Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost LE SOLDAT JEAN SARTORI - 18 AVRIL 1945 https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-177+le-soldat-jean-sartori-18-avril-1945.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-177+le-soldat-jean-sartori-18-avril-1945.php <p style="text-align:center">LE SOLDAT JEAN SARTORI LORS DE LA PATROUILLE D’OPHEUSDEN DU 18 AVRIL 1945.<br /> <br /> </p><p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sartori_jeanclipimage002.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Jean SARTORI</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans les années 1920, une modeste maison située rue Malgagnée, à quelques mètres de la rue Haute Préalle, abritait la famille Sartori.<br /> Ce ménage sans histoire jouissait de la considération des habitants de l’endroit. Une fille et trois garçons comblaient de joie des parents travailleurs, soucieux de l’avenir de leurs enfants.<br /> Le bonheur ne fut hélas que de courte durée !<br /> Au décès de maman Sartori, la grande sœur, sacrifiant sa jeunesse, remplit auprès de ses frères un rôle trop tôt abandonné par la disparue. L’aînée fera de ses cadets des hommes !...<br /> Des hommes qui, au cours du deuxième conflit mondial, accompliront au sein de divers mouvements de résistance les missions les plus audacieuses. Jean Sartori, le benjamin, a accepté de réveiller pour nous des faits douloureux qu’il voudrait oublier mais qui restent à jamais gravés dans sa chair et dans sa mémoire. Il précise qu’au début des hostilités, ses frères et lui ne ressentaient aucun penchant pour les aventures guerrières, aucun enthousiasme pour la gloire dont rêvait, à l’époque, la jeune génération. Ils étaient tout simplement des patriotes.<br /> Le héros de notre histoire raconte :<br /> « A la déclaration de la guerre, j’ai dix-huit ans. Nicolas et François, mes deux frères, sont mobilisés.<br /> Libéré après la campagne des dix-huit jours, Nicolas milite dans les rangs du Front de l’Indépendance.<br /> François, après la reddition, entre dans la clandestinité avec pour mission spéciale la fourniture d’armes. Trapéziste de grand talent et membre de la société de gymnastique herstalienne « Le Palmier », il était très populaire dans la commune. Arrêté par les Allemands en 1943, au café du Marronnier place Maghin, il ne revint jamais. Depuis, la seule nouvelle reçue le concernant est une présomption de décès à Buchenwald. Ce fait fut confirmé après la guerre par un prisonnier politique de Seraing qui avait partagé sa détention dans le même camp de concentration.<br /> En 1941, je travaille à la fabrique d’armes PIEPER (usine située rue Petite Foxhalle approximativement à l’emplacement de l’actuelle rue des Armuriers), répondant ainsi aux sollicitations de M. Delchef qui, à l’intérieur de cette entreprise, a formé un groupe de résistants spécialisé en matière de sabotage.<br /> Une de nos premières réalisations est la fondation d’un journal clandestin « L’Etincelle » qui paraissait régulièrement et dont la rédaction avait été confiée à des personnes compétentes.<br /> Une boîte aux lettres était établie au domicile d’une institutrice.<br /> Les actions de notre mouvement admirablement structuré et très efficace créent de sérieuses perturbations dans le fonctionnement normal de l’usine et, de ce fait, ralentissent considérablement la production. Mais la Gestapo est sur place et enquête. Un grave accident me sauve probablement la vie. Durant ma longue convalescence, M. Delchef et M. Peterman sont arrêtés lors d’une rafle effectuée à l’intérieur de l’usine. Ils seront fusillés le 5 août 1942.<br /> Le groupe Delchef démantelé, je rejoins jusqu’à la libération celui de M. Namotte.<br /> Quand je reprends le travail, je suis convoqué par le chef de la Gestapo Damave, placé sous le contrôle de la commission militaire et constamment surveillé.<br /> Après le débarquement allié, la police allemande m’enferme au blockhaus Pieper situé dans les caves de l’usine.<br /> Une nuit, vers 23 heures, Damave, ouvrant la porte de ma cellule, me prie de « foutre le camp » et me demande de ne pas oublier que je lui dois ma libération. Lorsqu’il passera devant le Conseil de guerre, Damave, pour sa défense, fera mention de ma mise en liberté, signalant qu’en me tirant des griffes de la Gestapo, il m’a sauvé la vie, ce que je confirmai devant la Cour. A l’arrivée des troupes américaines, je m’engage. Volontaire de guerre, je suis versé à la Brigade Piron.<br /> Après une courte instruction à Tamise, départ pour la Hollande suivi de la montée au front entre Arnhem et Nimègue. Là-bas, les événements qui survinrent me valurent le surnom de « mort-vivant » de la Brigade Piron.<br /> Le 18 avril 1945, j’étais soldat, volontaire de guerre, fusilier au 1er peloton de la compagnie C du III° bataillon de la Brigade Piron.<br /> Ce jour-là, tôt matin, ce bataillon, commandé par le major Maurice PONCELET, attaqua avec l’appui de chars canadiens Sherman les troupes allemandes et SS hollandais) qui occupaient les localités hollandaises. HEUSDEN et OPHEUSDEN, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de ARNHEM et de NIMEGUE ! Au début de l’après-midi, nous occupions ces localités d’où l’ennemi s’enfuit. La poursuite fut entamée jusqu’à ce qu’un champ de mines l’arrête.<br /> A 18 heures, mon commandant de compagnie, le capitaine André GOORMANDS communiqua à mon peloton l’ordre de partir en patrouille. Cette patrouille était commandée par le lieutenant Albert DEWAELE. La mission était de reconnaître le terrain et d’assurer la sécurité d’une reconnaissance d’officiers de chars.<br /> Le point de départ était un passage à niveau à la périphérie de la localité. L’itinéraire était une route droite, sans arbres, longeant une voie de chemin de fer, et aboutissant après deux kilomètres à une digue, point extrême à atteindre.<br /> Le dispositif était :<br /> - 2 éclaireurs (le soldat Jean ORBAN et moi)<br /> - 1 section (sergent Robert STAS) du 1er peloton<br /> - 1 major canadien<br /> - 1 équipe de déminage dirigée par le lieutenant Georges DARIMONT<br /> - 1 char Sherman avec le lieutenant James MUNDAY<br /> - HQ du 1er peloton<br /> - 2 sections du 1er peloton.<br /> Etant le premier éclaireur, je me trouvais en tête attendant l’ordre de départ. Je regardais la colonne se former. Les officiers donnaient leurs dernières instructions. Mais je me rendis compte que c’était sérieux quand je vis le 1er sergent Georges VERBRUGGE bourrer les poches des fusiliers de toutes les grenades fumigènes qu’il était possible d’emporter. Il répétait : « Vous n’en aurez jamais de trop. » Il avait l’expérience de l’ancien légionnaire. Nous sentions qu’il nous aimait. Il contribuait au formidable esprit d’équipe que nous avions. Emporter un maximum de fumigènes était indispensable. En effet, progresser sur une route droite, complètement dégagée et minée, aboutissant à une ligne de fortins (la « Grebbelinie »), peut-être occupés, était extrêmement dangereux. Vers 18 h 30, avant <br /> de donner le signal de départ, le lieutenant DEWAELE me fit ses dernières recommandations.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sartori_jeanclipimage004_plan.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous avons progressé sur environ deux kilomètres. Il y avait à gauche de la route quelques maisons isolées, en retrait, vides. Je levais le bras et tous s’arrêtaient. Je visitais. Pas de danger. Un signal et on repartait. Le lieutenant DEWAELE avait ordonné le départ aux deux éclaireurs de tête, Jean ORBAN et moi, et de progresser alternativement, l’un observant et redoublant d’attention pendant que l’autre se déplaçait.<br /> Nous n’avons pas pu agir ainsi parce qu’un major canadien du Canadian Armoured Regiment qui accompagnait la patrouille me fit signe d’accélérer. C’est ainsi que je fus en tête jusqu’au point extrême à atteindre. La distance de sécurité entre les deux éclaireurs et le gros de la patrouille au départ diminua progressivement.<br /> On arriva à hauteur de la dernière maison à notre gauche. Elle était en ruine : quelques pans de mur et un tas de briques. Encore 200 mètres et la route nous conduisit à une digue d’environ 3 mètres de hauteur. Au pied de la digue, un fortin se dresse, menaçant. Nous étions devant un des éléments de la GREBBELINIE, ancienne ligne de fortification hollandaise. Plus tard, j’ai su qu’il y avait eu une communication radio entre le capitaine GOORMANS et le major PONCELET. Celui-ci a été d’accord pour que la patrouille continue, mais de n’engager que les éclaireurs. Un regard en arrière, un signe en avant et on continue.<br /> Arrivé à hauteur du fortin, la porte ouverte montrait qu’il était inoccupé. J’ai alors escaladé la digue et traversé un passage à niveau. Devant moi se dresse la <br /> gare de KESTEREN.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sartori_jeanclipimage010_gare_de_kesteren.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">La gare de Kesteren en 1945</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Un peu en avant de la gare, plusieurs wagons. Au moment où je me dirigeais vers le premier de ces wagons, situé à une vingtaine de mètres, j’ai entendu des voix s’exprimant en allemand. Je me suis arrêté sur le bord de la route, mis un genou à terre et entrai en communication avec le deuxième éclaireur Jean ORBAN qui était a pied de la digue. Le sergent STAS ayant rejoint ORBAN sommait l’ennemi de se rendre. Pendant ce temps, le lieutenant DEWAELE dispersait ses fusiliers et installait ses Brens et son mortier en position de tir.<br /> Brusquement, du wagon le plus proche, qui était en réalité un poste de tir camouflé, une mitrailleuse a ouvert le feu dans ma direction. Dans le même temps, je plongeais dans le fossé et roulais sur le dos. De là, je pouvais voir mes camarades manœuvrer sous un feu d’enfer car la digue qui semblait inoccupée s’enflammait. Elle était en réalité truffée de casemates et de fortins. Les wagons et les bâtiments à moitié détruits étaient autant de créneaux de tir.<br /> Le Sherman du lieutenant MUNDAY sera touché de plusieurs coups directs sans subir de dégâts importants, protégé par l’épaisseur supplémentaire de chenilles soudées à des endroits choisis de la carcasse.<br /> Le lieutenant DEWAELE fait tirer son mortier de 2 pouces, ses 3 Brens et les fusiliers sur les objectifs qui apparaissent et sur les embrasures des fortins. <br /> Le char tire au canon et avec toutes ses armes automatiques. Cette puissance de feu de la patrouille et le courage de ses hommes éviteront l’encerclement et l’anéantissement. Les Allemands font donner leur artillerie, surtout leurs 88.<br /> Pour ma part, la dernière chose dont je me souviens, c’est le caporal Adolphe BROEKART (devenu sergent ensuite) qui courait à découvert pour alimenter les Brens en chargeurs. On a aussi crié que le soldat Albert LORY, tireur du Bren le plus avancé était touché. Il y eut une explosion près de moi. Je perdis connaissance.<br /> Quand je revins à moi, j’étais couche dans le fossé que je partageais avec le cadavre d’un veau. C’était la nuit et tout était calme. Puis j’entendis des bruits de pas résonner sur une passerelle, des voix et deux Allemands se diriger vers moi. Incapable de bouger, je fis le mort. L’un d’eux est descendu dans le fossé, a parlé à son compagnon, m’a enjambé, et les deux hommes ont repris leur ronde.<br /> Ensuite, il y eut un terrible bombardement qui dura une partie de la nuit.<br /> Les obus explosaient tout autour de moi. Quand le calme fut revenu, j’entendis à nouveau les bruits de pas et de voix. C’était une patrouille d’une trentaine d’hommes chargés de matériel. Elle passa à un mètre de moi. La nuit était très claire. Les Allemands pouvaient voir mon corps couché au fond du fossé bordant la route. Ils allaient miner la route. Puis le groupe est rentré vers la fin de la nuit.<br /> Il y eut un brouillard flottant au ras du sol. Je décidai de risquer ma chance. Je me suis débarrassé des tout ce qui pouvait me gêner ou me trahir dans ma progression, et, en rampant, j’ai quitté mon fond de fossé. Je me rappelle avoir progressé de quelques mètres puis m’être arrêté pour mettre les mains sur ma bouche pour étouffer le bruit de ma respiration. Je croyais qu’elle pouvait me trahir.<br /> Toujours en rampant, je traversai la digue en obliquant sur ma droite afin de m’écarter de la route et de son fossé protecteur. Je ne pouvais faire autrement ; j’étais persuadé que les Allemands avaient certainement au moins deux guetteurs en position avancée pour surveiller la route. Je me suis glissé dans la prairie qui se trouve au pied de la digue. Toute cette partie avait jadis été inondée, et ce fut ma chance, le terrain avait aussi été miné et l’eau en se retirant avait tassé la terre. Je repère les bouchons de mines avec les mains, et peux ainsi les éviter.<br /> La traversée de la prairie jusqu’à un canal d’irrigation me prendra une bonne heure. Silencieusement, je me laissai glisser dans l’eau du canal que je traversai en deux brasses.<br /> Sortant de l’eau, j’aperçus un homme couché derrière une arme que je reconnus être un Bren. C’était un des nôtres. Je rampai jusqu’à lui et lui pris le bras. Il était malheureusement mort. C’était Louis GOORMANS, un volontaire de guerre de 18 ans, propre neveu de notre commandant de compagnie André GOORMANS. Louis avait été tué d’une balle en plein front. Je me suis placé derrière lui et j’ai alors eu une nouvelle syncope.<br /> Quand je revins à moi, le soleil s’était levé. J’ai rampé les derniers mètres pour me glisser à l’abri derrière des ruines. Plusieurs coups de feu furent tirés dans ma direction, mais après ce que je venais de passer, je n’y fis même pas attention. Pour moi, le plus dur était fait.<br /> Couché derrière mon tas de briques à cent mètres des Allemands, je m’endormis. Dans un demi-sommeil, je crus entendre des voix s’exprimant en allemand. J’ai ouvert les yeux. J’étais seul. Mon battle-dress séchait. Je me suis lavé la figure dans un peu d’eau. Je n’avais aucune blessure apparente et je me sentis mieux. Des voix que j’avais entendues dans mon sommeil me travaillaient. Au pire, ce pouvait être les deux Allemands déjà entendus, installés en guetteurs surveillant la route. Pour les éviter, je me suis alors glissé derrière les maisons, j’ai alors vu un autre camarade, le soldat V.G. (volontaire de guerre) Jacques BERGHMANS, un Liégeois lui aussi. Il faisait partie de notre patrouille. Il était mort, éventré par un obus.<br /> J’ai alors repris la route me disant que les guetteurs allemands ne se découvriraient pas pour un seul homme. J’ai marché jusqu’à ce qu’une voix m’interpelle par mon nom. J’avais réussi à regagner nos lignes où mes camarades étaient stupéfaits de me revoir vivant.<br /> Après un rapide rapport au capitaine GOORMANS, celui-ci me conduisit au P.C. du III° Bataillon où des officiers belges et canadiens ainsi que le médecin GOLDBLAT m’attendaient. J’appris que pour trois armées, j’étais mort : les Belges, les Canadiens et les Allemands, ces derniers m’ayant « visité » pendant la nuit.<br /> Je fus reçu par le colonel PIRON qui me félicita, puis me dit : »Je suis bien obligé de changer ta citation. Dans la première, je te proposais pour la croix de guerre à titre posthume ». J’y ai gagné un surnom : « le mort-vivant de la Brigade ». Ce surnom fut déjà imprimé sous ma photo dans le SOIR ILLUSTRE du 10 mai 1945 avec un reportage du correspondant de guerre Roger CROUQUET.<br /> Cette patrouille fut aussi relatée, entre autres publications, dans le livre « L’HISTOIRE DE LA BRIGADE PIRON » de Monsieur René DIDISHEIM, qui lors des faits était commandant adjoint du major Maurice PONCELET, commandant le III° Bataillon. <br /> La patrouille du lieutenant DEWAELE deviendra la ‘’ patrouille d’OPHEUSDEN’’ et sera classée dans les archives de l’armée comme une des rares patrouilles de combat de l’armée belge pendant la guerre 1940-1945.</p><br /> <br /> <br /> <strong>Sources internet, bibliographique et iconographiques</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/jean_sartori.php">http://www.maisondusouvenir.be/jean_sartori.php</a><br /> <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_Sartori.Jean.html">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_Sartori.Jean.html</a><br /> « Extrait du périodique mensuel des Amis du Musée Herstallien, sous la plume de Raymond Smeers, historien ».<br /> Paru dans le bulletin d’information de la Fraternelle Brabant-Hainaut Mon, 01 Oct 2018 12:37:48 +0200 LE FAUX SOIR https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-176+le-faux-soir.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-176+le-faux-soir.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/faux_soir.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Cette histoire commence le 20 octobre 1943 et se termine, par un énorme éclat de rire, le 9 novembre de cette même année.<br /> A cette date, des résistants du Front de l’Indépendance vendent, en quelques minutes, cinq mille exemplaires d’un faux numéro du SOIR.<br /> Auparavant, il a fallu, dans le secret et en vingt jours, trouver un imprimeur, assurer la rédaction des articles et organiser la distribution du quotidien.<br /> Tout réussit grâce au courage et à l’audace d’un groupe d’hommes.<br /> La Belgique rit aux éclats, et on l’entend de loin. La parution du ‘’faux’’ SOIR , au seuil d’un nouvel et dur hiver d’occupation, est une victoire de la résistance, un espoir pour la population et une belle revanche sur la presse pro-allemande.<br /> Tout avait été minutieusement organisé. Des cyclistes allaient, dans toutes les directions, porter les faux ‘’Soir’’ dans les kiosques. Il aurait fallu, pour que le succès fût complet, que le vrai ‘’Soir’’ parût avec retard. Il suffisait, pour arriver à ce résultat, d'obtenir de la R. A. F. qu'elle envoyât quelques chasseurs survoler la ville à l'heure de la sortie de l'édition. Il y aurait eu alerte et les rotatives du ‘’Soir’’ se seraient arrêtées. On fit demander à Londres de nous rendre ce service. Mais sans doute le haut commandement allié considéra-t-il notre proposition comme trop fantaisiste. Il n'y eut pas d'alerte. Nos hommes de main se contentèrent, pour remédier à cette déception, de mettre le feu, place de Louvain, à une des camionnettes du ‘’Soir-ersatz’’. Et à cinq heures, le vrai-faux ‘’Soir’’, comme nous devions l'appeler plus tard, était distribué dans toutes les ‘’aubettes’’(Kiosques) aux marchands qui n'y virent que du feu. Comme le tirage du ‘’Soir’’ était réduit, en raison des économies de papier, la foule se pressait devant les kiosques au moment où nos partisans vinrent apporter les paquets. Ceux-ci furent répartis en un clin d'œil. D'ailleurs, la ressemblance entre le vrai et le faux ‘’Soir’’ était frappante. Même discrétion dans les titres. Même aspect massif du texte très serré. Il fallut à chaque lecteur quelques minutes pour comprendre qu'une énorme mystification venait de se jouer, dont étaient victimes les Boches d'abord, les collaborateurs de la presse vendue ensuite. Bientôt, toute la capitale éclata de rire. En quelques heures, les villes de province reçurent, à leur tour, des paquets de faux ‘’Soir’’. On se les disputa à coup de gros billets. Le marché noir s'en mêla, car l'affreux mercantilisme des Belges n'abdique en aucune circonstance. Certains faux ‘’Soir’’ atteignirent la somme record de 1.200 voire de 1.500 francs le numéro. Pendant quinze jours, on ne parla que de cela dans le pays entier. Des gens connaissaient par cœur le texte du faux communiqué, relataient avec force détails certains faits-divers particulièrement drôles. Toutes les radios du monde parlèrent de l'exploit du Front de l'Indépendance. Le faux ‘’Soi’’ constituait une démonstration malicieuse de l'énorme et criminelle incohérence de la presse nazifiée. Il soulignait, très opportunément, les mensonges pyramidaux qui constituaient le principal aliment que les journalistes vendus étaient obligés de servir chaque jour en pâture à leurs lecteurs. Le faux ‘’Soir’’ rappelait aux Belges écrasés par des années de servitude que le Petit Bonhomme vivait toujours, et que notre pays n'avait renoncé ni à sa foi, ni à sa malice, ni à son goût traditionnel de la liberté. Quelle différence entre nos phrases guillerettes et rosses, et la lourde prose des forçats de la plume qui avaient envahi les rédactions embochées! Le ‘’faux Soir’’, parodie inoubliable de la «presse embochée.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/faux_soir1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Mais que contenait en réalité ce ‘’faux’’ Soir ?</strong><br /> <br /> Outre le fait de ridiculiser la défense (dite élastique) allemande, on y trouvait également le programme de différents cinémas bruxellois :<br /> A.B.C: «Octobre rouge» et l'usine aux cadavres ». Documentaire culturel avec le général Paulus et ses soldats (le peu qui reste) <br /> AMBASSADOR: Olympiades, 1ère partie: le Marathon d'El Alamein à Sidi Barani, avec Rommel dans son plus grand rôle. <br /> ARENBERG: Un splendide numéro de dressage: Elias (succèsseur de S. De Clercq à la tête du V.N.V). et la Zwarte Brigade. <br /> CAPITOLE: «L'Insubmersible», avec toute la flotte britannique. <br /> CINE MIDI: «L'éclair figé », film comique avec Hitler et une pléiade de Germains <br /> FLORA : «Je fais dans mes hottes». Comique désopilant avec la légion Wallonie. <br /> GALERIES: Olympiades, 2ème partie; de Sidi Barani à la Côte, avec Rommel dans un rôle fait pour lui. <br /> MOLIERE:«L’Allemagne règne sur les mers ». Prestigieuse réalisation sur les grands abîmes sous-marins.<br /> Un article sur Léon Degrelle :<br /> Degrelle : IL SERA JUGE POUR MEURTRE PAR LE TRIBUNAL SS<br /> La Feldgendarmerie allemande vient d'infliger à l'Untersturmführer Léon Degrelle une peine privative de liberté. Comme de nombreux héros du Front de l'Est, M. Léon Degrelle était cocu. Et qui plus est, il le savait, ayant surpris, il y a quelques mois, sa vaillante épouse dans les bras d'un officier allemand, le commandant Ottokar van Schweinhund de la division Herman Goering. L’Untersturmführer avait constaté que son épouse n'opposait, aux assauts d'Ottokar von Schweinhund, qu'une molle tactique de hérisson suivie d'une défense déplorablement élastique. Résultat: l'ex-Mme Degrelie était, dit-on, un tout petit peu enceinte. Depuis ce Jour, le Untersturmführer Léon Degrelle remâchait son amertume. Il ne jouissait plus que de la considération concertée et fielleuse des chefs de gare. Mais Degrelle s'était juré de se venger. L'occasion se présenta dimanche passé en première ligne du Front de l'Est, à hauteur d'Aix-la-Chapelle. Brusquement Degrelle rencontra Ottokar von Schweinhund qui eut le culot de lui adresser son plus charmant sourire. N'écoutant que son courage, l'Untersturmführer sortit son revolver qui n'avait, jusqu'alors, jamais servi, et abattit son cynique rival. La Feldgendarmerie allemande s'est aussitôt mise sur la piste de Léon Degrelle qui avait pris la fuite et que l'on retrouva bientôt dans un abri bétonné. Léon Degrelle a été écroué et mis à la disposition du Tribunal des SS qui statuera bientôt sur son sort. Les funérailles d'Ottokar von Schweinhund auront lieu en grande solennité à Berlin. Son éloge funèbre sera prononcé par le Dr Goebbels. Retenu sur le front de l'Est, le Führer ne pourra assister à la cérémonie. Il s'y fera représenter par son ordonnance, un nommé Mussolini. A titre posthume, Ottokar von Schweinhund a été décoré de la croix de fer avec gueule de bois, surchargée de trois élastiques dorés.<br /> Et diverses petites annonces dont notamment :<br /> EX-COLLABOR., nazi 200 p. c... cherche pl. dans Journal clandestin, patriote et anglophile. <br /> CORBILLARDS à vendre. Conditions spéciales pour familles traîtres et collabor.<br /> PEAU DE L'URSS, vendue trop tôt, toujours disponible, chez A. Hitler, Blitzkriegallee, Berchtesgaden. <br /> L’Hiver approche et les événements marchent. <br /> Collaborateurs, FAITES RETOURNER VOS VESTES CHEZ LE TAILLEUR OPPORTUN 5 bis, rue de l'Heureuse Transition, Bruxelles. 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Il fera partie de la 81ème promotion.<br /> Comme sergent aviateur, il rejoindra le 29 avril 1940 le 3° Régiment d’Aéronautique. <br /> Le 15 mai 1940, il passe en France avec son unité et arrive en Grande-Bretagne venant de St Jean de Luz le 23 juin 1940. Il est repris dans les Forces belges en Grande-Bretagne et passe le 12 juillet 1940 comme sergent pilote au 5 OTU (Operational Training Unit) à Down Bircham.<br /> Le 4 août 1940, il sera affecté au 235 Squadron et en novembre au 272 Squadron bientôt équipé de Beaufighter I et transféré sur le théâtre du Moyen-Orient. <br /> Dès le début, il fera partie du détachement belge à Malte avec Charles <strong>ROMAN</strong> et Olivier <strong>LEJEUNE</strong>. Tous trois vétérans de la Bataille d’Angleterre, ils accompagneront d’abord les avances et les reculs de la VIII°Armée avant de participer effectivement à la défense de Malte et de la Crête<br /> Le 7 août 1941 il devient Pilot Officer et le 7 août 1942, Flying Officer. Le 15 juillet 1942 il est affecté au 2 OTU (Operational Training Unit) à Montrose et le 29 juillet au 3 Delivery Flight à High Ercall. <br /> Le 14 novembre de la même année, il rejoint le 171 Squadron et en janvier 1943 il est muté au 349 (Belgian) Squadron à lkeja au Nigéria. Blessé en février 1943, il séjournera à l’hôpital de Freetown jusqu’en juin 1943.<br /> Le 6 juin 43, il rejoint le 272 Squadron du RAF Middle East. Cette unité aérienne autonome, puissante force aérienne interalliée, travaillant avec une entente parfaite sous le contrôle de la RAF, avait pour objectif de conserver ouverte la route maritime qui, par Gibraltar et Suez, mène à l’Océan indien. La guerre au Moyen-Orient sera ainsi une lutte dont l’enjeu fut essentiellement des champs d’aviation. Le 7 août 1943, il est nommé Flight Lieutenant et le 14 février 1944. Acting Squadron Leader.<br /> Le 6 avril 1944 ayant décollé de Alghero en Sardaigne à bord d’un Bristol Beaufighter X, son avion en flammes s’écrasera en mer au large de Port-Vendres.<br /> <strong>Les distinctions honorifiques de René Demoulin:</strong><br /> Croix de Guerre 1940 avec Palme<br /> 1 Palme supplémentaire<br /> Lion de Bronze sur Croix de Guerre avec citation à l'Ordre du Jour de l'Aéronautique Militaire "Officier aviateur faisant partie du Coastal Command au Moyen Orient a en collaboration avec deux compagnons abattu en combat aérien un Ju 52 et détruit plusieurs autres au sol"<br /> Chevalier de l'Ordre de Léopold<br /> L'Insigne métallique des Forces Belges en Grande Bretagne<br /> Médaille commémorative de 1940-45 avec deux Sabres croisés<br /> 1939-45 Star<br /> Atlantic Star<br /> Italy Star<br /> Africa Star<br /> War Medal 1939-45</p><br /> <br /> <strong>Source Internet:</strong><br /> <a href="http://www.vieillestiges.be/fr/bio/4">http://www.vieillestiges.be/fr/bio/4</a> Wed, 01 Aug 2018 12:19:00 +0200 L'A.S. (Armée Secrète) brugeoise prend forme https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-174+l-a-s-arm-e-secr-te-brugeoise-prend-forme.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-174+l-a-s-arm-e-secr-te-brugeoise-prend-forme.php <p style="text-align:justify">Une des figures de proue de la résistance armée à Bruges est le major d'Artillerie Georges Janssens de Bisthoven, qui, dès la fin des hostilités, cherche à établir le contact avec ses collègues qui ont, comme lui, échappé à la captivité.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/colonel_janssens_de_bisthoven.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le colonel Georges Janssens de Bisthoven</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À la demande du commandant Claser, il accepte de mettre le noyau de volontaires qu'il a constitué à la disposition de la Légion belge, et ce, avant décembre 1940. Le commandement du secteur de Bruges pour la Légion belge est assuré à partir de janvier 1942 par le major Camille Laenen, autre figure de la résistance ouest-flamande. Lorsque Laenen est interpellé le 27 août 1943, le commandement de la zone envoie deux émissaires, Auguste Haus et Louis Camu, chez Georges Janssens à Courtrai où il vit depuis qu'il a été mis en demeure de quitter la zone côtière. Le major Janssens y est responsable de l'ORAF (Office de Renseignement et d'Aide aux Familles de militaires) mais reste en contact avec les responsables des divers groupes qu'il a dû laisser derrière lui. Après mûre réflexion, Camu et Haus décident de renoncer à leur idée initiale de confier le commandement du secteur à Georges Janssens, qui est dans le collimateur de l'occupant. Ils jugent plus prudent qu'il ne prenne, en tant qu'officier d'active, le commandement des troupes secrètes de la région brugeoise, que lorsque celles-ci entreront en action. Son remplaçant, en attendant ce jour, est le capitaine de réserve Michel Van Poucke. Lorsque Laenen a été arrêté, Van Poucke, qui a combattu sous ses ordres, a renoué divers contacts par le biais de la femme de Laenen. Cette dernière l'a dirigé sur Alfred Coppieters 't Wallant, qui a constitué plusieurs groupes à Bruges et dans ses communes environnantes ainsi que sur Didier de Pierpont qui a fondé un groupe à Sainte-Croix ( Sint-Kruis, commune limitrophe de Bruges ). <br /> Le secteur de Bruges-Ostende <br /> Van Poucke exerce le commandement du secteur Bruges-Ostende en liaison constante avec Alfred Coppieters 't Wallant qui garde le commandement de Bruges et de ses communes limitrophes. Né en 1907 et père de sept enfants, Alfred Coppieters est domicilié à Saint-André au sud-ouest de Bruges. Alors qu'il n'est ni militaire, ni réserviste, il rassemble des volontaires depuis l'automne 1940. À la même époque, son frère Charley Coppieters fait de même à Knokke Alfred Coppieters entre en contact avec le MNR par le biais du Brugeois Marc Ryelandt à une date indéterminée puis met son groupe au service de Laenen en janvier 1941 ( qui ne fait à ce moment-là pas encore partie de la Légion belge ) <br /> Georges Janssens échappe de justesse à plusieurs arrestations : la première dans le cadre de sa participation au réseau ‘’JAB’’, la deuxième le 12 mai 1944 quand la GFP opère une descente dans ses bureaux de l'ORAF. <br /> Par chance, Georges Janssens qui ne s'y trouve pas ce jour-là, peut lui échapper. Il quitte Courtrai et se réfugie chez son beau-père Louis Ryelandt à la rue Neuve à Bruges. Le 7 juin, il rentre chez lui pour revoir sa fille de quinze ans qui est mourante. Probablement dénoncé par des voisins, il y est arrêté le jour même par la GFP qui le libère toutefois dès le 21 juillet suivant, soit par manque de preuves, soit dans le but qu'il serve d'appât. <br /> Georges Janssens, prudent, s'établit à Gand pour échapper à la vigilance de l'ennemi. L'arrestation de Georges Janssens le 7 juin incite Alfred Coppieters et Michel Van Poucke à choisir un autre officier pour prendre le commandement du secteur, mais comme tous les officiers d'active ont été obligés de quitter la Sperrgebiet (Zone interdite), leur choix se porte sur un commandant de réserve : Robert Kervyn de Meerendré, un ancien combattant de la guerre de 14. Marié et père de six enfants, Robert Kervyn vit au Chesnoy à Oostkamp au sud de Bruges. Recruté par Alfred Coppieters en mai 1943, il accepte sa proposition de relayer Georges Janssens, dont il est un cousin germain. Il n'a toutefois qu'à peine le temps de s'investir de sa mission. Le 18 juillet 1944, la GFP fait irruption à son domicile et le prend sur le fait à l'écoute de la BBC dans son grenier. Interrogé des années plus tard sur les motifs de cette intrusion allemande, Robert Kervyn évoquera deux causes possibles : une dénonciation ou les évasions à répétition de son fils John. En effet, John Kervyn de Meerendré, né en 1918 et sous-lieutenant des Grenadiers blessé lors de la campagne de 1940, a été fait prisonnier en France au mois de juin et déporté dans un camp de prisonniers de guerre. Quatre ans plus tard, le 30 mai 1944, il quitte l'oflag II A de Prenzlau par les égouts et réussit ainsi... sa cinquième évasion! <br /> Il est malheureusement repris huit jours plus tard, menacé d'être emprisonné dans un camp de concentration pour récidivisme mais réintègre — à son grand soulagement — son oflag le 24 juin. Il y restera jusqu'à l'arrivée des troupes américaines. Au moment où la GFP débarque au Chesnoy le 18 juillet 1944, John a réintégré son camp depuis longtemps. Ce n'est donc pas le champion de l'évasion mais bien son père qu'elle recherche. Robert Kervyn est conduit à la prison de Bruges, puis est transféré à Saint-Gilles. Déporté à bord du ''train fantôme'', il recouvre la liberté le 3 septembre 1944. Dans la cour de la prison de Bruges, Robert Kervyn aperçut quelques visages connus : Georges Janssens, Thierry ou Hubert d'Ydewalle et José Gillès de Pélichy. <br /> Le baron José Gillès de Pélichy, né en 1923, est le dixième d'une famille de onze enfants. La mort de son frère André sur un champ de bataille le 25 mai 1940 le marque profondément. Il souhaite partir en Grande-Bretagne mais se heurte au refus de son père qui le trouve trop jeune et l'enjoint de poursuivre ses études. Selon Georges Janssens, c'est lui qui le recrute en 1941. Ses parents et ses sœurs soupçonnent quelque activité à partir de 1943 parce qu'il s'absente régulièrement du domicile familial situé au château de Sysele à l'est de Bruges. Le fait est qu'au printemps 1944, il est agent de liaison du secteur. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pelichy.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">José Gillès de Pélichy</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À plusieurs reprises, il sert de guide à des aviateurs américains tombés dans les environs. les 3 et 4 juillet 1944, il fait partie des deux équipes qui conduisent les membres d'équipage d'un avion de l'USAAF tombés au-dessus d'Aartrijke vers leur énième cachette. <br /> Le 7 juillet, il conduit à bicyclette un aviateur américain abattu au-dessus de la commune d'Izegem en avril 1944, jusqu'à Bruxelles où Alfred Coppieters a obtenu l'adresse d'une filière d'évasion. <br /> La GFP, informée de l'identité de Michel Van Poucke par un membre arrêté qui a parlé, débarque à son domicile situé à Assebroek (entre Sysele et Bruges) le 13 juillet 1944. <br /> Van Poucke, réfugié dans une cachette aménagée au grenier, échappe à l'ennemi. <br /> José Gillès, qui vient effectuer une mission de liaison chez Van Poucke, est contrôlé non loin de là et arrêté. Il est emprisonné à Bruges jusqu'au jour de son départ pour l'Allemagne, le 1er septembre 1944. Il est déporté au camp de concentration de Gusen <br /> (camp annexe de Mauthausen) où il décède le 26 octobre 1944, à l'âge de 21 ans. Il avait conscience des risques encourus puisqu'il confia au curé de la paroisse de Syzele une lettre à remettre aux siens s'il devait lui arriver malheur. Dans cette lettre non-datée, il remercie ses parents pour l'éducation chrétienne qu'il a reçue et explique son engagement: ''En entrant dans la Résistance, écrit-il, mon but a été de combattre la tyrannie Nazie, pour travailler à la liberté de l'Église et de la Belgique.''</p><br /> <br /> <strong>Source Bibliographique:</strong> ‘’Pour le Roi et le Patrie’’ par M.P. d’Udekem d’Acoz<br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> ‘’Pour le Roi et le Patrie’’ par M.P. d’Udekem d’Acoz<br /> <a href="https://gw.geneanet.org/vannaemend?lang=fr&amp;n=janssens+de+bisthoven&amp;oc=0&amp;p=walburge">https://gw.geneanet.org/vannaemend?lang=fr&amp;n=janssens+de+bisthoven&amp;oc=0&amp;p=walburge</a> Mon, 02 Jul 2018 18:17:41 +0200 Le Fort de Pontisse (Position Fortifiée de Liège) en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php <strong>Le vendredi 10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 0 heure 40, une communication annonce l’alerte, le territoire de la Belgique est menacé.<br /> Toutes les coupoles sont occupées et elles sont prêtes à entrer en action. Il en est de même pour les coffres de la défense rapprochée.<br /> Au Fort de Pontisse, tout est mis en place pour la défense de la position et de la zone qu’il doit couvrir.<br /> A 5 heures, la coupole de 105 doit effectuer un tir sur le Fort d’Eben-Emael.<br /> Des parachutistes viennent d’être déposés par des planeurs.<br /> Cent coups de canon seront ainsi tirés en direction du toit du Fort d’Eben-Emael, cette opération sera renouvelée plusieurs fois au cours de la journée.<br /> Durant ce premier jour de guerre, le Fort de Pontisse interviendra sur un autre objectif : il va empêcher, par des tirs précis de sa coupole de 105, le passage des chaloupes allemandes qui essayent de traverser la Meuse à la hauteur de la ville d’Eysden, cité hollandaise, en face de Lixhe-Lanaye.<br /> Les canots sont détruits ou ils ont basculé dans le fleuve, les Allemands vont ainsi renoncer à leurs nombreuses tentatives de traverser la Meuse.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Modèle du Fort de Pontisse</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 1 heure 30, le Fort de Pontisse fait un tir de concentration sur une batterie allemande repérée à 500 mètres du clocher de Saint-Rémy. Les tirs durent 5 minutes.<br /> A 2 heures, sous la conduite de leurs officiers et sous-officiers, les hommes qui doivent rejoindre l’armée de campagne quitte le Fort.<br /> Ceux qui restent savent, à présent, que leur mission est de mener des combats retardateurs donc, une mission de sacrifice.<br /> A 4 heures 30, les tirs vont reprendre, parce que les troupes allemandes tentent d’installer un pylône d’observation à Grand-Lanaye et de construire un pont, à environ 500 mètres plus au nord du lieu de passage, par où elles avaient tenté de traverser la veille.<br /> 18 barques ou nacelles ont été détruites par les tirs, le pylône et ne pont ne seront pas construits.<br /> A 6 heures, le Fort exécute des tirs en avant du pont de Berneau.<br /> A 7 heures, à la demande du Fort d’Eben-Emael, les artilleurs de Pontisse tirent sur le moulin, en bordure du Geer.<br /> A 8 heures 30, des troupes allemandes sont en marche dans le triangle Visé-Mouland-Warsage.<br /> Les coups répétés du Fort de Pontisse obligent l’ennemi à se réfugier dans une ferme proche, et les tirs sont alors dirigés vers cette ferme.<br /> A 11 heures, la liaison avec Eben-Emael est coupée, on s’interroge ?<br /> Au cours de la journée, le poste d’observation « P.L. 13 » sur la route d’Oupeye est bombardé par l’artillerie allemande, installée dans la région de Dalhem.<br /> On apprend, en même temps, que la villa Jossart à Argenteau est occupée et que les Allemands y ont installé un observateur.<br /> L’obusier de 75 du Saillant III réplique par quelques tirs précis, qui ont pour effet de calmer le zèle de cet observateur, et les tirs de l’artillerie allemande se dispersent.<br /> A 20 heures, les guetteurs signalent que des patrouilles allemandes viennent de Hermalle, et qu’elles tentent de franchir le pont à Vivegnis.<br /> La coupole du Saillant III disperse cette patrouille disperse cette patrouille par ses tirs au but.<br /> Le Fort tire alors sur le pont de Vivegnis, qui va sauter au 6ème coup.<br /> La coupole de 105 exécute des tirs sur le tunnel de Dalhem, où les troupes allemandes se sont réfugiées.<br /> L’obscurité va empêcher de pousser les réglages au maximum pour les tirs sur le pont du canal Albert à Hermalle, mais les ponts de Hermalle sauteront aussi sous l’action des troupes du Génie belge, le pont de Haccourt sera, quant à lui, détruit par les cyclistes frontières.</p><br /> <br /> <strong>Le dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit, pendant que des patrouilles de sécurité circulent dans les environs du Fort, la coupole de 105, exécute des tirs d’interdiction sur les nœuds routiers de Withuis en Hollande et de Wonck et de Bassenge, dans la vallée du Geer.<br /> A l’aurore, le Fort de Barchon demande que Pontisse tire sur ses glacis, aussitôt, les 4 coupoles de 75 balayent la zone et les environs depuis Housse jusqu’à l’entrée de Barchon.<br /> A 6 heures 30, une patrouille de la section des mitrailleurs contre avions voit un bombardier léger, de la Royal Air Force, s’abattre dans la campagne de Rhées. Elle ira récupérer les hommes de l’équipage. Malheureusement, le pilote, Mike Rooney a été tué, le capitaine Tiderman, chef de la mission et son observateur, blessé à la main, sont amenés au Fort.<br /> Dans la matinée, des patrouilles sont allées reconnaître la vallée du Geer, la zone de Milmort -Hermée - Grand’Aaz ainsi que le secteur de Lanaye, elles rapportent des renseignements intéressants sur les positions allemandes et les communiquent au bureau de tir.<br /> Ces positions deviennent des objectifs pour la coupole de 105 qui commence à les pilonner.<br /> Vers 11 heures 30, le poste d’observation « P.L. 13 » signale une colonne motorisée, qui monte la route de Haccourt à Oupeye. Aussitôt, les 4 coupoles de 75 concentrent tous leurs tirs sur cette route.<br /> Prise sous les feux de Pontisse, la colonne allemande doit faire demi tour, en laissant sur place quelques motos et une voiture.<br /> Vers 13 heures, la situation se répète avec une colonne d’infanterie allemande qui débouche sur la grand’ route d’Haccourt.<br /> Bien renseignés, les tirs du Fort et les mitrailleurs de l’abri « P.L. 13 » entrent en action et les Allemands, surpris par la précision des coups, se dispersent dans les vergers. Ils s’abritent dans les maisons proches, d’autres au cabaret « le Stop » et à la ferme d’en face.<br /> Mais le poste « P.L. 13 » est tellement précis que les coordonnées qu’il transmet au Fort, que les canons de Pontisse n’ont aucun mal à transformer le cabaret et la ferme en écumoire. Ainsi délogés de leurs abris, les soldats allemands s’éparpillent dans la campagne et les soldats du Fort les poursuivent de leurs tirs appuyés<br /> Par après, les Allemands, vexés par l’échec de leurs tentatives, vont essayer de s’emparer de l’abri-observatoire « P.L. 13 », mais leurs attaques seront repoussées.<br /> Au Fort, la coupole du Saillant I semble avoir été touchée, mais elle sera vite réparée.<br /> A 20 heures, Barchon communique que la batterie allemande, qui tir sur le Fort de Pontisse, est installée à la Chapelle de Lorette à Visé.<br /> Immédiatement, la coupole de 105 prend la position sous le feu de ses canons.<br /> Alors, l’activité de l’artillerie allemande ralentit peu à peu et elle cesse quand la nuit tombe.</p><br /> <br /> <strong>Le lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le jour est à peine levé, que la bataille reprend et elle va durer jusqu’au soir et mettre en lumière, de façon éclatante, la valeur militaire de la garnison de Pontisse.<br /> En premier lieu, c’est le poste « P.L. 13 » qui rallume le combat contre une colonne d’infanterie allemande venant de Haccourt vers Oupeye.<br /> Comme la veille, elle tombe sous le feu du Fort et elle doit rebrousser chemin.<br /> Peu après, l’artillerie ennemie va prendre le « P.L. 13 » sous ses tirs, pendant que d’autres troupes allemandes apparaissent sur la route du Canal vers Wérihet, le Fort de Pontisse va les accrocher et quand les Allemands arrivent à hauteur du pont de Hermalle, ils tombent sous le feu des 2 coupoles de 105 du Fort de Barchon.<br /> Mais ces acharnés soldats parviendront quand même à traverser le barrage de feu.<br /> L’ennemi est exaspéré, de voir que tous ses mouvements sont contrariés par un Fort qui faisait figure d’adversaire insignifiant à côté de Eben-Emael, tombé en 36 heures.<br /> Aussi, le commandement allemand a décidé de lancer un assaut en règle contre Pontisse, pour mettre ce fort hors de combat.<br /> Durant la nuit, il a fait installer des pièces d’artillerie en grand nombre.<br /> A présent, leurs canons à pied d’œuvre, vont commencer à harceler Pontisse.<br /> A 10 heures, le sous-officier, chef de poste de l’abri prise d’air, signale qu’il reçoit des coups qui lui sont portés par des obus de petit calibre qui sont tirés depuis le Fond de La Vaux. Aussitôt, les coupoles de 75 et les fusils mitrailleurs commencent à faucher les positions allemandes de La Vaux.<br /> Très vite, l’abri prise d’air apparaît comme étant la cible principale et elle reçoit des moyens supplémentaires, qui lui permettent d’arroser ses tirs, maisons, remises, hangars, jardins, vergers, lisières des bois, … où l’ennemi pourrait trouver refuge. Mais les Allemands se sont déployés en éventail depuis la route militaire jusqu’au village de Vivegnis.<br /> De là, ils se lancent à l’attaque du Fort.<br /> Les coupoles de 75 frappent à coups redoublés dans les rangs allemands.<br /> Mais cela reste la prise d’air, l’objectif, où l’ennemi porte ses coups les plus redoutables et elle se défend avec acharnement.<br /> Deux petits canons allemands, bien dissimulés dans les jardins des maisons du Fond de La Vaux sont repérés et réduit au silence.<br /> La bataille fait rage jusque 13 heures 30, après, le vacarme s’apaise, l’ennemi n’a conquis aucun avantage, il se replie et il regagne ses positions de départ.<br /> A 14 heures, on n’aperçoit plus aucun Allemand dans les alentours du Fort, seulement quelques véhicules de reconnaissance sur la route d’Oupeye – Hermée, les tirs du Fort vont les démolir à hauteur de l’Arbre du Chenay.<br /> A 16 heures 30, une batterie allemande, installée à la ferme Cromwez, au nord de Dalhem, est prise à partie par les canons des Forts de Barchon et de Pontisse.<br /> A 17 heures, des troupes allemandes qui prennent position à la hauteur de la ligne du tram vicinal Liège – Bassenge, et aux débouchés d’Oupeye sont repérées, les coupoles de 75 se chargent de les repousser, ceux qui se trouvent dans la campagne de Hermée refluent vers le champ d’épreuve de la fonderie aux canons, où ils seront encore délogés par nos obusiers.<br /> A 18 heures 30, les Allemands lancent une nouvelle offensive, les tirs de canons de petit calibre viennent frapper l’abri de la prise d’air, du poste d’observation cuirassé. Le Fort, lui-même, est bombardé par des obus de moyen calibre. Malgré cela, les obusiers ne lâchent pas leurs proies. Mais cela tire de partout et les cibles sont tellement nombreuses que nos soldats ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.<br /> Les Allemands se rapprochent dangereusement, mais on ne peut plus faire face à tous les dangers qui menacent le Fort.<br /> A la même heure, le poste « P.L. 13 » est attaqué par des troupes qui montent vers Oupeye par les champs de Wérihet et par la route de Haccourt. Il demande un appui au Fort, pour être dégagé mais, malgré ses appels pressants, il n’est pas possible de donner satisfaction, le Fort doit parer à des dangers plus immédiats.<br /> Pourtant, le chef du poste « P.L. 13 » voit un officier allemand en side-car qui s’arrête à 30 mètres de l’abri à côté du sentier dit « du Sacrement », qui va d’Oupeye vers Beaurieux. Cet officier ne se rend pas compte de la proximité avec l’abri « P.L. 13 », il déploie sa carte, le chef de poste signale la chose au bureau de tir du fort « discrètement ».<br /> Au moment où l’officier allemand allume une cigarette, un obus lui éclate entre les jambes. Une fois la fumée dissipée, il ne reste sur place que des débris, les cadavres seront retrouvés à plusieurs mètres de là.<br /> Le chef de l’abri « P.L. 13 » demande qu’on lui apporte des vivres et des munitions.<br /> A la tombée de la nuit, le Fort s’est, jusque là, défendu rageusement. Les Forts de Barchon – Evegnée – Fléron et même Flémalle ont aidé au mieux Pontisse pour barrer les accès au fort à l’ennemi. Avec l’obscurité, les combats diminuent et leur intensité est retombée, on peut alors penser à ravitailler « P.L. 13 ».<br /> A la nuit, une patrouille composée d’un gradé et de 2 hommes quittent le Fort en direction de « P.L. 13 ». Ils rentrent 3 heures plus tard, n’ayant pas pu passer les barrages ni de Oupeye, ni de Vivegnis, tous les chemins sont fortement gardés. De toute manière, c’était inutile, le chef de poste de « P.L. 13 », constatant la rupture de liaison avec la Fort avait quitté l’abri avec ses hommes, profitant de l’obscurité, ils se sont réfugiés dans les caves d’une maison voisine où ils resteront 3 jours avant de regagner leur domicile.</p><br /> <br /> <strong>Le mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit s’est passée en tir de harcèlement sur les nœuds routiers. Une surveillance a été placée sur le massif pour détecter toute activité ennemie qui s’approcherait du Fort.<br /> Au levé du jour, on voit des travailleurs ennemis occupés à des travaux de terrassement sur la crête voisine, ils vont être dispersés par le feu des 75 de Pontisse, mais ils reprennent leurs travaux, dès que les tirs en leur direction cessent.<br /> Nos coupoles de 75 ne peuvent pourtant pas rester concentrées sur ces travailleurs ennemis parce qu’il faut disperser des troupes allemandes à l’orée d’Oupeye.<br /> Le Fort de Barchon est attaqué par l’aviation allemande, et la coupole de 105 tire en fusant à l’aplomb du Fort de Barchon, pour obliger les Stukas qui bombardent en piqué, de lâcher leurs bombes de plus haut.<br /> <br /> A 13 heures 25, c’est à présent Pontisse qui est attaqué par les bombardiers en piqué, qui déversent leurs bombes sur le massif et sur les organes de défense voisins.<br /> C’est alors qu’un homme arrive au bureau de tir pour signaler que la coupole du Saillant II est atteinte et qu’il y a des blessés.<br /> Les dégâts sont importants.<br /> A 15 heures, c’est au tour de la coupole du Saillant I de recevoir un coup dans sa proximité et ici aussi, la coupole a des dégâts qui vont handicaper son fonctionnement. Conjointement aux attaques aériennes, le Fort subit aussi le feu des canons de campagne allemands, mais le Fort se défend avec acharnement, la prise d’air et les obusiers 75 intacts parviennent à maintenir l’ennemi à distance.<br /> A 18 heures, des voitures blindées allemandes sont immobilisées près de l’arbre du Chenay, à Oupeye, sous les tirs du Fort de Pontisse. Ensuite, Barchon demande le concours de Pontisse pour exécuter un tir sur une villa de la route de Chefneux.<br /> A 18 heures 30, deux observateurs sont blessés, le premier a la main fracassée par un petit obus pénétrant, le second est atteint à la face par des éclats après explosion d’un autre obus.<br /> A 19 heures 30, comme c’était aussi la cas le jour précédent, tous les environs du Fort sont couverts par une épaisse fumée qui aveugle tous les postes de guet, c’est le prélude d’une grande attaque, aussitôt, bien que la visibilité soit nulle, les fusils-mitrailleurs, les obusiers de 75 et même la coupole de 105 déploient toute leur puissance de feu sur les glacis et ils transforment, en zone de mort, tous les endroits où des assaillants pourraient s’aventurer.<br /> A 20 heures 30, l’assaut à sans doute échoué, parce que le Fort encaisse des coups d’un bombardement à gros calibre de l’artillerie lourde allemande.<br /> Les coups sont portés, à intervalle régulier, jusqu’à la tombée de la nuit et ils font trembler tout le Fort.</p><br /> <br /> <strong>Le mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Les hommes sont épuisés par les alertes continuelles, ils essayent de prendre quelques heures de repos mais ce n’est pas facile, à cause des bombardements successifs, la tension nerveuse est au maximum.<br /> A 6 heures, le bombardement de gros calibre reprend contre le Fort et des mouvements de troupes ennemies inquiètent les défenseurs, qui répliquent par des tirs de leurs coupoles. Le Fort de Barchon exécute les tirs qui lui ont été demandés sur les arrières de la ferme Thiry et en revanche, Barchon demande que le Fort de Pontisse lance des salves d’interdiction sur les débouchés venant du village de Housse.<br /> A 7 heures, tout rentre dans un calme relatif. Des patrouilles sortent du Fort, pour constater les dégâts, tout le long des glacis, les barbelés sont cisaillés, les piquets sont balayés, il n’y a plus aucun obstacle en place, mais sur les pentes du glacis, il y a une quantité invraisemblable de fusils, mitraillettes, grenades, boites de munitions et de fusées, pistolets lance-fusées, besaces, havresacs, lunettes de pointage, tout un matériel abandonné par les soldats allemands. Dans une excavation, on découvre le cadavre d’un soldat allemand, la tête à moitié arrachée.<br /> Des corvées sont désignées pour dégager les abords et nettoyer les glacis, il faut précipiter tout ce matériel, laissé sur place dans les fossés du Fort. Pendant qu’une équipe est chargée de combler les excavations du fossé de gorge, une autre équipe doit garnir de mines l’éventration de la contrescarpe.<br /> L’aumônier, aidé par quelques brancardiers porteurs du fanion de la Croix-Rouge, se préparent à enterrer le cadavre allemand.<br /> Ils sont appelés par un soldat allemand qui agite un drapeau blanc, marqué de la Croix-Rouge. L’homme dévale la pente, débouche par le petit sentier, il est aussi porteur d’un brassard de la Croix-Rouge et il vient expliquer aux soldats belges que le soldat tué est un « Kamarade », et il demande à reprendre ses effets personnels, on les lui remet, à l’exception de ses papiers, qui seront remis au bureau de tir pour être examiné et le brancardier allemand repart pat où il est venu en emportant les effets de son « Kamarade ».<br /> Grâce au dévouement des deux cuisiniers du Fort, grâce à la complaisance des membres de l’administration communale herstalienne et au courage de Monsieur Louveau de Herstal, le Fort a reçu, malgré les bombardements, du pain frais jusqu’à ce jour.<br /> Aujourd’hui, les soldats du Fort peuvent prendre une douche, manger une bonne soupe chaude et du café chaud. Les spécialiste du matériel travaillent à la remise en état de la coupole de 75 du Saillant I. Le Fort d’Evegnée a repéré une batterie allemande installée dans le parc de Bernalmont et il demande au poste d’observation cuirassé de Pontisse de diriger et de renseigner ses tirs sur la position allemande.<br /> Dans l’après-midi, le Fort de Pontisse exécutera quelques tirs sur une batterie allemande installée au nord de Dalhem, et le harcèlement continue sur les principaux nœuds routiers</p>.<br /> <br /> <strong>Le jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, un groupe de servants de la coupole de 105 est désigné pour s’installer dans la ferme Thiry, sa mission est d’observer les mouvements des Allemands autour de la ferme et du Fort, mais surtout de surveiller le versant du Fond de La Vaux, qui est caché aux observateurs du poste cuirassé du Fort.<br /> Des téléphonistes établissent une ligne volante pour communiquer avec le Fort et les hommes emportent 5 mitrailleuses pour la défense de leur poste. Seulement, ils reçoivent l’ordre de n’intervenir qu’en toute dernière extrémité pour ne pas dévoiler leur position.<br /> A 9 heures, l’abri d’observation situé « aux Communes », à Cheratte hauteur, signale une colonne de 200 hommes qui se dirigent de Haccourt vers Vivegnis. Le Fort de Pontisse accroche cette colonne par des tirs de la coupole de 105.<br /> Des groupes de travailleurs allemands se détachent en direction d’Oupeye et à la lisière du bois de Pontisse, les renseignements fournis par les postes d’observation de la prise d’air, de la ferme et de l’observatoire cuirassé du Fort concordent et les coupoles leur livrent une véritable chasse.<br /> A 14 heures 30, des fantassins allemands s’avancent sur la route de Hermée, le poste de la ferme Thiry demande de pouvoir intervenir, mais on leur répond de ne pas bouger, c’est la coupole du Saillant I qui se charge de cette besogne.<br /> A 19 heures 30, une troupe d’infanterie allemande débouche au pont de Haccourt et vient vers le sud en suivant le canal, le Fort règle ses tirs qui se poursuivent jusque la nuit tombante sur ce passage.<br /> Le soir, après avoir pris connaissance du message adressé au Fort de Liège par le Roi des Belges, le moral du Fort est bon.<br /> Certains de nos soldats vont même pousser la chansonnette, il serait même question d’aller "pendre son linge sur la ligne Siegfried".</p><br /> <br /> <strong>Le vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le bombardement qui avait cessé la veille reprend à une cadence assez lente, Barchon est attaqué par les avions qui lâchent leurs bombes en piqué.<br /> Le chef de poste, installé dans la ferme Thiry, donne des indications précises à la coupole de 105 pour procéder au déclenchement des tirs fusant au bon moment.<br /> De son côté, le Fort d’Evegnée procède par des tirs identiques.<br /> Touché par les éclatements de ce tir croisé, un Stuka est abattu, il s’écrase à proximité du Fort de Barchon.<br /> Après le S.O.S. lancé par Barchon, toutes les coupoles de Pontisse exécutent des tirs de dégagement dans les fossés et à, la limite nord du Fort de Barchon, ainsi que sur la route de Housse.<br /> Vers midi, la liaison téléphonique avec Barchon est coupée, pour communiquer, il reste le lancement des fusées et la télégraphie sans fil.<br /> Après-midi, un avion de reconnaissance allemand survole le Fort à basse altitude et peu après, le bombardement reprend avec violence, les obus de gros calibre martèlent le toit du Fort, les coups assourdissent et on sent même le souffle des déflagrations.<br /> Les petits canons de campagne allemands sortent du bois des Trixhes, et ils se camouflent sur la crête de La Vaux pour tirer sur les défenses du Fort.<br /> Des obus plus petits arrivent à grande vitesse sur leurs objectifs.<br /> L’observateur de la ferme Thiry et celui de la prise d’air guident, au mieux, les coupoles du Fort qui répliquent et pour la Saillant IV, qui n’a pas de vue directe, c’est le poste d’observation cuirassé qui dirige ses tirs.<br /> La coupole du Saillant III est détruite et 2 hommes sont gravement atteints, le chef de poste fait savoir qu’un obus a traversé la coupole et il l’a réduite en ferraille.<br /> Quand le médecin arrive sur place, le premier homme est mort, quant au second, il est transporté à l’infirmerie mais il décède sur la table d’opération.<br /> Ce sont le soldat milicien Heusy et le soldat rappelé Bajard<br /> Bajard était un soldat d’un autre régiment, qui avait rejoint le Fort de Pontisse ne sachant pas où retrouver son unité. Quant aux blessés, les soldats Britte et Hellin, ils sont soignés à l’infirmerie.<br /> Le Fort de Barchon a signalé qu’une batterie allemande, qui tirait sur Pontisse, était probablement située à Wandre, mais tous les efforts pour la situer sont restés vains.<br /> A 19 heures 30, c’est le poste d’observation cuirassé qui est touché. Un obus de 88 allemand a traversé le blindage, et les observateurs ont dû battre en retraite.<br /> Au milieux de la nuit, les hommes du poste installé à la ferme Thiry ont pris les dispositions pour installer des obstacles sur lesquels les Allemands doivent buter en cas d’intrusion nocturne. Soudainement, l’homme qui assurait la garde entend des bruits de bottes au rez-de-chaussée.<br /> Ce sont effectivement des soldats allemands qui visitent la ferme, mais ils s’en iront sans avoir trouvé nos soldats belges installés aux différents étages.</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A peine le jour est-il levé, que le bombardement qui s’était interrompu durant la nuit, reprend avec force et vigueur.<br /> Les obus de 88 des fameux canons allemands pleuvent sur le Fort de Pontisse. Qui plus est, les Allemands s’aperçoivent de la présence de soldats belges, qui observent depuis la ferme Thiry.<br /> Aussitôt ce poste est pris pour cible, plusieurs tirs en rafale ponctués par les obus de 88 balaient la toiture de la ferme. Mitrailleuses et appareils téléphoniques sont basculés, plus de communication avec le Fort. L’infanterie allemande surgit aux débouchés d’Oupeye, elle est accueillie par les salves des obusiers de 75 qui fonctionnent encore et par tir fusant de la coupole de 105.<br /> Le Saillant IV intervient contre les troupes allemandes rassemblées en bordure du Bois de Pontisse. Le Saillant I reçoit un coup qui bloque son fonctionnement, on essaye de suite de réparer.<br /> A 10 heures 30, il ne reste plus qu’seul obus à la coupole de 105, un officier et un sous-officier artificier sont désignés pour la faire sauter dès qu’elle aura tiré son dernier coup.<br /> Le Fort est fortement ébranlé par les bombes des avions allemands qui viennent encore s’ajouter au pilonnage terrestre. Soudain, une terrible déflagration, c’est la coupole de 105 qui vient de sauter.<br /> La prise d’air est également engagée contre l’infanterie allemande qui parvient à s’installer au-dessus de l’abri. Au bout d’une demi-heure, l’officier de tir voit une forme humaine qui se laisse glisser le long d’une corde pour attaquer l’embrasure de la prise d’air, aussitôt, l’officier abat cet intrus d’un coup de pistolet.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Prise d’air du Fort de Pontisse en 1940. (Collection F. Tirtiat)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Saillant IV tente plusieurs tirs à courte distance pour dégager la prise d’air, mais il n’a pas de vue sur cet objectif et les tirs sont dispersés. Il y a déjà une heure que les avions viennent bombarder le Fort, quand un coup plus violent que les autres ébranle les murs. Une bombe est tombée à l’aplomb de l’escalier qui conduit à l’étage du bas, une deuxième bombe qui viendrait frapper sur la gorge du massif couperait tout accès vers la sortie.<br /> La coupole du Saillant IV balaie les environs avec ses boîtes à balles. La prise d’air voit surgir les assaillants à l’embrasure avec des lance-flammes, aussitôt, c’est le "branlebas", les soldats belges évacuent et à peine la porte blindée refermée, les lance-flammes attaquent. Sous l’action de la chaleur, les munitions spéciales, balles traçantes et incendiaires ainsi que quelques grenades restées dans le local, explosent littéralement. Après la déflagration, des épaisses fumées envahissent la prise d’air.<br /> Par précaution, la ventilation est coupée mais l’officier entend les appels venant du Saillant IV, les servants sont menacés d’asphyxie, il demande que l’on rétablisse le système de ventilation. Les fumées se répandent dans tout le Fort et les soldats de Pontisse sont pris aux yeux et à la gorge. C’est à tel point que, même 5 jours plus tard, nourriture et boissons resteront imprégnées de cette odeur.<br /> Un S.O.S. est lancé au Fort de Barchon, mais il semble que l’appel ne soit pas reçu. Barchon ne répond plus, les tirs venant de ce Fort ont cessé depuis midi.<br /> Tous les efforts pour réparer la coupole du Saillant I sont restés vains, d’autant plus que les bombes lâchées par les avions ont encore aggravé le blocage. Alors, ordre est donné aux artificiers de la faire sauter.<br /> La liaison avec la poterne d’entrée est coupée, la situation s’aggrave. Seule la coupole du Sillant IV mène encore la vie dure aux assaillants et aux pièces de l’artillerie allemande située en bordure du Bois de Pontisse, mais ses munitions s’épuisent, il ne lui reste plus que 30 obus et boîtes à balles.<br /> Pour les coffres de défense, la situation devient insoutenable, on ne distingue rien à cause des fumées, et quand les fusils mitrailleurs veulent intervenir, des pièces lourdes installées sur le glacis tirent à bout portant sur les embrasures où les Allemands attaquent aux lance-flammes.<br /> Depuis la galerie, les soldats du Fort entendent des bruits de travaux : les Allemands sont en train de placer des mines.<br /> Des assaillants installés, à cheval, sur la caponnière tentent de répéter le coup de la prise d’air. Des mitrailleuses sont installées pour prendre la galerie en enfilade. Le Fort de Pontisse est acculé, il a épuisé tous ses moyens de défense.<br /> Le Saillant IV, seul en état de tirer, épuise ses dernières munitions.<br /> A 13 heures 45, le drapeau blanc est présenté à l’entrée du Fort. Le Fort de Pontisse s’est rendu à l’extrême limite de ses forces.<br /> Après la chute du Fort de Pontisse, les Allemands n’en croyaient pas leurs yeux, étonnés qu’ils étaient du peu de perte subie par la garnison, en plus, ils croyaient que le Fort était doté d’un système de télécommande, au vu de la rapidité et de la multiplicité de ses tirs.<br /> Un lieutenant allemand s’écriera même « DAS IST BRAVE SOLDATEN »<br /> Ils accordèrent aux soldats de Pontisse le droit de pouvoir enterrer leurs deux morts au combat et ils rendront les honneurs militaires à ces deux combattants.<br /> Ensuite, ils feront évacuer les soldats belges blessés et malades, et ils vont également évacuer le major allemand qui commandait les troupes d’assaut. Cet officier supérieur a eu la jambe broyée par un obus et c’est un médecin belge qui lui avait donné les premiers soins.<br /> Les Allemands permettront au major Simon, commandant du IIème groupe et au capitaine Pire, commandant du Fort de Pontisse de conserver leurs sabres.<br /> </p><br /> <strong>Sources iconographiques et bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php">http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php</a> Fri, 01 Jun 2018 12:30:15 +0200 Les évadés de Saint-Gilles (Prison à Bruxelles) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-172+les-vad-s-de-saint-gilles-prison-bruxelles.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-172+les-vad-s-de-saint-gilles-prison-bruxelles.php <p style="text-align:justify">Ils étaient quatre.<br /> -Quatre, dans une cellule de la prison de Saint-Gilles, au début du mois de <strong>février 1943</strong>.<br /> -Quatre victimes de la Gestapo, comme tant d'autres.<br /> <br /> Mais le sort qui les avait étrangement réunis, devait leur réserver de devenir les héros de la plus sensationnelle évasion que connut la prison centrale de Bruxelles sous l'occupation allemande de 1940-45.<br /> -Ils étaient quatre, ... dans une cellule : Jean Hufkens, Lucien Jansen, Frans Lissens, Raymond Portmans.<br /> <br /> Tous avaient déjà subi quelques mois d'incarcération. Lucien Jansen, qui en totalisait quinze, était condamné à mort. Le même sort pouvait être réservé aux autres, après jugement.<br /> Jean Hufkens venait d'être introduit dans la cellule, en remplacement d'un prédécesseur connu sous le nom d’Eric et parti brusquement pour une destination inconnue ...<br /> A peine J. Hufkens était-il entré – ah ! ce fut toujours bien lui le plus dynamique du groupe ! – qu'il s'écriait :<br /> -Quand va-t-on s'évader ?...<br /> Tous les prisonniers rêvent de s’évader, mais encore fallait-il poser la question devant les compagnons de la cellule. Cette fois, la question était posée et avec quelle rapidité !<br /> J. Hufkens n'en était pas à sa première tentative. Il venait de la Citadelle de Liège, où il avait été surpris à démolir un mur de la caserne, qui servait alors de prison.<br /> Comment sortir, à quatre, d'une cellule, comprise dans le système des bâtiments et des couloirs en étoile, barrés, verrouillés et méthodiquement gardés, de la prison de Saint-Gilles ?<br /> -Moi, expliqua J. Hufkens, je suis certain – si nous parvenons à nous échapper dans la cour – de pouvoir escalader le mur de la prison avec une corde munie d'un crochet. Il suffit de lancer la corde de l’autre côté du faîte et d'exercer une prudente traction, pour que le crochet reste maintenu par le rebord extérieur du couvre-mur.<br /> Et notre héros de démontrer, sur le champ, le bien-fondé de sa théorie : penché sur la table de la cellule, après avoir confectionné un crochet à l’aide d'une clé de boîte à sardines et y avoir noué une ficelle, il laissait glisser celle-ci du côté opposé, tirait dessus et provoquait l'accrochage sur le rebord même de la tablette.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Un coin de la cour, dans la Prison de Saint-Gilles. <br /> Sur la façade du bâtiment, à droite, on aperçoit, marquée d’une croix, la fenêtre que franchirent les quatre prisonniers</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Combien de fois l'expérience fut recommencée ! Elle réussissait à chaque coup. C'était une révélation !... Il fallait tenter l'évasion !<br /> -Mais comment sortir de la cellule ?<br /> Et comment se procurer les instruments, les ustensiles et les vêtements nécessaires ? Car l'évasion n'était possible que la nuit et, chaque soir, on enlevait aux prisonniers tous leurs effets d'habillement, ne leur laissant que la chemise pour se mettre au lit dans la cellule.<br /> La prison de Saint-Gilles comprend, en ordre principal, partant d'une rotonde centrale, cinq ailes de bâtiment se terminant par un pavillon extérieur, à compartiments grillagés (les fameuses"Cages à lion", comme les appelaient les prisonniers, où ceux d'entre eux qui étaient au secret, se trouvaient admis à prendre l'air quelques instants par jour).<br /> Les ailes comportent chacune, à gauche et à droite d'un couloir d'accès, les cellules rangées côte à côte, et se répétant à deux étages supérieurs, le long de galeries communiquant par des escaliers de fer.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Plan de la Prison de Saint-Gilles. <br /> Les auteurs de l’évasion occupaient, dans l’aile A, la cellule 35, indiquée au croquis</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nos quatre prisonniers connaissaient la disposition des lieux. Ils occupaient, dans l'aile A, la première à gauche, au rez-de-chaussée, la cellule 35, non loin du bureau de garde. Ils savaient la surveillance étroite et bien faite.<br /> A l'extérieur, notamment, les sentinelles parcouraient les chemins de ronde, au bas des fenêtres, le long des murs. Et les chiens, la nuit, circulaient avec les patrouilles.<br /> Pour sortir de la cellule, il n'y avait que deux solutions.<br /> Ou bien scier les barreaux de la fenêtre et s'échapper directement dans la cour. Moyen classique, mais difficile et lent à réaliser.<br /> Ou bien, profitant d'un jour où la surveillance était réduite, attirer le gardien à l'intérieur de la cellule, sous prétexte d'accident ou de maladie, l'assommer, se rendre dans le bureau pour enlever la clé de la porte vers la cour et fuir... On ne pouvait réussir qu'à condition d'agir avec la vitesse de l'éclair, avant que l’alerte ne soit donnée dans la rotonde ; en cas d'échec, le cas des prisonniers devenait d'une extrême gravité, des voies de fait ayant été commises sur un gardien.<br /> La première manière fut bientôt décidée.<br /> C'était le 5 février.<br /> Il fallait une scie. Comment procéder ?<br /> L. Jansen recevait des visites. Sa femme. Son vieux père. Son frère. Il avait pu rapidement faire connaître son désir, et le mardi 23 février ...<br /> La salle de visite se partageait en deux couloirs contigus, garnis de cellules jumelées, servant d'isoloirs. Visiteurs et prisonniers y étaient introduits de part et d'autre et ne pouvaient communiquer entre eux que par une fenêtre grillagée, pratiquée dans le mur de séparation, à hauteur du visage.<br /> Le mardi 23 février donc, son frère, impassible dans l'isoloir pour ne pas attirer l'attention du surveillant, lui dit, entre deux phrases anodines :<br /> - Ramasse ce qui est par terre ...<br /> L. Jansen baissa les yeux. Sur le sol, à l'intérieur de sa propre cabine, se trouvait une lame de scie à métaux de 30 cm !<br /> L'épouse de L. Jansen, qui accompagnait son frère, n'avait même pas été avertie de ce que celui-ci allait tenter. Par un coup d'audace extraordinaire, il avait d'abord pris place, avec sa belle-sœur, dans le premier boxe réservé aux visiteurs ; puis, certain que cette place lui était acquise, il était ressorti, avait entr’ouvert la porte donnant sur le couloir des prisonniers et avait jeté subrepticement la lame dans la première cellule, correspondant à la sienne du côté visiteurs.<br /> Il s'était dépêché de reprendre sa place, près de sa belle-sœur. Le coup avait parfaitement réussi, malgré la présence d'un bo...., au fond du couloir, côté prisonniers, et qui n'avait rien vu !...<br /> La femme de L. Jansen, surprise par la manœuvre de son beau-frère, avait eu la présence d'esprit de ne pas bouger !<br /> Il n'y avait eu, ensuite, qu'à attendre l'arrivée des prisonniers. L. Jansen s'était précipité dans le boxe n° l, où il avait aperçu les visages familiers, derrière la grille...<br /> Ramasser la scie, la glisser dans sa poche, n'avait plus été qu'un jeu. Mais... quel moment d'émotion !<br /> Rentré dans la prison : - Sentez, s’écria-t-il à ses camarades, n'osant encore montrer l'outil au grand jour, sentez ce que j’ai dans ma poche ! !<br /> Une grande joie s'était emparée des quatre compagnons. La résolution avait été immédiatement prise de consommer les vivres de réserve provenant des colis, l'économie n'ayant plus de raison d'être et chacun ayant besoin de forces, en vue des efforts à accomplir. Des exercices d'assouplissement étaient décidés, ensuite.<br /> Le programme comporterait deux heures par jour de gymnastique des bras et des jambes. Cette précaution, comme on allait le voir, ne devait pas s'avérer inutile.<br /> Le soir venu, la scie fut glissée entre deux lamelles du parquet, le joint étant soigneusement rétabli dans son état graisseux et poussiéreux.<br /> Les "quatre" délibérèrent toute la nuit ...<br /> Le châssis de fenêtre, en fonte, s'ouvrait par un système à bascule et ne laissait à la partie supérieure, à 2 m. 50 du sol, qu'une ouverture de 10 cm. Il était garni de deux montants verticaux, espacés de 30 cm. A l’extérieur, trois barreaux, en fer ceux-là, placés à intervalle de 15 cm, étaient supportés par une colonne médiane de forte épaisseur.<br /> Il fallait donc franchir deux obstacles la fenêtre en fonte, les barreaux en fer.<br /> Quel était le moment le plus favorable pour procéder au sciage ? Le jour ou la nuit ? Lequel des barreaux était-il nécessaire de couper pour passer ? De quel côté de la fenêtre opérer ? A gauche ou à droite ? Comment procéder pour enlever le carreau, mastiqué du côté extérieur, sans rien faire qui attirât l'attention des gardiens ?<br /> <br /> Et l’occultation, la nuit, qui obligeait encore les prisonniers à obturer la fenêtre à l'aide d'un panneau appelé "Dunkler" ! Et l'ampoule électrique, que l’on ne pouvait dévisser, dans une cellule de condamné à mort, sans se faire remarquer immédiatement de l’intérieur.<br /> Combien de temps nécessiteraient les travaux et les préparatifs ? Quel serait le jour préférable pour l’évasion ?<br /> Réussirait-on à fabriquer le crochet à l'aide d'une pièce métallique appartenant au mobilier de la cellule ? Comment réussir à tresser la corde, si l'on ne disposait pas, pendant un laps de temps suffisant, des draps de la literie que les gardes inspectaient chaque matin et chaque soir. Et les draps suffiraient-ils ? Quelle longueur, en effet, devait avoir la corde ? Quelle devait être sa résistance ? Et quelle dimension, le crochet ? Qui tenterait le premier la sortie ? Lequel des murs de la cour franchir ?<br /> Mille questions qui étaient mille problèmes de précision à résoudre.<br /> Du calcul, de l'adresse, de l'astuce. De la force, de l'agilité, du courage. Tout combiner, tout prévoir. Ne rien manquer. Réussir !... Quelle nuit !<br /> Quelle nuit de réflexions, de recherches, de discussions, de fièvre ! Quelle nuit de décisions !<br /> Et quels jours et quelles nuits qui suivirent, dans cette cellule, où ils étaient quatre à se battre contre tout ce qui était autour d'eux et qui s' opposerait à leur détermination, irrémédiable désormais !<br /> Le lendemain – mercredi 24 février – toute la chambrée était prête à entrer en action.<br /> Chacun avait son rôle à jouer. Tandis que J. Hufkens travaillerait aux barreaux, R. Portmans, près de lui, ferait le guet vers la cour.<br /> L.Jansen, dont l'oreille était plus exercée aux bruits de la prison, se plaquerait contre la porte, attentif aux allées et venues de l'intérieur ; il donnerait l'alerte à l'approche du gardien et s'efforcerait de lui masquer la vue, devant l'ouverture du judas !<br /> Quant à F. Lissens, il jouerait la pantomime au milieu de la cellule, balayant, déplaçant un meuble, circulant, trompant lui aussi la surveillance du gardien.<br /> <br /> Toute la journée, pourtant, les prisonniers s'étaient vus dans l'obligation d'attendre. Ils avaient jugé préférable de ne travailler à la fenêtre que pendant la nuit. Il était nécessaire, dans ce cas, d'enlever le panneau d'occultation, après avoir, au préalable, dévissé la lampe. Cela présentait aussi un danger, mais avec L. Jansen à l'écoute contre la porte, ses compagnons comptaient bien être prévenus à temps pour rétablir l'éclairage, avant l’arrivée du gardien devant la cellule.<br /> Peu après l'heure du coucher, J. Hufkens s'était donc mis à l'ouvrage. Juché sur le dos d'une chaise – car la table ne pouvait pas se trouver près de la fenêtre – il avait introduit un bras dans l'ouverture du châssis et s'ingéniait, à l'aide d'un vieux couteau, à décoller le mastic de la vitre de gauche, s'efforçant d'en retenir la moindre miette entre ses doigts. Avec l'autre main, de l'intérieur, il appuyait sur le carreau pour le détacher, d'autant plus qu'au dehors il était impossible d'atteindre le bas du châssis.<br /> Les prisonniers avaient choisi le panneau de gauche, afin de pouvoir accéder aux barreaux de ce côté, et notamment au barreau inférieur. Ils avaient observé qu'au cours des contrôles fréquents effectués par le gardien, celui-ci commençait par inspecter les barreaux dans la partie droite de la fenêtre, du haut vers le bas. Satisfait de son examen, il passait plus rapidement devant la partie de gauche et ne prêtait pour ainsi dire plus attention au dernier barreau de la série !<br /> A l'extérieur, la sentinelle allemande, sur le chemin de ronde, ne pouvait apercevoir ce barreau, à cause de la saillie formée par le seuil de la fenêtre.<br /> On risquait moins, aussi, en travaillant à cette place plutôt que dans le haut de la grille, d'être découvert par les occupants du bâtiment d'en face. C'était plus facile à scier, et moins haut à franchir pour s'échapper. Tous les détails avaient leur importance et ces derniers n'étaient pas les moins négligeables !<br /> <br /> J. Hufkens s'enhardissait à son travail, le mastic provenant d'une réparation récente, n’offrant pas tellement de résistance.<br /> Rêva-t-il soudain à la bonne fortune des prochains jours et dans l'enthousiasme naissant effectua-t-i1 une pression trop forte ? Toujours est-il que la partie supérieure du carreau se cassa et lui resta entre les doigts, heureusement sans faire d'autres morceaux !...<br /> Que fallait-il faire ? Le mieux était de déposer le carreau à l'extérieur, sur le seuil de la fenêtre, de refermer celle-ci, de rétablir l'occultation et de se mettre au lit, comme si rien ne s'était passé !<br /> Et de fait, le bruit du carreau n'avait pas été entendu par les boches. Rien ne bougea dans la prison et bientôt les quatre compagnons se remirent à l'ouvrage.<br /> La seconde moitié du carreau fut enlevée avec beaucoup plus de facilité, grâce à l'ouverture pratiquée par la partie brisée, et J. Hufkens se prépara à scier ...<br /> La lame, serrée entre le pouce et l'index – car il n'y avait pas de manche –, devait être portée en avant, puis tirée en arrière, en appuyant seulement sur le barreau pendant ce dernier mouvement.<br /> C'était la seule façon d'éviter que la scie, insuffisamment soutenue, ne pliât.<br /> Hélas, à peine J. Hufkens avait-il commencé, que tous les quatre s'effrayèrent du bruit que faisait, dans la nuit, le grincement de l'outil.<br /> Et comme pour confirmer leurs craintes, un appel discret résonna sur le tuyau de chauffage, qui d'une cellule à l'autre servait de conduit acoustique aux prisonniers.<br /> C'était le voisin du 24, Opta Lebègue :<br /> - Qu'est-ce que vous foutez ? Mais vous allez vous faire tous ramasser !<br /> <br /> Du côté opposé, nouveau signal d'écoute. C'était du 36 que Jacques Thibau, à son tour, lançait un non moins sérieux avertissement :<br /> - Mais cela fait un bruit fou ! Je vous en supplie, ne continuez pas !...<br /> Il n'y avait pas moyen, en effet, de continuer pendant la nuit. Il fallait aviser et choisir une autre heure. Le matin, entre 7 et 8 h, sans doute, au moment où le gardien faisait sa tournée pour changer les tinettes et apporter le déjeuner. Il y avait beaucoup de bruit dans le couloir et le gardien s'absentait généralement pour accomplir sa corvée aux galeries.<br /> Ceci dit, les prisonniers se recouchèrent, mettant leur espoir dans le lendemain.<br /> Des 7 h, le jeudi, J. Hufkens se mit à scier. II disposait d'une heure.<br /> Il sut, dès ce moment, ce qu'il fallait d'endurance, de courage, de résistance et d'énergie, pour scier, dans la fenêtre d'une prison – prison de guerre –, face à l'ennemi qui veille, avec rien qu'une lame entre les doigts, au bout des bras affaiblis, avec des arrêts crispés et des recommencements, de l'angoisse et la peur affreuse d'être surpris, pour scier, malgré l'approche des sentinelles et les gardiens aux aguets, ... un lourd barreau carré de fer, de 4 cm. d'épaisseur !<br /> Ne pas se faire entendre surtout ! C'était l’essentiel ! Et rapidement les prisonniers se rendirent compte que le grincement de la scie se perdait dans le brouhaha qui régnait dans la prison.<br /> <br /> Sur le tuyau de chauffage d'ailleurs, Opta avait fait :<br /> - Ça va !<br /> Et Jacques de l’autre côté, avait répété !<br /> - Oui, ça va mieux, maintenant. On ne vous entendra pas.<br /> <br /> Ils étaient dans le bon ! L'heure était bien choisie. D'ailleurs, on entendait le gardien circuler et c'était un apaisement de le savoir occupé aux étages. Pendant la nuit, au contraire, il était en pantoufles et il s approchait sans qu'on soit averti de son arrivée ...<br /> Comme on approchait de 8 h, il convenait d'arrêter le travail.<br /> La coupure, dans le fer, fut rapidement camouflée à l'aide d'un mélange de mastic et de cendres de cigarettes.<br /> Il ne restait plus qu'à replacer les deux morceaux du carreau dans la fenêtre. Hélas ! unnouvel accident devait survenir !...<br /> L. Jansen en essayant de remettre le morceau supérieur, brisa subitement le carreau, le rendant, cette fois, inutilisable !<br /> L'affaire risquait de tourner mal ! Il s'agissait de trouver un subterfuge, si l'on ne voulait pas que le boche eût l'attention attirée par la fenêtre ...<br /> On l'entendait à nouveau, dans le couloir du rez-de-chaussée, allant de cellule en cellule, où il portait le déjeuner. Bientôt son pas se rapprocha. C'était pour le "35" !<br /> La porte s'ouvrit, prudemment, d'abord, comme d'habitude ...<br /> L. Jansen avait pris position, debout, sur une chaise, faisant le geste de retirer, à ce moment même, le panneau d'occultation.<br /> Puis, tout-à-coup, patatras ! L. Jansen renversait la chaise sous ses pieds et tombait, enfonçant le "Dunkler" dans la fenêtre dont les carreaux volaient littéralement en éclats !...<br /> La chaise elle aussi, se trouvait démolie. Et le "Dunkler" !<br /> Et L. Jansen gémissait, en se frottant le tibia, tout en s'écriant à l'adresse du gardien étonné :<br /> - Je vous l’avais bien dit que la chaise ne tenait plus. Il y a un mois que je demande qu'on la répare ! Nous sommes propres, maintenant : une chaise en moins, le "Dunkler" qui ne peut plus servir et voilà les carreaux cassés !...<br /> Il y avait, à la prison de Saint-Gilles, un gardien belge chargé des travaux d'entretien et de réparation, que les bo…… avaient réquisitionné à leur service. Devant les proportions prises par l' "accident", tout de suite il fut demandé !<br /> <br /> Il a déclaré, plus tard, qu'il s'était douté de la supercherie. (A la Libération, il fut décoré pour services rendus). Le fait est qu'il s'empressa d'apporter une nouvelle chaise et de remplacer le "Dunkler". Puis, faisant le censeur :<br /> - Pour ce qui est des carreaux, dit-il, vous serez punis ! Je ne les remplacerai que dans huit jours ! Cela vous apprendra !...<br /> <br /> Il fallut un moment aux quatre compagnons de cellule pour réaliser ce qui venait de leur arriver ; les carreaux enlevés, la fenêtre dégagée, permettant d'atteindre les barreaux, les gardiens eux-mêmes dans le jeu, grâce à l'intervention du Belge ! La ‘’punition’’ qui devenait une bénédiction du Ciel ! ...<br /> Et pourtant, ils étaient devenus incapables de ressentir encore une joie. Dans la lutte où ils étaient, à cet instant, pleinement engagés, tout leur esprit était tendu vers le but à atteindre, ne laissant même plus à leur cœur le temps de s'émouvoir... Plus aucun détail ne devait être négligé ; tout devait être calculé pour réussir !<br /> Donc, après une journée consacrée à la réflexion, ainsi qu'aux exercices prévus, les prisonniers arrivèrent au vendredi, où comme la veille, à 7 h, J. Hufkens se remit à l'ouvrage.<br /> Malheureusement, n'ayant pas réussi, le matin, à scier le barreau de part en part, il se trouva dans l’obligation de continuer l'après-midi. Les prisonniers. en effet, avaient décidé de tenter l'évasion au cours de la soirée de dimanche, et pour respecter le programme, il fallait que le barreau, du côté gauche, soit terminé le vendredi.<br /> R. Portmans, de guet à la fenêtre, redoublait par conséquent d'attention. Lorsque, tout-à-coup, dans un cri étouffé, on l'entendit s'écrier :<br /> - 22 !<br /> "Vingt-deux", c'était pour tous les camarades aux mains des boches, le signal d'alerte. (Comme il l’est, d' ailleurs, communément dans les prisons ; le cri avait tout simplement été repris !)<br /> Le signal, hélas, avait été lancé trop tard. Deux sentinelles allemandes, sur le sentier de briques longeant le mur, au bas des fenêtres, avaient surgi et s'arrêtaient, l'oreille tendue. Elles s'écartèrent du chemin pour mieux voir et regardèrent ...<br /> De leur position, elles pouvaient apercevoir le barreau inférieur, qui du chemin de ronde leur était caché par la saillie du seuil de fenêtre. Mais pour le bonheur de nos amis, les deux sentinelles, en s'écartant du sentier, avaient en même temps refait deux pas en arrière. Elles voyaient la fenêtre, non plus de face, mais très légèrement en oblique et ne pouvaient plus apercevoir l'extrémité du barreau à gauche, la vue étant interceptée par l'épaisseur du mur dans l’encadrement de la fenêtre !<br /> Encore une fois, les prisonniers étaient sauvés ! Mais ils éprouvaient de plus en plus le désir d'en finir avec ce côté du barreau. Il fallait poursuivre. A chaque instant, ils risquaient d'être pris. R. Portmans n'avait pas manqué, avant l'incident, d'observer le passage des sentinelles. Mais d'habitude, elles mettaient un bon quart d'heure à faire le tour du bâtiment, et, cette fois, elles avaient dû écourter sensiblement leur itinéraire. On n'était jamais sûr. Et, du bâtiment d'en face, un peu plus tard, est-ce qu'un prisonnier n'avait pas crié. au travers d'une fenêtre ?...<br /> - Alors, les copains, on s'apprête à filer ?...<br /> J. Hufkens était, malgré tout, arrivé à ses fins. Ça avait été tellement long et difficile, à cause du châssis de fenêtre, contre le mur, qui l'empêchait de scier droit. Maintenant, le barreau, à gauche, ne tenait plus que par un mince filet.<br /> Samedi matin, J. Hufkens entamait le côté droit et parvenait à terminer la coupe.<br /> Les prisonniers avaient réfléchi à la façon dont ils procéderaient pour sortir. Il y avait deux passages à effectuer : celui de la fenêtre et celui des barreaux. L'ouverture, pour chacun d'eux, était de 30 cm. sur 45, mais le panneau de la fenêtre était disposé en hauteur et l'intervalle entre les barreaux se présentait en largeur. Il ne restait, par suite de cette disposition en croix, qu'une ouverture de 30 cm. sur 30.<br /> Des exercices répétés avaient, par conséquent, été effectués au travers des barreaux d'un dossier de chaise, entrecroisés d’une écharpe !<br /> Oh ! ce n'était pas risible le spectacle de ces hommes se tortillant, dans cette chambre, entre les barreaux d'une chaise, mais tragique au possible, car l'enjeu comme les risques étaient énormes (L.Jansen, ne l'oublions pas, était condamné à mort !) et les prisonniers sentaient, d'heure en heure, approcher l'instant du dénouement, cet instant vers lequel se dirigeaient tous leurs efforts, toutes leurs ruses, leur science, leur méticulosité dans les préparatifs. Et il y avait encore tant à faire !<br /> Le crochet d'abord. Et puis la corde. Et puis, le problème des vêtements !<br /> Pour le crochet, toute l'après-midi du dimanche allait y être consacrée !<br /> Le mobilier de la cellule comportait une solide table, de construction métallique. Pour la confection d'un crochet, l'une des traverses en fer – une barre carrée de 6 x 6 mm. de section, longueur 90 cm. – paraissait offrir un coefficient de sécurité suffisant et nos prisonniers avaient jeté leur dévolu sur elle. Seulement, il ne suffisait pas de pouvoir la découper hors de la table à l'aide de la petite scie à métaux, il fallait encore réussir à la plier, pour lui donner la forme voulue.<br /> A cet effet une nouvelle section fut pratiquée dans un des pieds de la table, de façon à y introduire la barre et fléchir celle-ci en appuyant sur le bras de levier ainsi formé !<br /> La dimension du crochet devait correspondre à l'épaisseur de la pierre formant le couvre-mur ; cette épaisseur avait été estimée à 15 cm. par comparaison avec celle des briques. Il fallait, en plus, tenir compte de la forme oblique du couvre-mur. La boucle du crochet fut donc formée sur 20 cm.<br /> De tous ces détails techniques dépendait encore et toujours la réussite !<br /> Ainsi en serait-il pour la corde, à son tour.<br /> Il s'agissait de lui donner la longueur requise, non seulement pour atteindre du pied, le haut du mur, mais pour permettre le lancer du crochet, afin de l’amorcer du côté opposé !</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le mur de la prison, d’une hauteur de 8 mètres, qu’escaladèrent les évadés</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Au cours de leurs promenades dans la cour, les prisonniers s'étaient maintes fois efforcés de compter les rangées de briques, en hauteur, dans le mur. Jamais ils n’étaient arrivés au même chiffre ! (Dame ! il fallait marcher et il ne s'agissait pas de s'arrêter, en dévisageant le mur de clôture !) Ils se mirent néanmoins d'accord sur une estimation de 8 mètres.<br /> Il ne pouvait être question, par suite des inspections quotidiennes, de confectionner la corde, à l'avance, avec les draps de literie. Les instants mêmes précédant l’évasion devaient donc suffire pour ce travail. Il n'y avait, dans la cellule, que quatre draps, c'est-à-dire un seul drap par homme. Or, sept longueurs de drap de 1 m. 75 étaient nécessaires, si l'on voulait donner à la corde la longueur suffisante, en tenant compte de la perte pour les nœuds. Heureusement, quand Eric était parti, on lui avait soufflé :<br /> - Laisse ta paillasse et ton drap, dans la cellule.<br /> Au moment même, le gardien n'avait pas, fait attention, et les objets avaient immédiatement été glissés à l'intérieur de l’une des autres paillasses. Avec la toile, coupée en deux, et le drap d'Eric, cela faisait les trois longueurs manquantes !<br /> Il n'y avait plus qu'à trouver le moyen de se vêtir, puisque l'évasion ne pouvait se faire que la nuit et que les prisonniers ne disposaient plus, à ce moment, de leurs vêtements.<br /> <br /> A la guerre, comme à la guerre ! Tout n'était évidemment que tricherie, dans la prison, sous les bo.... Et c'est pourquoi nos amis disposaient, en fraude, de quelques effets d'habillement, également dissimulés dans les paillasses !<br /> L. Jansen avait réussi à cacher un costume et une paire de souliers de réserve. F. Lissens avait pu en faire autant avec un pantalon et une paire de pantoufles, reçues dans un colis et il portait toujours sur lui une vareuse, que le gardien n'avait jamais réclamée. J. Hufkens avait « récupéré », un jour aux bains, une paire de savates en corde tressée.<br /> Un Hollandais, qui avait occupé la cellule à une époque plus éloignée, leur avait laissé aussi une vieille paire de bottines inutilisables.<br /> Le compte des pièces manquantes fut vite dressé ! Il fallait s’assurer de celles-ci, en trompant le gardien sur le contenu du paquet de vêtements, remis le soir, à la porte de la cellule.<br /> Devaient être soustraits : un pantalon, un veston et un pardessus ; quatre paires de souliers seraient remises intégralement, dont la paire du Hollandais.<br /> <br /> Les fugitifs seraient, par conséquent, habillés comme suit: L. Jansen, avec son costume et ses souliers de réserve ; F. Lissens avec son pantalon de réserve, sa vareuse et ses pantoufles ; ]. Hufkens, avec son pantalon et son veston soustraits au contrôle et les savates "récupérées " ; R. Portmans, enfin, avec les bottes qui lui appartenaient et le pardessus de Jansen, expressément choisi pour la longueur, afin de dissimuler son manque d'habillement.<br /> Le tout était de réussir avec le gardien. Mais précisément, le dimanche soir, le service était assuré par un Autrichien, beaucoup moins sévère que le gardien habituel (un Feldwebel allemand), et auquel nos quatre prisonniers, pendant la journée, avaient manifesté déjà beaucoup de politesse intéressée !...<br /> Et de fait, à 17 h, le lourd paquet était remis entre les bras de l'Autrichien, et passait... comme une lettre à la poste !<br /> En cette fin d'après-midi du 28 février 1943, dans leur cellule de la prison de St-Gilles, Jean Hufkens, Lucien Jansen, Frans Lissens et Raymond Portmans ne se réjouissaient même pas de la réussite de ce petit jeu de passe-passe. Ils attendaient, tendus, l'instant d'agir. Allaient-ils, enfin, arriver à la phase finale, au dénouement de leur dramatique entreprise ? Ils se regardèrent... Et c'est comme si leurs têtes s’étaient mises tout-à-coup à bourdonner. La même question vint à chacun d'eux, en même temps, sur leurs lèvres :<br /> - A quelle heure allons-nous partir ?...<br /> Mais déjà ils avaient tiré les draps et commençaient par les enrouler, un par un, Une fois boudinés, les draps allaient devoir être maintenus à l’aide d'un solide point de couture, et bientôt les aiguilles se mirent à fonctionner entre leurs doigts fébriles ...<br /> Est-ce que le meilleur moment pour fuir n'était pas à 20 h, immédiatement après le signal du coucher, pendant que le gardien se rendait dans les autres cellules afin d'éteindre les lumières ?...<br /> Les draps cousus, il fallait les nouer bout-à-bout. Et pour serrer les nœuds, étant donné le manque de souplesse des toiles enroulées, un véritable exercice de traction était nécessaire. Cela permettait en même temps de vérifier la résistance des draps ...<br /> Et quand le gardien de nuit viendrait, au cours de sa tournée, mettre son œil dans l’ouverture du judas, ne convenait-il pas de préparer une mise en scène, pour faire croire à la présence des prisonniers sur leurs paillasses ?...<br /> Ils avaient fini de nouer les draps. La corde avait une longueur de 9 m. 50 environ. Il restait à y attacher le crochet.<br /> Un nouveau nœud coulant, encore quelques exercices de traction, et voilà l'ancre de délivrance prête à fonctionner ! Pour que le fer ne résonnât point en frappant contre le mur, J. Hufkens avait enroulé un essuie-main sur le pourtour du crochet. Il était 19 h. 30.<br /> Il n'y avait plus, dès ce moment, qu'à attendre. La corde dissimulée sous leurs couvertures, les quatre prisonniers s’étaient couchés, l'oreille aux aguets. Immobiles sur leur paillasse, ils étaient là, haletants, s'apprêtant à jouer leur dernière carte.<br /> Des pas résonnèrent dans le grand corridor... Ils s'arrêtaient. Reprenaient. S'approchaient du "35". Un visage dans le judas de la porte ... Les pas s'éloignaient...<br /> <br /> Hors du lit !... Le principal, maintenant, était d'agir dans le plus grand silence. Le moindre choc, le moindre bruit suspect et c'était la catastrophe !<br /> Sur la pointe des pieds, les quatre comparses se mouvaient. Ils dévissaient la lampe. Retiraient le "Dunkler". Enroulaient la corde. S'habillaient. Refermaient les lits, en simulant sur chaque paillasse, pour donner le change, une forme humaine à l'aide de l'une des deux couvertures (avec un bol à café en guise de tête !) En quelques secondes ils étaient debout, regardant la fenêtre.<br /> Ils n'avaient pas tiré au sort pour savoir qui tenterait, le premier, le passage des barreaux ! Mais J. Hufkens, étant le plus gros, avait été désigné. S'il ne passait pas, personne ne passerait !... C'était le mot d'ordre. S'imagine-t-on le drame, s'il n'allait pas réussir ?<br /> Une simple traction lui suffit pour détacher le barreau inférieur. La voie était ouverte ... Ses compagnons lui faisaient la courte-échelle pour lui permettre d'atteindre le rebord de la fenêtre et s'y appuyer.<br /> <br /> Imagine-t-on le drame ? J. Hufkens essayait en vain de franchir l'ouverture entre les barreaux. Rien à faire. En se tournant comme ceci, ou en se tournant comme cela, J. Hufkensne passait pas. J. Hufkens était trop gros !...<br /> Ils avaient juré de s'évader ensemble. A quatre, ... ou pas !<br /> Le drame !... Etait-ce le drame ?<br /> Mais non !... Ils ne se laisseraient pas abattre<br /> Ils scieraient un barreau de plus.<br /> Et ils passeraient... demain !<br /> <br /> Lorsque, aujourd'hui, en écoutant leur récit, on veut les appeler des "héros", leurs âmes robustes réagissent avec une vivacité sans pareille ! Ils ne veulent pas être des héros ! Mais simplement des "évadés" ayant minutieusement tout calculé pour réussir ...<br /> Il ne leur restait qu'à tout remettre en place dans la cellule, à commencer par le barreau de la fenêtre. Celui-ci pouvait heureusement se maintenir, grâce à un ergot et au bourrage de mastic et de cendres, qui servait en même temps de calage.<br /> Puis, il fallait remettre les vêtements dans les paillasses. Réintégrer le crochet dans la table. Dénouer les draps et avaler les fils. Oui, avaler les fils ! Le gardien du lundi - le "Feldwebel" ! - était un gardien difficile et rien ne devait subsister qui puisse révéler la tentative d'évasion !<br /> Mais au moment où nos quatre prisonniers s'efforçaient de remettre le barreau, soudain les pas du surveillant – circulant, le soir, sur des chaussons – se firent entendre devant la porte de la cellule. Trop tard ! Le "Dunkler", à la fenêtre, n'était pas encore replacé et la lumière de la lampe n'était pas rétablie !<br /> Avait-il surpris quelque bruit ? Quelque anomalie dans la vie de la cellule ? Toujours est-il qu'il se trouvait subitement devant la porte et criait très fort, en allemand :<br /> - Qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi avez-vous dévissé la lampe ?<br /> Assis sur le bord de sa paillasse, R. Portmans, simulant une crise d'asthme, suffoquait, cherchait de l'air pour ses poumons ...<br /> Et L. Jansen de dire :<br /> - Vous ne voyez pas qu'il a besoin d'air ? Nous avons dû ouvrir la fenêtre !<br /> R. Portmans souffrait d'asthme, en effet. Le gardien ne l'ignorait pas. Il fit revisser la lampe et remettre le "Dunkler", ce qui permit heureusement de cacher la fenêtre où manquait un barreau ! ! Après inspection de la chambre, il sortit ...<br /> Il n'y aurait pas de drame, décidément !<br /> <br /> La journée du lundi 1er mars s'ouvrit avec une nouvelle lueur d'espérance ...<br /> Et J. Hufkens, dès le matin, s'était remis à scier, s'attaquant, cette fois, au montant vertical du châssis de fenêtre. C'est ce montant qui gênait le passage, devant l'ouverture des barreaux.<br /> Le châssis, en fonte, était beaucoup plus dur à scier et, à la fin de l'après-midi, J. Hufkens n'était parvenu à sectionner la barre que dans le bas du panneau. Les fugitifs devraient par conséquent la briser par le haut au moment du départ.<br /> L'heure du souper était arrivée et, bientôt, le tour de passe-passe avec le, vêtements allait devoir être réédité ! Est-ce qu'il réussirait encore ? C'était le point qui inquiétait grandement nos quatre prisonniers. L'Autrichien n’était plus de service, c'était Fritz, le Feldwebel, et Fritz était une rosse !<br /> Pour l’amadouer, ils l'avaient salué d'un "Herr Feldwebel" déférent.<br /> Fritz avait traduit sa satisfaction par un complément de ration dans la marmite !<br /> Le repas terminé, il avait refusé, cependant, de prendre les vêtements.<br /> - Noch nicht, avait-il dit.<br /> Quelque chose semblait le retenir.<br /> - Noch nicht, dit-il encore, en repassant une demi-heure plus tard.<br /> Puis, tout-à-coup, à 18 h. 10, il faisait irruption dans la cellule :<br /> - Kleider haus ! Schnell !<br /> Et il acceptait tout le paquet, sans dénombrer les vêtements !<br /> A vrai dire, il y avait quand même une Providence pour les prisonniers du « 35 » !...<br /> Refaire la corde n’était plus compliqué et la scène de la veille recommença, se déroulant, sans un mot, comme une pantomime apprise par cœur !<br /> Décidant brusquement d'avancer le départ, peu après 19 heures, les quatre courageux compagnons se retrouvaient, debout, devant la fenêtre à franchir. Au plus tôt ils partiraient, au mieux cela vaudrait pour les chiens. Quant aux sentinelles, rien ne pouvait, hélas, être prévu, leur passage étant irrégulier. <br /> On verrait bien !...<br /> J. Hufkens et Fr. Lissens se mirent, à deux, à tirer sur le montant de la fenêtre. D'un seul coup, il céda, éclatant avec un bruit sec comme un coup de fusil ! !...<br /> Remettre le "Dunkler" en place – encore une fois ! – pousser la corde sous les couchettes et se précipiter au lit, était la meilleure chose à faire ...<br /> Au bout de quelques instants d'attente, rien n'avait bougé clans la prison. Les fugitifs pouvaient se remettre à l'œuvre.<br /> Seul l’avertissement d'Opta s'était fait entendre, comme à l'habitude, sur le tuyau de chauffage. Car ils avaient continué à communiquer entre eux, de même qu'avec Jacques Thibau. Celui-ci ne leur avait-il même pas glissé, dimanche, au travers du mur, le long du tuyau, un billet de 1.000 Fr. !<br /> - Vous serez contents de l'avoir, une fois dehors, avait-il dit !...<br /> Cette fois, l'ouverture pratiquée dans la fenêtre correspondait à la corpulence de J. Hufkens et il se laissa descendre, à l'extérieur.<br /> R. Portmans le suivit, dissimulant la corde, enroulée autour du corps, sous son long pardessus.<br /> Puis L. Jansen.<br /> Puis Fr. Lissens, le plus agile d'entre eux – c'était un marin –, qui devait remettre le "Dunkler" en place, derrière lui, après avoir revissé la lampe.<br /> Tous les quatre se trouvaient, regroupés, au pied de la façade. Devant eux s'étendait la cour, dans la nuit déjà noire. Et pendant un instant, immobiles et surpris, ils écoutèrent le bruit des conversations dans les cellules. Bruit confus, murmure étrange, qui se percevait seulement dans la cour et qu'ils entendaient pour la première ... et la dernière fois ! La voix des camarades... prisonniers !<br /> Ils se ressaisirent.<br /> <br /> Pendant leurs longues palabres dans la cellule, ils avaient décidé du mur à franchir. Mieux valait ne pas emprunter l'un des deux murs donnant immédiatement accès à la rue, où des sentinelles ne manqueraient pas de les apercevoir. C'était le mur de l'avenue Ducpétiaux, où se trouvait l'entrée de la prison, et celui de l'avenue de la Jonction, où était située la prison voisine, de Forest, avec son entrée, gardée également.<br /> Les deux murs étaient d'ailleurs plus éloignés que celui qui leur faisait immédiatement face et qui longeait, de bout en bout, l'usine de produits pharmaceutiques des Etablissements Sanders, contiguë à la prison. Ce mur devait logiquement retenir leurs préférences, les fugitifs espérant, une fois à l’abri, dans l'usine, trouver le moyen de s'échapper pour de bon.<br /> Le trajet à parcourir dans la cour, à travers des terrains de culture, était de 150 mètres au moins.<br /> Jusqu'à, présent, pas de sentinelles. Tout allait bien de ce côté, mais il fallait être prudent.<br /> Ils se coulèrent un à un, dans un sillon du champ de culture et avancèrent lentement, en rampant, se confondant avec le sol, profitant de la moindre aspérité du terrain pour se dissimuler, s’arrêter un instant, épier, écouter dans la nuit …<br /> Au pied du mur, J. Hufkens s'empara de la corde, et comme le font les bateliers à l'amarrage, la balança, pour l'envoyer, après quelques tours, dans l'air, en direction du faîte.<br /> Il avait réussi, du premier coup ! Le fer pendait de l’autre côté du mur. J. Hufkens tira lentement et sentit une résistance. Le crochet avait fait prise.<br /> A la force des poignets, il fallait qu'un à un chacun des fugitifs atteigne le haut de la corde, pour agripper ensuite le couvre-mur, faire une sorte de rétablissement et se hisser au sommet. Ce n'était pas facile !<br /> Aussi, est-ce Fr. Lissens, choisi à nouveau pour son agilité, qui grimpa le premier, afin de pouvoir, d'en haut, aider ses camarades qui devaient le suivre. Sans cette précaution, jamais ceux-ci ne seraient parvenus au bout de leur entreprise !<br /> J. Hufkens, tout d'abord, eut toutes les peines du monde à faire le rétablissement et ne dut son salut qu'à la main tendue de Fr. Lissens.<br /> Tous les deux se trouvaient couchés, à plat ventre, sur le faîte, lorsque L. Jansen commença à grimper à son tour.<br /> Il n'était pas encore arrivé au sommet que des cris étouffés partaient du haut du mur :<br /> - Lâche ! Lâche ! Ça ne tient plus !<br /> Il se laissa tomber, de toute la hauteur, heureusement sur la terre molle !...<br /> Contrairement aux prévisions, la pierre du couvre-mur ne présentait pas, du côté de l'usine, le rebord qu'elle offrait du côté de la cour ! Elle y avait été posée (intentionnellement d'ailleurs) à même le pan du mur. Et c'était miracle que le crochet avait tenu jusqu'à présent, dans une saillie légère et accidentelle de la construction !<br /> On peut le dire, Fr. Lissens et J. Hufkens heureusement, dominaient la situation !... Ils maintinrent solidement la corde et firent signe à L. Jansen de recommencer.<br /> Péniblement, il avait pu se hisser jusqu'à près de 50 cm. du bord, lorsque ses forces, déjà mises à l'épreuve une première fois, défaillirent ! J. Hufkens, les mains prises, en vain lui avait tendu un pied. L. Jansen ne pouvait atteindre la semelle que du bout des doigts. Epuisé, il se laissa choir, une nouvelle fois !...<br /> Entre lui et R. Portmans, au pied du mur, ce fut une courte discussion. R. Portmans étant le plus faible, on avait prévu de le tirer, à trois, avec la corde. C'est dans ce but qu'il était resté le dernier. L. Jansen lui dit :<br /> -Attache-toi à la corde. A deux ils réussiront bien à te soulever. Moi, je suis trop lourd. Filez à trois. Ne vous occupez pas de moi...<br /> Ce n'était pas l'idée de R. Portmans. Il n'acceptait pas d'abandonner L. Jansen. Une fois en haut, il ferait redescendre la corde et on s'efforcerait de le sauver !...<br /> Ainsi, R. Portmans et L. Jansen, successivement, furent hissés au haut du mur, leurs compagnons ayant tendu toute leur volonté, pour faire un effort normalement au-dessus de leurs forces ...<br /> Il était temps. Les chiens aboyaient tout-à-coup dans la cour. Mais ils n'avaient pas encore flairé la piste, qu'ils recoupaient, au lieu de la prendre en enfilade.<br /> La position des quatre fugitifs, au-dessus du mur, devenait compromettante. Vite, il fallait redescendre, en sens opposé, dans la cour de l'usine.<br /> Mais une surprise les attendait. Entre la prison et l'usine, il y avait une différence de niveau de deux mètres. La corde n'arrivait pas jusqu'au sol !<br /> Se laisser descendre et puis, hop la chute ... Chacun la fit, heureusement sans douleur.<br /> Ils se trouvaient dans une cour silencieuse, où se devinaient, dans l'ombre, deux bâtiments industriels. Dans le fond, une porte à double battant donnait sur l'avenue de la Jonction ...<br /> Il était 19 h. 30. Pas vingt minutes ne s'étaient écoulées depuis leur départ.<br /> Ouvrir la grande porte et quitter l'usine, comme le feraient quatre ouvriers à la sortie du travail, semblait à nos amis une façon comme une autre de terminer avec succès leur commune odyssée...<br /> J. Hufkens avait, en poche, la clé de la boîte à sardines qui avait servi de démonstration le jour de son arrivée. Elle remplit, pour finir un non moins indispensable office ! Malgré les verrous maintenus à la main, les fugitifs ne parvenaient pas à tirer les battants de la porte, le pêne de la serrure trop long restant bloqué dans la gâche.<br /> La clé de boîte à sardines, muée en passe-partout, suffit à décaler légèrement le pêne et, après une nouvelle traction, les deux battants, dans un bruit de tonnerre, s'ouvrirent ... vers la liberté.<br /> Dans l'avenue de la Jonction, à cent mètres, vers le haut, une sentinelle allemande déambulait...<br /> Ils s'éloignèrent, deux par deux, d'un pas rapide, ayant convenu que chaque groupe, séparément, courrait sa chance.<br /> Ils n'emportaient que peu de choses, de leur cellule ...</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Plaque apposée sur le mur de la prison de Saint-Gilles.</p><br /> <br /> Source bibliographies et iconographiques :<br /> Brochure écrite par Henry Claessens via :<br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/evades_saint_gilles.php">http://www.maisondusouvenir.be/evades_saint_gilles.php</a> Tue, 01 May 2018 11:29:42 +0200 La Résistance à Rebecq (Brabant Wallon) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-171+la-r-sistance-rebecq-brabant-wallon.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-171+la-r-sistance-rebecq-brabant-wallon.php <p style="text-align:justify">Conjointement à l’installation des Allemands dans notre Pays, la résistance à l’ennemi commence à s’organiser. De nombreux groupes voient le jour au fur et à mesure du temps qui passe. Si certains ont une structure quasiment militaire et se composent d’un nombre élevé de membres œuvrant sur tout le territoire national, d’autres se créent à partir de quelques individus n’ayant pour but que de contrer l’action des occupants à un niveau très localisé. <br /> <br /> Chaque groupement de résistance a ses objectifs et son organisation interne qui lui est propre. C’est ainsi qu’il y a l’Armée Secrète (A. S.), le Mouvement National Belge (M. N. B.), le Front de l’Indépendance (F. I.), le Groupe Général de sabotages (G), la Milice Patriotique (M. P.), les Partisans Armés (P. A.), l’Organisation Militaire Belge de la Résistance (O. M. B. R.), l’Union des Travailleurs manuels et intellectuels (U. T. M. I.), le Vlaams National Verbond (V. N. V.), le Mouvement National Royaliste (M. N. R.),le Special Intelligence Service (S. I. S.), les Services Operations Executive (S. O. E.), le groupe chargé du Rapatriement des aviateurs abattus (M. F. 9.), etc. <br /> <br /> Les personnes composant ces unités sont souvent jeunes. Tous sont épris de liberté et rejoignent la résistance par patriotisme. C’est grâce à leur action et leur dévouement que les Allemands ne peuvent s’installer comme ils le désirent. Mais la répression vis-à-vis de la Résistance sera des plus dures et nombreux résistants payeront de leur vie ce devoir civique. <br /> <br /> Les actions menées par les mouvements de résistance sont de toutes natures : le renseignement et l’espionnage qui consistent à collecter les informations susceptibles d’aider les Alliés, faire parvenir ces informations en Angleterre par tous les moyens possibles, le sabotage des installations allemandes et de leurs moyens de communications (routes, chemin de fer), la protection et le rapatriement des aviateurs abattus, la lutte contre les collaborateurs et leur élimination, la protection et le transfert des personnes juives en lieu sûr...</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/rebecq_1_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/rebecq_2_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/rebecq_3_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le sabotage de la ligne de chemin de fer 115 allant de Braine-l'Alleud à Braine-le-Comte qui passait par Rebecq-Rognon était monnaie courante. Les sections locales de la résistance y ont opéré nombreuses actions tentant d'interrompre le trafic des trains de matériel allemand destiné au front de l'ouest, notamment.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Des groupements de grande envergure se mettent en place à Tubize et Braine-le-Comte. Le F.I., les P.A., le groupe G, l’A.S. collaborent ensemble. Des Rebecquois, Quenastois, Saintois et Biergheois rejoignent la Résistance. Quatre années de lutte constante et acharnée afin de déstabiliser l’Autorité occupante va se poursuivre. Certains groupes se constituent au sein des grandes entreprises de la région : les Forges de Clabecq, les Soieries de Tubize, les Carrières de Quenast, les Verreries de Braine-le-Comte. <br /> <br /> Des tracts et des journaux clandestins sont imprimés et distribuées dans la clandestinité (par exemple le journal « L’Insoumis », imprimé à Braine-le-Comte), des sabotages sur la voie de chemin de fer Hal-Mons sont perpétrés régulièrement, gênant en cela l’approvisionnement des troupes allemandes, des filières sont organisées en vue de l’évacuation des personnes recherchées par les b...... (Juifs, aviateurs, résistants, etc.), des largages d’armes et de matériel de communication (radios), etc. <br /> <br /> De nombreux habitants de nos villages font partie des groupes de résistance les plus importants. D’autres travaillent dans l’ombre et la discrétion, sans la protection et l’assistance d’une structure, risquant d’être pris à tout moment. Le mérite de ces personnes est à la hauteur des risques encourus et de l’abnégation qui a caractérisé leurs actions. Il serait bon de citer toutes ces personnes, mais de peur d’en oublier ne fusse qu’une, nous nous abstiendrons d’en établir la liste.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographique et Iconographiques:</strong><br /> <a href="http://www.rewisbique.eu/bib23p.php">http://www.rewisbique.eu/bib23p.php</a><br /> Fascicule ‘’Rebecq Souviens-toi’’ Edité par Le Rebecq Historical Ass.40-45 Sun, 01 Apr 2018 10:24:01 +0200 Le réseau Benoît en zone nono (Zone non occupé en France) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-170+le-r-seau-beno-t-en-zone-nono-zone-non-occup-en-france.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-170+le-r-seau-beno-t-en-zone-nono-zone-non-occup-en-france.php <p style="text-align:justify">Le service d'évasion et de renseignements Benoît est constitué à l’automne 1940 en France libre par des militaires belges qui avaient abouti là suite au plan militaire prévoyant le transfert de tous les organismes d'approvisionnement de l'armée dans le sud de la France. Rien n'avait été prévu en cas de capitulation de l'armée française. Après l'effondrement de la France, commence une période d'errements et d'hésitations. Toutefois, un certain nombre d'entre eux sont résolus à continuer la guerre aux côtés des Anglais. Le chevalier Frédéric de Selliers de Moranville est capitaine de Cavalerie. Après la capitulation française, il devient l'adjoint du général Delvoie à Vichy. <br /> Lorsque ce dernier est approché par un émissaire envoyé par le consul général de Belgique à Barcelone en vue d'organiser une ligne d'évasion vers la Grande-Bretagne via la péninsule ibérique, il envoie le capitaine de Selliers pour exécuter cette mission. Les bases de Benoît sont jetées le 29 décembre 1940 et Frédéric de Selliers en prend la direction sous le pseudonyme de Friquet ou de Benoît. <br /> Le 20 janvier 1941, Frédéric de Selliers se rend en Belgique pour y nouer quelques contacts avec des officiers qui rassemblent des militaires et d'autres mouvements précoces de résistance qui cherchent des moyens de liaison avec Londres. Étienne Verhoeyen le qualifie dès lors de "premier agent de la Sûreté de l'État, même s'il ne venait pas de Londres, à avoir des contacts avec des Belges s'occupant d'activités de renseignements d'évasion". Frédéric de Selliers est de retour en France le 8 février. Il organise la filière et se trouve un remplaçant qu'il signale à Londres le mois suivant. Fin mai 1941, Frédéric de Selliers est arrêté deux jours par la police de Vichy à Perpignan. Il est temps de partir. Il passe en Espagne le 4 juin mais y est de nouveau arrêté. Libéré de Miranda le 18 septembre 1941, il arrive en Grande-Bretagne via le Portugal le 8 janvier 1942. Il s'engage dans la Brigade belge avec laquelle il participera à toutes les campagnes de Normandie, de Belgique et des Pays-Bas comme commandant de la 1st Belgian Armoured Squadron, l'escadron des Autos blindées. <br /> Gérard Vinçotte est un petit-fils du sculpteur Thomas Vinçotte qui a été anobli en 1921 et un fils du lieutenant-général baron Jules Vinçotte, ancien combattant et prisonnier de la Première Guerre. Gérard, qui est né en 1920, suit les traces de son père et embrasse la carrière militaire. Lors de la campagne de mai 1940, il est élève de seconde à l'ERM. Gérard Vinçotte et Gaston Van Buylaere, un de ses amis de l'ERM (Ecole Royale Militaire), lui aussi fils d'officier, décident "d'éveiller chez leurs camarades de promotion l'esprit de patriotisme et de résistance sous toutes leurs formes".</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/vincotte_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils organisent des réunions clandestines auxquelles ils convient principalement des condisciples. Lors de ces réunions, qui débutent en été 1940, ils leur distribuent des questionnaires types en leur demandant d'y consigner tous les renseignements pouvant intéresser les Alliés. Le frère de Gaston, Albert Van Buylaere, qui assiste à certaines de ces réunions, travaille pour Benoît. Il est probable que les renseignements rassemblés par ce petit groupe d'élèves de l'ERM ont transité par cette voie. Gaston Van Buylaere et ses parents sont arrêtés par la GFP le 8 octobre 1941. Vinçotte, qui est coupé du Renseignement se tourne vers la résistance armée. Inscrit dans la même école de formation d'ingénieurs, que Georges Terlinden , il l'y retrouve régulièrement et lui confie qu'il rassemble des armes. Bien qu'ayant tous les deux des activités dans la Résistance, Terlinden n'apprend que peu de détails sur celles de son ami, si ce n'est qu'il a fondé, avec Van Buylaere, une "section (de résistance) de l'ERM". <br /> Gérard Vinçotte est arrêté à son domicile par la Feldpolizei le 31 mars 1942. Il vient d'avoir vingt-deux ans. Une perquisition de la maison du général Vinçotte ne livre aucun résultat. Gérard est néanmoins conduit à la prison de Saint-Gilles, car il est l'un des suspects de la ‘’Sache Robert Pianet’’, que les enquêteurs allemands relient à l'affaire Van Buylaere. Robert Pianet est également élève à l'ERM et un ami de Vinçotte, mais il dirigeait, selon Terlinden, un autre noyau de résistance de l'école militaire, vers lequel Vinçotte s'est peut-être tourné après sa perte de contact. Robert Pianet est incarcéré depuis le 21 février 1942 et soupçonné ‘’d'activité commune avec Van Buylaere et de recrutement pour la résistance armée’’. Vinçotte et Pianet sont déportés en Allemagne le 27 juillet 1942 et condamnés, faute de preuves, plus de deux ans plus tard pour non-dénonciation du service de renseignements Van Buylaere’’. Gérard Vinçotte, transféré de prison en prison (notamment au kommando d'Esterwegen, la forteresse de Gross-Strehlitz ), arrive en octobre 1944 au camp de concentration de Gross-Rosen. Épuisé par les travaux forcés et la maladie il y expire le 30 novembre 1944 en murmurant "vive ma patrie". <br /> <br /> <strong>Source Bibliographique et iconographique:</strong><br /> Ouvrage de M-P d’Udekem d’Acoz, "Pour le Roi et la Patrie"</p> Thu, 01 Mar 2018 10:29:10 +0100 L’Armée Secrète, la zone IV (Centre de la Belgique) Comte d’Ursel, Comte de Lichtervelde et ses fils https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-169+l-arm-e-secr-te-la-zone-iv-centre-de-la-belgique-comte-d-ursel-comte-de-lichtervelde-et-ses-fils.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-169+l-arm-e-secr-te-la-zone-iv-centre-de-la-belgique-comte-d-ursel-comte-de-lichtervelde-et-ses-fils.php <p style="text-align:justify">La zone IV, telle qu'elle est délimitée fin 1943, couvre le centre du pays. Outre la province de Brabant, elle englobe les parties des provinces de Liège et de Namur situées sur la rive gauche de la Meuse et de la Sambre_ Avant d'arriver à cette délimitation territoriale de l'AS bientôt opérationnelle, elle s'est constituée durant des mois. Le recrutement des soldats de l'armée de l'ombre ne s'effectue pas sans dégâts dus à l'inexpérience de la guerre secrète et à l'imprudence face à un ennemi redoutable. <br /> Le comte Gérard d'Ursel n'a que sept ans lorsque son père meurt pour la Belgique le 18 août 1914. Il devient ingénieur agronome et se marie en 1933. Lieutenant de réserve au régiment de son père, les Guides, il est fait prisonnier à Zeebrugge lors de la capitulation. Il est libéré au mois d'août après avoir réussi un rudimentaire test de connaissance du néerlandais. Son domicile de Grez-Doiceau étant sinistré par la guerre, Gérard d'Ursel s'installe chez ses beaux-parents au château de Villers-les-Heest non loin de Namur. Il est approché de-ci de-là pour faire partie de l'AS en formation, mais, probablement influencé par ses liens familiaux avec la France, il réserve sa réponse de crainte que le mouvement ne soit infiltré par les communistes.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/photo1_comte_d_ursel.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le comte Gérard d'Ursel, décédé à Verl le 6 avril 1945</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Devenu père pour la cinquième fois en juin 1942, ses responsabilités paternelles lui font solliciter le consentement de sa femme avant d'accepter de faire partie de l'état-major d'un groupe organisé dans la région de Huy par le capitaine-commandant Louis Reyntens. <br /> Reyntens est un prêtre, volontaire de la guerre de 14 et officier de réserve qui a commandé un bataillon motocycliste des Chasseurs ardennais en 1940. Fatale erreur souvent commise, le nom de Gérard d'Ursel est inscrit sur une liste... que la police allemande découvre dans la cellule d'un moine dominicain du couvent de La Sarte à Huy. Le dominicain réussit à s'échapper, mais Gérard d'Ursel est arrêté au château de Villers-les-Heest le 28 octobre 1942. Emprisonné à la prison de Charleroi, il est condamné à mort le 22 avril 1943. Deux des coïnculpés à son procès sont fusillés, mais lui bénéficie de la clémence de von Falkenhausen qui accepte son recours en grâce. Le 8 juin, il condamné à purger une peine de quatre ans de travaux forcés en magne. Il est déporté le 12 août 1943 vers le camp de travail de Windelsbleich près de Bielefeld en Westphalie. En mars 1944, à bout forces et atteint d'une pneumonie, il est conduit à l'hôpital de Verl il s'éteint le 6 avril 1945.</p> <br /> <br /> <strong>Les parachutages</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les vastes étendues du Brabant wallon sont utilisées comme plaine de parachutage à partir de 1943. Deux agents secrets dropés fin 1943 dans le cadre de la mission ‘’Lear-Buckhound’’ sont chargés de repérer des endroits adéquats et de former des comités de réception Trois opérations de largage organisées par leurs soins sont couronnés de succès. Effectuées en trois temps, les 18 et 20 octobre 1943, treize containers tombent du ciel à Ittre et à Maransart. Une des équipes chargées de réceptionner et de cacher le chargement d'une douzaine de conteneurs est confrontée à un contretemps : le propriétaire de la cache qui avait été prévue prend peur et retire son accord. Elle se tourne en désespoir de cause vers le châtelain de Baudemont à Ittre, le comte John de Lichtervelde qui, bien qu'ayant fait les frais d'une perquisition en mars 1942, accepte d'entreposer les armes chez lui. Marié à Marie-Anne Jolly et père de trois fils, Gaston, né en 1921, Georges, né en 1922 et Étienne, né en 1928, John de Lichtervelde exploite sa vaste propriété située aux confins d'Ittre et de Nivelles. John de Lichtervelde et ses fils ne sont pas membres de l'Armée secrète, mais apportent leur soutien à la mission Caracal-Kola qui a été mise sur pied par Maurice Durieux et son radio Henri Heffinck parachutés en décembre 1942. Henri Heffinck a été mis en rapport avec les Lichtervelde environ un mois après son arrivée, probablement par le biais de Jean de Lantsheere, un des sauveteurs puis collaborateur de Durieux. Gaston et Georges de Lichtervelde participent aux activités de propagande du groupe par la distribution de tracts et de journaux clandestins. Ayant obtenu l'accord du châtelain, une équipe composée de quatre hommes apporte en camion le contenu de douze containers au château de Baudemont et les dissimule à la hâte dans une meule de foin. <br /> Les armes sont déplacées une quinzaine de jours plus tard dans une ancienne glacière dont l'ouverture, recouverte d'une petite plaque métallique, est dissimulée par les herbes. <br /> Le 3 décembre 1943, une camionnette se présente au château et y prend livraison des armes, mais étant trop petite, elle ne peut emporter tout le contenu de la glacière et laisse quatre bazookas sur place. Le 5 décembre 1943, des dizaines d'Allemands encerclent la propriété et découvrent les bazookas dans la cachette qui leur a été dévoilée par un membre de l'AS qui a parlé sous la torture. John de Lichtervelde et ses deux fils aînés Gaston et Georges sont emmenés (le cadet est au collège) et internés à Saint-Gilles. Le 30 avril 1944, ils sont condamnés à mort et déportés, le 10 mai suivant. Ils arrivent au pénitencier de Bruchsal près de Karlsruhe deux jours plus tard. Le 7 septembre 1944, prisonniers Nacht-und-Nebel en attente de leur exécution, ils sont conduits vers la prison de Schwàbisch-Hall. Quelques mois plus tard, nouveau transfert, vers l'est, à la prison de Brandenburg où ils restent deux jours avant d'arriver, le 5 janvier 1945, à la prison de Sonnenburg en Pologne3. Le 31 janvier 1945, John de Lichtervelde et ses fils Gaston, âgé de 23 ans et Georges, qui en a 22, sont conduits devant le peloton d'exécution et fusillés</p>. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/photo2_comte_de_licht.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le comte de Lichtervelde et ses fils, Gaston et Georges</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La mission "Lear-Buckhound" terminée, le service de parachutage est confié début décembre 1943 au capitaine-commandant de réserve Marc van Overbeke, seul organisateur de parachutages responsable d'une zone à ne pas être envoyé par Londres. Il est aidé dans sa tâche par quatre assistants dont Marc Anciaux Henry de Faveaux et Pierre van Wassenhove qui sont nés en 1922 et qui servent en outre d'estafettes du service de liaison et de transmissions. Dans ce cadre, ils transportent des messages, mais aussi des fonds, des armes, des uniformes, des badges, entre l'état-major de l'AS, l'état-major de la zone et les différents secteurs et refuges.</p><br /> <br /> Source bibliographique : ‘’Pour le Roi et la Patrie’’ de Marie-Pierre d’Udekem d’Acoz<br /> Sources iconographiques : Idem et Comte Baudouin d’Ursel. Thu, 01 Feb 2018 11:01:57 +0100 Le commandant Dominique Potier https://www.freebelgians.be/articles/articles-2-168+le-commandant-dominique-potier.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-2-168+le-commandant-dominique-potier.php <p style="text-align:center">Le commandant Dominique Potier</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/potier_dominiquefreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Né le 2 novembre 1903 à Seraing près de Liège (Belgique), décédé le 11 janvier 1944 à l’Hôpital de Reims (Marne) après avoir tenté de se suicider en prison ; officier de l’Armée de l’Air belge ; chef du réseau d’évasion Possum.<br /> Ingénieur polytechnicien militaire, spécialisé en construction aéronautique, officier de l’armée de l’Air belge, le capitaine Potier commandait en 1940 la 1ère escadrille de reconnaissance de nuit du 1er Groupe du 3e Régiment de l’Aéronautique militaire, dont la quasi-totalité des appareils ont été détruits au sol ou mis hors d’usage sur le terrain de campagne de Neerhespen, lors de l’attaque allemande contre la Belgique le 10 mai 1940. Replié avec ses hommes en France, à Tours, il a reçu pour mission le 25 mai 1940, d’acheminer par air le courrier destiné à l’État-major de l’Aéronautique militaire belge resté dans le secteur de Bruges. Pris pour un appareil ennemi au-dessus de la Manche, son avion a été abattu par un bâtiment de la Royal Navy. Potier a sauté en parachute, a été recueilli par l’équipage du navire britannique et débarqué à Douvres. Le 26 mai 1940, une vedette rapide française l’a conduit à Dunkerque, d’où il a gagné la Belgique pour y accomplir sa mission, puis il a rejoint son unité en France, le 13 juin 1940. Rentré en Belgique occupée en août 1940, il a été employé dans différents ministères, ce qui constituait une bonne couverture pour ses activités clandestines au sein de la Légion belge dont il a été un des initiateurs, et qu’il a été chargé d’implanter au sud de la province de Luxembourg. <br /> Le 13 novembre 1941, le capitaine Potier s’est évadé de Belgique en utilisant la ligne Nanson, une filière de l’Aéronautique militaire belge. Le 15 novembre, il a franchi la ligne de démarcation à Poligny dans le Jura, mais n’est parvenu à passer en Espagne qu’en février 1942, avant de rallier l’ambassade de Belgique à Lisbonne le 19 février, puis de rejoindre le Royaume-Uni par hydravion le 25 mars. Le 27 mars 1942, le capitaine Potier a été admis au Royal Patriotic School, installé à Londres dans le district de Camberwell, où les étrangers qui arrivaient au Royaume-Uni étaient soumis par les Services spéciaux britanniques à un interrogatoire. Il s’est engagé dans les Forces belges reconstituées au Royaume-Uni, et il a été détaché dans une école de pilotes de la Royal Air Force où il a été déclaré ‘’trop vieux pour voler comme pilote de guerre’’.<br /> En décembre 1942, il a été élevé au grade de capitaine-commandant et affecté à l’instruction des jeunes pilotes. Le 28 mai 1943, il a été détaché, à sa demande, à la Sûreté d’État du gouvernement belge réfugié à Londres. Il a suivi les cours de formation dispensés par la Royal Air Force et la Royal Navy, destinés aux agents de renseignements et d’action. Au début du mois de juin 1943, il a suivi un stage d’entraînement de trois jours à la 161e escadrille de la Royal Air Force, spécialisée dans les opérations de ramassage et de parachutage effectuées de nuit dans les zones occupées par l’Allemagne.<br /> Au cours de la nuit du 15 au 16 juillet 1943, Potier a été parachuté près de Florenville en Belgique, sur le territoire de la commune de Suxy, accompagné d’un opérateur-radio canadien, Conrad Lafleur. Ainsi commence la Mission Martin, initiée conjointement par la section 9 du Military Intelligence (MI 9), chargée au sein des services secrets britanniques des réseaux d’évasion des pilotes alliés abattus au-dessus de l’Europe occupée et par la Sûreté de l’État belge, équivalent pour le gouvernement belge réfugié à Londres, du Bureau central de renseignement et d’action de la France libre. Cette mission consistait à mettre en place un réseau d’évasion par air des équipages alliés abattus par l’aviation ou la DCA allemandes et de les ramener en Angleterre par avion Lysander. Potier sous les pseudos de Martin, Jules Nollet, a implanté ce réseau, identifié après la guerre sous le nom de réseau Possum, dans la région de Fismes et de Reims. <br /> Rappelé à Londres en novembre 1943, le commandant Potier a été ramené en France au cours de la nuit du 20 au 21 décembre. Le 29 décembre 1943, il a été arrêté à Reims par la Gestapo, dans la chambre de l’Hôtel Jeanne d’Arc, où il était descendu sous le nom de Monsieur Duchesne. Transféré à Fresnes, il y a été détenu pendant trois jours et confronté à Jean Lorgé, un agent belge du réseau Possum qui a été arrêté à Paris le 31 décembre. Ramené à la prison de Reims et torturé, il s’est ouvert les veines des poignets, puis s’est jeté du haut de la galerie intérieure de la prison, alors que les Allemands tentaient de lui poser des garrots pour stopper l’hémorragie. Conduit dans le coma à l’Hôpital de Reims où les Allemands ont essayé de le réanimer pour l’interroger à nouveau et tenter de le faire parler, il y est décédé après de longues heures d’agonie, sans avoir parlé, le 11 janvier 1944.<br /> Le 15 janvier 1944, son cadavre a été enterré dans la fosse commune du cimetière du Sud à Reims. Le 24 août 1950, à Reims, sa dépouille a été exhumée pour être transférée en Belgique. Son cercueil a été rapatrié au cimetière communal de Bruxelles-Evere pour y être ré-inhumé le 18 septembre 1950 dans la Pelouse d’honneur-Force aérienne 155. <br /> En 1954, au cours d’une cérémonie présidée par M. Spinoy, ministre de la Défense nationale, le nom du chef du réseau Possum a été donné à la 109e Promotion polytechnique de l’École royale militaire de Belgique, qui est devenue la Promotion Major Aviateur Dominique Potier. Le commandant Potier avait lui-même fait partie de la 84e Promotion. <br /> Le nom d’Edgar Potier est gravé sur le Monument aux morts de Florenville où en juillet 1996, une plaque commémorative a été érigée sur la façade de la maison où sa famille a résidé :<br /> « Au Major aviateur Edgard Potier - Agent parachutiste - Fondateur de la ligne POSSUM pour le rapatriement des aviateurs alliés - Martyrisé à la prison de Reims, s’est donné la mort pour assurer la certitude du silence à ses compagnons de la résistance ».</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/florenville_mntauxmortsfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 30 août 2008, à l’occasion du 64e anniversaire de sa libération par les Alliés, la Ville de Reims a rendu hommage au commandant Potier en présence de son fils et ayant droit, Fred Greyer, en inaugurant une plaque commémorative 36, rue Jeanne d’Arc, sur la façade de l’immeuble où le commandant Potier avait été arrêté le 29 décembre 1943.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/potier_dominique_plaque_reims.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>Source Bibliographique via Internet</strong> :<br /> <a href="http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article176091&amp;id_mot=8368">http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article176091&amp;id_mot=8368</a><br /> <strong>Source iconographique :</strong> Crédit photos F. Greyer. Sun, 31 Dec 2017 11:36:22 +0100