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Par Bauwens




Le canal de Schipdonk , officiellement appelé , Dérivation de la Lys .
Le canal de Schipdonk traverse la province de Flandre orientale et l [Suite...]

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Rss De Colditz à Patriotic School London
Evasions le 25 avril 1942 de Louis REMY et le 18 octobre 1941 de Victor VAN LAETHEM


Pourquoi avoir choisi de raconter l'évasion de Louis Remy et Victor Van Laethem ? La raison en est bien simple :

C'est l'évasion qui est la mieux connue dans ses détails, grâce aux rapports très précis donnés par ces officiers.


L'évasion de Louis Remy

La nuit du 25 au 26 avril 1942 a lieu l'évasion de REMY Louis, né à Bruxelles le 14 juillet 1916, sous lieutenant aviateur d'active à l'école de pilotage.
En mai 1940, l'école belge de pilotage a été évacuée sur le Maroc à Oudja. Après l'armistice franco-allemand, on discute ferme parmi les élèves pilotes : les uns veulent gagner l'Angleterre, les autres obéir aux ordres des chefs qui ordonnent de rentrer en Belgique. Remy choisit la voie de l'obéissance et, comme bien entendu, l'école entière est faite prisonnière au passage de la ligne de démarcation à Châlons-sur-Saône, le 17 septembre 1940. Remy la trouve mauvaise et décide de s'évader à la première occasion.

Dirigé sur l'Oflag VIII C à Juliusburg, il tente de s'évader avec des officiers hollandais de l'armée des Indes, mais seuls deux Hollandais réussissent. En juin 1941, Remy creuse un tunnel avec les lieutenants Vivario et Poswick. Le travail est presque terminé lorsque le tunnel est découvert par les Allemands. Remy est transféré à la forteresse de Colditz, camp spécial pour candidats à l'évasion (Oflag IV C).

En août 1941, Remy tente une évasion par les toits en compagnie du lieutenant anglais Neeves et du lieutenant polonais Just. C'est un échec.

En octobre, il participe aux travaux d'un tunnel partant de l'infirmerie, mais ce beau travail est découvert par les Allemands. C'est alors que le médecin militaire français Leguet conseille à Remy de se déclarer malade. Il lui décrit tous les symptômes d'une maladie peu répandue, mais aisément reconnaissable. Comme prévu, le médecin allemand dirige Remy sur l'hôpital d'Oschnawitz, accompagné de 6 officiers polonais et d'un officier anglais (squadron-leader Paddon). Arrivés le 16 avril 1942 à l'hôpital, dès le 18 nos gaillards commencent aussitôt le creusement d'un tunnel. Il a déjà 4 mètres de profondeur et 5 mètres de longueur lorsque nos mineurs tombent sur d'anciennes fondations du type indestructibles et force est d'abandonner le beau travail. Un autre tunnel n'a pas plus de succès. Il est alors décidé de tenter de nuit le franchissement du quadruple barrage de barbelés. Remy, Paddon et Just sont désignés comme ayant le plus de tentatives à leur actif.

La nuit du 25 au 26 avril 1942, les trois hommes rampent vers la clôture à un endroit qui doit être dans un angle mort pour l'Allemand du mirador. A l'aide d'une pince volée à l'infirmerie, une brèche est ouverte dans la première haie, les chevaux de frise sont écartés et ils s'attaquent à la deuxième haie. Il y a alors 50 mètres de terrain désert, la troisième haie, des chevaux de frise, puis la quatrième haie. En deux heures de travail tous les obstacles sont franchis. Les trois décident de se rendre à pied à Dresden et d'y prendre le train pour Leipzig où ils se sépareront définitivement : Remy en effet se dirige vers la Belgique, les deux autres vers la Suisse.

Remy porte un uniforme semi-militaire: bottes noires et culotte d'aviateur, veste en cuir noir des cyclistes belges, casquette d'aviateur belge munie d'un insigne à croix gammée. La casquette d'aviateur belge est en effet du modèle allemand et il y a en ce moment en Allemagne tant de gens en uniforme de toutes sortes qu'il espère passer inaperçu. Tous trois disposent de faux papiers établis à Colditz. Remy possède un "Arbeitsvertrag" d'une firme de construction de moteurs de Leipzig et un "Ausweiss" l'autorisant à se rendre à Lammersdorf à proximité de Monschau pour y monter des moteurs synchrones.

Le 27 avril, nos évadés prennent le train pour Leipzig. Un peu avant d'y arriver ils sont appréhendés par la " Bahnpolizei ", qui trouve leurs papiers suspects. Remy parvient à ouvrir la portière et à sauter du train en marche. Il se dirige à pied vers Leipzig et y prend un train pour Köln ( Cologne ). A la salle d'attente, il fait la connaissance d'un travailleur volontaire belge venant de Berlin et tentant de rentrer en Belgique en fraude. Ils décident de faire route ensemble. A 4 heures 30, ils prennent le train pour Aachen ( Aix la Chapelle ), mais descendent à Stolberg. Ils partent à pied vers Rötgen. Un policier les arrête à Rötgen et les conduit au poste de police. Le travailleur volontaire est appréhendé mais Remy, dont les papiers semblent en règle, est relâché. Il ne se le fait pas dire deux fois et quitte aussitôt le village, abandonne la grand-route et s'enfonce dans les bois. Il est alors interpellé par un garde forestier. Il s'enfuit, poursuivi par le garde qui tire deux fois dans sa direction sans l'atteindre. Remy parvient à s'échapper. Fourbu, il se cache sous des arbres abattus et s'endort. A deux heures du matin, il se réveille tant il fait froid. Gelé et affamé, il s'enfonce dans les bois. Il n'a ni carte ni boussole, le ciel est couvert d'où impossible de s'orienter. Il traverse plusieurs fois des lignes d'obstacles antichars en béton. Il marche ainsi tout un jour et toute une nuit, se désaltérant aux ruisseaux et sources rencontrés.
Le 30 avril à 8 heures du matin, il arrive à une route où se trouve un poteau indicateur. Enfin! il va savoir où il se trouve... Hélas! il lit sur le poteau " Eupen: 8 kms ". Il connaît alors une période de dépression bien compréhensible : tous ses membres lui font mal, la tête lui tourne de faim et de fatigue.
Il suit la route jusqu'à la cantine du barrage de la Vesdre. Il y entre. La cantinière, émue de le voir si mal en point, lui donne une grosse assiette de soupe. Cela va mieux. Mais voici qu'entre un officier français en tenue. Est-ce une hallucination? Mais non, cet officier est bien réel, c'est un ingénieur prisonnier qui travaille au barrage. Accessoirement, il dirige une chaîne d'évasion. Mais cela Remy ne le sait pas encore. Intuitivement, il sent que cet officier l'aidera. Il se confie à lui. Le Français lui dit de rester à la cantine, qu'il va s'occuper de lui. Effectivement, dans le courant de l'après-midi arrivent deux jeunes gens en vélo qui conduisent notre évadé à Welkenraedt. Il y est accueilli à bras ouverts par un modeste ménage d'ouvriers. Le mari est chauffeur de locomotive. Le lendemain soir, Remy entre en Belgique dissimulé sur une locomotive. Le 2 mai, il arrive à Bruxelles où il reste caché 15 jours, préparant la deuxième partie de son voyage.

Le 16 mai, il part pour la France, muni d'adresses de passeurs et de son revolver d'officier. En gare de Dôle, il est contrôlé deux fois par la police allemande, mais ses papiers semblent en règle. Il se joint à un groupe d'une quinzaine de jeunes gens s'apprêtant à franchir la ligne de démarcation. Le passage a lieu la nuit du 20 mai 1942 avec succès. En France non-occupée, il est reçu par les capitaines aviateurs Nottet et Jambe à Lyon. Ces officiers dirigent une chaîne d'évasion de Lyon à Carcassonne. Le voyage jusqu'à Carcassonne se fait le mieux du monde et dans cette dernière ville, une autre organisation prend le relais. Hélas! cette organisation est composée de hâbleurs et de farceurs. Les candidats évadés traînent 12 jours à Carcassonne, puis décident de tenter leur chance par leurs propres moyens. Remy se joint au capitaine Wibin, au lieutenant Leonard et à sept Français. Des guides pyrénéens promettent de les faire passer en Espagne durant la nuit du 9 au 10 juin 1942.

Arrivés dans les Pyrénées, ils exigent de l'argent pour continuer, puis, quand on leur a donné tout ce qu'ils demandent, disparaissent dans la nuit. Tout le groupe est abandonné en pleine nature, sans carte ni boussole. Remy propose de partir seul à la recherche d'un guide, s'engageant à revenir chercher ses compagnons. Il a de la chance: après une absence de trois heures, il revient avec un jeune berger espagnol qui consent à leur servir de guide jusqu'à la route de Figueras, première ville espagnole. Pour plus de sûreté, Remy divise ses compagnons en trois groupes qui se suivront à 500 mètres de distance. Les trois officiers belges forment le 1er groupe. A 20 kms de Figueras, ce premier groupe est appréhendé par deux gardes civils espagnols, les autres groupes s'échappent. En cours de route, Remy profite d'un moment d'inattention des Espagnols pour dégringoler une pente abrupte et se sauver. Les deux Espagnols encombrés des deux prisonniers qui leur restent, sont dans l'incapacité de poursuivre. Remy se réfugie dans un vignoble où, fatigué de cette nuit agitée, il s'endort. Le froid le réveille vers trois heures du matin. Il se met en marche pour se réchauffer et arrive le 11 juin 1942 à 7 heures à Figueras. Il ne parle pas l'espagnol, il n'a pas de papiers valables : le risque d'être arrêté est fort grand. Enfin il trouve une femme comprenant un peu le français. Elle conduit Remy chez le consul de France, mais ce dernier, partisan de Pétain, refuse toute aide.

En désespoir de cause Remy décide de franchir à pied les 140 kms le séparant encore de Barcelone. Il suivra non la route mais le chemin de fer où se présentera peut-être une occasion favorable. Il couche le long du talus de chemin de fer. Le lendemain à 5 heures, il parvient à grimper sur un train de marchandise et arrive confortablement à Gérone. Il continue à pied. Deux gares plus loin, arrive un nouveau train de marchandises. Remy tente de s'y installer, mais il a cette fois moins de chance, il glisse et est projeté sur le ballast, sans trop grand mal toutefois. Nouvelle nuit en plein air et arrivée à Empalmas. Dans cette gare, il parvient enfin à s'introduire dans un train pour Barcelone. Il y arrive le 13 juin. Il se rend immédiatement au consulat de Belgique où il est fort bien reçu et retrouve un autre évadé d'Allemagne, le lieutenant Van Laethem.


L'évasion de Victor Van Laethem

En effet, le 18 octobre 1941, le baron Constant de Montpellier de Vedrin, né à Vedrin le 27 mai 1915, sous-lieutenant de réserve au groupe cycliste de la 16ème division d'infanterie et Victor Van Laethem, né à Ninove le 8 avril 1910, lieutenant d'active au 9ème régiment de ligne, s'évadent de l'Oflag II A en coupant les barbelés entre deux miradors. A l'aube, ils prennent le train en gare de Prenzlau jusqu'à Tütligen. Ils se dirigent alors à pied vers Schaffhouse. Lors d'une tentative précédente, en août 1941, Van Laethem avait été repris au poste frontière de la route de Singen à Schaffhouse, aussi connaît-il bien les lieux. Cette fois, ils franchissent la frontière avec succès le 20 octobre 1941. Arrêtés par la police suisse, ils sont placés en résidence forcée à Tavel, puis à Romont dans le canton de Neufchâtel. Le 7 mai 1942, Van Laethem quitte Romont et se dissimule dans un hôtel de l'armée du Salut à Genève. Le 23 mai, il pénètre en France non occupée par une chaîne d'évasion anglaise qui le mène jusqu'à Barcelone. Il y trouve le sous lieutenant Remy. Quant à de Montpellier, il quitte la Suisse dès le 6 mai 1942, mais se fait interner en Espagne du 27 mai 1942 au 14 août 1942 et n'arrive en Angleterre qu'en septembre 1942.


En route pour Gibraltar

Le 7 juillet, nos deux évadés (Remy et Van Laethem) quittent Barcelone bien munis d'argent, mais sans papiers d'identité. Le voyage Barcelone-Madrid (15 heures) et Madrid-Algésiras (17 heures) se passe exceptionnellement bien par suite de circonstances tout à fait spéciales. Le compartiment de nos deux évadés est envahi par des permissionnaires espagnols de la Légion Azul arrivant du front russe. Nos deux lascars, ignorant l'espagnol, engagent la conversation en allemand et tous deviennent rapidement bons amis. Du coup la police espagnole n'ose demander leurs papiers à des amis de héros nationaux. Van Laethem et Remy arrivent sans encombre à La Linéa le 9 juillet. Il s'agit cependant de ne pas s'éterniser dans cette localité, car elle est fortement surveillée.
En face on distingue le but tout proche: la forteresse britannique de Gibraltar. On voit nettement les navires anglais et flotter l'Union Jack. La baie est large de 4 kms. Le long du rivage une haie de barbelés. Nos deux officiers sont bons nageurs, Remy surtout, membre vedette du Schaarbeek Swimming Club. Ils décident de tenter la traversée le soir même. L'obscurité venue, ils se déshabillent complètement, ne gardant que leur slip. Remy pourtant ne veut pas se séparer d'une magnifique pipe en écume qu'il a emportée de Bruxelles et il la fixe par un jeu de ficelles sur le haut de sa tête. Ils pénètrent dans l'eau par une brèche qu'ils avaient repérée dans les barbelés et entament la traversée. Mais ils avaient compté sans les courants marins et ils ont l'impression de ne pas avancer. Au bout de quelques heures, arrivés à 500 mètres d'un bateau anglais, Van Laethem n'en peut plus, ses jambes sont raidies par des crampes dues au froid. Remy essaie de l'aider, mais sans succès. Il demande alors à son compagnon de faire la planche et d'attendre. Lui-même va chercher de l'aide. Remy nage aussitôt aussi vite que possible en hurlant vers le bateau anglais et il est enfin entendu, aperçu et hissé à bord. Il signale la position critique de son camarade et une vedette anglaise va le chercher.


Des Britanniques bien méfiants

A Gibraltar cependant l'accueil n'est pas très chaud. Les Anglais se méfient et l'officier de renseignement est particulièrement intrigué par la pipe en écume de Remy. On la sonde, radiographie, fait passer dans différents bains, mais il faut bien admettre finalement qu'elle n'est qu'une honnête pipe en écume, fort jolie ma foi. Expédiés à Londres, où ils arrivent le 1ier août 1942, nos deux hommes sont à nouveau mis au secret. L'officier de renseignement de service leur démontre que leur histoire est totalement invraisemblable : on ne s 'évade pas de Colditz, et on ne traverse pas l'Espagne en touristes sans papiers sans se faire arrêter. Quant à la traversée à la nage de la baie de Gibraltar, une vedette doit les avoir mis à la mer à proximité de la forteresse. Pourtant, dit Remy, un officier anglais s'est évadé de Colditz avec moi. Hélas ! il ne se souvient plus de son nom. Heureusement, cet officier, arrivé lui aussi en Angleterre, apprend la chose et le squadron leader Paddon vient en personne délivrer son compagnon de Colditz.


L'Angleterre: la fin d'un long périple

Remy est enfin libéré et rejoint la section belge de la R.A.F. Il y retrouve ses compagnons de l'école de pilotage d'Oudja, qui, eux, sont en Angleterre depuis septembre 1940.
"Tu en as mis du temps pour arriver", disent ils ironiquement.
"Vous en avez de bien bonnes, rétorque Remy, si vous croyez que c'est facile de s'évader de Colditz.. "

Ah il ne fallait pas, il fallait pas qu'il aille... Ah il ne fallait pas, il ne fallait pas y aller chantent alors en choeur les petits copains.

Heureusement la guerre n'était pas finie et la camaraderie de combat des aviateurs a tôt fait d'effacer ce léger nuage.
Placé au Bomber Command, 3ème Squadron, avec le capitaine Van Rolleghem, Remy a encore le temps avant le 8 mai 1945, d'effectuer 31 sorties opérationnelles et de totaliser 200 heures de vol au-dessus des territoires ennemis.

Quant à Van Laethem, il rejoint la 1ère brigade d'infanterie belge en Angleterre et participe avec cette unité aux campagnes de 1944 et 1945.


Source : Evasions réussies par Georges Hautecler, Editions Soledi - Liège 1966.
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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