Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Roger JAUMOULLE - Récit d'un combattant 40-45 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-272+roger-jaumoulle-r-cit-d-un-combattant-40-45.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-272+roger-jaumoulle-r-cit-d-un-combattant-40-45.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/jaumoulle_freebelgians_avril_2026.png" alt="" class="valign_" /><br /> R. Jaumoulle est le deuxième à gauche, debout</p><br /> <br /> Déclaré bon pour le service, je suis désigné pour le Régiment de Forteresse de Namur, en abrégé R.F. N., pour 17 mois de service actif, et affecté au fort de Marchovelette lequel, avec d'autres, fait partie de la Position Fortifiée de Namur.<br /> Le 31 janvier 1938, après être descendu du train à la gare de Namur, puis avoir pris le tram à vapeur - ligne Namur-Hannut - c'est l'arrivée au fort avant midi avec hébergement dans les baraquements en bois ...<br /> Après un mois d'instruction - par temps de neige et froid de canard - c'est la fièvre et la scarlatine ... ! Comme il s'agit d'une maladie contagieuse, je suis soigné à l'hôpital militaire de Namur pendant deux mois, puis renvoyé à la maison encore pour deux mois, en convalescence. Pendant ce temps, j'ai pris 4 mois de retard pour l'instruction.<br /> Mais à l'armée, tout a été prévu : lorsque je réintègre le régiment, je suis pris en charge par un gradé pour l'instruction en plaine ainsi qu'à l'intérieur du fort. Pour celle-ci, explications du fonctionnement de la coupole G.P. 75 (grande portée), des autres coupoles ainsi que des casemates à mitrailleuses. En fait, j'ai reçu une instruction de luxe ... ce qui me vaut d'être désigné pour la coupole G.P. comme chargeur-tireur, car le soldat, à l'intérieur du fort, doit être capable d'assumer plusieurs fonctions.<br /> Le temps passe et, le 30 juin 1939, c'est la fin du service. Malheureusement, il n'est pas question de libération car le P.P.R. (pied de paix renforcé) nous maintiendra sous les drapeaux jusqu'au 10 mai 1940...<br /> Entre temps la vie s'organise, car après une convocation auprès du commandant du fort, je suis désigné avec d'autres pour faire partie de l'A.T. (artillerie de tranchée) et rejoindre le fort d'Andoy, chargé de tout le barda, fusil compris, par nos propres moyens ... Nous formons une section de 10 hommes, avec un obusier qui tire des obus à ailettes, dont la seule caractéristique est l'imprécision totale du tir ... ! Nous en ferons l'expérience.<br /> Casernés à la ferme Tillieux, à Limoy, entre les forts d'Andoy et de Maizeret, on nous désigne un emplacement à l'entrée d'un bois. Peu après, on creuse un trou de la forme d'un quadrilatère de 4 m sur 4 m, profond de 2 m, pour y recevoir les munitions qui arriveront au compte-gouttes ... (Je signale qu'il s'agit d'un obusier ayant servi en 14-18 !) Le trou n'ayant aucune protection, inutile d'ajouter qu'à la fonte des neiges, il y aura 50 cm d'eau, mais que nous importe cet inconvénient : nous possédons tous nos "bottes personnelles".<br /> Peu de temps après notre arrivée à Limoy, on nous désigne une petite maison vide à Andoy, à ... 3 Km de la position. La maison est vide, sauf un vieux poèle qui nous rendra bien des services, et surtout de la chaleur.<br /> Nous fabriquons des lits de fortune avec des planches récupérées à droite et à gauche; c'est mieux qu'à même le sol.<br /> Possédant un diplôme de boucher-charcutier, me voilà désigné pour la cuisine et l'entretien de la maison, avec la conséquence d'être exempt du travail sur la position mais de devoir m'y rendre pour y porter le dîner. Sur la photo de la petite maison à Andoy, on peut remarquer que j'y exerce une nouvelle profession : celle de barbier; il n'y a pas de sot métier !<br /> Et c'est le 10 mai 1940. Bien informés sur les événements par notre radio personnelle, nous rassemblons toutes nos affaires et nous nous installons sur la position pour y remarquer qu'un arbre gêne complètement la vue.<br /> Après quelques tirs, nous nous rendons compte qu'il nous est impossible de l'abattre et comprenons seulement que, pour toucher un char ennemi, il nous faudra non pas de l'adresse, mais une chance inouïe.<br /> Le 14 mai 1940, nous recevons l'ordre d'abandonner la position et de charger tout le matériel (sauf les munitions !!!) sur un camion.<br /> Possédant nos vélos personnels, nous sommes désignés à cinq hommes pour démonter la ligne téléphonique qui nous relie au commandement. Il est plus que temps d'obéir aux ordres car nous entendons au loin un drôle de bruit de moteur, qui n'est pas celui d'un camion. Les chars allemands sont au carrefour Quinaux. Nous dévalons à toute vitesse à travers bois vers la Meuse, passons le pont de Jambes terriblement encombré, traversons la ville et nous sommes les derniers à passer le pont de Salzinnes car, quelques centaines de mètres plus loin, nous entendrons le fracas de l'explosion ...<br /> Sur la route de Charleroi, face aux ateliers de Ronet, c'est le baptême du feu (mitraillage par des avions allemands) et il y en aura d'autres, avec abandon du vélo au milieu de la route et plongée dans les fossés.<br /> Arrivés au point de ralliement - centre de Mornimont - à l'effet d'y reprendre le camion, première et immense déception : de camion point, et nous ne le reverrons jamais. (Après la guerre, on a dit, sans contrôle possible, que le camion aurait sauté sur une mine, généreusement placée par nos amis marocains.)<br /> Nous sommes donc, avec mes quatre copains, dans l'obligation de continuer notre route à vélo dans un incroyable désordre. Les nouvelles, mauvaises, circulent à vitesse accélérée. Nous n'irons pas loin, car à Tamines, nous sommes arrêtés par les Marocains - Ils sont partout aux mauvais endroits. Cinq soldats belges à vélo et sans arme, il faut avouer que c'est louche et il faudra l'arrivée d'un lieutenant français qui, après explications et vérification des cartes d'identité, nous permettra de continuer notre route.<br /> La nuit tombe vite. Après avoir trouvé une maison vide dans les environs de Charleroi, et des vivres - c'est le premier repas de la journée -, premier bain dans une vraie baignoire et un sommeil lourd de fatigue jusqu'au lendemain matin.<br /> La frontière française passée, c'est l'arrivée à Douai, incroyablement encombrée de civils et de militaires et où un sous-officier français nous guide vers une caserne où il y a rassemblement des militaires belges. Mais après un sévère bombardement, c'est la débandade à nouveau et la disparition de trois de nos camarades. Je reste avec Dalcq pour la suite des événements.<br /> Comme on ne s'occupe plus de nous, nous reprenons la route de la Belgique après avoir essuyé plusieurs bombardements et mitraillages par les Stukas, pour constater que ces routes sont encombrées d'un innombrable matériel anglais abandonné à la sauvette.<br /> Nous commençons à comprendre la réalité des choses ...<br /> Après avoir logé un peu partout, dans des étables et des prairies, c'est l'arrivée aux environs de Torhout, en pleine fournaise. On entend des tirs de canons de tous côtés.<br /> Le 26 mai 1940, nous sommes réquisitionnés comme artilleurs, puis pour remplacer des troupes en première ligne, et cela, toujours sans fusil. Puis c'est le 28 mai et la capitulation ...<br /> C'est à ce moment que nous rencontrons les premiers Allemands, montant en ligne en bras de chemises, accrochés au coude à coude et chantant à tue-tête ... c'est plus impressionnant que leurs armes !!! Comme ils nous ont dépassés, nous espérons ne pas être prisonniers.<br /> Le soir, nous cherchons un abri dans une église et à un certain moment, mon camarade Dalcq me dit qu'il a faim et qu'il faut trouver de quoi manger. Je m'endors, accablé de fatigue. Le lendemain matin, il n'est pas rentré et je ne le reverrai plus qu'après la guerre, en 1945, car il est prisonnier ...<br /> Je décide de sortir de l'église et je rencontre un officier belge qui est précisément à la recherche des soldats perdus; il me dit que je dois me rendre dans l'usine de filature dont je n'ai pas conservé le nom, où l'on rassemble les soldats de toutes nationalités. On m'oblige à déposer mon vélo - en fait, c'est celui de mon frère, nouvellement acheté en 38 - chez un particulier affirmant que je le retrouverai dès ma libération (!)<br /> Le lendemain, les Belges seuls doivent sortir de l'usine, car nous devons prendre chacun 3 chevaux français pour les conduire de pâture en pâture dans les villages voisins. Pendant ces quelques jours, nous sommes logés et nourris dans une école. Le 10 juin 1940, nous embarquons les chevaux dans un train en partance pour l'Allemagne.<br /> Le 11 juin, les Flamands sont libérés ... au grand dam des cinq wallons restants. Enfin, le lieutenant (flamand) nous confie qu'il essaye de nous faire libérer par tous les moyens, ce qui sera fait le 12 juin. Nous nous présentons devant un colonel allemand et, sans un mot, nous recevons un papier confirmant notre libération. Retourné auprès du particulier détenteur de mon vélo, j'y apprend que les Allemands auraient pris ce vélo ...<br /> A 9 heures du matin, je suis seul sur la route vers Bruxelles; je fais du stop, une charrette d'abord, une camionnette de marchand de bière ensuite, qui me conduit à Bruxelles. Je traverse la ville, étonné de me trouver seul en uniforme belge. Personne ne m'inquiète, ni dans un sens, ni dans l'autre, et, après avoir pris le tram à la Place Rouppe pour Wavre, puis Jodoigne, je suis chargé par un camion jusque Jauche. Les 5 derniers kilomètres à pied me paraissent terriblement légers et c'est la rentrée à la maison vers 18 h, heureux de retrouver mes parents sains et saufs, après 29 mois à l'armée sans interruption. Certains de mes camarades n'ont pas eu cette chance.<br /> Seule ombre au tableau, mon jeune frère, entré au service militaire le 15 avril 1940, n'est pas rentré et on est sans nouvelles depuis le 20 avril... Il rentrera le 1er août 1940, après une singulière odyssée en France (prisonnier aux environs de Bar-sur-Seine), mais ceci c'est une autre histoire !<br /> <br /> Source : Bulletin du CLHAM TOME 5 - FASCICULE 4 - DECEMBRE 1992<br /> <a href="https://www.clham.be/T5-04.html#Jaumoulle">https://www.clham.be/T5-04.html#Jaumoulle</a> Mon, 30 Mar 2026 09:42:01 +0200 Les destructions belges du 10 mai 1940 à Kanne https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-271+les-destructions-belges-du-10-mai-1940-kanne.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-271+les-destructions-belges-du-10-mai-1940-kanne.php <p style="text-align:justify">Aux premières heures du 9 au 10 mai, vers 1 h 30, le quartier général du bataillon à Piringen reçut le premier signal d'alerte. Celui-ci fut immédiatement transmis aux compagnies. Toutes les équipes de démolition furent dépêchées sur place par camion, bus et fourgonnette. Le sous-lieutenant Bruyère du 21e bataillon du génie fut chargé par le commandant du fort Ében-Émael Jottrand de lancer les sept démolitions à Kanne. Il utilisa pour cela des troupes de la section du lieutenant Fonteiniers. Les sites à détruire étaient numérotés de D4 à D10 et se situaient tous de l'autre côté du canal, donc à l'est de Kanne. Le sous-lieutenant Bruyère disposait de 7 sergents, 7 caporaux et 14 soldats pour chacun des sept objectifs.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_kanne_pour_mars_2026.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> D4 Au sommet du Muizenberg<br /> D5 Kapelstraat derrière la chapelle du Saint-Sépulcre<br /> D6 Onderstraat près de l'ancienne ferme-château de Harff<br /> D7 Pont Jeker à Op 't Broek<br /> D8 Pont Jeker à Brugstraat<br /> D9 Pruis près du cimetière<br /> D10 Route vers Caestert<br /> <br /> <p style="text-align:justify">En pleine nuit, le lieutenant Bruyère quitte Piringen avec ses hommes pour le sous-secteur du 2e régiment de grenadiers. À 4 h 10, Bruyère reçoit l'ordre du fort Ében-Émael de procéder aux démolitions D4 à D10 sur la rive est du canal Albert. Il se précipite vers le pont et passe devant le bunker O, où il demande au sergent Pirenne du fort de ne pas faire sauter le pont avant son retour avec son équipe. Cependant, Pirenne a déjà reçu l'ordre de démolition et ne peut qu'attendre que Bruyère et son équipe aient traversé le canal. L'équipe de Bruyère réussit à effectuer six des sept démolitions. Seule la démolition de D8, le petit pont sur la rivière Jeker, échoue en raison d'un problème technique. Pendant que le lieutenant Fonteiniers effectue les travaux de démolition sur l'autre rive du canal, le commandant d'Ében-Émael ordonne à nouveau de faire sauter le pont. Le commandant Pirenne ne put plus retarder la destruction du pont, qui explosa. La voie de retour des sapeurs étant désormais coupée, on chercha une embarcation pour rejoindre la rive ouest amie. Selon le récit d'Alain Pelzer, Bruyère parvint à transporter une vingtaine de soldats sur la rive ouest à trois reprises. Il s'agissait principalement de grenadiers et d'une des équipes de Bruyère. Un des groupes embarqua, mais durant la traversée, des parachutistes allemands du groupe Eisen ouvrirent le feu sur le lieutenant et ses hommes, contraignant les Belges à se rendre immédiatement et à débarquer comme prisonniers de guerre. Le lieutenant Bruyère subit le même sort.<br /> Harry Bovens, soldat de la 14e Ligne , était en permission chez ses parents à Kanne. Avec deux gendarmes auxiliaires de Kanne, il rejoignit un des groupes (l'escouade de démolition D10, sur la route de Caestert) et tenta de traverser, mais ils échouèrent car l'embarcation était amarrée sur la rive opposée. Ils tentent de traverser le pont détruit, mais lui et ses compagnons sont contraints de se rendre aux parachutistes allemands sur la rive est. Ils sont conduits sur les hauteurs de Tiendenberg, puis attaqués par un avion allemand. Vingt-quatre Belges et trois soldats allemands sont tués. Les autres sont déportés en Allemagne comme prisonniers de guerre via Maastricht. <br /> Source : Texte d’Alain Pelzer<br /> <a href="https://heemkundekanne.be/vers-van-de-pers/vernielingen-op-10-mei-1940-in-kanne/">https://heemkundekanne.be/vers-van-de-pers/vernielingen-op-10-mei-1940-in-kanne/</a></p> Fri, 27 Feb 2026 18:11:09 +0100 Deux témoignages de soldats belges de leur campagne des 18 jours en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-269+deux-t-moignages-de-soldats-belges-de-leur-campagne-des-18-jours-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-269+deux-t-moignages-de-soldats-belges-de-leur-campagne-des-18-jours-en-mai-1940.php <strong>Pierre Célis<br /> 15e Artillerie (3e Corps d'Armée).</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1940, nous étions stationnés à Grivegnée, près de Liège. Bien que nous entendions des grondements sur le canal Albert, le calme régna dans notre secteur toute la journée. Ce n'est que vers le soir que nous avons reçu l'ordre d'atteler les chevaux. J'étais chef de convoi .(Artilleur) et nous avons dû aider à déplacer notre obusier de 155 mm de sa position. Ce fut une tâche ardue, car la machine était restée immobile pendant presque toute la mobilisation. J'ai toujours trouvé étrange que nous, les artilleurs, ayons dû rendre nos fusils quelques jours avant le débarquement, avec la promesse de recevoir des revolvers. C'était censé être plus pratique. J'ignore qui a donné l'ordre, ni s'il y a eu manœuvre déloyale, mais le résultat fut que nous nous sommes retrouvés sans armes personnelles pour nous défendre le 10 mai. Quoi qu'il en soit, tôt le matin du 11 mai, notre batterie est partie et, vers 4 heures du matin, nous avons traversé la Meuse à Liège. Personne ne nous a dit où nous allions. Une fois la traversée terminée, plusieurs avions allemands sont apparus au-dessus de nous. Nous avons immédiatement mis pied à terre, mais miraculeusement, les Allemands nous ont laissés tranquilles. Peut-être parce que nous ne nous dirigions pas vers le front. À Bierset, sur la rive gauche de la Meuse, nous nous sommes cachés dans un bois et avons laissé nos canons le long de la route. De temps à autre, nos mitrailleuses tiraient quelques coups, mais sans résultat. Vers 17 heures, nous quittâmes nos abris et venions à peine de rejoindre la route lorsqu'une vingtaine de Stukas ouvrirent le feu sur nous. J'eus alors l'impression que les Allemands connaissaient tous nos mouvements à l'avance (le médecin du régiment, soit dit en passant, était un germanophone originaire des Cantons-de-l'Est). Dès lors, ce fut chacun pour soi. Pris de panique, nous nous enfuîmes, abandonnant chevaux et armes. Je passai la nuit chez un fermier à Bierset avec quelques autres soldats. Le lendemain, nous trouvâmes des vélos, probablement ceux des Chasseurs des Ardennes, et nous reprîmes notre route. Nous pédalâmes à travers les files de réfugiés en direction de Huy. Les réfugiés ne nous appréciaient guère, craignant que nous n'attirions l'attention des avions. Passant par Huy et Namur, nous arrivâmes à Charleroi. Les habitants nous accueillirent avec une grande hostilité. On ne nous a même pas donné un verre d'eau, et on nous disait : « Si vous avez soif, allez boire au canal Albert. » C'était le troisième ou le quatrième jour de la guerre, et nous avons décidé de prendre la route pour les Flandres. Après près de 100 km, nous sommes arrivés à Lichtervelde, où la gendarmerie a tamponné nos passeports pour éviter d'être punis comme déserteurs. Avec des soldats de différentes unités, nous avons été entassés dans des camions et envoyés au front. Le voyage fut bref, car cinq kilomètres plus loin, des avions allemands ont ouvert le feu sur notre convoi. Une fois de plus, il a fallu sauver ce qui pouvait l'être . J'ai ensuite erré pendant quelques jours jusqu'à ce que, peu après la capitulation, je sois fait prisonnier à Kortemark. C'était la première fois que je voyais un soldat allemand d'aussi près…<br /> <br /> <strong>Jean Beunekens,<br /> 1er Grenadiers</strong><br /> </p><br /> <p style="text-align:justify">J'étais lance-grenades au 1er régiment de grenadiers, stationné à Tessenderlo. Le 10 mai, à quatre heures du matin, l'alarme retentit, mais personne ne se doutait que les Allemands allaient envahir notre pays. Pour nous, ce n'était qu'un exercice de plus. Le mois précédent, nous avions souvent couru les deux kilomètres séparant notre caserne de Huist de nos positions le long du canal Albert. De ce fait, un tiers de notre régiment n'avait pas ses armes ce matin-là. Vers six heures, des chasseurs allemands apparurent au-dessus de nos positions, bientôt suivis de trois bombardiers (nous les avons d'abord pris pour des Belges ou des Français !). Heureusement, ils ne nous attaquèrent pas. Nous aurions été une cible de choix, car la plupart des soldats avaient quitté leurs positions et suivaient les avions à découvert. À une vingtaine de mètres de moi, un soldat de la compagnie francophone se mit soudain à tirer avec sa mitrailleuse antiaérienne. C'était un certain Jacquemeyns, un boxeur assez connu à l'époque. Un des bombardiers prit feu et s'écrasa quelques secondes plus tard. Les chasseurs nous attaquèrent alors et nous nous dispersâmes. Rien de bien important ne se passa ce jour-là. Nous apprîmes cependant que notre 2e régiment de grenadiers était sous un feu nourri aux alentours d'Ében-Émael et avait déjà subi de lourdes pertes. Puis, le 11 mai, l'ordre arriva d'abandonner nos positions et de nous replier vers l'ouest. Et ce, alors qu'aucun coup de feu n'avait quasiment été tiré ! Tous les soldats étaient lourdement chargés. Je devais aussi porter la partie de ma compagnie qui servait de lance-grenades. Il disparut à un moment donné (je ne me souviens plus exactement quand) et je ne l'ai jamais revu. Ainsi, pendant toute la campagne, je portai 25 kg : sac à dos, revolver, pelle, lance-grenades et munitions. À Lierre, la compagnie s'arrêta et nous dumes immédiatement commencer à creuser des tranchées . Nous n'y restâmes pas longtemps… jour après jour, nous battions en retraite. Et à chaque fois, le même scénario : s'arrêter, creuser, puis avancer tandis que les Allemands nous pilonnaient de loin avec leur artillerie. C'était épuisant. Vers le 16, nous sommes arrivés à Zelzate, sur le canal de Gand à Terneuzen. De là, nous avons tiré sur l'avant-garde allemande qui commençait à pénétrer en Flandre zélandaise. Ce fut la première et unique fois que j'ai utilisé mon DBT. <br /> <br /> Nous avons ensuite continué notre route vers Maldegem. La faim nous tenaillait. Pendant des jours, nous n'avons pas aperçu de cantine. Nous vivions de ce que nous donnaient les réfugiés, allant parfois chercher quelques poulets dans une ferme. J'avais aussi pris l'habitude de relâcher les animaux dans chaque ferme abandonnée ; j'avais travaillé dans une ferme pendant des années. Par exemple, à Maldegem, j'ai « libéré » un taureau, mais l'animal venait à peine de sortir de son étable qu'un soldat affamé l'a abattu et a partagé le butin avec ses camarades. À Adegem, non loin de là, nous étions de nouveau sous un feu nourri d'artillerie. Des rumeurs circulaient aussi selon lesquelles il n'y avait aucun Allemand sur place, mais qu'un sergent belge, un certain De Gendt, avait donné l'ordre d'ouvrir le feu après avoir été surpris par des vaches égarées. Pris de panique, ils auraient alors tiré à tout va. À ce moment-là, ma compagnie était en réserve, je ne sais donc pas quelle part de vérité cela revêt. Mais il est certain que plusieurs garçons sont morts cette nuit-là. Le 26 mai, notre régiment arriva à Rumbeke, un hameau de Roulers, où nous prîmes position autour du château. Nous y fûmes bombardés sans relâche pendant deux jours, et des dizaines d'hommes furent tués. Le jour de la reddition, nous recevîmes l'ordre de nous positionner au sud de Roulers. Nous continuâmes le combat jusqu'à 7 ou 8 heures du matin, quelques heures seulement après la capitulation officielle. C'est durant ce court laps de temps que la plupart des grenadiers furent tués. J'ai moi-même vu trois hommes tomber à mes côtés. On nous dit ensuite que nous devions couvrir la retraite d'une unité anglaise et le redéploiement des 3e et 5e régiments d'infanterie. Bien que cette dernière mission fût, bien sûr, totalement inutile. Vers 8 heures du matin, nous fûmes faits prisonniers, et c'est seulement alors que nous apprîmes la reddition de l'armée ! Après une marche épuisante, nous fûmes embarqués dans des wagons à Courtrai, en direction de l'Allemagne. Cependant, la gare fut bombardée par un avion anglais, ce qui endommagea les voies ferrées et rendit le voyage impossible. Escortés par quelques Allemands, nous avons continué à pied. J'ai tenté de m'échapper du convoi à plusieurs reprises, mais j'ai été arrêté à chaque fois. Finalement, j'y suis parvenu et j'ai trouvé refuge dans une ferme à Audenarde. Là, on m'a donné des vêtements civils. C'est ainsi que j'ai rejoint Bruxelles en passant par Ninove, où vivaient mes parents.<br /> <br /> <strong>Source :<br /> <a href="https://www.dbnl.org/tekst/vos_066belg01_01/vos_066belg01_01_0005.php">https://www.dbnl.org/tekst/vos_066belg01_01/vos_066belg01_01_0005.php</a></strong><br /> </p> Wed, 31 Dec 2025 10:34:29 +0100 La mobilisation https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-268+la-mobilisation.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-268+la-mobilisation.php <p style="text-align:left">L'essentiel de l'armée belge était divisé en trois catégories d'unités : les unités actives, les unités de 1°réserve et les unités de 2°réserve. Les unités actives étaient composées des plus jeunes recrues, dont les connaissances militaires étaient encore fraîches. Les soldats légèrement plus âgés étaient affectés à la 1°réserve, et les plus âgés à la 2°réserve.<br /> Régiments actifs : classes 36, 37, 38 et 39<br /> Premiers régiments de réserve : classes 32, 33, 34 et 35<br /> Deuxièmes régiments de réserve : classes 28, 29, 30 et 31</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/frrebelgians_mobilisation1_decembre2025.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'armée belge fut mobilisée pour la première fois le 27 septembre 1938, en raison de l'imminence de l'invasion nazie des Sudètes tchécoslovaques. Cinq classes de réservistes furent appelées à former, avec la classe déjà sous les armes, les six divisions d'infanterie actives et les six divisions d'infanterie de la 1re réserve.<br /> Le moral des soldats rappelés est excellent ; ils sont heureux de revoir leurs camarades de classe, et cela est fêté avec enthousiasme dans les cafés.<br /> Le 30 septembre, le danger de guerre était écarté ; les Français et les Anglais étaient parvenus à un accord avec Hitler selon lequel la Tchécoslovaquie pouvait être annexée à son Reich.<br /> Le 2 octobre, le gouvernement belge a décidé d'une démobilisation accélérée, ce qui a entraîné la dissolution immédiate de tous les régiments.<br /> Le soir venu, des groupes de soldats déambulaient le long des routes et de nombreux trains militaires entravaient le trafic ferroviaire normal.<br /> Le matériel abandonné fut récupéré par les régiments actifs. Des mitrailleuses légères jonchaient les rues, mêlées à des chaussures et autres équipements. Des vêtements militaires furent retrouvés dans des granges, à côté de harnais. La situation était si critique qu'un agriculteur appela Liège trois jours après la démobilisation : chevaux, ambulances, trousses médicales, harnais et matériel bloquaient les bâtiments de sa ferme. Le médecin, les infirmières et tous ceux qui avaient été rappelés étaient rentrés précipitamment chez eux, abandonnant tout sur leur passage.<br /> Le 26 août 1939, quelques jours avant l'invasion de la Pologne par l'armée allemande, l'armée belge se mobilisa pour la deuxième fois. Cette mobilisation se déroula plus facilement qu'en 1938.<br /> Afin de ne pas trop perturber le bon fonctionnement du pays, la mobilisation a été divisée en plusieurs phases :<br /> <br /> <br /> Phase A (26 août 1939)<br /> 1re, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e divisions d'infanterie<br /> 1re division des chasseurs ardnnais<br /> 1er régiment de cyclistes frontières, 2e régiment de cyclistes frontières et bataillon de cyclistes frontières du Limbourg<br /> 1re division de cavalerie<br /> 2e division de cavalerie<br /> Les 1er, 2e et 3e régiments d'aviation, ainsi que les unités de soutien<br /> 1er Régiment de Défense Anti-Aérienne <br /> 2e Régiment de Défense Anti-Aérienne <br /> Troupes de forteresse de Namur, Liège et Anvers<br /> une partie des unités de soutien<br /> La phase B suivra le 28 août.<br /> 8e et 11e divisions d'infanterie<br /> 2e division des chasseurs des Ardennes<br /> <br /> En raison de la rapidité des événements, la phase C est déclarée le 1er septembre, lorsque les troupes allemandes envahissent la Pologne.<br /> 7e, 9e, 10e et 12e divisions d'infanterie<br /> 1er régiment léger, 2e régiment léger<br /> Transport des troupes<br /> Les troupes ferroviaires<br /> Unités territoriales<br /> Une partie des troupes de ravitaillement<br /> <br /> La phase E, la mobilisation générale, aura lieu le jour même de l’attaque (10 mai 1940).<br /> Plus de 600 000 civils seraient appelés à prendre les armes – soit plus de 8 % de la population.<br /> La qualité du cantonnement dépend des possibilités offertes par les cantonnements. Au début de la mobilisation, les écoles et les bâtiments publics furent réquisitionnés; plus tard, des baraquements en bois furent construits à proximité des positions.<br /> La mobilisation massive d'hommes entrave le fonctionnement économique du pays. <br /> Sous la pression du Parlement, le gouvernement accorde toute une série d'exemptions :<br /> En octobre, ce furent les mineurs (un régiment du Hainaut perdit 700 hommes) et les ingénieurs des mines qui furent les suivants à être démobilisés.<br /> Vient ensuite le tour des pères de familles nombreuses.<br /> Médecins et infirmières.<br /> Le personnel enseignant.<br /> Des représentants du ministère des Finances et des responsables municipaux.<br /> Et le secteur réclame également le retour de ses spécialistes.<br /> Pour remplacer les soldats exemptés, il fallut faire appel aux miliciens plus âgés, qui, naturellement, rechignaient à prendre la place des plus jeunes. Tandis que les soldats exemptés pouvaient travailler et gagner leur vie comme d'habitude, ceux qui portaient les armes recevaient initialement une solde de 30 centimes (anciens francs belges) par jour. Plus tard, cette solde fut portée à un franc par jour (le prix d'un verre de bière), et une allocation de milice de 8 à 12 francs par jour fut accordée.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_mobilisation2_decembre_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Une photo très rare de soldats belges et allemands à la frontière belgo-allemande en 1939.<br /> Collection -<br /> A. Vandewalle.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le rude hiver (l'hiver 39-40 fut très froid), les exemptions, la détresse de leurs familles et le sentiment d'inutilité de leur sacrifice ont rendu amer les soldats, qui ne cessent de répéter :<br /> ‘’Si le pays est en danger, cela s'applique à tous. S'il n'y a pas de danger, nous sommes libérés.’’<br /> Cette situation, conjuguée à la propagande ennemie, provoque des troubles dans plusieurs régiments. La discipline est difficile à maintenir dans les cantonnements. La seule sanction efficace est la suppression des permissions.<br /> <br /> Sources :<br /> <a href="https://meetjesland1940.be/mobilisatie.html">https://meetjesland1940.be/mobilisatie.html</a></p> Sat, 29 Nov 2025 11:41:38 +0100 Sur le canal Léopold. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-267+sur-le-canal-l-opold.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-267+sur-le-canal-l-opold.php <p style="text-align:justify">Samedi 25 mai 1940 au 1er Régiment de Carabiniers-Cyclistes.<br /> <br /> Une patrouille quitte la 1re compagnie, cette fois dirigée par le commandant de compagnie en personne. Le lieutenant Jonckheere emmène avec lui quatre de ses soldats : le sergent Van Boom, le sergent Le Grand, ainsi qu'un caporal et un soldat inconnus.<br /> La patrouille atteignit le ‘’Graaf Jansdijk’’ au nord-est de Sint-Laureins sans trop de difficultés, puis traversa le village jusqu'à l'ouest du ‘’Leemweg’’, qui mène à Eeklo. Chemin faisant, ils s'arrêtèrent à deux reprises lorsqu'une voiture blindée allemande fut aperçue au loin. Jonckheere et son escouade rencontrèrent alors un groupe plus important de véhicules ennemis sur le point d'entrer à Sint-Laureins. Les soldats se baissèrent derrière une haie à environ cinq mètres de la colonne et restèrent silencieux. Au bout d'une vingtaine de minutes, l'officier décida de tenter de regagner la rive belge du canal. Les cinq hommes traversèrent la route en courant et s'arrêtèrent un peu plus loin, parmi les maisons du village. Le sergent-chef Van Boom et le sergent Le Grand manquaient à l'appel. Le lieutenant Jonckheere attendit, mais décida que le temps pressait et retourna à sa compagnie avec le caporal et le soldat restants. Vers 11 heures, le lieutenant Jonckheere put rendre compte de ce qui s'était passé à Sint-Laureins. En quelques minutes, les canons du IV/19A ouvrirent le feu et bombardèrent la position allemande signalée.<br /> Lorsque le sergent-chef José Van Boom pourra lui aussi revenir quelque temps plus tard, il sera établi que le sergent Michel Le Grand a été blessé par balle alors qu'il traversait le ‘’Leemweg’’. Le sergent est vraisemblablement décédé sur le coup.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/le_grand_freebelgians_nov_2025_64237.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Le Grand Michel.<br /> Sergent 1er régiment de Carabiniers – Cyclistes, 3/I<br /> Né à Saint-Josse-Ten-Noode le 29 décembre 1916. Décédé à Saint-Laurent le 27 mai 1940.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Peu après midi, un véhicule blindé apparaît près des vestiges du pont sur la digue de ‘’Sint-Janspolder’’. Le véhicule allemand est détruit par les tirs du canon antichar C47 et du chasseur de chars T13 qui soutenait la 1re compagnie. Celle-ci envoie immédiatement une nouvelle patrouille après l'incident. Trois des quatre membres d'équipage sont retrouvés morts dans leur véhicule endommagé. Le quatrième soldat semble avoir réussi à s'échapper. (Archives belges - 18daagseveldtocht.be)<br /> <br /> Le véhicule blindé en question est un ‘’Landsverk M38’’ du constructeur suédois AB Landsverk.<br /> Ce véhicule blindé appartenait initialement à l'armée néerlandaise, mais il a été saisi, avec plusieurs autres véhicules Landsverk, par la 227° I.D. allemande et utilisé par son unité de reconnaissance (Aufklärungs Abteilung).<br /> Le ‘’Landsverk’’ fut détruit par plusieurs obus du canon antichar belge C47, et l'équipage allemand composé de cinq hommes, périt.Il s’agissait de :<br /> <br /> L’Uffz Wilhelm Bolles,<br /> L’Obergefreiter Egon Murschall,<br /> Les Schütze Anton Ambour, Schütze Goswin, Welter et le Schütze Gerhard Stürmer.<br /> <br /> Les soldats tombés furent enterrés à 50 mètres du pont détruit. Leurs tombes étaient marquées d'une croix portant leurs noms, sur laquelle était gravé un casque transpercé.<br /> En 1942, leurs corps furent exhumés et transférés au cimetière allemand de l’époque et situé à Deinze.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/landsverk_m38_freebelgians_nov_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Le ‘’Landsverk’’ détruit au canal Léopold (photo - www.landsverk-m38.nl).</p><br /> <br /> Sources bibliographiques et iconographiques <br /> Information reçue de Robin Buysse:<br /> <a href="https://meetjesland1940.be/aan-het-leopoldkanaal.html">https://meetjesland1940.be/aan-het-leopoldkanaal.html</a> Thu, 30 Oct 2025 09:48:59 +0100 Un homme du 18°Régiment de Ligne, le sous-lieutenant Roland Ansquer. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-263+un-homme-du-18-r-giment-de-ligne-le-sous-lieutenant-roland-ansquer.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-263+un-homme-du-18-r-giment-de-ligne-le-sous-lieutenant-roland-ansquer.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ansquerfreebelgians_08_2025.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ecrit par le Capitaine G. VERNIERS, paru dans la revue des Amis des Anciens Combattants de 1940 du 18e Régiment de Ligne en 1947, d'après le "Journal de Campagne" du <br /> Cdt de Leu de Cécil, commandant la Compagnie du Nord du 2e échelon du 18e Régiment de Ligne.<br /> La tactique employée par l'attaquant allemand en 1940 n'épargna ni la réserve ni la ligne de tir. Le 10 mai, dès l'aube, le deuxième échelon du 18e régiment de ligne fut attaqué avec autant de vigueur que le premier.<br /> Après les planeurs et les parachutistes, ce sont des tirs meurtriers et des bombardements qui ont fait rage toute la journée, qui, bien que bouleversant le terrain, n'ont pas réussi à ébranler le courage des défenseurs.<br /> La nuit printanière fut courte. Elle semblait interminable. Chaque fusée lumineuse témoignait de l'expansion des dispositifs d'attaque de l'ennemi.<br /> Le 11 mai, à 5 heures du matin, le commandant de Leu de Cécil, commandant de la compagnie Nord du 2e échelon, jura au sous-lieutenant Ansquer de tenir coûte que coûte jusqu'à l'arrivée des secours alliés. Malheureusement, il ne put fournir à son chef de peloton les munitions demandées.<br /> Durant ces minutes étrangement calmes qui précédèrent la bataille, Roland Ansquer dut passer en revue toute sa vie et faire le point sur ses ressources.<br /> Il était licencié en sciences sociales et politiques. Le ministre de la Défense nationale l'avait félicité pour les brillants résultats de ses études militaires.<br /> Sa jeune épouse lui avait donné une fille cinq ou six jours auparavant. D'autres y avaient trouvé un motif de faiblesse. Ansquer en tira davantage de courage.<br /> Il n'avait pas attendu l'étoile d'officier pour prendre conscience de son devoir militaire. Déjà caporal, il avait étonné ses camarades par sa volonté et son sens du commandement. Le 9e régiment de ligne gardait de lui un merveilleux souvenir. Le calme trompeur de la mobilisation n'avait pas affaibli son caractère. Une volonté lucide et un moral solide portaient son esprit combatif au sommet. Et c'est à cela que tout se jouerait !<br /> À 6 heures, un bataillon allemand passa à l'attaque. À 7 heures, le peloton de droite ne pouvait plus tenir ses positions. Le bataillon de réserve et le peloton Ansquer résistèrent courageusement.<br /> À sept heures et quart, le peloton du sous-lieutenant Ansquer était encerclé. Aucune aide n'était à espérer ! Bientôt, les munitions allaient manquer. Arrivé au point où la voix était audible, l'assaillant ordonna au jeune officier de se rendre.<br /> - « Vous verrez, s’écria Ansquer, comment un officier belge se rend ! »<br /> Il monta sur le parapet de la tranchée, saisit une mitrailleuse et tira sa dernière cartouche sur l'ennemi.<br /> </p><br /> <strong>Il est mort criblé de balles</strong>.<br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pas une seule munition n'est restée sur la position.<br /> Roland Ansquer fut provisoirement enterré à Vroenhoven, mais il fallut attendre 1986 pour que sa tombe soit retrouvée. Après de longues recherches menées par son frère André et le couple Coddens, qui avaient failli abandonner après des années de lutte auprès des administrations du ministère de l'Intérieur, de la Province et de la Municipalité, la tombe fut retrouvée, principalement grâce au travail de détective du couple Kwanten de Hees. Les tombes de trois soldats tombés au combat furent découvertes : Roland Ansquer, André Coddens et Marcel Vandenberghe. Il semble que les autorités « officielles » susmentionnées aient manifesté une vive opposition. Selon le Belang van Limburg du 13 mai 1986 : « Une fois la découverte des tombes connue, les autorités officielles se montrèrent soudain beaucoup plus conciliantes et veillèrent à ce qu'une petite parcelle commémorative soit aménagée pour les trois soldats dans le nouveau cimetière, à côté du monument aux morts. »<br /> </p><br /> <strong>Sources bibliographiques et iconographiques :</strong><br /> <a href="https://blog.seniorennet.be/tfront1940/archief.php?ID=861308">https://blog.seniorennet.be/tfront1940/archief.php?ID=861308</a> Wed, 30 Jul 2025 09:51:07 +0200 La chute de Louvain le 14 et 15 mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-262+la-chute-de-louvain-le-14-et-15-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-262+la-chute-de-louvain-le-14-et-15-mai-1940.php <strong>Les troupes allemandes avancent</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans l'après-midi du 14 mai, les Britanniques et le 6e régiment de chasseurs à pied retiennent leur souffle.<br /> Ils reçurent un message selon lequel la 19e division d'infanterie allemande , dirigée par le général de division Otto von Knobelsdorff, avançait de Diest en passant par la Staatsbaan en direction de Louvain. <br /> Les ponts ont explosé<br /> À partir de 16h30, les premières salves se font entendre dans le quartier de la gare. Dans l'espoir de ralentir l'avancée allemande, les ingénieurs britanniques détruisirent les ponts de Tiensesteenweg et de Diestsesteenweg entre 17h00 et 18h00. <br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_diestsesteeweg_juillet_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Les habitants d’un quartier de la Diestsesteenweg ont érigé une barricade de fortune, laquelle ne servira à rien</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_tiensesteenweg_jullet_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Un soldat britannique fait sauté le pont de la Tiensesteenweg</p><br /> <br /> <strong>La bataille de Louvain éclate</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les troupes d'infanterie allemandes pouvaient compter sur le soutien de l'armée de l'air allemande dans leur attaque. Mais l'artillerie allemande et britannique a également participé aux combats ce jour-là. L'abbaye de Vlierbeek était située à deux pas des deux positions. L'artillerie allemande était positionnée à l'est de Louvain, plus précisément à Korbeek-Lo et Lovenjoel. L'artillerie anglaise était positionnée à l'ouest de la ville, avec notamment des positions de tir entre Veltem et Bertem. Un duel de plusieurs jours entre ces unités d'artillerie ennemies a commencé. <br /> </p><br /> <strong>Sous-lieutenant Auguste Catoire</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À Blauwput, vers 18 heures, la 7e compagnie du 6e régiment de chasseurs à pied se heurte aux Allemands qui avancent et qui tirent sur eux depuis les maisons de la Diestsesteenweg. Le commandant de peloton, le sous-lieutenant Auguste Alfred Catoire, fut mortellement blessé lorsque l'ennemi prit d'assaut son nid de résistance le plus avancé. Ses hommes abandonnèrent alors leurs positions, mais son commandant de compagnie, le lieutenant A. Rose, regroupa le peloton en fuite et lança une contre-attaque, avec l'appui-feu des Britanniques. Grâce à cette action, le lieutenant A. Rose put réoccuper les deux nids de résistance arrière du peloton Catoire. Vers 20h45 Les différentes voies ferrées de Blauwput était de nouveau entre les mains des Alliés. A partir de 21 heures, les Belges rompent le contact et se retirent définitivement. Le sort de Kessel-Lo et de Louvain était désormais entièrement entre les mains des Britanniques.<br /> Le sous-lieutenant Auguste Alfred Catoire, fut enterré peu après l'événement dans une fosse commune sur le Brugberg (Diestsesteenweg). Il fut ensuite lui aussi transféré au cimetière de l'abbaye de Vlierbeek le 26 juin 1940 sous la conduite du moine bénédictin Joseph Kreps.<br /> Le 23 juillet 1940, il est ensuite transféré au cimetière de Braine-le-Comte - dans la province de Hainaut - où il est inhumé dans la tombe familiale de ses beaux-parents (Armand Dessart et Marie Anne Bouffiaux). Auguste est né le 13 novembre 1913 à Gilly, près de Charleroi. Avant la guerre, il était instituteur à l'école primaire de la commune d'Espierres. Il décède à l'âge de vingt-six ans, laissant derrière lui son épouse Madeleine Dessart et leur fille Marie Claire, née le 15 décembre 1939. Après le 14 mai 1940, la jeune fille n'a plus jamais eu la chance de revoir son père…</p><br /> <br /> <strong>Source : Abbaye de Vlierbeek :<br /> <a href="https://www.abdijvanvlierbeek.be/de-18daagse-veldtocht/14-mei-1940/">https://www.abdijvanvlierbeek.be/de-18daagse-veldtocht/14-mei-1940/</a><br /> Iconographie :<br /> I.W.M (Londres) et Peter Taghon. (Belgique)</strong> Sun, 29 Jun 2025 11:12:03 +0200 Les combats au canal de dérivation de la Lys en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-261+les-combats-au-canal-de-d-rivation-de-la-lys-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-261+les-combats-au-canal-de-d-rivation-de-la-lys-en-mai-1940.php Le 25 mai à 04h10, l'artillerie belge tire des obus sur la tête de pont allemande de Ronsele et à 04h30, le 1er bataillon de la 22e ligne avance, précédé d'un <p style="text-align:justify">barrage d'artillerie effectué par le 2e groupe de la 7e artillerie. Les trois compagnies du bataillon, déployées sur un front de 650 m, se dirigent droit vers le canal. La 2ème Compagnie est à gauche, la 3ème au milieu et à droite la 1ère Compagnie et l'escadron cycliste avancent le long de la route menant de Ronsele au canal. A l'extrême droite, la 9e compagnie de la 2e ligne participe à l'opération et glisse prudemment le long de la digue du canal qui la cache à la vue de l'autre rive.<br /> La 2ème compagnie progresse lentement. Son chef, le lieutenant Bruyseraede, est blessé et doit être évacué. La 3e compagnie avance également lentement, malgré le bon exemple du major Feyerick, qui se bat le fusil à la main. La 1ère Compagnie, par contre, parvient à avancer régulièrement tout en nettoyant les maisons sur la route de Ronsele, mais son commandant, le capitaine-commandant Baeten, est blessé.<br /> Les mitrailleuses allemandes se concentrent sur le véhicule à chenilles T13, qui est transpercé à plusieurs reprises par des balles antichars et ses trois membres d'équipage sont touchés. Le conducteur blessé recule alors pour aider ses camarades à rejoindre le poste de secours. Comme le véhicule à chenilles ne revient pas assez vite, le lieutenant Osselaer de l'escadron cycliste va le chercher et prend sa place derrière le volant. Une fois qu'il atteint à nouveau la ligne de tir, il détruit six mitrailleuses ennemies. Aussitôt, une centaine d'Allemands lèvent les mains et se rendent, à la grande surprise des soldats belges qui pensaient n'en avoir qu'une quarantaine en face. Ensuite, les prisonniers sont fouillés pour voir s’ils n’ont plus d’armes. Tout se passe lentement jusqu'à ce que soudain surgisse de la foule un officier allemand qui ne supporte plus la négligence des Belges. Deux ou trois ordres sévères suffisent pour disposer les prisonniers en rangs bien nets afin que l'enquête puisse se dérouler de manière ordonnée et régulière. Dans l'après-midi, la position est reprise, malgré la résistance de l'artillerie allemande. Cinq officiers et deux cents soldats du 309e régiment d'infanterie allemand furent capturés. Grâce à la 22e ligne, la situation fut rétablie, mais cela coûta la vie à une trentaine de soldats belges, dont le major Feyerick et trois autres officiers.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/feyerick_freeblegians_juin_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Le major chevalier Robert Leon Feyerick, qui dirigeait l'attaque, fut grièvement blessé lors de la contre-attaque du 25 mai, il mourut de ses blessures le 18 juin 1940.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/juin2025_pieters.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Dans la nuit du 24 au 25 mai 1940, le 1er sergent Pieters et ses soldats montaient la garde dans les fossés de la Leysebootstraat, à la limite de Ronsele - Oostwinkel. A 4h30 du matin, la contre-attaque débute et le 1er bataillon du 22e de ligne , déployé sur une seule ligne, avance vers le canal de Schipdonk. A ce signal, les mitrailleuses de gauche et de droite devaient entrer en action. Les soldats hésitants furent encouragés par Pieters et il tira lui-même une mitrailleuse en position et donna l'exemple par son intrépidité. Pistolet à la main, il avança avec ses hommes et chargea l'ennemi. Il est tombé dans un champ de maïs sous les tirs meurtriers des balles ennemies. Il devait être environ 5 heures du matin.<br /> Il a été enterré par ses camarades près du lieu de ces combats acharnés. Seulement un mois plus tard, le 15 juin 1940, il est transféré au cimetière municipal où il repose toujours dans le cimetière d'honneur.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/t_13_freebelgians_juin_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Un T13. Ce modèle a été utilisé lors de la contre-attaque à Ronsele.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Source : Extrait d’une page web :<br /> <a href="https://meetjesland1940.be/25-mei-1940.html">https://meetjesland1940.be/25-mei-1940.html</a></p> Fri, 30 May 2025 11:53:56 +0200 La Capitulation du 28 mai 1940. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-260+la-capitulation-du-28-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-260+la-capitulation-du-28-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/capitulation_002freebelgians_mai_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Le 28 mai 1940, à 9 h.35, l’auto des plénipotentiaires belges arrive sur le terre-plein du château</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/capitulation_003freebelgians_mai_2025.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> A 9 h.37, le général Derousseaux et le commandant Liagre sont reçus sur le perron du château par le général-major Paulus</p><br /> <br /> Voici quelques documents photographiques et quelques détails précis qui sans posséder le moindre caractère officiel, apportent une contribution intéressante à l'historique de l'épisode du 28 mai 1940.<br /> Un livre, d'ailleurs tendancieux, publié pendant l'occupation allemande, a attribué au général Deffontaine, décédé en captivité, la triste mission de signer le protocole de capitulation de l'armée belge. L'auteur commettait une erreur, plutôt grave pour un écrivain, ayant quelque prétention au titre d'historien. En réalité, ce fut le général major Derousseaux que le Roi désigna comme mandataire et ce fut lui qui apposa sa signature au bas du protocole de reddition.<br /> D’autre part, nous sommes persuadés que la plupart de nos lecteurs n'apprendront pas sans surprise que la capitulation de l'armée belge ne fut point signée, comme on le croit généralement, à Saint-André lez-Bruges, où se trouvait notre G. Q. G., ou tout au moins quelque part en Flandre. La vérité est que l'acte de capitulation fut signé dans un petit village wallon, à Anvaing, localité agricole de quelque douze cents âmes, située un peu en retrait de la route Leuze-Renaix, dans l'arrondissement d'Ath. Là se trouve, entouré d'arbres, un joli château qui est la propriété de la comtesse de Lannoy, veuve de l’ancien grand maréchal de la Cour. Ses habitants avaient dû évacuer. Le général von Reichenau, prototype de l'officier prussien, portant monocle, en avait fait le Quartier-Général de la 6ème Armée qu'il commandait.<br /> Ce fut donc au Q. G. du général von Reichenau que le général-major Derousseaux, représentant le Roi, fut invité à se rendre, le matin du 28 mai ; au château d'Anvaing fut signé le protocole de capitulation.<br /> Voici comment se déroulèrent les événements<br /> Le 27 mai, dans le courant de l'après-midi, le chef de l'Etat-major belge ayant exposé au Roi la situation irrémédiablement perdue de notre armée, il fut décidé d’envoyer un parlementaire dans les lignes ennemies avec mission de s’enquérir des conditions auxquelles les Allemands accepteraient de suspendre le combat contre l’armée belge.<br /> A 5 heures du soir, le général-major Derousseaux, désigné pour cette mission, quittait le château de Saint-André lez-Bruges, où était installé notre G. Q. G.. et partait en direction des lignes allemandes. Sa voiture était conduite par le chauffeur Léon Vermeulen, du Corps de Transport ; à côté du conducteur se tenait le sous-officier Jacques Pelgrims, réserviste, portant le drapeau blanc. Dans une seconde voiture se trouvaient le commandant Liagre, officier de réserve, désigné comme interprète et un chauffeur.<br /> Les deux voitures partirent, croisant sur leur route, le lamentable convoi des réfugiés fuyant la bataille, et des débris d'unités belges. Elles atteignirent bientôt la zone des combats. Elles y furent d'ailleurs accueillies par une rafale de mitrailleuse, tirée par les Allemands. Des balles atteignirent l'auto du général, criblèrent de trous le pare-brise et la carrosserie et blessèrent à la main et au cou le porte-fanion Pelgrims. Il était environ 17 h. 30. La voiture du général fut immédiatement entourée de soldats allemands. Après avoir mitraillé nos parlementaires, ils les... mitraillèrent à nouveau de leurs appareils photographiques. Une brève altercation eut lieu entre le sous-officier Pelgrims qui, de sa main valide, arracha des mains d'un Allemand l'appareil avec lequel il s’apprêtait à photographier. Un officier donna alors aux hommes l'ordre de se retirer, et, un chauffeur allemand prit, au volant de la voiture belge, la place du chauffeur Vermeulen.<br /> On banda les yeux du général Derousseaux et du commandant Liagre. Des infirmiers pansèrent sommairement Pelgrims, qui remonta en voiture : mais le chauffeur Vermeulen reçut l'ordre de rester sur place. Il devait attendre là durant près de quatre heures, en première ligne seul Belge parmi les Allemands qui continuaient de progresser en combattant, le retour de son chef.<br /> Conduite - fort mal - par un Allemand qui, sans doute. n'avait jamais piloté une voiture américaine, la voiture du général Derousseaux fut dirigée d'abord vers Pithem : où, dans une grande maison blanche, était installé le Q. G. d'un régiment. Là, le sous-officier Pelgrims fut emmené dans une école où se trouvaient des prisonniers belges; il Y fut soigné par un médecin belge.<br /> Ayant été pansé il fut ramené au P. C. du régiment ; mais le général Derousseaux avait été emmené plus loin. A ce moment, le P. C. allemand subit un terrible bombardement de l' artillerie belge. Un colonel allemand s’approcha du sous-officier et lui donna l'ordre de s’abriter. Celui-ci exigea alors d'être reconduit auprès de son général. Dès que le bombardement s'apaisa, un chauffeur allemand, le prit dans sa voiture et le conduisit au Q. G. de la Division. En cours de route, le chauffeur se perdit, mais la voiture finit par atteindre le village d'Ingelmunster où, effectivement, se trouvait le général Derousseaux, en pourparlers.<br /> Ici se place un curieux incident, Lorsque le général Derousseaux eut terminé son entretien avec le général Gortafleisch, on ne trouva plus trace des deux autos belges... Elles avaient été enlevées !<br /> Les Allemands offrirent une autre voiture aux parlementaires belges. Mais si le général, ni son interprète, le commandant Liagre, ne sachant conduire et le sous-officier Pelgrims étant blessé à la main, une voiture allemande prit les Belges à son bord, et partit en direction des lignes. Au P. C. de la Division, on leur remit un grand drapeau blanc. Ainsi, les Allemands pénétrèrent jusqu'à l'intérieur des lignes belges où après avoir repris, en passant, le chauffeur Vermeulen, le général Derousseaux trouva une autre voiture pour regagner le G. Q. G., à Saint-André lez-Bruges. A 10 heures du soir, le général Derousseaux rapportait au Roi la réponse des Allemands : ils ne pouvaient accepter que la reddition inconditionnelle des forces belges.<br /> Apres avoir passé en revue les moyens qui demeuraient à l'armée belge d'échapper à ces dures conditions, l'Etat-major dut se résigner et, vers 23 heures, l'acceptation était notifiée à l’ennemi par radio. Le Roi proposait que la cessation du feu fut fixée au lendemain matin, quatre heures. Dans la nuit, les Allemands marquaient par radio, leur accord.<br /> Ainsi se terminait le premier acte de la capitulation.<br /> A l’aube du 28 mai, les hostilités cessaient. Dans certains secteurs, on vit des auto-blindées allemandes pénétrer dans les lignes belges transportant un clairon qui sonnait le « Cessez-le-feu ». L'ordre de cesser le feu fut d'ailleurs transmis à toutes les unités belges en campagne ; certaines d'entre elles ne furent pas immédiatement touchées, par cet ordre. D'autres, notamment les garnisons de certaines positions fortifiées, devaient poursuivre la lutte pendant plusieurs jours encore, jusqu'à épuisement de leurs réserves. Il restait à échanger les documents officiels de la capitulation.<br /> Il fut convenu que le mandataire du Roi, c'est-à-dire le général Derousseaux se rendrait le 28 au Q. G. du général von Reichenau, commandant la 6ème Armée allemande en Belgique. Le général partit à l'aube de Saint-André lez- Bruges, toujours accompagné du commandant Liagre, interprète. Lorsqu'il atteignit le point fixé de la ligne de feu où devaient l'attendre l'escorte allemande chargée de le conduire au Q. G. de von Reichenau, un drame venait de se produire : voyant approcher une auto allemande arborant le drapeau blanc, un lieutenant belge, qui n’avait pas été informé de l'arrivée de parlementaires ennemis et qui redoutait une ruse, avait fait ouvrir le feu d'une pièce de 4,7. Un Allemand avait été tué ; d'autres étaient blessés. Ce fut, pour les parlementaires belges, un moment délicat.<br /> La voiture du général Derousseaux fut néanmoins conduite, à bonne allure, vers le Tournaisis. Elle s'arrêta au château d'Anvaing. Le général belge fut reçu, sur le porche, par le chef d'état-major de Reichenau, le major-général Paulus, qui devait, par la suite être capturé à Stalingrad et devenir le chef du groupe de généraux anti-hitlériens qui ne cessèrent plus de prêcher le soulèvement contre le régime nazi.<br /> Les entretiens commencèrent aussitôt. Il était 9 heures 40.<br /> Du côté allemand, outre von Reichenau et Paulus, étaient présents le colonel von Bechtolsheim et le commandant von Luttitz, interprète.<br /> Au cours de cet entretien, le général Derousseaux défendit l'honneur de l’armée belge et obtint de l’ennemi une déclaration reconnaissant que nos troupes s'étaient battues avec vaillance. En témoignage de respect pour les chefs d'une armée dont ils devaient reconnaître, le courage, les Allemands déclarèrent au général Derousseaux qu'ils autorisaient nos officiers à conserver leur sabre. Le général répondit qu'il appréciait ce geste comme purement symbolique, car les officiers belges ne portaient plus le sabre. Il demanda surtout qu'en égard à leur courage, les prisonniers de guerre reçoivent un traitement spécial ; mais sur ce point les Allemands ne prirent aucun engagement.<br /> Enfin c'est au cours du même entretien que, le général Derousseaux s’était inquiété du sort qu'avaient réserver les Allemands au Roi, ceux-ci décidèrent d'assigner le Palais de Laeken en résidence au Roi prisonnier.<br /> En substance, le protocole de capitulation stipulait que : « L'Armée belge déposera immédiatement les armes sans conditions et se considèrera dès lors comme prisonnière de guerre. Un armistice a pris cours le matin du 28 mai, à la demande du commandement belge. Les opérations contre les troupes britanniques et françaises continuent. Le territoire belge sera immédiatement occupé ; tous les ports inclus. Aucun dommage nouveau ne sera apporté aux écluses ni aux fortifications de la côte. Dans un protocole additionnel, il était dit que les officiers belges conserveraient leurs armes, en témoignage de reddition honorable, et que le château de Laeken serait mis à la disposition du Roi pour y résider avec la Famille Royale, sa suite militaire et ses serviteurs. Le protocole réclamait encore la restitution de deux aviateurs allemands abattus en Belgique le 10 janvier 1940, celle de quelques pionniers allemands internés en Belgique pendant la mobilisation, et fixait une série de mesures exécutoires des condition d'armistice.<br /> A 10 h. 30, le document était signé par le général Paulus, pour l’armée allemande et par le général Derousseaux pour l’armée belge.<br /> Aussitôt, le général von Reichenau, épanoui, téléphonait la nouvelle à son Führer.<br /> Et l’un des plus sombres chapitres de notre histoire s’achevait ...<br /> <br /> Article extrait du ‘’Le Patriote Illustré’’ revue hebdomadaire n° 16 du 10 juin 1945<br /> Source : <br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/capitulation_mai40.php">https://www.maisondusouvenir.be/capitulation_mai40.php</a> Wed, 30 Apr 2025 11:16:57 +0200 Le lieutenant WILLY ROULLON https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-259+le-lieutenant-willy-roullon.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-259+le-lieutenant-willy-roullon.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/willy_roullon_freebelgians_avril_2025.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Willy ROULLON est né le 2 novembre 1914, à Mont-sur-Marchienne, d'un père traceur de métier et d'une mère couturière. Il fréquenta l'école communale de Forêt.<br /> Fils unique, il fit de brillantes études secondaires à l'Athénée Royal de Charleroi d'où il sortit en 1933 premier de la section scientifique, emportant le Prix d'Excellence avec la médaille de Vermeil, totalisant 2.094 points sur 2.460, soit plus de 85 % ; sur 11 branches, 9 prix (plus de 80 %) et 2 accessits (plus de 70 %).<br /> Durant ses études et comme il se destinait à l'Ecole Royale Militaire, il pratiqua le sport, à la section d'athlétisme du Sporting de Charleroi, avec la réussite et l'application qu'il mettait en toutes choses. Grand, bien découplé, intelligent, il était aussi prompt d'esprit que de corps. Ces qualités que complétait une volonté peu commune lui assuraient une supériorité naturelle.<br /> <br /> <strong>PREMIER DE PROMOTION</strong> <br /> <br /> En décembre 1933, à cause d'une déficience en géographie, il entra de justesse à l'Ecole Royale Militaire, étant classé 43e sur 45 admis. Cinq ans plus tard, il sortait premier de promotion dans la spécialité Génie. Il fut affecté au 4e Génie cantonné à Amay, près de Namur.<br /> <br /> <strong>CAMPAGNE DES 18 JOURS ET CAPTIVITÉ</strong><br /> <br /> Le 10 mai 1940, il était au canal Albert. Il fut fait prisonnier à Oostkamp, sur le canal Bruges – Gand. Nous nous rencontrâmes à Tibor, Oflag] III B situé près de Posen à la frontière de l'ancienne Pologne et surtout à l'Oflag Il A, Prenzlau, en Prusse. L'Oflag Il A était une caserne d'artillerie construite en 1936. Elle comprenait 4 grands blocs disposés deux à deux sur les grands côtés d'un rectangle parallèle à la rue distante d'une vingtaine de mètres. Ceci constituait le camp A. Gardée en permanence par une sentinelle, une double porte pratiquée dans une simple clôture en treillis donnait accès au camp B comprenant 5 garages oblongs d'une longueur de 20 à 30 mètres chacun, accotés dos à dos pour les numéros 4-5 et 6-7. Entre le garage 8 et le garage 7, comme entre les garages 6 et 5, une cour bétonnée était suffisamment large pour permettre, en occupation normale du camp par la troupe, de manœuvrer canons et camions qui étaient hébergés dans ces garages. Une large allée séparait le garage 4 qu'habitait Willy ROULLON, de l'enceinte extérieure du camp. Etant donné leur total inconfort, ces garages étaient occupés par les jeunes officiers.<br /> <br /> <strong>L'OBSESSION DE WILLY ROULLON</strong><br /> <br /> Bien connue de ses amis dont j'étais, l'obsession de Willy, dès les premiers jours de captivité, était de s'évader afin de continuer la lutte contre l'ennemi. Or, s'évader d'un Oflag relevait presque de l'utopie : le plus difficile paraissait bien de sortir du camp. Qu'on imagine une enceinte formée par deux « murs » de fils barbelés, hauts de 3 à 4 mètres et distants l'un de l'autre de deux mètres environ. Le « mur » intérieur s'incurvait à la partie supérieure et vers l'intérieur d'une trentaine de centimètres. Entre les deux « murs », sur deux mètres environ de hauteur, s'entassaient des enroulements massifs de fils barbelés. Tous les 20 mètres, les miradors[4] étaient occupés en permanence par des sentinelles armées de mitrailleuses montées sur pivots et disposant de puissants projecteurs. Un chemin de ronde courait le long de l'enceinte, côté extérieur et une sentinelle arpentait ce chemin entre deux miradors. Au-delà, un mur en béton ajouré dans sa partie supérieure ne constituait plus qu'un obstacle mineur. A retenir que, côté intérieur, un fil de garde placé à 50 cm du sol et à 4 mètres devant l'enceinte ne pouvait, sous aucun prétexte, être franchi, sous peine de déclencher une fusillade mortelle.<br /> <br /> <strong>LE TUNNEL</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans ces conditions, même l'approche de l'enceinte était impossible. C'est ainsi que germa l'idée de creuser un tunnel débouchant au-delà de l'enceinte. C'est ce projet qu'étudièrent notre ami Willy et son compagnon, le lieutenant DRAPIER. Tous deux parvinrent à s'introduire à la nuit tombée du mardi 4 novembre 1941 dans un garage inoccupé du camp B situé non loin du garage 4 et assez près de l'enceinte.<br /> Peu avant ses deux premières tentatives d'évasion qui remontent à juin et septembre 1941, Willy m'avait prié, en cas de réussite, de prévenir son épouse, qui était voisine de mes parents; elle ne devait pas s'inquiéter de ne plus recevoir de courrier. Willy ne m'avait cependant pas parlé de cette reconnaissance des lieux qu'il organisait ce soir-là.</p><br /> <br /> <strong>LE COUP DE FEU MORTEL</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">C'est vers 19 h 15 qu'éclata le coup de feu mortel... Ce n'est que le lendemain, mercredi 5 novembre, que nous connûmes la relation des faits, basée en partie sur les déclarations du lieutenant Drapier, en partie sur le rapport du commandant de camp allemand, et aussi sur les dires du médecin belge qui put examiner Willy. Nos deux héros entamaient à peine leur reconnaissance des lieux que la porte du garage s'ouvrit et qu'un ordre allemand leur intima de se rendre. Drapier obéit. Willy se cacha dans une fosse de visite, espérant passer inaperçu. Cette conduite lui était dictée par la crainte, comme récidiviste, d'être envoyé dans un camp de représailles d'où il serait plus difficile encore de s'évader. Certain que le prisonnier qui venait de se rendre n'était pas seul, le sous-officier envoya le caporal et les deux soldats qui l'accompagnaient fouiller le garage. Découvert, Willy dut bien se rendre. Le caporal prit la tête de la petite colonne qui devait se déplacer dans un étroit couloir serpentant entre le matériel entreposé. Suivaient le 1er soldat portant la lanterne tempête, puis Willy, enfin le 2e soldat, l'arme chargée tenue horizontale à la hanche, la baïonnette au canon pointée dans les reins de Willy. Lorsqu'ils furent en vue de la sortie, ce dernier tenta une ultime chance. Ecartant de la main droite la baïonnette, il jeta un coup de pied dans la lanterne tempête. Malgré la rapidité de ce réflexe, la balle tirée par le deuxième soldat l'atteignit dans le dos et toucha la pointe du cœur. La perte de connaissance fut immédiate et la mort survint dans les quelques minutes.</p><br /> <br /> <strong>L'APPEL SOMBRE DU 5 NOVEMBRE 1941</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'appel du matin du mercredi 5 novembre commença par un long moment de recueillement à la mémoire du héros qui venait de perdre la vie pour tenter de poursuivre la lutte contre l'ennemi de sa Patrie. Les Allemands observèrent aussi cet instant de recueillement. Nous étions tous au garde à vous.<br /> L'enterrement se fit au cimetière de Prenzlau le vendredi 7 novembre. Le convoi était conduit par un peloton d'honneur en grande tenue, composé de 33 soldats allemands commandés par un lieutenant. Une petite délégation de prisonniers dont j'étais put suivre le cercueil. Les Allemands avaient offert une grande couronne de fleurs. Nous avions, nous, pu en acheter 5 constituées de chrysanthèmes et de roses. La messe fut dite dans la chapelle du cimetière. Notre émotion atteignit son sommet lorsque le cercueil, un énorme sarcophage, fut descendu dans cette terre ennemie, pendant que les soldats allemands, tournant le dos autour de la tombe, tiraient en l'air une salve d'honneur.<br /> Le samedi 8 novembre à 9 heures, la messe de funérailles fut chantée dans la grande salle de gymnastique, bondée et dégorgeant largement son monde dans la cour. Le drapeau tricolore était tendu sur l'autel. A l'issue de l'office, l'harmonium joua 1a Brabançonne. Les Allemands présents se mirent aussi au garde à vous, respectant notre patriotisme autant que notre grande émotion.</p><br /> <br /> <strong>Extrait du discours de M. Simon DUBOIS,<br /> Président F.N.A.P.G.<br /> Source : <br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/willy_roullon.php">https://www.maisondusouvenir.be/willy_roullon.php</a><br /> </strong> Sat, 29 Mar 2025 15:44:18 +0100