Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost La Ligne Jean-Pierre et le maquis de Rièzes https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-193+la-ligne-jean-pierre-et-le-maquis-de-ri-zes.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-193+la-ligne-jean-pierre-et-le-maquis-de-ri-zes.php Cette fois-ci je vous livre ci-dessous un extrait du livre de Henri Bernard ‘’ Un maquis dans la ville’’<br /> <br /> Le jeune Jean-Baptiste LIEGEOIS, plus tard surnommé Jean-Pierre, était caporal milicien au 3° régiment de Chasseurs à pied durant la campagne de mai 1940. De petite taille et d'allure frêle, à 23 ans il n'en paraissait pas 18. Rien ne pouvait laisser supposer, par son physique, qu'il serait un jour le redoutable commandant du bataillon de Choc des MP (Milices Patriotiques) schaerbeekoises. <br /> Fait prisonnier à Oudenarde, il s'évade d'Aix-la-Chapelle dès juin 1940 et se réfugie près de Tourcoing où habite sa famille. Arrêté par les hommes de Doriot, envoyé une deuxième fois dans le Reich, à présent comme travailleur obligatoire, il s'évade de nouveau en octobre 1941 et arrive chez le Résistant français Louis Saint-Ghislain, à Wattrelos près de la frontière belge. <br /> Liégeois décide de prolonger son évasion et de rejoindre les Forces belges de Grande-Bretagne, Il franchit la ligne de démarcation dans l'Indre, à La Châtre, aidé par l'abbé Georges Joliet desservant cette paroisse. Il poursuit son voyage, arrive à Toulouse, travaillant le long du parcours chez des cultivateurs pour gagner sa subsistance. Il échoue dans son passage des Pyrénées, abandonné en pleine montagne par son guide. Sans ressources et peu aidé par les gens du Midi, il retourne chez Saint-Ghislain. Il estime à ce moment pouvoir rendre plus de services au pays occupé qu'en Grande-Bretagne. Il conçoit de monter une ligne d'évacuation, pour prisonniers de guerre, en se servant de Saint-Ghislain, de l'abbé Joliet et des autres patriotes qu'il a rencontrés sur son passage. Il revient en Belgique au printemps 1943 et, par son oncle Joseph Puissant, policier FI (Front de l’Indépendance), il fait la connaissance de Witdouck et de Hoste. Ainsi, à côté d'Eva réservée aux aviateurs, la ligne Jean-Pierre, qui va naître, évacuera les prisonniers de guerre évadés d'Allemagne. Liégeois retourne à Wattrelos, reprend contact avec Saint-Ghislain et le réseau français WO( ?). <br /> Saint-Ghislain a précisément déjà développé son activité dans le sens de l'aide aux évadés et se sert des endroits repérés par Liégeois lors de son périple en France. Les deux patriotes se mettent d'accord sur la réception des « colis » en provenance de Schaerbeek. A l'automne 1943, la ligne Jean-Pierre est établie. Les prisonniers de guerre, évadés de leur camp d'Allemagne et recueillis à Bruxelles, sont traités comme les aviateurs. La veille d'un envoi, Liégeois se rend à Wattrelos, prévient Saint-Ghislain et rentre aussitôt à Bruxelles. Le jour du départ, munis de faux papiers, les prisonniers sont conduits par Liégeois en gare du Nord à Bruxelles, sous la couverture du grand Louis, de Gaston Vollès et de Luc Hymans. Avec Jean-Pierre, les évadés prennent le train Bruxelles-Courtrai, puis Courtrai-Mouscron. De cette dernière ville, ils se rendent à pied à Mont-à-Leux, car il y a trop de contrôles sur le vicinal. La douane belge est franchie aisément — ses préposés étant des Résistants — et tout le monde se cache chez Georges Hovelaque, agent des douanes. La nuit venue, Hovelaque et Jean-Pierre, aidés par Cécile Verbrugghen-Lejeune, amènent les évadés chez cette dernière où ils sont hébergés pour le reste de la nuit. La maison des Hovelaque est séparée de celle de Madame Verbrugghen par un cours d'eau, large de 1 mètre 50, le « petit Ri » disent les gens de l'endroit, et qui forme la frontière. Le passage de celle-ci se fait clandestinement à distance du poste de douane français dont les hommes sont peu sûrs.<br /> Au matin, Saint-Ghislain, aidé par sa femme et ses enfants, vient chercher les évadés un à un chez Madame Verbrugghen, aux activités multiples, et les cache chez lui durant quelques jours jusqu'au moment de leur évacuation vers l’intérieur de la France. <br /> Saint-Ghislain leur a procuré une carte d’identité française fournie par W0, il conduit ses « colis » à la gare de Tourcoing avec des vivres suffisants pour leur permettre d’arrivé à destination. Le train est payé par Saint-Ghislain qui remet en plus 500 francs Français à chaque évadé. <br /> Ceux-ci sont envoyés chez l'abbé Joliet qui leur fait passer l’ancienne ligne de démarcation où abondent les postes de contrôles. Les rescapés sont dirigés sur Clermont-Ferrand. Là, grâce à des infiltrations de la Résistance au bureau de démobilisation, ils reçoivent une prime, un costume, des souliers, des timbres de ravitaillement. La plupart des évadés rejoindront les maquis. <br /> La ligne Jean-Pierre, ne fonctionnera, hélas, que trois mois. Elle sera interrompue par l’arrestation de Saint-Ghislain en janvier 1944. Néanmoins 21 Français, quatre Polonais et deux Néerlandais auront été évacués par cette ligne. Sun, 01 Dec 2019 09:53:25 +0100 Mémoires de Claude Cocriamont – Brigade Libération. https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-192+m-moires-de-claude-cocriamont-brigade-lib-ration.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-192+m-moires-de-claude-cocriamont-brigade-lib-ration.php <p style="text-align:center"><br /> <img src="https://www.freebelgians.be/upload/cocriamont_claude_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Claude COCRIAMONT n'a pas encore 17 ans lors de l'invasion allemande du 10 mai 1940.<br /> Aussi, va-t-il être parmi les premiers à rejoindre l'Angleterre et servir la Brigade.<br /> Durant toutes les campagnes, il sera le Chef de la 2ème Section du 5ème Peloton d'Assaut du Lieutenant THUMAS (3ème Unité Motorisée du Major NOWE).<br /> <strong>Voici ci-dessous ses mémoires 1940-1945</strong> <br /> Le 10 mai 1940, le jour de l’horreur, les Allemands ont envahi la Belgique, la guerre est déclarée.<br /> Suite à la demande de l’administration communale, il est recommandé aux jeunes de 16 à 35 ans de se rendre à Ypres en vue d’être expédiés dans le sud de la France (Toulouse), sans aucun commentaire.<br /> Comme j’allais avoir 17 ans le 20 mai, mes parents, après beaucoup de discussions m’ont demandé si je voulais partir. Ce fut une chose terrible à décider, mais pour ne pas partir en Allemagne comme travailleur obligatoire, j’ai décidé de partir.<br /> Le 13 mai 1940 à 18 heures, je m’embarquais dans un train à charbon à la gare de Charleroi. Des centaines de jeunes gens attendaient le départ pour Ypres.<br /> Ma mère qui m’avait apprêté mon sac à dos et mis une couverture rose sur le dessus du sac aurait été bien triste de la voir car une demi heure après être resté dans le wagon, ma couverture était devenue noire…<br /> Durant tout le trajet pour Ypres, nous avons été mitraillés plusieurs fois. Environ 10 heures après notre départ, nous sommes arrivés à destination. Sur la place de Ypres se trouvaient des centaines de jeunes qui attendaient des ordres …<br /> Après avoir attendu 3 heures, je me décidai avec 3 jeunes, de partir vers la frontière française. Après avoir fait des kilomètres à pied et en camion, nous sommes arrivés près d’une gare dont je ne me souviens pas du nom. Il y avait un train bondé. J’ai demandé où le train allait. Après avoir consulté le chef de gare, il m’a répondu que la destination était Bordeaux, sauf contre ordre.<br /> Nous avons roulé des heures et pour finir, nous sommes arrivés à Arras. Quelques minutes après notre arrivée, les avions allemands ont commencé à mitrailler et puis ils ont lâché des bombes. Voyant cela, je me suis sauvé à toute vitesse et quelques minutes après, le train était pulvérisé.<br /> J’avais perdu mon sac à dos contenant mes effets ainsi que mes papiers et carte d’identité.<br /> Nous avons attendu plusieurs heures et je me suis adressé à un garde pour savoir s’il n’y avait pas un train en partance pour le sud de la France. Le garde, très gentil, m’a répondu qu’un train se formait pour Bordeaux (sauf contre ordre…). Après avoir attendu plusieurs heures, le train partait. Nous avons roulé des heures et à notre grande surprise et celle de tous les voyageurs, le train a stoppé et nous avons vu des militaires anglais qui nous attendaient avec leurs camions. Nous avons été obligés de monter dans les camions et ils nous ont débarqués près d’un port, c’était Cherbourg.<br /> Après que tout le monde était monté sur le bateau, il se mit en route vers une destination inconnue. Nous sommes restés 6 heures pour faire la traversée. Nous avons débarqué et des cars nous attendaient pour nous conduire dans un stade. Je suis resté 11 jours dans ce stade et durant ce temps, des officiers nous demandaient des renseignements sur notre voyage. Comme je n’avais plus de papiers d’identité, j’étais suspect. J’ai du raconter tout mon voyage plusieurs fois. Après être resté 11 jours dans ce stade, les officiers anglais ont décidé de me mettre dans une maison civile comme réfugié. Je me suis retrouvé à Ruislip ( ??). Les habitants étaient très gentils et en plus, il y avait une jeune fille de 17 ans. J’ai été très gâté et je dois encore remercier ces braves gens.<br /> Après être resté 3 semaines chez eux, un malheur allait s’abattre sur moi. Un jour, dans le courant de la soirée, la Military-Police s’est présentée à cette maison et ils m’ont demandé de les suivre au bureau de police. Comme je ne connaissais pas l’anglais, ils ont du faire appel à un traducteur. Celui-ci m’a demandé pourquoi j’allais voir les avions atterrir et décoller. J’ai répondu que c’était pour passer mon temps. Je crois qu’ils m’ont pris pour un espion. L’inspecteur m’a dit que j’allais être transféré dans une autre ville (Kenton) et là, malheur, je suis tombé dans une pension de Polonais. Pour déjeuner, j’avais une demi banane et une tartine. Pour dîner, des rutabagas, des feuilles de choux et des morceaux de gras de mouton. Le soir, j’avais le restant de la banane et une tartine.<br /> Etant donné que je n’avais plus qu’un pantalon troué et des souliers troués, je me présentais dans une sorte de CPAS (Centre Publique d'Aide Sociale) pour recevoir de quoi m’habiller. Mais comme j’étais encore gamin, je ne savais rien obtenir, j’étais toujours renvoyé. J’oublie de dire qu’il m’était interdit de travailler car j’étais réfugié.<br /> Vu cela, je me suis présenté dans un chantier où l’on fabriquait des abris en béton. Après avoir expliqué au patron, comme je pouvais, que je crevais de faim, il m’a engagé en fraude pour terrasser. J’étais heureux de pouvoir gagner un peu d’argent, mais le patron m’avait prévenu qu’il ne pouvait pas me prendre car c’était interdit.<br /> Après une semaine de travail, je n’en pouvais plus, mes mains étaient en lambeaux et j’ai du abandonner.<br /> Quelques jours après, j’ai rencontré un gentil monsieur qui m’a dit que je pouvais peut-être travailler en fraude dans une fabrique de papier. Effectivement, ce monsieur a fait le nécessaire et je suis rentré pour travailler. Hélas, après 5 jours, j’ai été dénoncé et j’ai du quitter avec regrets.<br /> Dans les jours qui suivirent, j’ai eu l’occasion de rencontrer un militaire français qui m’a dit que l’armée française (De Gaulle) engageait des hommes âgés de 18 ans minimum. Je me suis décidé d’aller voir. J’avais peur car je n’avais que 17 ans et n’avais plus de carte d’identité. Je me suis rendu auprès de l’armée française et après une longue conversation avec le capitaine, il m’a dit qu’il était heureux de me recevoir dans son armée (je lui avais dit que j’avais eu 18 ans le 20 mai).<br /> Hélas, une semaine après mon engagement, j’ai été rappelé chez le capitaine qui m’a dit qu’il ne pouvait pas me garder car je n’avais que 17 ans, mais il m’a proposé de me rendre dans l’armée belge qui se formait à Tenby, à 250 km. Je n’ai jamais su comment il avait appris que je n’avais que 17 ans.<br /> Comme je ne savais pas parler l’anglais, ce capitaine a décidé qu’il me ferait accompagner par un de ses soldats pour me rendre à Tenby.<br /> Comme convenu, 2 jours plus tard, je remettais mes habits militaires et nous partons à Tenby.<br /> Arrivé à destination le soir, nous avons cherché dans toute la ville où se trouvaient les volontaires belges et ce fut après de longues heures que nous avons trouvé une grosse maison occupée par des soldats belges. Ils dormaient sur de la paille et c’est là que débuta mon engagement. Il y avait environ 150 à 200 soldats et j’ai reçu le matricule 0678.<br /> De jours en jours, l’armée belge s’est formée pour atteindre 2500 hommes. Nous étions commandés par le Major CUMONT et ensuite par le Colonel PIRON.<br /> J’ai été engagé en septembre 1940 dans l’infanterie et ensuite dans le peloton d’assaut. J’ai été nommé sergent au 5ème Peloton, 3ème Compagnie. Je commandais une section de 10 légionnaires qui avaient la réputation de grands guerriers.<br /> Voici les villes où j’ai été cantonné : TENBY – PENNALY – HAVENFORWEST – CARMARTHEN – LOWESTOF – CAMBRIDGE.<br /> Débarquement le 8 août 1944 à COURSEUILLES (ARROMANCHES)<br /> « Délivré » SALLENELLES – MERVILLE – CABOURG – HOULGATE – VILLERS SUR MER – BLONVILLE - RANVILLE – DEAUVILLE – TROUVILLE – HONFLEUR.<br /> Après avoir délivré ces villes, un ordre nous est donné, il faut partir pour la libération de Bruxelles.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/cocriamont_freebelgians2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:justify"><br /> Nous avons traversé la France et sommes arrivés à la frontière belge à Rongy.<br /> Après la libération de Bruxelles, le Général PIRON nous a donné 3 jours de congé pour rendre visite à nos parents.<br /> Dès le retour à la Brigade, nous sommes repartis au front vers BOURG-LEOPOLD, MAASEIK, THORN et le Canal de WESSEM en Hollande.<br /> Je n’ai pas pu me rendre en Allemagne car j’ai été blessé à KINROOY et transporté à l’hôpital Saint-Jean à Bruxelles.<br /> En fonction de mes blessures, je ne pouvais plus combattre et j’ai été transféré à JODOIGNE comme sergent instructeur aux futurs sous lieutenants.<br /> J’ai été démobilisé en septembre 1945.<br /> Quand j’étais en Angleterre, j’ai fait la connaissance de 2 frères (Rouilly) dont le papa travaillait à l’Ambassade à Londres. Ils m’ont fait d’énormes plaisirs. Je retournais en congé chez eux.<br /> Ma mère a reçu l’annonce de mon décès 11 mois après mon départ de Belgique. Il est probable que l’on a retrouvé mes papiers qui avaient été perdus lors du bombardement de Arras…<br /> J’ai pu lui faire parvenir un télégramme par la Croix Rouge quand j’étais en Angleterre (vers 1943).</p><br /> <br /> <strong>Sources Internet</strong> : <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm</a><br /> <strong>Sources iconographiques</strong> : <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm</a> Thu, 31 Oct 2019 16:22:01 +0100 Arnould van de Walle et le groupe de Lichtervelde https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-191+arnould-van-de-walle-et-le-groupe-de-lichtervelde.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-191+arnould-van-de-walle-et-le-groupe-de-lichtervelde.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/arnould_van_de_walle_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Arnould van de Walle</strong> est né à Bruges en 1898. Il a tout juste 17 ans lorsqu'il reçoit enfin, après des mois de supplications, l'autorisation parentale et légale de s'engager dans la Cavalerie. La guerre terminée, il poursuit sa carrière militaire. Capitaine-commandant grièvement blessé puis fait prisonnier lors de la campagne des Dix-huit Jours, il est libéré d'Allemagne le 18 février 1941. Deux mois plus tard, il s'installe avec sa femme et leurs cinq enfants dans une villa appartenant à ses parents à Torhout, en Flandre-Occidentale. En avril 1942, il reçoit chez lui quelques ‘’conspirateurs’’ ,tels qu'il les décrit à sa femme - parmi lesquels l'ingénieur Marcel Vanderhaeghen qui a fondé un groupe de résistance à Lichtervelde ( commune située au sud de Torhout ) quelques mois plus tôt. Les membres du groupe, qui ne se rattache à aucun mouvement reconnu, sont pour la plupart originaires de Lichtervelde (le bourgmestre de la commune en fait partie) et de Torhout. Leur activité principale consiste à rassembler des armes et à les répartir entre eux. Le ‘’groupe de Lichtervelde’’ est patiemment infiltré par un chapelain de Lasne (Brabant-Wallon) à la solde de l'ennemi. <br /> Les premières arrestations sont opérées le 25 juillet 1942 et une cinquantaine d'arrestations se succèdent en l'espace de deux mois. Arnould van de Walle est interpellé à son domicile le 24 août 1942. Il est déporté en Allemagne dans le plus grand secret en février 1943. Après un séjour à la prison de Bochum puis d'Esterwegen de plusieurs mois. <br /> Les membres du groupe sur lesquels planent l'accusation de possession d'armes, c.-à-d. Arnould van de Walle et seize de ses compagnons, sont condamnés à mort le 15 février 1944. Ils sont conduits à la prison de Wolfenbüttel où ils attendent leur exécution pendant de longues semaines. <br /> Le 12 juin, ils apprennent que leur recours en grâce est rejeté. Trois jours plus tard, le 15 juin, seize d'entre eux sont conduits au peloton d'exécution et décapités à la hache. Arnould van de Walle est fusillé le lendemain à la prison de Brunswick, un ‘’privilège’’ qui lui est réservé en tant qu'officier. Aucune nouvelle des hommes du groupe de Lichtervelde, déportés Nacht-und-Nebel, n'a filtré jusqu'en Belgique. Lors de la libération des prisonniers au printemps de 1945, les proches d'Arnould van de Walle vivent dans l'espoir de son prochain retour. Des rescapés de Wolfenbüttel rapportent que les hommes du groupe de Lichtervelde ont été exécutés mais aucun n'est en mesure de préciser si le commandant van de Walle figurait parmi les victimes. De surcroît, le registre des exécutions de la prison de Wolfenbüttel ne mentionne pas le nom d'Arnould van de Walle. Le fait, confirmé en juillet 1945 par un officier britannique, ravive chez Yolande van de Walle l'espoir de retrouver <br /> son mari. Elle n'apprend la triste vérité du sort d'Arnould qu'en septembre 1945 par une lettre de l'aumônier de la prison de Wolfenbüttell.<br /> </p><br /> <strong>Article extrait de l’ouvrage de M.P. d’Udekem d’Acoz : Pour le Roi et la Patrie.</strong> Tue, 01 Oct 2019 20:05:10 +0200 Capitaine aviateur André Glorie https://www.freebelgians.be/articles/articles-2-190+capitaine-aviateur-andr-glorie.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-2-190+capitaine-aviateur-andr-glorie.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/aglorie.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Capitaine-aviateur GLORIE André naquit le 8 septembre 1908. Il s’engagea en 1928 comme volontaire de carrière à l’Aéronautique Militaire.<br /> Il fut incorporé dans le cadre du personnel navigant comme soldat élève-pilote de la 55ème promotion. Peu après, il passa l’examen pour le grade de caporal et fut nommé le 30 octobre 1928. Le caporal André Glorie entra à l’Ecole de Pilotage de Wevelgem le 19 janvier l929 où il obtint le brevet élémentaire. <br /> André Glorie fut breveté pilote militaire le 15 juin 1930 et fut nommé sergent deux semaines plus tard.<br /> Il fut alors muté au 1er Régiment d’Aéronautique, Vème Groupe, 1ère Escadrille puis joignit le 3ème Régiment d’Aéronautique le 23 novembre l933. <br /> Le sergent Glorie fut nommé adjudant-aviateur le 31 décembre 1933.<br /> Il fit mutation pour le 1er Régiment d’Aéronautique, 1er Groupe, le 19 mars 1934. André Glorie fut promu sous-lieutenant la même année et lieutenant le 26 juin 1937. Enfin, il fut nommé au grade de capitaine-aviateur le 26 septembre 1939. Cette année-là, il lui fut décerné la Croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold Il avec sabres et fut fait Chevalier avec sabres dans l’Ordre d’Orange-Nassau.<br /> Le Capitaine-aviateur Glorie fut muté administrativement au Centre de la Réserve et de l’Instruction, le 11 mai 1940.</p><br /> <br /> <strong>Les destructions</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 9 mai 1940, une grande partie de l’Armée Belge était en position sur le canal Albert et sur la Meuse. Les forces étaient constituées par les III, IV, V et VII Corps, par le IIIème Corps de cavalerie et par la 2ème Division des Chasseurs Ardennais. Par la suite, ces troupes furent renforcées par de nouveaux détachements qui prirent position sur le canal et à la frontière orientale de la province de Liège et des Ardennes. Il y avait également quatre divisions à l’arrière et une ceinture symbolique le long de la frontière française ainsi qu’à la côte.<br /> Aucun pays ne mit en place un programme de destruction d’ouvrages stratégiques aussi important que la Belgique. Avant le début des hostilités, le pays avait pris les mesures nécessaires pour la destruction de 800 ouvrages importants. Ce nombre fut même doublé pendant la mobilisation en incorporant dans le programme, la destruction des voies de communication de grand intérêt.<br /> Un demi pour cent de ces destructions ne purent être effectuées pour diverses raisons et parmi elles, trois ouvrages importants:<br /> - le viaduc de Butchenbach, situé à 13 km de Malmédy, dont l’équipe de destruction fut anéantie par des éléments de la cinquième colonne;<br /> - et les ponts de Briegden, Veldwezelt et Vroenhoven, sur le canal Albert.<br /> Le pont de Veldwezelt, situé à 200 m de la frontière hollandaise, sur la route Maastricht-Hasselt, avait une longueur de 115 m et une largeur de 9 m. C’était un ouvrage métallique.<br /> Le pont de Vroenhoven sur la route Maastricht-Tongres, à 400 m de la frontière hollandaise, était construit en béton. Il avait une longueur de 117 m et une largeur de 9 m. Les deux ponts étaient minés et sévèrement gardés, même en temps de paix.<br /> Des mines étaient placées dans des chambres aménagées dans chaque pilier. Elles étaient reliées au bouton de mise à feu installé dans un fortin, à travers des puits souterrains. Le fortin en béton était à 20m de la route, du côté ouest du pont.<br /> L’attaque allemande du pont de Vroenhoven<br /> Au début de l’attaque, le sergent qui était responsable de la défense du pont, sorti du fortin accompagné de quelques soldats, pour faire feu sur les avions.<br /> Entre autres moyens utilisés pour l’attaque, des planeurs entrèrent en action ce qui était une nouveauté pour l’époque. Surpris par la brutalité et la soudaineté de l’assaut, le sergent et ses hommes se réfugièrent dans le fortin et le mécanisme de mise à feu des mines qui se trouvait à l’entrée du fortin, fut allumé.<br /> Dès que le sergent eut refermé la porte blindée, les allemands y placèrent une charge creuse qui, en explosant ouvrit une brèche dans la porte, tua le sergent et deux soldats. D’autres explosions suivirent qui allumèrent un incendie à l’intérieur du fortin et qui y firent exploser les munitions entreposées.<br /> Quelques soldats d’une unité proche qui se trouvaient près du fortin, surpris également par l’attaque, cherchèrent un abri. Une dizaine furent tués et il y eut plusieurs blessés.<br /> C’est le 18ème Régiment de Ligne qui assurait la défense générale du pont, qui reçut l’assaut principal des troupes ennemies amenées par planeurs ou larguées par parachute. Désorientés par l’attaque venant d’une direction imprécise et par l’utilisation de moyens encore inconnus, les défenseurs furent rapidement submergés non sans lourdes pertes. En même temps, des avions du type Stuka attaquèrent les positions arrières, empêchant ainsi l’intervention de renforts.<br /> La destruction du pont ne put être effectuée et il tomba intact aux mains de l’ennemi.</p><br /> <br /> <strong>La mission</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le III° groupe du 3ème Régiment d’Aéronautique replié à Aalter, entre Bruges et Gand, reçu l’ordre le 10 mai dans la soirée, de bombarder les ponts qui n’avaient pas été détruits. Un peloton de trois Fairey Battle fut affecté à chaque pont. Les avions furent immédiatement préparés et reçurent chacun une charge de huit bombes de 50 kg. Leur fusée fut réglée pour une explosion immédiate et leur largage était effectué au moyen d’un système électrique. Le personnel appartenait à la 5ème Escadrille.<br /> Etant donné l’heure tardive, la mission fut reportée au jour suivant. Une défense fut prévue et fut fournie par le 1° Groupe du 2ème Régiment d’Aéronautique replié à Beauvechain. Deux pelotons de trois Glosters furent affectés à cette mission. Ils décollèrent de Beauvechain le 11 mai entre 5h35 et 5h50 tandis que les Fairey Battle s’envolèrent d’Aalter entre 5h45 et 6h00.</p><br /> <br /> <strong>L’exécution</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">A l’aube du 11 mai, deux pelotons de Fairey Battle commandés par le Capitaine Glorie décollèrent de l’aérodrome d’Aalter. Ils avaient pour mission la destruction du pont de Vroenhoven afin d’arrêter l’avance rapide des forces allemandes. Les avions mirent le cap sur l’objectif, certains à basse altitude pour éviter le repérage par la Luftwaffe omniprésente. Au-dessus de Tongres, les avions furent pris sous le feu nourri d’une troupe allemande motorisée et encaissèrent déjà plusieurs coups. Les pilotes dévièrent vers le nord pour éviter la mitraillade et bientôt, approchèrent de leur objectif, le pont de Vroenhoven.<br /> Là, l’enfer les attendait! Une mer de feu s’abattit sur les Fairey Battle.<br /> Avec un grand mépris du danger, le capitaine Glonie se dirigea le premier sur l’objectif tandis que son équipier, le sous-lieutenant Van den Bosche s’activait à la visée. Hélas, les bombes ne se décrochèrent pas de l’avion. Le deuxième avion piloté par l’Adjudant Delvigne attaqua le pont à son tour et, cette fois encore, les bombes ne purent être larguées.<br /> Enfin, le troisième avion réussit le largage de ses bombes qui tombèrent dans le canal après avoir effleuré le parapet du pont. Elles ne causèrent aucun effet par suite de leur trop faible puissance explosive.<br /> Entre-temps, le Capitaine Glonie et l’Adjudant Delvigne avaient fait demi-tour. L’avion du Capitaine Glorie n’était plus qu’une épave criblée de balles et de l’huile bouillante éclaboussait le poste de pilotage. Néanmoins, avec la même détermination, le Capitaine Glorie attaqua le pont une seconde fois afin d’y larguer ses bombes. Peu avant, il avait donné ordre au Sous-Lieutenant Van den Bosche d’abandonner l’avion; il eut la vie sauve quoique sérieusement blessé.<br /> Le Capitaine Glorie s’abattit quelques instants plus tard près de Vlijtingen. L’Adjudant Delvigne et son equipier, le Sergent Maes, qui avaient suivi imperturbablement leur leader, subirent le même sort.<br /> Seul, le Fairey Battle de l’Adjudant Binon rentra à sa base.</p><br /> <br /> Sources :<br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/7">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/7</a> Fri, 30 Aug 2019 16:48:47 +0200 Marie-Louise HENIN, Résistante 40/45 https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-189+marie-louise-henin-r-sistante-40-45.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-189+marie-louise-henin-r-sistante-40-45.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/henin_photo1_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">On ne connait pas l’attitude que prit Marie-Louise à la mobilisation de 1939, mais elle dit que même à l’époque, elle n’avait pas de sentiments anti-allemands. Dans les réponses qu'elle fera lors des interrogatoires qui ont suivi sa capture par la Gestapo, Marie-Louise déclarera que, avant la guerre, elle considérait d'un œil plutôt bienveillant l'Allemagne et son renouveau. Elle dit que c'est à l'aube du 10 mai 1940, dès les premières nouvelles de l'invasion de son pays par les Forces Allemandes, qui violaient sa neutralité pour la seconde fois en 25 ans, que son opinion vis à vis de l'envahisseur bascula. Dès l’annonce de l’arrivée en gare du Nord (Bruxelles) des premiers réfugiés venant de l’est de la Belgique, elle se munit de nourriture et d’objets de première nécessité, et va elle-même les distribuer aux plus nécessiteux. Elle en ramènera même chez elle, le temps de les ravitailler et de les réconforter !<br /> On sait que les Armées Françaises et Anglaises lancées dans le "Plan Dyle", sont venues, dès que le Roi Léopold III eut fait appel aux garants de la neutralité, pour aider les troupes belges à tenter de contenir l’invasion. Devant l’écrasante supériorité tactique de l’ennemi, les alliés durent battre en retraite, et inévitablement, des soldats égarés derrière les lignes allemandes allaient être capturés. Marie-Louise les aide donc dans un premier temps à éviter d'être faits prisonniers, et ensuite, à rejoindre leurs Forces. <br /> Ensuite, elle participera à la manifestation interdite de la Fête Nationale du 21 juillet, en allant déposer un bouquet de fleurs sur la Tombe du Soldat Inconnu. <br /> A l’automne, elle rencontre Abel Noël et Robert Logelain, qui avaient, depuis le mois d’août, relancé la rédaction, l’impression et la distribution de ‘’La Libre Belgique’’. Elle se met à leur disposition, elle et ses biens, leur trouve un imprimeur et participe à l’expansion de ce journal clandestin en Belgique. Elle contribue aussi au financement et à la diffusion d’autres journaux.<br /> De plus, comme les britanniques, en réponse au Blitz sur Londres, commencent à lancer des raids de nuit sur les villes allemandes, des avions de la RAF tombent victimes de leurs défenses aériennes. Marie-Louise participe au recueil des aviateurs et à leur évasion des territoires occupés pour rejoindre leurs unités en Grande-Bretagne. Pour ne rien laisser au hasard, elle monte un réseau d’amis qui recueillent des informations sur les installations aériennes allemandes entre Bruxelles et la côte Belge. Tous ces renseignements aboutissent chez elle : sa boîte aux lettres, sous le nom de code de ‘’Colas’’, devient le relais d’acheminement de tous les documents de son réseau vers l’Angleterre, via entre autres, le ‘’Service Zéro’’.<br /> <br /> On lui attribue de biens mauvais tours aux occupants; jouant de sa connaissance de la langue allemande et des relations que sa profession lui a permis de se faire, elle achemine ses journaux clandestins au nez et à la barbe de l’occupant, en utilisant parfois son charroi militaire! Voir différentes anecdotes dans le livre de G.Lielens<br /> "Très vite elle fut en contact avec les mouvements de résistance.<br /> Elle leur transmit jour après jour les mille renseignements recueillis durant ses tournées en bicyclette ou reçus de ses amis. Les mois passaient : ce fut la période tragique du «Blitz» sur l'Angleterre. La B.B.C. apportait à Bruxelles l'écho sinistre des bombardements de Londres et de Coventry. <br /> Marie-Louise, sous Ie pseudo de Colas, parvint à donner au service Zéro, maints renseignements qui, transmis aux Anglais, leur furent de la plus grande utilité. Elle fut ainsi «un des agents les plus précieux de la première heure. »<br /> La résistance belge comportait alors un grand nombre de groupements n'ayant entre eux que peu ou pas de contacts. Marie-Louise Henin espérait réunir tous ces éléments en un groupe compact. Au début de 1941, elle était parvenue à en identifier un certain nombre et au mois d'avril elle pouvait croire qu’elle allait réaliser cette union. A ce moment, elle décida d'abandonner son métier de dentiste, trop absorbant, pour se livrer tout entière à ses activités secrètes. Le jour, elle courait les routes pour récolter des renseignements, le soir elle collaborait à la rédaction de la Libre Belgique. Mise en rapport avec les dirigeants de ce journal clandestin aux prises à ce moment avec des difficultés matérielles presque insurmontables, elle trouva un imprimeur; du papier, un chauffeur et un camion de la Gestapo pour faire le transport du papier et des imprimés.<br /> Alors commença pour elle, une vie débordante d'aventures. Le samedi et le dimanche, elle les passait à l'imprimerie. Là, avec toute la famille Lielens, elle travaillait, tantôt à diriger une plieuse, tantôt à compter les paquets de journaux à distribuer en gros. Le lundi matin, avant l'arrivée des ouvriers de l'imprimerie, elle arrivait avec le camion de la Gestapo et chargeait les journaux. Ce travail harassant s'égayait parfois d'un intermède. Tel lundi matin, Marie-Louise était installée à côté du chauffeur, là voiture longeait les boulevards extérieurs de Bruxelles. Tout à coup, un motocycliste allemand s'élance à leur poursuite. Le chauffeur accélère, mais la moto dépasse le camion et fait signe de s'arrêter. Marie-Louise va-t-elle trahir une émotion ? Non, sa réaction est immédiate. Elle fait stopper le camion et s'adresse à l'Allemand dans sa langue : « Que veux-tu ? » Un large sourire lui barrant le visage, le feldgendarme lui répond : « Nous vous suivions, tout à l'heure, la porte de votre camion s'est ouverte, un gros ballot est tombé. Mon camarade le garde, là-bas; moi, je suis venu vous prévenir. Faites machine arrière et venez reprendre le colis. » Le chauffeur, complice, suait à grosses gouttes; Marie-Louise, souriante lui donne l'ordre de retourner à l'endroit où repose le paquet de Libre Belgique fidèlement gardé par un soldat allemand. Aidés des deux gendarmes, ils replacent le paquet dans le camion. Puis, imperturbable, Marie-Louise se retourne et s'adressant aux deux Feldgrau : «Vos noms, mes amis ? Je les transmettrai à vos chefs pour qu'ils vous récompensent de votre zèle et de votre amabilité !» Un autre jour, tandis qu'elle surveille le chargement du camion, elle apprend du chauffeur, que von Falkenhausen, gouverneur allemand de Belgique et du Nord de la France, va offrir an grand dîner à une série de membres de l'Etat major allemand Aussitôt une idée germe : faire tenir un exemplaire de la Libre Belgique à chacun des convives. Les complicités sont facilement trouvées et le lendemain, chaque officier, en dépliant sa serviette y trouve un spécimen du journal clandestin. L'histoire ne nous dira jamais quelles furent les réactions du maître de maison et de ses hôtes...<br /> En avril 1941, elle fut mise en rapport avec les éditeurs du journal clandestin Le Belge. Eux aussi se trouvaient en difficultés; jusqu'à présent ils avaient reproduit leur journal au stencil, mais ils avaient l'ambition de le faire imprimer; or tous les imprimeurs n'étaient pas sûrs et beaucoup, qui étaient de bons belges, manquaient du papier nécessaire. Marie-Louise leur proposa un imprimeur, elle fit imprimer le journal à ses frais. Elle parvint aussi à mettre au point l'édition flamande de la Libre Belgique : «Vrij». Et lorsqu'elle sera arrêtée par les B……., ses dispositions auront été prises pour que ces derniers journaux puissent continuer à paraître pendant quelques semaines.<br /> Mais elle ne se bornait pas à mettre en rapport rédacteurs et imprimeurs de journaux clandestins et à payer de ses deniers l'impression de ces soutiens moraux. Elle se dévouait corps et âme aux malheureux qui travaillaient dans la résistance. Elle parvenait à obtenir des timbres de ravitaillement et en aidait telle famille pauvre dont le père était distributeur. Tel autre collaborateur, ayant femme et enfants et privé de l'emploi qui le faisait vivre, recevait régulièrement des dons en espèces versés par Marie-Louise elle-même. Pour cacher sa générosité, elle disait : «Cela vient de Londres.» Sainte et noble générosité qu'elle dissimulait, par simplicité, par une humilité de cœur qui ne lui permettait pas de se montrer ouvertement si grande. Mais ce n'était pas encore tout. Les Alliés ont besoin de renseignements, de beaucoup de renseignements, de renseignements de toute sorte que le service Zéro leur transmet. Marie-Louise met tous ses amis au travail : les uns devront aller vérifier un emplacement de munitions: tel autre ira repérer exactement la situation des réservoirs d'essence d'un champ d'aviation et sera chargé d'entrer en relation avec un employé de «l’Office des Propriétaires » qui pourra lui transmettre les plans de plusieurs usines assurées travaillant pour les Allemands. Mais elle-même sera la plus active. Sûre de sa parfaite connaissance de l'allemand, elle s'est fabriqué de faux papiers et circule librement le long de la côte qui était alors sévèrement interdite à tous les Belges. Elle y apprend la situation d'un bloc de défense, d'un nid de mitrailleuses, d’un centre de D.C.A. et de l'avancement du fameux mur de l'Atlantique. Dès son retour à Bruxelles, le service Zéro reçoit les renseignements recueillis et Londres peut avertir ses aviateurs des endroits à bombarder et de ceux qu'il faut survoler de très haut parce que dangereux." (G.Lielens "Marie-Louise HENIN")<br /> Arrestation :<br /> A l’aube du 4 novembre 1941, Marie-Louise est arrêtée par la Gestapo à son domicile. Elle est d’abord incarcérée à la prison de St Gilles où elle est durement interrogée pour ses différentes activités de résistance. A toutes les questions, elle essaie de répondre en égarant au maximum l’ennemi. Elle fait tout pour protéger ses amis, ces résistants de la première heure. La première phase de l’instruction est menée en Belgique ; elle reste incarcérée à St-Gilles.<br /> Elle avait déjà accompli bien du travail, la chance qui l'avait favorisée jusque là, allait l'abandonner. Les Allemands devaient, pour vaincre, supprimer cette Résistance qui tissait ses mailles à travers toute la Belgique. Beaucoup déjà, parmi les meilleurs avaient été arrêtés et moisissaient dans les prisons et les camps allemands. Le 4 novembre 1941, à 6 heures du matin, les Allemands vinrent arrêter Marie-Louise Henin. Pour être sûrs qu'elle ne pourrait s'échapper, ils mirent deux soldats dans la rue, la mitraillette à l'épaule; quatre autres sonnèrent chez le voisin, l’obligèrent à les laisser passer, franchirent le mur mitoyen du jardin, brisèrent une fenêtre à coups de crosse et la surprirent au lit, A l’officier qui fit manœuvrer l'espagnolette et sauta dans sa chambre elle lança : « Est-ce là votre culture ? Des soldats doivent-ils à cette heure indue pénétrer dans la chambre d'une femme seule, sans s'annoncer ? » Aussitôt la perquisition commença. Plusieurs milliers de Libre Belgique étaient entreposés chez elle, avec les clichés. Sur sa machine à écrire, une feuille dactylographiée : c'était l'énumération inachevée de toute une série les renseignements d'ordre militaire. A 11 heures, la porte, bardée de fer de la prison se referma derrière Marie-Louise Henin. Le concierge, un Belge, la regarda passer, entourée de trois policiers et lui fit un imperceptible signe de complicité et de bienvenue. Puis ce furent les longs couloirs, coupés de portes grillagées, enfin la porte de la cellule claqua derrière elle. Quelques instants après, la gardienne souleva le judas et l'observa. Marie-Louise ne manifestait aucune douleur, aucune peur, aucune colère; elle s'était assise sur sa paillasse et retirée dans cette contemplation de soi-même qui donne l'impression de liberté aux détenus. Elle avait maintenant devant elle, la totalité de sa vie. Allait-elle la retrouver plus tard, ou n'allait-elle plus la retrouver? La gardienne qui l'observait ne pouvait comprendre cette attitude : elle ne savait pas que c'est le climat intérieur qui fait la joie ou la tristesse pour les âmes bien nées et non les circonstances. Ses compagnes de captivité se souviennent l'avoir vue, le lendemain de son arrestation, grande et forte, le teint clair, les yeux brillants, attendant son tour de sortir de la cellule pour aller faire «la promenade» dans un triangle grillagé où elle était enfermée comme une lionne en cage.<br /> Quelques jours plus tard elle fut amenée à la Gestapo. L'officier qui l'interrogea fut frappé par tous les détails de son attitude : sa figure, son port de tête, son maintien et surtout l’expression étrange que ses lèvres donnaient à tout son visage. Il ne trahissait ni la rancune, ni la peur, ni l'insolence, ni la surprise, ni la colère mais l'obstination terrible d'une femme prête à tout sacrifier plutôt que de rien avouer. Alors les coups tombèrent; quand ce fut fini, elle s'inclina, gravement, comme si on venait de lui faire un insigne honneur. Mais ses compagnes qui attendaient son retour et la guettaient par le judas de leur cellule la virent rentrer couverte d'ecchymoses, la lèvre tuméfiée, la main écorchée, les dents cassées. (G.Lielens "Marie-Louise HENIN")<br /> Ensuite, les allemands préférant à l’époque juger les affaires d’espionnage et de haute trahison en Allemagne, Marie Louise est transférée le 24 juillet 1942 à Essen. Là, elle continue à appliquer ses principes, défend les intérêts de ses codétenues, demande à être reçue par le directeur de la prison, exige et obtient pour ses compagnes, l'amélioration de la nourriture, le privilège d'être traitées en prisonnières politiques et d'être séparées des prisonnières allemandes de droit commun.<br /> Avant de comparaître devant ses juges, Marie-Louise HENIN, à ce moment détenue dans la prison pour femmes de Essen, a signé en date du 22 février 1943 , pour prise de connaissance, le réquisitoire qui avait été rédigé par le Conseiller d'Etat Paul von Barnickel, pour comparution devant le "1. Senat Volksgerichtshof" devant le "Tribunal du Peuple", la justice politique nazie.... Il lui était également notifié que Me CLEMENTS, avocat à Cologne, avait été désigné comme défenseur.<br /> Que lui était-il donc reproché?<br /> En fait, si on lit l'Anklageschrift (réquisitoire/acte d'accusation) dans le texte, on s'aperçoit de l'étonnement que marque le conseiller devant le comportement de l'accusée.<br /> il ne comprend pas en effet que, suite au mariage de sa sœur aînée avec un soldat allemand en 1917, elle-même mariée en 1920 avec un dentiste allemand, et ayant de surcroît fait en 1937 un séjour à Munich pour étudier le fonctionnement du Parti National-Socialiste dans les locaux de la Maison Brune de cette ville, elle se soit ensuite lancée dans tant d'actions néfastes envers son pays adoptif! (lors de la perquisition menée au domicile de Marie-Louise, suite à son arrestation, la police a en effet trouvé un cahier, rédigé et annoté de sa main, où elle relate son séjour munichois et les leçons qu'elle en a tirées...)<br /> De plus, après avoir obtenu ses diplômes de dentiste (après des études et un examen passé à l'Université de Bruxelles pour valider devant le Jury Central une partie des études faites à l'étranger de façon à pouvoir pratiquer l'Art Dentaire en Belgique), elle avait été la dentiste attitrée de la communauté allemande de Bruxelles!<br /> Bien sûr, lors de ses interrogatoires, il avait bien compris que l'accusée n'avait jamais été adoptée par l'Allemagne: non seulement, elle expliqua que la vie en Allemagne avec son mari était devenue impossible, mais aussi que sa nouvelle patrie, venant de subir le "Diktaat" de Versailles, rejetait tout membre d'un des états alliés qui l'avaient acculée à l'Armistice d'abord, et enfin, à un Traité de Paix qui non seulement la ruinait, mais aussi l'humiliait profondément (en lui imposant de reconnaître sa culpabilité dans le déclenchement et le prolongement de la Guerre) !<br /> Il faut aussi noter que systématiquement, lors des interrogatoires, Marie-Louise HENIN "transformait" la vérité pour non seulement, égarer les enquêteurs, mais aussi pour provoquer un maximum d'ennuis à son ex-mari (celui-ci avait obtenu un divorce aux torts de son ex-épouse, mais lui avait également fait imposer une amende de 2000 Reich Marks!). Donc, doit-on être étonné qu'elle spécifie que son mari était un juif allemand? (de quoi le faire aimer par le régime d'alors...). Pourtant, sur l'acte de mariage de Götting, il est noté que la religion du mari (tout comme celle de son père) est Catholique.<br /> On note aussi que pour le juge instructeur, suite aux réponses fournies par Marie-Louise HENIN lors des interrogatoires subis dans ses diverses prisons, qu'elle avait déclaré avoir entamé ou poursuivi des études de dentiste à Buenos-Aires, où, pour subvenir à ses besoins, elle travaillait comme gouvernante (alors qu'elle ne resta en Argentine qu'un an, et qu'on ne trouve aucune trace de son inscription à l'Université de Rio Monte).<br /> On peut toutefois constaté que c’est le cas d'espionnage qui lui est reproché. A Bruxelles, elle avait mis sa maison à la disposition de la Résistance et de ses réseaux. Non seulement, elle servait de "boite aux lettres" pour des renseignements d'espionnage, mais aussi, elle y stockait des exemplaires de la Presse Clandestine restant à distribuer, ou des épreuves à corriger. Pour couronner le tout, elle y abrita des soldats alliés attendant d'être évacués par les filières d'évasion<br /> Le 6 octobre 1943, elle arrive au Läger de Brandenbourg, à 70 Km de Berlin. Elle y restera 3 mois et y recevra son mandat à comparaître devant le Volkgerichtshof (le "Tribunal du Peuple") le 6 décembre 1943. Cette date est cependant reportée au 6 janvier suivant, à cause des bombardements. De Brandenbourg, elle sera ensuite transférée à Berlin.<br /> Le 4 janvier 1944, elle est conduite à la prison de Berlin-Moabit par la Kriminal Polizei de Brandenbourg-Havel. L'ordre de transfert est signé pour réception par le Kriminalgericht NW Berlin 60. Le formulaire porte aussi la date de sortie de Moabit, le 6 janvier 1944 à 8 heures<br /> Lors des interrogatoires des accusés, Marie-Louise (qui rappelons-le, parlait très bien l'allemand), resta fidèle aux déclarations qu'elle avait faites lors de l'instruction; en bref, elle prenait tout sur elle, et fut plusieurs fois interrompue et insultée par le président, car elle répondait directement à ses juges, coupant la parole à ses camarades lorsqu'elle les voyait prêts de s'enfoncer en tombant dans les pièges de l'accusation. <br /> Quant à elle, lorsqu'on la menace d'une peine exemplaire pour la faire tenir plus tranquille, elle rétorque par bravade: "je sais que vous allez me condamner à mort, et ce faisant, messieurs, vous me ferez beaucoup d'honneur". Encore une fois, elle restait à la hauteur de ses déclarations, car sur son "Lebenslauf" (une sorte de Curriculum rempli en prison après la comparution, sans doute pour permettre à l'accusé de montrer quelque signe de regret?), à la question "si vous étiez libérée, qu'avez vous l'intention de faire?", elle répondit "me remettre à la disposition de ma patrie". C'était un peu provocateur, face à des juges qui distribuaient plus de peines de mort que de pain à la population.<br /> La séance dure 4 heures, et se termine par trois condamnations à mort, 3 peines de 8 ans de prison, et un acquittement. (Marie-Louise ne fut pas seule à être jugée)<br /> Noël ABEL et Roger DEGUELDRE furent exécutés à la Prison de Brandenbourg-Görden le 20 mars 1944.<br /> Marie-Louise HENIN sera exécutée 3 mois après, le 9 juin 1944.<br /> Robert LOGELAIN, Georges MARECHAL et Jules LATOUR seront incarcérés (mais libérés par la fin de la guerre) , tandis que le Docteur GOFFART sera acquitté, au bénéfice du doute.<br /> Source :<br /> <a href="https://genealogie.marche.be/kg/devmem/mlhen.htm">https://genealogie.marche.be/kg/devmem/mlhen.htm</a></p> Thu, 01 Aug 2019 10:16:48 +0200 Le lieutenant-colonel Adrien Van den Brandt.- Combattant 14-18 et 40-45 https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-188+le-lieutenant-colonel-adrien-van-den-brandt-combattant-14-18-et-40-45.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-188+le-lieutenant-colonel-adrien-van-den-brandt-combattant-14-18-et-40-45.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/van_den_brandt_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Né à Turnhout le 9 mai 1892, Adrien Van den Brandt est décédé à Mons le 24 septembre 1949 et plusieurs anciens du 10 Fus (Bataillon de Fusiliers Belges) assistèrent le 28 septembre aux funérailles de leur prestigieux Chef de corps. Trente ans avant eux, le 21 septembre 1914, il était volontaire !! <br /> La guerre était déclarée et, conscient de ses devoirs, il choisit de rejoindre l'armée belge plutôt que de poursuivre ses études à l'université de Louvain. Incorporé dans l'infanterie, caporal le 24 novembre 1914, sergent le 17 janvier 1915, il est nommé sous-lieutenant auxiliaire le 27 janvier 1918 et, exactement six mois plus tard, sous-lieutenant de réserve. Cet officier, patrouilleur au 2° bataillon du I° Chasseurs à Pied puis au 5° Chasseurs à Pied, a des états de services exemplaires. Il est fait Chevalier de l'Ordre de la Couronne avec attribution de la Croix de Guerre "pour le courage et la bravoure dont il a fait preuve au cours d'une expédition de nuit qui lui a permis d'occuper un poste ennemi". Et la citation dont il est l'objet précise encore : "Excellent officier sous tous les rapports, très brillante attitude au feu, s'est remarquablement comporté lors du raid du 4 juillet 1918. Grâce à l'intelligence des dispositions de détail prises, à l'audace et à l'entrain de l'exécution, termine sa mission sans subir de pertes et en ramenant 13 prisonniers. Officier de toute première valeur, se présentant toujours pour les missions les plus dangereuses, faisant preuve en toutes circonstances d'un dévouement et d'une bravoure remarquables. Vient de se distinguer à nouveau le 30 octobre 1918 à la tête d'une reconnaissance offensive vers le château de Ronsele, progressant sous les feux convergents de mitrailleuses et donnant à ses hommes le plus bel exemple de mépris du danger. Au front depuis 44 mois."<br /> A ce moment, le sous-lieutenant Van den Brandt est chef de peloton à la... 10°Cie du 3°bataillon du 5°régiment de Chasseurs à Pied. Après l'armistice du 11 novembre et l'occupation de la Ruhr, il rejoint la garnison de Mons, y fera d'ailleurs la connaissance de sa compagne qui lui donnera cinq enfants (deux fils et trois filles). Lieutenant de réserve le 21 septembre 1919, il est admis le 13 avril 1920 dans les cadres actifs, est nommé capitaine le 31 décembre 1929, capitaine-commandant le 26 mars 1935, commissionné « pour exercer l'emploi de major », le 26 mars 1940</p>. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/van_den_brandt_2.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Prise d’armes sur la Grand’ place de Mons</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">En mai de cette année-là, c'est à nouveau la guerre. Le major Van den Brandt commande le 2°bataillon du 1er Chasseurs à Pied. Sa conduite est à nouveau digne d'éloges et, après le conflit, le général allemand Schaumburg, commandant la 225.I.D. allemande tiendra à souligner l'échec subi par ses troupes devant celles du major Van den Brandt. Ce dernier recevra la Croix de guerre de 1940 pour "a fait preuve de bravoure et d'opiniâtreté dans l'accomplissement des missions prescrites. A été l'âme de la défense du saillant de Nevele attaqué par l'Est et le Sud, a organisé une défense pied à pied par l'occupation successive des éléments de l'agglomération et ne s'est replié que par ordre après un combat de 48 h au cours duquel il fit subir de lourdes pertes à l'ennemi". "Pour sa contre-attaque rapide et décidée, avoir repris et réoccupé la localité de Nevele privée de défenseurs par le repli d'une unité voisine", le 2° bataillon du 1° Chasseurs fut lui-même cité à l'ordre du jour pour "sa résistance opiniâtre et efficace... au cours des 25, 26 et 27 mai 1940... <br /> faisant subir des pertes sévères à l'assaillant et lui interdisant énergiquement l'enveloppement de la position". A la capitulation de l'armée le 28 mai 1940, le major Van den Brandt est fait prisonnier. Une maladie contractée dans les tranchées lors de la première guerre — il en mourra d'ailleurs en 1949 — s'aggrave pendant son internement à l'Oflag IIIB. Il est rapatrié le 18 février 1941. Ses ennuis commencent avec l'occupant qui l'enferme comme otage à la forteresse de Huy. <br /> Il recouvre la liberté, échappe de peu, en se cachant chez un voisin, à une nouvelle arrestation. Car depuis le 1er avril 1941 et bien qu'il reste souffrant le major Van den Brandt est dans la Résistance. Il sera le commandant en chef du secteur A de la Zone I de l'Armée Secrète. Il gagne le maquis dès le 17 mai 1943. Il sera ainsi ouvrier de ferme à Neufvilles (Soignies) et domestique chez les RRPP Rédemptoristes à Sirault, ce « camouflage » n'empêchant évidemment pas l'action, les déplacements, les réunions clandestines, les rapports à transmettre. Les combats de la Libération terminés, le major Van den Brandt se met à nouveau au service de l'armée. Dès le 7 décembre il est désigné comme commandant en second du 10 Fus dont il devient chef de corps effectif à partir du 27 février 1945. La campagne d'Allemagne à laquelle il participe avec son unité lui vaudra d'ajouter une seconde palme à sa croix de guerre de 1940 "pour le courage dont il a fait preuve à la tête du 10° bataillon de fusiliers, lors de la campagne d'Allemagne (Moniteur du 26 au 28 novembre 1947). Il recevra en outre la "Bronze Star Medal" pour sa participation aux opérations militaires, en qualité de commandant du 10° bataillon belge de fusiliers. "Conducteur d'hommes éclairé, dit la citation, le major Van den Brandt mena ses troupes à travers le Luxembourg et l'Allemagne pendant la contre-offensive de printemps de l'armée américaine. Ces troupes s'y distinguèrent, avec la 3° armée américaine par leur bravoure et leur endurance. Le courage du major Van den Brandt, sa compréhension du devoir et son exemple intrépide sont dignes de tous les éloges et rejaillissent à la fois sur lui-même et sur les forces alliées." Après la dissolution du 10 Fus, le major Van den Brandt est affecté, le 1er octobre 1945, à l'État-major de la 3° circonscription militaire à Liège. <br /> Promu lieutenant-colonel en 1946, il prend cette année-là sa retraite. Commandeur de la Couronne, détenteur de sept chevrons de front. Tel était le lieutenant-colonel Van den Brandt, un chef aimé.<br /> <br /> Les bataillons de fusiliers belges 1944-1945<br /> F = Francophone, V= néerlandophone, Bil = bilingue, <br /> Leur affectation est soit le 21st British Army Group = B, soit le 12th U.S. Army group = A avec, dans ce dernier cas, l’indication de l’armée américaine (par exemple A3 = 3rd U.S. Army)<br /> En premier lieu vous trouverez le lieu et la date de constitution, en dernier lieu il s’agit de la date de la dissolution du bataillon<br /> Ces bataillons constitueront la nouvelle armée belge.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/van_den_brandt_3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;">Sources bibliographique et iconographiques :</span><br /> ‘’Dans la foulée de Patton’’ par Pierre Erculisse et Roger Rosart paru aux Editions André Boland 1985. Sun, 30 Jun 2019 11:06:03 +0200 Franz Schmitz - Geai serviable https://www.freebelgians.be/articles/articles-5-187+franz-schmitz-geai-serviable.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-5-187+franz-schmitz-geai-serviable.php <strong>Les aventures de guerre du chef de troupe de la Vème Famenne</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Franz Schmitz, né à Bastogne le 14 octobre 1911, est l’aîné des 6 enfants de Joseph Schmitz (originaire de Bastogne) et de Marie Gilet (originaire de Saint-Hubert), parmi lesquels deux filles et quatre garçons. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Il a grandi à Marche où ses parents sont venus s’installer fin janvier 1914, quelques mois avant le déclenchement de la première guerre mondiale, venant de Beho, mais provenant de Bastogne.<br /> Franz a passé plusieurs années au juvénat ou collège du Sacré-Cœur de Tervuren.<br /> En 1929, à l’âge de 18 ans, il commence à travailler en tant que monteur électricien pour la firme ELINDO-Capelle Frères (rue Porte Haute, à Marche), sous les ordres de Monsieur Maurice Franchimont (août 1929 à fin mai 1932). Parallèlement, il suit assidûment les cours d’électricité donné à l’Institut Saint Remacle par Monsieur Jean Gribomont, ingénieur civil et directeur de la Compagnie Luxembourgeoise d’Electricité (CLE), dont le siège se trouvait avenue du Monument. <br /> Monsieur Gribomont le prendra en affection, veillera à sa formation avant de l’engager. Il effectuera l’essentiel de sa carrière professionnelle dans le cadre de la « Cie Luxembourgeoise » et d’ESMALUX <br /> Son dossier militaire indique qu’il était de la « Classe 1931 » (incorporé le 1er septembre 1931 en qualité de milicien), sursis ordonné … ; il n’a cependant effectué son service militaire qu’à partir de 1936, à Arlon, « astreint à accomplir 8 mois de service » (du 15 octobre 1936 au 15 juin 1937), sans explication à cette situation. il relève alors du groupe d’artillerie de Chasseurs Ardennais. Sa fiche de matricule mentionne sa taille : 1,60 m., la couleur de ses yeux : bleus-gris-ardoise ; et précise qu’il a les cheveux châtains, et porte une cicatrice de blessure au genou droit.<br /> Impliqué très tôt dans les activités sociales et culturelles de Marche (groupement de jeunesse, théâtre, …), il est co-fondateur de l’unité scoute de Marche (5ème Famenne) mise officiellement sur les fonts baptismaux en juin 1936, dont il sera le 1er chef de troupe; son totem scout : Geai serviable !<br /> Il est rappelé pour quelques jours au service militaire à partir du 26 septembre 1938.<br /> Mobilisation et « drôle de guerre » (du 3 septembre 1939 au 10 mai 1940)<br /> Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne sur ordre d’Hitler, sans déclaration de guerre préalable. Le lendemain, le Royaume-Uni et la France adressent un ultimatum à l’Allemagne, lui laissant une dernière chance de retirer ses troupes de Pologne. Le 3 septembre, le Royaume-Uni et son empire) à 11h, la France (et son empire) à 17h, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à 21h30, déclarent la guerre à l’Allemagne. C’est le début de la « drôle de guerre » qui se termine le 10 mai 1940 par l’invasion de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et de la France.<br /> Franz est mobilisé dès la fin du mois d’août (rentré de congé illimité le 26 août 1939) et rejoint sa compagnie de chars légers T.13 (Chasseurs ardennais).<br /> On peut imaginer l’esprit dans lequel se trouvent ces jeunes hommes, s’adonnant pleinement aux manœuvres et exercices pour tromper leur ennui et les incertitudes suscitées par la situation internationale. Les manœuvres effectuées avec les chars T.13 les ont notamment amenés à traverser la ville de Marche, suscitant l’enthousiasme de la population pour ses « chasseurs ardennais » et un sentiment de fierté pour leurs proches</p><br /> <br /> <strong>Campagne des 18 jours (10 au 28 mai 1940)</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mobilisé depuis un peu plus de 8 mois, Geai attend la suite des événements au sein de son unité, le 1er (régiment) Chasseur Ardennais, T.13 (compagnie de tanks légers), lorsque le 10 mai débute l’opération Fall Gelb ( offensive Allemande à l’ouest contre la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France, l’objectif étant l’invasion de la France. C’est le début de la guerre pour la Belgique ! <br /> Les 10 et 11 mai, les Chasseurs ardennais retardent les Allemands en Ardenne belge, aidé par la topographie tourmentée du massif ardennais et les routes étroites et sinueuses.<br /> La carte des « états de services » de Geai mentionne pour la période 10 au 28 mai 1940 : « Position Fortifiée de Namur » ou « PFN ».<br /> Chauffeur de T.13, Geai se trouvait à bord de son « canon automoteur, chasseur de char » en compagnie de trois autres soldats.<br /> Son unité fut affectée à la défense de l’aérodrome d’Evere et fut dirigée vers Woluwe-Saint-Etienne. Elle eut ensuite comme mission de protéger la retraite de l’armée belge. Elle fut citée trois fois à l’ordre du jour. Puis ce fut le repli dans les Flandres, derrière l’Escaut où ils se postèrent. Plusieurs fois en contacts avec l’ennemi, ils détruisirent cinq chars et des nids de mitrailleuse.<br /> Enfin, dans les environs de Roulers (Roeselare), ils se retrouvèrent encerclés par les Allemands. C’est alors qu’ils apprirent, le 28 mai, vers 6 heures du matin, la capitulation de l’armée belge.<br /> Le premier souci du chef de troupe Geai fut de saboter son char en faisant « sauter les fourchettes des deux manches à balles ». Ceci lui valut les remontrances de son sergent verviétois : « n’est-ce pas malheureux de saboter un si beau matériel ; les autorités belges nous ont donné l’ordre de le remettre tel qu’on nous l’avait donné » </p><br /> <br /> <strong>Prisonnier de guerre en Allemagne : captivité et évasions</strong><br /> <br /> <strong>Prisonnier, première tentative d’évasion à proximité de Bilzen</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La compagnie est rassemblée, les chauffeurs « tirés dehors » avec mission de conduire les éclopés à Vilvoorde. Geai fait partie des chauffeurs, avec quatre de ses camarades. Arrivés à Vilvoorde, ils sont joints à une colonne de prisonniers qui doit se rendre à Hasselt pour être démobilisée.<br /> Par route, à travers bois et campagnes, les prisonniers avancent en longue colonne <br /> Cette longue colonne, comprenant des milliers de prisonniers belges, couvre les 70 km séparant les deux villes en deux journées de marche.<br /> Mais Geai ne se résout pas à l’idée d’être ainsi acheminé vers l’Allemagne. <br /> « … D’autres prisonniers sont animés par une âme plus ardente. Ils ont confiance dans la force morale et physique qui peut venir à bout de tous les obstacles, ils sont enflammés par la passion de reprendre la lutte pour la patrie. Ceux-là sont obsédés par l’idée de l’évasion. Dès leurs premiers jours de captivité, toutes leurs pensées, tous leurs rêves, tous leurs actes sont tendus vers ce but … ».<br /> Car germe en effet le projet d’une première tentative d’évasion … <br /> <strong>Hasselt.</strong> Le soir à Hasselt, Geai, en compagnie d’un namurois, se faufile dans des maisons et se procurent des habits civils. Ils cherchent et trouvent 5 équipements complets car il ne faut pas oublier les camarades. On se les distribue et on les fourre dans les havresacs. Le lendemain, la colonne repart.<br /> <strong>Bilzen.</strong> A proximité de Bilzen, les cinq compagnons se détachent de la colonne et entrent dans un petit bois. Ils commencent à changer de vêtements, laissant leurs uniformes pour les vêtements civils récupérés la veille, mais soudain surgit une patrouille allemande. Arrêtés, ils sont considérés comme espions et ramenée en ville. On les adosse à l’hôtel de ville pour être fusillés. Survient un officier. On parlemente. On contrôle les papiers. Après un quart d’heure d’attente angoissée, on les charge en camion vers la Hollande.</p><br /> <br /> <strong>Vers l’Allemagne …</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils dépassent la colonne des prisonniers qu’ils avaient abandonnés et arrivent un peu plus tard à Maastricht. La ville est pleine de prisonniers belges. On y passe la nuit et le lendemain, par groupes de 5.000, on part vers Geilenkirchen (district Heinsberg, Rhénanie-du-Nord-Westphalie), à proximité de la frontière hollandaise, sur la rivière Würm, approximativement à 15 km au nord-est de Heerlen et à 20 km au nord d’Aachen).<br /> La nuit est passée en plein air.<br /> Le lendemain, embarquement dans des wagons à bestiaux à destination de Greifswald. Les prisonniers sont entassés à 60, dans un wagon sans aération, sans boire et sans manger. Ces journées furent les plus pénibles. Ce n’est qu’à Berlin qu’on put un peu se désaltérer. Beaucoup avaient des faiblesses.</p><br /> <br /> <strong>Greifswald, Stalag IIC.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le stalag II C était situé à Greifswald, Poméranie, sur la mer Baltique à l'Est de Rostock, entre Rostock et Stettin (ville polonaise depuis les « accords de Potsdam », en 1945).<br /> Le stalag II C est un immense camp où se trouvent confinés quelque 6.000 Belges dans des hangars vides, dormant à même le sol sur de la paille.<br /> Les estomacs sont vides. Le premier jour, on ne leur donne pas à manger parce qu’ils étaient censés avoir reçu de la nourriture pour un voyage de quatre jours. Le lendemain à midi seulement, est distribuée la première ration de soupe.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les quelques journées suivantes se passent à des formalités : photos, identité, empreintes digitales….<br /> C’est le moment de la photo ; le prisonnier vient s’asseoir sur le tabouret face à l’objectif ; à une ficelle passée derrière le cou, on lui pend sur la poitrine une pancarte avec un numéro de matricule, son numéro de prisonnier de guerre, en l’occurrence, pour Geai, le « 30912 ».</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz3.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Suit la visite médicale avec vaccination contre le Typhus).<br /> Et enfin les formalités d’identité, face à un officier allemand et son secrétaire : nom, prénom, qualité, régiment, bataillon, compagnie, matricule ; ces formalités administratives sont vite expédiées et l’autorité allemande ne souhaite pas en savoir plus sur une situation militaire dont elle semble avoir un contrôle total en ce qui concerne la Belgique.<br /> Les « feuillées », nom donné aux toilettes des troupes en campagne, ont été creusées à une trentaine de mètres des garages, à proximité de l’enceinte dont elles sont écartées de quelques enjambées. C’est une tranchée d’une dizaine de mètres de longueur sur 45 centimètres de large et 1,50 mètre de profondeur. En une file serrée, chaque prisonnier, un pied posé de chaque côté du sillon, coiffe la tranchée de son derrière déculotté, spectacle particulièrement dégradant aux yeux de chacun !<br /> Non content des brimades et des humiliations, il faut aussi subir les affres de la faim.<br /> A midi, les prisonniers reçoivent une ration de soupe, sorte de liquide juste un peu plus teinté que de l’eau, et dont le goût est indéfinissable ; c’est de la soupe aux orties (sans doute diététique mais peu nourrissant !). Le soir, on distribue à chacun un cinquième de pain dont la moitié devra servir au repas du lendemain matin.<br /> A la soirée, dès que l’obscurité est tombée, les phares placés sur les miradors s’allument et commencent leur ballet silencieux mais combien dangereux.<br /> Par intervalles plus ou moins réguliers, les disques lumineux, traînés par leur panache laiteux, balaient tous les abords de l’enceinte ainsi que les bâtiments abritant les prisonniers.<br /> Pour eux, une fois la nuit tombée, il n’est plus question de se rendre aux feuillées car la proximité du mur d’enceinte rend l’endroit dangereux. La peur que les gardiens des miradors interprètent le déplacement pour une tentative d’évasion les incite à se tenir cois. Dès lors, le matin, c’est l’effervescence, on se presse vers le lieu d’aisance !<br /> Dans la journée, les hommes désœuvrés tentent de récupérer, bavardent, supputent, font écho aux rumeurs quant à leur devenir … <br /> Il apparaît rapidement que leur séjour au camp de Greifswald n’est que temporaire, et les nouveaux arrivants apprennent qu’ils vont être répartis en Kommandos et affectés en divers lieux de la région …</p><br /> <br /> <strong>Ferme de Lüssow.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 13 juin 1940, Geai est expédié avec une soixantaine d’autres Belges dans une grande ferme de l’Etat. Il s’agit en réalité d’un grand domaine privé, d’environ un millier d’hectares, approvisionnant le Reich, situé à proximité de Lüssow, appartenant au comte Vicco von Voss-Wolfradt, châtelain exigeant et intraitable.<br /> Les habitants de Lüssow, village d’environ 400 habitants, étaient, la plupart, employés dans cette grosse ferme. Durant la guerre presque tous les hommes ayant été mobilisés, le travail des champs et les travaux d’élevage étaient assurés par des civils polonais et par des prisonniers de guerre russes, français et … belges.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Toute la cuisine pendant l’année qu’ils y restèrent consistait en pommes de terre et en orge. On versait simplement ces deux denrées dans un grand bidon à lessive qu’on cuisait ensuite en tournant avec un morceau de bois. C’est le menu classique pour engraisser les cochons, aussi nombre de prisonniers devinrent littéralement soufflés mais incapables d’efforts ou de travail soutenu.<br /> Ils étaient occupés aux travaux de la ferme de 6 heures du matin à 8 heures du soir.<br /> « Les gens du village sont convenables avec les prisonniers. Cependant les mœurs sont déplorables : une jeune fille de 14 ans s’offre pour 2 marks, les filles-mères sont nombreuses, ... ; ceci dénote l’absence ou le relâchement des principes moraux et religieux ».<br /> Les prisonniers logeaient au premier étage. Les fenêtres étaient protégées par de grosses barres de fer vissées au-dessus et en dessous. Six sentinelles gardent le camp, mais on a remarqué qu’elles s’absentaient ordinairement de 19h15 à 22h pour le souper. Aussi, une barre de fer est dévissée afin de permettre le passage d’un homme. Ceci permit plusieurs expéditions nocturnes à l’époque des fraises, des razzias dans le poulailler, … Les poules sont plumées, vidées, cuites à la graisse volée dans une casserole de même provenance en moins d’une heure, puis dévorées. La faute retombait évidemment sur les Allemands dont certains étaient voleurs.<br /> Le préposé aux cochons (porcher) de la ferme appartenait à cette catégorie. Nous apprîmes un jour qu’il avait été pris à voler trois petits cochons de lait et qu’il les avait revendus à son compte. L’occasion était belle, d’autant plus que les prisonniers étaient considérés comme des gens honnêtes. Une sortie nocturne nous permet donc de ramener un jeune cochon d’une trentaine de kilos. Il est immédiatement tué, dépecé et caché, puis mangé en plusieurs jours. « Nous en fîmes même de la tête pressée ! ».</p><br /> <br /> <strong>Seconde tentative d’évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Un kommando belge travaillant à Gluscow (Gützkow), ville située à quelques kilomètres de là, avait fait savoir qu’il y avait fréquemment en gare des wagons à bestiaux partant pour la Belgique et la France. Ils apprennent que des wagons de blé et de pommes de terre doivent partir à destination de la Belgique. Geai et un sous-officier de Namur décident de risquer leur chance. Les préparatifs commencent : vivres, eau, …<br /> S’aidant d’un lasso, ils descendent par la fenêtre, sans bruit et arrivent à sortir de la ferme. Il y a quinze kilomètres à faire mais le temps est beau et la nuit sombre. Ils sont à Gluscow (Gützkow), pour 4 heures du matin. Une charrette tirée par un cheval les dépasse ; ils n’y prennent pas garde, d’ailleurs il fait encore sombre.<br /> Ils entrent dans la gare et se dirigent vers les quais d’embarquement. Ils examinent les lettres de destination apposées aux wagons. Soudain, un bruit de pas, des faisceaux de lampes de poches. C’est le châtelain, propriétaire de la ferme, et le Wachmann (gardien) ! Sommations, bras en l’air ! Ils avaient été aperçus par le veilleur de nuit qui avait donné l’alerte.<br /> Le châtelain fut accommodant, contrairement à sa réputation : « qu’alliez-vous faire ? C’est regrettable. La prochaine fois, tâchez de mieux réussir. Nous allons retourner à la ferme ».<br /> Et le Wachmann lui aussi fut conciliant : « quand un prisonnier s’évade, nous sommes punis. Vous ne serez pas sanctionnés si vous restez discrets. Demain retournez travailler avec les autres ». <br /> « Le mois suivant, nous apprenons qu’il faut quitter Lüssow ; le groupe sera sectionné et les hommes iront travailler la journée dans de petites fermes ». Geai et trois de ses camarades sont désignés pour aller travailler à environ 40 km de là, à Lentschow.</p><br /> <br /> <strong>Ferme de Lentschow.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Lentschow se situe en bordure de l’axe routier reliant Anklam à Lassan.<br /> La vie à Lentschow est toute différente de ce qu’elle était à Lüssow. Il s’agit d’une petite ferme. Le fermier les nourrit bien et a de la considération pour sa main d’œuvre. Le travail est cependant très dur.<br /> Geai et ses compagnons logent dans une petite « caserne » au milieu du village avec une vingtaine de prisonniers belges travaillant dans d’autres fermes.<br /> La population est incroyante. Les gens donnent l’impression de vivre comme des bêtes avec cependant une moralité naturelle notamment en ce qui concerne la probité ; le mensonge et le vol sont sévèrement réprimés.<br /> Un exemple nous est donné. Un bruxellois interprète constate un jour qu’une boîte de pralines qu’il avait reçue de sa famille avait disparu. La fenêtre de la chambre était ouverte. On remarque la trace de deux pieds d’enfant sur un essuie-mains. Il appréhende un gosse qui se trouvait aux environs de la caserne et l’interpelle : « c’est toi qui as volé ma boîte de chocolats ». Effrayé, l’enfant répond qu’il n’est pas coupable, que c’est le fils du mayeur qui a commis le larcin. Et en effet, une enquête établit l’identité du coupable. Le mayeur (Bourgmestre,Maire) en est avisé. Aussitôt, il rassemble tous les gosses du village sur la place publique et administre à son fils une raclée exemplaire menaçant les autres enfants d’un châtiment similaire si la chose se reproduit.<br /> Chaque soir, les prières sont récitées en commun dans la caserne.<br /> Les mœurs sont aussi déplorables qu’à Lüssow. Des femmes font des propositions aux prisonniers. L’un ou l’autre se laisse entraîner mais la réaction ne se fait pas attendre chez les autres prisonniers. On leur fait sentir qu’on réprouve leur conduite ; on les tient à l’écart des petites faveurs et partages fraternels des colis et des rapines. Ils comprennent la leçon.<br /> Comme à Lüssow, une fenêtre a été « aménagée » pour permettre des expéditions nocturnes. Des réserves d’œufs, de farine, de lard et de graisse sont constituées et permettent de petits extras à l’occasion des fêtes.<br /> De temps en temps, on pêche un brochet et on se baigne dans les grands lacs de la région.<br /> Malgré tous ces palliatifs la captivité est pénible et l’appel du pays résonne dans l’âme de Geai !</p><br /> <br /> <strong>Troisième tentative d’évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ce projet est depuis longtemps étudié et préparé par Geai en compagnie d’un sous-officier de Namur. Ils se rendaient une fois par mois à Anklam, ville d’environ 12.000 habitants située à proximité de Lentschow, pour y porter le lait. C’est là qu’ils firent la connaissance d’un « communiste » qui devint pour eux un copain.<br /> Ils lui rendaient visite et celui-ci leur pariait contre Hitler et le régime. II leur procure des habits civils et leur change leur argent de camp en argent allemand. Renseignements sont pris sur les horaires de train et le voyage est soigneusement préparé. Deux Flamands d'Anklam leur avaient fourni les papiers de congé et des laissez-passer dont ils ne comptaient pas profiter.<br /> Le départ se fit la nuit d'un samedi. Ils devaient prendre le train à 5h20 du matin. Tout marcha à souhait et le voyage se fit sans incident jusqu'à Berlin.<br /> Promenade dans Berlin. Ils passent une demi-journée chez des travailleurs libres, sans leur dire évidemment leur situation. Ils obtiennent les renseignements complémentaires pour le restant du voyage.<br /> Ils embarquent 1'après-midi de lundi dans le grand express Berlin-Cologne à destination d'Erfurt. Vers le milieu du trajet, voici la Gestapo qui contrôle les papiers des voyageurs. Leurs papiers sont en règle : « Gut !».<br /> Erfurt ! A peine étaient-ils descendus du train, qu’on leur mit la main au collet. Ils sont conduits près des trois gestapistes : « Vous êtes des prisonniers évadés ». Un membre de la Gestapo était resté dans leur compartiment et les avaient surveillés. Leur argent est saisi et ils sont conduits tranquillement dans un hôtel.<br /> Ces hommes sont très convenables et leur payent à boire. Ensuite, ils les conduisent à la Feldgendarmerie ou ils sont questionnés sommairement et calmement à propos de leurs vêtements civils et de leur argent allemand : « Nous avons reçu nos vêtements par colis ; quant à 1'argent, il est le fruit des services rendus à la population ». On en reste là.<br /> Le lendemain, on les oblige à retourner leur veste et deux soldats les conduisent à Greifswald.<br /> A la Gestapo de Greifswald, la même question revient sur le tapis : « Où vous êtes-vous procuré vos vêtements et votre argent ? ». Mêmes réponses qu'auparavant, mais cette réponse n'est pas acceptée. Torse nu, on leur administre 50 coups de bâton.<br /> Après cela, on leur repose la même question qui entraîne la même réponse ...<br /> Au cachot ! Le soir, un infirmier allemand vient panser leurs blessures. Ils sont désignés pour le camp de concentration de Rawa-Ruska, en Ukraine à proximité de la frontière polonaise, lors du prochain convoi. Celui-ci ne tarde pas et arrive trois jours après. Mais le convoi est complet et 40 prisonniers sont laissés à Greifswald, dont nos deux évadés, …, qui éviteront ainsi d’être les hôtes forcés de ce camp de représailles de sinistre mémoire. <br /> C’est alors pour Geai et son compagnon quinze jours de « tôle » avec comme menu un quart de pain et une tasse d'eau par jour. Quinze jours terribles : la faim, la soif. Lorsqu'ils sortent du cachot, ils sont tout étourdis par la lumière et la faiblesse. Ils doivent s'appuyer au mur.<br /> Ils rentrent dans le camp, y restent huit jours pour se retaper et sont ravitaillés et soignés par les prisonniers belges.<br /> Après ces huit jours, Geai et son compagnon se séparent. Ce dernier retourne dans un Kommando de culture (ferme) et Geai reste en ville pour être employé, selon sa profession, chez un électricien.</p><br /> <br /> <strong>Greifswald</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les scouts marchois ne manquent pas de ressources et veillent à l’approvisionnement de leur chef de troupe ainsi que l’indique l’extrait suivant :<br /> « … la troupe fit une collecte et rassembla tout ce qu’il fallait pour envoyer un gros colis au pauvre Geai en Allemagne. On eut pour plusieurs colis à envoyer à intervalles plus ou moins rapprochés ». <br /> C'est 1'hiver 1942-1943. Un kommando d'une cinquantaine d'hommes, 40 Français et 8 Belges. Geai travaille en ville pendant la journée avec un autre Belge.<br /> Ils reviennent le soir au kommando. On s'est arrangé par petits groupes. Geai fait ménage avec trois Français. L'un d'eux travaille chez un boucher, 1'autre chez un marchand de vin et le troisième chez un légumier. Geai a trouvé ... un réchaud électrique, les autres trouvent des légumes, de la viande et du vin.<br /> Le garçon boucher s'est fait une ceinture à crochets où il pend régulièrement des biftecks pour les rapporter au kommando. Hélas ! Un jour, un trou dans son pantalon fait découvrir le pot aux roses par son patron. II part au camp de discipline ...<br /> Un autre jour, le garçon légumier annonce qu'un wagon de tomates a été déchargé chez son patron. Geai organise avec lui une expédition noc¬turne emportant des sacs. Tout se passe bien dans la cave. Mais en remontant, ils tombent nez à nez avec un Allemand. Ils sautent sur lui et lui donnent une tripotée d'importance, le laissant à terre étourdi, et s'enfuient avec les sacs de tomates. A leur rentrée au kommando, les tomates sont distribuées et avalées en un rien de temps. Le lendemain, visite au kommando d'un Allemand à la face tuméfiée et à 1'oeil poché. On enquête, on fouille, mais on ne découvre rien. II y a d'ailleurs bien d'autres kommandos dans les environs.<br /> Le Français du marchand de vin apporte aussi sa quote-part. La propriété où il travaille est entourée d'un grand mur. Régulièrement, des bouteilles de vin volent au-dessus du mur et sont recueillies le soir lorsqu'il retourne au kommando.<br /> Aussi le jour de Noël 1942 fut-il bien arrosé ! Geai avait eu la joie d'assister à la messe ce jour-là : c'était la quatrième messe depuis sa captivité.<br /> « Pour le réveillon, nous disposions de 24 bouteilles de vin pour accompagner un menu composé de frites, bifteck, gâteau moka, cacao et café américain. Nous avions acheté les gardes allemands en leur offrant quelques cigarettes ; ces derniers nous avaient alors laissés tranquilles, en paix, après 19h30 ».</p><br /> <br /> <strong>Le grand hike, 4ème évasion (15 au 23 mars 1943)</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Malgré l'atmosphère fraternelle et familiale qui régnait dans le kommando, 1'appel du pays retentissait toujours de plus en plus dans 1'âme du chef Geai. En janvier 1943, il élaborait soigneusement un plan d'évasion avec un de ses « associés » français, originaire de Toulouse, Louis Cassagne<br /> II y avait en ville un kommando belge qui s'occupait du chargement de wagons de marchandises à destination de différents pays ; parfois, des wagons partaient pour la Belgique. Ils s'étaient mis en rapport avec le chef du kommando qui devait les avertir dès qu'un wagon serait chargé et dirigé sur la Belgique ou la France.<br /> Tout était prêt : vivres, eau, boussole, couvertures, cartes, poivre ...<br /> Embarquement à Greifswald.<br /> Le 13 mars, on annonce qu'un wagon de blé va partir pour Louvain. Les Belges du Kommando chargent tous les vivres et les bagages dans le wagon et, le 15 mars, Geai et son camarade sont conduits discrètement au wagon qui était seul en dépôt. Ils sont embarqués et installés. Le wagon est scellé, conduit à Greifswald et pesé avec tout son chargement. C'était un wagon fermé au toit en forme de cintre, avec deux fenêtres se refermant complètement de 1'intérieur du wagon et pouvant livrer passage à un homme.<br /> Départ le lendemain à 9 heures, avec un train de marchandises. Etape sans escale jusqu'à Schwerin. Arrêt d'un jour. On entend dans le lointain les bombardements de la R.A.F. Le wagon est manipulé et rattaché à un autre train en partance pour 1'Ouest.</p><br /> <br /> <strong>Évadé mais à nouveau repris bien que plus d’une année plus tard, dans d’autres circonstances …</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les archives allemandes mentionnent officiellement l’évasion le 17 mars 1943, du Kommando 1210 (P.K.I.). L’évasion est confirmée par l’autorité allemande par son avis n°512 du Stalag II-C, du 10 septembre 1943, avec la mention « le 17.3.1943, évadé ».<br /> La P.K.I. (fiche personnelle allemande n°1) a été renvoyée à le Wast le 20 mars 1943, et sur cette dernière apparaît la mention manuscrite « repris - voir lettre du 22 août 1944 ». L’administration militaire allemande fonctionne à l’évidence bien.<br /> L’arrestation de Franz Schmitz, survenue à Maissin dans le cadre de ses activités de résistance a notamment été signalée dans un rapport journalier allemand du 14 août 1944 de l’Oberfeldkommandantur 589 (Liège) <em>Kommandostab Abt. IA IC : « Ausserdem in Maissin (15 km. sw St-Hubert) ein entwichener belg. Kriegefangener festgenommen …</em> Le nom du prisonnier n’est pas mentionné dans ce document, mais il s’agit à l’évidence de Franz Schmitz. <br /> Stop ! Alerte « avions ». Les sirènes mugissent au loin dans la vallée du Rhin. Leur bruit se rapproche peu à peu. Celles de Krefeld mugissent à leur tour. On entend les premiers avions. Que faire ? Le wagon est en plein milieu d'une des plus grandes gares de formation de 1'Allemagne. Magnifique objectif. Une seule chose à faire, risquer sa chance, rester dans le wagon et s'en remettre à la grâce de Dieu. Par bonheur, 1'objectif n'était pas la gare de Krefeld.<br /> Le lendemain, le convoi repart vers Aix-la-Chapelle, où il stationne encore une demi-journée dans la gare. Tout à côté, des voies sont en réparation, des Allemands et des prisonniers et déportés y travaillent. Certains viennent s'adosser et fumer contre le wagon de blé. « Un wagon pour la Belgique », dit un Allemand spirituel, « vous n'en profitez pas pour retourner en Belgique ?». Geai entend la conversation et voudrait crier : « Complet ! ».<br /> On repart. Nouvel arrêt. Frontière belge ! Comme le cœur battait alors !... On contrôle les scellés. Des Allemands escortés de chiens policiers longent et examinent les wagons. Mais du poivre (dont ils avaient emporté un kilo) avait été répandu tout le long du wagon... On attend des heures après une locomotive belge, puis on repart de nouveau. La soif était terrible. Depuis quatre jours avec seulement quatre litres d'eau pour deux ! Une des quatre gourdes s'était coincée et renversée dans les sacs de blé.<br /> Des gares, des villages belges ! C'est dimanche (sans doute le dimanche 21 mars 1943) ! On voit, par un petit trou ménagé pour observer, les gens aller à la messe. II est 7 heures du matin. Le train semble ne pas se diriger sur Liège, mais couper droit sur Louvain. Attention de ne pas aller jusque-là ! Ils suivent anxieusement sur la carte et examinent les abords de la voie.<br /> Fenêtre descellée, il faut sauter du train ...<br /> Le moment propice semble arrivé : le train traverse une petite sapinière. Les fenêtres sont descellées et ouvertes. Le Français jette son sac et saute sur le ballast. Geai le suit 150 mètres plus loin. Ils foncent directement dans les sapins par crainte du fourgon où devait se trouver un Allemand. Saut étudié d'avance et bien réussi, malgré le choc un peu dur sur les gros cailloux. Les deux compagnons se retrouvent.<br /> Tout s'est bien passé. Ils se trouvent, d'après les cartes, au nord de Liège, entre « Rodange » (plus vraisemblablement Roclenge-sur-Geer, en wallon Roclindje-so-Djer, en néerlandais Rukkelingen-aan-de-Jeker) et Glons (sections de la commune de Bassenge). Suivant un chemin de campagne, marqué de traces de charroi, ils arrivent à la grand-route Tongres-Liége. Ils se cachent dans un bois bordant la grand-route et attendent.<br /> <br /> … ils sautent du train entre Roclenge et Glons, puis rejoignent le grand route Tongres-Liège ; … on leur renseigne un château à un ou deux kilomètres de là …<br /> Le premier homme qui passe est... un Allemand en vélo ! On le laisse passer. Puis, c'est un homme de 40 à 50 ans, tout interloqué, et pour cause. Ils expliquent leur situation en peu de mots et demandent où ils peuvent se procurer des habits civils ? L'homme leur renseigne le château du « comte de Grunne » (?), situé à 1 ou 2 kilomètres de là. Ils gagnent le château par les campagnes.</p><br /> <br /> <strong>Accueil et aide du châtelain</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils arrivent au château. Sur le conseil que leur avait donné le paysan rencontré, ils frappent à la porte de service. La porte s'entrouvre et laisse apparaître la figure d'une vieille servante qui prend immédiatement des airs terrifiés et leur referme la porte au nez. C'est qu'ils avaient 1'air de véritables bandits : sales, non rasés depuis huit jours... Ils frappent à nouveau, elle revient. Rapidement, ils expliquent leur situation. La servante fond en larmes de pitié. Ils entrent et s'assoient en attendant le châtelain qu'on est allé prévenir.<br /> II arrive une demi-heure plus tard et, en homme prudent, les questionne longuement. II est alors tout à fait mis en confiance. On leur apporte à boire, car ils ont une soif terrible. Ils resteront toute la journée au château pour se reposer. L'accueil est des plus cordiaux. On les restaure et ils se reposent ; ils sont pressés de conter leurs aventures. On leur donne de 1'argent et des habits civils.<br /> Le lendemain, à 4 heures du matin, le châtelain lui-même les conduit en voiture à la gare des Guillemins à Liège d'où un train part pour Marche, à 7h15.</p><br /> <br /> <strong>Retour en Famenne : Marenne, le Fonds des Vaulx, Marche, …</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Joie de revoir des paysages de plus en plus connus. Marenne, en réalité Bourdon ! Dernière gare avant celle de Marche. Geai juge prudent de descendre là et de regagner Marche par les campagnes. Ils se dirigent vers le Fonds-des-Vaulx.<br /> Le Fonds-des-Vaulx, charmante vallée boisée et rocailleuse qui touche à Marche et où les scouts ont leur local : chalet au milieu d'une vaste propriété boisée. Face au local qui se trouve au sommet d'un des versants de la vallée, est situé un petit bois.<br /> Geai et son compagnon gagnent cet endroit idéal, pensant y attendre la tombée du jour. Mais voici qu'ils aperçoivent, travaillant à un coin de patrouille, 1'assistant scout Chevreuil (Henri Molehant). II est trop loin pour lui faire signe : vingt mètres et la vallée les séparent, d'autant plus que d'autres personnes travaillent également dans la propriété. Midi sonne quand il rentre pour dîner. Reviendra-t-il ?<br /> Il revient. Cette fois, Geai n'hésite plus. II connaît tous les sentiers et recoins de la vallée et il apparaît comme une vision irréelle aux yeux de Chevreuil abasourdi. Pat ! L'index sur les lèvres, car un peu plus loin un marchois bêche son jardin. La porte du chalet est ouverte et, le soir, c'est la rentrée à Marche.<br /> Les parents et un petit cercle de chefs (scouts) sont mis au courant.<br /> Le soir même de son retour, Geai se rend discrètement au n°6 de « la petite rue qui conduit au Thier des Corbeaux », à la maison Molehant, où résident deux « assistants » scouts, Daguet (Odon Molehant) et Chevreuil (son frère jumeau, Henri Molehant ). Depuis quelques mois déjà, cette maison est devenue le centre de résistance, peut-être le plus important de la ville de Marche.<br /> On imagine la joie des retrouvailles et l’animation des échanges …, les projets d’action.</p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique et iconographique:</strong><br /> <a href="https://genealogie.marche.be/kg/devmem/F-SCHMITZ.htm#_Toc488667219">https://genealogie.marche.be/kg/devmem/F-SCHMITZ.htm#_Toc488667219</a> Fri, 31 May 2019 20:12:44 +0200 Le carnet de campagne de Philippe Tettelin https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin02.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>- Le 10 mai 1940 vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Il était à peine deux heures. Je venais de me coucher quand le lieutenant entre en trombe dans le corps de garde de la caserne des chasseurs ardennais à Antheit et d’une voix sonore crie : « Alerte réelle ». C'est la guerre.<br /> Je me mets en tenue et cours à mon poste. Le calme s’est subitement transformé en un retentissement de cris et de pas pressés. C’est une froide nuit de printemps et je reste dans le fortin, proche de notre casernement, jusqu’au matin.<br /> Je retourne à la caserne vers 5 heures du matin, je mange en hâte... Je prends mon vélo et je retourne chez moi, rue des Potalles à Vinalmont.<br /> Sur le pas de leurs portes, des gens affolés gesticulent. J’arrive chez moi tout trempé de sueur. Ma femme Madeleine vient à ma rencontre en pleurant ; je la console de mon mieux.<br /> Elle m’apprête quelques friandises et de l’argent pendant que je me change. Je me rends sur la position et le soir arrive sans autre incident. La nuit, je dors sous une tente mais j’ai froid.</p><br /> <br /> <strong>- Le 11 mai 1940 samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Durant la journée quelques survols d’avions ennemis ; tirs de DCA et des mitrailleuses anti- aviation.<br /> En soirée, ma femme vient me rendre visite. Elle m’apporte de nouveau des friandises et des cigarettes ; elle s’en retourne, me promettant mieux pour le lendemain. Vers les 8 heures, la pièce est mise en batterie sur la route de Leumont. A 11 heures, mes camarades de la 10ème compagnie et moi quittons la place de Wanze à pied vers Moha et Bierwart. Durant ce trajet, une fusée éclairante nous surprend. Tout le monde se couche dans le fossé bordant la route. Nous continuons la marche.</p><br /> <br /> <strong>- Le 12 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons de grand jour à Cognelée (Namur) où nous nous reposons dans un verger. Peu de temps après arrivent des avions. Ils nous survolent... les bombes pleuvent autour de nous : là, j’ai peur pour la première fois... La nuit vient, je rencontre deux amis perdus eux aussi. Nous allons dormir un peu parmi les Français, puis nous nous remettons en route.<br /> Nous rencontrons la 9ème Cie. Nous sommes heureux de voir notre ancien ami de chambrée Charles et nous passons le reste de la nuit avec lui.</p><br /> <br /> <strong>- Le 13 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, nous rencontrons un TS (de l'escadrille du support technique) qui nous indique le chemin pour retrouver la Cie. Nous nous rendons sur les positions presque sans manger... Le soir nous nous mettons en route à destination du front.</p><br /> <br /> <strong>- Le 14 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons le matin à Marchovelette. Nous mettons en batterie dans le fond d’un bois, nous creusons des trous de fusiliers et des abris. Nous nous couchons près des pièces, enroulés sous nos bâches, mais personne ne dort.</p><br /> <br /> <strong>- Le 15 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans le courant de la matinée, nous sommes obligés de prendre la fuite car nous sommes menacés d’être encerclés... En marchant, nous passons dans les lignes marocaines qui nous crient de nous cacher.<br /> Les balles de Mi sifflent au-dessus des têtes : c’est déjà un char allemand qui est avancé. Puis nous arrivons près de Temploux, village très éprouvé ; une série de spectacles épouvantables se présentent à nos yeux. Sur une grande distance, le long de la route, nous voyons des trous de bombes tous les 10 mètres, des camions détruits, beaucoup de vaches tuées, les rails du tram tordus et, en passant dans le village, même vision d'apocalypse : un avion français abattu... dans un verger une trentaine de soldats tués et leurs vélos détruits, et aussi plusieurs immeubles en ruines. C’est les yeux pleins d’horreur que nous arrivons à Jemeppe.<br /> </p><br /> <strong>- Le 16 mai jeudi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous traversons la ville de Charleroi... Nous passons dans Nivelles dont le clocher est abattu ; les rues sont encombrées de débris des façades de beaucoup de maisons... Toute la nuit les canons tonnent et on entend le vrombissement des avions.</p><br /> <br /> <strong>- Le 17 mai vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">...nous cherchons un vélo ; mon camarade en trouve un&#8239;; ne restait pour moi qu’un vélo d’enfant&#8239;; j’attache mon masque à gaz sur le porte-bagages qui me sert de selle et nous nous mettons en route, suivant une colonne cycliste... Nous prenons la route de Gand et nous trouvons la Cie à Ravère(??) (peut-être Gavere) où nous logeons.</p><br /> <br /> <strong>- Le 18 mai samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Entre-temps, la cuisine a été bombardée et beaucoup d’hommes se sont perdus, notamment quelques camarades de chambrée. Les camions et les pièces se sont perdus aussi... Nous sommes arrivés à Petteghem. Mon copain Henry Brasseur et moi avons transformé la salle de bain d'une belle villa abandonnée en chambre à coucher.</p><br /> <br /> <strong>- Le 19 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">...A Deinze, nous assistons au départ des évacués. Triste spectacle&#8239;! Des gens paisibles doivent quitter leur foyer pour s’exiler dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Mon copain et moi nous lavons les pieds dans la Lys, rivière au cours lent.</p><br /> <br /> <strong>- Le 20 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Toujours au repos. Dans le courant de l’après-midi, nous nous sommes remis à neuf&#8239;: nouvelles chemises, chaussettes, veste, capote, guêtres et culotte. Journée très calme. Le soir nous sommes partis et sommes arrivés à Gottem.</p><br /> <br /> <strong>- Le 21 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous avons organisé les positions. N'ayant plus de pièces, la Cie a été transformée en « Cie fusiliers ». J’ai monté de garde jusqu'à minuit, puis je me suis couché. Le canon a tonné toute la journée et toute la nuit. Beaucoup d’avions ont survolé notre campement.</p><br /> <br /> <strong>- Le 22 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Très tôt, nous nous mettons en tenue pour partir ; nous attendons jusqu’au matin sur la route, puis il y a un contre-ordre. C’était un exercice, paraît-il. Des avions nous survolent constamment dans la matinée.<br /> Le carnet s'arrête là.<br /> Le soldat Tettelin Philippe, de la 10ème Compagnie des Chasseurs ardennais, a été tué d'un éclat d'obus le 26 mai 1940 à Gottem.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin01.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique via internet </strong>:<br /> <a href="https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin">https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin</a><br /> <strong>Source iconographique </strong>:<br /> <a href="http://6cha.be/Historique.html">http://6cha.be/Historique.html</a> Tue, 30 Apr 2019 20:08:55 +0200 L’exode d’André LEDENT de Houyet (Belgique) https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1940, alors que l'armée belge vient de rétablir les permissions de cinq jours pour les soldats mobilisés, Adolf HITLER donne le signal de l'invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg.<br /> Il est un proverbe qui dit :" Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage". En voici sa traduction trouvée dans un ouvrage allemand publié à l'Imprimerie Louis DESMET-VERTENEUIL, rue 't Kind, 60-62 à Bruxelles en 1940 (et écrit par Werner Pich): "Vu l'imminence d'une agression ennemie contre les territoires belge et néerlandais et le péril dont est menacé le bassin de la Ruhr, l'armée occidentale allemande , pendant les premières heures de la matinée du 10 mai, a procédé à l'attaque sur un très large front à travers la frontière occidentale de l'Allemagne" (La Fin des Illusions, Werner Pich, page 17). Ce texte est un court résumé de la note d'information rédigée par l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles et qui a été lue par celui-ci à notre Ministre des Affaires Etrangères, Paul-Henri SPAAK, le 10 mai 1940 à 08H30.<br /> Bien que né en 1895, mon père Auguste LEDENT est considéré comme mobilisable aux Chemins de Fer belges (Livret de mobilisation civile: 05 mars 1935, et modifications 02/1936, 10/05/1939, 12/08/1939). Il est rentré chez nous, ce 10 mai en nous expliquant qu'il était mobilisé à la SNCB et qu'il devait repartir immédiatement. Avec un groupe de ses collègues, il est dirigé dans un train spécial qui les conduit tous en exode dans la région de TOULOUSE (Il se retrouvera finalement à GORNIES, Hérault, Languedoc-Roussillon en France où il travaillera dans les vignes en attendant le retour en Belgique occupée durant le mois de septembre 1940).<br /> Le 11 mai, devant l'avancée très rapide des troupes allemandes en territoire belge et français, notre mère, Aline ARNOULD, prend peur; c’est qu'elle a deux filles encore bien jeunes : Emilie, 17 ans et Marie, ma sœur jumelle qui n'a que 15 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mes oncle et tante, Gustave PIERLOT et Marie ARNOULD, de ON, sont arrivés chez nous immédiatement après la déclaration de guerre…sans doute effrayés par le bombardement terrible qu'a subi la gare de Jemelle, dès l'aube du 10 mai (au journal radiodiffusé de 06H30,sur l'INR, on a annoncé la déclaration de guerre en même temps que l'attaque sur la gare de Jemelle).<br /> Tous ensemble, on décide donc de partir le plus loin possible car les adultes se souviennent avec horreur de la barbarie teutonne durant la première guerre. N'oublions pas que Dinant se trouve à 24 kilomètres de HOUYET et qu'on y a assassiné sauvagement 674 personnes, hommes, femmes enfants, le 23 août 1914 et mis la ville à sac.<br /> Il se peut même que cette éventualité ait déjà été envisagée entre mes parents et mes oncle et tante car ma mère, durant la guerre 14-18 a travaillé dans le restaurant de l'oncle Emile ROUARD (Le café-restaurant de la Poste, rue de la Station à HOUYET) que tenaient une de ses tantes, Emilie ROUARD et son mari Jean ENGELMAN, tailleur d'habits, de nationalité luxembourgeoise qui a aidé ma mère dans la connaissance de la langue allemande. Elle y a appris cette langue "sur le tas" car le restaurant avait été réquisitionné par les militaires des chemins de fer allemands. Avant la guerre, adorant la musique classique, elle écoute à chaque fois qu'elle le peut une station allemande: la radio de Langenberg qui diffuse pareille musique. Elle a donc bien compris ce qui se tramait de l'autre côté de la frontière et a sans doute déjà discuté avec notre père ainsi qu'avec ses sœur et beau-frère de ce qu'il y aurait à faire en cas d'invasion. Cela expliquerait vraisemblablement la soudaineté de sa décision: on part sans attendre!<br /> Depuis pas mal de temps déjà, il se raconte qu'en cas d'invasion, on ne sera en sécurité qu'au nord de la Meuse, lieu stratégique principal pour les armées alliées. Il faut donc se rendre à Dinant. Il n'y a plus de trains entre Dinant et Bertrix . On contacte alors le boucher, Joseph MONTJOIE, installé à HOUYET à l'emplacement actuel du gîte "Au beau séjour". On l'appelait "le Blanc Boucher". Il accepte d'emmener tout le monde à Dinant dans sa camionnette, même mon chien Bobby qui me suit partout (jusqu'à l'école où l'instituteur fulmine et m'ordonne de le faire sortir) et que je n'ai pas pu me résoudre à abandonner là.<br /> Nous voilà embarqués dans le train vers NAMUR: il y a donc Oncle Gustave et Tante Marie, ma mère Aline ARNOULD, mes deux sœurs Emilie et Marie, moi-même, André LEDENT et notre chien Bobby. Arrivés à NAMUR, on entend des tirs : canons des forts ou bombardements ennemis? Les deux sans doute puisque les sirènes nous avertissent dans un vacarme assourdissant, qu'il nous faut nous réfugier dans les souterrains de la gare. C'est la cohue mais nous obtempérons. Autant prendre de bonnes habitudes dès le départ! Nous sommes tous là atterrés, coincés dans ce boyau bondé; va-t-il résister?...en sortirons-nous vivants? C'est terrible, affolant un premier bombardement.<br /> A la fin de l'alerte, vu la situation difficile déjà pour les chemins de fer sur certains axes, nous partons à pied en direction de Tamines. L'oncle Gustave peste car la tante Marie l'a chargé comme un baudet. A Temploux nous entendons les bombardements tout proches. Nous arrivons à SPY. Dans la précipitation du départ, nous avons oublié que nous sommes dimanche et plus particulièrement dimanche de Pentecôte. A SPY, c'est aussi le dimanche des communions. Nous assistons à la messe. A la sortie, il est surprenant de voir ainsi mélangés des familles de communiants tout endimanchés et qui ont décidé de tout de même faire la fête, des réfugiés dans notre genre avec le barda sur le dos et des mines plutôt déconfites, des soldats français qui bivouaquent: l'un d'eux, d'ailleurs, a installé son miroir et est occupé à se raser sous une remise. Soudain, des avions envahissent le ciel bleu de cette journée ensoleillée. Les Français nous avertissent que ce sont des Stukas et qu'il faut se cacher. Nous fonçons dans une remise et je me cache sous un escalier. Les hurlements des avions fondant sur le village nous effraient. Puis brusquement, c'est la mitraille qui fait exploser les briques des murs, les ardoises des toits et résonner le métal des véhicules militaires garés tout près. D'où je suis, par une petite fenêtre, je peux voir le verger. Heureusement, il est en pente et cela va nous sauver car celle-ci oblige les avions à se redresser. J'aperçois avec horreur le feuillage des arbres se faire cisailler, déchiqueter par les rafales. Ce sont des images et des bruits que je ne pourrai jamais oublier.<br /> Lorsque le calme revient, nous sortons de nos abris: personne d'entre nous n'est blessé. Autour de nous non plus. Nous nous remettons donc en route immédiatement. Ce voisinage avec les véhicules militaires n'est pas une bonne chose. Nous avançons et à chaque halte, sans rien dire à personne, oncle Gustave retire l'une ou l'autre chose de son barda. Le pauvre! Il fait une de ces chaleurs! Parce que c'est ça qu'il y a de terrible dans l'histoire : il fait un temps magnifique et ce devrait être une splendide journée!<br /> C'est en début de soirée que nous atteignons Tamines. Là, nous apprenons qu' un train va partir incessamment en direction de Tournai. Nous nous précipitons donc pour profiter de l'aubaine. Notre enthousiasme retombe un peu lorsque nous découvrons que ce train est composé de wagons-tombereaux (et nous comprendrons à l'arrivée, à notre aspect à tous, qu'ils avaient transporté du charbon auparavant) . Mais contre mauvaise fortune bon cœur! Nous nous installons sans ronchonner. On se presse faudrait-il plutôt dire. Nous sommes tous étrangers l'un à l'autre et nous nous côtoyons, nous frôlons, nous cognons l'un à l'autre sans rouspéter. La peur transforme parfois les hommes.<br /> Le train s'est mis en marche et nous roulons à travers la campagne, cheveux au vent, le nez dans les poussières de charbon ou la fumée et les escarbilles lâchées par la locomotive. Avec nous, il y a un vieux curé dans sa soutane noire accompagné de sa gouvernante: sa présence va compliquer la vie de tous ceux d'entre nous, surtout les femmes, qui sont pris d'un besoin urgent. Mais… à la guerre comme à la guerre, la résistance humaine ayant des limites souvent infranchissables en ce domaine, il faudra donc bien que pudibonderie ecclésiastique et nécessités physiques, petites ou grosses, se hantent, le temps d'un trajet en train. La guerre nous rabaisse souvent au stade de l'animal et il est étonnant de voir comment la personne humaine, nécessité aidant et fierté ravalée, s'en accommode rapidement. Nous ne sommes pas si loin de l'arbre de nos aïeux simiesques!<br /> Au petit matin, entre LUTTRE et MANAGE, des points noirs apparaissent dans le rectangle de ciel qu'il nous est possible de voir. Ces points noirs grossissent, deviennent des avions, des Stukas reconnaissables à leurs sirènes affolantes. Ils nous prennent en enfilade mais, trop tard pour eux, au moment de frapper, ils nous voient disparaître dans le tunnel de GODARVILLE qui nous met à couvert. Nous l'avons échappé belle! Et dans la fraîcheur de l'obscurité, nous soufflons d'aise. Nous entendons le bruit des explosions qui nous étaient destinées. Le coup passa si près…<br /> Nous arrivons à TOURNAI. Le train ne va pas plus loin. Nous descendons et nous découvrons avec surprise, l'ancien chef de gare de HOUYET : Mr FRANCOTTE. On se salue et on bavarde un peu. Puis nous décidons d'aller manger. Il y a là tout près un immense restaurant populaire: nous y retrouvons un certain Jean HARDENNE, gendarme que nous connaissons bien puisqu'il a épousé Georgette CALMANT, une Houyétoise. Le monde est décidément bien petit!<br /> Au sortir du restaurant, les sirènes mugissent: il faut aller aux abris. Ce que nous faisons tous en entrant n'importe où pourvu d'y être protégés. C'est ainsi que nous nous retrouvons dans une cave qui a été étançonnée. Bobby ne nous suit pas. Je ne le reverrai jamais et aujourd'hui encore, lorsque j'en parle, j'en éprouve énormément de peine. L'alerte passée, nous repartons vers LAMAIN qui se trouve à la frontière française. Cependant, les militaires français nous interdisent le passage de la frontière. On s'en doutait bien car nous avions croisé d'autres réfugiés qui nous avaient avoué avoir été refoulés. Mais sans doute comptions-nous sur la chance? Nous logeons dans une maison occupée par deux dames, la mère et la fille. Nous y sommes avec un musicien belge célèbre : André SOURIS, grand-prêtre du surréalisme en Belgique avec Scutenaire, Magritte et quelques autres. Maman peut entamer une discussion intéressante sur la musique classique qu'elle apprécie tant avec lui. Le lendemain matin, il me dit: "Allez, André, on va chercher du pain!" Et nous sommes donc allés acheter du pain à la boulangerie du village. Après la guerre, nous avons entretenu une petite correspondance avec Mr SOURIS devenu en 1941 directeur de l'orchestre de l'INR (Institut National de radiodiffusion qui donnera naissance à la RTB quelques années plus tard).<br /> Il nous faut donc chercher un passage plus au nord et nous nous remettons en route vers Mouscron en longeant la frontière. A de multiples reprises, nous tentons de passer en France mais en vain. Ce n'est donc pas dans cette direction que se trouve notre salut. Nous passons à l'ouest de COURTRAI et ma mère me dit: ‘’ Regarde, André, le Mont KEMMEL’’ et c'est vrai qu'en ce plat pays, il a l'air d'une montagne bien qu'il ne culmine qu'à 156 mètres d'altitude.<br /> Nous atteignons POPERINGHE où les Anglais, très nombreux, ont installé partout des batteries anti-aériennes. Nous logeons sans doute dans ces environs mais mes souvenirs ne me permettent pas de localiser ces endroits.<br /> C'est dans cette région que j'ai pu observer un combat d'avions. Nous marchions et nous sommes passés auprès d'une batterie de DCA anglaise. Alors que nous en étions assez proches, celle-ci fut attaquée par des avions allemands (sans doute des Messerschmidt). Ceux-ci à peine arrivés sur les lieux, débouchèrent d'on ne sait où des avions anglais (sans doute des Spitfire (??) qui engagèrent aussitôt le combat. Nous avons plongé dans le fossé qui longeait la route. J'ai atterri auprès d'un tuyau d'évacuation des eaux dans lequel j'ai pu me glisser; comme il avait fait beau depuis plusieurs jours, l'intérieur était sec. C'est donc de cet abri confortable que j'ai pu assister au spectacle d'un combat aérien. Quelles cascades j'ai vues! Puis les combattants s'en sont allés plus loin sans qu'aucun n'ait été touché ou abattu.<br /> Puis nous tentons encore de passer la frontière sans aucun résultat d'ailleurs. Nous nous dirigeons vers FURNES. Nous traversons Alveringen. Un peu avant la ville de FURNES, nous quittons la grand-route pour prendre la direction d’EGGEWAARTSKAPELLE. Dans les environs de OEREN (??), alors que nous longeons le Canal de Lô qui rejoint Lô à FURNES nous apercevons des soldats anglais qui prennent leur bain dans ce canal…en tenue d'Adam. C'étaient vraisemblablement des soldats au repos, redescendus en seconde ligne et qui profitaient de ces "vacances" pour prendre un bain bien mérité. Notre mère n'est guère contente de ce spectacle surprenant qu'elle juge très choquant pour mes sœurs. Nous ne nous attardons donc pas.<br /> Un peu plus loin, nous faisons halte dans une ferme isolée aux environs d’Eggewaartskapelle. La patronne parle très bien le français. Au moment du repas, nous la voyons couper le pain avec une espèce de faucille qu'elle applique sur son avant-bras. Engin étrange que je n'ai jamais plus vu par après et dont je ne connais pas le nom. Nous logeons dans le foin et vivons, en payant, sur les réserves de cette ferme qui, habituellement isolée, a dû emmagasiner des stocks de nourriture pour être totalement en autarcie. Nous sommes restés plusieurs jours dans cette ferme sans qu'aucun événement important ne vienne troubler notre quiétude. La preuve en est que je n'en ai aucun souvenir précis.<br /> Le 27 mai, des soldats belges viennent s'installer avec nous, ce qui ne réjouit pas du tout notre mère: en effet, elle avait pour principe de nous tenir éloignés des troupes qui attiraient trop l'attention des avions ennemis). Ces militaires-là ne semblaient pas avoir combattu: trop propres, trop reposés, trop peu armés (un fusil, en tout et pour tout). On peut aujourd'hui penser qu'il s'agissait d'un groupe issu du 14è de Ligne et affecté à la défense de la région de Dixmude. Les officiers parlaient parfaitement bien français. A les voir aussi fringants et aussi calmes, comment aurions-nous pu imaginer un seul instant qu'à quelques kilomètres de nous, à Vinkt, nos Chasseurs Ardennais livraient des combats terribles et infligeaient à l'ennemi des pertes tellement importantes que celui-ci, après la reddition du 28 mai, exécutèrent des civils et des prisonniers en guise de représailles. Ils m'ont permis d'utiliser leurs jumelles pour observer la ville de Dixmude, là-bas à l'est.<br /> Le lendemain matin, 28 mai, nous apprenons tous que la Belgique a capitulé. Nous nous installons donc dans l'attente. Que faut-il faire? Les soldats n'en savent pas plus que nous d'autant plus qu'il n'y a avec eux, aucun officier supérieur. Ils hissent un drapeau blanc sur la ferme et ils patientent tout comme nous. Ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'on a vu arriver sur la petite route menant à la ferme, un cycliste seul et qui nous paraît bien téméraire: un feldwebel allemand. Il vient apporter aux militaires les consignes à suivre. Ceux-ci en claquent presque des dents tant ils semblent avoir peur de ce guerrier qui, il est vrai, en impose! C'est ma mère qui fait l'interprète avec ce qui lui reste de la langue de Goethe. Il faut faire deux tas avec les armes: à gauche les fusils, à droite les cartouchières. Nos rois de la panique s'exécutent donc. Puis maman interroge l'officier allemand: "Que devons-nous faire, nous autres, les réfugiés civils qui désirons rentrer chez nous ?" La réponse est précise: "Demain matin à 8 heures, il faut vous trouver au pont sur l'Yser, à Dixmude, afin de traverser ce cours d'eau". Puis il s'en retourne par où il est venu.<br /> Lui parti, plusieurs soldats se précipitent sur le tas de cartouchières. On pourrait penser qu'ils vont tenter de détruire leur matériel. Même pas. Ils récupèrent l'argent, les objets précieux, les cigarettes qu'ils y avaient glissés et que la panique les avait empêchés de reprendre auparavant.<br /> Peu après, du côté de FURNES, les Anglais se sont mis à tirer au canon sur Dixmude. Ce sont des troupes qui étaient massées aux alentours de Menin ou le long de la frontière française et qui, défection belge oblige, ont reçu l'ordre de venir protéger la "poche" de DUNKERQUE dans laquelle se rassemblent toutes les troupes de Sa Majesté (opération Dynamo).<br /> A la tombée du soir, la réponse allemande vient : d'où nous sommes, entre les deux belligérants, dans l'obscurité, nous pouvons voir les lueurs crachées par les bouches des canons au sortir des obus puis nous entendons les projectiles filer au-dessus de nos têtes avec leurs "vrou-vrou-vrou" caractéristiques et enfin, nous percevons leur arrivée. A côté de nous, les militaires mesurent les distances au moyen de leur montre et estiment le point de chute: "Ah! Celui-là est tombé dans le canal!". Il faut bien passer le temps et faire tomber l'angoisse.<br /> Le lendemain matin, nous avons donc tout rassemblé et avons abandonné la ferme sans oublier de remercier ceux qui nous avaient ainsi offert l'hospitalité durant plusieurs jours. Nous avons atteint le pont désigné à l'instant voulu. Un feldwebel (nous avons eu tout le temps d'apprendre à les reconnaître par la suite) y faisait la circulation car il n'y avait là qu'une seule voie. Le pont passé, nous entrons dans la ville. Il me reste de ces moments, des souvenirs indélébiles tant ils ont marqué mon âme d'adolescent. En avançant, nous avons découvert des soldats français tués. L'un d'entre eux était assis, appuyé contre un tronc d'arbre et il paraissait nous regarder venir. Dans l'herbe, à côté de lui, une tartine et une gourde: il s'était fait tuer alors qu'il mangeait paisiblement. Cette image me poursuit encore comme celle du "dormeur du val" a hanté Arthur Rimbaud. Notre retour commence donc bien tristement.<br /> Nous atteignons WAREGEM. Un peu plus loin, nous assistons à une scène plutôt bizarre: des soldats allemands, devant une caméra qui les filme, distribuent des bicyclettes à des jeunes Belges qui se précipitent pour les obtenir. Moi-même, je suis très intéressé et désire me présenter pour en recevoir une moi aussi. Mais maman me l'interdit. Elle fait bien. Quelques mètres plus loin, nous découvrons des soldats qui reprennent les vélos aux jeunes catastrophés. Propagande ! …quand tu nous tiens! Nous logeons ici dans une boulangerie située dans une très longue ligne droite où nous sommes très bien accueillis.<br /> Le lendemain matin, nous nous remettons en route de bonne heure. Nous traversons AUDENARDE dont le splendide hôtel de ville arrache des "Oh!" d'émerveillement à ma mère. Nous traversons une ville qui n'a guère souffert des combats. A la sortie, bonne surprise! Les occupants d'un camion militaire allemand arrêtent leur véhicule pour nous demander où nous allons. Lorsque maman leur annonce Bruxelles, ils nous proposent de nous emmener. Nos jambes fatiguées nous incitent à accepter cette proposition. Et nous continuons notre chemin dans un camion allemand. Les militaires avaient dû recevoir des ordres pour se montrer gentils avec la population civile belge car de telles histoires, on en a entendu plusieurs durant cette première année d'occupation. Il fallait que les soldats de ce Reich fassent oublier les forfaits horribles de leurs prédécesseurs. Ils y réussiront tellement bien que beaucoup de familles juives, exilées en zone libre française dès l'invasion du 10 mai reviendront (se jeter dans la gueule du loup) durant les derniers mois de 1940, convaincues qu'il n'y a rien à craindre de ces soldats-là (comme le notent J.GERARD-LIBOIS et J.GOTOVITCH dans leur livre "L'an 40. La Belgique occupée" , publié en 1971 aux éditions du CRISP, page 457) .<br /> Quoi qu'il en soit, ayant ainsi bien profité des ordres du Fürher, nous débarquons à Bruxelles dans un état de fraîcheur remarquable. Nous nous installons à la terrasse d'un café pour nous restaurer et faire le point. Que faisons-nous? On décide de rentrer au plus vite. Et je n'ai toujours pas compris comment nous nous sommes retrouvés dans un taxi nous emmenant à Dinant. Le patron du café, comme bien souvent en ces temps-là, était-il aussi taximan? Ou y en avait-il un tout près de nous qui a saisi notre conversation et s'est proposé pour nous reconduire? A-t-il fallu en appeler un? Je ne sais. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, ce 30 mai 1940, en pleine débâcle, nous sommes revenus de Bruxelles à Dinant dans un taxi ! C'est l'oncle Gustave qui jubile!<br /> Après un voyage sans incidents, nous voilà donc devant la Collégiale de DINANT. La journée est bien entamée: il est aux environs de dix-sept heures. Nous décidons tout de même de profiter des dernières heures de clarté pour avancer dans notre retour. Nous montons donc vers DREHANCE et nous atteignons FURFOOZ avant l'obscurité. Nous logeons chez des connaissances originaires de Houyet.<br /> Le lendemain matin, bien reposés, nous repartons. A un embranchement à la sortie de Furfooz, nous nous trompons de route, maman ayant voulu prendre un chemin contre la volonté presque générale. Un comble! Se tromper aussi près de chez soi! Nous atteignons tout de même GENDRON-VILLAGE puis, par la descente de Clinchamps, nous retrouvons les rives de la Lesse, la Gare Royale, le Maupas et enfin, la rue de la Station à HOUYET. Les Allemands sont là. Notre angoisse grandit à chaque mètre parcouru: qu'allons-nous retrouver chez nous?<br /> Lorsque nous arrivons, nous découvrons la porte d'entrée grande ouverte et une bande d'Allemands écoutant un des leurs qui, monté sur la table de la cuisine, joue de l'accordéon. Maman parlemente aussitôt avec eux. Rien à faire, cependant, ils ne veulent pas déguerpir. On nous conseille alors de contacter une certaine Madame DEHAN qui habite rue Saint-Roch, un peu plus loin que la chapelle. On lui explique la situation et elle accepte de nous accompagner. Là, elle invite les Allemands à quitter notre domicile. Assez étonnamment, ils obtempèrent immédiatement. Nous apprendrons plus tard que cette dame travaillait dans un bureau important à la gare de Jemelle et qu'elle possédait une certaine autorité auprès des Allemands.<br /> Nous découvrons alors que notre maison a été pillée et qu'il ne reste rien. Même les disques 78Tours de musique classique et la TSF qu'aimait tant écouter notre mère ont été volés. Il ne reste que les meubles. C'est un malheur mais cela aurait pu être pire encore. Alors, on se console comme on peut et on reprend sa vie en mains, heureux de n'avoir perdu personne parmi nos êtres chers. Quelques jours plus tard, en effet, le boucher MONTJOIE rentré de son exode en France, dans la région de TOULOUSE nous apprenait qu'il y avait rencontré notre père. Tout le monde était donc sauf. Mon père est rentré peu de temps après, toujours habillé de son costume de chef-garde, sauf qu'il avait troqué son képi pour le béret français; il était tellement amaigri que je ne l'ai pas reconnu!</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Source :<br /> <a href="https://exodeledent1940.fr.gd/">https://exodeledent1940.fr.gd/</a> Sun, 31 Mar 2019 12:32:56 +0200 Sur les traces de la Brigade Piron en Normandie https://www.freebelgians.be/articles/articles-6-184+sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-6-184+sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/9344_sur_les_traces_piron.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans la lignée des "Témoins d'acier" ou du "Sur les traces de la Easy Company", il s'agit d'un opuscule d'une centaine de pages qui invite le lecteur à retourner sur le terrain (l'une des clés de voûte de la méthode WENKIN avec les sources primaires inédites).<br /> Pour ceux qui auront lu "Les moutons noirs de Piron" en 2017, il s'agit d'une suite logique qui laisse la part belle à l'épopée normande du ‘’First Belgian Group’’.<br /> L'ouvrage est d'une belle facture (classique chez Weyrich), richement illustré et cartographié comme il faut.<br /> <a href="https://www.weyrich-edition.be/sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie-wenkin#.XHkc-_ZFyUk">https://www.weyrich-edition.be/sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie-wenkin#.XHkc-_ZFyUk</a><br /> <a href="https://www.39-45.org/viewtopic.php?f=21&amp;t=50024">https://www.39-45.org/viewtopic.php?f=21&amp;t=50024</a></p> Sun, 10 Mar 2019 12:19:29 +0100