Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Franz Schmitz - Geai serviable https://www.freebelgians.be/articles/articles-5-187+franz-schmitz-geai-serviable.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-5-187+franz-schmitz-geai-serviable.php <strong>Les aventures de guerre du chef de troupe de la Vème Famenne</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Franz Schmitz, né à Bastogne le 14 octobre 1911, est l’aîné des 6 enfants de Joseph Schmitz (originaire de Bastogne) et de Marie Gilet (originaire de Saint-Hubert), parmi lesquels deux filles et quatre garçons. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Il a grandi à Marche où ses parents sont venus s’installer fin janvier 1914, quelques mois avant le déclenchement de la première guerre mondiale, venant de Beho, mais provenant de Bastogne.<br /> Franz a passé plusieurs années au juvénat ou collège du Sacré-Cœur de Tervuren.<br /> En 1929, à l’âge de 18 ans, il commence à travailler en tant que monteur électricien pour la firme ELINDO-Capelle Frères (rue Porte Haute, à Marche), sous les ordres de Monsieur Maurice Franchimont (août 1929 à fin mai 1932). Parallèlement, il suit assidûment les cours d’électricité donné à l’Institut Saint Remacle par Monsieur Jean Gribomont, ingénieur civil et directeur de la Compagnie Luxembourgeoise d’Electricité (CLE), dont le siège se trouvait avenue du Monument. <br /> Monsieur Gribomont le prendra en affection, veillera à sa formation avant de l’engager. Il effectuera l’essentiel de sa carrière professionnelle dans le cadre de la « Cie Luxembourgeoise » et d’ESMALUX <br /> Son dossier militaire indique qu’il était de la « Classe 1931 » (incorporé le 1er septembre 1931 en qualité de milicien), sursis ordonné … ; il n’a cependant effectué son service militaire qu’à partir de 1936, à Arlon, « astreint à accomplir 8 mois de service » (du 15 octobre 1936 au 15 juin 1937), sans explication à cette situation. il relève alors du groupe d’artillerie de Chasseurs Ardennais. Sa fiche de matricule mentionne sa taille : 1,60 m., la couleur de ses yeux : bleus-gris-ardoise ; et précise qu’il a les cheveux châtains, et porte une cicatrice de blessure au genou droit.<br /> Impliqué très tôt dans les activités sociales et culturelles de Marche (groupement de jeunesse, théâtre, …), il est co-fondateur de l’unité scoute de Marche (5ème Famenne) mise officiellement sur les fonts baptismaux en juin 1936, dont il sera le 1er chef de troupe; son totem scout : Geai serviable !<br /> Il est rappelé pour quelques jours au service militaire à partir du 26 septembre 1938.<br /> Mobilisation et « drôle de guerre » (du 3 septembre 1939 au 10 mai 1940)<br /> Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne sur ordre d’Hitler, sans déclaration de guerre préalable. Le lendemain, le Royaume-Uni et la France adressent un ultimatum à l’Allemagne, lui laissant une dernière chance de retirer ses troupes de Pologne. Le 3 septembre, le Royaume-Uni et son empire) à 11h, la France (et son empire) à 17h, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à 21h30, déclarent la guerre à l’Allemagne. C’est le début de la « drôle de guerre » qui se termine le 10 mai 1940 par l’invasion de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et de la France.<br /> Franz est mobilisé dès la fin du mois d’août (rentré de congé illimité le 26 août 1939) et rejoint sa compagnie de chars légers T.13 (Chasseurs ardennais).<br /> On peut imaginer l’esprit dans lequel se trouvent ces jeunes hommes, s’adonnant pleinement aux manœuvres et exercices pour tromper leur ennui et les incertitudes suscitées par la situation internationale. Les manœuvres effectuées avec les chars T.13 les ont notamment amenés à traverser la ville de Marche, suscitant l’enthousiasme de la population pour ses « chasseurs ardennais » et un sentiment de fierté pour leurs proches</p><br /> <br /> <strong>Campagne des 18 jours (10 au 28 mai 1940)</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mobilisé depuis un peu plus de 8 mois, Geai attend la suite des événements au sein de son unité, le 1er (régiment) Chasseur Ardennais, T.13 (compagnie de tanks légers), lorsque le 10 mai débute l’opération Fall Gelb ( offensive Allemande à l’ouest contre la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France, l’objectif étant l’invasion de la France. C’est le début de la guerre pour la Belgique ! <br /> Les 10 et 11 mai, les Chasseurs ardennais retardent les Allemands en Ardenne belge, aidé par la topographie tourmentée du massif ardennais et les routes étroites et sinueuses.<br /> La carte des « états de services » de Geai mentionne pour la période 10 au 28 mai 1940 : « Position Fortifiée de Namur » ou « PFN ».<br /> Chauffeur de T.13, Geai se trouvait à bord de son « canon automoteur, chasseur de char » en compagnie de trois autres soldats.<br /> Son unité fut affectée à la défense de l’aérodrome d’Evere et fut dirigée vers Woluwe-Saint-Etienne. Elle eut ensuite comme mission de protéger la retraite de l’armée belge. Elle fut citée trois fois à l’ordre du jour. Puis ce fut le repli dans les Flandres, derrière l’Escaut où ils se postèrent. Plusieurs fois en contacts avec l’ennemi, ils détruisirent cinq chars et des nids de mitrailleuse.<br /> Enfin, dans les environs de Roulers (Roeselare), ils se retrouvèrent encerclés par les Allemands. C’est alors qu’ils apprirent, le 28 mai, vers 6 heures du matin, la capitulation de l’armée belge.<br /> Le premier souci du chef de troupe Geai fut de saboter son char en faisant « sauter les fourchettes des deux manches à balles ». Ceci lui valut les remontrances de son sergent verviétois : « n’est-ce pas malheureux de saboter un si beau matériel ; les autorités belges nous ont donné l’ordre de le remettre tel qu’on nous l’avait donné » </p><br /> <br /> <strong>Prisonnier de guerre en Allemagne : captivité et évasions</strong><br /> <br /> <strong>Prisonnier, première tentative d’évasion à proximité de Bilzen</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La compagnie est rassemblée, les chauffeurs « tirés dehors » avec mission de conduire les éclopés à Vilvoorde. Geai fait partie des chauffeurs, avec quatre de ses camarades. Arrivés à Vilvoorde, ils sont joints à une colonne de prisonniers qui doit se rendre à Hasselt pour être démobilisée.<br /> Par route, à travers bois et campagnes, les prisonniers avancent en longue colonne <br /> Cette longue colonne, comprenant des milliers de prisonniers belges, couvre les 70 km séparant les deux villes en deux journées de marche.<br /> Mais Geai ne se résout pas à l’idée d’être ainsi acheminé vers l’Allemagne. <br /> « … D’autres prisonniers sont animés par une âme plus ardente. Ils ont confiance dans la force morale et physique qui peut venir à bout de tous les obstacles, ils sont enflammés par la passion de reprendre la lutte pour la patrie. Ceux-là sont obsédés par l’idée de l’évasion. Dès leurs premiers jours de captivité, toutes leurs pensées, tous leurs rêves, tous leurs actes sont tendus vers ce but … ».<br /> Car germe en effet le projet d’une première tentative d’évasion … <br /> <strong>Hasselt.</strong> Le soir à Hasselt, Geai, en compagnie d’un namurois, se faufile dans des maisons et se procurent des habits civils. Ils cherchent et trouvent 5 équipements complets car il ne faut pas oublier les camarades. On se les distribue et on les fourre dans les havresacs. Le lendemain, la colonne repart.<br /> <strong>Bilzen.</strong> A proximité de Bilzen, les cinq compagnons se détachent de la colonne et entrent dans un petit bois. Ils commencent à changer de vêtements, laissant leurs uniformes pour les vêtements civils récupérés la veille, mais soudain surgit une patrouille allemande. Arrêtés, ils sont considérés comme espions et ramenée en ville. On les adosse à l’hôtel de ville pour être fusillés. Survient un officier. On parlemente. On contrôle les papiers. Après un quart d’heure d’attente angoissée, on les charge en camion vers la Hollande.</p><br /> <br /> <strong>Vers l’Allemagne …</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils dépassent la colonne des prisonniers qu’ils avaient abandonnés et arrivent un peu plus tard à Maastricht. La ville est pleine de prisonniers belges. On y passe la nuit et le lendemain, par groupes de 5.000, on part vers Geilenkirchen (district Heinsberg, Rhénanie-du-Nord-Westphalie), à proximité de la frontière hollandaise, sur la rivière Würm, approximativement à 15 km au nord-est de Heerlen et à 20 km au nord d’Aachen).<br /> La nuit est passée en plein air.<br /> Le lendemain, embarquement dans des wagons à bestiaux à destination de Greifswald. Les prisonniers sont entassés à 60, dans un wagon sans aération, sans boire et sans manger. Ces journées furent les plus pénibles. Ce n’est qu’à Berlin qu’on put un peu se désaltérer. Beaucoup avaient des faiblesses.</p><br /> <br /> <strong>Greifswald, Stalag IIC.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le stalag II C était situé à Greifswald, Poméranie, sur la mer Baltique à l'Est de Rostock, entre Rostock et Stettin (ville polonaise depuis les « accords de Potsdam », en 1945).<br /> Le stalag II C est un immense camp où se trouvent confinés quelque 6.000 Belges dans des hangars vides, dormant à même le sol sur de la paille.<br /> Les estomacs sont vides. Le premier jour, on ne leur donne pas à manger parce qu’ils étaient censés avoir reçu de la nourriture pour un voyage de quatre jours. Le lendemain à midi seulement, est distribuée la première ration de soupe.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les quelques journées suivantes se passent à des formalités : photos, identité, empreintes digitales….<br /> C’est le moment de la photo ; le prisonnier vient s’asseoir sur le tabouret face à l’objectif ; à une ficelle passée derrière le cou, on lui pend sur la poitrine une pancarte avec un numéro de matricule, son numéro de prisonnier de guerre, en l’occurrence, pour Geai, le « 30912 ».</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz3.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Suit la visite médicale avec vaccination contre le Typhus).<br /> Et enfin les formalités d’identité, face à un officier allemand et son secrétaire : nom, prénom, qualité, régiment, bataillon, compagnie, matricule ; ces formalités administratives sont vite expédiées et l’autorité allemande ne souhaite pas en savoir plus sur une situation militaire dont elle semble avoir un contrôle total en ce qui concerne la Belgique.<br /> Les « feuillées », nom donné aux toilettes des troupes en campagne, ont été creusées à une trentaine de mètres des garages, à proximité de l’enceinte dont elles sont écartées de quelques enjambées. C’est une tranchée d’une dizaine de mètres de longueur sur 45 centimètres de large et 1,50 mètre de profondeur. En une file serrée, chaque prisonnier, un pied posé de chaque côté du sillon, coiffe la tranchée de son derrière déculotté, spectacle particulièrement dégradant aux yeux de chacun !<br /> Non content des brimades et des humiliations, il faut aussi subir les affres de la faim.<br /> A midi, les prisonniers reçoivent une ration de soupe, sorte de liquide juste un peu plus teinté que de l’eau, et dont le goût est indéfinissable ; c’est de la soupe aux orties (sans doute diététique mais peu nourrissant !). Le soir, on distribue à chacun un cinquième de pain dont la moitié devra servir au repas du lendemain matin.<br /> A la soirée, dès que l’obscurité est tombée, les phares placés sur les miradors s’allument et commencent leur ballet silencieux mais combien dangereux.<br /> Par intervalles plus ou moins réguliers, les disques lumineux, traînés par leur panache laiteux, balaient tous les abords de l’enceinte ainsi que les bâtiments abritant les prisonniers.<br /> Pour eux, une fois la nuit tombée, il n’est plus question de se rendre aux feuillées car la proximité du mur d’enceinte rend l’endroit dangereux. La peur que les gardiens des miradors interprètent le déplacement pour une tentative d’évasion les incite à se tenir cois. Dès lors, le matin, c’est l’effervescence, on se presse vers le lieu d’aisance !<br /> Dans la journée, les hommes désœuvrés tentent de récupérer, bavardent, supputent, font écho aux rumeurs quant à leur devenir … <br /> Il apparaît rapidement que leur séjour au camp de Greifswald n’est que temporaire, et les nouveaux arrivants apprennent qu’ils vont être répartis en Kommandos et affectés en divers lieux de la région …</p><br /> <br /> <strong>Ferme de Lüssow.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 13 juin 1940, Geai est expédié avec une soixantaine d’autres Belges dans une grande ferme de l’Etat. Il s’agit en réalité d’un grand domaine privé, d’environ un millier d’hectares, approvisionnant le Reich, situé à proximité de Lüssow, appartenant au comte Vicco von Voss-Wolfradt, châtelain exigeant et intraitable.<br /> Les habitants de Lüssow, village d’environ 400 habitants, étaient, la plupart, employés dans cette grosse ferme. Durant la guerre presque tous les hommes ayant été mobilisés, le travail des champs et les travaux d’élevage étaient assurés par des civils polonais et par des prisonniers de guerre russes, français et … belges.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/schmitz4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Toute la cuisine pendant l’année qu’ils y restèrent consistait en pommes de terre et en orge. On versait simplement ces deux denrées dans un grand bidon à lessive qu’on cuisait ensuite en tournant avec un morceau de bois. C’est le menu classique pour engraisser les cochons, aussi nombre de prisonniers devinrent littéralement soufflés mais incapables d’efforts ou de travail soutenu.<br /> Ils étaient occupés aux travaux de la ferme de 6 heures du matin à 8 heures du soir.<br /> « Les gens du village sont convenables avec les prisonniers. Cependant les mœurs sont déplorables : une jeune fille de 14 ans s’offre pour 2 marks, les filles-mères sont nombreuses, ... ; ceci dénote l’absence ou le relâchement des principes moraux et religieux ».<br /> Les prisonniers logeaient au premier étage. Les fenêtres étaient protégées par de grosses barres de fer vissées au-dessus et en dessous. Six sentinelles gardent le camp, mais on a remarqué qu’elles s’absentaient ordinairement de 19h15 à 22h pour le souper. Aussi, une barre de fer est dévissée afin de permettre le passage d’un homme. Ceci permit plusieurs expéditions nocturnes à l’époque des fraises, des razzias dans le poulailler, … Les poules sont plumées, vidées, cuites à la graisse volée dans une casserole de même provenance en moins d’une heure, puis dévorées. La faute retombait évidemment sur les Allemands dont certains étaient voleurs.<br /> Le préposé aux cochons (porcher) de la ferme appartenait à cette catégorie. Nous apprîmes un jour qu’il avait été pris à voler trois petits cochons de lait et qu’il les avait revendus à son compte. L’occasion était belle, d’autant plus que les prisonniers étaient considérés comme des gens honnêtes. Une sortie nocturne nous permet donc de ramener un jeune cochon d’une trentaine de kilos. Il est immédiatement tué, dépecé et caché, puis mangé en plusieurs jours. « Nous en fîmes même de la tête pressée ! ».</p><br /> <br /> <strong>Seconde tentative d’évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Un kommando belge travaillant à Gluscow (Gützkow), ville située à quelques kilomètres de là, avait fait savoir qu’il y avait fréquemment en gare des wagons à bestiaux partant pour la Belgique et la France. Ils apprennent que des wagons de blé et de pommes de terre doivent partir à destination de la Belgique. Geai et un sous-officier de Namur décident de risquer leur chance. Les préparatifs commencent : vivres, eau, …<br /> S’aidant d’un lasso, ils descendent par la fenêtre, sans bruit et arrivent à sortir de la ferme. Il y a quinze kilomètres à faire mais le temps est beau et la nuit sombre. Ils sont à Gluscow (Gützkow), pour 4 heures du matin. Une charrette tirée par un cheval les dépasse ; ils n’y prennent pas garde, d’ailleurs il fait encore sombre.<br /> Ils entrent dans la gare et se dirigent vers les quais d’embarquement. Ils examinent les lettres de destination apposées aux wagons. Soudain, un bruit de pas, des faisceaux de lampes de poches. C’est le châtelain, propriétaire de la ferme, et le Wachmann (gardien) ! Sommations, bras en l’air ! Ils avaient été aperçus par le veilleur de nuit qui avait donné l’alerte.<br /> Le châtelain fut accommodant, contrairement à sa réputation : « qu’alliez-vous faire ? C’est regrettable. La prochaine fois, tâchez de mieux réussir. Nous allons retourner à la ferme ».<br /> Et le Wachmann lui aussi fut conciliant : « quand un prisonnier s’évade, nous sommes punis. Vous ne serez pas sanctionnés si vous restez discrets. Demain retournez travailler avec les autres ». <br /> « Le mois suivant, nous apprenons qu’il faut quitter Lüssow ; le groupe sera sectionné et les hommes iront travailler la journée dans de petites fermes ». Geai et trois de ses camarades sont désignés pour aller travailler à environ 40 km de là, à Lentschow.</p><br /> <br /> <strong>Ferme de Lentschow.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Lentschow se situe en bordure de l’axe routier reliant Anklam à Lassan.<br /> La vie à Lentschow est toute différente de ce qu’elle était à Lüssow. Il s’agit d’une petite ferme. Le fermier les nourrit bien et a de la considération pour sa main d’œuvre. Le travail est cependant très dur.<br /> Geai et ses compagnons logent dans une petite « caserne » au milieu du village avec une vingtaine de prisonniers belges travaillant dans d’autres fermes.<br /> La population est incroyante. Les gens donnent l’impression de vivre comme des bêtes avec cependant une moralité naturelle notamment en ce qui concerne la probité ; le mensonge et le vol sont sévèrement réprimés.<br /> Un exemple nous est donné. Un bruxellois interprète constate un jour qu’une boîte de pralines qu’il avait reçue de sa famille avait disparu. La fenêtre de la chambre était ouverte. On remarque la trace de deux pieds d’enfant sur un essuie-mains. Il appréhende un gosse qui se trouvait aux environs de la caserne et l’interpelle : « c’est toi qui as volé ma boîte de chocolats ». Effrayé, l’enfant répond qu’il n’est pas coupable, que c’est le fils du mayeur qui a commis le larcin. Et en effet, une enquête établit l’identité du coupable. Le mayeur (Bourgmestre,Maire) en est avisé. Aussitôt, il rassemble tous les gosses du village sur la place publique et administre à son fils une raclée exemplaire menaçant les autres enfants d’un châtiment similaire si la chose se reproduit.<br /> Chaque soir, les prières sont récitées en commun dans la caserne.<br /> Les mœurs sont aussi déplorables qu’à Lüssow. Des femmes font des propositions aux prisonniers. L’un ou l’autre se laisse entraîner mais la réaction ne se fait pas attendre chez les autres prisonniers. On leur fait sentir qu’on réprouve leur conduite ; on les tient à l’écart des petites faveurs et partages fraternels des colis et des rapines. Ils comprennent la leçon.<br /> Comme à Lüssow, une fenêtre a été « aménagée » pour permettre des expéditions nocturnes. Des réserves d’œufs, de farine, de lard et de graisse sont constituées et permettent de petits extras à l’occasion des fêtes.<br /> De temps en temps, on pêche un brochet et on se baigne dans les grands lacs de la région.<br /> Malgré tous ces palliatifs la captivité est pénible et l’appel du pays résonne dans l’âme de Geai !</p><br /> <br /> <strong>Troisième tentative d’évasion</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ce projet est depuis longtemps étudié et préparé par Geai en compagnie d’un sous-officier de Namur. Ils se rendaient une fois par mois à Anklam, ville d’environ 12.000 habitants située à proximité de Lentschow, pour y porter le lait. C’est là qu’ils firent la connaissance d’un « communiste » qui devint pour eux un copain.<br /> Ils lui rendaient visite et celui-ci leur pariait contre Hitler et le régime. II leur procure des habits civils et leur change leur argent de camp en argent allemand. Renseignements sont pris sur les horaires de train et le voyage est soigneusement préparé. Deux Flamands d'Anklam leur avaient fourni les papiers de congé et des laissez-passer dont ils ne comptaient pas profiter.<br /> Le départ se fit la nuit d'un samedi. Ils devaient prendre le train à 5h20 du matin. Tout marcha à souhait et le voyage se fit sans incident jusqu'à Berlin.<br /> Promenade dans Berlin. Ils passent une demi-journée chez des travailleurs libres, sans leur dire évidemment leur situation. Ils obtiennent les renseignements complémentaires pour le restant du voyage.<br /> Ils embarquent 1'après-midi de lundi dans le grand express Berlin-Cologne à destination d'Erfurt. Vers le milieu du trajet, voici la Gestapo qui contrôle les papiers des voyageurs. Leurs papiers sont en règle : « Gut !».<br /> Erfurt ! A peine étaient-ils descendus du train, qu’on leur mit la main au collet. Ils sont conduits près des trois gestapistes : « Vous êtes des prisonniers évadés ». Un membre de la Gestapo était resté dans leur compartiment et les avaient surveillés. Leur argent est saisi et ils sont conduits tranquillement dans un hôtel.<br /> Ces hommes sont très convenables et leur payent à boire. Ensuite, ils les conduisent à la Feldgendarmerie ou ils sont questionnés sommairement et calmement à propos de leurs vêtements civils et de leur argent allemand : « Nous avons reçu nos vêtements par colis ; quant à 1'argent, il est le fruit des services rendus à la population ». On en reste là.<br /> Le lendemain, on les oblige à retourner leur veste et deux soldats les conduisent à Greifswald.<br /> A la Gestapo de Greifswald, la même question revient sur le tapis : « Où vous êtes-vous procuré vos vêtements et votre argent ? ». Mêmes réponses qu'auparavant, mais cette réponse n'est pas acceptée. Torse nu, on leur administre 50 coups de bâton.<br /> Après cela, on leur repose la même question qui entraîne la même réponse ...<br /> Au cachot ! Le soir, un infirmier allemand vient panser leurs blessures. Ils sont désignés pour le camp de concentration de Rawa-Ruska, en Ukraine à proximité de la frontière polonaise, lors du prochain convoi. Celui-ci ne tarde pas et arrive trois jours après. Mais le convoi est complet et 40 prisonniers sont laissés à Greifswald, dont nos deux évadés, …, qui éviteront ainsi d’être les hôtes forcés de ce camp de représailles de sinistre mémoire. <br /> C’est alors pour Geai et son compagnon quinze jours de « tôle » avec comme menu un quart de pain et une tasse d'eau par jour. Quinze jours terribles : la faim, la soif. Lorsqu'ils sortent du cachot, ils sont tout étourdis par la lumière et la faiblesse. Ils doivent s'appuyer au mur.<br /> Ils rentrent dans le camp, y restent huit jours pour se retaper et sont ravitaillés et soignés par les prisonniers belges.<br /> Après ces huit jours, Geai et son compagnon se séparent. Ce dernier retourne dans un Kommando de culture (ferme) et Geai reste en ville pour être employé, selon sa profession, chez un électricien.</p><br /> <br /> <strong>Greifswald</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les scouts marchois ne manquent pas de ressources et veillent à l’approvisionnement de leur chef de troupe ainsi que l’indique l’extrait suivant :<br /> « … la troupe fit une collecte et rassembla tout ce qu’il fallait pour envoyer un gros colis au pauvre Geai en Allemagne. On eut pour plusieurs colis à envoyer à intervalles plus ou moins rapprochés ». <br /> C'est 1'hiver 1942-1943. Un kommando d'une cinquantaine d'hommes, 40 Français et 8 Belges. Geai travaille en ville pendant la journée avec un autre Belge.<br /> Ils reviennent le soir au kommando. On s'est arrangé par petits groupes. Geai fait ménage avec trois Français. L'un d'eux travaille chez un boucher, 1'autre chez un marchand de vin et le troisième chez un légumier. Geai a trouvé ... un réchaud électrique, les autres trouvent des légumes, de la viande et du vin.<br /> Le garçon boucher s'est fait une ceinture à crochets où il pend régulièrement des biftecks pour les rapporter au kommando. Hélas ! Un jour, un trou dans son pantalon fait découvrir le pot aux roses par son patron. II part au camp de discipline ...<br /> Un autre jour, le garçon légumier annonce qu'un wagon de tomates a été déchargé chez son patron. Geai organise avec lui une expédition noc¬turne emportant des sacs. Tout se passe bien dans la cave. Mais en remontant, ils tombent nez à nez avec un Allemand. Ils sautent sur lui et lui donnent une tripotée d'importance, le laissant à terre étourdi, et s'enfuient avec les sacs de tomates. A leur rentrée au kommando, les tomates sont distribuées et avalées en un rien de temps. Le lendemain, visite au kommando d'un Allemand à la face tuméfiée et à 1'oeil poché. On enquête, on fouille, mais on ne découvre rien. II y a d'ailleurs bien d'autres kommandos dans les environs.<br /> Le Français du marchand de vin apporte aussi sa quote-part. La propriété où il travaille est entourée d'un grand mur. Régulièrement, des bouteilles de vin volent au-dessus du mur et sont recueillies le soir lorsqu'il retourne au kommando.<br /> Aussi le jour de Noël 1942 fut-il bien arrosé ! Geai avait eu la joie d'assister à la messe ce jour-là : c'était la quatrième messe depuis sa captivité.<br /> « Pour le réveillon, nous disposions de 24 bouteilles de vin pour accompagner un menu composé de frites, bifteck, gâteau moka, cacao et café américain. Nous avions acheté les gardes allemands en leur offrant quelques cigarettes ; ces derniers nous avaient alors laissés tranquilles, en paix, après 19h30 ».</p><br /> <br /> <strong>Le grand hike, 4ème évasion (15 au 23 mars 1943)</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Malgré l'atmosphère fraternelle et familiale qui régnait dans le kommando, 1'appel du pays retentissait toujours de plus en plus dans 1'âme du chef Geai. En janvier 1943, il élaborait soigneusement un plan d'évasion avec un de ses « associés » français, originaire de Toulouse, Louis Cassagne<br /> II y avait en ville un kommando belge qui s'occupait du chargement de wagons de marchandises à destination de différents pays ; parfois, des wagons partaient pour la Belgique. Ils s'étaient mis en rapport avec le chef du kommando qui devait les avertir dès qu'un wagon serait chargé et dirigé sur la Belgique ou la France.<br /> Tout était prêt : vivres, eau, boussole, couvertures, cartes, poivre ...<br /> Embarquement à Greifswald.<br /> Le 13 mars, on annonce qu'un wagon de blé va partir pour Louvain. Les Belges du Kommando chargent tous les vivres et les bagages dans le wagon et, le 15 mars, Geai et son camarade sont conduits discrètement au wagon qui était seul en dépôt. Ils sont embarqués et installés. Le wagon est scellé, conduit à Greifswald et pesé avec tout son chargement. C'était un wagon fermé au toit en forme de cintre, avec deux fenêtres se refermant complètement de 1'intérieur du wagon et pouvant livrer passage à un homme.<br /> Départ le lendemain à 9 heures, avec un train de marchandises. Etape sans escale jusqu'à Schwerin. Arrêt d'un jour. On entend dans le lointain les bombardements de la R.A.F. Le wagon est manipulé et rattaché à un autre train en partance pour 1'Ouest.</p><br /> <br /> <strong>Évadé mais à nouveau repris bien que plus d’une année plus tard, dans d’autres circonstances …</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les archives allemandes mentionnent officiellement l’évasion le 17 mars 1943, du Kommando 1210 (P.K.I.). L’évasion est confirmée par l’autorité allemande par son avis n°512 du Stalag II-C, du 10 septembre 1943, avec la mention « le 17.3.1943, évadé ».<br /> La P.K.I. (fiche personnelle allemande n°1) a été renvoyée à le Wast le 20 mars 1943, et sur cette dernière apparaît la mention manuscrite « repris - voir lettre du 22 août 1944 ». L’administration militaire allemande fonctionne à l’évidence bien.<br /> L’arrestation de Franz Schmitz, survenue à Maissin dans le cadre de ses activités de résistance a notamment été signalée dans un rapport journalier allemand du 14 août 1944 de l’Oberfeldkommandantur 589 (Liège) <em>Kommandostab Abt. IA IC : « Ausserdem in Maissin (15 km. sw St-Hubert) ein entwichener belg. Kriegefangener festgenommen …</em> Le nom du prisonnier n’est pas mentionné dans ce document, mais il s’agit à l’évidence de Franz Schmitz. <br /> Stop ! Alerte « avions ». Les sirènes mugissent au loin dans la vallée du Rhin. Leur bruit se rapproche peu à peu. Celles de Krefeld mugissent à leur tour. On entend les premiers avions. Que faire ? Le wagon est en plein milieu d'une des plus grandes gares de formation de 1'Allemagne. Magnifique objectif. Une seule chose à faire, risquer sa chance, rester dans le wagon et s'en remettre à la grâce de Dieu. Par bonheur, 1'objectif n'était pas la gare de Krefeld.<br /> Le lendemain, le convoi repart vers Aix-la-Chapelle, où il stationne encore une demi-journée dans la gare. Tout à côté, des voies sont en réparation, des Allemands et des prisonniers et déportés y travaillent. Certains viennent s'adosser et fumer contre le wagon de blé. « Un wagon pour la Belgique », dit un Allemand spirituel, « vous n'en profitez pas pour retourner en Belgique ?». Geai entend la conversation et voudrait crier : « Complet ! ».<br /> On repart. Nouvel arrêt. Frontière belge ! Comme le cœur battait alors !... On contrôle les scellés. Des Allemands escortés de chiens policiers longent et examinent les wagons. Mais du poivre (dont ils avaient emporté un kilo) avait été répandu tout le long du wagon... On attend des heures après une locomotive belge, puis on repart de nouveau. La soif était terrible. Depuis quatre jours avec seulement quatre litres d'eau pour deux ! Une des quatre gourdes s'était coincée et renversée dans les sacs de blé.<br /> Des gares, des villages belges ! C'est dimanche (sans doute le dimanche 21 mars 1943) ! On voit, par un petit trou ménagé pour observer, les gens aller à la messe. II est 7 heures du matin. Le train semble ne pas se diriger sur Liège, mais couper droit sur Louvain. Attention de ne pas aller jusque-là ! Ils suivent anxieusement sur la carte et examinent les abords de la voie.<br /> Fenêtre descellée, il faut sauter du train ...<br /> Le moment propice semble arrivé : le train traverse une petite sapinière. Les fenêtres sont descellées et ouvertes. Le Français jette son sac et saute sur le ballast. Geai le suit 150 mètres plus loin. Ils foncent directement dans les sapins par crainte du fourgon où devait se trouver un Allemand. Saut étudié d'avance et bien réussi, malgré le choc un peu dur sur les gros cailloux. Les deux compagnons se retrouvent.<br /> Tout s'est bien passé. Ils se trouvent, d'après les cartes, au nord de Liège, entre « Rodange » (plus vraisemblablement Roclenge-sur-Geer, en wallon Roclindje-so-Djer, en néerlandais Rukkelingen-aan-de-Jeker) et Glons (sections de la commune de Bassenge). Suivant un chemin de campagne, marqué de traces de charroi, ils arrivent à la grand-route Tongres-Liége. Ils se cachent dans un bois bordant la grand-route et attendent.<br /> <br /> … ils sautent du train entre Roclenge et Glons, puis rejoignent le grand route Tongres-Liège ; … on leur renseigne un château à un ou deux kilomètres de là …<br /> Le premier homme qui passe est... un Allemand en vélo ! On le laisse passer. Puis, c'est un homme de 40 à 50 ans, tout interloqué, et pour cause. Ils expliquent leur situation en peu de mots et demandent où ils peuvent se procurer des habits civils ? L'homme leur renseigne le château du « comte de Grunne » (?), situé à 1 ou 2 kilomètres de là. Ils gagnent le château par les campagnes.</p><br /> <br /> <strong>Accueil et aide du châtelain</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils arrivent au château. Sur le conseil que leur avait donné le paysan rencontré, ils frappent à la porte de service. La porte s'entrouvre et laisse apparaître la figure d'une vieille servante qui prend immédiatement des airs terrifiés et leur referme la porte au nez. C'est qu'ils avaient 1'air de véritables bandits : sales, non rasés depuis huit jours... Ils frappent à nouveau, elle revient. Rapidement, ils expliquent leur situation. La servante fond en larmes de pitié. Ils entrent et s'assoient en attendant le châtelain qu'on est allé prévenir.<br /> II arrive une demi-heure plus tard et, en homme prudent, les questionne longuement. II est alors tout à fait mis en confiance. On leur apporte à boire, car ils ont une soif terrible. Ils resteront toute la journée au château pour se reposer. L'accueil est des plus cordiaux. On les restaure et ils se reposent ; ils sont pressés de conter leurs aventures. On leur donne de 1'argent et des habits civils.<br /> Le lendemain, à 4 heures du matin, le châtelain lui-même les conduit en voiture à la gare des Guillemins à Liège d'où un train part pour Marche, à 7h15.</p><br /> <br /> <strong>Retour en Famenne : Marenne, le Fonds des Vaulx, Marche, …</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Joie de revoir des paysages de plus en plus connus. Marenne, en réalité Bourdon ! Dernière gare avant celle de Marche. Geai juge prudent de descendre là et de regagner Marche par les campagnes. Ils se dirigent vers le Fonds-des-Vaulx.<br /> Le Fonds-des-Vaulx, charmante vallée boisée et rocailleuse qui touche à Marche et où les scouts ont leur local : chalet au milieu d'une vaste propriété boisée. Face au local qui se trouve au sommet d'un des versants de la vallée, est situé un petit bois.<br /> Geai et son compagnon gagnent cet endroit idéal, pensant y attendre la tombée du jour. Mais voici qu'ils aperçoivent, travaillant à un coin de patrouille, 1'assistant scout Chevreuil (Henri Molehant). II est trop loin pour lui faire signe : vingt mètres et la vallée les séparent, d'autant plus que d'autres personnes travaillent également dans la propriété. Midi sonne quand il rentre pour dîner. Reviendra-t-il ?<br /> Il revient. Cette fois, Geai n'hésite plus. II connaît tous les sentiers et recoins de la vallée et il apparaît comme une vision irréelle aux yeux de Chevreuil abasourdi. Pat ! L'index sur les lèvres, car un peu plus loin un marchois bêche son jardin. La porte du chalet est ouverte et, le soir, c'est la rentrée à Marche.<br /> Les parents et un petit cercle de chefs (scouts) sont mis au courant.<br /> Le soir même de son retour, Geai se rend discrètement au n°6 de « la petite rue qui conduit au Thier des Corbeaux », à la maison Molehant, où résident deux « assistants » scouts, Daguet (Odon Molehant) et Chevreuil (son frère jumeau, Henri Molehant ). Depuis quelques mois déjà, cette maison est devenue le centre de résistance, peut-être le plus important de la ville de Marche.<br /> On imagine la joie des retrouvailles et l’animation des échanges …, les projets d’action.</p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique et iconographique:</strong><br /> <a href="https://genealogie.marche.be/kg/devmem/F-SCHMITZ.htm#_Toc488667219">https://genealogie.marche.be/kg/devmem/F-SCHMITZ.htm#_Toc488667219</a> Fri, 31 May 2019 20:12:44 +0200 Le carnet de campagne de Philippe Tettelin https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin02.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>- Le 10 mai 1940 vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Il était à peine deux heures. Je venais de me coucher quand le lieutenant entre en trombe dans le corps de garde de la caserne des chasseurs ardennais à Antheit et d’une voix sonore crie : « Alerte réelle ». C'est la guerre.<br /> Je me mets en tenue et cours à mon poste. Le calme s’est subitement transformé en un retentissement de cris et de pas pressés. C’est une froide nuit de printemps et je reste dans le fortin, proche de notre casernement, jusqu’au matin.<br /> Je retourne à la caserne vers 5 heures du matin, je mange en hâte... Je prends mon vélo et je retourne chez moi, rue des Potalles à Vinalmont.<br /> Sur le pas de leurs portes, des gens affolés gesticulent. J’arrive chez moi tout trempé de sueur. Ma femme Madeleine vient à ma rencontre en pleurant ; je la console de mon mieux.<br /> Elle m’apprête quelques friandises et de l’argent pendant que je me change. Je me rends sur la position et le soir arrive sans autre incident. La nuit, je dors sous une tente mais j’ai froid.</p><br /> <br /> <strong>- Le 11 mai 1940 samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Durant la journée quelques survols d’avions ennemis ; tirs de DCA et des mitrailleuses anti- aviation.<br /> En soirée, ma femme vient me rendre visite. Elle m’apporte de nouveau des friandises et des cigarettes ; elle s’en retourne, me promettant mieux pour le lendemain. Vers les 8 heures, la pièce est mise en batterie sur la route de Leumont. A 11 heures, mes camarades de la 10ème compagnie et moi quittons la place de Wanze à pied vers Moha et Bierwart. Durant ce trajet, une fusée éclairante nous surprend. Tout le monde se couche dans le fossé bordant la route. Nous continuons la marche.</p><br /> <br /> <strong>- Le 12 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons de grand jour à Cognelée (Namur) où nous nous reposons dans un verger. Peu de temps après arrivent des avions. Ils nous survolent... les bombes pleuvent autour de nous : là, j’ai peur pour la première fois... La nuit vient, je rencontre deux amis perdus eux aussi. Nous allons dormir un peu parmi les Français, puis nous nous remettons en route.<br /> Nous rencontrons la 9ème Cie. Nous sommes heureux de voir notre ancien ami de chambrée Charles et nous passons le reste de la nuit avec lui.</p><br /> <br /> <strong>- Le 13 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, nous rencontrons un TS (de l'escadrille du support technique) qui nous indique le chemin pour retrouver la Cie. Nous nous rendons sur les positions presque sans manger... Le soir nous nous mettons en route à destination du front.</p><br /> <br /> <strong>- Le 14 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons le matin à Marchovelette. Nous mettons en batterie dans le fond d’un bois, nous creusons des trous de fusiliers et des abris. Nous nous couchons près des pièces, enroulés sous nos bâches, mais personne ne dort.</p><br /> <br /> <strong>- Le 15 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans le courant de la matinée, nous sommes obligés de prendre la fuite car nous sommes menacés d’être encerclés... En marchant, nous passons dans les lignes marocaines qui nous crient de nous cacher.<br /> Les balles de Mi sifflent au-dessus des têtes : c’est déjà un char allemand qui est avancé. Puis nous arrivons près de Temploux, village très éprouvé ; une série de spectacles épouvantables se présentent à nos yeux. Sur une grande distance, le long de la route, nous voyons des trous de bombes tous les 10 mètres, des camions détruits, beaucoup de vaches tuées, les rails du tram tordus et, en passant dans le village, même vision d'apocalypse : un avion français abattu... dans un verger une trentaine de soldats tués et leurs vélos détruits, et aussi plusieurs immeubles en ruines. C’est les yeux pleins d’horreur que nous arrivons à Jemeppe.<br /> </p><br /> <strong>- Le 16 mai jeudi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous traversons la ville de Charleroi... Nous passons dans Nivelles dont le clocher est abattu ; les rues sont encombrées de débris des façades de beaucoup de maisons... Toute la nuit les canons tonnent et on entend le vrombissement des avions.</p><br /> <br /> <strong>- Le 17 mai vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">...nous cherchons un vélo ; mon camarade en trouve un&#8239;; ne restait pour moi qu’un vélo d’enfant&#8239;; j’attache mon masque à gaz sur le porte-bagages qui me sert de selle et nous nous mettons en route, suivant une colonne cycliste... Nous prenons la route de Gand et nous trouvons la Cie à Ravère(??) (peut-être Gavere) où nous logeons.</p><br /> <br /> <strong>- Le 18 mai samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Entre-temps, la cuisine a été bombardée et beaucoup d’hommes se sont perdus, notamment quelques camarades de chambrée. Les camions et les pièces se sont perdus aussi... Nous sommes arrivés à Petteghem. Mon copain Henry Brasseur et moi avons transformé la salle de bain d'une belle villa abandonnée en chambre à coucher.</p><br /> <br /> <strong>- Le 19 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">...A Deinze, nous assistons au départ des évacués. Triste spectacle&#8239;! Des gens paisibles doivent quitter leur foyer pour s’exiler dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Mon copain et moi nous lavons les pieds dans la Lys, rivière au cours lent.</p><br /> <br /> <strong>- Le 20 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Toujours au repos. Dans le courant de l’après-midi, nous nous sommes remis à neuf&#8239;: nouvelles chemises, chaussettes, veste, capote, guêtres et culotte. Journée très calme. Le soir nous sommes partis et sommes arrivés à Gottem.</p><br /> <br /> <strong>- Le 21 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous avons organisé les positions. N'ayant plus de pièces, la Cie a été transformée en « Cie fusiliers ». J’ai monté de garde jusqu'à minuit, puis je me suis couché. Le canon a tonné toute la journée et toute la nuit. Beaucoup d’avions ont survolé notre campement.</p><br /> <br /> <strong>- Le 22 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Très tôt, nous nous mettons en tenue pour partir ; nous attendons jusqu’au matin sur la route, puis il y a un contre-ordre. C’était un exercice, paraît-il. Des avions nous survolent constamment dans la matinée.<br /> Le carnet s'arrête là.<br /> Le soldat Tettelin Philippe, de la 10ème Compagnie des Chasseurs ardennais, a été tué d'un éclat d'obus le 26 mai 1940 à Gottem.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin01.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique via internet </strong>:<br /> <a href="https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin">https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin</a><br /> <strong>Source iconographique </strong>:<br /> <a href="http://6cha.be/Historique.html">http://6cha.be/Historique.html</a> Tue, 30 Apr 2019 20:08:55 +0200 L’exode d’André LEDENT de Houyet (Belgique) https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1940, alors que l'armée belge vient de rétablir les permissions de cinq jours pour les soldats mobilisés, Adolf HITLER donne le signal de l'invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg.<br /> Il est un proverbe qui dit :" Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage". En voici sa traduction trouvée dans un ouvrage allemand publié à l'Imprimerie Louis DESMET-VERTENEUIL, rue 't Kind, 60-62 à Bruxelles en 1940 (et écrit par Werner Pich): "Vu l'imminence d'une agression ennemie contre les territoires belge et néerlandais et le péril dont est menacé le bassin de la Ruhr, l'armée occidentale allemande , pendant les premières heures de la matinée du 10 mai, a procédé à l'attaque sur un très large front à travers la frontière occidentale de l'Allemagne" (La Fin des Illusions, Werner Pich, page 17). Ce texte est un court résumé de la note d'information rédigée par l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles et qui a été lue par celui-ci à notre Ministre des Affaires Etrangères, Paul-Henri SPAAK, le 10 mai 1940 à 08H30.<br /> Bien que né en 1895, mon père Auguste LEDENT est considéré comme mobilisable aux Chemins de Fer belges (Livret de mobilisation civile: 05 mars 1935, et modifications 02/1936, 10/05/1939, 12/08/1939). Il est rentré chez nous, ce 10 mai en nous expliquant qu'il était mobilisé à la SNCB et qu'il devait repartir immédiatement. Avec un groupe de ses collègues, il est dirigé dans un train spécial qui les conduit tous en exode dans la région de TOULOUSE (Il se retrouvera finalement à GORNIES, Hérault, Languedoc-Roussillon en France où il travaillera dans les vignes en attendant le retour en Belgique occupée durant le mois de septembre 1940).<br /> Le 11 mai, devant l'avancée très rapide des troupes allemandes en territoire belge et français, notre mère, Aline ARNOULD, prend peur; c’est qu'elle a deux filles encore bien jeunes : Emilie, 17 ans et Marie, ma sœur jumelle qui n'a que 15 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mes oncle et tante, Gustave PIERLOT et Marie ARNOULD, de ON, sont arrivés chez nous immédiatement après la déclaration de guerre…sans doute effrayés par le bombardement terrible qu'a subi la gare de Jemelle, dès l'aube du 10 mai (au journal radiodiffusé de 06H30,sur l'INR, on a annoncé la déclaration de guerre en même temps que l'attaque sur la gare de Jemelle).<br /> Tous ensemble, on décide donc de partir le plus loin possible car les adultes se souviennent avec horreur de la barbarie teutonne durant la première guerre. N'oublions pas que Dinant se trouve à 24 kilomètres de HOUYET et qu'on y a assassiné sauvagement 674 personnes, hommes, femmes enfants, le 23 août 1914 et mis la ville à sac.<br /> Il se peut même que cette éventualité ait déjà été envisagée entre mes parents et mes oncle et tante car ma mère, durant la guerre 14-18 a travaillé dans le restaurant de l'oncle Emile ROUARD (Le café-restaurant de la Poste, rue de la Station à HOUYET) que tenaient une de ses tantes, Emilie ROUARD et son mari Jean ENGELMAN, tailleur d'habits, de nationalité luxembourgeoise qui a aidé ma mère dans la connaissance de la langue allemande. Elle y a appris cette langue "sur le tas" car le restaurant avait été réquisitionné par les militaires des chemins de fer allemands. Avant la guerre, adorant la musique classique, elle écoute à chaque fois qu'elle le peut une station allemande: la radio de Langenberg qui diffuse pareille musique. Elle a donc bien compris ce qui se tramait de l'autre côté de la frontière et a sans doute déjà discuté avec notre père ainsi qu'avec ses sœur et beau-frère de ce qu'il y aurait à faire en cas d'invasion. Cela expliquerait vraisemblablement la soudaineté de sa décision: on part sans attendre!<br /> Depuis pas mal de temps déjà, il se raconte qu'en cas d'invasion, on ne sera en sécurité qu'au nord de la Meuse, lieu stratégique principal pour les armées alliées. Il faut donc se rendre à Dinant. Il n'y a plus de trains entre Dinant et Bertrix . On contacte alors le boucher, Joseph MONTJOIE, installé à HOUYET à l'emplacement actuel du gîte "Au beau séjour". On l'appelait "le Blanc Boucher". Il accepte d'emmener tout le monde à Dinant dans sa camionnette, même mon chien Bobby qui me suit partout (jusqu'à l'école où l'instituteur fulmine et m'ordonne de le faire sortir) et que je n'ai pas pu me résoudre à abandonner là.<br /> Nous voilà embarqués dans le train vers NAMUR: il y a donc Oncle Gustave et Tante Marie, ma mère Aline ARNOULD, mes deux sœurs Emilie et Marie, moi-même, André LEDENT et notre chien Bobby. Arrivés à NAMUR, on entend des tirs : canons des forts ou bombardements ennemis? Les deux sans doute puisque les sirènes nous avertissent dans un vacarme assourdissant, qu'il nous faut nous réfugier dans les souterrains de la gare. C'est la cohue mais nous obtempérons. Autant prendre de bonnes habitudes dès le départ! Nous sommes tous là atterrés, coincés dans ce boyau bondé; va-t-il résister?...en sortirons-nous vivants? C'est terrible, affolant un premier bombardement.<br /> A la fin de l'alerte, vu la situation difficile déjà pour les chemins de fer sur certains axes, nous partons à pied en direction de Tamines. L'oncle Gustave peste car la tante Marie l'a chargé comme un baudet. A Temploux nous entendons les bombardements tout proches. Nous arrivons à SPY. Dans la précipitation du départ, nous avons oublié que nous sommes dimanche et plus particulièrement dimanche de Pentecôte. A SPY, c'est aussi le dimanche des communions. Nous assistons à la messe. A la sortie, il est surprenant de voir ainsi mélangés des familles de communiants tout endimanchés et qui ont décidé de tout de même faire la fête, des réfugiés dans notre genre avec le barda sur le dos et des mines plutôt déconfites, des soldats français qui bivouaquent: l'un d'eux, d'ailleurs, a installé son miroir et est occupé à se raser sous une remise. Soudain, des avions envahissent le ciel bleu de cette journée ensoleillée. Les Français nous avertissent que ce sont des Stukas et qu'il faut se cacher. Nous fonçons dans une remise et je me cache sous un escalier. Les hurlements des avions fondant sur le village nous effraient. Puis brusquement, c'est la mitraille qui fait exploser les briques des murs, les ardoises des toits et résonner le métal des véhicules militaires garés tout près. D'où je suis, par une petite fenêtre, je peux voir le verger. Heureusement, il est en pente et cela va nous sauver car celle-ci oblige les avions à se redresser. J'aperçois avec horreur le feuillage des arbres se faire cisailler, déchiqueter par les rafales. Ce sont des images et des bruits que je ne pourrai jamais oublier.<br /> Lorsque le calme revient, nous sortons de nos abris: personne d'entre nous n'est blessé. Autour de nous non plus. Nous nous remettons donc en route immédiatement. Ce voisinage avec les véhicules militaires n'est pas une bonne chose. Nous avançons et à chaque halte, sans rien dire à personne, oncle Gustave retire l'une ou l'autre chose de son barda. Le pauvre! Il fait une de ces chaleurs! Parce que c'est ça qu'il y a de terrible dans l'histoire : il fait un temps magnifique et ce devrait être une splendide journée!<br /> C'est en début de soirée que nous atteignons Tamines. Là, nous apprenons qu' un train va partir incessamment en direction de Tournai. Nous nous précipitons donc pour profiter de l'aubaine. Notre enthousiasme retombe un peu lorsque nous découvrons que ce train est composé de wagons-tombereaux (et nous comprendrons à l'arrivée, à notre aspect à tous, qu'ils avaient transporté du charbon auparavant) . Mais contre mauvaise fortune bon cœur! Nous nous installons sans ronchonner. On se presse faudrait-il plutôt dire. Nous sommes tous étrangers l'un à l'autre et nous nous côtoyons, nous frôlons, nous cognons l'un à l'autre sans rouspéter. La peur transforme parfois les hommes.<br /> Le train s'est mis en marche et nous roulons à travers la campagne, cheveux au vent, le nez dans les poussières de charbon ou la fumée et les escarbilles lâchées par la locomotive. Avec nous, il y a un vieux curé dans sa soutane noire accompagné de sa gouvernante: sa présence va compliquer la vie de tous ceux d'entre nous, surtout les femmes, qui sont pris d'un besoin urgent. Mais… à la guerre comme à la guerre, la résistance humaine ayant des limites souvent infranchissables en ce domaine, il faudra donc bien que pudibonderie ecclésiastique et nécessités physiques, petites ou grosses, se hantent, le temps d'un trajet en train. La guerre nous rabaisse souvent au stade de l'animal et il est étonnant de voir comment la personne humaine, nécessité aidant et fierté ravalée, s'en accommode rapidement. Nous ne sommes pas si loin de l'arbre de nos aïeux simiesques!<br /> Au petit matin, entre LUTTRE et MANAGE, des points noirs apparaissent dans le rectangle de ciel qu'il nous est possible de voir. Ces points noirs grossissent, deviennent des avions, des Stukas reconnaissables à leurs sirènes affolantes. Ils nous prennent en enfilade mais, trop tard pour eux, au moment de frapper, ils nous voient disparaître dans le tunnel de GODARVILLE qui nous met à couvert. Nous l'avons échappé belle! Et dans la fraîcheur de l'obscurité, nous soufflons d'aise. Nous entendons le bruit des explosions qui nous étaient destinées. Le coup passa si près…<br /> Nous arrivons à TOURNAI. Le train ne va pas plus loin. Nous descendons et nous découvrons avec surprise, l'ancien chef de gare de HOUYET : Mr FRANCOTTE. On se salue et on bavarde un peu. Puis nous décidons d'aller manger. Il y a là tout près un immense restaurant populaire: nous y retrouvons un certain Jean HARDENNE, gendarme que nous connaissons bien puisqu'il a épousé Georgette CALMANT, une Houyétoise. Le monde est décidément bien petit!<br /> Au sortir du restaurant, les sirènes mugissent: il faut aller aux abris. Ce que nous faisons tous en entrant n'importe où pourvu d'y être protégés. C'est ainsi que nous nous retrouvons dans une cave qui a été étançonnée. Bobby ne nous suit pas. Je ne le reverrai jamais et aujourd'hui encore, lorsque j'en parle, j'en éprouve énormément de peine. L'alerte passée, nous repartons vers LAMAIN qui se trouve à la frontière française. Cependant, les militaires français nous interdisent le passage de la frontière. On s'en doutait bien car nous avions croisé d'autres réfugiés qui nous avaient avoué avoir été refoulés. Mais sans doute comptions-nous sur la chance? Nous logeons dans une maison occupée par deux dames, la mère et la fille. Nous y sommes avec un musicien belge célèbre : André SOURIS, grand-prêtre du surréalisme en Belgique avec Scutenaire, Magritte et quelques autres. Maman peut entamer une discussion intéressante sur la musique classique qu'elle apprécie tant avec lui. Le lendemain matin, il me dit: "Allez, André, on va chercher du pain!" Et nous sommes donc allés acheter du pain à la boulangerie du village. Après la guerre, nous avons entretenu une petite correspondance avec Mr SOURIS devenu en 1941 directeur de l'orchestre de l'INR (Institut National de radiodiffusion qui donnera naissance à la RTB quelques années plus tard).<br /> Il nous faut donc chercher un passage plus au nord et nous nous remettons en route vers Mouscron en longeant la frontière. A de multiples reprises, nous tentons de passer en France mais en vain. Ce n'est donc pas dans cette direction que se trouve notre salut. Nous passons à l'ouest de COURTRAI et ma mère me dit: ‘’ Regarde, André, le Mont KEMMEL’’ et c'est vrai qu'en ce plat pays, il a l'air d'une montagne bien qu'il ne culmine qu'à 156 mètres d'altitude.<br /> Nous atteignons POPERINGHE où les Anglais, très nombreux, ont installé partout des batteries anti-aériennes. Nous logeons sans doute dans ces environs mais mes souvenirs ne me permettent pas de localiser ces endroits.<br /> C'est dans cette région que j'ai pu observer un combat d'avions. Nous marchions et nous sommes passés auprès d'une batterie de DCA anglaise. Alors que nous en étions assez proches, celle-ci fut attaquée par des avions allemands (sans doute des Messerschmidt). Ceux-ci à peine arrivés sur les lieux, débouchèrent d'on ne sait où des avions anglais (sans doute des Spitfire (??) qui engagèrent aussitôt le combat. Nous avons plongé dans le fossé qui longeait la route. J'ai atterri auprès d'un tuyau d'évacuation des eaux dans lequel j'ai pu me glisser; comme il avait fait beau depuis plusieurs jours, l'intérieur était sec. C'est donc de cet abri confortable que j'ai pu assister au spectacle d'un combat aérien. Quelles cascades j'ai vues! Puis les combattants s'en sont allés plus loin sans qu'aucun n'ait été touché ou abattu.<br /> Puis nous tentons encore de passer la frontière sans aucun résultat d'ailleurs. Nous nous dirigeons vers FURNES. Nous traversons Alveringen. Un peu avant la ville de FURNES, nous quittons la grand-route pour prendre la direction d’EGGEWAARTSKAPELLE. Dans les environs de OEREN (??), alors que nous longeons le Canal de Lô qui rejoint Lô à FURNES nous apercevons des soldats anglais qui prennent leur bain dans ce canal…en tenue d'Adam. C'étaient vraisemblablement des soldats au repos, redescendus en seconde ligne et qui profitaient de ces "vacances" pour prendre un bain bien mérité. Notre mère n'est guère contente de ce spectacle surprenant qu'elle juge très choquant pour mes sœurs. Nous ne nous attardons donc pas.<br /> Un peu plus loin, nous faisons halte dans une ferme isolée aux environs d’Eggewaartskapelle. La patronne parle très bien le français. Au moment du repas, nous la voyons couper le pain avec une espèce de faucille qu'elle applique sur son avant-bras. Engin étrange que je n'ai jamais plus vu par après et dont je ne connais pas le nom. Nous logeons dans le foin et vivons, en payant, sur les réserves de cette ferme qui, habituellement isolée, a dû emmagasiner des stocks de nourriture pour être totalement en autarcie. Nous sommes restés plusieurs jours dans cette ferme sans qu'aucun événement important ne vienne troubler notre quiétude. La preuve en est que je n'en ai aucun souvenir précis.<br /> Le 27 mai, des soldats belges viennent s'installer avec nous, ce qui ne réjouit pas du tout notre mère: en effet, elle avait pour principe de nous tenir éloignés des troupes qui attiraient trop l'attention des avions ennemis). Ces militaires-là ne semblaient pas avoir combattu: trop propres, trop reposés, trop peu armés (un fusil, en tout et pour tout). On peut aujourd'hui penser qu'il s'agissait d'un groupe issu du 14è de Ligne et affecté à la défense de la région de Dixmude. Les officiers parlaient parfaitement bien français. A les voir aussi fringants et aussi calmes, comment aurions-nous pu imaginer un seul instant qu'à quelques kilomètres de nous, à Vinkt, nos Chasseurs Ardennais livraient des combats terribles et infligeaient à l'ennemi des pertes tellement importantes que celui-ci, après la reddition du 28 mai, exécutèrent des civils et des prisonniers en guise de représailles. Ils m'ont permis d'utiliser leurs jumelles pour observer la ville de Dixmude, là-bas à l'est.<br /> Le lendemain matin, 28 mai, nous apprenons tous que la Belgique a capitulé. Nous nous installons donc dans l'attente. Que faut-il faire? Les soldats n'en savent pas plus que nous d'autant plus qu'il n'y a avec eux, aucun officier supérieur. Ils hissent un drapeau blanc sur la ferme et ils patientent tout comme nous. Ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'on a vu arriver sur la petite route menant à la ferme, un cycliste seul et qui nous paraît bien téméraire: un feldwebel allemand. Il vient apporter aux militaires les consignes à suivre. Ceux-ci en claquent presque des dents tant ils semblent avoir peur de ce guerrier qui, il est vrai, en impose! C'est ma mère qui fait l'interprète avec ce qui lui reste de la langue de Goethe. Il faut faire deux tas avec les armes: à gauche les fusils, à droite les cartouchières. Nos rois de la panique s'exécutent donc. Puis maman interroge l'officier allemand: "Que devons-nous faire, nous autres, les réfugiés civils qui désirons rentrer chez nous ?" La réponse est précise: "Demain matin à 8 heures, il faut vous trouver au pont sur l'Yser, à Dixmude, afin de traverser ce cours d'eau". Puis il s'en retourne par où il est venu.<br /> Lui parti, plusieurs soldats se précipitent sur le tas de cartouchières. On pourrait penser qu'ils vont tenter de détruire leur matériel. Même pas. Ils récupèrent l'argent, les objets précieux, les cigarettes qu'ils y avaient glissés et que la panique les avait empêchés de reprendre auparavant.<br /> Peu après, du côté de FURNES, les Anglais se sont mis à tirer au canon sur Dixmude. Ce sont des troupes qui étaient massées aux alentours de Menin ou le long de la frontière française et qui, défection belge oblige, ont reçu l'ordre de venir protéger la "poche" de DUNKERQUE dans laquelle se rassemblent toutes les troupes de Sa Majesté (opération Dynamo).<br /> A la tombée du soir, la réponse allemande vient : d'où nous sommes, entre les deux belligérants, dans l'obscurité, nous pouvons voir les lueurs crachées par les bouches des canons au sortir des obus puis nous entendons les projectiles filer au-dessus de nos têtes avec leurs "vrou-vrou-vrou" caractéristiques et enfin, nous percevons leur arrivée. A côté de nous, les militaires mesurent les distances au moyen de leur montre et estiment le point de chute: "Ah! Celui-là est tombé dans le canal!". Il faut bien passer le temps et faire tomber l'angoisse.<br /> Le lendemain matin, nous avons donc tout rassemblé et avons abandonné la ferme sans oublier de remercier ceux qui nous avaient ainsi offert l'hospitalité durant plusieurs jours. Nous avons atteint le pont désigné à l'instant voulu. Un feldwebel (nous avons eu tout le temps d'apprendre à les reconnaître par la suite) y faisait la circulation car il n'y avait là qu'une seule voie. Le pont passé, nous entrons dans la ville. Il me reste de ces moments, des souvenirs indélébiles tant ils ont marqué mon âme d'adolescent. En avançant, nous avons découvert des soldats français tués. L'un d'entre eux était assis, appuyé contre un tronc d'arbre et il paraissait nous regarder venir. Dans l'herbe, à côté de lui, une tartine et une gourde: il s'était fait tuer alors qu'il mangeait paisiblement. Cette image me poursuit encore comme celle du "dormeur du val" a hanté Arthur Rimbaud. Notre retour commence donc bien tristement.<br /> Nous atteignons WAREGEM. Un peu plus loin, nous assistons à une scène plutôt bizarre: des soldats allemands, devant une caméra qui les filme, distribuent des bicyclettes à des jeunes Belges qui se précipitent pour les obtenir. Moi-même, je suis très intéressé et désire me présenter pour en recevoir une moi aussi. Mais maman me l'interdit. Elle fait bien. Quelques mètres plus loin, nous découvrons des soldats qui reprennent les vélos aux jeunes catastrophés. Propagande ! …quand tu nous tiens! Nous logeons ici dans une boulangerie située dans une très longue ligne droite où nous sommes très bien accueillis.<br /> Le lendemain matin, nous nous remettons en route de bonne heure. Nous traversons AUDENARDE dont le splendide hôtel de ville arrache des "Oh!" d'émerveillement à ma mère. Nous traversons une ville qui n'a guère souffert des combats. A la sortie, bonne surprise! Les occupants d'un camion militaire allemand arrêtent leur véhicule pour nous demander où nous allons. Lorsque maman leur annonce Bruxelles, ils nous proposent de nous emmener. Nos jambes fatiguées nous incitent à accepter cette proposition. Et nous continuons notre chemin dans un camion allemand. Les militaires avaient dû recevoir des ordres pour se montrer gentils avec la population civile belge car de telles histoires, on en a entendu plusieurs durant cette première année d'occupation. Il fallait que les soldats de ce Reich fassent oublier les forfaits horribles de leurs prédécesseurs. Ils y réussiront tellement bien que beaucoup de familles juives, exilées en zone libre française dès l'invasion du 10 mai reviendront (se jeter dans la gueule du loup) durant les derniers mois de 1940, convaincues qu'il n'y a rien à craindre de ces soldats-là (comme le notent J.GERARD-LIBOIS et J.GOTOVITCH dans leur livre "L'an 40. La Belgique occupée" , publié en 1971 aux éditions du CRISP, page 457) .<br /> Quoi qu'il en soit, ayant ainsi bien profité des ordres du Fürher, nous débarquons à Bruxelles dans un état de fraîcheur remarquable. Nous nous installons à la terrasse d'un café pour nous restaurer et faire le point. Que faisons-nous? On décide de rentrer au plus vite. Et je n'ai toujours pas compris comment nous nous sommes retrouvés dans un taxi nous emmenant à Dinant. Le patron du café, comme bien souvent en ces temps-là, était-il aussi taximan? Ou y en avait-il un tout près de nous qui a saisi notre conversation et s'est proposé pour nous reconduire? A-t-il fallu en appeler un? Je ne sais. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, ce 30 mai 1940, en pleine débâcle, nous sommes revenus de Bruxelles à Dinant dans un taxi ! C'est l'oncle Gustave qui jubile!<br /> Après un voyage sans incidents, nous voilà donc devant la Collégiale de DINANT. La journée est bien entamée: il est aux environs de dix-sept heures. Nous décidons tout de même de profiter des dernières heures de clarté pour avancer dans notre retour. Nous montons donc vers DREHANCE et nous atteignons FURFOOZ avant l'obscurité. Nous logeons chez des connaissances originaires de Houyet.<br /> Le lendemain matin, bien reposés, nous repartons. A un embranchement à la sortie de Furfooz, nous nous trompons de route, maman ayant voulu prendre un chemin contre la volonté presque générale. Un comble! Se tromper aussi près de chez soi! Nous atteignons tout de même GENDRON-VILLAGE puis, par la descente de Clinchamps, nous retrouvons les rives de la Lesse, la Gare Royale, le Maupas et enfin, la rue de la Station à HOUYET. Les Allemands sont là. Notre angoisse grandit à chaque mètre parcouru: qu'allons-nous retrouver chez nous?<br /> Lorsque nous arrivons, nous découvrons la porte d'entrée grande ouverte et une bande d'Allemands écoutant un des leurs qui, monté sur la table de la cuisine, joue de l'accordéon. Maman parlemente aussitôt avec eux. Rien à faire, cependant, ils ne veulent pas déguerpir. On nous conseille alors de contacter une certaine Madame DEHAN qui habite rue Saint-Roch, un peu plus loin que la chapelle. On lui explique la situation et elle accepte de nous accompagner. Là, elle invite les Allemands à quitter notre domicile. Assez étonnamment, ils obtempèrent immédiatement. Nous apprendrons plus tard que cette dame travaillait dans un bureau important à la gare de Jemelle et qu'elle possédait une certaine autorité auprès des Allemands.<br /> Nous découvrons alors que notre maison a été pillée et qu'il ne reste rien. Même les disques 78Tours de musique classique et la TSF qu'aimait tant écouter notre mère ont été volés. Il ne reste que les meubles. C'est un malheur mais cela aurait pu être pire encore. Alors, on se console comme on peut et on reprend sa vie en mains, heureux de n'avoir perdu personne parmi nos êtres chers. Quelques jours plus tard, en effet, le boucher MONTJOIE rentré de son exode en France, dans la région de TOULOUSE nous apprenait qu'il y avait rencontré notre père. Tout le monde était donc sauf. Mon père est rentré peu de temps après, toujours habillé de son costume de chef-garde, sauf qu'il avait troqué son képi pour le béret français; il était tellement amaigri que je ne l'ai pas reconnu!</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Source :<br /> <a href="https://exodeledent1940.fr.gd/">https://exodeledent1940.fr.gd/</a> Sun, 31 Mar 2019 12:32:56 +0200 Sur les traces de la Brigade Piron en Normandie https://www.freebelgians.be/articles/articles-6-184+sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-6-184+sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/9344_sur_les_traces_piron.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans la lignée des "Témoins d'acier" ou du "Sur les traces de la Easy Company", il s'agit d'un opuscule d'une centaine de pages qui invite le lecteur à retourner sur le terrain (l'une des clés de voûte de la méthode WENKIN avec les sources primaires inédites).<br /> Pour ceux qui auront lu "Les moutons noirs de Piron" en 2017, il s'agit d'une suite logique qui laisse la part belle à l'épopée normande du ‘’First Belgian Group’’.<br /> L'ouvrage est d'une belle facture (classique chez Weyrich), richement illustré et cartographié comme il faut.<br /> <a href="https://www.weyrich-edition.be/sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie-wenkin#.XHkc-_ZFyUk">https://www.weyrich-edition.be/sur-les-traces-de-la-brigade-piron-en-normandie-wenkin#.XHkc-_ZFyUk</a><br /> <a href="https://www.39-45.org/viewtopic.php?f=21&amp;t=50024">https://www.39-45.org/viewtopic.php?f=21&amp;t=50024</a></p> Sun, 10 Mar 2019 12:19:29 +0100 Squadron Leader Léon PREVOT https://www.freebelgians.be/articles/articles-2-183+squadron-leader-l-on-prevot.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-2-183+squadron-leader-l-on-prevot.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/prevot_pour_freebelgians_mars_2019.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Léon Prévot est né à Tours (Indre et Loire) le 6 janvier 1916. Ayant terminé ses humanités scientifiques, il s’engage comme élève-pilote le 7 mai 1934 et rejoint l’Ecole de pilotage à Wevelgem<br /> Breveté le 31 août 1935, le sergent-pilote Léon Prévot est affecté initialement au 1er Régiment d’Aéronautique sur Fairey-Fox avant de passer, le 18 août 1936 au 3ème Régiment d’ Aéronautique, toujours sur Fairey-Fox.<br /> <br /> Le 30 octobre 1937, il réussit les épreuves de sous-lieutenant de réserve et dans le cadre de sa formation d’officier, il suit les cours de l’Ecole d’observation. <br /> <br /> Le 6 mars 1939 il rejoint à nouveau l’Ecole de pilotage, cette fois comme élève-moniteur. Il obtiendra la qualification le 1er février 1940. Le 10 mai 1940, au moment de l’agression nazie, Léon Prévot est moniteur à la 3ème Escadrille de pilotage de Deurne (Anvers).<br /> <br /> Le 12 mai toutes les escadrilles de l’école de pilotage reçoivent l’ordre de se replier sur la France. La destination finale sera la base de Caen-Carpiquet où toute l’école se trouve réunie le 20 mai 1940, date à laquelle elle reçoit l’ordre de faire mouvement vers le Maroc. C’est à bord du "David Livingstone" qu’il rejoindra l’Angleterre où il débarque à Cardiff le 5 août 1940.<br /> <br /> Le 14 août il est incorporé dans la Section belge de la RAF au dépôt de St Athan au moment où la Bataille d’Angleterre entre dans sa phase décisive. Léon Prévot rejoint l’OTU Blenheiin N°1 à Silbath (Prestwick) où il découvre les subtilités du vol sur bimoteur et les exigences du vol en équipage !<br /> Le Pilot Officier Léon Prévot rejoint le 21 septembre 1940 le 235 Squadron du Coastal Command à Bircham Newton. Le squadron est engagé dans des missions de protection de convois et de reconnaissance au-dessus de la Mer du Nord. Le séjour de Léon Prévot au sein du Coastal Command sera cependant de courte durée. En effet, une école de pilotage franco-belge a été mise sur pied à Odiham. <br /> <br /> Le 21 octobre 1940, Léon Prévot s’y retrouve comme moniteur. Le 1er décembre Léon Prévot est nommé Flïght Commander. Mais l’école de Odiham aura une existence éphémère, et le 23 juin 1941, il rejoint un OTU Spitfire à Grangemouth<br /> <br /> Après un passage par le 123 Squadron (post OTU Sqn) où il peaufine la formation reçue, Léon Prévot est affecté le 10 août 1941 comme pilote de chasse au 64 Squadron.. Rapidement Léon Prévot a su se faire apprécier, son expérience a été reconnue et dès septembre 1941 il est nommé Flight Commander. Le 4 mai 1942, il est nommé Squadron Leader et passe au 122 Squadron dont il prend le commandement.<br /> <br /> Le 30 juin 1942, il est porté disparu. Blessé, il rejoint Bruxelles où des amis le cachent et le soignent pendant une vingtaine de jours. Après quoi il parvient en passant par Charleroi, Namur et de nouveau Bruxelles à trouver un organisme qui l’aide à rentrer en Angleterre. <br /> C’est grâce au réseau d’évasion «Comète» que Léon Prévot parviendra en compagnie de quatre autres aviateurs alliés à traverser la France, les Pyrénées et à prendre contact avec le Consulat britannique à Bilbao qui assurera son rapatriement vers l’Angleterre.<br /> <br /> Le 15 octobre 1942 il est repris en force au dépôt RAF N°1 de Uxbridge. <br /> <br /> Le 30 octobre 1942 il est honoré de la Distinguished FIying Cross avec la citation suivante:<br /> <em>Has completed a large number of operational sorties as a flight and squadron commander, and his skillful leadership has been a source of inspiration to his pilots. He has destroyed at least 3 and probably destroyed a further 2 enemy aircraft</em><br /> <br /> Dès le 5 novembre 1942, Léon Prévot reprend contact avec la vie opérationnelle en étant affecté au 65 Squadron de Drem et le 21 novembre il est désigné comme CO du 197 Squadron. <br /> <br /> Le 14 juin 1943 il passe à l’OTU comme moniteur sur Typhoon I. Le 28 décembre il succède au Squadron Leader Albert Houssa à la tête de la 350 dotée du Spiffire IX, elle opère à partir de Hornchurch<br /> <br /> Le 24 mars 1944, il passe à l’Etat-Major de l’Air Defence of Great Britain, ensuite à l’Inspectorat de la RAF — Section du training Command. Il y restera en fonction jusqù’au 24 février 1945, date à laquelle son passé de moniteur le rattrape une nouvelle fois: il est désigné pour la RAF/Belgian Training School de Snailweil en fonction de commandant du Flying Wing.<br /> <br /> En octobre 1945 il passe à l’Inspectorat de la section belge de la RAF, puis en janvier 1946 il est désigné comme officier de liaison auprès de l’Air Ministry et à ce titre y prépare la constitution du wing belge qui doit réunir les 349 et 350 Squadrons.<br /> <br /> Le 10 juin 1946 il rejoint le 160 (Belgian) Wing en cours de formation au sein du 135 Wing à Fassberg, comme adjoint du Wing Commander Daniel Le Roy du Vivier. <br /> Il lui succédera comme commandant du wing en juillet 1946 et aura ainsi l’honneur de ramener les deux escadrilles belges à Beauvechain le 24 octobre 1946. <br /> Le Wing Commander Prévot assumera le commandement du "A" Wing de Beauvechain jusqu’en mars 1947.<br /> Le major Prévot occupera différentes fonctions tant au sein des unités d’entraînement que des unités opérationnelles ainsi qu’en Etat-Major. <br /> <br /> Du 1er février 1955 au 31 décembre 1957 il sera détaché en Grande-Bretagne auprès de l’Air Ministry comme directeur-adjoint de la prévention des accidents. <br /> Léon Prévot terminera sa carrière comme officier d’opérations auprès de l’Air Ops Division du QG Air Cent.<br /> Il sera admis à la retraite le 1er janvier 1964. Léon Prévot est décédé le 28 avril 1994<br /> <br /> <strong>Source : article publié sur le site ‘’Les vielles tiges’’ de l’aviation belge</strong><br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/20">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/20</a></p> Fri, 01 Mar 2019 17:03:05 +0100 Le Journal d'Alfred LEFRANC https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php <p style="text-align:justify"><strong>Le Journal d'Alfred LEFRANC, milicien de la classe 1934 affecté au Régiment de Troupes de Transmission, et mobilisé en 1939 au IV° Bataillon</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Vous pouvez lire ci-dessous la retranscription, <span style="text-decoration: underline;">sans aucune correction de son périple</span> </p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/lefranc_photo005mod_pour_article_de_fevrier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Exactement trois ou quatre semaine avant l'envahissement de notre pays, je suis muté, pour remplir les fonctions de sergent, au IV groupement d'appui du 11è de ligne, c-a-d, au 8ème d'artillerie à Beverst.<br /> A la fin du mois d'avril, une première agression aérienne provoquée par les Allemands avait quelque peu excité les hommes. Un tir nourri de la D.T.C.A (défense terrestre contre avions) touche un appareil ennemi qui clopin-clopant va échouer à Mechelen-sur-Meuse. Les Belges y trouveront des plans relatifs à une attaque imminente par les Allemands.<br /> Quelques jours s'étaient écoulés depuis, et les permissions suspendues furent rétablies. Un printemps précoce à fait oublier les raisons réelles de notre présence, si ce n'est l'uniforme.<br /> Ainsi, le 9 mai au soir, après une compétition sportive que nous avions gagnée, nous étions tous joyeux. Le soir, ce plaisir avait fait place à un cafard dont nous étions si souvent victimes. Afin de ne pas paraître démonté, l'idée me vint de préparer mon équipement pour l'éventuelle alerte de nuit, toujours possible, car le vendredi était devenu régulièrement le jour de ce grand exercice. Peut-être suis-je devenu morose à cause des permissions rétablies aujourd'hui, et que je ne me trouvais pas parmi les chanceux.<br /> Le sergent permissionnaire me laissa la responsabilité et les plis confidentiels relatifs aux indicatifs d'exercice d'alerte et ceux indispensables en cas d'alerte réelle ou la guerre. Toujours d'humeur maussade, je décide de m'étendre pour la nuit. Dans notre logement se trouvait installée une centrale téléphonique. Au milieu de la nuit, elle a fonctionné. Je me suis réveillé. J'ai prêté l'oreille. Je fus surpris d'entendre donner un accusé de réception par le militaire de garde: "je répète, alerte réelle". Il était 3 heures.<br /> J'ai bondi, réveillé les hommes rouspéteurs. Quelques minutes plus tard, une estafette venait confirmer le message, et de nous lancer bruyamment: "debout la-dedans, cette fois ce n'est pas pour rigoler ". Habitués aux plaisanteries de toutes les sortes, il y avait chez les hommes une certaine nonchalance. Je répéterai plusieurs fois: "c'est la guerre". Enfin, l'ordre est entendu, compris et accepté par tous. Le matériel, les armes, les munitions sont chargés très vite et nous filons à toute allure vers notre emplacement tactique sur le canal Albert.<br /> Ainsi, à l'aube du 10 mai 1940, tandis que la terre est encore dans l'obscurité, très haut dans le ciel,brillants des premiers rayons du soleil, arrivent les avions allemands comme un raz de marée, donnant l'impression d'une formidable attaque. Il est 3h3O, puis presque en même temps, , tous les avions plongent dans différentes directions. Un bombardement infernal et des attaques en piqué par les "STUKAS", suivis d'un effrayant sifflement d'épouvante, ont un effet moral considérable. Il est d'une extrême violence et très meurtrier. Notre "D.T.C.A" fut tout de suite en action. Un bombardement en piqué vise un homme ou un groupe d'hommes. Le soldat servant de cible voit plonger sur lui l'avion avec un vrombissement comparable à un international traversant une gare. Au dernier moment, il peut apercevoir un instant les lunettes de l'aviateur qui le vise, puis l'appareil se redresse brusquement tandis qu'une bombe descend sur lui en oscillant; même si elle tombe à 100 m, elle lui donne l'impression d'arriver en plein sur lui jusqu'à la dernière seconde. Les "stukas" se succèdent rapidement comme dans un carrousel jusqu'à la destruction de l'objectif. Attaqué de cette façon sans répit, le système nerveux de certains hommes finissait par se détraquer complètement....<br /> En plus, l'ennemi recourait à des procédés nouveaux, c-à-d à des parachutistes et des mannequins pouvant leur assurer des avantages immédiats par l'effet de surprise. En dépit de ces circonstances difficiles, l'armée belge soutint vaillamment le choc.<br /> Les règles de service ne furent pas toujours respectées. On entendait de temps à autre des choses comme celles-ci: "envoyez-nous d'urgence ambulance pour blessés graves, etc ..."<br /> A la fin du premier jour, notre moral fut rehaussé par l'arrivée de quelques tanks français, mais ce sera de courte durée, ils ne pourront nous aider à retarder l'avance de l'ennemi. Enfin, avec le coucher du soleil, l'aviation allemande cessa de nous pilonner. <br /> Heureux d'avoir échappé en cette première journée aux engins semant la mort, nous espérions prendre quelque répit. A cette fin, les hommes avaient été chic pour moi, ils me préparaient une couchette près du poste, le casque sur la tête, mais hélas, le bruit de l'aviation en moins, le calme de la nuit n'était que relatif. Il se caractérisait par un duel d'artillerie de plus en plus actif et de nombreux échanges de messages.<br /> Les vrombissements d'avions en nappes successives annoncèrent une terrible deuxième journée (11 mai). Vers midi, le major du 8ème d'artillerie donna ordre aux TTR de plier bagages à l'exception d'un seul poste, le mien. A ce moment-là, notre réseau, qui se composait de 15 postes au départ, fut réduit à moins de la moitié, et le major (ancien de 14/18) furibond n'obtenait pas de réponse à son message urgent. Tout à coup, un événement s'empara des hommes, les canons se turent, la retraite était décidée et chacun de nous recevait 45 cartouches en plus. Les canonniers, les hommes du génie, tous réduits à faire le fantassin, furent couchés dans le fossé qui longe la route, les mitrailleuses posées de chaque côté et tenues par des officiers, le major guettant l'arrivée des allemands, revolver au poing. Il a envoyé 2 estafettes, nous attendons le contact. Il règne un silence de mort. Chacun a cherché la meilleure place. Le temps semble long, très long, l'oeil hagard scrutant l'horizon et l'ennemi. Le cerveau déambule dans le passé, fiancée, épouse, parents apparaissent !<br /> Où restent-ils donc ces boches ...qu'on en finisse tout de suite avec eux. Enfin, au retour d'une estafette, un contre-ordre est donné à la manoeuvre prévue, le retrait doit être exécuté à tout prix avec prudence et n'engager le combat qu'en cas de force majeure.<br /> En effet, passant par les ponts de 16 tonnes construits à Maastricht, par ses pionniers, un panzerkorps allemand traverse le 11 mai au matin le canal Albert et atteint Tongres vers midi.<br /> Pour encager cette percée, le Ier Corps veut tirer la bretelle Bilzen-Tongres sur laquelle les troupes de la 4DI sont refoulées en arrivant. Conséquence, le major du 8è d'artillerie reçoit l'ordre de battre en retraite et refuser le combat, car le renfort qui nous est destiné est stoppé net par les "stukas" et c'est la débâcle de la première armée. Poursuivant ainsi le retraite, nous passons par Diepenbeek, Landen, Hannut, Jodoigne, Melin. Tout au long de ce parcours, nous sommes attaqué par l'aviation ennemie. Ce repli s'effectue dans des conditions très défavorables, les routes étant encombrées de réfugiés et de charroi civil et militaire de toute espèce. De plus, l'aviation ennemie s'en donne à coeur joie, elle est maîtresse absolue de l'air, qu'aucun avion ami ne lui dispute. Chemin faisant, nous étions tombés dans un guet-apens à Hannut où les tanks français nous dégagèrent de ce mauvais pas en combattant le panzerkorps.<br /> Le 12 mai, nous arrivons à Veltem près de Louvain.<br /> Le 13 mai, nous nous alignons avec les soldats anglais. Les combats se livraient sur un front entre l'Escaut et Louvain, soit sur 50 Km. A nouveau des ordres nous parviennent: poursuivre la retraite. Les Anglais nous couvrant, nous nous dirigeons sur Kortenberg, laissant nos alliés seuls face à l'ennemi.. Nous traversons Vilvorde pour atteindre Grimbergen. Là, nous sommes attaqués par deux avions allemands qui mitraillèrent le patelin bourré de civils et de militaires. Heureusement, nous échappons à la mort. <br /> La méthode allemande nous est maintenant connue; Pendant nos marches nocturnes, leur infanterie dort paisiblement et à l'aube, leurs éléments motorisés foncent en avant pour surprendre nos troupes pendant leur prise de position. En conséquence, il faut marcher, souvent combattre sans un moment de répit. A ce régime, la fatigue s'accumule vu l'impossibilité pour les hommes de récupérer, et plus la bataille s'engage, plus le repos deviendra rare pour certaines unités. Le moral devient mauvais dans beaucoup d'unités, surtout à l'infanterie, exténuée par les étapes.<br /> L'enthousiasme provoqué par l'arrivée des alliés est remplacé par une profonde désillusion due aux retraites successives, au départ des troupes françaises et surtout l'absence de l'aviation britannique.<br /> Le 16 mai, à l'aube le bataillon reprend sa marche vers Gand. Nous nous arrêtons à Gontrode et Merelbeke pour prendre position sur la tête de pont de Gand.<br /> Le 18 mai au soir, soit à 23h30, nous nous installons à Merelbeke avec le 2ème groupe du 8è d'artillerie. Là, nous faisons du bon travail, les attaques allemandes sont repoussées, les canons tirent à zéro degré, c-à-d à vue directe et ce, jusqu'au 22 mai au soir. <br /> Ensuite, nous reculerons jusqu'à Deinze et nous prendrons position derrière la Lys à Zeeveren, avec le PC du 11è de ligne. Nous subissons un bombardement aérien qui fera beaucoup de victimes. Juste entre Zeeveren et Vinkt, la bataille fait rage. L'ennemi est très près, si près même que nous sommes averti de l'encerclement. A mon poste, les télégrammes se succèdent. Au verso de l'un d'eux, je suis atterré de lire en clair: attaques allemandes réussies, bataillon du 15è de ligne s'est rendu, le 11 L et le 7 L sont pris de flanc. Encerclés, nous demandons remède à la situation. Un accusé de réception nous parvient du Quartier-Général, il est impossible de le remettre au PC (poste de commandement) car celui-ci a disparu.<br /> L'ennemi très proche de nous, je lance un dernier message SOS-LZ8, ensuite je rends le poste de radio inutilisable et je brûle les papiers compromettants.<br /> Un sergent TTR, dévoué et courageux nous signale avoir retrouvé une partie du PC à quelque distance derrière nous, près du clocher de Vinkt. Sous le feu de l'ennemi, je traverse la zone dangereuse avec armes et bagages et ce en deux fois, mais en prenant quatre fois le risque d'être abattu. Une dernière résistance semble organisée avec chenillettes, canons anti-charsH/7, fusils grenades. L'ordre est donné de ne conserver que le strict nécessaire. Tout à coup, débouchant devant nous d'un champ de blé, des Allemands ayant devant eux des soldats belges prisonniers, servant de bouclier. Une débandade hors ligne éclate et je me faufile avec l'équipe entre les chenillettes pour nous protéger et essayer d'atteindre l'église de Vinkt, seule issue ouverte d'après un officier présent. En effet, à peine avions nous atteint cet objectif que la contre-attaque des Chasseurs Ardennais nous épargna d'un massacre certain., car la 4DI était quasiment détruite. <br /> Je me présente à un officier du régiment des Chasseurs Ardennais, lui offrant mes services. Il me remercia et me conseilla de rejoindre le Quartier Général à Kaeneghem. En passant par Ruyslede, nous croisons un LATIL (tracteur) TTR qui nous conduira à notre Commandant.<br /> Nous recevons les félicitations du Grand-Quartier-Général.<br /> Ainsi se terminait pour nous la journée du 26 mai 1940 (ce qui me vaudra la Croix de guerre)<br /> " sont cités à l'ordre du jour du Bataillon pour leur bravoure:<br /> Sergents : Depauw et Couture. Caporaux: Lefranc, Thomas. Soldats: Chêne, Verbist, Struelens, Van Hoof, Petit, Coubeau.<br /> A remarquer le moral extraordinaire des deux sergents, du caporal Lefranc et des soldats Chêne et Verbist."<br /> Le 27 mai au petit jour, le bataillon se dirigera vers Bruges et s'arrêtera à Oostkamp. Poursuivant sa retraite, le bataillon atteindra Steene dans la nuit du 28 mai. Au passage, nous apercevons Ostende en feu. Au lever du jour, nous découvrons des milliers de réfugiés, sans nourriture, sans eau potable, errant dans toutes les directions et à la merci d'une flottille d'avions ronronnant au-dessus de cette poche grouillante et désemparée. Au bout de quelques minutes circulait le bruit de la capitulation. Les armes voltigeaient en tout sens. Il était 8 heures. Vers midi, la nouvelle se répandit parmi les hommes qu'ils pourraient rentrer dans leurs foyers, sans crainte d'être fait prisonniers. Certains crurent même qu'ils avaient plus de chances d'échapper à la captivité qu'en restant groupés.<br /> Le Commandant nous conseilla de rester avec lui, qu'il irait aux ordres et nous communiquerait sa décision. <br /> Libérés par la capitulation de la Belgique, bon nombre de militaires, bon gré mal prennent la décision de rentrer chez eux sans attendre les instructions de notre Commandant. Ceux-là iront se balader quelque part en Allemagne, tandis que les autres, confiant dans leur chef le suivront, en vrais soldats battus mais pas vaincus. Par conséquent, prisonniers en colonne par quatre, escortés par des sentinelles allemandes, nous arriverons à Kalchen, près de Gand, après une marche de 63 Km, en passant par Waardamme, Lovendegem, Lochristi.<br /> A Waardamme, nous rendons armes et matériel aux boches, et la colonne, après s'être ravitaillée une dernière fois, reprend le chemin prévu. <br /> A Lochristi, Le Général Van Trooyen, Commandant de la 4DI, est venu remercier le bataillon pour les services rendus pendant les opérations et le féliciter pour sa conduite en tous points exemplaire.<br /> La Capitaine-Commandant B.E.M Degreef et le Capitaine Aubertin prendront le chemin de la captivité après avoir assuré, tant aux Flamands qu'aux Wallons un titre d'exemption de captivité pour fonctions indispensables à la vie du Pays.<br /> Un moment intense d'émotion fut créé lorsque le Bataillon défila une dernière fois devant son Commandant.<br /> <br /> Sources Internet et iconographiques :<br /> <a href="http://amicale-4ttr.be/historique.html">http://amicale-4ttr.be/historique.html</a></p> Fri, 01 Feb 2019 12:36:27 +0100 William UGEUX https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ugeux_coupurespresse_pour_article_de_janvier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Issu d’une famille catholique de sept enfants, William Ugeux est né le 22 février 1909 à Bruxelles. Après avoir terminé ses études secondaires au collège Saint Martin, il a entamé en 1929 des études à l'Université de Saint-Louis à Bruxelles. Ses idées pacifistes qu’il n’hésite pas à exprimer lui valent d’être écarté temporairement de l’université. Il a obtenu son doctorat de droit en 1934, mais il n’exerce la profession d’avocat que très brièvement et s’oriente vers le journalisme. Suite à cette reconversion, le cardinal Van Roey le place à la tête du journal Le XX° Siècle . William est resté rédacteur en chef de ce journal jusqu’en 1940, lorsque la guerre éclate en Belgique. En 1941, il a pris la direction du service de renseignement Zéro, groupe de résistance belge comportant une branche française et en contact avec les services de renseignement britanniques et le gouvernement belge exilé à Londres. Ce groupe participait à des actions de sabotage, d'évasion vers le Royaume-Uni, de transfert de renseignements, de création de faux papiers, et surtout à la diffusion de la presse clandestine : La Libre Belgique, journal interdit par les autorités occupantes à l’époque, dont William prend la tête en 1942. Figure importante du groupe Zéro, William a participé à de nombreuses actions de résistance. Ainsi, en juillet 1942, deux mois après l’arrestation de Louise de Landsheere, il s’est rendu à Londres pour conclure des arrangements secrets avec le gouvernement belge. Puis, en 1943, il a pris part à la mise en place d’un plan d’évasion vers l’Espagne : la traversée des Pyrénées grâce au téléphérique de la scierie de Mendive (passage de l’Iraty), dont seuls les proches collaborateurs de William et les ingénieurs de la scierie connaissent l’existence. Le groupe est ensuite menacé par la traque de la Gestapo. Par conséquent, William a décidé de se réfugier à Grenoble, puis en Espagne. Durant cette période, grâce à sa bonne connaissance du terrain, il est devenu directeur général du Service de Renseignements et d'Actions (SRA) pour les territoires occupés. Jamais arrêté durant sa carrière de résistant, contrairement à Louise, il est devenu secrétaire général du Ministère de l'information à la fin de guerre jusqu'en 1947. Il a également collaboré à de nombreux journaux tels que: la Cité, la Relève, la Revue Nouvelle. Il a écrit de nombreux ouvrages afin de ne pas oublier la guerre mais aussi pour rendre hommage à de nombreux résistants morts en voulant défendre leur pays. Ainsi, ‘’Histoires de Résistants’’ reprend des anecdotes sur des héros de la guerre. En 1989, le roi Baudouin lui décerne le titre de Comte suite à ses diverses actions de résistance. Il décède le 13 octobre 1997, à l'âge de 88 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>William Ugeux et le "Service Zéro" </strong></p><br /> Après le début de la Deuxième Guerre Mondiale, le gouvernement belge s’exile à Londres afin d’échapper à l’occupant allemand. En parallèle, de multiples réseaux de résistance voient le jour, comme le "Service Zéro" dont William Ugeux prendra la tête. <br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Comment a-t-il pris la tête de ce réseau ?</strong></p> <br /> <p style="text-align:justify">À vrai dire, William Ugeux n’était pas au courant de l’existence de ce groupe. Fernand Kerkhofs était chef de ce réseau. Alors que des menaces pèsent sur celui-ci, Fernand fit des confidences sur le groupe à William pour ensuite partir pour Londres afin d’être en sécurité. Les autorités belges ont trouvé en Ugeux le remplaçant de Fernand. Une fois à la tête de ce groupe, comment William Ugeux va-t-il réagir ? Il vivait énormément dans la peur et prenait beaucoup de précautions. Ainsi à chaque réunion, il ne se présentait pas en tant que chef mais en tant qu’envoyé du chef. De plus, le groupe était secret et les membres ne se connaissaient pas entre eux, si bien que William Ugeux lui-même ignorait le nombre de membres. <br /> Le "Service Zéro" était un service de renseignements qui recevait des instructions de la part de Londres et du gouvernement belge. C’est pour cette raison, qu’en 1942, William Ugeux décide de se rendre à Londres.<br /> Comment s’est-il exilé ? Pour cela, il a dû passer par le sud de la France : la France libre de Pétain. Sa première étape est Lyon où il a rencontré sa femme qu’il n’avait plus vue depuis des semaines. Il est ensuite passé par Barcelone pour enfin rejoindre Lisbonne. De là, il prend le bateau jusqu’à Bristol. Il voit les autorités et on le largue en avion en France avec une valise contenant de l’argent pour les différents groupes de résistance. Rôle du Service Zéro : Le « Service Zéro » a joué un rôle important dans l’élaboration de La Libre Belgique clandestine. Le groupe donnait des informations au journal et il distribuait la Libre. Après l’arrestation des créateurs de ce journal, les responsables ont demandé à William Ugeux d’en prendre la tête puisque celui-ci avait déjà travaillé pour le journal Le Vingtième Siècle avant la guerre. Énormément de personnes travaillaient sur ce journal malgré les nombreux risques. À la fin de la guerre, le journal était tiré à plus de 40 000 exemplaires. Ce quotidien a donc connu un grand succès malgré le grand coût en vies humaines. En 1943, William est reparti à Londres et y est resté jusqu’à la fin de la guerre. À la libération de Bruxelles en 1944, il est rentré en Belgique où il a reçu une mission du gouvernement : relancer la presse belge.<br /> <strong>Source Internet :</strong><br /> <a href="https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf">https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf</a><br /> <strong>Source iconographique :</strong><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820</a><br /> </p> Mon, 31 Dec 2018 17:43:48 +0100 La Position Fortifiée de Namur (PFN) en mai 1940 (Tome 1) https://www.freebelgians.be/articles/articles-6-180+la-position-fortifi-e-de-namur-pfn-en-mai-1940-tome-1.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-6-180+la-position-fortifi-e-de-namur-pfn-en-mai-1940-tome-1.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/la_pfn_en_1940_815ea.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center">La première étude scientifique d’ensemble sur Namur en mai 1940 !</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La Position fortifiée de Namur (P.F.N.) en mai 1940 (tome 1). De 1918 au 10 mai 1940.<br /> Préface de Francis BALACE, professeur émérite de l’université de Liège<br /> <br /> L’auteur : Docteur en histoire, ancien conservateur du Domaine Solvay-Château de La Hulpe, Jacques Vandenbroucke est historien-archiviste au Service des Archives régionales de Wallonie. Il est l’auteur d’ouvrages d’histoire locale et régionale et collabore à de nombreuses revues scientifiques. <br /> <br /> L’ouvrage : En 1990, le professeur namurois Jean Baudhuin constatait : « En 1930, la Défense nationale faisait paraître un volumineux ouvrage relatant de quelle manière s’était effectuée la Défense de la Position fortifiée de Namur en août 1914. Par contre, cinquante ans après les événements de mai 1940, rien de semblable n’a encore été réalisé. » <br /> <br /> Seuls avaient été utilement publiés des témoignages de combattants dans des revues d’histoire locale et quelques monographies relatives à un ouvrage fortifié en particulier. Une étude historique d’ensemble, non pas uniquement consacrée aux forts, faisait toujours défaut. La Position fortifiée de Namur apparaissait comme le parent pauvre de l’historiographie de 1940. Officiellement, il ne s’était pas passé grand-chose à Namur… <br /> <br /> Entamée en 1996 et présentée à l’U.C.L. en 2012, la présente recherche doctorale La Position fortifiée de Namur (P.F.N.) en mai 1940, basée sur l’analyse des archives publiques belges, françaises et allemandes, sur des sources privées et plus de 300 témoignages oraux, prouve au contraire que Namur fut le théâtre de très nombreux événements associant l’armée belge, l’autorité civile et la population.<br /> <br /> Ce premier tome décrit le sort de la Position fortifiée de Namur depuis 1918 jusqu’au 10 mai 1940 inclus. Illustrées par plus de 470 documents iconographiques, souvent inédits, ces pages plongeront le lecteur au cœur de la Position fortifiée de Namur réarmée dans les années 1930 et défendue par le VIIe corps d’armée du lieutenant-général Deffontaine, destinée à briser toute offensive ennemie au centre de la Belgique. Organisation défensive, instruction des cadres et de la troupe, manœuvres de 1937 en présence de Léopold III, vie quotidienne sur le terrain durant la mobilisation, mise sur pied de guerre progressive en avril-mai 1940, alerte générale du 10 mai 1940, relations avec les Français…, autant de sujets abordés dans cet ouvrage qui dépeint également la situation générale à Namur et dans les communes limitrophes. <br /> <br /> Sans la collaboration des témoins de cette période troublée, cette synthèse n’aurait pas la même densité historique, la même empreinte humaine. Les acteurs de 1940, « ceux qui veillèrent », vous emmènent à leurs côtés pour revivre l’histoire à laquelle ils prirent part ! <br /> <br /> La Position fortifiée de Namur (P.F.N.) en mai 1940 (tome 2). Du 10 au 24 mai 1940 et l’après-guerre sera publié en 2019.<br /> <br /> Spécificités techniques : format A4, full quadrichromie, 424 pages, plus de 470 illustrations, prix 49 €. Contact : james.vandenbrouckeATgmail.com <br /> L'adresse e-mail a été rendu illisible pour les robots, les internautes savent bien qu'il faut changer les lettres AT par le signe conventionnel</p> Thu, 27 Dec 2018 10:37:01 +0100 Justicier de Paul COLLIN. Arnaud FRAITEUR https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-179+justicier-de-paul-collin-arnaud-fraiteur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-179+justicier-de-paul-collin-arnaud-fraiteur.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Justicier de Paul COLLIN. Arnaud FRAITEUR est un résistant belge, né à Ixelles le 23 mai 1924 et mort au Fort de Breendonk le 10 mai 1943. <br /> Arnaud Fraiteur effectue ses études secondaires à l’Athénée Royal d'Ixelles.<br /> Il s’inscrit ensuite comme étudiant à l’Université de Liège où il réussit avec succès l'examen d'entrée aux études d'ingénieur civil. En mai 1940, l'invasion de la Belgique par l'Allemagne nationale-socialiste met fin à son cursus universitaire. L’Université de Liège suspend les cours, tout comme l’Université libre de Bruxelles le 24 novembre 1941 <br /> Il adhère en 1941 à l'Armée belge des Partisans (Partisans armés). Il rejoint une unité bruxelloise spécialisée dans la lutte contre la collaboration intellectuelle. Cette unité comprend un grand nombre de jeunes proches de l'Université libre de Bruxelles. Il participe à plusieurs actions, dont l'assassinat du journaliste et critique d'art Paul Colin, directeur et rédacteur en chef du quotidien Le Nouveau Journal, qu'il avait créé en 1940 pour diffuser ses idées de collaboration avec l'occupant allemand. Le 13 avril 1943, en compagnie d'André BERTULOT et de Maurice RASKIN, il abat Paul Colin et son garde du corps Gaston Bekeman dans la librairie située 87 rue de la Montagne à Bruxelles, au-dessus de laquelle se trouvent les bureaux du "Nouveau Journal". RASKIN et BERTULOT, qui ont couvert la fuite de FRAITEUR, sont rapidement arrêtés, mais Arnaud FRAITEUR parvient à s'enfuir.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Paul Colin, journaliste-directeur du Nouveau Journal et de Cassandre, figure clé de la presse collaboratrice</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Funérailles de Paul Colin et de Gaston Bekeman, organisées en grande pompe par l’occupant.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’affaire à l’époque fit grand bruit, à la fois dans la population, qui vit dans l’exécution de Paul Colin le juste châtiment d’un criminel, et dans les milieux de la collaboration qui perdait un chef de file<br /> Quoique l'attentat ne concerne que des ressortissants belges, les autorités allemandes s'emparent immédiatement du dossier, montrant par là l'importance qu'elles accordent à la personne de Paul Colin. La Feldgendarmerie, la Geheime Feldpolizei et la Gestapo descendent sur les lieux de l'attentat. L'occupant garde à sa disposition André BERTULOT (arrêté le jour même) et Maurice RASKIN (arrêté le lendemain). La police et la justice belges sont ainsi dessaisies du dossier. Arnaud Fraiteur est rapidement identifié grâce à la plaque d'immatriculation du vélo qu'il a abandonné sur place. La maison familiale est mise sous surveillance le soir même. Arnaud FRAITEUR, en fuite, ne rentre pas chez lui et se cache à Uccle chez des amis de ses parents tandis que le réseau Zéro, avec l'aide du réseau belge de France ALI, dirigé par Joseph DUBAR, organise son évacuation vers l'Angleterre. Le réseau Zéro fait appel à un chauffeur du ministère des Colonies pour conduire Arnaud FRAITEUR vers la France. Mais le chauffeur, aidé du directeur qui remplace Paul Colin à la tête du "Nouveau Journal", le dénonce aux autorités allemandes, ce qui permet à la Gestapo de l'arrêter le 19 avril à quelques kilomètres de Halle, sur la route qui le conduit vers la frontière française. FRAITEUR, RASKIN et BERTULOT sont condamnés à mort après un simulacre de procès devant le Conseil de Guerre de l'Oberfeldkommandantur à Bruxelles.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Trois membres de la résistance, les partisans Fraiteur, Raskin et Bertulot, durant leur procès par la justice allemande.</p> <br /> <p style="text-align:center">(Photo CegeSoma, collection Arnaud Fraiteur, n° 31482)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils sont exécutés par pendaison au Fort de Breendonk le 10 mai 1943<br /> Enterré dans un premier temps au Tir national à Bruxelles, le corps d'Arnaud Fraiteur est exhumé le 7 juin 1945 pour être inhumé dans le caveau familial du cimetière de Saint-Gilles.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://bel-memorial.org/tribute/tribute_1.php?INDIVIDUALS_ID=10707&amp;RECOUP=10707">http://bel-memorial.org/tribute/tribute_1.php?INDIVIDUALS_ID=10707&amp;RECOUP=10707</a><br /> <strong>Sources Iconographiques:</strong><br /> <a href="https://histoires-ixelles.blog/2017/09/19/1943-arnaud-fraiteur-resistant/">https://histoires-ixelles.blog/2017/09/19/1943-arnaud-fraiteur-resistant/</a><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=3047">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=3047</a><br /> <a href="https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/paul-colin.html">https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/paul-colin.html</a> Sat, 01 Dec 2018 11:43:02 +0100 SOUVENIR DE LA LIBÉRATION DE NAMUR. https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-178+souvenir-de-la-lib-ration-de-namur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-178+souvenir-de-la-lib-ration-de-namur.php <p style="text-align:justify">Les hasards de la guerre ont conduit un jeune Bruxellois, Maurice J. HINSENKAMP, à participer aux combats pour la libération de Namur, en 1944. Recherché par la Gestapo, tandis que ses parents étaient envoyé dans les camps de concentration, il échappa plusieurs fois à la capture et connut divers refuges avant d'aboutir à Namur où Raymond PRAILE l'enrôle dans l'Armée blanche. C'est ainsi que l'on nomme alors, la Résistance sans faire de détail dans ses différentes composantes.<br /> Le 3 septembre 1944, lors du regroupement de la "Zone I de l'Armée secrète, il est intégré au "Groupe Marchal" que commande le futur général LEGRAIN. Ce groupe portait le nom d'un de ses membres, le sergent du Génie Albert MARCHAL, fusillé par l'ennemi en 1943.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Albert Marchal né le 7 octobre 1916 et fusillé le 20 octobre 1943</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Il accomplit de nombreuses actions de sabotage et de guérilla avant d'entrer à Namur et est cité à l'ordre du jour de l'A.S. par le colonel VANDEZANDE.<br /> De ses pérégrinations de clandestin, M. HINSENKAMP a tiré un récit qui fut d'abord publié dans "Pygmalion", la revue des fraternelles de l'A.S.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Voici le chapitre consacré à la libération de Namur.<br /> M. HINSENKAMP et ses compagnons ont rencontré, à Fosses, les premiers chars américains. Quittant la ferme de Taravisée, ils sont arrivés sur les hauteurs dominant la ville, qui est encore tenue par les Allemands. A l'aube, l'ordre de départ est donné. L'ancien résistant raconte :<br /> "Sur deux rangs, nous avons pris la route de Namur. Pour ma part, toujours avec mon vélo dont le porte-bagages était chargé de victuailles du groupe, consistant en un magnifique jambon, un pain et une motte de beurre.<br /> De part et d'autre de la route, des véhicules américains de tous types étaient garés et les G.I's qui bivouaquaient, formaient la haie. Depuis la veille, ils attendaient leur ravitaillement qui n'avait pas su suivre la rapidité de leur avance. Voyant que seulement la moitié d'entre nous était armée pour attaquer Namur, certains distribuèrent aux démunis des fusils et des grenades allemandes en dépit du prix qu'ils y attachaient.<br /> A la place Wiertz, nous avons fait halte et après avoir déposé, le superflu, dont mon cher vélo, dans l'une des maisons d'angle, nous avons attendu l'ordre d'attaque en fumant ce qui pouvait être notre dernière cigarette qui, pour ma part, a été effectivement l'une de mes premières et de mes dernières.<br /> Lorsque le lieutenant LEGRAIN commanda d'avancer en tirailleurs de chaque côté de la rue qui descendait vers les Bas-Prés et prit la tête de la colonne de droite, la contrainte enfin libérée me projeta à sa hauteur le long des façades de gauche. Au bas de la rue, une péniche placée en travers de la Sambre à la demande de Léon Wilmet, nous permit de franchir la Sambre au moyen de ce pont improvisé qui remplaçait celui d'Omalius, dynamité.<br /> Nous savions les Allemands dans le parc Louise-Marie et à l'emplacement du pont d'Omalius, soit à portée de fusil, mais n'avons essuyé aucun feu, réservé au groupe suivant, commandé par le lieutenant De VILLE.<br /> Réunis au couvent des Ursulines, nous sommes absous et bénis par l'archiprêtre Remy et entendons siffler les obus d'un canon anti-aérien qui tirait à l'horizontale. Egalement, les balles d'un d'entre nous dont la trop grande confiance dons le cran de sécurité de sa mitraillette faillit nous perdre.<br /> Ensuite, par la rue Lelièvre, nous avons gagné la sacristie de la cathédrale Saint-Aubain et, guidé par le vicaire MATHEN, grimpé dans le clocher pour repérer les Allemands, retranchés dans l'Arsenal, le parc Louise-Marie et les rues avoisinantes. En particulier, à l'angle de la rue du Séminaire et de la rue de l'Evêché. Ce courageux vicaire qui nous guida et soigna les blessés était originaire d'Aubange où ses parents abritaient réfractaires et résistants. Il est devenu Monseigneur MATHEN, évêque de Namur et aumônier du groupe. En novembre 1979, la médaille de reconnaissance de l'U.F.A.S. lui fut remise par le général LEGRAIN en présence d'une vingtaine de survivants. A l'époque, nous n'avons pas voulu mitrailler les Allemands de la position exceptionnelle que constituait le clocher et sommes descendus les attaquer par le Fonds Saint-Aubain.<br /> De cet endroit, je crus pouvoir les faire tous capituler par la seule force de ma voix en dépit de leur supériorité en nombre et en armement et l'ordre reçu de tenir jusqu'au bout. En allemand, je leur crie qu'ils sont encerclés et qu'ils n'ont rien à craindre de nous s'ils se rendent. En réponse, une porte s'ouvre sur notre droite et un drapeau blanc apparaît. De cette position, une rafale de mitraillette aurait pu tous nous faucher, 35 ans plus tard, Monseigneur MATHEN devait déclarer que sans mon exorde, il n'aurait pu être nommé évêque de Namur. Le doigt sur la gâchette de nos armes, nous n'avons jamais opéré une volte-face aussi rapide. Je crie d'avancer les mains en l'air, un soldat apparaît, puis un second. A cet instant, une fusillade part de la rue du Séminaire. Terrifiés, sept Allemands s'avancent vers nous pour se faire fouiller. Deux d'entre nous les emmènent, tandis que sous les rafales d'un fusil-mitrailleur qui ricochent sur les pierres de la cathédrale, nous nous abritons derrière le coin coupé opposé.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'éclusier de Mornimont, Camille MALHERBES s'engagea trop. Soudain, une fontaine de sang gicle dans son dos. Le poumon gauche perforé. Nous le ramenons dans une cour intérieure, où le lieutenant LEGRAIN, commotionné, s'est également écroulé et est emmené. Une civière est cherchée pour Camille qui me chuchota ce qu'il croyait être ses dernières recommandations à sa femme et à ses enfants. Il devait heureusement en réchapper.<br /> Pendant ce temps, sous le couvert d'un drapeau blanc, Emile KIRSCH s'était engagé dans la rue du Séminaire. Accueilli par un feu nourri, il en réchappa miraculeusement avec seulement deux balles dans l'avant-bras droit. Pour le venger je gagnai à nouveau le fond Saint-Aubain où un résistant du groupe De VILLE me fit signe. Il m'expliqua qu'en traversant les maisons, il y avait possibilité d'approcher de l'endroit où s'étaient retranché les Allemands. Escaladant le mur de séparation arrière, nous pénétrons dans la première maison de la rue de l’Évêché. A la fenêtre du premier étage est posté un autre résistant qui me montre la rue de l'Arsenal d'où arrivaient les Allemands et la maison d'en face qui faisait l'angle entre notre rue et celle du Séminaire. La façade se présentait de profil et d'une fenêtre du premier étage sortait un fusil-mitrailleur qui nous avait arrosés. Le servant ne pouvait être atteint de nos fenêtres, pas même de la tabatière. Sous les combles, apercevant un trou dans une tuile, je me penche pour regarder au travers, lorsque je le vis soudain se multiplier et réalisai qu'il s'agissait de balles traversant la toiture.<br /> Je redescends au premier tour pour voir une section de soldats allemands s'abriter derrière le coin de la rue de l'Arsenal. Nous les mitraillons et un de nous va chercher du renfort. J'entends des ordres criés au mitrailleur de nous prendre sous son feu. Heureusement, il ne pouvait pas plus nous atteindre que nous ne le pouvions. De sorte que nous tenons tête au tir des autres armes qui se concentrent sur nous, faisant sauter plâtras, carrelages et chauffe-eau de la salle de bain dans laquelle nous nous trouvions, jusqu'à ce que les assaillants parviennent à traverser notre barrage et commencent à enfoncer la porte d'entrée. L'ordre est donné de lancer des grenades dans nos fenêtres et nous n'avons que le temps de débouler dans l'escalier avant les premiers éclatements.<br /> Fond Saint-Aubain, j'exhortai une dernière fois les Allemands à la reddition, mais ne reçus qu'une invitation ironique de venir le leur demander plus près.<br /> J'attendis vainement des renforts et lorsque, sous le couvert de la nuit, je constatai que les vélos allemands, déposés à l'angle de la rue du Séminaire, avaient disparu et la rue abandonnée, je sonnai à la porte de M. DEMUTH, à deux cents mètres de là, pour pouvoir m'endormir pour la première fois depuis deux jours.<br /> Le lendemain, je rejoignis le P.C. du groupe qui avait pris ses quartiers chaussée de Bruxelles, aux Ets WILMET. J'y appris les détails de la veille. Vers deux heures, le sous-lieutenant "Mioche" DENBLIJDEN avait amené quatre tanks américains qui en remontant l'avenue Stassart avaient cerné le parc, nettoyé le groupe De VILLE. Si les pertes que nous avons infligées à l'ennemi l'ont fait se retirer, nous déplorons dans nos rangs des blessés et la mort de l'adjudant DEJET.<br /> A la place Wiertz, je constate la disparition de mon vélo et de son chargement de victuailles.<br /> Quelques opérations de nettoyage sont encore entreprises contre des tireurs cachés dans les toits et des îlots de résistance à l'école des cadets. Escortant des prisonniers, nous croisons des FFIs qui ont suivi en voiture l'avance des troupes américaines. Froidement, ils nous déclarent qu'eux ne faisaient pas de prisonniers.<br /> Namur est libérée. Les Américains y entrent de toutes parts et nous organisons notre armement et notre charroi dans l'espoir de pouvoir les suivre dans leur avance. A l'Arsenal, transformé en camp de prisonniers de guerre, certains essayent de troquer des accessoires de leur uniforme, tandis que d'autres se glissent plusieurs fois dans la file des rations. Les collaborateurs, dont la chasse est organisée, s'y trouvent également rassemblés".<br /> Démobilisé à la fin de septembre, M. HINSENKAMP a eu le bonheur de voir rentrer ses parents, quelques mois plus tard, cruellement éprouvés par leur captivité. Et il conclut :<br /> "Nous avons réappris à vivre et essayé d'oublier. Mais peut-on laisser oublier une époque où un même idéal patriotique unissait la majorité des Belges, quelles qu'aient été leur appartenance linguistiques ou autres. Celui pour lequel des milliers d'autres sont morts, fusillés, décapités, perdus ou torturés. Pouvons-nous laisser ignorer cette force aux jeunes qui questionnent et s'interrogent ?".</p><br /> <br /> <strong>Sources :</strong><br /> <a href="https://sites.google.com/site/resistancecouvin/groupe-marchal">https://sites.google.com/site/resistancecouvin/groupe-marchal</a><br /> Journal "Vers l'Avenir" du samedi 3 et dimanche 4 septembre 1983.<br /> Livre de M. Hinsenkamp ‘’Un Allemand dans la Résistance’’ Thu, 01 Nov 2018 11:17:33 +0100