependant pas de bombardement.<br /> Le soir le voisinage déménage pour où ? Est-ce bon ? On ne dit rien.<br /> Les anglais ne laissent pas passer au-delà de Cisoing donc inutile de vouloir chercher à passer.<br /> <br /> Lundi 27 mai<br /> Des troupes arrivent en repos elles appartiennent au 110ème régiment d&#8217;Infanterie.<br /> La ferme Houzé est particulièrement bien située et camouflée, trois cuisines s&#8217;y installent. Il est 10 h quand les 1ères troupes arrivent et à 3h ils en arrivent encore et même plus tard, ils sont tous fatigués à l&#8217;extrême, ils reviennent du front, les gars et tiennent celui-ci depuis 15 jours. Il y a trois jours qu&#8217;ils n&#8217;ont plus fermé les yeux et presque rien à manger.<br /> C&#8217;est à Nivelles qu&#8217;ils ont commencé le feu, ils nous racontent que là les belges ont même tiré sur eux (par mégarde sans doute) 2 des leurs et un lieutenant et deux soldats belges tombèrent.<br /> Actuellement ils arrivent du côté de Saint Amand où parait-il les allemands tombaient comme des mouches.<br /> Ils nous disent que de leur côté ils subirent de lourdes pertes et que d&#8217;une division il ne restait plus grand-chose.<br /> Tous ils se mirent à faire leur toilette car ils sont méconnaissables et firent un peu tardivement vers 2H un bon déjeuné, ensuite ils se reposèrent un peu &#8211; pas longtemps car à 5h les ordres sont donnés de quitter les lieux en hâte &#8211; Tous se préparent pour le départ et rechargement des camions, les cuisines doivent préparer la nourriture pour la halte en route.<br /> Les cuisines étaient remorquée par des camions, lesquels et d&#8217;autres encore peut-être étaient partit dès leur arrivée et dès qu&#8217;ils furent déchargé Où ? J&#8217;ignore, chercher des vivres peut-être &#8211; des munitions ??? Toujours est-il que le gros de la troupe part et les camions ne sont pas de retour 8h &#8211; 9h &#8211; 10h et toujours pas de camions ! Mitraillée, bombardé en route, prisonnier peut-être ?<br /> Notre trio vers 8h va à l&#8217;église et aux nouvelles comme les autres jours. Le long du bois la nuit est tombée, le petit Joseph est couché aujourd&#8217;hui et à deux nous égrenons notre chapelet en écoutant le canon près de nous, mais il à un autre son, ce sont des ripostes qui tombent pas bien loin de nous, ce bruit nous est confirmé par les soldats, nul doute ce sont les obus boche, si jamais ils en venaient dans notre direction, mais ils avancent donc, certain et tous nous disent qu&#8217;il sont encore loin et un militaire me dit demain ils seront ici. Je frémis rien que d&#8217;y penser, ils arrivent comment ? Des soldats autour de nous et avec nous &#8211; nous serons tous mitraillés, prisonniers.<br /> On n'a jamais rien de bon dans la tête quand c&#8217;est ainsi. Vers 10 h ½ un cuistot pris de peur et de doute endosse comme un éclair sa capote, sa cartouchière et son fusil<br /> Celui qui venait donner quelques biscuits, boîte de confiture, sucre-candi au petit Joseph fait part de ses impression à ses camarades qui partagent ses avis et désirent en référer aux quelques chefs qui sont partis manger au bistro.<br /> Pendant ce temps quelques uns déchargent un camion restant afin sans doute d&#8217;y trouver place pour fuir. <br /> Quartier de bêtes, futs de vin, caisse de biscuits, de conserves etc&#8230; sont descendu. Les autres ne viennent pas prendre de réponse et il est près de minuit, et légèrement fatigué nous décidons d&#8217;aller nous coucher mais de ne rien dire aux autres pour le moment.<br /> Je n&#8217;ai pas fermé les yeux, étant en proie à toutes sortes d&#8217;imaginations, voyant les obus arrivé sur nous. (La cave de la ferme ayant déjà été défoncée pendant la guerre de 14 &#8211; 18) nous voyant prisonniers, fusillés peut-être etc&#8230; ??? On devine tout ce que l&#8217;on veut dans des moments pareils.<br /> Vers deux heures on mitraille dans le bois à côté plus de doute ils sont là ! Toute la nuit on a circulé dans la cour de la ferme.<br /> Le jour vient, la porte est légèrement ajourée et je vois un soldat passer, son fusil à la main, je me hasarde de lui demander les nouvelles. "Je ne sais si je parviendrais à filer avec le camion car ils sont là me dit-il"! Au même moment une vingtaine, tous ceux qui étaient restés arrivent à l&#8217;entrée de la cour, le camion démarre et eux aussi probablement, mais je crois qu&#8217;ils furent fait prisonnier du côté de la place, ou les gens nous dirent ensuite que plusieurs camions avaient été arrêtés<br /> Du reste pendant la nuit et dès le matin très tôt beaucoup de gens furent réveillés afin de savoir si il n&#8217;y avait plus de soldats, ils fouillent les habitations et les dépendances.<br /> A la ferme Houzé il était bien 8 heures quand nous vîmes arriver une batterie, tourner dans la prairie et partir dans le centre.<br /> Quelques un viennent chercher quelques bottes de paille.<br /> Dans la cour de la ferme et les dépendances les français laissèrent trois cuisines et tous les vivres, quelques instants plus tard ce fut un vrai pillage par tout le voisinage.<br /> Nous, nous prîmes quelques conserves et à la dame Houzé nous lui avons fait des provisions en masse, 235 kg de farine, 2 balles de café, du riz, de la chicorée, plus de 20 kg de sucre, des conserves, quelques bouteilles de liqueurs etc &#8230;..Ce qui avait de plus malheureux c&#8217;était de voir se partager le sac de ces malheureux soldats abandonnant ainsi leur linge et leur petites affaires personnelle, les officiers leurs coffres, tout fut éventré &#8211; moi-même - je reviens avec deux petites valises, un beau plat d&#8217;argent gravé "Hôtel des Ruines" et ici ce sont les ruines aussi !! Un rasoir mécanique qui remplacera celui que j&#8217;ai laissé ou plutôt perdu à Hesdigneul, une belle paire de jumelle que je désirais depuis longtemps, des lunettes de motocycliste et quelques boîtes de conserves, les autres se montent de linge, chaussures, guêtres, conserves etc&#8230;.<br /> Nous décidons donc à présent que nous sommes encore dedans de retourner en Belgique mais avant de nous mettre en route nous faisons encore un bon repas avec 4 lapins que nous donne le cuistot cité déjà plus haut et que je regrette de ne pas posséder son adresse. Une poule nous procurera un bon bouilli, le ménage de la ferme mangea la poule et le reste du lapin.<br /> Le petit Joseph fit particulièrement honneur et un petit peu de vin comme il dit ce n&#8217;est pas mauvais.<br /> Nous préparons en attendant le dîner nos bagages, avec André je vais voir aux nouvelles à la place par deux fois, dans l&#8217;intervalle le curé nous fait appeler afin de savoir si nous restons à Fretin et qu&#8217;il nous placerait à l&#8217;école libre mais nous déclinons l&#8217;offre et ne demandons plus qu&#8217;une chose à présent, c&#8217;est d&#8217;être au milieu de nôtres et de les retrouver tous en bonne santé.<br /> C&#8217;est alors que je lui ai demandé de me signer aussi le présent livre. Aussitôt le diner terminé, nous allons régler nos compte, chose que j&#8217;avais déjà voulu faire plutôt mais la vieille bonne dame songe à son fils et ne veut rien accepter et trouve que nous l&#8217;avons assez aidé et à présent dédommagé.<br /> Les adieux sont donc vite fait et nous voilà partis avec nos bagages. Dédé dansant car on va voir maman, on retourne chez maman hein papa ???<br /> Jour de repos, toujours la même chose, le temps commence à lui devenir monotone et pour nous plus long et plus <br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cahier_jd_1_25ecc.jpg" alt="" class="valign_" /><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cahier_jd_2_830a0.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Feuilles du carnet de J.Desmont</p><br /> <br /> <br /> 13 juin :<br /> La Seine est traversée &#8211; Paris est déclaré ville libre &#8211; <br /> Pétain déclare la partie intenable.<br /> <br /> 20 juin :<br /> Je pars pour Enghien, j&#8217;y retrouve les mêmes prisonniers.<br /> Les cours sont repris en ville, Je peux aller arranger les vignes de la serre au Collège grâce à l&#8217;intervention de Monsieur l&#8217;Abbé Carlier Principal du Collège. <br /> Je retrouve la sentinelle, un Alsacien qui avait déjà fait la guerre 14/18 avec qui j&#8217;avais créé une amitié tout en ayant déjà différentes idées derrière la tête. Je lui propose même de partir et de l&#8217;y aider, par crainte pour sa famille il me dit rester à son poste et que comme cela il pourrait aider d&#8217;autres personnes. Ce qui n&#8217;est pas tombé dans l&#8217;oreille d&#8217;un sourd.<br /> Un prisonnier français, fleuriste d&#8217;Arras vient m&#8217;aider et l&#8217;après midi se passe mieux, il raconte tous ces faits d&#8217;armes, il parle de son exploitation etc&#8230;..<br /> <br /> 21 juin<br /> Les pourparlers continuent, les troupes occupent Lyon, la ligne Maginot est encerclée <br /> <br /> 22 juin <br /> Progression des troupes allemandes<br /> <br /> 23 juin<br /> La radio annonce que l&#8217;armistice est en principe signé entre le Reich et la France.<br /> La France est humiliée &#8211; livraison de l&#8217;armement complet, munitions, avions, marine etc&#8230;-<br /> Occupation d&#8217;une zone partant en ligne de Genève à Tours, payement des frais de cette occupation par la France.<br /> Le soir le vieux Maréchal Pétain parle à la radio et a tendance de critiquer M. Churchill, ministre Anglais<br /> A la radio, Londres parle du Générale D. ( Français) que le gouvernement légal destitue; celui-ci forme une commission afin de regrouper tous les Français qui sont en Angleterre et à l&#8217;étranger et dit que c&#8217;est une honte pour le gouvernement légal français d&#8217;avoir agît de la sorte, tous les navires sont invités à battre pavillon Britannique et à rejoindre l&#8217;Angleterre.<br /> Pendant ce temps, les plénipotentiaires discutent à Rome les conditions d&#8217;armistice avec l&#8217;Italie.<br /> L&#8217;armée Allemande met en vente des chevaux qui se trouvent dans le parc de Moulbaix et à Rebecq.<br /> <br /> 24 juin :<br /> A 6h35 l&#8217;armistice et signée entre la France et l&#8217;Italie à Rome; ainsi agonise ce beau pays.<br /> Le 13 juin le Maréchal Pétain déclarait en laissant traverser la Seine et la ville depuis encerclée, que la partie était perdue pourquoi trainer en longueur les pourparlers et ne pas faire fuir en quelques heures le plus gros et le plus précieux, le gouvernement également et les autorités ???? Il eut certes mieux valu déposer les armes simplement comme la Hollande et la Belgique que de livrer honteusement tout ainsi.<br /> Et depuis 10 jours, combien d&#8217;hommes épargnés.<br /> L&#8217;avenir nous révèlera peut être les dessous de la question?<br /> <br /> On apprend par l&#8217;intermédiaire de la croix rouge et du notaire Loix qu&#8217;il a remit au Curé d&#8217;Ellignies, le billet signifiant la mort de Monsieur Maurice Pichon, fermier cultivateur âgé de 33 ans.<br /> La critique des évènements actuels bat son plein, tout le monde tourne les yeux vers l&#8217;Angleterre à présent avec anxiété.<br /> <br /> 26 juin :<br /> Même situation, et nous sommes toujours dans le silence et sans nouvelles.<br /> On rapporte que 1800 soldats allemands sont passés à Renaix, les mains liées derrière le dos&#8230; (Refus d&#8217;embarquement) dit-on ?<br /> Je vais donner mes cours à Leuze et à Maulde.<br /> Je pars pour Enghien et je couche chez Barrez à Ath.<br /> <br /> 27 juin :<br /> Je vais à Enghien &#8211; aujourd&#8217;hui je donne mes cours chez Monsieur le Vicaire Londeau, pour rentrer au collège, ce n&#8217;est plus aussi facile : Le soldat français prisonnier qui m&#8217;aidait est partit pour Lot. Les allemands se sont battus entre eux &#8211; Il y a encore six cent prisonniers nouveaux venu de Soignies.<br /> Après diverses formalités et insistances auprès des chefs et sentinelles; je puis aller travailler à la vigne à condition de me présenter toutes les heures au chef.<br /> Je suis partit avec l&#8217;autobus et pour revenir je suis monté dans une petite voiture de colonne avec deux boches très gentils et aimables.<br /> Au collège, on retient ma permission remise pour aller chercher mes livres.<br /> <br /> 1er juillet :<br /> Le Général De Gaulle invite toutes les armées Françaises à s&#8217;unir et à lutter jusqu&#8217;au bout.<br /> Rencontre entre les troupes Roumaines, Hongroise et Russes.<br /> <br /> 4 juillet :<br /> C&#8217;est aujourd&#8217;hui que se rendait la flotte Française &#8211; quelques unités assez importantes se trouvent en méditerranée et ne voulurent pas se rendent et engagèrent même une bataille avec les navires Anglais : Deux grosses unités de guerre française, le Strasbourg et le Dunkerque furent croit-on perdue.<br /> Aujourd&#8217;hui, je n&#8217;ai pas pu pénétrer dans le Collège à Enghien &#8211; Il va être transformé en hôpital.<br /> 14.000 francs sont accordé par la ville et payé aux boches pour remettre tous mes carreaux (vitres)<br /> <br /> 5 juillet :<br /> Nouvel appel pour que la navigation marchande Française de se rendre dans les ports Anglais (par Mr Vicq ).<br /> <br /> 6 &#8211; 7 &#8211; 8 juillet :<br /> Peu de nouvelles !<br /> Activité de l&#8217;aviation de part et d&#8217;autres nombreuses pertes ennemies.<br /> Aujourd&#8217;hui on annonce une entrevue entre Hitler &#8211; Von Ribbentrop et du Comte Ciano- on s&#8217;attend à de grands évènements.<br /> On propose au Roi de Norvège d&#8217;abdiquer celui-ci refuse.<br /> Les nouvelles se confirment de plus en plus, tous les soldats qui ne sont pas parvenus à s&#8217;enfuir d&#8217;eux même, suivent les colonnes et sont en Hollande et en Allemagne, certain disent qu&#8217;il y en a même en Pologne dans les fermes et en Sibérie; qu&#8217;ils sont bien nourrit et gagnent un Mark par jour ?<br /> <br /> 9 au 24 juillet :<br /> Rien de particulier. Nombreux raids d&#8217;aviation de part et d&#8217;aitres.<br /> Sur la route Bruxelles &#8211; Tournai &#8211; Lille vive circulation continuelle &#8211; mouvement de troupes &#8211; camions d&#8217;essence et de munitions.<br /> <br /> 21 juillet :<br /> Hier, on pouvait arborer le drapeau nationale, aujourd&#8217;hui c&#8217;est fini le conseil communal, les combattants de 14/18 assistent à la messe dans le c&#339;ur et le "Te Deum" est chanté, une gerbe est déposée au monument par le Conseil Communal (Comte Baudouin)<br /> A l&#8217;église, toutes manifestations furent suspendues.<br /> <br /> 22juillet :<br /> Les quelques centaines de soldats qu&#8217;ils y avaient au Caillois et au château sont partis aujourd&#8217;hui en Allemagne dit-on. Il en reste encore 5 ou 6.<br /> <br /> 19 août :<br /> A Londres est signé aujourd&#8217;hui l&#8217;accord des ministres Belges Huysman etc&#8230;..de rester attaché à l&#8217;Angleterre et de se battre à ses côtés.<br /> Peu d&#8217;aviation aujourd&#8217;hui, ils lèchent leurs plaies d&#8217;hier disent les Anglais : 144 avions abattus et de nombreux raids sur l&#8217;Allemagne.<br /> <br /> 15 septembre :<br /> On interdit de sonner les cloches des églises, elles peuvent sonner 2 fois par jour et rien que quelques coups.<br /> La question du ravitaillement devient un problème.<br /> -Interdiction de circuler avec des produits.<br /> -Délivrance de permis : passe avant.<br /> -Pomme de terre à 1fr et 1fr 75.<br /> -Beurre 35 &#8211; 40 &#8211; 60 frs le kg.<br /> -Blé 400 fr et plus.<br /> -Tabac 40 à 70 fr.<br /> <br /> 21 octobre :<br /> La garde civile monte la garde par ordre : Contrôle des voitures automobiles seulement.<br /> Pour la vérification des permis : Où allez-vous ? D&#8217;où venez-vous ? Qu&#8217;avez-vous ? Que faites-vous ?<br /> J&#8217;ai monté de garde le lundi et le vendredi : de 16h à 22h quelques voitures seulement.<br /> La nuit j&#8217;ai arrêté un camion allemand dont deux civiles qui allaient frauder certainement, mais rien à dire.<br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/autorisation_allemande.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Autorisation allemande au nom de J.Desmont </p><br /> <br /> <br /> 29 octobre :<br /> Signature en principe des accords avec le maréchal Pétain et les boches, livraison de la flotte, des colonies etc&#8230;.<br /> En un mot, la France devient dépouillée complètement.<br /> -La Grèce entre en guerre avec l&#8217;Italie<br /> -La Grèce occupe les points culminants de l&#8217;Albanie, avancée de 15 km dans ce pays.<br /> <br /> 4 Novembre :<br /> Des troupes passent en masse dans la région en direction de Leuze.<br /> <br /> 8 novembre :<br /> Je vais à la Kommandantur à Ath chercher un laissé passé pour la France<br /> <br /> 9 novembre <br /> On annonce la mort de Sir Chamberlain ancien 1ier Lord Anglais.<br /> <br /> 11 novembre :<br /> Toutes manifestations sont interdites.<br /> On annonce des manifestations à Bruxelles &#8211; arrestation, fusillades, et des tués.<br /> <br /> 12 novembre :<br /> La radio annonce la capture de 3 cuirassés Italiens.<br /> Des feuilles volantes circulent en masse en France et en Belgique.<br /> -Vision de Saint Odile.<br /> -Prédiction de la bible.<br /> -11 novembre etc&#8230;<br /> Les Grecs continuent leur avance en Albanie.<br /> Les colonies se reconquièrent peu à peu par les troupes du Général De Gaulle.<br /> 15 novembre :<br /> La fête du roi est fêtée comme de coutume à l&#8217;église comme à l&#8217;école.<br /> A Tarente les Italiens subissent de fortes pertes.<br /> On dit qu&#8217;ils demandent du secours à Hitler 1 million et demi de soldats.<br /> <br /> 17 novembre :<br /> La nuit du 13 au 14 une tempête sans égal connue ravage tout, terrasse, de nombreuses maisons, arbres, pilonne etc&#8230;<br /> De gros dégâts partout dans la région et peu de maisons intacts.<br /> Fête solennel du Roi dans toutes les villes et villages &#8211; messe pour les soldats, nombreuse assistance partout et belles cérémonies.<br /> Je suis à Lessines, après midi concert par les Fritz, pas un chien ne s&#8217;arrête et n&#8217;écoute.<br /> <br /> 28 novembre :<br /> Enghien : J&#8217;ai taillé les arbres au collège avec la recommandation de ne plus tenir de conversations aux prisonniers.<br /> <br /> 30 novembre :<br /> Les Italiens continuent à être repoussé de l&#8217;Albanie par les Grecs et cela à la baïonnette.<br /> En mer du nord et en méditerranée l&#8217;ennemi subit de lourdes pertes.<br /> "La Grèce boue dit Mussolini, envoyez-moi des Fritz et votre macaroni file lui répondit Hitler"<br /> <br /> Décembre est calme pour nous.<br /> Le prix des denrées monte de plus en plus; les marchandises deviennent rares.<br /> Le beurre à 50 frs le kg, la farine 8 &#8211; 10 &#8211; 12 fr, les pommes de terre 1,50 fr à 2 fr.<br /> Les étoffes doubles également et triple même 300 fr le m.<br /> Les évènements se déroulent surtout en Afrique <br /> <br /> 26 décembre :<br /> La commission d&#8217;arrondissement passe au village, les fermiers sont convoqués pour les pommes de terre ; ils doivent en fournir d&#8217;avantage. 30.000 kg pour le village.<br /> <br /> 28 décembre :<br /> Funérailles de Monsieur Albert Lesaffre à Pottes. Professeur du Collège de Leuze ; c&#8217;est le deuxième professeur.<br /> L&#8217;autre Monsieur Arnetiau de Wiers, instituteur est tombé dans un combat de la Lys.<br /> 30 décembre :<br /> 1940 se termine bien tristement et calmement.<br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/photo_triptyque_1.jpg" alt="" class="valign_" /><img src="http://www.freebelgians.be/upload/photo_triptyque_2.jpg" alt="" class="valign_" /><img src="http://www.freebelgians.be/upload/photo_triptyque_3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Laisser passer appartenant à J.Desmont</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><strong>1941</strong></p><br /> <br /> De 14h à 15h plébiscite muet demandé aux français par le Général De Gaulle disant que tous les français doivent rester chez eux, en famille de rentrer ailleurs pour se recueillir pendant ce temps, personne d&#8217;autre que l&#8217;ennemi ne doit se trouver dans la rue.<br /> <br /> 20 janvier :<br /> Peu de changement dans la situation &#8211; Les Italiens perdent du terrain partout en Albanie, en Lybie. Les allemands doivent de plus en plus venir à leur aide.<br /> Le gouvernement fantoche du Maréchal Pétain résiste aux allemands.<br /> Aujourd&#8217;hui entrevue et prise de nouveaux contacts avec le Président Roosevelt au parlement Américain.<br /> Il fit un grand discours pacifique ou il dit qu&#8217;il veut abolir les puissances totalitaires.<br /> Ce 20 janvier rencontre d&#8217;Hitler et de Mussolini.<br /> De nombreux mouvements de troupes en direction du nord et des Flandres s&#8217;exécutent en vue d&#8217;une attaque prochaine dit-on.<br /> Aujourd&#8217;hui, je vais chercher une autorisation à la commune afin de pouvoir circuler en tant que membre désigné par l&#8217;autorité communal comme membre de la garde civile.<br /> <br /> 25 janvier :<br /> Le Négus rentre et plante son étendard en Abyssinie et se met à la tête des troupes et des tribus. La Lybie est envahie par les troupes Anglaise.<br /> En Italie les allemands rentrent et prennent la direction des armées. Il y a des troubles en Roumanie ou il y a eu un assassinat d&#8217;un officier allemand, la garde de fer tente de reprendre le pouvoir et la situation n&#8217;est pas brillante à Bucarest ni en province.<br /> <br /> 27 janvier :<br /> Des troubles se font en Italie.<br /> <br /> 30 janvier :<br /> Laval depuis quelques jours est rejeté du gouvernement Pétain à Paris il essaye de formé un parti d&#8217;union nationale.<br /> <br /> 5 février :<br /> Pétain a présenté à Laval le mandat de ministre d&#8217;état, celui-ci refuse n&#8217;ayant rien à dire dans ce poste.<br /> En Afrique les troupes gagnent du terrain partout &#8211; En Albanie il y a progression aussi.<br /> <br /> 13 février :<br /> Aujourd&#8217;hui entrevue entre Pétain et Franco. Le général espagnol à vu Mussolini avant-hier et vient sans doute demander assistance à la France ou faire des propositions.<br /> Aucune proposition de paix n&#8217;ayant été faite par l&#8217;Italie. <br /> En méditerranée la bataille est grande.<br /> Dans les Balkans les troupes allemandes se massent &#8211; En Bulgarie de nombreux touristes pénètrent et formeront peut-être sous peu la 5ème colonne aussi.<br /> <br /> 16 février :<br /> On annonce ce jour la remise du 1er drapeau et nouveau aux troupes belges à Londres.<br /> Les troupes prospèrent partout.<br /> <br /> 23 février : <br /> Les boches sont venus photographier la grotte.<br /> <br /> 1er Mars :<br /> Pénétration des boches en Bulgarie. Ils s&#8217;y étaient déjà infiltrés comme chez nous en civil.<br /> Les Bulgares n&#8217;y font pas d&#8217;opposition, le Roi et le Gouvernement sont d&#8217;accord.<br /> <br /> 20 mars :<br /> On apprend aujourd&#8217;hui la mort ( 18 ) du R.P. Wilmer, Jésuite au collège d&#8217;Enghien, après deux mois d&#8217;emprisonnement et probablement de mauvais traitements.<br /> C&#8217;est lui qui me donna les pierres gravées de la grotte.<br /> <br /> 23 mars : La situation s&#8217;améliore toujours en Lybie et partout en Afrique.<br /> Depuis une dizaine de jours, Mussolini a voulu lui-même prendre l&#8217;offensive sur le front Grec en Albanie ; il a dut rentrer en Italie le 7ème jour en laissant une perte de 50 à 60.000 hommes, tués, blessés, prisonniers. <br /> Depuis quelques jours la pression allemande se fait sentir en Yougoslavie, nous espérons en sa résistance quelques ministres sont pour les puissances de l&#8217;axe, mais le peuple et l&#8217;armée est contre. <br /> <br /> 25 mars :<br /> Le gouvernement Yougoslave accepte de faire partie de l&#8217;Axe. Les ministres sont partis signer celui-ci à Vienne. Le peuple est mécontent, les troupes allemandes doivent traverser ce pays. Les lignes de chemin de fer sont cédées pour ses besoins.<br /> La situation s&#8217;étend &#8211; l&#8217;Italie à perdu en Afrique, depuis le début de la campagne plus de 200.000 hommes avec les prisonniers. <br /> <br /> 27 mars :<br /> Un retour des choses se produit, ce matin en Yougoslavie, le jeune Roi Pierre II (18 ans) prend la direction et forme avec l&#8217;armée un nouveau gouvernement qui ne reconnaît pas la participation au pacte, des ministres et d&#8217;autres sont fait prisonniers, des manifestations enthousiastes ont lieu à Belgrade. 1 million 300 mille hommes sont mobilisés. Dans le monde entier vive satisfaction.<br /> Un recul partout en Albanie et en Afrique.<br /> Jusqu&#8217;à ce jour, en Angleterre 28.000 tués par les bombardements et 40.000 blessés.<br /> <br /> 28 mars : <br /> Aujourd&#8217;hui à l&#8217;aube l&#8217;Allemagne déclare la guerre à la Yougoslavie. <br /> Semaine Sainte du 6 au 13 :<br /> Les allemands avance en Yougoslavie et prenne la direction de l&#8217;Egypte.<br /> Fin de semaines la situation se rétablit avance des alliées en Ethiopie. <br /> Les troupes en repos ici a Anvaing depuis 6 mois partent ; plusieurs filles et femmes en ont du regret, petite affichette placée le jour de Pâques au matin en parle avantageusement&#8230;..<br /> <br /> 9 avril :<br /> La Hongrie viole ses pactes et déclare la guerre à la Yougoslavie <br /> <br /> 12 avril :<br /> Le Japon et la Russie signe un pacte de neutralité.<br /> <br /> 23 avril :<br /> Le Roi Georges et le gouvernement grec se réfugient dans l&#8217;Ile de Crète.<br /> <br /> 26 avril :<br /> Le Roi de Yougoslavie se réfugie à Jérusalem.<br /> Le Grèce se défend aves acharnement et inflige de nombreuses pertes à l&#8217;ennemi.<br /> L&#8217;Allemagne demande à présent le passage à l&#8217;Espagne afin d&#8217;attaquer Gibraltar, visant ainsi le canal de Suez. <br /> Fin avril : Le Grèce et la Yougoslavie doivent reculer et céder le terrain enfin capituler armée par armée.<br /> Ils luttent jusqu&#8217;au bout et l&#8217;ennemi a perdu beaucoup d&#8217;effectif, beaucoup de morts.<br /> En Afrique Tobrouk résiste vaillamment.<br /> <br /> 12 mai :<br /> Hier soir est arrivé en Ecosse du Nord Rudolf Hesse vice chancelier du Reich en fuite.<br /> En parachute il descendit dans le jardin d&#8217;un laboureur et il dit ne jamais avoir été aussi heureux que de se trouver là chez ses paysans.<br /> Hitler et ses partisans vus son départ veulent le faire passer pour un fou. C&#8217;est un fait très marqué et sensationnelle entre tous, fait qui certainement aura une grande répercussion partout et surtout sur le moral allemand. <br /> <br /> 19 mai :<br /> Aujourd&#8217;hui anniversaire de notre départ pour la France ; journée mémorable et inoubliable entre toutes.<br /> En Syrie Les allemands s&#8217;infiltrent en masse et atterrissent sur les aérodromes.<br /> Le gouvernement de Vichy trouve pour excuse qu&#8217;il s&#8217;agit de simples atterrissages forcés.<br /> (Mais par quarantaine).<br /> <br /> 20 Mai : <br /> On apprend aujourd&#8217;hui la capitulation de l&#8217;armée d&#8217;Abyssinie par le Duc D&#8217;Aoste Vice Roi. 18 à 19.000 prisonniers.<br /> Dans l&#8217;Ile de Crète s&#8217;exécute une grande bataille par air et par mer &#8211; transport de troupes par air et beaucoup de parachutistes. <br /> Les allemands réclament le retour de l&#8217;Ambassadeur des Etats-Unis immédiatement pour le 10 juin.<br /> <br /> 27 mai :<br /> Il y a trois jours les Anglais ont perdus un grand navire avec 1.300 hommes vers le Groenland atteint par le meilleur navire allemand le Bismarck qui a son tour aujourd&#8217;hui est coulé à son tour.<br /> <br /> 28 mai :<br /> Le Président Roosevelt à fait un grand discours de soutien des nations libres et déclare que l&#8217;Amérique barrera la route au nazisme. <br /> Sur la côte Africaine un navire avec 3.000 hommes est coulé par un sous marin Anglais, 5 autres sont aussi coulés.<br /> La Crète est abandonnée par les Grecs et les Anglais.<br /> En Irak les troupes de Rachidami rejoignent leurs anciens chefs.<br /> <br /> 7 juin :<br /> En Syrie ou l&#8217;on voit la collaboration, celle-ci laisse prendre possession de plusieurs aérodromes par les boches.<br /> Les troupes Franco-anglaise pénètrent le matin à l&#8217;aube sans résistance de leurs frères d&#8217;armes avec le Général Collette en tête qui venait de fuir ce pays de collaboration.<br /> <br /> 15 juin :<br /> Les troupes de Syrie continuent leur avance devant Beyrouth.<br /> <br /> 21 juin :<br /> Les allemands déclarent la guerre à la Russie, celle-ci est puissante en avions, parachutistes, tanks etc&#8230;.<br /> Fin juin Les Russes infligent de fortes pertes en hommes et matériel, il parait qu&#8217;il y a eu une terrible boucherie de la part des boches ; ils agissent tout deux en poussée de colonne de chars d&#8217;assaut. <br /> <br /> 10 juillet :<br /> Les allemands ont demandé une trêve de trois jours afin de ramasser leurs morts.<br /> <br /> 13 juillet :<br /> La Syrie et le Liban demande l&#8217;armistice et redeviennent libres.<br /> Les habitants de la ville de Roubaix sont condamnés à rentrer chez eux tous dimanches à 15 heures pour faits de résistance et de sabotages.<br /> La ville de Bruxelles reçoit 5 millions pour la proclamation lors du départ forcé du bourgmestre Van de Meulebrouck.<br /> Fin juillet, les mêmes actes de sabotages continuent toujours à Roubaix.<br /> Dernièrement on a retrouvé des personnes pendues avec une pancarte "Charcuterie à vendre sans tickets, sans timbres"<br /> <br /> 15 août :<br /> La situation ne change pas &#8211; En Russie sur un front de 2.500 km les boches sont bloqués.<br /> On annonce cependant depuis quelques jours qu&#8217;ils progressent un peu &#8211; La ville de Smolensk est maintenant prise. Les Russes avaient tout détruit et enlevé avant de reculer ; voir même empoisonné les puits ce qui rend la marche de l&#8217;ennemi difficile.<br /> Les bombardements sur l&#8217;Allemagne sont de plus en plus actifs et surtout significatif.<br /> <br /> 25 août :<br /> Les troupes Russes et Anglaises rentrent d&#8217;un commun accord dans l&#8217;Iran ou les allemands s&#8217;y étaient déjà infiltrés sous toutes les formes et dans toutes les administrations ; de nombreux dépôts de munitions, d&#8217;armes, y étaient cachés.<br /> Sur le front Russe la situation change peu, légère avance des allemands.<br /> Il y a là une boucherie sans pareil surtout pour les allemands.<br /> Fin septembre : Assassinat du Notaire . . . . . . ( rexiste ) tentative sur Peeters mais se firent 3 boches de la gestapo qui tombèrent sous les balles.<br /> <br /> 12 octobre :<br /> Les Russes continuent à se défendre avec acharnement, Leningrad a été abandonné.<br /> Depuis 4 jours les allemands reportent toutes leurs forces en direction de Moscou.<br /> Ils ont fait une avance de plus de 100 km.<br /> Ils paraissent de nouveau maintenus. Il se passe dans ces secteurs des combats effroyables. Ils visent surtout le Caucase et ses richesses l&#8217;Ukraine.<br /> En Belgique le ravitaillement devient de plus en plus sévère et difficile.<br /> Il faut livrer de nombreuses bêtes.<br /> Les transports de fruits, de pommes de terre n&#8217;est plus autorisé. ( 2 kg par ménage )<br /> Le 9 à midi Mr Delcroix, Bourgmestre de Forest est prié de suivre les autorités soit disant pour livraison insuffisante de bétail dans la commune.<br /> <br /> 21 novembre :<br /> Les troupes allemandes essaye vainement de prendre Leningrad et ensuite Moscou , cinq fortes offensives viennent déchoués, une sixième est en cours vers Toula.<br /> Dans le Caucase il y a de fortes attaques.<br /> En Crimée à Sébastopol la situation reste la même.<br /> L&#8217;hiver cause de sérieux effets sur l&#8217;armée allemande, les soldats qui rentrent en Belgique en permission ont les pieds gelés ainsi que les oreilles et le nez.<br /> La discipline commence à faire défaut chez ses derniers et disent qu&#8217;ils ne veulent plus retourner en Russie.<br /> Hier a commencer l&#8217;offensive Anglaise en Lybie ( Sidi omare ??? , Tobrouk ) Les allemands de dénoncer la voix du Christ en raison de leurs v&#339;ux contre la fausse religion unique que l&#8217;on veut imposer aux allemands.<br /> Ici au village rien de particulier, on parle de la réquisition des cuivres.<br /> <br /> 29 novembre :<br /> On livre les cuivres à la commune, il faut fournir du cuivre 100 points suivants les revenus de 1939 &#8211; 100 point valant un kg de cuivre jaune, ½ kg de rouge, 2 kg de plomb.<br /> Il parait que ce sont les soit disant plus patriotes qui montrèrent l&#8217;exemple, c&#8217;est-à-dire les grosses légumes.<br /> Je ne fournirais rien, ce n&#8217;est pas une obligation d&#8217;avoir des cuivre, s&#8217;il faut payer, je payerai (20 f par 10 points manquants).<br /> <br /> 1er décembre :<br /> Les allemands sont refoulés de Rostov vers Moscou, la 6ème bataille fait rage partout sur le front et ils ont tendance à reculer. <br /> Il reste 30 jours à Hitler pour tenir sa promesse solennelle d&#8217;apporter en 1941 la victoire finale.<br /> <br /> 6 décembre : <br /> Les armées Russes prennent la contre offensive sur tout le front.<br /> <br /> 8 décembre :<br /> 6h30 Le Congrès Américain déclare la guerre au Japon. <br /> Celui-ci a d&#8217;avance attaqué différents Iles en autre les Philippines. <br /> On poignarde un allemand dans le dos à Bruxelles, prises d&#8217;otages, fermeture des lieux de plaisirs, bombardement vers l&#8217;hôpital militaire, une dizaine de tués.<br /> Aujourd&#8217;hui huit décembre par lettre du Cardinal, celui-ci annonce le mariage du Roi Léopold avec Melle Baels fille d&#8217;un ancien ministre résidant à Bruges. Ce mariage remontrait au 11 septembre et elle aurait pris le nom de Princesse de Rety ( petit village de Campine ), elle renonce à être Reine et ses enfants au trône.<br /> Les conversations ne sont pas favorables à son égard.<br /> D&#8217;abord, il est soldat prisonnier &#8211; les évènements, sa dignité de Roi, son rang, etc&#8230;<br /> L&#8217;annonce trois mois après ; l&#8217;avenir nous apprendras la suite de l&#8217;histoire de ces événements.<br /> <br /> 9 décembre : <br /> 5 nations américaines se joignent aux Etats-Unis : Equateur, Venezuela, Mexique, Panama, Colombie.<br /> En Russie recul sur tout le front. Surtout au sud, on annonce 7.000 morts, 3 divisions en déroute sur Moscou.<br /> <br /> 14 décembre :<br /> On fusille 100 otages à Paris dont un gamin de 17 ans et un mutilé de la guerre de 1914.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><strong>1942</strong></p><br /> <br /> 15 février :<br /> Les évènements suivent leurs cours partout en Russie, les russes gagnent du terrain sur tout les fronts malgré les -40°, ils ont avancé de plus de 150 km par endroit.<br /> C&#8217;est le Général Thimochenco qui conduit toujours la situation depuis 10 jours et ils ont repris 80 villes et plus de 4.000 villages.<br /> Les Japonais occupent Malacca ; Singapour est prêt à tomber ; Ils occupent de nombreuses îles.<br /> En Lybie le Général Rommel a repris du terrain depuis 15 jours &#8211; L&#8217;armée Anglaise se replie au-delà de Benghazi.<br /> <br /> 16 février :<br /> On annonce aujourd&#8217;hui la chute de Singapour grand point stratégique.<br /> <br /> 9 mars : <br /> Une sentinelle est tuée à paris, 20 otages sont fusillés.<br /> Les usines Renault de Paris sont bombardées 400 tués 1.000 à 1.500 blessés.<br /> Depuis huit jours sur le front de Leningrad 96.000 allemands sont encerclés 12.000 tués.<br /> Java est forment menacé. En Syrie c&#8217;est stationnaire.<br /> <br /> 22 mars :<br /> Un débarquement par mer et par terre et aviation a eu lieu à Saint Nazaire, il réussit parfaitement.<br /> On annonce aujourd&#8217;hui la condamnation de Jean Duroeulse fermier d&#8217;Anvaing à 1 an de prison et 13.000 fr d&#8217;amende pour trafic.<br /> Ce 22 mars, Monsieur l&#8217;Abbé Briffeuil, curé à Pottes est arrêté, maltraité, jeté par terre, plein de coup, ceci pour ne pas avoir répondu à l&#8217;appel de la police parait-il qu&#8217;il aurait répondu à la police : &#8216;&#8217; je n&#8217;ai pas le temps, j&#8217;ai autre chose a faire, je dois chanter une messe d&#8217;enterrement. Le troisième jour ils l&#8217;emmenèrent (Plusieurs visites chez lui et ailleurs pour des matières inflammables sur les greniers.)<br /> <br /> 3 avril :<br /> Depuis un mois la situation n&#8217;a guère changé.<br /> <br /> 15 mai :<br /> Confirmation au Grand Collège Saint Augustin.<br /> Monseigneur Delmotte Evêque de Tournai a tenu à faire une visite pour fêter intimement<br /> le retour au Collège &#8211; Belle petite cérémonie &#8211; Diner des professeurs et quelques autres invités.<br /> <br /> 28 mai :<br /> Le Mexique à déclaré la guerre à l&#8217;Axe. Le chef suprême de la gestapo est blessé dans un attentat à Prague (Ebricht) ????? <br /> Depuis trois jours l&#8217;offensive a également repris en Lybie.<br /> <br /> 31 mai :<br /> Mille bombardiers exécutent un raid sur Cologne et la Ruhr.<br /> La bataille de Karkhov semble terminée à l&#8217;avantage des Russes qui perdent 75.000 hommes et les allemands 90.000 tués plus les disparus.<br /> En Lybie les alliés avancent légèrement.<br /> <br /> 11 Juin :<br /> Des troupes arrivent de nouveau à Enghien, quelques centaines au Collège.<br /> Nous restons quand même et continuons à disposer des classes seulement, tout le reste est occupé.<br /> <br /> 15 juin :<br /> On a enlevé à Forest Victor Toni âgé de 70 ans. Mort dans un camp de concentration.<br /> Motif : Avoir hébergé un Anglais sur qui on venait de trouvé la carte de visite de Victor à Bruxelles <br /> Au collège d&#8217;Enghien 3 boches se sont donné la mort, cela prouve qu&#8217;ils en ont assez.<br /> Cependant ce sont des jeunes de 18 ans.<br /> <br /> 16 juin :<br /> Depuis huit jours, la radio demande à la région du littoral d&#8217;évacuer au plus tôt des côtes Belges aux Pyrénées ; on craint un débarquement sans tarder.<br /> Elle annonce son ferme espoir de vouloir terminer la guerre en 1942 et dit la nécessité de rétablir un deuxième front.<br /> De grandes réunions Anglo &#8211; Franco - Américaine on eut lieu depuis une quinzaine de jours ; on a l&#8217;impression de grands évènements sans tarder.<br /> <br /> 21 juillet :<br /> Fête Nationale : On annonce la naissance d&#8217;un prince à la cour.<br /> En Afrique, depuis un mois la situation était devenue précaire, les allemands sont en direction d&#8217;Alexandrie, Tobrouk est de nouveau entre les mains des allemands.<br /> Aujourd&#8217;hui les alliés ont l&#8217;air d&#8217;avoir repris le dessus et semblent améliorer la situation.<br /> En Russie les allemands avancent vers le Caucase. Rostov est à nouveau occupé. <br /> Sur le reste de front, ce sont les Russes qui progressent.<br /> En Belgique et en France, il y a de grands mouvements de troupes, partout on a l&#8217;impression qu&#8217;il y aura bientôt des évènements.<br /> <br /> 26 août :<br /> En Russie les allemands progressent vers le Caucase avec énormément de pertes.<br /> Le 20 : il y eut un grand débarquement à Dieppe avec tanks &#8211; environs 200 avions ennemis ont été abattus ainsi que 90 avions alliés.<br /> Le peuple est inquiet et attend la tournure des évènements. <br /> Les vols continuent, le pillage des récoltes par les glaneurs.<br /> Le blé est à 50 &#8211; 55 fr le kg<br /> Le sucre est 40 à 60 fr le kg<br /> Le cochon est à 170 fr le kg<br /> Le b&#339;uf à 125 fr<br /> Le beurre de 210 à 250 fr le kg et plus.<br /> Le sel à 11 fr<br /> Les poires à 10 fr le kg<br /> <br /> 15 septembre :<br /> Depuis trois semaines, ils sont en face de Stalingrad : nombreuses pertes.<br /> Madagascar est occupé par les Anglais.<br /> Hier à la cathédrale de Tournai eurent lieu des funérailles solennelles pour 3 rexiste tombés en Russie (Légion Wallonne) <br /> Le clergé belge refusa de célébré la cérémonie sous les ordres de Monseigneur Delmotte ?<br /> Un allemand aumônier militaire célébra l&#8217;office. <br /> Cette nuit, c&#8217;est-à-dire hier à 7 heures du soir Urbain Tonniau de Cordes est assassiné avec une carabine (en veillant sa culture d&#8217;oignons). MYSTERE<br /> A Estaimpuis, le Bourgmestre Rexiste est aussi abattu<br /> A la ferme Collin à Frasnes, on y brûle les récoltes et la batteuse.<br /> <br /> 26 septembre :<br /> Depuis 8 jours les allemands sont en face de Stalingrad &#8211; Ils sont arrêtés dans le Caucase.<br /> Les russes contre attaquent ainsi qu&#8217;en Afrique.<br /> <br /> 18 octobre :<br /> Stalingrad tiens toujours, partout ailleurs rien de changé, il n&#8217;y a plus de progression sur aucun front.<br /> On prend aussi bien les civils somme travailleurs volontaires.<br /> Monsieur l&#8217;Abbé Delmée Principal du Collège de Kain et 2 autres professeurs de langue, et le Curé de Kain-la-Tombe sont enlevés depuis la semaine dernière.(Colonel Dropsy)<br /> On rapporte que la persécution Juive se poursuit à outrance, en Hollande il parait qu&#8217;on les déporte pour les exterminés avec quelques bagages et tous les papiers. Ils montent en voiture et dans les camions mais n&#8217;en sortent plus vivant<br /> L&#8217;héritage des propriétés de tous, leurs biens sont accaparés.<br /> <br /> 23 octobre :<br /> Les alliés reprennent l&#8217;offensive sur le front d&#8217;Egypte. <br /> Stalingrad tiens toujours c&#8217;est le 83ème jour.<br /> <br /> 1er Novembre :<br /> Les succès sont masqué en Egypte, 2 Généraux, 1 tués 1 prisonnier allemands 9.000 hommes, de nombreux char capturés<br /> <br /> 8 novembre :<br /> Les Américains débarquent à Alger et à Oran ainsi qu&#8217;au Maroc, de nombreux prisonniers. 5 divisions Italienne capturées.<br /> Nombreux messages du Président Roosevelt, du Général De Gaulle.<br /> Le Générale Giraud évadé d&#8217;Allemagne se trouve et parle ce matin à 8 heures à Alger<br /> La victoire se dessine enfin à l&#8217;horizon et elle pourrait se précipité plus vite qu&#8217;on ne le croit ; il ne doit pas avoir de résistance.<br /> Le Maréchal Pétain a envoyé un message aux Africains de résister aux Américains.<br /> <br /> 10 novembre :<br /> Il y a peu ou pas de résistance dans les colonies, les troupes alliées progressent partout<br /> Du côté de la Lybie elles atteignent Solum.<br /> Tunis donne le libre passage aux troupes alliées.<br /> L&#8217;Amiral Darlan se trouve à Alger- Quoi se sauve-t-il.<br /> Laval aussi a disparu, le Gouvernement de Vichy est donc sans chef &#8211; Pétain est seul.<br /> <br /> 11 novembre :<br /> Ce matin Hitler décrète l&#8217;occupation complète de la France.<br /> De suite un appel est lancé par l&#8217;Amérique et le Générale De Gaulle, à tous navires Français se trouvant sur les côtes de la France libre, en mer ou ailleurs de rejoindre les bases d&#8217;Alger, d&#8217;Oran et autres ports Algérien et de ne pas rester entre les mains de l&#8217;ennemi.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><strong>1943</strong></p><br /> <br /> 11 avril :<br /> Les russes ont repoussés les boches partout, l&#8217;hiver leur fut favorable et ils ont repris énormément de terrain. La situation fut plutôt régulière et progressive, actuellement ils sont à Karkhov, dans le bassin du Donets.<br /> <br /> 11 mai :<br /> On parle que la cloche "Marie Pontoise" de la cathédrale de Tournai va être livrée aux allemands et que c&#8217;est un Tournaisien qui est chargé de faire cette besogne.<br /> La Tunisie et l&#8217;Afrique entière sont débarrassées de la horde teutonne.<br /> <br /> 14 mai :<br /> La R.A.F. rompt 2 immenses barrages dans la Ruhr dans les environ de Dortmound et de Cassel, 1 de 20 million de litres et l&#8217;autre de 130 million de litres, inondation terrible au alentour, par endroit plus de 10 m d&#8217;eau sur plus de 10 km. Un beau coup qui arrête toute l&#8217;industrie, l&#8217;électricité locale et l&#8217;armement.<br /> <br /> 21 mai :<br /> On arrête les notaires Loix père et fils à Frasnes<br /> <br /> 8 septembre :<br /> On apprend aujourd&#8217;hui le décès du neveu de la famille Moulard d&#8217;Anvaing; Fernand Vandoslaere décédé hier à la suite du bombardement de Bruxelles. Nombreuses victimes à Etterbeek.<br /> Depuis quelques temps, des centaines d&#8217;avions bombardiers et chasseurs sillonnent le ciel &#8211; Bombardement de tous les champs d&#8217;aviations.<br /> <br /> 18 septembre :<br /> Les alliés tiennent bon à Salerne et ont depuis deux jours fait la jonction avec les troupes venant de Bari dans l&#8217;Adriatique. A Naples les débarquements continuent et le tout marche de l&#8217;avant.<br /> En Russie forte avance partout ; ils sont à Kiev jusque la mer Noire<br /> <br /> 21 septembre :<br /> Les Français débarquent dans l&#8217;Ile de Corse &#8211; Churchill annonce que 3 fronts sont en Méditerranée, le 2ème en France et le 3ème en Belgique Hollande.<br /> <br /> Ce 21 septembre : jour de deuil pour nos cloches elles sont parties à 1 h : à 11h15 la grosse descendait sous l&#8217;&#339;il triste de beaucoup de spectateurs du village.<br /> Une vingtaine d&#8217;individus et un boche firent cette sale besogne. <br /> Le Bourgmestre et Monsieur Le Curé essayèrent un peu mais vainement pour les conserver. Si seulement ces derniers avaient laissé l&#8217;initiative de les voler !!! Mais ils ne voulurent pas.<br /> Ailleurs on les fit sonner et parfois leur départ fut accompagné de manifestation, de Brabançonne et hué. C&#8217;était triste de voir cela pour qui raisonne et pense bien.<br /> Le silence en dit peut-être plus long.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/cahier_jd_4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Feuille du carnet de J.Desmont relatant l'enlèvement des cloches</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><strong>1944</strong></p><br /> <br /> 19 février 1944 :<br /> Les allemands tiennent toujours au sud de Rome à Nettuno la campagne est dure.<br /> En Russie, l&#8217;armée russe avance fortement mais il y a de nombreux km ; ils sont en Pologne et en Lituanie.<br /> On parle toujours de débarquement sur les côtes, celles-ci sont bombardées tant et plus, il parait qu&#8217;il ne reste plus rien.<br /> -Par ici les actes de sabotages vont leur train et de plus en plus; huit jours ne se passent sans que les voies de chemin de fer ne sautent.<br /> Dergneau &#8211; Frasnes &#8211; Grandmetz &#8211; Anvaing &#8211; et ailleurs et parfois des répétitions générales pour tout bloquer partout. <br /> 2 allemands ont été assassinés le 27 janvier au soir à Leuze; à Renaix nous faisons sauter une cabine électrique Encore un peu j&#8217;étais ramassé par une personne qui se faisait passer pour un receveur chez nous.(C&#8217;était un Rexiste.)<br /> Des otages furent enlevés, à ce jour 40 sont encore tenus.<br /> Dans le Hainaut à la suite de ceci, le couvre feu est à 8 h et le matin à 7h.<br /> On tue des rexistes partout.<br /> On vole dans les trains, le courrier dans les bureaux de postes (argent et détournement des lettres douteuses sans doute) ; les timbres de ravitaillement immédiatement après les distributions quand la police a disparu des individus armés arrivent.<br /> Les registres de population, les cachets des communes pour la confection de fausses cartes d&#8217;identités sans doute.<br /> En mars, on dit que ce sont les allemands qui prennent en main le ravitaillement et le contrôle des transports.<br /> La chasse à l&#8217;homme continue mais au ralenti, plutôt sur dénonciation.<br /> Ainsi la semaine dernière 5 personnes furent arrêtées à Dergneau et à Saint Sauveur. <br /> 1 de Dergneau , 4 Borains et Ardennais ? De l&#8217;armée Blanche armée? Et deux femmes chez qui ces personnes se cachaient et se logeaient&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/j_desmont_fevrier_1944.jpg" alt="" class="valign_" /></p> Tue, 17 Jan 2012 20:08:01 +0100 BARBARA, la radio clandestine aux Oflags VII B ET X D http://www.freebelgians.be/articles/articles-5-80+barbara-la-radio-clandestine-aux-oflags-vii-b-et-x-d.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-5-80+barbara-la-radio-clandestine-aux-oflags-vii-b-et-x-d.php BARBARA est née à la fin de l'année 1940 à Eichstätt en Bavière au bloc IV de l'Oflag VII B.<br /> D'où vient ce nom ? (de B(ritish) B(roadcasting) RA(dio) ?) Nul ne le saura sans doute jamais.<br /> Ce doux nom, particulièrement cher aux prisonniers des Oflags VI B et X D dont il a soutenu le moral durant cinq années de captivité, a matérialisé une idée qui a germé dans le cerveau du commandant Barbieux et du Lt Antoine auxquels s'est rapidement joint le Slt Defroyennes.<br /> Les premiers vagissements de BARBARA se sont manifestés à l'Oflag VII B sous forme de réception d'émissions en provenance de postes allemands sans doute, mais également de postes émetteurs de Suisse Romande et Alémanique. Ces émissions étaient captées sur un poste à galène fonctionnant dans le cabinet de dentisterie du docteur Roty situé au bloc IV. L'antenne était constituée par une sorte de toile métallique qui avait rempli les mêmes fonctions sur un véhicule allemand.<br /> Le poste ainsi que les accessoires dissimulés sous les lames du parquet sur lequel se trouvait le fauteuil du dentiste étaient ressortis pour les écoutes qui ne pouvaient avoir lieu qu'en dehors des prestations du docteur.<br /> Au début, la précarité du matériel tout autant que la limitation des prestations ne permettaient pas d'assurer une écoute continue.<br /> <strong>Les promoteurs</strong><br /> Toutefois, la création de ce lien avec le monde libre et la possibilité d'un recours, même fragile, à des sources d'information plus dignes de foi ont constitué un stimulant pour les promoteurs de l'idée, surtout pour le Lt Antoine qui, jusqu'à la libération, a été la cheville ouvrière d'un système d'information dont le développement a été remarquable et la crédibilité jamais prise en défaut.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/barbara1a_constructeur.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">La construction de "Barbara"</p><br /> <br /> L'écoute pour les émissions en langue française était assurée par le Lt Antoine et celle en langue allemande et ultérieurement en langue anglaise par le Slt Defroyennes.<br /> Au début, les nouvelles étaient diffusées dans le camp d'une façon anonyme et parfois accueillies avec scepticisme par certains.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/barbara2_estafette.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le passage de "l'estafette" apportant des nouvelles fraîches.</p><br /> <br /> Puis, peu à peu, le matériel s'étant amélioré de même que les conditions et possibilités techniques d'écoute, un service plus organisé de diffusion de nouvelles s'est créé dont s'était chargé le Lt Villée. Il s'agissait d'une diffusion de bouche à oreille sans communication de documents écrits.<br /> Le service régulier de BARBARA s'était implanté profondément dans la vie journalière du camp quand une panne malencontreuse la rendit muette durant le week-end de Pentecôte 1942. Elle permit l'éclosion d'un "canard" d'une dimension telle que pour beaucoup la fin de la guerre était proche.<br /> La réapparition de BARBARA quelques jours plus tard coupa définitivement les ailes à ce malencontreux volatile. Cet incident mériterait d'autres développements de la part de ceux qui en ont vécu les péripéties.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/barbara_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">L'écoute au travers de la cloison</p><br /> <br /> <strong>A Fischbeck</strong><br /> Le 28 février 1942, les Allemands réunirent les Oflags de Rothenburg, d'Eichstätt et de Juliusburg à l'Oflag X D, à Fischbeck. Ce camp comprenait aux environs de 1.600 officiers et 120 sous-officiers et soldats belges auxquels furent ensuite ajoutés 500 officiers et soldats polonais.<br /> Il comprenait 15 baraques s'étendant sur 3 hectares, soit une densité de population de 60.000 habitants au Km²<br /> Ces nouvelles conditions déterminèrent une mutation naturelle et non concertée de Barbara. Le noyau d'écoute primitif Antoine-Defroyennes auquel s'est ajouté le Lt Fourmarier continue à fonctionner mais dans des conditions différentes.<br /> Ecoute permanente<br /> En effet, l'écoute devient permanente, tant de jour que de nuit. Les écoutes de jour sont assurées par le tandem Antoine-Fourmarier pour celles en français, celles de nuit par l'équipe Antoine-Defroyennes pour celles en français, allemand ou anglais.<br /> Une partie des écoutes de jour avait lieu dans la baraque XIII (celle du Lt Antoine et du Slt Defroyennes), mais le plus souvent dans la bibliothèque où un poste récepteur était dissimulé dans une pile de Moniteurs Belges collés et évidés pour contenir l'appareil.<br /> Les écoutes de nuit avaient lieu dans la baraque XIII, tantôt dans la chambre du Lt Antoine, tantôt dans un petit local vide servant de cuisine collective situé en début de baraque. Ces écoutes étaient assurées par le Lt Antoine pour les émissions en français et le Slt Defroyennes pour les émissions en allemand et en anglais.<br /> La sécurité des écoutes de jour était assurée par une équipe de surveillance extérieure, celle de nuit l'étant selon l'écoute en cours par le Slt Defroyennes ou le Lt Antoine. Dans ce dernier cas, le risque était grand puisque l'écoute se faisait quasi contre la porte d'entrée d'où l'on n'avait aucune vue sur les mouvements de nos gardiens. Heureusement, en dépit de quelques chaudes alertes, aucun événement fâcheux ne fut enregistré.<br /> Le service de surveillance de jour était du ressort du Slt Defroyennes qui ne l'assurait toutefois pas personnellement. A part les opérateurs, lui seul connaissant le lieu de l'écoute à protéger constituait le relais entre les surveillants et le poste d'écoute dont il fallait assurer la sécurité.<br /> La surveillance proprement dite était assurée par des groupes de 2 ou 3 officiers ou soldats qui se choisissaient entre eux et selon leurs possibilités ou affinités personnelles dans un noyau constant de plus ou moins 70 volontaires immuables.<br /> Transmission des nouvelles<br /> Les nouvelles reçues étaient transmises à un centre de rédaction fonctionnant à la baraque XII sous la direction du Lt P. Houzeau de Lehaye. Ce groupe assurait la "mise en page" des nouvelles reçues et la copie en 15 exemplaires du communiqué, à raison de deux communiqués par jour avec "édition" spéciale en cas d'événement important.<br /> La sécurité de l'équipe de rédaction, totalement indépendante de celle d'écoute, était assurée par le Lt Villée qui se chargeait également de l'acheminement des communiqués à raison de un par baraque. Il y était remis à un responsable. Dans chaque baraquement, ce dernier assurait la lecture dans chaque chambre et ensuite la destruction.<br /> A l'issue du regroupement des officiers de réserve à l'Oflag X D qui s'est opéré en juin 1943, s'est adjoint à l'équipe d'écoute le Slt Santerre qui, tout comme le matériel qu'il apportait, s'est intégré dans l'organisation en place.<br /> Le matériel d'écoute de BARBARA s'était rapidement multiplié dans la perspective d'assurer la pérennité de BARBARA, même en cas d'accident. C'est ainsi que BARBARA a disposé de jusque plus de 6 postes : un pour l'équipe extérieure de jour, un caché dans la cloison entre la chambre du Lt Antoine et la chambre voisine, le troisième pour l'écoute de nuit.<br /> Les 3 postes restants étaient tenus en réserve : l'un enterré face à la chambre du Lt Antoine, l'autre face à la chambre du Slt Defroyennes, le troisième était dissimulé dans un espace vide entre la baraque XII et la baraque XIII. Ce dernier poste a été découvert au cours d'une fouille particulièrement sévère.<br /> Tous construits dans le camp<br /> A l'exception d'un poste, celui du Slt Santerre, tous les appareils ont été construits dans le camp par le Lt Antoine et certains de ses camarades.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/barbara3_une_equipe_a_l_ecoute.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Une équipe à l'écoute</p><br /> <br /> <br /> Il est impossible de dire d'où venait ce matériel. Certaines pièces étaient construites sur place et d'autres "importées". Comment ? Par qui ? L'on ne peut le dire car, au sein de Barbara, on évitait les questions afin que, le cas échéant, on n'ait pas à dévoiler les réponses à ceux qui avaient le plus vif désir de les connaître, c'est-à-dire les gardiens.<br /> Dès l'arrivée à l'Oflag X D, s'est posée la question de l'alimentation en courant électrique, en vue d'assurer la permanence et la sécurité des écoutes.<br /> En effet, dans le cas le plus favorable, c'est-à-dire l'hiver, la lumière n'était donnée qu'à partir de 16.30 Hr et supprimée à 21 Hr. De plus, durant les alertes, et elles furent nombreuses, quasi journalières, le courant des baraques était coupé. Toutefois, le courant n'était pas interrompu dans le local du casernement sous "obédience" allemande. Dans ce magasin, outre la canalisation électrique, passaient également les circuits commandant les hauts parleurs installés dans chaque baraque pour annoncer les succès militaires du Grand Reich. Ce magasin était occupé par les Allemands avec toutefois une interruption d'occupation journalière de 12 à 14 Hr.<br /> Profitant de ces circonstances, le Lt Antoine accompagné de quelques volontaires compétents, après que le haut parleur de la baraque XII eut été débranché, a connecté le circuit de ce haut parleur sur le courant électrique du magasin. De cette façon, l'alimentation en courant était assurée quelles que soient les circonstances, c'est-à-dire même au cours des bombardements. Cette solution était toutefois tributaire de l'enlèvement des fusibles de la baraque XIII, faute de quoi l'ensemble du camp restait sous tension et les baraques illuminées par l'intermédiaire du circuit de la baraque XIII en dépit du fait que le courant eut été coupé par les gardiens. Cela s'est produit une fois pour le plus grand ébahissement de ces derniers.<br /> Le 15 mai 1945, le camp a été évacué vers Lübeck. En prévision de cet événement, et dès février, le Lt Antoine, le Slt Defroyennes et 5 de leurs camarades avaient décidé de ne pas se joindre à l'opération. A cette fin, une cachette susceptible d'abriter 5 personnes a été creusée sous la chambre du Slt Defroyennes. Cette cachette a été occupée le 15 mai 1945 par, outre le Lt Antoine et 1e Slt Defroyennes, par le Lt Leclercq, le Slt Gasch et le soldat Bardiaux. L'écoute a continué sans manifestation extérieure jusqu'au 17 avril.<br /> <strong>Reprise de BARBARA</strong><br /> Le 17 avril, le service de BARBARA a repris avec le noyau de récalcitrants. Il se trouvait installé dans les cachots et la publication du bulletin de nouvelles a repris au bénéfice de la centaine de malades intransportables et autres qui étaient restés au camp.<br /> Par la suite, le Lt Antoine a "réquisitionné" le poste de radio du commandant du camp. Branché sur les hauts parleurs du camp et tant en français qu'en allemand et en anglais et à longueur de journée, il a permis la diffusion directe des nouvelles de la B.B.C., tant à l'intention des officiers et soldats belges et français qui s'y étaient réfugiés que des plus ou moins 2.000 personnes déplacées qui occupaient le camp.<br /> Le camp évacué s'est rendu par étapes successives vers Lübeck et le service de Barbara a continué à être assuré par les collaborateurs habituels à l'exception de ceux restés à Fischbeck.<br /> Le 25 avril 1945, les militaires de l'Oflag X D ont été évacués par un détachement blindé anglais.<br /> Ainsi a pris fin l'aventure de BARBARA qui aura vécu près de 5 ans et s'est terminée dans l'euphorie de la victoire.<br /> Sans aucun doute la présente relation comporte des lacunes, des imprécisions et même peut-être des oublis involontaires qu'il faut excuser. En effet, elle n'est que la concrétisation de souvenirs qui ne peuvent faire référence à aucun document écrit qui n'ont jamais existé pour des raisons de sécurité bien compréhensibles.<br /> BARBARA est un magnifique exemple de ce que peut l'esprit d'initiative et de débrouillardise. Au travers de solutions pragmatiques, sans concertation préalable, s'est échafaudé un système articulé sur des cellules de collaboration étanches permettant une efficacité maximum avec un minimum de risques : matériel, écoute, surveillance et protection, rédaction et diffusion.<br /> Enfin et pour terminer, il faut signaler que rien n'aurait pu être réalisé sans les complicités fragmentaires ou ponctuelles des officiers, sous-officiers et soldats du camp, qui n'ont jamais refusé leur concours chaque fois qu'il leur a été demandé.<br /> <br /> Source: <strong>Article de L. Defroyennes in Bulletin du CLHAM (Centre Liégeois d&#8217;Histoire et d&#8217;Archéologie Militaires) <br /> Fascicule 3 Tome V</strong><br /> <a href="http://www.clham.org/050512.htm#00">http://www.clham.org/050512.htm#00</a><br /> Crédit photos:<br /> <a href="http://www.clham.org/050512.htm#00">http://www.clham.org/050512.htm#00</a> Wed, 11 Jan 2012 16:56:01 +0100 La catastrophe du "Rhénus 127" http://www.freebelgians.be/articles/articles-5-79+la-catastrophe-du-rhenus-127.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-5-79+la-catastrophe-du-rhenus-127.php <strong>Un des plus sombres drames de la capitulation: La catastrophe du "Rhénus 127"</strong><br /> <br /> On évoque souvent les événements marquants, mais il y a aussi des choses qui passent très souvent inaperçues ou qui sont trop facilement oubliées. La catastrophe du "Rhenus 127" prend place parmi ces dernières et, pourtant, ce fut l'un des plus sombres, si pas le plus grand drame de la capitulation. Au bilan, 134 morts, plus de 200 blessés et des disparus dont on ignore toujours les noms.<br /> C'est de l'odyssée de ce chaland qui transportait en Allemagne près de 1.500 soldats belges prisonniers que nous parlons aujourd'hui.<br /> <strong>Une odyssée?</strong><br /> Ne fut-ce pas une odyssée que celle de ces chasseurs à pied?<br /> Des étapes hallucinantes sous le soleil et dans la poussière; des marches forcées sur les routes des Flandres; la faim que n'apaisait nullement le quart de pain bis à peu près quotidien; la soif à peine étanchée par un bol d'eau ou quelques tiges de rhubarbe que des civils tendaient au passage.<br /> 30 mai 1940. La campagne des dix-huit jours venait de se terminer. Des milliers de soldats belges sont conduits en captivité. Il en part par toutes les voies de communications, mais surtout par la Hollande, parce que, en Belgique, les ponts ont sauté et que les chemins de fer sont paralysés. L'Allemand a tout prévu. Il est le maître, et par les Pays-Bas, les prisonniers peuvent être plus facilement acheminés par bateaux vers le Grand Reich, en remontant le cours du Rhin. Sous bonne escorte, les prisonniers belges franchissent la frontière et sont conduits à Walsoorden, d'où commencera l'étape hollandaise du long voyage qui les conduira en Allemagne.<br /> <strong>Ce matin-là&#8230;</strong><br /> Ce matin-là, quatre allèges à charbon et à ciment, où le vainqueur "négrier du vingtième siècle" entasse son "bétail humain", sans ménagement, quittent le petit port de Walsoorden. A bord de chacune, près de quinze cents prisonniers ont pris place. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/verbeterde_foto_rhenus_127.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Entassés comme des sardines sur la péniche</p><br /> <br /> Tous sont fatigués par trois semaines de luttes épuisantes et abattus par la défaite. L'atmosphère est lourde et tendue. Des yeux pleins de découragement tentent de découvrir encore au loin un lambeau de terre qu'ils vont quitter pour ne revoir que dans combien de temps ou ne plus revoir du tout. Cette atmosphère est la même à bord des quatre chalands, y compris le "Rhenus 127", un nouveau bateau qui faisait la fierté de ses armateurs avant que les vainqueurs ne s'en emparent.<br /> Le "Rhenus 127" est le deuxième bateau du convoi. Les quatre allèges progressent lentement. Elles traversent le Volkerak et le Hellegat, le "Trou du Diable". Elles s'approchent de Willemstad; petite bourgade au lourd passé historique. Il est près de dix-neuf heures trente. Dans Willemstad, les habitants se préparent à souper. Après, ils comptent passer une soirée calme, en écoutant la BBC leur apporter les dernières nouvelles de la bataille qui continue à faire rage. Mais leurs plans seront changés.<br /> Soudain, une formidable détonation: c'est le "Rhenus 127" qui vient de heurter une mine magnétique.<br /> Ce bruit de tonnerre met les habitants en alerte. Dans toute la ville, les vitres restées entières au travers de la campagne de Hollande et celles qui déjà étaient remplacées, s'émiettent lamentablement. Des plafonds s'effondrent, près du port, des murs déjà branlants s'écroulent.<br /> Le premier moment de stupeur passé, les habitants se précipitent jusqu'au port.<br /> Des sirènes hurlent et leurs plaintes affolantes se mêlent à des cris de détresse, à des appels au secours.<br /> Un spectacle horrifiant accueille les premiers sauveteurs. Le deuxième chaland du convoi est coupé en deux, au milieu, comme une simple tarte. Une fumée âcre s'en élève, tandis qu'il sombre rapidement.<br /> Ceux qui, les premiers, se trouvent dans les rues, peuvent voir des corps humains projetés à hauteur d'une maison au-dessus de l'eau. Près du port, ce fut une vision d'horreur, vision d'enfer. Spectacle terrible, des membres arrachés, des troncs décapités, des centaines de blessés flottent sur l'eau, appelant à l'aide; d'autres essayent avec un courage surhumain de sauver leurs camarades. L'arrière du bateau s'est enfoncé, ayant déjà englouti à peu près la moitié des prisonniers; l'avant émerge encore, les rescapés qui s'y trouvent désespérément accrochés crient au secours; beaucoup d'entre eux se jettent résolument dans les eaux sales et rougies du "Hollandse Diep", Plusieurs ne reviendront plus à la surface.<br /> M. Ernest Hellin, qui se trouve sur ce bateau, voit la rive à un peu plus de deux cents mètres. Il a un pied fracturé, une épaule démise et une blessure au côté. Il plonge et a le bonheur de s'agripper à une longue planche. Il est insensible à la douleur. S'aidant du bras valide et de la planche, il gagne bien lentement le rivage, là où est la vie. Mais avant de l'atteindre et de perdre tout-à-fait connaissance, il a la chance d'être aperçu par une des vedettes rapides allemandes que le commandant de Willemstad a dépêchées sur les lieux avec des pêcheurs hollandais. Cependant il n'est pas facile de retirer ces victimes de l'eau; du bateau, s'échappe une huile noire qui graisse les mains et, lorsqu'on parvient à tirer les victimes au bord des embarcations de sauvetage, elles glissent et il faut les attraper par les vêtements, ce qui ralentit l'opération.<br /> Pendant ce temps, des prisonniers gagnent la rive à la nage. Ils sont recueillis par des habitants qui font tout pour soulager les souffrances de ces malheureux soldats. Les blessés sont soignés sur les quais en attendant que l'administration communale trouve des locaux à peu près appropriés. Des médecins et des infirmières des environs sont accourus pour assister le docteur Schiphorst, de Willemstad, qui s'est distingué tout particulièrement.<br /> C'est le lendemain seulement qu'une colonne allemande vient enlever les blessés. Ils sont deux cents. Et c'est plusieurs jours plus tard, après le renflouement du "Rhenus 127", qu'on peut faire le bilan de cette épouvantable catastrophe. On dénombre 134 morts, mais on ignore toujours le nombre de disparus.<br /> (Une autre source cite les chiffres suivants:166 morts dont 42 wallons et 97 flamands. 27 corps sont restés non identifiés).<br /> Voilà la triste épopée du "Rhenus 127", nous dit en conclusion M. Hellin, et je vous prie de croire que j'aurai toujours présente à la mémoire cette inoubliable soirée, doublée d'une vision d'horreur et d'épouvante.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/rhenus127_renflouage.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le renflouage du "Rhénus 127"</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/495grebbeland1955_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le "Grebbeland" ex - "Rhénus 127" en 1955</p><br /> <br /> Source:<strong> article rapporté par M. Demeyer via le CLHAM (Centre Liégeois d'Histoire et d'Archéologie Militaires)<br /> Fascicule 5 tome III du bulletin du CLHAM.</strong><br /> <a href="http://www.clham.org/050296.htm">http://www.clham.org/050296.htm</a><br /> Crédit photos:<br /> <a href="http://www.smeermaas.eu/veteld.htm">http://www.smeermaas.eu/veteld.htm</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/frat.royale.cha/willemstad-2.html">http://users.skynet.be/frat.royale.cha/willemstad-2.html</a><br /> <a href="http://www.debinnenvaart.nl/binnenvaarttaal/afbeeldingen/schepen/vrachtschepen_oud/oude-motorschepen/rhenus127.html">http://www.debinnenvaart.nl/binnenvaarttaal/afbeeldingen/schepen/vrachtschepen_oud/oude-motorschepen/rhenus127.html</a> Wed, 11 Jan 2012 16:26:01 +0100 René Bruaux ou '' l'art du pianiste '' http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-78+rene-bruaux-ou-l-art-du-pianiste.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-3-78+rene-bruaux-ou-l-art-du-pianiste.php On n'a jamais encore, croyons-nous, dressé la statistique de ceux qui sont partis vers la guerre à pied, à cheval, en auto, sur un tank, en train ou en avion. Il est bien probable que "Roll" constituerait une catégorie à lui tout seul. Cet ingénieur technicien n'a, en effet, pas trouvé de manière plus originale de s'engager dans la grande aventure que de prendre les commandes d'un tramway. C'était un vieux tramway brinquebalant qui desservait, en 1940, la région du Centre. "Roll" n'a pas trente ans. Il est affecté à une centrale électrique depuis qu'il a obtenu son diplôme d'ingénieur à l'Université du Travail de Charleroi. Quelques mois avant l'explosion du drame, les autorités militaires belges ont dressé, en prévision d'une catastrophe, une liste des hommes en âge de mobilisation qui sont dispensés de rejoindre la caserne où leurs contemporains ont instruction de se présenter. Le carnet de mobilisation de ces spécialistes leur assigne une mission précise. "Roll" doit maintenir sa centrale en fonctionnement jusqu'à l'éventuelle arrivée d'une armée étrangère. Tandis que déferlent vers Dunkerque les divisions allemandes, René Bruaux, dans le soleil insolent de mai 1940, reste donc à son poste. Comme ses instructions le lui permettent, il quitte la Centrale au moment où elle va être occupée. Mais il prend soin de rétablir le courant sur un secteur de la voie vicinale dont les voitures sillonnent le pays noir. Il prend les commandes d'un tramway qu'il dirige seul vers la frontière française, ouvrant et refermant le circuit sur chacun des secteurs qu'il traverse. <br /> Une vieille chanson décrit le guerrier sur son « cheval sellé, bridé, prêt à partir ». Sans doute notre ingénieur n'a-t-il pas un moment pensé à un tel destin! <br /> Dès le 4 octobre 1940 "Roll", parvenu en Grande-Bretagne, est inscrit comme volontaire de guerre à Londres. Le mois suivant, il est au peloton-école de l'Infanterie. C'est un technicien calme et compétent, souriant et plein d'humour. Sa philosophie d'adulte est claire. Il n'aime pas la guerre; il aime moins encore les supérieurs chamarrés et les décorations. <br /> Trente ans plus tard, il refusera qu'on mette sur son cercueil celles qu'il a largement méritées, même la Military Cross, la plus recherchée des distinctions de guerre britanniques après la Victoria Cross, dont on sait qu'elle récompense, en principe, des actes héroïques qui ont coûté la vie à leur auteur. Notre ingénieur a vite fait le tour des bureaux et des casernements. Tout cela lui paraît loin de la guerre. Il a, lui, traversé les cohues des réfugiés, il a dans l'oreille les hurlements des Stukas, ces bombardiers dont les sirènes jettent la panique tandis que leurs bombes sèment la mort. Il n'est pas disposé à attendre que sonne l'heure H. Le voici candidat à une mission clandestine sur le continent. On l'envoie à l'école des marconistes clandestins. Les Anglais les appellent les « deubeulyouti », c'est-à-dire les W.T. (pour Wireless Transmitter). Dans le monde de la Résistance, on les appellera plus simplement des "pianistes". <br /> L'aventure de ces hommes, parachutés pour assurer un service de transmission radio entre les organisations clandestines et les états-majors alliés et nationaux en Grande-Bretagne, est l'une des plus dramatiques et l'une des plus discrètes de cette guerre. Elle fut aussi l'une des plus dangereuses, l'une de celles qui connut le plus de victimes. <br /> Quelle que pût être la conscience professionnelle des hommes qui travaillaient dans les centres de transmission alliés en Grande-Bretagne, la solidarité entre eux et ces soldats de l'ombre, jetés en enfants perdus dans des villes et sur des chemins encombrés de polices de toutes espèces, devait nécessairement être fragile. On s'habitue à tout dans un bureau, même à fréquenter quotidiennement, mais par radio et à cinq cents kilomètres de distance, les drames et la tragédie. <br /> Lorsque la transmission n'est pas impeccable, on s'énerve, on demande la répétition des séquences mal perçues. On s'accommode d'ailleurs mal à l'échelon suivant, celui de l'utilisation du renseignement, d'une réception qui souffre d'une certaine imprécision. <br /> Pendant ce temps-là, celui qui tapote le bouton de son émetteur voit parfois tourner autour de sa « planque » les voitures du repérage goniométrique et les policiers, revolver au poing, de l'occupant. <br /> <br /> La transmission radio est l'un des secteurs de la guerre clandestine qui a le plus évolué au cours des soixante mois de guerre. Les premiers "pianistes" parachutés apportaient avec eux un émetteur grand comme une valise de taille moyenne. <br /> Les problèmes du parachutage de l'homme et d'un tel bagage étaient déjà fort malaisés à résoudre. Par la suite, ils devaient disposer, pour émettre, d'un local relativement distant de sources diverses de brouillage, depuis les installations industrielles jusqu'à un atelier de réparation automobile. Les centres de réception étaient surchargés de communications clandestines de toutes sources. Les exigences horaires des uns et des autres venaient encore aggraver les risques. <br /> A la fin de l'occupation, les S-phones avaient le volume de deux boîtes de cigares. Il s'agissait de véritables émetteurs de radio. On y parlait avec un destinataire qui était souvent un enregistreur placé dans un avion. L'appareil survolait à l'heure prévue la région d'où devaient partir les émissions. <br /> Pour l'ennemi, l'opération était avant tout un problème de triangulation. Une fois déterminée la zone dans laquelle se trouvait l'émetteur, il était aisé de réduire le champ des recherches. Et comme, après tout, les quartiers très propices à l'émission n'étaient pas extrêmement nombreux, il est plus d'une fois arrivé que, cherchant un premier émetteur plus ou moins localisé déjà, les services de repérage tombent miraculeusement sur un autre "pianiste" qui ignorait tout - comment y aurait-il eu une quelconque coordination ? - des activités toutes proches d'un "collègue" qui avait échappé personnellement au risque mais qui avait "pollué" un quartier, une rue, un endroit isolé. <br /> Le "pianiste" dont on va raconter l'aventure n'est peut-être pas un des plus importants, ce n'est peut-être pas lui qui émit les messages qui ont déterminé des actions de guerre victorieuses ou protégé d'autres opérations. <br /> Le portrait de « Roll » est sans doute, par contre, celui du "pianiste" humainement le plus extraordinaire que les réseaux belges et français aient connu. On l'appelait, vous le savez, « Roll ». Tout le monde l'appelle « Roll »: les bureaux de Londres, ses compagnons de combat et même les services allemands qui ont vite découvert qu'ils avaient affaire à un personnage d'envergure. Mais à l'état-civil, dans sa centrale électrique comme pour ses voisins, il s'appelle René Bruaux. <br /> <br /> Au printemps de 1941, l'un des premiers parmi les « parachutés », il atterrit dans la Somme. <br /> Les relations entre les états-majors britanniques ou belges de la guerre clandestine et le pays occupé sont encore fort limitées. Pendant que les officiels, les missions militaires, les services de l'ambassade et des consulats, gonflés de volontaires plus ou moins compétents, s'affairent à accueillir des réfugiés civils et militaires, la bataille de Londres impose ses priorités. Quelques héros - et parmi eux des pilotes français et belges - tiennent en échec la Luftwaffe de Goering et anéantissent les plans hitlériens de débarquement. <br /> Par Lisbonne, par Stockholm, des journaux apportent les informations que la censure nazie et la docilité des « journalistes collaborateurs » laissent filtrer. Quelques officiers, quelques fonctionnaires, quelques industriels gagnent l'île, chaque nuit bombardée par les escadrilles à la croix gammée. <br /> Ce qui, dans le pays occupé, se structure, s'essaye à contrecarrer les plans de l'ennemi est, là aussi, embryonnaire et souvent maladroit. <br /> « Roll » reçoit la mission de rejoindre le Service « Zéro » , un des premiers mouvements de la Résistance et qui deviendra l'un des plus importants. Il est, à cette fin, envoyé à Roubaix qu'il atteint en tramway (c'est une vocation !) depuis Lille où il est arrivé après avoir, conformément aux instructions reçues, camouflé la toile immense de son parachute, son appareil d'émission et son léger bagage dans un cimetière de village. Le risque était à tout prendre, minime, que la famille bourgeoise, dont la chapelle funéraire a eu la porte fracturée, vienne s'y recueillir avant que les émissaires de Paul Joly soient venus récupérer les précieux instruments et les bagages tombés du ciel. <br /> Au coin de la Grand-Place de Roubaix, le <em>Café de l'Univers</em> est un établissement distingué et discret. <br /> Joseph Verbert, qui l'exploite pour compte d'une brasserie dans laquelle il a des intérêts, a épousé une Allemande; Madame Verbert sera plus patriote et plus française que n'importe quel Français. Sa présence sauvera un certain nombre des clandestins camouflés dans les étages de l'immeuble ou assis derrière un ersatz de café à une table de l'établissement. <br /> Dans la rue voisine, à cinquante mètres, les fleuristes Berrodier constituent un deuxième refuge et un autre centre d'action patriotique; ils paieront d'ailleurs de leur vie, dans un camp d'extermination, l'héroïsme dont ils ont fait preuve dès les premières heures de l'occupation. C'est par les Verbert et par les Berrodier, c'est par le <em>Café de l'Univers</em> et tout un monde de patriotes français regroupés autour de Paul Joly, disparu lui aussi dans les camps nazis, et de Joseph Dubar, qui deviendra l'un des résistants les plus célèbres d'Europe sous le nom de «Jean de Roubaix » ou de «Jean du Nord », que sont passés, dans les premiers mois de 1941, des aviateurs belges désireux de rejoindre leurs camarades dans les escadrilles de la Royal Air Force. L'un d'eux, Georges Hansoul, a organisé ces premiers voyages clandestins. La tâche lui avait été facilitée du fait que la famille de sa femme était propriétaire d'une de ces importantes pâtisseries-boulangeries-restaurants qui, dans les deux rues qui longeaient l'ancienne gare du Nord à Bruxelles, servaient de salle d'attente, de consigne et de lieu de repos aux provinciaux venus dans la capitale. Le réseau «Caviar» («Caviar» est le nom de guerre de Paul Joly) a conduit «Roll» à Bruxelles. Pour cela, on prend un tramway de Roubaix jusqu'au poste-frontière de Néchin-la-Festingue où un groupe de douaniers et de policiers patriotes facilitent les passages dans l'un et l'autre sens, tandis que du côté belge un autre groupe de patriotes, à Templeuve et à Herseaux, a repéré les maisons ayant une porte de chaque côté de la frontière et les cafés à double issue. <br /> Ainsi guidé par «Jean du Nord », passeur de «Caviar », notre parachuté se verra conduire dans l'imposant palais du Comte de Flandre (dans ce palais est né le roi Albert 1er). <br /> Tapi dans un petit bureau, à l'entresol du palais de la rue de la Régence, un autre « homme de guerre » de modèle inédit gère la plaque tournante des activités du « Service Zéro ». <br /> A ce moment, on l'a dit, les bureaux de Londres ne savent pas grand-chose du pays occupé. Ce qu'ils savent est souvent inexact. Aussi « Roll » arrive-t-il avec des instructions de méfiance et de prudence. On a bien raison à Londres de mettre en doute la sécurité des organisations clandestines! <br /> <br /> Où sont les professionnels de l'espionnage, du contre-espionnage, du sabotage, de la presse clandestine? On les chercherait en vain. Des amateurs ... voilà de quoi est faite la Résistance. Les gens posés et raisonnables, conditionnés par leurs activités de l'avant-guerre, qui conçoivent à Londres les consignes de sécurité, les règles de cloisonnement (bien théoriques), imaginent que leurs parachutés ne devront guère compter que sur eux-mêmes pour se protéger et pour durer le court laps de temps dont leurs planifications leur font crédit. <br /> A vrai dire, si on les avait interrogés, les dirigeants du « Service Zéro » auraient vite reconnu eux-mêmes la faiblesse de leur organisation de sécurité. <br /> &lt; Roll» a d'autres moyens. Il est porteur d'un code. Il a des instructions précises avec un horaire d'émission et d'écoute.<br /> En ce début de 1942, pour les clandestins, le code est un livre. Pas mal de « dépêches » restaient ambiguës ou incomplètement décodables. Et, plus d'une fois, les centres d'écoute britanniques ont cru déceler, dans les séquences transmises, l'erreur voulue qui avait été prévue comme un signal d'alerte que le "pianiste" introduirait dans ses transmissions s'il était obligé d'émettre sous contrôle d'un ennemi qui se serait emparé de lui. Heureusement, cette « conversation-radio », et la possibilité d'en écouter à plusieurs reprises les enregistrements, fournissaient d'autres éléments de contrôle. Chaque W.T. a, en effet, sa manière personnelle de frapper la touche de son émetteur-morse. Il a un doigté comme d'autres ont un accent ou un timbre de voix distinctifs. C'est pourquoi sans doute, d'une manière qui reste inexplicable, mais dans un souci peut-être honorable d'accorder une priorité à la sécurité d'un agent formé sur la sécurité de ceux auxquels on l'envoie, le "pianiste" a reçu instruction, s'il est arrêté, d'accepter de continuer à émettre pour compte des polices ennemies. Celles-ci sont toujours soucieuses « d'intoxiquer » les destinataires alliés et de fausser les renseignements dont ces derniers disposent. <br /> Tout au plus a-t-il été avisé, comme on vient de l'indiquer, qu'en faisant une erreur de codage toutes les septièmes lettres, ou bien en se trompant volontairement au seizième groupe, il préviendra Londres qu'il n'émet plus librement. Les "pianistes", Londres le sait, eux-mêmes le savent, courent des risques tels que leurs chances de survie sont courtes. <br /> Le service «Zéro» s'est efforcé de garantir la sécurité de « Roll ». <br /> Un groupe de gendarmes patriotes, conduit par l'adjudant Henri Delvosal, a été constitué pour la protection du "pianiste". Delvosal se donne à cette tâche risquée. Mais il est surveillé à l'intérieur de la gendarmerie. Ses officiers, sans <br /> « collaborer », comme l'a fait leur chef de corps, sont prudents. <br /> Ils entendent bien ne pas compromettre - on peut les comprendre - l'action essentielle des services d'ordre dans des activités de résistance. Aussi Delvosal ne dispose-t-il d'aucune facilité; il doit cumuler son rôle de chef de la sécurité de « Zéro » avec ses missions professionnelles. Il y laissera sa santé. Rongé par un cancer, il devra un jour fuir et, probablement <br /> (car on a perdu sa trace), a-t-il disparu en tentant de traverser les Pyrénées après avoir été soigné près de Lyon par une <br /> « antenne» française de « Zéro ». <br /> Henri Delvosal ( «Gilbert» pour les hommes de « Zéro») a confié la sécurité de « Roll » et de ses émissions, dont chacune se fait dans un appartement différent et à des heures irrégulières, à l'un de ses gendarmes, François Malmedy. François, lui, va mourir pour « Roll ». <br /> <br /> Le drame s'est noué le 2 mai 1942. C'est un samedi, un samedi où le printemps s'annonce, où la vie paraît chargée d'espérance. François a porté pour le "pianiste", que l'on sépare autant que possible de son dangereux matériel, la valise contenant le poste émetteur, à l'avenue du Derby dans un appartement dont les occupants, les demoiselles Drapier sont membres du « Service Zéro ». <br /> C'est la première fois que « Roll» émet depuis ce quartier bruxellois de l'avenue des Nations que l'on rebaptisera, après la guerre, avenue Franklin Roosevelt. On saura plus tard que le quartier est surveillé par les camionnettes de la radiogoniométrie policière, parce qu'un autre "pianiste" y a émis plusieurs fois pour compte d'un autre réseau. Il fallait, à cette époque, entre trois et cinq minutes pour que les services d'écoute londoniens signalent qu'ils étaient prêts à enregistrer (en 1943, cette dangereuse période d'appel sera réduite à moins d'une minute). Or, cinq minutes suffisent aux camionnettes de la police pour cerner le quartier. Un quart d'heure après que « Roll » eût commencé ses émissions - qui n'eussent jamais dû être prolongées aussi longuement! - les demoiselles Drapier s'aperçoivent que les Allemands, qui n'ont pas encore identifié la maison où travaille le "pianiste", font le tour du bloc de maisons. <br /> Londres, sereinement, demande pendant ce temps que soient répétés certains groupes de lettres mal captés. « Roll» répète ... Après quoi, François Malmedy emporte le poste émetteur par les jardins à l'arrière du bâtiment. Le revolver d'ordonnance du <br /> "pianiste" et la fausse carte d'identité qu'on lui avait faite à Londres à la veille de son parachutage, sont aussi dans la valise. <br /> L'imprudence est grave. Il eût fallu détruire ce document. Il s'agit, en effet, d'une carte d'identité « française » émanant théoriquement d'une mairie du Pas-de-Calais. Elle est parfaitement imitée. <br /> A un très petit détail près! La signature du fonctionnaire qui a délivré ce document, indispensable à l'obtention des tickets requis pour entrer dans un restaurant ou un magasin, est surmontée des mots: « l'<span style="text-decoration: underline;">officer</span> de l'état civil », au lieu de «officier ». <br /> Jean Moens, qui a accueilli le parachuté au sein de «Zéro », connaît les mauvaises fausses cartes. <br /> Un autre parachuté, déjà, en était porteur et Londres, dûment avisé, ne les utilise plus. Mais, pour « Roll », c'est un talisman. Il n'a pas voulu le détruire ... « Roll » suit son garde du corps à distance. <br /> Il voit un policier en civil aborder François Malmedy, lequel lui décoche un coup de poing en pleine figure avant de fuir à toutes jambes à travers l'avenue des Nations, vers les taillis du bois de la Cambre, tout proche. Hélas, le policier a sorti son revolver. Au deuxième coup, François Malmedy s'effondre. Il est emmené dans une voiture de police par la douzaine de gestapistes qui cernaient le quartier. Ils croient tenir le "pianiste" qu'ils guettaient. «Roll» n'a pas été remarqué. Il erre toute la journée dans les rues de la ville, n'osant pas rentrer rue Victor Hugo chez cet autre membre du réseau qui a accepté de le loger. <br /> Le soir même, il fera le récit du drame à Louise Delandsheere, « Françoise » dans la clandestinité, que son chef a chargée déjà d'essayer de sauver François Malmedy. Ce dernier, avec une balle dans le poumon, a été transporté dans un hôpital de campagne. Il y sera très bien soigné, pour permettre aux polices d'occupation de le questionner rapidement, de le torturer... de se heurter à l'héroïsme du gendarme dont ils ne tireront aucune information. Ils se décideront finalement à l'exécuter. <br /> Mais, désormais, ils possèdent une photo de « Roll ». Ils connaissent le nom sous lequel il a été parachuté. Caché par le <br /> « Service Zéro » chez un de ses plus remarquables chefs régionaux, le notaire Dehem à Dour, « Roll » a instruction de se faire oublier: la guerre n'est pas un jeu de boyscouts !! <br /> «Roll» reprendra plus tard sa mission. Mais, à son tour, le notaire Dehem est arrêté. Il ne reviendra pas du camp de concentration où l'auront conduit son appartenance à « Zéro » et son courage. <br /> Le chef du Service « Zéro », qui a entretemps fait un aller-retour clandestin à Londres, décide d'évacuer « Roll » devenu trop dangereux. « Jean du Nord » vient chercher le "pianiste" comme il l'a amené. <br /> Il le conduit à travers les frontières et les zones interdites vers le sud de la France où Pierre Bouriez, sous le nom de <br /> « Sabot », gère des réseaux de passage des Pyrénées qui sont parmi les plus importants. Entre « Sabot » (à Montpellier), <br /> « Jean du Nord » (à Roubaix) et « Walter », chef de «Zéro » (à Bruxelles), la liaison est régulière. Retour de Londres, <br /> « Walter » installera à Lyon et à Grenoble ce qu'on appelle le P.C.B. (Poste de commandement belge) pour lequel, très vite, il va récupérer « Roll ». Le "pianiste" n'a, en effet, aucune envie de rentrer en Grande-Bretagne. Il a, comme la plupart des combattants, une piètre opinion des « gens de bureau ». Il veut continuer à servir. Il veut, surtout, venger François Malmedy dont il soupçonne le martyre. <br /> Mais les conditions d'émission se sont aggravées. L'accent borain de « Roll » le rend très repérable dans le Dauphiné et en Savoie. Une jeune Française, membre du « Service Zéro », Violaine Hoppenot, dont le père, ambassadeur de France, a rallié de Gaulle, se charge désormais de la sécurité du "pianiste". Tout comme l'avait fait avant elle, en Belgique, François Malmedy. <br /> À Grenoble, à Chambéry, à Challes-les-Eaux, à Saint-Gervais-Le Fayet, « Madame Dusoulier » (c'est le nom que porte la carte d'identité de Violaine !) surveille les émissions, transporte le matériel d'émission, tire là où il le faut un câble d'antenne. Le "pianiste" a repris ses contacts. Après avoir travaillé pour Georges Orel, gérant du Consulat de Belgique à Lyon, qui sera abattu par les Allemands un peu plus tard à Chambéry, il assume dorénavant, avec le concours de deux autres "pianistes" qui ont été parachutés après lui, l'ensemble des communications de divers réseaux belges de renseignements qui confient leurs messages à « Zéro » en Belgique, assurés qu'ils sont que très rapidement, de quelque part, l'infatigable <br /> « Roll » les «passera» vers Londres. « Walter » et « Roll », Violaine et quelques autres, occupent à Grenoble, dans une impasse appelée Chemin-Jésus, un petit appartement, presque un taudis, qui leur sert de refuge suprême. Aucune émission jamais n'y aura lieu, pour qu'il leur reste un « dernier refuge ». <br /> <br /> En Belgique le Service « Zéro » a de nouveaux responsables. « Françoise » et « Léopold », qui furent les adjoints du chef à l'époque où « Roll » travaillait pour ce service, ont à leur tour pris le chemin de la prison. La « Libre Belgique » clandestine a été séparée des autres activités de « Zéro ». Elle est confiée à Mathieu de Jonge, qui a pris le nom de <br /> « Malvaux », et qui, à son tour, prendra le chemin du sinistre camp de Mauthausen où il sera le cobaye des horribles expériences médicales des médecins S.S. <br /> Après quelques mois d'occupation, les services allemands de Paris ont constaté qu'il existait dans la France Nono des centaines d'émetteurs clandestins. Les messages sont enregistrés et décryptés, au moins pour certains d'entre eux. La plupart finiront par l'être lorsque "le pianiste", ayant été arrêté, suivra les inexplicables instructions que les moniteurs britanniques donnaient aux parachutés de cette espèce et aura accepté de « se retourner » et d'émettre pour compte de ses geôliers. <br /> <br /> A partir du 11 novembre 1942, l'armée allemande ayant occupé la zone dite libre, la multiplicité des contrôles de toute espèce prendra, en zone libre, comme c'était précisément le cas en France occupée, une puissance très inquiétante. <br /> « Roll », lui, émettra de l'immeuble même où se trouvent installées les polices d'occupation. Mais à Grenoble. <br /> La capitale du Dauphiné est en zone d'occupation italienne. Le régime y est fort différent de ce qu'il est à Lyon, zone d'occupation allemande. Entre février 1942 et le début de 1945, passeront ainsi deux cent cinquante-six messages. Le chiffre mérite qu'on s'y arrête. Deux cents cinquante-six fois, l'appel du "pianiste" a éveillé l'attention des services d'écoute en Grande-Bretagne, pour lesquels « Roll » est devenu l'un des correspondants les plus connus, les plus sûrs, les plus abondants. <br /> Deux cent cinquante-six fois aussi, les services de contrôle allemands, qui ont renforcé leurs équipes dans le Dauphiné et dans la région lyonnaise, parce que « Roll » est, également pour eux, un correspondant dont ils savent tout (ils ont sa photo et ils veulent s'emparer de lui), ont lancé leurs voitures, leurs espions, les collaborateurs à sa capture. « Roll » a la baraka. Rien n'est plus dangereux. Les messages de « Walter », comme d'autres émanant de l'un des plus brillants parachutistes du service belge, Pierre Vandermies, qui joue un rôle d' « inspecteur des postes » (la clandestinité devient une administration), mettent les bureaux de Londres en demeure d'être moins exigeants et plus prudents. Le jour de Noël 1942, <br /> « Roll » a émis pendant une heure et demie dans la matinée. Londres l'a rappelé dans l'après-midi pour se faire préciser certaines émissions. <br /> Ce sera cette fois pour quarante minutes. Comment le "pianiste" a échappé aux services de repérage n'est explicable que par le fait que ce jour-là, probablement, les services en question essayaient de se souvenir, exilés qu'ils étaient dans un pays ennemi, de ce qu'eût été <em>Weihnachten</em> à la maison. <br /> Mais on ne fait pas impunément ce métier. « Roll » s'épuise. Un jour, son chef le trouvera évanoui de fatigue et d'énervement sur son poste. « Roll » - raconte « Walter » - mon radio bougonnant, me gêne quand il me regarde en souriant. Lorsqu'il m'a été parachuté en Belgique, les gens de Londres l'avaient muni de consignes de méfiance à mon endroit. <br /> Après deux jours de clandestinité commune, il m'a fait confiance. Il m'a tout dit. Voici près d'un an que nos risques s'appuient les uns sur les autres. Lorsqu'à mon tour je suis parti vers Londres, il m'a reparlé de l'émigration belge, des services anglais, des rivalités de bureaux, des mesquineries auxquelles n'échappent pas les hommes qui tiennent en mains la vie de nos réseaux et la sécurité de nos agents. Depuis mon retour, nous n'avons jamais reparlé de tout cela. Mais nous nous sentons en même temps plus proches d'avoir vécu la même expérience et plus éloignés l'un de l'autre par cette pudeur d'hommes qui nous retiendra toujours de parler de cet aspect un peu démoralisant de la guerre clandestine. Il m'a percé. Lorsque j'ai peur, il le sent. Lorsque je me retiens de dire et même de penser - cela porte malheur - que, depuis deux semaines, il n'y a eu aucune arrestation, je n'ai pas besoin de le regarder pour savoir qu'il a, comme moi, envie de dire: A qui le tour? Ce soir, nous mangeons à deux, dans le refuge du Chemin-Jésus, les derniers macaronis d'une vaste boîte militaire, don plus ou moins spontané de l'intendance française. Il devait y avoir dans cette boîte suffisamment de « coquilles » pour assurer les repas d'une division en man&#339;uvres. <br /> <br /> Cela fait deux mois que nous les cuisons dans le produit triste d'un robinet marqué «eau non potable» Le système est excellent. Notre appétit du soir a fini par rétrécir à la mesure de notre monotone menu.» <br /> Finalement «Walter» donne à «Roll» un ordre «formel et militaire». <br /> Il a couru trop de risques! Son émetteur sous le bras, il court depuis des semaines de Chamonix à Chambéry et de Chambéry à Grenoble. Les voitures de radiogoniométrie le suivent à la piste. « Je dois avoir l'air d'un piètre chef », raconte le <br /> « patron» de « Zéro » et du P.C.B. dans ses souvenirs. <br /> « Je préfère ne donner ce spectacle qu'à Roll. Avec Villeneuve et Halloy, il est le seul de la bande à me tutoyer. Il me donne des pseudonymes, usés depuis six mois, que plus personne ne connaît en dehors de lui et de Jean du Nord. Les autres m'appellent « Monsieur » et se lèvent quand j'entre. <br /> Lui tourne la tête pour dire: N.D.D. c'est pas trop tôt. Le saint nom de Dieu tient dans son vocabulaire une place abondante, si elle n'est pas de choix. Pour me faire plaisir, il a réduit le nombre de ses jurons. Ça suffirait encore pour le trahir si la police allemande avait l'intelligence de le faire rechercher sous ce signalement. <br /> « Je me jette à l'eau: « Roll, tu vas préparer tes dernières émissions et refiler les consignes à Bob. <br /> Tu partiras avec Marius pour Mendive dans dix jours. Villeneuve vous servira de guide. » <br /> Roll s'est arrêté de manger. Ses gros yeux saillent. Sa mâchoire se serre. Je préfère ne pas laisser de terrain à la colère qui monte. Je coupe: Voici le câble pour Londres. Veux-tu que je t'aide à le coder? <br /> « La deuxième offensive l'a démonté! Coderai bien tout seul, nom de D ... ». Me voilà soulagé. C'est fait. Il tend la main, prend le bout de papier quadrillé sur lequel j'ai disposé mon texte pour le codage. Son regard n'a pas encore rencontré le mien. Je replonge dans mon assiette de pâtes. Et voilà le rugissement: « Avec des femmes! ». C'est la punition. Je n'avais pas eu le courage de dire que deux de nos camarades, dangereusement compromises, accompagneraient Marius et lui dans la traversée des Pyrénées. La colère remonte. Et toi? Tu vas rester ici? Avec Bob ? J'ai eu grand mal à obtenir de Londres qu'on retarde mon propre rappel. Les arrestations se multiplient autour de nous depuis un mois. De toute évidence, la Gestapo nous cerne. Le filet est tendu. Mais je ne pourrai m'en aller avant plusieurs semaines. Tous les remplacements ne sont pas encore assurés. Je l'explique à Roll qui m'écoute, fermé, sévère, comme un conseil de guerre. Mais la discipline finit par l'emporter. Sans que j'aie eu à prononcer la formule idiote des instructions de Londres, il accepte l'ordre. Il repousse ses pâtes pour coder le message. <br /> Une porte qui claque. Roll est allé se jeter sur son lit dans le dortoir, ancien salon de ce sordide petit appartement où nous nous réfugions pendant les grandes alertes. » <br /> Par une sage précaution, le chef du P.C.B. avait « marié », dans les papiers d'identité qu'il avait confectionnés pour eux, ses deux compagnons et les deux résistantes qu'il était devenu indispensable de mettre à l'abri. Cela allait sauver «Roll» de la prison espagnole. <br /> Le franquisme avait des principes moraux (!). Il assignait à domicile, dans une auberge réquisitionnée, les couples qui se faisaient prendre au passage de la frontière, tandis que les isolés allaient pourrir dans des prisons qui étaient crasseuses, même lorsqu'on les appelait <em>carcel modelo</em>, ou rejoindre à Miranda de Ebro les sinistres casernements où les miliciens franquistes avaient cédé leur place à la cohorte internationale des malchanceux capturés par la Guardia civil à plus de quinze kilomètres des crêtes pyrénéennes. <br /> « Roll » était épuisé. Les contrôles médicaux d'arrivée lui imposèrent une sérieuse période de détente. C'était mal connaître l'homme auquel il suffisait de rappeler qu'il avait été réformé en 1930 pour raisons de santé, pour susciter de grandes et interminables colères au cours desquelles le saint nom de Dieu constituait l'argument principal du propos. <br /> <br /> Le 8 mai 1944, à moins d'un mois du débarquement, Roll, rebaptisé « Enton », et « Jean du Nord », qui se trouvaient tous deux à Londres, sont une nouvelle fois parachutés sur le continent. <br /> Il s'agit de deux des grandes vedettes de la Résistance franco-belge; Jean du Nord a fondé, avec son concitoyen roubaisien Paul Joly, le réseau qui en 1942 sera confié à un parachuté baptisé Alex (Gérard Kaisin). L'ampleur, l'efficacité, le sérieux de ce réseau Zéro-France sont tels que, très rapidement, on ne discute plus à Londres les projets et les suggestions qui viennent de Roubaix. <br /> En août 1942, Zéro France est une grande organisation. Son action s'étend dans la clandestinité jusqu'en Vendée et couvre tout le nord de la France. C'est à lui qu'on doit le repérage sur une carte de cent vingt-sept rampes de lancement et de dépôts de fusées V1. <br /> Jean du Nord, provisoirement baptisé Simon (un pseudonyme que personne ne retiendra), et Roll sont ramenés en territoire occupé par une opération Pick-Up, c'est-à-dire qu'ils sont déposés par un petit avion appartenant à la branche française de la Royal Air Force. Ils vont créer le réseau Ali France, indépendant de Zéro France, et plus ou moins intégré au service Zéro belge ... Grâce à Jean du Nord la frontière au niveau de la clandestinité a été abolie depuis longtemps entre la Belgique et la France. Le poste policier et douanier de Nechin-La Festingue est en fait sous le contrôle du réseau des deux côtés de la frontière. La mission de nos deux hommes consiste à évacuer le courrier par voie aérienne, à recevoir des containers et des agents parachutés. Ils assurent la liaison avec le Poste de Commandement des Courriers (P.C.C.) belge pour toutes les organisations belges de France comme pour Zéro-France. Les arrestations s'ajoutent aux désordres divers que la panique d'un débarquement prochain amène l'occupant à susciter. Les bombardements aériens réduisent chaque semaine davantage le trafic routier et ferroviaire. La deuxième mission de Roll rendra de considérables services, même si les événements ont réduit son activité à un temps fort court. Le rapport sur l'ensemble de ces activités que Jean du Nord a établi après la victoire permet de mesurer l'ampleur des succès qui ont pu être rencontrés. Entre octobre 1941, date du premier parachutage au bénéfice du réseau Caviar, et la fin de la mission Ali France, Jean de Roubaix a transporté cent quatre courriers, c'est-à-dire cent quatre paquets de documents de toute espèce. Il a « réceptionné » vingt et un agents parachutés. Un millier de Belges obligés de fuir parce que leurs activités de résistance avaient été repérées, ont été « évacués ». Des sept cents hommes qu'il a été possible, officiellement, de contrôler et qui sont « passés » par ses soins, trois pour cent seulement ne sont pas arrivés en Grande-Bretagne. De la même manière l'historien des réseaux belges de France, Jean Fosty, note que huit dixièmes des Belges parachutés pour la Résistance ont été «réceptionnés» sans accident par Jean du Nord et par ses associés au rang desquels Roll occupe, à la fin de l'occupation, la première place. <br /> La guerre s'achève. Joseph Dubar et René Bruaux ont retrouvé leur identité de temps de paix. Ils ont repris leur tâche quotidienne. Personne ne les y a aidés. Et la vie n'a été facile ni pour l'un ni pour l'autre. <br /> Aucun des deux jamais n'a eu l'idée de s'en plaindre.<br /> <br /> <strong>Source: "Histoire de Résistants" par William Ugeux paru aux Editions Duculot 1979.</strong><br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;">Une information importante m'est parvenu au sujet de Henri Delvosal (Gilbert dans la Résistance)</span><br /> Cette information m'a été aimablement transmise par M. Bernard Renault, neveu de Gilbert Delvosal. Qu'il en soit ici remercié.<br /> La voici:<br /> <br /> <strong><em>Henri a quitté la Belgique le 23 janvier 1943 et a été arrêté à 200 mètres de la frontière espagnole en juillet 1943. Après être passé par Cambo, Bordeaux, Fresnes et Compiègne, il a été déporté à Buchenwald en décembre 1943, puis expédié à Lublin vers le 15 janvier 1944 et on perdra sa trace.<br /> Petite rectification, il n'avait un cancer mais a souffert de pleurésie</em>.<br /> </strong> Sun, 27 Nov 2011 23:37:01 +0100 L'effort de guerre du Congo Belge http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-77+l-effort-de-guerre-du-congo-belge.php http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-77+l-effort-de-guerre-du-congo-belge.php Peu de gens le savent peut-être mais la Belgique s&#8217;était dotée depuis 1908 d&#8217;une grande colonie d&#8217;outre-mer : le Congo belge (actuelle République Démocratique du Congo). <br /> Ce vaste territoire avait déjà, lors du premier conflit mondial, été en proie à la convoitise des belligérants. Il n&#8217;en fut pas autrement, vingt deux ans plus tard. La capitulation, le 28 mai 1940, de l'armée belge de campagne ne produit, d'abord, guère d'effet au Congo belge. L'effort de guerre colonial sera économique avant d'être militaire. Les premières bombes atomiques américaines n'auraient probablement pas été prêtes en août 1945 sans l'uranium congolais. Loin de l&#8217;Europe et vivant dans la tranquillité, le Congo belge à son tour allait pourtant entrer dans la guerre, mais c'était plutôt à reculons. Le 21 janvier 1941, après de longs mois de négociations, un accord commercial visant à faire du Congo un &#8220;belligérant actif&#8221; fut signé à Londres par le gouvernement belge et la Grande-Bretagne. Sur le plan financier, était établi un taux de change fixe du franc congolais, lequel se voyait dévalué par rapport à la livre sterling. L'accord prévoyait également l'entrée du Congo dans la zone sterling, l'interdiction de l'importation et de l'exportation d'or et de devises. Sur le plan commercial, il garantissait l'achat par la Grande-Bretagne de certains produits congolais (cuivre, coton, huile de palme, etc.) qui seraient placés dans une situation douanière semblable à celle des produits coloniaux anglais. Mais si, a Londres, cet accord donna lieu à une satisfaction mutuelle, les Belges de la colonie déclarèrent plutôt que la convention tendait à exiger du Congo l'apport de sa production d'or et de ses revenus sans rien lui donner en échange.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/congobelge.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le Congo Belge</p><br /> <br /> <strong>Le 10 mai 1940 et ses prolongements.</strong><br /> <br /> En 1940, vivaient au Congo environ 25.000 Belges, y compris les femmes et les enfants. Le gouvernement Pierlot n'avait à peu près rien prévu, en fait de mobilisation. Le colonel Gilliaert commandait la Force publique, qui avait créé un Deuxième bureau, à des fins de renseignements, sous la direction du capitaine Emile Janssens. <br /> Le théâtre des opérations était loin, les communications interrompues. Le capitaine Janssens s'entendit avec le directeur de Radio Léopoldville, la station locale, qui se trouvait entre les mains des pères jésuites, pour diffuser un bulletin quotidien donnant quelques informations. En fait, on ne savait presque rien de ce qui était en train de se passer.<br /> Le 28 mai à 12 heures 30, le gouverneur général Pierre Ryckmans prononça à la radio un discours haché par l'émotion. Sa conclusion était très ferme: le Congo reste dans la guerre. Le même jour, M. De Vleeschauwer ministre des Colonies, télégraphia à Pierre Ryckmans le texte du discours prononcé par Hubert Pierlot au micro de Radio Paris. Porté à la connaissance des Belges, ce texte sema la consternation; le gouverneur ajoutait toutefois, prudemment, que le Roi n'était plus libre et se trouvait dans l'impossibilité de régner, et il joignit à l'information l'avis de Churchill notant que &#8220;l'heure n'est pas à porter un jugement sur ce qui s'est passe&#8221;. A tout hasard, le gouverneur fit enlever des lieux publics les portraits du Roi, insistant cependant pour que la chose se fasse dans la plus grande discrétion, crainte d'effaroucher les indigènes. Cette mesure outra le capitaine Janssens, qui, dans son bureau, remit d'autorité le portrait royal là où, à son avis, il devait être.<br /> On entrait dans une période de totale confusion, avec la défaite de la France, l'effondrement des institutions, le désarroi du gouvernement belge incapable de fournir une décision maîtrisée. Seul, en fait, à la tête de la colonie, Pierre Ryckmans connaissait les semaines les plus difficiles de sa carrière. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/foto_ryckmans.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Pierre Ryckmans</p><br /> <br /> Albert De Vleeschauwer avait bien été nommé, le 1er juin, administrateur général du Congo belge, mais c'est le 4 juillet seulement qu'à ce titre il arriva à Londres pour prendre ses fonctions. Le 10 mai, les résidents allemands au Congo avaient été arrêtés. Le 10 juin, l'Italie étant entrée en guerre aux côtés de l'Allemagne, le gouverneur ordonna d'en faire autant pour les Italiens.<br /> Mais début juillet, au moment où les Britanniques demandèrent un soutien militaire aux troupes coloniales belges pour protéger la longue frontière commune de leurs possessions d'Afrique avec les territoires sous domination italienne, le gouverneur s'avisa que la Belgique n'était pas en guerre avec l'Italie; les Italiens retrouvèrent la liberté. Pas en guerre avec l'Italie, nous ne l'étions plus avec l'Allemagne. Des pressions de toutes sortes s'exerçaient sur le gouverneur pour qu'il évite de nous précipiter dans un camp plutôt que dans l'autre. <br /> Des industriels et des hommes d'affaires plaidaient pour la neutralité de la colonie telle qu'elle avait été prévue en 1885 par l'Acte de Berlin; ils faisaient état d'interventions allemandes suivant lesquelles le Congo, au cas où il soutiendrait l'effort de guerre allié, risquerait gros.<br /> Une éventualité qu'il fallait, hélas , bien envisager, était que l'Angleterre ne gagne pas la guerre. Quarante ans plus tard, lors des émissions de Maurice De Wilde à la télévision belge sous le titre L' Ordre Nouveau, on évoqua un document du Deuxième bureau, rédigé par le capitaine Janssens, émettant l'avis qu'il fallait, pour définir les attitudes à prendre au Congo dans un souci de bonnes relations avec toutes les puissances, tenir compte de la possible défaite anglaise. Les notes mises en circulation par l'entourage du Roi allaient dans le même sens. <br /> &#8220;Simple hypothèse de travail&#8221;, dira Emile Janssens, devenu général, au cours de l'émission. A l'été 40, sur place, les c&#339;urs et les esprits ne pouvaient qu'être déchirés.<br /> Les anciens combattants accusaient le gouverneur d'attentisme. Une Ligue d'action patriotique se constitua, qui militait pour une politique ouvertement pro-alliée et protesta énergiquement lorsque Léopoldville refusa l'appui militaire que sollicitait le Kenya. L'autorité coloniale permît seulement l'engagement de 300 volontaires dans les forces britanniques de l'est. A l'inverse, le gouverneur reçut aussi une pétition réclamant que soit proclamée la neutralité du Congo. D'accord avec le colonel Gilliaert, Pierre Ryckmans, sachant que la petite armée congolaise n'était pas en état de se lancer dans des aventures lointaines et que des mois seraient nécessaires avant qu'arrivent d'Amérique les approvisionnements et le matériel indispensables, pensait que la prudence autant que la diplomatie commandaient de limiter le rôle des forces militaires à la défense du territoire. Il y avait non loin de là en Abyssinie, 250.000 Italiens prêts à mettre en &#339;uvre le rêve hitlérien de conquête de l'Afrique; c'est à répondre à cette attaque qu'il fallait être prêt.<br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="http://www.freebelgians.be/upload/force_publique_klm_mra.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Des soldats de la Force Publique.</p><br /> <br /> <strong>Victoire en Ethiopie.</strong><br /> <br /> Ce n'était pas l'avis des officiers des cantonnements du nord-est, qui fantasmaient au nom de de Gaulle et rêvaient de coup de force. Le 15 novembre 1940, jour de la fête de la Dynastie, à l'issue d'une fiévreuse réunion tenue à Watsa, quelques-uns d'entre eux envoyèrent à Ryckmans un télégramme comminatoire. Leur argument était que, faute de volonté de combattre, une collaboration avec les Anglais nous serait imposée par ces derniers et nous coûterait à terme la moitié de la colonie, tandis qu'une offre spontanée nous vaudrait leur amitié et sauverait l'intégrité du territoire. Gilliaert, à la suite de ce télégramme, gagna Stanleyville, où quelques têtes chaudes parlaient de rien moins que de procéder, dès son arrivée, à l'arrestation du commandant en chef. <br /> Le colonel Mauroy, quoi qu'il fut ardent partisan de l'engagement immédiat de la Belgique dans les combats d'Afrique, réussit à calmer les plus excités. Gilliaert put s'adresser aux officiers et expliquer la situation.<br /> Le gouverneur général avait d'abord songé à soumettre à la Justice les animateurs de cet épisode burlesque abusivement affublé du nom de &#8220;putsch&#8221;. Mauroy et le capitaine Met den Ancxt, un héros de la guerre 14-18, le plus énervé des &#8220;putschistes&#8221;, furent seulement envoyés à Londres et mis à la disposition des forces belges de Grande-Bretagne; ils se distinguèrent, l'un en Hollande et l'autre en Afrique du Nord. Sur quoi, le 21 novembre, le gouvernement belge reconstitué à Londres déclara la guerre à l'Italie. Des escadrilles italiennes s'étaient posées en Belgique pour participer aux opérations de bombardement sur la Grande-Bretagne; un sous-marin italien avait coulé le vapeur belge Kabalo. C'était plus qu'il n'en fallait pour motiver l'attitude du gouvernement. <br /> La situation redevenait claire. Et puis, cette participation directe des forces militaires belges en Afrique aux opérations, on allait l'avoir tout de même, en fin de compte. C'est même par là que s'ouvrit, en Afrique, l'année 1941.<br /> Déchargé de ses fonctions de commandant en chef pour prendre le commandement du corps expéditionnaire du nord-est, le colonel Gilliaert, bientôt promu général, se trouva à la tête d'une force de 24.000 hommes dont une bonne partie allait être engagée en Ethiopie contre les Italiens. Partie de Stanleyville le 1er janvier, la brigade parcourut mille kilomètres pour atteindre Juba, sur le Nil, puis mille encore vers le nord, puis 500 vers l'est, pour gagner la frontière éthiopienne et se trouver engagée par le commandement anglais. Le pire ennemi n'était pas les Italiens, bien qu'ils fussent, numériquement, largement supérieurs; ce sont les maladies amibiennes qui faisaient dans la troupe congolaise le plus de dégâts. Néanmoins, le 12 mars, un bataillon s'empara d'Assosa, puis, avec le concours d'une unité britannique, de Gambela. Les forces adverses s'étaient repliées sur Salo. Trois mille hommes partirent à l'assaut le 3 juillet à 6 heures du matin et, à 15 heures, la garnison envoyait des parlementaires; 4.000 Italiens dont 9 généraux, 18 canons, 250 véhicules, 8.000 fusils, 12 mortiers et 500 mulets tombaient, du même coup, aux mains des Alliés. L'armée congolaise laissait, pour sa part, 1.100 hommes en route - mais le drapeau belge flottait à nouveau parmi les vainqueurs.<br /> Ce ne fut pas la seule participation de la colonie aux opérations militaires. Renvoyée par l'état-major britannique au Congo, la Force publique fut mise, plus tard, à la disposition du commandement de l'Ouest africain au Nigéria, où se préparait une attaque contre les colonies françaises ralliées à Vichy. D'autres unités se retrouvèrent au Moyen-Orient, avec, notamment, un raid de 7.000 kilomètres, pour 850 véhicules et 2.000 hommes, avant d'atteindre Le Caire. On vit en Palestine le First Belgian Congo Brigade Group. Ou bien encore 300 Belges du Congo, résidents ou réfugiés, participèrent aux opérations de la Royal Air Force ou de sa section sud-africaine. <br /> Et un hôpital de campagne équipé par le Congo opéra pour les Anglais jusqu'en Birmanie.<br /> <br /> <strong>Mars ou Mercure</strong><br /> <br /> Tout cela, cependant, n'empêchait pas le futur général Janssens de déplorer que les responsables du Congo préférassent, ainsi qu'il l'explique dans son Histoire de la force publique, &#8220;l'épicerie à l'épée, les accords économiques au combat et Mercure à Mars.&#8221; On ne saurait nier que le Congo ait été une des principales sources d'approvisionnement pour l'industrie de guerre anglaise; il est sûr que le rôle joué de ce fait par le Congo est sans comparaison avec le poids d'une armée coloniale belge que les Anglais jugeaient, à juste titre, insuffisamment encadrée et préparée pour affronter les troupes de Rommel. Mais il est vrai que les Anglais étaient prêts à tout, y compris à l'intervention militaire, pour s'approprier aux meilleures conditions l'usage des réserves congolaises de matières premières; la dévaluation de 30% du franc congolais qu'ils imposèrent au gouvernement belge et qui rendit d'autant plus pénible l'effort de la colonie n'avait, c'est un fait, aucun rapport avec le fair-play chevaleresque que l'on prête souvent, sans y bien réfléchir, au caractère britannique.<br /> L'âpreté des négociations avec Londres tranche singulièrement sur l'enthousiasme des discours qui célébrèrent après la guerre la part prise par le Congo à l'effort pour la victoire. Les recherches effectuées par l'historien belge J.C. Willame dans les archives du Foreign Office montrent qu'en effet le Congo n'avait pas le choix : s'il n'était pas entré de bon gré dans la guerre, la Grande-Bretagne l'y aurait contraint. Quant au climat des pourparlers, c'est peu de dire qu'il était médiocre. Le souvenir des campagnes menées par la perfide Albion contre l'entreprise coloniale de Léopold II était toujours bien vivant: c'est sans doute ce qui avait autorisé Chamberlain, en 1937, comme on ne l'a su qu'après, à proposer à Hitler en échange de la paix en Europe la moitié du Congo belge; de même le gouvernement Churchill s'étonnait de la prétention des Belges à réclamer des compensations pour l'effort de guerre que l'on allait demander au Congo.<br /> Albert De Vleeschauwer, combattant pied à pied afin que les Anglais fournissent au Congo le matériel nécessaire pour mener cet effort sans compromettre son équilibre économique, se rendit &#8220;insupportable&#8221; aux yeux de Churchill. Les responsables politiques belges, encouragés dans leur attitude par les milieux privés et en particulier par les dirigeants de la Société Générale, trouvèrent également appui auprès des Etats-Unis, mieux a même de fournir au Congo le matériel dont il avait besoin; cette ébauche d'un axe Washington - Léopoldville incommoda, lui aussi, beaucoup les Anglais.<br /> Dans la &#8220;mère patrie&#8221;, comme on disait alors, seul un petit nombre d'initiés étaient au fait des événements d'Afrique. L'attitude du gouverneur général mettant des troupes congolaises à la disposition des forces britanniques pour une campagne en Ethiopie avait tout d'abord été l'objet de critiques. On reprochait à Pierre Ryckmans d'avoir péché par excès de zèle. Le réalisme finit par l'emporter. Si l'on voulait que la Grande-Bretagne, un jour, contribue à la restauration de l'indépendance du pays, il fallait d'avance en payer le prix.<br /> <br /> Source : Ouvrage de Pierre Stéphany "1941 &#8211; Les misères et les chagrins de l&#8217;année la plus noire"<br /> Crédit photographique: Ars-Moriendi et Musée Royal de l'Armée (KLM-MRA) Fri, 18 Nov 2011 15:07:47 +0100