Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Joseph Lecane et le Fort de Barchon (PFL) au combat en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-194+joseph-lecane-et-le-fort-de-barchon-pfl-au-combat-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-194+joseph-lecane-et-le-fort-de-barchon-pfl-au-combat-en-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/barchon1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center">"Sous la conduite énergique et décidée de son commandant, le fort de Barchon<br /> a opposé à l'ennemi une résistance héroïque de tous les instants.<br /> Malgré un bombardement d'artillerie de plusieurs jours et neuf bombardements<br /> d'avions en piqué, son personnel d'une combativité admirable a repoussé plusieurs attaques ennemies.<br /> Il a succombé le 18 mai après un assaut furieux de l'ennemi qui était parvenu<br /> à annihiler complètement les moyens d'action du fort et de son personnel"</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Encore une journée de travail terminée. Je rentre à la maison ce mercredi 12 décembre 1939. Quand j'ouvre la porte, ma mère me signale qu'une lettre arrivée ce matin m'est destinée. Celle-ci est du Ministère de la Défense nationale me signalant que je dois rentrer comme milicien de la classe 1940 au fort de Barchon au 31 janvier 1940.<br /> Comme les fêtes de fin d'année approchent, on va fêter celles-ci en famille à la Noël et avec mes camarades au nouvel an. Pour la Noël, nous allons tous ensemble à la messe de minuit et après celle-ci, maman nous a préparé quelques bonnes bouquettes (gaufres) suivies d'une bonne goutte de pèkèt.<br /> Au nouvel an, nous nous rendons au bal au village voisin où nous passons quelques belles heures de plaisir à danser et à boire quelques verres de bière.<br /> Après toutes ces fêtes, nous nous remettons au travail pour un mois et, le 31 janvier 1940, c'est la rentrée comme milicien pour douze mois.<br /> Je dis au revoir à mes parents, mes cousines et aux autres camarades qui, eux, ne rentrent pas maintenant. Ma mère me met un colis dans les mains en me disant : <br /> « Si tu as faim, tu mangeras ces chocolats et ces bonbons ». <br /> Je me dirige vers le village, pour aller chercher mes camarades Joseph et Henri, et en avant vers le fort de Barchon !<br /> Quand nous sommes arrivés, on nous dirige vers nos chambrées respectives. Ça, c'est le premier jour. Le second jour, on nous distribue nos vêtements militaires, nos souliers, nos casques, nos fusils, etc. On fait connaissance avec d'autres camarades en plus de ceux qui étaient avec nous et, bien entendu, avec tous les gradés. Ensuite, on nous rassemble tous et on nous explique ce que l'on attend de nous : faire de nous tous, des soldats...<br /> Le troisième jour, qui est donc le 2 février 1940, commence l'instruction sans oublier de nous faire nos petites piqûres qui nous préservent, paraît-il, des maladies. Le lendemain, 3 février 1940, j'ai dix-neuf ans.<br /> L'instruction se poursuit à un rythme accéléré sur le fusil, le fusil-mitrailleur, la grenade, les canons de 75, 105, 150, le fonctionnement des coupoles, le poste d'observation, la tour d'air, les casemates, le code morse, etc., le tir au fusil, au fusil-mitrailleur et la mitrailleuse. Cette instruction est poussée à fond comme s'il allait se passer quelque chose. À ce moment, la situation internationale se dégrade. On en parle mais on n'y croit pas beaucoup. Pourquoi les Allemands nous attaqueraient-ils ? Ils ne doivent pas avoir oublié la raclée qu'ils ont eue en 1914.<br /> Dans nos chambrées, on s'entend bien à part quelques blagues mais il faut en rire. Gare à celui qui rouspète ! Il faut prendre celles-ci à la rigolade comme ça on vous fout la paix.<br /> Nous retournons à peu près un jour sur deux voir nos parents et nos copains restés au village sauf, bien entendu, quand on est de piquet. Au fort, la nourriture est très bonne, on a assez à manger. Le soir, quand on doit rester, on va à la cantine boire deux, trois verres de bière. Nous avons, bien entendu, nos corvées tous les jours: nettoyage des chambres, de la cour, des W.C., de la cuisine mais là : épluchement des patates.<br /> Après environ deux mois d'instruction, on commence à monter la garde pendant 24 heures entrecoupées de repos : deux heures de garde, deux heures de piquet et deux heures de repos. Le chef de poste nous a bien expliqué ce que l'on devait faire au cas où il y aurait une personne étrangère qui rôderait autour du fort : les trois sommations et, si pas de réponse, tirer. Bien entendu, les trois sommations n'en auraient été qu'une surtout la nuit. Pendant les gardes de nuit, on restait dans l'ombre, l'oreille tendue et les yeux grands ouverts, appuyé contre le mur de la cantine. Comme ça, on pouvait observer sans être vu.<br /> Ce qui devenait emmerdant, c'était les alertes de nuit. On vous éveille à toutes les heures de la nuit, on doit prendre son fusil et aller à l'emplacement qu'on nous désigne. Bien entendu, il y a des attaqués et des attaquants et, je vous assure, c'est du sport. En effet, les sports, à Barchon, tenaient une grande place : football, course à pied, saut en hauteur, gymnastique, etc. Tout ça vous maintenait en pleine forme.<br /> Et une nuit, vers une heure du matin, le dix mai 1940, on nous réveille. Alerte ! Mais, cette fois, on nous fait descendre nos matelas dans le fort. C'était la première fois que l'on faisait cet exercice. On nous rassemble tous et le commandant nous dit ceci : « Je viens de recevoir la communication de mettre tous les hommes immédiatement à leurs postes de combat car le territoire est menacé ». Cette fois, on ne riait plus.<br /> Dans le fort, tout le monde est debout. Les ordres fusent dans tous les coins : monter les obus aux coupoles, ouvrir les boîtes à douilles de 150 (elles sont tellement bien fermées que la forge doit faire de nouveaux outils pour les ouvrir). C'est vers quatre heures, quatre heures et demie du matin, qu'Eben-Emael demande un tir de 150 sur ses superstructures. Ils sont attaqués par des planeurs. Et ces boîtes à douilles de 150 qui ne s'ouvrent toujours pas... À peu près vers cette heure, les mitrailleuses contre avions ouvrent le feu sur des appareils étrangers qui survolent le fort. Je suis, à ce moment, à l'extérieur pour mettre des fils barbelés et fermer toutes les entrées du fort quand j'entends siffler au-dessus de ma tête les premiers obus de 150 tirés sur Eben-Emael. Je vous assure qu'à ce moment ça vous fait frissonner et on se demande ce que l'on va devenir.<br /> Et pendant ce temps, sur la route qui conduit vers Wandre, de longues files de civils sont en train d'évacuer. Quand on voit toutes ces femmes, leurs enfants et les personnes âgées qui se traînent sur la route c'est vraiment triste. Où vont-ils aller ? Nous nous demandons tous où nos épouses et nos parents sont à ce moment-là. Et mon père, que doit-il penser, lui qui avait failli être tué en 1914 ?<br /> Le commandant a donné l'ordre que l'on mette le feu aux logements des troupes en temps de paix pour que ceux-ci ne gênent pas les pointeurs des coupoles et pour que l'ennemi ne puisse se cacher dedans. À ce moment, il est entre neuf et dix heures du matin, les mitrailleurs ouvrent le feu vers un avion allemand. Celui-ci s'abat aux environs de Rabosée. Un peu plus tard, les deux canons de 150 et les quatre de 105 tirent tous ensemble. C'est impressionnant. Tout le fort tremble sur ses fondations. Les servants sont pleins d'allant. À ce moment, je suis avec mon copain Joseph et le brigadier Tony au monte-charge de la 105 gauche. On ne suit pas à monter, par le monte-charge, les obus pour alimenter les deux canons tellement la cadence de tir est élevée.<br /> Tout doucement, la nuit arrive. À ce moment, les tirs ne sont plus si violents. On ne tire plus que sur renseignements de nos observateurs ou des forts voisins car le fort de Barchon est souvent sollicité et pour cause. Avec nos deux 150, nos quatre canons de 105 et nos obusiers de 75, nous sommes un des forts de Liège les mieux armés en grosse artillerie.<br /> Le jour se lève lentement sur le samedi 11 mai 1940.<br /> L'infanterie qui était entre les forts s'est repliée. Où et pourquoi ? On se le demande. Voilà les forts complètement isolés. Ils sont donc considérés comme forts d'arrêts. Les coupoles de 75 commencent, elles aussi, à tirer sur des troupes ennemies que nous signalent nos observateurs et les patrouilles qui sortent du fort. De nouveau, les 150 tirent sur Eben-Emael. Là-bas, je crois que ça va très mal. De petits incidents mécaniques, vite réparés par nos mécaniciens, arrivent à notre coupole de 150 droite. Vers dix heures, le tube de la coupole de 75 II gauche explose. Il était surchauffé par une cadence de tir qui était plus que le maximum demandé. Malheureusement, nous avons quatre blessés dont le brigadier Léon Schoofs, jambe cassée, fêlure du crâne, brûlures au visage et aux mains, le brigadier Darchambeau atteint de brûlures aux mains et au visage, le soldat Dethier souffre également de brûlures au visage. Le commandant du fort ordonne que la batterie contre avions rentre au fort. Elle sera installée sur la superstructure du fort avec des volontaires équipés de fusils-mitrailleurs. Un trimoteur ennemi, volant à basse altitude, est pris à partie par nos hommes. Touché, il est obligé de faire un atterrissage dans la campagne. Deux mitrailleurs sont blessés : le brigadier Jules Braham et le soldat Westphal. malheureusement, nous avons aussi un observateur qui vient de se faire tuer au charbonnage de Trembleur : le maréchal des logis Guillaume Defauw.<br /> Toutes nos coupoles continuent à tirer, la nuit descend sur le fort. Notre deuxième journée a été bien triste avec un ami tué et plusieurs blessés. <br /> Vers 20 heures nous parvient une communication du colonel Modart qui félicite la garnison du fort de Barchon pour les beaux tirs effectués et pour le soutien apporté à la défense d'Eben-Emael. Cette journée a été fatale pour Eben-Emael ; un des nouveaux forts qu'on avait dit imprenable a été liquidé sur deux jours. Bien entendu, on ne s'attendait pas à ce qu'il soit attaqué par planeurs et surtout quand la nuit n'était pas tout à fait tombée.<br /> Et le jour se lève sur le dimanche 12 mai 1940 mais, dans la nuit, après minuit, pour la première fois l'ennemi s'est aventuré aux environs du fort dans les champs de rails et les barbelés. Mal lui en prit. Nos obusiers de 75 ont ouvert le feu avec les boîtes à balles et je vous assure que l'ennemi a foutu le camp comme s'il avait le diable au derrière.<br /> C'est alors que les Allemands commencent à nous tirer dessus. On fait appel aux forts de Pontisse et d'Evegnée pour battre, à tir fusant, certains points que le commandant leur a indiqués, par exemple dans la vallée du Bacsay qui offre à l'ennemi un couloir d'infiltration. Vers dix-huit heures le 1er chef Danthine et quelques volontaires s'en vont en patrouille. Quand ils rentrent après environ deux heures, ils nous rapportent des renseignements précis dont l'emplacement d'une grosse batterie qui tirait sur Pontisse.<br /> De l'abri AC1 nous parviennent aussi de précieux renseignements mais aussi une mauvaise nouvelle, on nous signale que le maréchal des logis Michaux est blessé.<br /> Dans la soirée, une autre mauvaise nouvelle arrive au fort, le brigadier Frans Bonsang a perdu la vie : un éclat d'obus reçu dans la tête près de l'abri BM3.<br /> Et la journée du 13 mai arrive.<br /> Après minuit, d'énormes obus viennent s'écraser sur la carapace du fort et, avant l'aube, les guetteurs signalent des mouvements suspects. L'ennemi s'approche du fort mais celui-ci les reçoit à coups de boîtes à balles de nos obusiers de 75. Malheureusement, vers 10 heures du matin la coupole de 75 du saillant II explose blessant sérieusement le maréchal des logis Kreutz , Fraikin et les soldats Ernotte et Reuter. Ce nouvel incident prive le fort de deux organes de défense rapprochée et c'est aux forts de Pontisse et d'Evegnée de battre le front de gorge et le saillant de tête. Le pilonnage du fort continue à coups de gros obus et je vous assure que ça menait un fameux boucan quand on est dans une coupole et que vous entendez les obus qui ricochent sur celle-ci et vont éclater plus loin. Pendant ce temps, nos canons continuent de tirer de plus belle sur des objectifs signalés par les autres forts et nos observateurs. Aux environs de 22 heures, on nous signale que les grosses batteries qui nous tirent dessus sont installées aux environs de Lorette. Aussitôt dit, aussitôt fait, nos deux coupoles de 105 les réduisent au silence. Comme ça se calme un peu, nous prenons un peu de repos. Nous sommes littéralement crevés.<br /> Nous voici le 14 mai. C'est une journée qu'on n'est pas prêt d'oublier. D'abord, bien avant le jour, la patrouille Danthine sort à nouveau et je vous assure que sortir du fort entouré d'ennemis, il faut le faire ! Quand ils rentrent, le jour se lève. Ils nous ramènent encore de précieux renseignements. Vers 9 heures 30 commence le premier bombardement par avion.<br /> <br /> On entend d'abord un hurlement de sirène puis l'explosion de la bombe sur la carapace du fort. Celui-ci tremble sur ses fondations, la peur nous prend au ventre et nous descendons dans les couloirs qui conduisent à la tour d'air. Nous croyons que nous y sommes en sécurité et ce qui nous vient à l'esprit c'est le fort de Loncin en 1914 où plus de 300 soldats sont toujours dans les entrailles du fort. Enfin, après deux bombardements, qui se terminent aux environs de 11 heures, on respire.<br /> Le commandant Pourbaix fait l'inspection de notre vieux fort, celui-ci a tenu le coup. À part qu'il y a d'énormes entonnoirs sur la terre qui entoure la superstructure, le béton a bien résisté. Il est un peu fendu mais nous sommes quand même rassurés.<br /> Une coupole de 150 en a pris un coup, la pièce est calée et le béton qui l'entoure est fissuré ce qui lui donne une légère inclinaison. Elle ne pourra peut-être plus servir. On a trouvé une grosse bombe tombée dans le fossé. Elle s'est cassée en deux sans exploser. On estime que le poids des bombes tombées sur le fort s'élève à au moins mille kilos. Et l'après-midi, ils remettent ça ! Décidément, ils veulent nous mettre à genoux mais on leur prouve que la garnison n'est pas encore prête à se rendre, ses canons continuent à les tenir en échec. Au total, nous avons quand même deux obusiers de 75 hors service, une coupole de 150 désaxée, l'autre de 150 que l'on répare et une fissure très large où l'on voit même l'extérieur. Elle est colmatée avec du béton à prise rapide. Les stukas ont pulvérisé le mur de contrescarpe sur une longueur d'environ dix mètres. Malgré tous ces bombardements, nos canons de 105 font du bon travail. Le colonel Modart nous signale que, sur le champ d'aviation de Bierset, l'ennemi débarque avec des avions de transport de troupes. À coups de 105, on fout le feu à ces oiseaux de malheur. Il était environ 18 heures quand ce communiqué nous est parvenu.<br /> Et la patrouille du 1er chef Danthine sort de nouveau... On peut dire qu'elle fait du bon travail, il faut le faire !<br /> Il est environ deux heures du matin, ce 15 mai, quand l'on nous signale du P.O. cuirassé que des groupes d'Allemands essayent de s'infiltrer autour du fort. Mal leur en prit, la coupole de Mi. Et de lance-grenades ainsi que les deux coupoles de 75 restantes ouvrent le feu, ce qui les fait déguerpir.<br /> Très tôt, ce matin du 15, on envoie quelques hommes pour obstruer la brèche dans le mur de contrescarpe du saillant III (brèche qu'une bombe avait faite le jour avant pendant un bombardement par avions). On y constitue un barrage avec du fil de fer barbelé et des mines antichars.<br /> Le fort est toujours bombardé par obus. Aux environs de 10 heures du matin, une patrouille de volontaires se prépare à sortir. Elle est composée du sous-lieutenant Mans, du maréchal des logis Ghislain et des soldats Levecque et Grevesse. Malheureusement, à l'intersection des routes Barchon-Visé, le soldat Grevesse s'écroule et est tué. Les autres sont copieusement mitraillés mais parviennent à rentrer au fort vers 11 heures. C'est seulement quand ils sont rentrés qu'ils s'aperçoivent que le soldat Grevesse manque à l'appel. Quand ils ont été mitraillés, ils se sont dispersés pour éviter de se faire tuer. Mais on s'était aperçu que c'était à partir de la tour de l'église de Barchon que les Allemands avaient ouvert le feu sur la patrouille. Le sous-lieutenant Mans et le maréchal des logis Ghislain décident de ressortir de l'ouvrage pour aller à la recherche de leur camarade. C'est alors qu'ils se sont aperçu que celui-ci avait été tué. À coups de 105, le clocher et ceux qui se trouvaient dedans ont été réduits en miettes.<br /> Dans la soirée, on nous signale de tirer sur le champ d'aviation d'Ans où les Allemands se ravitaillent et viennent ensuite lâcher leurs bombes sur les forts de Liège. C'est la coupole de 150 qui se charge de ce travail et ce, très tard dans la nuit.<br /> La journée du 16 mai commence par un tir de boîtes à balles sur les glacis du fort, le Allemands tentent de se rapprocher le plus près possible de l'ouvrage mais nos observateurs les ont aperçus. Une patrouille composée du maréchal des logis Appeltans et de quelques volontaires sort vers 4 heures 30 et rentre vers 5 heures pour aller recueillir les renseignements qui nous manquent. Vers 8 heures du matin, le commandant Pourbaix réunit ses hommes dans la galerie centrale pour nous communiquer le message qu'il vient de recevoir du roi Léopold. Celui-ci disait : « Colonel Modart, commandants des forts, officiers, sous-officiers et soldats de la position fortifiée de Liège, résistez jusqu'au bout pour la patrie. Je suis fier de vous. Léopold ». Ce message et les quelques mots que le commandant adresse en plus à toute la garnison remontent le moral de toute la troupe et tout le monde retourne à son poste pour se donner à fond à la défense de notre terre wallonne et de notre pays.<br /> Au cours de cette journée du 16 mai, l'abri AC1, commandé par le maréchal des logis Colson, nous envoie de précieux renseignements. Il nous signale une colonne d'environ 200 soldats ennemis sur la route de Haccourt-Vivegnis et c'est à coups de 105 qu'ils fuient dispersés. Les grosses pièces continuent aussi à tirer sur l'aérodrome d'Ans.<br /> Vers 16 heures, le bombardement reprend de plus belle. Des obus de tous calibres nous tombent dessus, certains de ces obus sont des 305 et, à chaque impact, le fort tremble mais sa carcasse de béton tient bon. Nos coupoles de 75 et 105 continuent toujours à tirer mais celle de 150 a souvent des ennuis, le plateau de direction vient encore de sauter. Depuis le bombardement du 14 mai, cette pièce a souvent des incidents mais elle est vite réparée par nos mécaniciens ; ce sont souvent les goujons de ce plateau qui se cisaillent.<br /> Tout doucement, la journée du 17 mai arrive et nous nous rendons compte que les derniers jours de notre vieux fort approchent.<br /> Le bombardement reprend de plus belle au lever du jour. Ça promet ! Il s'arrête vers 10 heures 30 et ce sont les avions en piqué qui recommencent pendant presque six heures. Après une heure de répit, le pilonnage recommence et dure encore trente minutes. Après le bombardement, le commandant sort du fort pour une inspection, les fossés sont méconnaissables. Ils sont remplis de tas de terre et de béton parfois à plus de deux mètres de hauteur. On doit mettre des équipes à l'ouvrage avec des pelles et des pioches pour déblayer. Ce travail est souvent interrompu par les aviateurs allemands qui viennent nous mitrailler.<br /> <br /> À un moment donné, nous dégageons une sortie d'égout en face de l'infirmerie quand nous sommes pris à partie par un avion[1]. C'est la course pour rentrer au fort. On voyait, devant nous, les balles qui ricochaient sur le béton et pour ouvrir la porte d'entrée nous la poussions au lieu de la tirer. Je vous assure qu'en ces moments-là on ne cherche qu'une chose : sauver sa peau.<br /> Vers 17 heures, de nouveau le bombardement par avions. Cette fois, ils ont des bombes de fort tonnage ainsi que des paquets qui s'ouvrent au contact du sol et dégagent une épaisse fumée. C'est à ce moment que, me trouvant avec Joseph Simonis dans le sas des obus de 105, la porte de celui-ci vient à sauter hors de ses gonds. Nous sommes bel et bien prisonniers dans le sas, nous hurlons tous les deux pour que l'on vienne nous délivrer. À mains nues, on essayait d'ouvrir la porte, on a même essayé de passer par le monte-charge qui transportait les obus vers la coupole. Et les bombes tombaient toujours sur le fort... Le hurlement des sirènes, que les stukas faisaient en piquant sur le fort, nous rendait fous. Enfin, après un temps qui nous parut des heures, un camarade nous a entendus et, avec un levier, est parvenu à ouvrir cette porte. Je vous assure que, quand vous vous sentez coincé comme ça, vos pensées se tournent vers votre maman (je crois même que nous avons crié après). Après toutes ces émotions, nous nous reposons un moment. Cette journée du 17 mai (que je n'oublierai jamais) se termine vers 22 heures par une série de tirs d'armes automatiques. Sur le fort, quelques copains tirent sur tout ennemi qui se profile. Bien entendu, celui-ci répond avec ses armes.<br /> L'aube du 18 mai se lève et, déjà, le fort est bombardé par des obus de gros calibre et par des tirs à obus de rupture vers le P.O. et les coupoles. Vers 6 heures du matin, le brigadier Raemakers est blessé à son poste d'observation. Un peu plus tard, c'est la coupole de 105 droite qui est touchée et mise hors service. Malheureusement, nous avons quatre blessés légers. Ce sont les soldats Granry, Lemmens et Mellemans ainsi que le maréchal des logis Mertens. Le lieutenant Jungling va s'installer au P.O. cuirassé pour diriger le tir des coupoles qui sont encore à peu près en bon état. Notre coupole de 105 gauche n'a plus que quelques obus. Notre brigadier Tony Deprez, qui était avec nous pour approvisionner la coupole en obus, nous quitte et va se mettre à la disposition des gars de la tour d'air. Malheureusement, il se fait tuer par une balle tirée vers les trous de visée du fusil-mitrailleur. Atteint aux reins, ce camarade que nous avons eu avec nous à la coupole de 105 gauche était la bonté même. C'est avec une grande tristesse que nous avons appris sa mort.<br /> <br /> Vers dix heures, de nouveaux bombardements par avions. On sent que l'ennemi veut en finir avec nous. Après les avions, les obus, puis de nouveau les avions ; on tient toujours, ce qui doit les faire rager.<br /> Vers 11 heures, nous tirons les derniers obus de 105. Les bombardements continuent, ce sont des milliers d'obus et des tonnes de bombes qui nous tombaient dessus. Vers midi, plus rien.<br /> C'est alors que, du poste d'observation, on voit pointer un drapeau blanc. Ce sont des parlementaires allemands qui demandent à être reçus par le commandant du fort. Le commandant Pourbaix et le lieutenant Jungling les reçoivent. L'officier ennemi, qui le premier prend la parole, demande à parler au colonel ou au major. Le commandant Pourbaix lui réplique qu'il n'y a pas d'officier de ce grade d'où l'étonnement de l'officier allemand. Celui-ci fait traduire par l'officier interprète le message dont il est porteur : « Nous sommes des parlementaires officiellement désignés par le général de division pour venir demander la reddition de votre fort. Nous sommes chargés de vous dire que les troupes allemandes qui se trouvent devant le fort sont remplies d'admiration devant votre courage et votre ténacité au cours des huit jours de siège écoulés. Mon général affirme que la garnison du fort recevra les honneurs de la guerre et que les officiers pourront conserver leur épée. Les officiers allemands garantissent aussi qu'aucun officier du fort ne sera fusillé. Nous avons rassemblé autour de ce fort des quantités considérables de canons et de moyens de destruction tels que toute résistance de votre part est désormais impossible et inutile. Vous devez vous attendre à être bombardés, dorénavant, par obus et bombes de tous calibres d'une manière continue. Nos grosses pièces d'artillerie n'ont fait, jusqu'à présent, que régler leurs tirs. Quand elles passeront à la destruction, votre situation deviendra rapidement intenable »<br /> Le commandant Pourbaix qui, impassible, avait écouté l'officier ennemi répondit simplement : « Je ne rends pas le fort ». Le lieutenant Jungling n'avait rien dit mais je crois qu'il aurait étranglé ce parlementaire allemand. Quand il est rentré dans le fort, il était blanc comme la mort et je vous assure qu'il rageait. Le commandant Pourbaix, sitôt rentré, communique à tout le personnel présent ce qu'il vient d'entendre et ce qu'il a, répondu aux parlementaires ennemis. Tous manifestent, par des acclamations enthousiastes, leur accord avec leur chef.<br /> Vers 12 heures 45, le conseil de défense se réunit. Il est composé du commandant Pourbaix, du lieutenant Jungling, du lieutenant-médecin Dessart et du sous-lieutenant de réserve Mans. Le conseil décide de défendre le fort et de résister jusqu'à la limite des possibilités sans, toutefois, sacrifier des hommes inutilement.<br /> À partir d'une heure, ça recommence, ils y mettent le paquet. Les obus tombent sur le fort de tous les côtés. J'étais, à ce moment, à la coupole Mi. et j'entendais ricocher les obus sur la carapace de celle-ci. Je vous assure que ce n'était pas de la tarte. À un moment, un énorme projectile s'abat en plein sur la coupole de 75 saillant III la mettant hors service. Par miracle, personne ne fut blessé. Reste seulement la coupole 75 saillant1 qui continue à tirer sur tout ce qu'elle voit. C'est un véritable ouragan d'acier qui s'abat sur le fort, à l'extérieur ce n'est que du feu et de la poussière. On s'attend à ce que les voûtes du fort cèdent et que celui-ci s'enfonce dans la terre. Mais, malgré tout, il tient toujours.<br /> <br /> Tout à coup, vers 17 heures, l'orage semble se calmer. On n'entend plus que le claquement des obus de rupture sur tout ce que le fort a encore en bon état comme, par exemple, les embrasures des coffres de tête où le soldat Lemoine est grièvement blessé. Ce camarade de la classe 40 était avec moi dans la même chambrée.<br /> Le commandant Pourbaix donne l'ordre à la dernière coupole de 75 saillant I de tirer à bout portant sur l'ennemi qui se rapproche de plus en plus. La coupole est touchée ; en plein dans l'embrasure, par un obus de rupture. Elle vole en éclats. Le maréchal des logis Lizin est blessé mais, heureusement, pas trop gravement.<br /> À partir de ce moment toutes les coupoles sont inutilisables. Du reste, il n'y a plus de munitions. La situation est désespérée, l'ennemi est sur le fort, dans les fossés, tout est hors de service. Le commandant Pourbaix fait brûler tous les documents militaires et le lieutenant Jungling est chargé de faire sauter les coupoles pour les rendre inutilisables. Vers 18 heures, le commandant fait hisser le drapeau blanc.<br /> C'est la mort dans l'âme que les vaillants défenseurs du fort de Barchon descendent les escaliers pour se diriger vers la sortie. Au pied de l'escalier, nous voyons pour la dernière fois notre camarade Deprez qui repose dans son sommeil éternel. <br /> Tout de suite, nous longeons le couloir qui se termine au pied de la tour d’air et c'est là que, pour la première fois, nous voyons un soldat allemand (mais alors avec une sale gueule) qui surveillait chaque soldat belge sortant de la tour. Nous nous dirigeons dans la direction de la route militaire, le long des glacis, où nous sommes placés par rangs de trois et c'est, arrivés à cet endroit, que nous apercevons le sinistre drapeau à croix gammée planté sur le massif central. Les blessés, qui étaient restés à l'infirmerie à l'intérieur du fort, avaient été oubliés. C'est avec quelques volontaires et des soldats allemands qu'on les a sortis et dirigés vers un hôpital pour y être soignés. Pendant ce temps, les Allemands sont arrivés avec des mitrailleuses qu'ils ont braquées sur nous et je vous assure qu'ils nous ont foutu une belle peur. Du troisième rang où j'étais, je me suis retrouvé au premier ; on essayait de repasser au troisième et ainsi de suite.<br /> Heureusement ça n'a pas duré longtemps car des officiers allemands sont venus nous faire un discours sur le magnifique et loyal combat que nous avions mené contre eux.<br /> Le commandant Pourbaix et le lieutenant Jungling ont alors reçu, du colonel allemand, leur sabre pour leur bravoure lors de la défense du fort. Pendant tous ces discours et remises de sabres, un soldat allemand, s'adressant à nous, nous dit que nous avions de la chance d'être prisonniers. Étonnés, nous lui demandons pourquoi. « Moi, dit-il, j'ai déjà fait la guerre en Pologne. Qui me dit que dans un jour ou deux je ne serai pas tué. J'ai une femme et deux enfants et je dois marcher ». Le pauvre garçon en avait déjà marre, ce n'était pas, bien entendu, un SS de sinistre réputation</p><br /> <br /> Sources bibliographiques :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/joseph_lecane.php">https://www.maisondusouvenir.be/joseph_lecane.php</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/barchon.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/barchon.htm</a><br /> <br /> Source iconographique :<br /> <a href="https://www.tracesofwar.com/sights/4623/Fortified-Position-of-Li%C3%A8ge---Fort-de-Barchon.htm">https://www.tracesofwar.com/sights/4623/Fortified-Position-of-Li%C3%A8ge---Fort-de-Barchon.htm</a> Tue, 31 Dec 2019 17:52:15 +0100 Le carnet de campagne de Philippe Tettelin https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin02.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>- Le 10 mai 1940 vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Il était à peine deux heures. Je venais de me coucher quand le lieutenant entre en trombe dans le corps de garde de la caserne des chasseurs ardennais à Antheit et d’une voix sonore crie : « Alerte réelle ». C'est la guerre.<br /> Je me mets en tenue et cours à mon poste. Le calme s’est subitement transformé en un retentissement de cris et de pas pressés. C’est une froide nuit de printemps et je reste dans le fortin, proche de notre casernement, jusqu’au matin.<br /> Je retourne à la caserne vers 5 heures du matin, je mange en hâte... Je prends mon vélo et je retourne chez moi, rue des Potalles à Vinalmont.<br /> Sur le pas de leurs portes, des gens affolés gesticulent. J’arrive chez moi tout trempé de sueur. Ma femme Madeleine vient à ma rencontre en pleurant ; je la console de mon mieux.<br /> Elle m’apprête quelques friandises et de l’argent pendant que je me change. Je me rends sur la position et le soir arrive sans autre incident. La nuit, je dors sous une tente mais j’ai froid.</p><br /> <br /> <strong>- Le 11 mai 1940 samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Durant la journée quelques survols d’avions ennemis ; tirs de DCA et des mitrailleuses anti- aviation.<br /> En soirée, ma femme vient me rendre visite. Elle m’apporte de nouveau des friandises et des cigarettes ; elle s’en retourne, me promettant mieux pour le lendemain. Vers les 8 heures, la pièce est mise en batterie sur la route de Leumont. A 11 heures, mes camarades de la 10ème compagnie et moi quittons la place de Wanze à pied vers Moha et Bierwart. Durant ce trajet, une fusée éclairante nous surprend. Tout le monde se couche dans le fossé bordant la route. Nous continuons la marche.</p><br /> <br /> <strong>- Le 12 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons de grand jour à Cognelée (Namur) où nous nous reposons dans un verger. Peu de temps après arrivent des avions. Ils nous survolent... les bombes pleuvent autour de nous : là, j’ai peur pour la première fois... La nuit vient, je rencontre deux amis perdus eux aussi. Nous allons dormir un peu parmi les Français, puis nous nous remettons en route.<br /> Nous rencontrons la 9ème Cie. Nous sommes heureux de voir notre ancien ami de chambrée Charles et nous passons le reste de la nuit avec lui.</p><br /> <br /> <strong>- Le 13 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, nous rencontrons un TS (de l'escadrille du support technique) qui nous indique le chemin pour retrouver la Cie. Nous nous rendons sur les positions presque sans manger... Le soir nous nous mettons en route à destination du front.</p><br /> <br /> <strong>- Le 14 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons le matin à Marchovelette. Nous mettons en batterie dans le fond d’un bois, nous creusons des trous de fusiliers et des abris. Nous nous couchons près des pièces, enroulés sous nos bâches, mais personne ne dort.</p><br /> <br /> <strong>- Le 15 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans le courant de la matinée, nous sommes obligés de prendre la fuite car nous sommes menacés d’être encerclés... En marchant, nous passons dans les lignes marocaines qui nous crient de nous cacher.<br /> Les balles de Mi sifflent au-dessus des têtes : c’est déjà un char allemand qui est avancé. Puis nous arrivons près de Temploux, village très éprouvé ; une série de spectacles épouvantables se présentent à nos yeux. Sur une grande distance, le long de la route, nous voyons des trous de bombes tous les 10 mètres, des camions détruits, beaucoup de vaches tuées, les rails du tram tordus et, en passant dans le village, même vision d'apocalypse : un avion français abattu... dans un verger une trentaine de soldats tués et leurs vélos détruits, et aussi plusieurs immeubles en ruines. C’est les yeux pleins d’horreur que nous arrivons à Jemeppe.<br /> </p><br /> <strong>- Le 16 mai jeudi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous traversons la ville de Charleroi... Nous passons dans Nivelles dont le clocher est abattu ; les rues sont encombrées de débris des façades de beaucoup de maisons... Toute la nuit les canons tonnent et on entend le vrombissement des avions.</p><br /> <br /> <strong>- Le 17 mai vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">...nous cherchons un vélo ; mon camarade en trouve un&#8239;; ne restait pour moi qu’un vélo d’enfant&#8239;; j’attache mon masque à gaz sur le porte-bagages qui me sert de selle et nous nous mettons en route, suivant une colonne cycliste... Nous prenons la route de Gand et nous trouvons la Cie à Ravère(??) (peut-être Gavere) où nous logeons.</p><br /> <br /> <strong>- Le 18 mai samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Entre-temps, la cuisine a été bombardée et beaucoup d’hommes se sont perdus, notamment quelques camarades de chambrée. Les camions et les pièces se sont perdus aussi... Nous sommes arrivés à Petteghem. Mon copain Henry Brasseur et moi avons transformé la salle de bain d'une belle villa abandonnée en chambre à coucher.</p><br /> <br /> <strong>- Le 19 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">...A Deinze, nous assistons au départ des évacués. Triste spectacle&#8239;! Des gens paisibles doivent quitter leur foyer pour s’exiler dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Mon copain et moi nous lavons les pieds dans la Lys, rivière au cours lent.</p><br /> <br /> <strong>- Le 20 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Toujours au repos. Dans le courant de l’après-midi, nous nous sommes remis à neuf&#8239;: nouvelles chemises, chaussettes, veste, capote, guêtres et culotte. Journée très calme. Le soir nous sommes partis et sommes arrivés à Gottem.</p><br /> <br /> <strong>- Le 21 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous avons organisé les positions. N'ayant plus de pièces, la Cie a été transformée en « Cie fusiliers ». J’ai monté de garde jusqu'à minuit, puis je me suis couché. Le canon a tonné toute la journée et toute la nuit. Beaucoup d’avions ont survolé notre campement.</p><br /> <br /> <strong>- Le 22 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Très tôt, nous nous mettons en tenue pour partir ; nous attendons jusqu’au matin sur la route, puis il y a un contre-ordre. C’était un exercice, paraît-il. Des avions nous survolent constamment dans la matinée.<br /> Le carnet s'arrête là.<br /> Le soldat Tettelin Philippe, de la 10ème Compagnie des Chasseurs ardennais, a été tué d'un éclat d'obus le 26 mai 1940 à Gottem.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin01.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique via internet </strong>:<br /> <a href="https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin">https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin</a><br /> <strong>Source iconographique </strong>:<br /> <a href="http://6cha.be/Historique.html">http://6cha.be/Historique.html</a> Tue, 30 Apr 2019 20:08:55 +0200 L’exode d’André LEDENT de Houyet (Belgique) https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1940, alors que l'armée belge vient de rétablir les permissions de cinq jours pour les soldats mobilisés, Adolf HITLER donne le signal de l'invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg.<br /> Il est un proverbe qui dit :" Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage". En voici sa traduction trouvée dans un ouvrage allemand publié à l'Imprimerie Louis DESMET-VERTENEUIL, rue 't Kind, 60-62 à Bruxelles en 1940 (et écrit par Werner Pich): "Vu l'imminence d'une agression ennemie contre les territoires belge et néerlandais et le péril dont est menacé le bassin de la Ruhr, l'armée occidentale allemande , pendant les premières heures de la matinée du 10 mai, a procédé à l'attaque sur un très large front à travers la frontière occidentale de l'Allemagne" (La Fin des Illusions, Werner Pich, page 17). Ce texte est un court résumé de la note d'information rédigée par l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles et qui a été lue par celui-ci à notre Ministre des Affaires Etrangères, Paul-Henri SPAAK, le 10 mai 1940 à 08H30.<br /> Bien que né en 1895, mon père Auguste LEDENT est considéré comme mobilisable aux Chemins de Fer belges (Livret de mobilisation civile: 05 mars 1935, et modifications 02/1936, 10/05/1939, 12/08/1939). Il est rentré chez nous, ce 10 mai en nous expliquant qu'il était mobilisé à la SNCB et qu'il devait repartir immédiatement. Avec un groupe de ses collègues, il est dirigé dans un train spécial qui les conduit tous en exode dans la région de TOULOUSE (Il se retrouvera finalement à GORNIES, Hérault, Languedoc-Roussillon en France où il travaillera dans les vignes en attendant le retour en Belgique occupée durant le mois de septembre 1940).<br /> Le 11 mai, devant l'avancée très rapide des troupes allemandes en territoire belge et français, notre mère, Aline ARNOULD, prend peur; c’est qu'elle a deux filles encore bien jeunes : Emilie, 17 ans et Marie, ma sœur jumelle qui n'a que 15 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mes oncle et tante, Gustave PIERLOT et Marie ARNOULD, de ON, sont arrivés chez nous immédiatement après la déclaration de guerre…sans doute effrayés par le bombardement terrible qu'a subi la gare de Jemelle, dès l'aube du 10 mai (au journal radiodiffusé de 06H30,sur l'INR, on a annoncé la déclaration de guerre en même temps que l'attaque sur la gare de Jemelle).<br /> Tous ensemble, on décide donc de partir le plus loin possible car les adultes se souviennent avec horreur de la barbarie teutonne durant la première guerre. N'oublions pas que Dinant se trouve à 24 kilomètres de HOUYET et qu'on y a assassiné sauvagement 674 personnes, hommes, femmes enfants, le 23 août 1914 et mis la ville à sac.<br /> Il se peut même que cette éventualité ait déjà été envisagée entre mes parents et mes oncle et tante car ma mère, durant la guerre 14-18 a travaillé dans le restaurant de l'oncle Emile ROUARD (Le café-restaurant de la Poste, rue de la Station à HOUYET) que tenaient une de ses tantes, Emilie ROUARD et son mari Jean ENGELMAN, tailleur d'habits, de nationalité luxembourgeoise qui a aidé ma mère dans la connaissance de la langue allemande. Elle y a appris cette langue "sur le tas" car le restaurant avait été réquisitionné par les militaires des chemins de fer allemands. Avant la guerre, adorant la musique classique, elle écoute à chaque fois qu'elle le peut une station allemande: la radio de Langenberg qui diffuse pareille musique. Elle a donc bien compris ce qui se tramait de l'autre côté de la frontière et a sans doute déjà discuté avec notre père ainsi qu'avec ses sœur et beau-frère de ce qu'il y aurait à faire en cas d'invasion. Cela expliquerait vraisemblablement la soudaineté de sa décision: on part sans attendre!<br /> Depuis pas mal de temps déjà, il se raconte qu'en cas d'invasion, on ne sera en sécurité qu'au nord de la Meuse, lieu stratégique principal pour les armées alliées. Il faut donc se rendre à Dinant. Il n'y a plus de trains entre Dinant et Bertrix . On contacte alors le boucher, Joseph MONTJOIE, installé à HOUYET à l'emplacement actuel du gîte "Au beau séjour". On l'appelait "le Blanc Boucher". Il accepte d'emmener tout le monde à Dinant dans sa camionnette, même mon chien Bobby qui me suit partout (jusqu'à l'école où l'instituteur fulmine et m'ordonne de le faire sortir) et que je n'ai pas pu me résoudre à abandonner là.<br /> Nous voilà embarqués dans le train vers NAMUR: il y a donc Oncle Gustave et Tante Marie, ma mère Aline ARNOULD, mes deux sœurs Emilie et Marie, moi-même, André LEDENT et notre chien Bobby. Arrivés à NAMUR, on entend des tirs : canons des forts ou bombardements ennemis? Les deux sans doute puisque les sirènes nous avertissent dans un vacarme assourdissant, qu'il nous faut nous réfugier dans les souterrains de la gare. C'est la cohue mais nous obtempérons. Autant prendre de bonnes habitudes dès le départ! Nous sommes tous là atterrés, coincés dans ce boyau bondé; va-t-il résister?...en sortirons-nous vivants? C'est terrible, affolant un premier bombardement.<br /> A la fin de l'alerte, vu la situation difficile déjà pour les chemins de fer sur certains axes, nous partons à pied en direction de Tamines. L'oncle Gustave peste car la tante Marie l'a chargé comme un baudet. A Temploux nous entendons les bombardements tout proches. Nous arrivons à SPY. Dans la précipitation du départ, nous avons oublié que nous sommes dimanche et plus particulièrement dimanche de Pentecôte. A SPY, c'est aussi le dimanche des communions. Nous assistons à la messe. A la sortie, il est surprenant de voir ainsi mélangés des familles de communiants tout endimanchés et qui ont décidé de tout de même faire la fête, des réfugiés dans notre genre avec le barda sur le dos et des mines plutôt déconfites, des soldats français qui bivouaquent: l'un d'eux, d'ailleurs, a installé son miroir et est occupé à se raser sous une remise. Soudain, des avions envahissent le ciel bleu de cette journée ensoleillée. Les Français nous avertissent que ce sont des Stukas et qu'il faut se cacher. Nous fonçons dans une remise et je me cache sous un escalier. Les hurlements des avions fondant sur le village nous effraient. Puis brusquement, c'est la mitraille qui fait exploser les briques des murs, les ardoises des toits et résonner le métal des véhicules militaires garés tout près. D'où je suis, par une petite fenêtre, je peux voir le verger. Heureusement, il est en pente et cela va nous sauver car celle-ci oblige les avions à se redresser. J'aperçois avec horreur le feuillage des arbres se faire cisailler, déchiqueter par les rafales. Ce sont des images et des bruits que je ne pourrai jamais oublier.<br /> Lorsque le calme revient, nous sortons de nos abris: personne d'entre nous n'est blessé. Autour de nous non plus. Nous nous remettons donc en route immédiatement. Ce voisinage avec les véhicules militaires n'est pas une bonne chose. Nous avançons et à chaque halte, sans rien dire à personne, oncle Gustave retire l'une ou l'autre chose de son barda. Le pauvre! Il fait une de ces chaleurs! Parce que c'est ça qu'il y a de terrible dans l'histoire : il fait un temps magnifique et ce devrait être une splendide journée!<br /> C'est en début de soirée que nous atteignons Tamines. Là, nous apprenons qu' un train va partir incessamment en direction de Tournai. Nous nous précipitons donc pour profiter de l'aubaine. Notre enthousiasme retombe un peu lorsque nous découvrons que ce train est composé de wagons-tombereaux (et nous comprendrons à l'arrivée, à notre aspect à tous, qu'ils avaient transporté du charbon auparavant) . Mais contre mauvaise fortune bon cœur! Nous nous installons sans ronchonner. On se presse faudrait-il plutôt dire. Nous sommes tous étrangers l'un à l'autre et nous nous côtoyons, nous frôlons, nous cognons l'un à l'autre sans rouspéter. La peur transforme parfois les hommes.<br /> Le train s'est mis en marche et nous roulons à travers la campagne, cheveux au vent, le nez dans les poussières de charbon ou la fumée et les escarbilles lâchées par la locomotive. Avec nous, il y a un vieux curé dans sa soutane noire accompagné de sa gouvernante: sa présence va compliquer la vie de tous ceux d'entre nous, surtout les femmes, qui sont pris d'un besoin urgent. Mais… à la guerre comme à la guerre, la résistance humaine ayant des limites souvent infranchissables en ce domaine, il faudra donc bien que pudibonderie ecclésiastique et nécessités physiques, petites ou grosses, se hantent, le temps d'un trajet en train. La guerre nous rabaisse souvent au stade de l'animal et il est étonnant de voir comment la personne humaine, nécessité aidant et fierté ravalée, s'en accommode rapidement. Nous ne sommes pas si loin de l'arbre de nos aïeux simiesques!<br /> Au petit matin, entre LUTTRE et MANAGE, des points noirs apparaissent dans le rectangle de ciel qu'il nous est possible de voir. Ces points noirs grossissent, deviennent des avions, des Stukas reconnaissables à leurs sirènes affolantes. Ils nous prennent en enfilade mais, trop tard pour eux, au moment de frapper, ils nous voient disparaître dans le tunnel de GODARVILLE qui nous met à couvert. Nous l'avons échappé belle! Et dans la fraîcheur de l'obscurité, nous soufflons d'aise. Nous entendons le bruit des explosions qui nous étaient destinées. Le coup passa si près…<br /> Nous arrivons à TOURNAI. Le train ne va pas plus loin. Nous descendons et nous découvrons avec surprise, l'ancien chef de gare de HOUYET : Mr FRANCOTTE. On se salue et on bavarde un peu. Puis nous décidons d'aller manger. Il y a là tout près un immense restaurant populaire: nous y retrouvons un certain Jean HARDENNE, gendarme que nous connaissons bien puisqu'il a épousé Georgette CALMANT, une Houyétoise. Le monde est décidément bien petit!<br /> Au sortir du restaurant, les sirènes mugissent: il faut aller aux abris. Ce que nous faisons tous en entrant n'importe où pourvu d'y être protégés. C'est ainsi que nous nous retrouvons dans une cave qui a été étançonnée. Bobby ne nous suit pas. Je ne le reverrai jamais et aujourd'hui encore, lorsque j'en parle, j'en éprouve énormément de peine. L'alerte passée, nous repartons vers LAMAIN qui se trouve à la frontière française. Cependant, les militaires français nous interdisent le passage de la frontière. On s'en doutait bien car nous avions croisé d'autres réfugiés qui nous avaient avoué avoir été refoulés. Mais sans doute comptions-nous sur la chance? Nous logeons dans une maison occupée par deux dames, la mère et la fille. Nous y sommes avec un musicien belge célèbre : André SOURIS, grand-prêtre du surréalisme en Belgique avec Scutenaire, Magritte et quelques autres. Maman peut entamer une discussion intéressante sur la musique classique qu'elle apprécie tant avec lui. Le lendemain matin, il me dit: "Allez, André, on va chercher du pain!" Et nous sommes donc allés acheter du pain à la boulangerie du village. Après la guerre, nous avons entretenu une petite correspondance avec Mr SOURIS devenu en 1941 directeur de l'orchestre de l'INR (Institut National de radiodiffusion qui donnera naissance à la RTB quelques années plus tard).<br /> Il nous faut donc chercher un passage plus au nord et nous nous remettons en route vers Mouscron en longeant la frontière. A de multiples reprises, nous tentons de passer en France mais en vain. Ce n'est donc pas dans cette direction que se trouve notre salut. Nous passons à l'ouest de COURTRAI et ma mère me dit: ‘’ Regarde, André, le Mont KEMMEL’’ et c'est vrai qu'en ce plat pays, il a l'air d'une montagne bien qu'il ne culmine qu'à 156 mètres d'altitude.<br /> Nous atteignons POPERINGHE où les Anglais, très nombreux, ont installé partout des batteries anti-aériennes. Nous logeons sans doute dans ces environs mais mes souvenirs ne me permettent pas de localiser ces endroits.<br /> C'est dans cette région que j'ai pu observer un combat d'avions. Nous marchions et nous sommes passés auprès d'une batterie de DCA anglaise. Alors que nous en étions assez proches, celle-ci fut attaquée par des avions allemands (sans doute des Messerschmidt). Ceux-ci à peine arrivés sur les lieux, débouchèrent d'on ne sait où des avions anglais (sans doute des Spitfire (??) qui engagèrent aussitôt le combat. Nous avons plongé dans le fossé qui longeait la route. J'ai atterri auprès d'un tuyau d'évacuation des eaux dans lequel j'ai pu me glisser; comme il avait fait beau depuis plusieurs jours, l'intérieur était sec. C'est donc de cet abri confortable que j'ai pu assister au spectacle d'un combat aérien. Quelles cascades j'ai vues! Puis les combattants s'en sont allés plus loin sans qu'aucun n'ait été touché ou abattu.<br /> Puis nous tentons encore de passer la frontière sans aucun résultat d'ailleurs. Nous nous dirigeons vers FURNES. Nous traversons Alveringen. Un peu avant la ville de FURNES, nous quittons la grand-route pour prendre la direction d’EGGEWAARTSKAPELLE. Dans les environs de OEREN (??), alors que nous longeons le Canal de Lô qui rejoint Lô à FURNES nous apercevons des soldats anglais qui prennent leur bain dans ce canal…en tenue d'Adam. C'étaient vraisemblablement des soldats au repos, redescendus en seconde ligne et qui profitaient de ces "vacances" pour prendre un bain bien mérité. Notre mère n'est guère contente de ce spectacle surprenant qu'elle juge très choquant pour mes sœurs. Nous ne nous attardons donc pas.<br /> Un peu plus loin, nous faisons halte dans une ferme isolée aux environs d’Eggewaartskapelle. La patronne parle très bien le français. Au moment du repas, nous la voyons couper le pain avec une espèce de faucille qu'elle applique sur son avant-bras. Engin étrange que je n'ai jamais plus vu par après et dont je ne connais pas le nom. Nous logeons dans le foin et vivons, en payant, sur les réserves de cette ferme qui, habituellement isolée, a dû emmagasiner des stocks de nourriture pour être totalement en autarcie. Nous sommes restés plusieurs jours dans cette ferme sans qu'aucun événement important ne vienne troubler notre quiétude. La preuve en est que je n'en ai aucun souvenir précis.<br /> Le 27 mai, des soldats belges viennent s'installer avec nous, ce qui ne réjouit pas du tout notre mère: en effet, elle avait pour principe de nous tenir éloignés des troupes qui attiraient trop l'attention des avions ennemis). Ces militaires-là ne semblaient pas avoir combattu: trop propres, trop reposés, trop peu armés (un fusil, en tout et pour tout). On peut aujourd'hui penser qu'il s'agissait d'un groupe issu du 14è de Ligne et affecté à la défense de la région de Dixmude. Les officiers parlaient parfaitement bien français. A les voir aussi fringants et aussi calmes, comment aurions-nous pu imaginer un seul instant qu'à quelques kilomètres de nous, à Vinkt, nos Chasseurs Ardennais livraient des combats terribles et infligeaient à l'ennemi des pertes tellement importantes que celui-ci, après la reddition du 28 mai, exécutèrent des civils et des prisonniers en guise de représailles. Ils m'ont permis d'utiliser leurs jumelles pour observer la ville de Dixmude, là-bas à l'est.<br /> Le lendemain matin, 28 mai, nous apprenons tous que la Belgique a capitulé. Nous nous installons donc dans l'attente. Que faut-il faire? Les soldats n'en savent pas plus que nous d'autant plus qu'il n'y a avec eux, aucun officier supérieur. Ils hissent un drapeau blanc sur la ferme et ils patientent tout comme nous. Ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'on a vu arriver sur la petite route menant à la ferme, un cycliste seul et qui nous paraît bien téméraire: un feldwebel allemand. Il vient apporter aux militaires les consignes à suivre. Ceux-ci en claquent presque des dents tant ils semblent avoir peur de ce guerrier qui, il est vrai, en impose! C'est ma mère qui fait l'interprète avec ce qui lui reste de la langue de Goethe. Il faut faire deux tas avec les armes: à gauche les fusils, à droite les cartouchières. Nos rois de la panique s'exécutent donc. Puis maman interroge l'officier allemand: "Que devons-nous faire, nous autres, les réfugiés civils qui désirons rentrer chez nous ?" La réponse est précise: "Demain matin à 8 heures, il faut vous trouver au pont sur l'Yser, à Dixmude, afin de traverser ce cours d'eau". Puis il s'en retourne par où il est venu.<br /> Lui parti, plusieurs soldats se précipitent sur le tas de cartouchières. On pourrait penser qu'ils vont tenter de détruire leur matériel. Même pas. Ils récupèrent l'argent, les objets précieux, les cigarettes qu'ils y avaient glissés et que la panique les avait empêchés de reprendre auparavant.<br /> Peu après, du côté de FURNES, les Anglais se sont mis à tirer au canon sur Dixmude. Ce sont des troupes qui étaient massées aux alentours de Menin ou le long de la frontière française et qui, défection belge oblige, ont reçu l'ordre de venir protéger la "poche" de DUNKERQUE dans laquelle se rassemblent toutes les troupes de Sa Majesté (opération Dynamo).<br /> A la tombée du soir, la réponse allemande vient : d'où nous sommes, entre les deux belligérants, dans l'obscurité, nous pouvons voir les lueurs crachées par les bouches des canons au sortir des obus puis nous entendons les projectiles filer au-dessus de nos têtes avec leurs "vrou-vrou-vrou" caractéristiques et enfin, nous percevons leur arrivée. A côté de nous, les militaires mesurent les distances au moyen de leur montre et estiment le point de chute: "Ah! Celui-là est tombé dans le canal!". Il faut bien passer le temps et faire tomber l'angoisse.<br /> Le lendemain matin, nous avons donc tout rassemblé et avons abandonné la ferme sans oublier de remercier ceux qui nous avaient ainsi offert l'hospitalité durant plusieurs jours. Nous avons atteint le pont désigné à l'instant voulu. Un feldwebel (nous avons eu tout le temps d'apprendre à les reconnaître par la suite) y faisait la circulation car il n'y avait là qu'une seule voie. Le pont passé, nous entrons dans la ville. Il me reste de ces moments, des souvenirs indélébiles tant ils ont marqué mon âme d'adolescent. En avançant, nous avons découvert des soldats français tués. L'un d'entre eux était assis, appuyé contre un tronc d'arbre et il paraissait nous regarder venir. Dans l'herbe, à côté de lui, une tartine et une gourde: il s'était fait tuer alors qu'il mangeait paisiblement. Cette image me poursuit encore comme celle du "dormeur du val" a hanté Arthur Rimbaud. Notre retour commence donc bien tristement.<br /> Nous atteignons WAREGEM. Un peu plus loin, nous assistons à une scène plutôt bizarre: des soldats allemands, devant une caméra qui les filme, distribuent des bicyclettes à des jeunes Belges qui se précipitent pour les obtenir. Moi-même, je suis très intéressé et désire me présenter pour en recevoir une moi aussi. Mais maman me l'interdit. Elle fait bien. Quelques mètres plus loin, nous découvrons des soldats qui reprennent les vélos aux jeunes catastrophés. Propagande ! …quand tu nous tiens! Nous logeons ici dans une boulangerie située dans une très longue ligne droite où nous sommes très bien accueillis.<br /> Le lendemain matin, nous nous remettons en route de bonne heure. Nous traversons AUDENARDE dont le splendide hôtel de ville arrache des "Oh!" d'émerveillement à ma mère. Nous traversons une ville qui n'a guère souffert des combats. A la sortie, bonne surprise! Les occupants d'un camion militaire allemand arrêtent leur véhicule pour nous demander où nous allons. Lorsque maman leur annonce Bruxelles, ils nous proposent de nous emmener. Nos jambes fatiguées nous incitent à accepter cette proposition. Et nous continuons notre chemin dans un camion allemand. Les militaires avaient dû recevoir des ordres pour se montrer gentils avec la population civile belge car de telles histoires, on en a entendu plusieurs durant cette première année d'occupation. Il fallait que les soldats de ce Reich fassent oublier les forfaits horribles de leurs prédécesseurs. Ils y réussiront tellement bien que beaucoup de familles juives, exilées en zone libre française dès l'invasion du 10 mai reviendront (se jeter dans la gueule du loup) durant les derniers mois de 1940, convaincues qu'il n'y a rien à craindre de ces soldats-là (comme le notent J.GERARD-LIBOIS et J.GOTOVITCH dans leur livre "L'an 40. La Belgique occupée" , publié en 1971 aux éditions du CRISP, page 457) .<br /> Quoi qu'il en soit, ayant ainsi bien profité des ordres du Fürher, nous débarquons à Bruxelles dans un état de fraîcheur remarquable. Nous nous installons à la terrasse d'un café pour nous restaurer et faire le point. Que faisons-nous? On décide de rentrer au plus vite. Et je n'ai toujours pas compris comment nous nous sommes retrouvés dans un taxi nous emmenant à Dinant. Le patron du café, comme bien souvent en ces temps-là, était-il aussi taximan? Ou y en avait-il un tout près de nous qui a saisi notre conversation et s'est proposé pour nous reconduire? A-t-il fallu en appeler un? Je ne sais. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, ce 30 mai 1940, en pleine débâcle, nous sommes revenus de Bruxelles à Dinant dans un taxi ! C'est l'oncle Gustave qui jubile!<br /> Après un voyage sans incidents, nous voilà donc devant la Collégiale de DINANT. La journée est bien entamée: il est aux environs de dix-sept heures. Nous décidons tout de même de profiter des dernières heures de clarté pour avancer dans notre retour. Nous montons donc vers DREHANCE et nous atteignons FURFOOZ avant l'obscurité. Nous logeons chez des connaissances originaires de Houyet.<br /> Le lendemain matin, bien reposés, nous repartons. A un embranchement à la sortie de Furfooz, nous nous trompons de route, maman ayant voulu prendre un chemin contre la volonté presque générale. Un comble! Se tromper aussi près de chez soi! Nous atteignons tout de même GENDRON-VILLAGE puis, par la descente de Clinchamps, nous retrouvons les rives de la Lesse, la Gare Royale, le Maupas et enfin, la rue de la Station à HOUYET. Les Allemands sont là. Notre angoisse grandit à chaque mètre parcouru: qu'allons-nous retrouver chez nous?<br /> Lorsque nous arrivons, nous découvrons la porte d'entrée grande ouverte et une bande d'Allemands écoutant un des leurs qui, monté sur la table de la cuisine, joue de l'accordéon. Maman parlemente aussitôt avec eux. Rien à faire, cependant, ils ne veulent pas déguerpir. On nous conseille alors de contacter une certaine Madame DEHAN qui habite rue Saint-Roch, un peu plus loin que la chapelle. On lui explique la situation et elle accepte de nous accompagner. Là, elle invite les Allemands à quitter notre domicile. Assez étonnamment, ils obtempèrent immédiatement. Nous apprendrons plus tard que cette dame travaillait dans un bureau important à la gare de Jemelle et qu'elle possédait une certaine autorité auprès des Allemands.<br /> Nous découvrons alors que notre maison a été pillée et qu'il ne reste rien. Même les disques 78Tours de musique classique et la TSF qu'aimait tant écouter notre mère ont été volés. Il ne reste que les meubles. C'est un malheur mais cela aurait pu être pire encore. Alors, on se console comme on peut et on reprend sa vie en mains, heureux de n'avoir perdu personne parmi nos êtres chers. Quelques jours plus tard, en effet, le boucher MONTJOIE rentré de son exode en France, dans la région de TOULOUSE nous apprenait qu'il y avait rencontré notre père. Tout le monde était donc sauf. Mon père est rentré peu de temps après, toujours habillé de son costume de chef-garde, sauf qu'il avait troqué son képi pour le béret français; il était tellement amaigri que je ne l'ai pas reconnu!</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Source :<br /> <a href="https://exodeledent1940.fr.gd/">https://exodeledent1940.fr.gd/</a> Sun, 31 Mar 2019 12:32:56 +0200 Le Journal d'Alfred LEFRANC https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php <p style="text-align:justify"><strong>Le Journal d'Alfred LEFRANC, milicien de la classe 1934 affecté au Régiment de Troupes de Transmission, et mobilisé en 1939 au IV° Bataillon</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Vous pouvez lire ci-dessous la retranscription, <span style="text-decoration: underline;">sans aucune correction de son périple</span> </p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/lefranc_photo005mod_pour_article_de_fevrier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Exactement trois ou quatre semaine avant l'envahissement de notre pays, je suis muté, pour remplir les fonctions de sergent, au IV groupement d'appui du 11è de ligne, c-a-d, au 8ème d'artillerie à Beverst.<br /> A la fin du mois d'avril, une première agression aérienne provoquée par les Allemands avait quelque peu excité les hommes. Un tir nourri de la D.T.C.A (défense terrestre contre avions) touche un appareil ennemi qui clopin-clopant va échouer à Mechelen-sur-Meuse. Les Belges y trouveront des plans relatifs à une attaque imminente par les Allemands.<br /> Quelques jours s'étaient écoulés depuis, et les permissions suspendues furent rétablies. Un printemps précoce à fait oublier les raisons réelles de notre présence, si ce n'est l'uniforme.<br /> Ainsi, le 9 mai au soir, après une compétition sportive que nous avions gagnée, nous étions tous joyeux. Le soir, ce plaisir avait fait place à un cafard dont nous étions si souvent victimes. Afin de ne pas paraître démonté, l'idée me vint de préparer mon équipement pour l'éventuelle alerte de nuit, toujours possible, car le vendredi était devenu régulièrement le jour de ce grand exercice. Peut-être suis-je devenu morose à cause des permissions rétablies aujourd'hui, et que je ne me trouvais pas parmi les chanceux.<br /> Le sergent permissionnaire me laissa la responsabilité et les plis confidentiels relatifs aux indicatifs d'exercice d'alerte et ceux indispensables en cas d'alerte réelle ou la guerre. Toujours d'humeur maussade, je décide de m'étendre pour la nuit. Dans notre logement se trouvait installée une centrale téléphonique. Au milieu de la nuit, elle a fonctionné. Je me suis réveillé. J'ai prêté l'oreille. Je fus surpris d'entendre donner un accusé de réception par le militaire de garde: "je répète, alerte réelle". Il était 3 heures.<br /> J'ai bondi, réveillé les hommes rouspéteurs. Quelques minutes plus tard, une estafette venait confirmer le message, et de nous lancer bruyamment: "debout la-dedans, cette fois ce n'est pas pour rigoler ". Habitués aux plaisanteries de toutes les sortes, il y avait chez les hommes une certaine nonchalance. Je répéterai plusieurs fois: "c'est la guerre". Enfin, l'ordre est entendu, compris et accepté par tous. Le matériel, les armes, les munitions sont chargés très vite et nous filons à toute allure vers notre emplacement tactique sur le canal Albert.<br /> Ainsi, à l'aube du 10 mai 1940, tandis que la terre est encore dans l'obscurité, très haut dans le ciel,brillants des premiers rayons du soleil, arrivent les avions allemands comme un raz de marée, donnant l'impression d'une formidable attaque. Il est 3h3O, puis presque en même temps, , tous les avions plongent dans différentes directions. Un bombardement infernal et des attaques en piqué par les "STUKAS", suivis d'un effrayant sifflement d'épouvante, ont un effet moral considérable. Il est d'une extrême violence et très meurtrier. Notre "D.T.C.A" fut tout de suite en action. Un bombardement en piqué vise un homme ou un groupe d'hommes. Le soldat servant de cible voit plonger sur lui l'avion avec un vrombissement comparable à un international traversant une gare. Au dernier moment, il peut apercevoir un instant les lunettes de l'aviateur qui le vise, puis l'appareil se redresse brusquement tandis qu'une bombe descend sur lui en oscillant; même si elle tombe à 100 m, elle lui donne l'impression d'arriver en plein sur lui jusqu'à la dernière seconde. Les "stukas" se succèdent rapidement comme dans un carrousel jusqu'à la destruction de l'objectif. Attaqué de cette façon sans répit, le système nerveux de certains hommes finissait par se détraquer complètement....<br /> En plus, l'ennemi recourait à des procédés nouveaux, c-à-d à des parachutistes et des mannequins pouvant leur assurer des avantages immédiats par l'effet de surprise. En dépit de ces circonstances difficiles, l'armée belge soutint vaillamment le choc.<br /> Les règles de service ne furent pas toujours respectées. On entendait de temps à autre des choses comme celles-ci: "envoyez-nous d'urgence ambulance pour blessés graves, etc ..."<br /> A la fin du premier jour, notre moral fut rehaussé par l'arrivée de quelques tanks français, mais ce sera de courte durée, ils ne pourront nous aider à retarder l'avance de l'ennemi. Enfin, avec le coucher du soleil, l'aviation allemande cessa de nous pilonner. <br /> Heureux d'avoir échappé en cette première journée aux engins semant la mort, nous espérions prendre quelque répit. A cette fin, les hommes avaient été chic pour moi, ils me préparaient une couchette près du poste, le casque sur la tête, mais hélas, le bruit de l'aviation en moins, le calme de la nuit n'était que relatif. Il se caractérisait par un duel d'artillerie de plus en plus actif et de nombreux échanges de messages.<br /> Les vrombissements d'avions en nappes successives annoncèrent une terrible deuxième journée (11 mai). Vers midi, le major du 8ème d'artillerie donna ordre aux TTR de plier bagages à l'exception d'un seul poste, le mien. A ce moment-là, notre réseau, qui se composait de 15 postes au départ, fut réduit à moins de la moitié, et le major (ancien de 14/18) furibond n'obtenait pas de réponse à son message urgent. Tout à coup, un événement s'empara des hommes, les canons se turent, la retraite était décidée et chacun de nous recevait 45 cartouches en plus. Les canonniers, les hommes du génie, tous réduits à faire le fantassin, furent couchés dans le fossé qui longe la route, les mitrailleuses posées de chaque côté et tenues par des officiers, le major guettant l'arrivée des allemands, revolver au poing. Il a envoyé 2 estafettes, nous attendons le contact. Il règne un silence de mort. Chacun a cherché la meilleure place. Le temps semble long, très long, l'oeil hagard scrutant l'horizon et l'ennemi. Le cerveau déambule dans le passé, fiancée, épouse, parents apparaissent !<br /> Où restent-ils donc ces boches ...qu'on en finisse tout de suite avec eux. Enfin, au retour d'une estafette, un contre-ordre est donné à la manoeuvre prévue, le retrait doit être exécuté à tout prix avec prudence et n'engager le combat qu'en cas de force majeure.<br /> En effet, passant par les ponts de 16 tonnes construits à Maastricht, par ses pionniers, un panzerkorps allemand traverse le 11 mai au matin le canal Albert et atteint Tongres vers midi.<br /> Pour encager cette percée, le Ier Corps veut tirer la bretelle Bilzen-Tongres sur laquelle les troupes de la 4DI sont refoulées en arrivant. Conséquence, le major du 8è d'artillerie reçoit l'ordre de battre en retraite et refuser le combat, car le renfort qui nous est destiné est stoppé net par les "stukas" et c'est la débâcle de la première armée. Poursuivant ainsi le retraite, nous passons par Diepenbeek, Landen, Hannut, Jodoigne, Melin. Tout au long de ce parcours, nous sommes attaqué par l'aviation ennemie. Ce repli s'effectue dans des conditions très défavorables, les routes étant encombrées de réfugiés et de charroi civil et militaire de toute espèce. De plus, l'aviation ennemie s'en donne à coeur joie, elle est maîtresse absolue de l'air, qu'aucun avion ami ne lui dispute. Chemin faisant, nous étions tombés dans un guet-apens à Hannut où les tanks français nous dégagèrent de ce mauvais pas en combattant le panzerkorps.<br /> Le 12 mai, nous arrivons à Veltem près de Louvain.<br /> Le 13 mai, nous nous alignons avec les soldats anglais. Les combats se livraient sur un front entre l'Escaut et Louvain, soit sur 50 Km. A nouveau des ordres nous parviennent: poursuivre la retraite. Les Anglais nous couvrant, nous nous dirigeons sur Kortenberg, laissant nos alliés seuls face à l'ennemi.. Nous traversons Vilvorde pour atteindre Grimbergen. Là, nous sommes attaqués par deux avions allemands qui mitraillèrent le patelin bourré de civils et de militaires. Heureusement, nous échappons à la mort. <br /> La méthode allemande nous est maintenant connue; Pendant nos marches nocturnes, leur infanterie dort paisiblement et à l'aube, leurs éléments motorisés foncent en avant pour surprendre nos troupes pendant leur prise de position. En conséquence, il faut marcher, souvent combattre sans un moment de répit. A ce régime, la fatigue s'accumule vu l'impossibilité pour les hommes de récupérer, et plus la bataille s'engage, plus le repos deviendra rare pour certaines unités. Le moral devient mauvais dans beaucoup d'unités, surtout à l'infanterie, exténuée par les étapes.<br /> L'enthousiasme provoqué par l'arrivée des alliés est remplacé par une profonde désillusion due aux retraites successives, au départ des troupes françaises et surtout l'absence de l'aviation britannique.<br /> Le 16 mai, à l'aube le bataillon reprend sa marche vers Gand. Nous nous arrêtons à Gontrode et Merelbeke pour prendre position sur la tête de pont de Gand.<br /> Le 18 mai au soir, soit à 23h30, nous nous installons à Merelbeke avec le 2ème groupe du 8è d'artillerie. Là, nous faisons du bon travail, les attaques allemandes sont repoussées, les canons tirent à zéro degré, c-à-d à vue directe et ce, jusqu'au 22 mai au soir. <br /> Ensuite, nous reculerons jusqu'à Deinze et nous prendrons position derrière la Lys à Zeeveren, avec le PC du 11è de ligne. Nous subissons un bombardement aérien qui fera beaucoup de victimes. Juste entre Zeeveren et Vinkt, la bataille fait rage. L'ennemi est très près, si près même que nous sommes averti de l'encerclement. A mon poste, les télégrammes se succèdent. Au verso de l'un d'eux, je suis atterré de lire en clair: attaques allemandes réussies, bataillon du 15è de ligne s'est rendu, le 11 L et le 7 L sont pris de flanc. Encerclés, nous demandons remède à la situation. Un accusé de réception nous parvient du Quartier-Général, il est impossible de le remettre au PC (poste de commandement) car celui-ci a disparu.<br /> L'ennemi très proche de nous, je lance un dernier message SOS-LZ8, ensuite je rends le poste de radio inutilisable et je brûle les papiers compromettants.<br /> Un sergent TTR, dévoué et courageux nous signale avoir retrouvé une partie du PC à quelque distance derrière nous, près du clocher de Vinkt. Sous le feu de l'ennemi, je traverse la zone dangereuse avec armes et bagages et ce en deux fois, mais en prenant quatre fois le risque d'être abattu. Une dernière résistance semble organisée avec chenillettes, canons anti-charsH/7, fusils grenades. L'ordre est donné de ne conserver que le strict nécessaire. Tout à coup, débouchant devant nous d'un champ de blé, des Allemands ayant devant eux des soldats belges prisonniers, servant de bouclier. Une débandade hors ligne éclate et je me faufile avec l'équipe entre les chenillettes pour nous protéger et essayer d'atteindre l'église de Vinkt, seule issue ouverte d'après un officier présent. En effet, à peine avions nous atteint cet objectif que la contre-attaque des Chasseurs Ardennais nous épargna d'un massacre certain., car la 4DI était quasiment détruite. <br /> Je me présente à un officier du régiment des Chasseurs Ardennais, lui offrant mes services. Il me remercia et me conseilla de rejoindre le Quartier Général à Kaeneghem. En passant par Ruyslede, nous croisons un LATIL (tracteur) TTR qui nous conduira à notre Commandant.<br /> Nous recevons les félicitations du Grand-Quartier-Général.<br /> Ainsi se terminait pour nous la journée du 26 mai 1940 (ce qui me vaudra la Croix de guerre)<br /> " sont cités à l'ordre du jour du Bataillon pour leur bravoure:<br /> Sergents : Depauw et Couture. Caporaux: Lefranc, Thomas. Soldats: Chêne, Verbist, Struelens, Van Hoof, Petit, Coubeau.<br /> A remarquer le moral extraordinaire des deux sergents, du caporal Lefranc et des soldats Chêne et Verbist."<br /> Le 27 mai au petit jour, le bataillon se dirigera vers Bruges et s'arrêtera à Oostkamp. Poursuivant sa retraite, le bataillon atteindra Steene dans la nuit du 28 mai. Au passage, nous apercevons Ostende en feu. Au lever du jour, nous découvrons des milliers de réfugiés, sans nourriture, sans eau potable, errant dans toutes les directions et à la merci d'une flottille d'avions ronronnant au-dessus de cette poche grouillante et désemparée. Au bout de quelques minutes circulait le bruit de la capitulation. Les armes voltigeaient en tout sens. Il était 8 heures. Vers midi, la nouvelle se répandit parmi les hommes qu'ils pourraient rentrer dans leurs foyers, sans crainte d'être fait prisonniers. Certains crurent même qu'ils avaient plus de chances d'échapper à la captivité qu'en restant groupés.<br /> Le Commandant nous conseilla de rester avec lui, qu'il irait aux ordres et nous communiquerait sa décision. <br /> Libérés par la capitulation de la Belgique, bon nombre de militaires, bon gré mal prennent la décision de rentrer chez eux sans attendre les instructions de notre Commandant. Ceux-là iront se balader quelque part en Allemagne, tandis que les autres, confiant dans leur chef le suivront, en vrais soldats battus mais pas vaincus. Par conséquent, prisonniers en colonne par quatre, escortés par des sentinelles allemandes, nous arriverons à Kalchen, près de Gand, après une marche de 63 Km, en passant par Waardamme, Lovendegem, Lochristi.<br /> A Waardamme, nous rendons armes et matériel aux boches, et la colonne, après s'être ravitaillée une dernière fois, reprend le chemin prévu. <br /> A Lochristi, Le Général Van Trooyen, Commandant de la 4DI, est venu remercier le bataillon pour les services rendus pendant les opérations et le féliciter pour sa conduite en tous points exemplaire.<br /> La Capitaine-Commandant B.E.M Degreef et le Capitaine Aubertin prendront le chemin de la captivité après avoir assuré, tant aux Flamands qu'aux Wallons un titre d'exemption de captivité pour fonctions indispensables à la vie du Pays.<br /> Un moment intense d'émotion fut créé lorsque le Bataillon défila une dernière fois devant son Commandant.<br /> <br /> Sources Internet et iconographiques :<br /> <a href="http://amicale-4ttr.be/historique.html">http://amicale-4ttr.be/historique.html</a></p> Fri, 01 Feb 2019 12:36:27 +0100 Le Fort de Pontisse (Position Fortifiée de Liège) en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php <strong>Le vendredi 10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 0 heure 40, une communication annonce l’alerte, le territoire de la Belgique est menacé.<br /> Toutes les coupoles sont occupées et elles sont prêtes à entrer en action. Il en est de même pour les coffres de la défense rapprochée.<br /> Au Fort de Pontisse, tout est mis en place pour la défense de la position et de la zone qu’il doit couvrir.<br /> A 5 heures, la coupole de 105 doit effectuer un tir sur le Fort d’Eben-Emael.<br /> Des parachutistes viennent d’être déposés par des planeurs.<br /> Cent coups de canon seront ainsi tirés en direction du toit du Fort d’Eben-Emael, cette opération sera renouvelée plusieurs fois au cours de la journée.<br /> Durant ce premier jour de guerre, le Fort de Pontisse interviendra sur un autre objectif : il va empêcher, par des tirs précis de sa coupole de 105, le passage des chaloupes allemandes qui essayent de traverser la Meuse à la hauteur de la ville d’Eysden, cité hollandaise, en face de Lixhe-Lanaye.<br /> Les canots sont détruits ou ils ont basculé dans le fleuve, les Allemands vont ainsi renoncer à leurs nombreuses tentatives de traverser la Meuse.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Modèle du Fort de Pontisse</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 1 heure 30, le Fort de Pontisse fait un tir de concentration sur une batterie allemande repérée à 500 mètres du clocher de Saint-Rémy. Les tirs durent 5 minutes.<br /> A 2 heures, sous la conduite de leurs officiers et sous-officiers, les hommes qui doivent rejoindre l’armée de campagne quitte le Fort.<br /> Ceux qui restent savent, à présent, que leur mission est de mener des combats retardateurs donc, une mission de sacrifice.<br /> A 4 heures 30, les tirs vont reprendre, parce que les troupes allemandes tentent d’installer un pylône d’observation à Grand-Lanaye et de construire un pont, à environ 500 mètres plus au nord du lieu de passage, par où elles avaient tenté de traverser la veille.<br /> 18 barques ou nacelles ont été détruites par les tirs, le pylône et ne pont ne seront pas construits.<br /> A 6 heures, le Fort exécute des tirs en avant du pont de Berneau.<br /> A 7 heures, à la demande du Fort d’Eben-Emael, les artilleurs de Pontisse tirent sur le moulin, en bordure du Geer.<br /> A 8 heures 30, des troupes allemandes sont en marche dans le triangle Visé-Mouland-Warsage.<br /> Les coups répétés du Fort de Pontisse obligent l’ennemi à se réfugier dans une ferme proche, et les tirs sont alors dirigés vers cette ferme.<br /> A 11 heures, la liaison avec Eben-Emael est coupée, on s’interroge ?<br /> Au cours de la journée, le poste d’observation « P.L. 13 » sur la route d’Oupeye est bombardé par l’artillerie allemande, installée dans la région de Dalhem.<br /> On apprend, en même temps, que la villa Jossart à Argenteau est occupée et que les Allemands y ont installé un observateur.<br /> L’obusier de 75 du Saillant III réplique par quelques tirs précis, qui ont pour effet de calmer le zèle de cet observateur, et les tirs de l’artillerie allemande se dispersent.<br /> A 20 heures, les guetteurs signalent que des patrouilles allemandes viennent de Hermalle, et qu’elles tentent de franchir le pont à Vivegnis.<br /> La coupole du Saillant III disperse cette patrouille disperse cette patrouille par ses tirs au but.<br /> Le Fort tire alors sur le pont de Vivegnis, qui va sauter au 6ème coup.<br /> La coupole de 105 exécute des tirs sur le tunnel de Dalhem, où les troupes allemandes se sont réfugiées.<br /> L’obscurité va empêcher de pousser les réglages au maximum pour les tirs sur le pont du canal Albert à Hermalle, mais les ponts de Hermalle sauteront aussi sous l’action des troupes du Génie belge, le pont de Haccourt sera, quant à lui, détruit par les cyclistes frontières.</p><br /> <br /> <strong>Le dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit, pendant que des patrouilles de sécurité circulent dans les environs du Fort, la coupole de 105, exécute des tirs d’interdiction sur les nœuds routiers de Withuis en Hollande et de Wonck et de Bassenge, dans la vallée du Geer.<br /> A l’aurore, le Fort de Barchon demande que Pontisse tire sur ses glacis, aussitôt, les 4 coupoles de 75 balayent la zone et les environs depuis Housse jusqu’à l’entrée de Barchon.<br /> A 6 heures 30, une patrouille de la section des mitrailleurs contre avions voit un bombardier léger, de la Royal Air Force, s’abattre dans la campagne de Rhées. Elle ira récupérer les hommes de l’équipage. Malheureusement, le pilote, Mike Rooney a été tué, le capitaine Tiderman, chef de la mission et son observateur, blessé à la main, sont amenés au Fort.<br /> Dans la matinée, des patrouilles sont allées reconnaître la vallée du Geer, la zone de Milmort -Hermée - Grand’Aaz ainsi que le secteur de Lanaye, elles rapportent des renseignements intéressants sur les positions allemandes et les communiquent au bureau de tir.<br /> Ces positions deviennent des objectifs pour la coupole de 105 qui commence à les pilonner.<br /> Vers 11 heures 30, le poste d’observation « P.L. 13 » signale une colonne motorisée, qui monte la route de Haccourt à Oupeye. Aussitôt, les 4 coupoles de 75 concentrent tous leurs tirs sur cette route.<br /> Prise sous les feux de Pontisse, la colonne allemande doit faire demi tour, en laissant sur place quelques motos et une voiture.<br /> Vers 13 heures, la situation se répète avec une colonne d’infanterie allemande qui débouche sur la grand’ route d’Haccourt.<br /> Bien renseignés, les tirs du Fort et les mitrailleurs de l’abri « P.L. 13 » entrent en action et les Allemands, surpris par la précision des coups, se dispersent dans les vergers. Ils s’abritent dans les maisons proches, d’autres au cabaret « le Stop » et à la ferme d’en face.<br /> Mais le poste « P.L. 13 » est tellement précis que les coordonnées qu’il transmet au Fort, que les canons de Pontisse n’ont aucun mal à transformer le cabaret et la ferme en écumoire. Ainsi délogés de leurs abris, les soldats allemands s’éparpillent dans la campagne et les soldats du Fort les poursuivent de leurs tirs appuyés<br /> Par après, les Allemands, vexés par l’échec de leurs tentatives, vont essayer de s’emparer de l’abri-observatoire « P.L. 13 », mais leurs attaques seront repoussées.<br /> Au Fort, la coupole du Saillant I semble avoir été touchée, mais elle sera vite réparée.<br /> A 20 heures, Barchon communique que la batterie allemande, qui tir sur le Fort de Pontisse, est installée à la Chapelle de Lorette à Visé.<br /> Immédiatement, la coupole de 105 prend la position sous le feu de ses canons.<br /> Alors, l’activité de l’artillerie allemande ralentit peu à peu et elle cesse quand la nuit tombe.</p><br /> <br /> <strong>Le lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le jour est à peine levé, que la bataille reprend et elle va durer jusqu’au soir et mettre en lumière, de façon éclatante, la valeur militaire de la garnison de Pontisse.<br /> En premier lieu, c’est le poste « P.L. 13 » qui rallume le combat contre une colonne d’infanterie allemande venant de Haccourt vers Oupeye.<br /> Comme la veille, elle tombe sous le feu du Fort et elle doit rebrousser chemin.<br /> Peu après, l’artillerie ennemie va prendre le « P.L. 13 » sous ses tirs, pendant que d’autres troupes allemandes apparaissent sur la route du Canal vers Wérihet, le Fort de Pontisse va les accrocher et quand les Allemands arrivent à hauteur du pont de Hermalle, ils tombent sous le feu des 2 coupoles de 105 du Fort de Barchon.<br /> Mais ces acharnés soldats parviendront quand même à traverser le barrage de feu.<br /> L’ennemi est exaspéré, de voir que tous ses mouvements sont contrariés par un Fort qui faisait figure d’adversaire insignifiant à côté de Eben-Emael, tombé en 36 heures.<br /> Aussi, le commandement allemand a décidé de lancer un assaut en règle contre Pontisse, pour mettre ce fort hors de combat.<br /> Durant la nuit, il a fait installer des pièces d’artillerie en grand nombre.<br /> A présent, leurs canons à pied d’œuvre, vont commencer à harceler Pontisse.<br /> A 10 heures, le sous-officier, chef de poste de l’abri prise d’air, signale qu’il reçoit des coups qui lui sont portés par des obus de petit calibre qui sont tirés depuis le Fond de La Vaux. Aussitôt, les coupoles de 75 et les fusils mitrailleurs commencent à faucher les positions allemandes de La Vaux.<br /> Très vite, l’abri prise d’air apparaît comme étant la cible principale et elle reçoit des moyens supplémentaires, qui lui permettent d’arroser ses tirs, maisons, remises, hangars, jardins, vergers, lisières des bois, … où l’ennemi pourrait trouver refuge. Mais les Allemands se sont déployés en éventail depuis la route militaire jusqu’au village de Vivegnis.<br /> De là, ils se lancent à l’attaque du Fort.<br /> Les coupoles de 75 frappent à coups redoublés dans les rangs allemands.<br /> Mais cela reste la prise d’air, l’objectif, où l’ennemi porte ses coups les plus redoutables et elle se défend avec acharnement.<br /> Deux petits canons allemands, bien dissimulés dans les jardins des maisons du Fond de La Vaux sont repérés et réduit au silence.<br /> La bataille fait rage jusque 13 heures 30, après, le vacarme s’apaise, l’ennemi n’a conquis aucun avantage, il se replie et il regagne ses positions de départ.<br /> A 14 heures, on n’aperçoit plus aucun Allemand dans les alentours du Fort, seulement quelques véhicules de reconnaissance sur la route d’Oupeye – Hermée, les tirs du Fort vont les démolir à hauteur de l’Arbre du Chenay.<br /> A 16 heures 30, une batterie allemande, installée à la ferme Cromwez, au nord de Dalhem, est prise à partie par les canons des Forts de Barchon et de Pontisse.<br /> A 17 heures, des troupes allemandes qui prennent position à la hauteur de la ligne du tram vicinal Liège – Bassenge, et aux débouchés d’Oupeye sont repérées, les coupoles de 75 se chargent de les repousser, ceux qui se trouvent dans la campagne de Hermée refluent vers le champ d’épreuve de la fonderie aux canons, où ils seront encore délogés par nos obusiers.<br /> A 18 heures 30, les Allemands lancent une nouvelle offensive, les tirs de canons de petit calibre viennent frapper l’abri de la prise d’air, du poste d’observation cuirassé. Le Fort, lui-même, est bombardé par des obus de moyen calibre. Malgré cela, les obusiers ne lâchent pas leurs proies. Mais cela tire de partout et les cibles sont tellement nombreuses que nos soldats ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.<br /> Les Allemands se rapprochent dangereusement, mais on ne peut plus faire face à tous les dangers qui menacent le Fort.<br /> A la même heure, le poste « P.L. 13 » est attaqué par des troupes qui montent vers Oupeye par les champs de Wérihet et par la route de Haccourt. Il demande un appui au Fort, pour être dégagé mais, malgré ses appels pressants, il n’est pas possible de donner satisfaction, le Fort doit parer à des dangers plus immédiats.<br /> Pourtant, le chef du poste « P.L. 13 » voit un officier allemand en side-car qui s’arrête à 30 mètres de l’abri à côté du sentier dit « du Sacrement », qui va d’Oupeye vers Beaurieux. Cet officier ne se rend pas compte de la proximité avec l’abri « P.L. 13 », il déploie sa carte, le chef de poste signale la chose au bureau de tir du fort « discrètement ».<br /> Au moment où l’officier allemand allume une cigarette, un obus lui éclate entre les jambes. Une fois la fumée dissipée, il ne reste sur place que des débris, les cadavres seront retrouvés à plusieurs mètres de là.<br /> Le chef de l’abri « P.L. 13 » demande qu’on lui apporte des vivres et des munitions.<br /> A la tombée de la nuit, le Fort s’est, jusque là, défendu rageusement. Les Forts de Barchon – Evegnée – Fléron et même Flémalle ont aidé au mieux Pontisse pour barrer les accès au fort à l’ennemi. Avec l’obscurité, les combats diminuent et leur intensité est retombée, on peut alors penser à ravitailler « P.L. 13 ».<br /> A la nuit, une patrouille composée d’un gradé et de 2 hommes quittent le Fort en direction de « P.L. 13 ». Ils rentrent 3 heures plus tard, n’ayant pas pu passer les barrages ni de Oupeye, ni de Vivegnis, tous les chemins sont fortement gardés. De toute manière, c’était inutile, le chef de poste de « P.L. 13 », constatant la rupture de liaison avec la Fort avait quitté l’abri avec ses hommes, profitant de l’obscurité, ils se sont réfugiés dans les caves d’une maison voisine où ils resteront 3 jours avant de regagner leur domicile.</p><br /> <br /> <strong>Le mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit s’est passée en tir de harcèlement sur les nœuds routiers. Une surveillance a été placée sur le massif pour détecter toute activité ennemie qui s’approcherait du Fort.<br /> Au levé du jour, on voit des travailleurs ennemis occupés à des travaux de terrassement sur la crête voisine, ils vont être dispersés par le feu des 75 de Pontisse, mais ils reprennent leurs travaux, dès que les tirs en leur direction cessent.<br /> Nos coupoles de 75 ne peuvent pourtant pas rester concentrées sur ces travailleurs ennemis parce qu’il faut disperser des troupes allemandes à l’orée d’Oupeye.<br /> Le Fort de Barchon est attaqué par l’aviation allemande, et la coupole de 105 tire en fusant à l’aplomb du Fort de Barchon, pour obliger les Stukas qui bombardent en piqué, de lâcher leurs bombes de plus haut.<br /> <br /> A 13 heures 25, c’est à présent Pontisse qui est attaqué par les bombardiers en piqué, qui déversent leurs bombes sur le massif et sur les organes de défense voisins.<br /> C’est alors qu’un homme arrive au bureau de tir pour signaler que la coupole du Saillant II est atteinte et qu’il y a des blessés.<br /> Les dégâts sont importants.<br /> A 15 heures, c’est au tour de la coupole du Saillant I de recevoir un coup dans sa proximité et ici aussi, la coupole a des dégâts qui vont handicaper son fonctionnement. Conjointement aux attaques aériennes, le Fort subit aussi le feu des canons de campagne allemands, mais le Fort se défend avec acharnement, la prise d’air et les obusiers 75 intacts parviennent à maintenir l’ennemi à distance.<br /> A 18 heures, des voitures blindées allemandes sont immobilisées près de l’arbre du Chenay, à Oupeye, sous les tirs du Fort de Pontisse. Ensuite, Barchon demande le concours de Pontisse pour exécuter un tir sur une villa de la route de Chefneux.<br /> A 18 heures 30, deux observateurs sont blessés, le premier a la main fracassée par un petit obus pénétrant, le second est atteint à la face par des éclats après explosion d’un autre obus.<br /> A 19 heures 30, comme c’était aussi la cas le jour précédent, tous les environs du Fort sont couverts par une épaisse fumée qui aveugle tous les postes de guet, c’est le prélude d’une grande attaque, aussitôt, bien que la visibilité soit nulle, les fusils-mitrailleurs, les obusiers de 75 et même la coupole de 105 déploient toute leur puissance de feu sur les glacis et ils transforment, en zone de mort, tous les endroits où des assaillants pourraient s’aventurer.<br /> A 20 heures 30, l’assaut à sans doute échoué, parce que le Fort encaisse des coups d’un bombardement à gros calibre de l’artillerie lourde allemande.<br /> Les coups sont portés, à intervalle régulier, jusqu’à la tombée de la nuit et ils font trembler tout le Fort.</p><br /> <br /> <strong>Le mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Les hommes sont épuisés par les alertes continuelles, ils essayent de prendre quelques heures de repos mais ce n’est pas facile, à cause des bombardements successifs, la tension nerveuse est au maximum.<br /> A 6 heures, le bombardement de gros calibre reprend contre le Fort et des mouvements de troupes ennemies inquiètent les défenseurs, qui répliquent par des tirs de leurs coupoles. Le Fort de Barchon exécute les tirs qui lui ont été demandés sur les arrières de la ferme Thiry et en revanche, Barchon demande que le Fort de Pontisse lance des salves d’interdiction sur les débouchés venant du village de Housse.<br /> A 7 heures, tout rentre dans un calme relatif. Des patrouilles sortent du Fort, pour constater les dégâts, tout le long des glacis, les barbelés sont cisaillés, les piquets sont balayés, il n’y a plus aucun obstacle en place, mais sur les pentes du glacis, il y a une quantité invraisemblable de fusils, mitraillettes, grenades, boites de munitions et de fusées, pistolets lance-fusées, besaces, havresacs, lunettes de pointage, tout un matériel abandonné par les soldats allemands. Dans une excavation, on découvre le cadavre d’un soldat allemand, la tête à moitié arrachée.<br /> Des corvées sont désignées pour dégager les abords et nettoyer les glacis, il faut précipiter tout ce matériel, laissé sur place dans les fossés du Fort. Pendant qu’une équipe est chargée de combler les excavations du fossé de gorge, une autre équipe doit garnir de mines l’éventration de la contrescarpe.<br /> L’aumônier, aidé par quelques brancardiers porteurs du fanion de la Croix-Rouge, se préparent à enterrer le cadavre allemand.<br /> Ils sont appelés par un soldat allemand qui agite un drapeau blanc, marqué de la Croix-Rouge. L’homme dévale la pente, débouche par le petit sentier, il est aussi porteur d’un brassard de la Croix-Rouge et il vient expliquer aux soldats belges que le soldat tué est un « Kamarade », et il demande à reprendre ses effets personnels, on les lui remet, à l’exception de ses papiers, qui seront remis au bureau de tir pour être examiné et le brancardier allemand repart pat où il est venu en emportant les effets de son « Kamarade ».<br /> Grâce au dévouement des deux cuisiniers du Fort, grâce à la complaisance des membres de l’administration communale herstalienne et au courage de Monsieur Louveau de Herstal, le Fort a reçu, malgré les bombardements, du pain frais jusqu’à ce jour.<br /> Aujourd’hui, les soldats du Fort peuvent prendre une douche, manger une bonne soupe chaude et du café chaud. Les spécialiste du matériel travaillent à la remise en état de la coupole de 75 du Saillant I. Le Fort d’Evegnée a repéré une batterie allemande installée dans le parc de Bernalmont et il demande au poste d’observation cuirassé de Pontisse de diriger et de renseigner ses tirs sur la position allemande.<br /> Dans l’après-midi, le Fort de Pontisse exécutera quelques tirs sur une batterie allemande installée au nord de Dalhem, et le harcèlement continue sur les principaux nœuds routiers</p>.<br /> <br /> <strong>Le jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, un groupe de servants de la coupole de 105 est désigné pour s’installer dans la ferme Thiry, sa mission est d’observer les mouvements des Allemands autour de la ferme et du Fort, mais surtout de surveiller le versant du Fond de La Vaux, qui est caché aux observateurs du poste cuirassé du Fort.<br /> Des téléphonistes établissent une ligne volante pour communiquer avec le Fort et les hommes emportent 5 mitrailleuses pour la défense de leur poste. Seulement, ils reçoivent l’ordre de n’intervenir qu’en toute dernière extrémité pour ne pas dévoiler leur position.<br /> A 9 heures, l’abri d’observation situé « aux Communes », à Cheratte hauteur, signale une colonne de 200 hommes qui se dirigent de Haccourt vers Vivegnis. Le Fort de Pontisse accroche cette colonne par des tirs de la coupole de 105.<br /> Des groupes de travailleurs allemands se détachent en direction d’Oupeye et à la lisière du bois de Pontisse, les renseignements fournis par les postes d’observation de la prise d’air, de la ferme et de l’observatoire cuirassé du Fort concordent et les coupoles leur livrent une véritable chasse.<br /> A 14 heures 30, des fantassins allemands s’avancent sur la route de Hermée, le poste de la ferme Thiry demande de pouvoir intervenir, mais on leur répond de ne pas bouger, c’est la coupole du Saillant I qui se charge de cette besogne.<br /> A 19 heures 30, une troupe d’infanterie allemande débouche au pont de Haccourt et vient vers le sud en suivant le canal, le Fort règle ses tirs qui se poursuivent jusque la nuit tombante sur ce passage.<br /> Le soir, après avoir pris connaissance du message adressé au Fort de Liège par le Roi des Belges, le moral du Fort est bon.<br /> Certains de nos soldats vont même pousser la chansonnette, il serait même question d’aller "pendre son linge sur la ligne Siegfried".</p><br /> <br /> <strong>Le vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le bombardement qui avait cessé la veille reprend à une cadence assez lente, Barchon est attaqué par les avions qui lâchent leurs bombes en piqué.<br /> Le chef de poste, installé dans la ferme Thiry, donne des indications précises à la coupole de 105 pour procéder au déclenchement des tirs fusant au bon moment.<br /> De son côté, le Fort d’Evegnée procède par des tirs identiques.<br /> Touché par les éclatements de ce tir croisé, un Stuka est abattu, il s’écrase à proximité du Fort de Barchon.<br /> Après le S.O.S. lancé par Barchon, toutes les coupoles de Pontisse exécutent des tirs de dégagement dans les fossés et à, la limite nord du Fort de Barchon, ainsi que sur la route de Housse.<br /> Vers midi, la liaison téléphonique avec Barchon est coupée, pour communiquer, il reste le lancement des fusées et la télégraphie sans fil.<br /> Après-midi, un avion de reconnaissance allemand survole le Fort à basse altitude et peu après, le bombardement reprend avec violence, les obus de gros calibre martèlent le toit du Fort, les coups assourdissent et on sent même le souffle des déflagrations.<br /> Les petits canons de campagne allemands sortent du bois des Trixhes, et ils se camouflent sur la crête de La Vaux pour tirer sur les défenses du Fort.<br /> Des obus plus petits arrivent à grande vitesse sur leurs objectifs.<br /> L’observateur de la ferme Thiry et celui de la prise d’air guident, au mieux, les coupoles du Fort qui répliquent et pour la Saillant IV, qui n’a pas de vue directe, c’est le poste d’observation cuirassé qui dirige ses tirs.<br /> La coupole du Saillant III est détruite et 2 hommes sont gravement atteints, le chef de poste fait savoir qu’un obus a traversé la coupole et il l’a réduite en ferraille.<br /> Quand le médecin arrive sur place, le premier homme est mort, quant au second, il est transporté à l’infirmerie mais il décède sur la table d’opération.<br /> Ce sont le soldat milicien Heusy et le soldat rappelé Bajard<br /> Bajard était un soldat d’un autre régiment, qui avait rejoint le Fort de Pontisse ne sachant pas où retrouver son unité. Quant aux blessés, les soldats Britte et Hellin, ils sont soignés à l’infirmerie.<br /> Le Fort de Barchon a signalé qu’une batterie allemande, qui tirait sur Pontisse, était probablement située à Wandre, mais tous les efforts pour la situer sont restés vains.<br /> A 19 heures 30, c’est le poste d’observation cuirassé qui est touché. Un obus de 88 allemand a traversé le blindage, et les observateurs ont dû battre en retraite.<br /> Au milieux de la nuit, les hommes du poste installé à la ferme Thiry ont pris les dispositions pour installer des obstacles sur lesquels les Allemands doivent buter en cas d’intrusion nocturne. Soudainement, l’homme qui assurait la garde entend des bruits de bottes au rez-de-chaussée.<br /> Ce sont effectivement des soldats allemands qui visitent la ferme, mais ils s’en iront sans avoir trouvé nos soldats belges installés aux différents étages.</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A peine le jour est-il levé, que le bombardement qui s’était interrompu durant la nuit, reprend avec force et vigueur.<br /> Les obus de 88 des fameux canons allemands pleuvent sur le Fort de Pontisse. Qui plus est, les Allemands s’aperçoivent de la présence de soldats belges, qui observent depuis la ferme Thiry.<br /> Aussitôt ce poste est pris pour cible, plusieurs tirs en rafale ponctués par les obus de 88 balaient la toiture de la ferme. Mitrailleuses et appareils téléphoniques sont basculés, plus de communication avec le Fort. L’infanterie allemande surgit aux débouchés d’Oupeye, elle est accueillie par les salves des obusiers de 75 qui fonctionnent encore et par tir fusant de la coupole de 105.<br /> Le Saillant IV intervient contre les troupes allemandes rassemblées en bordure du Bois de Pontisse. Le Saillant I reçoit un coup qui bloque son fonctionnement, on essaye de suite de réparer.<br /> A 10 heures 30, il ne reste plus qu’seul obus à la coupole de 105, un officier et un sous-officier artificier sont désignés pour la faire sauter dès qu’elle aura tiré son dernier coup.<br /> Le Fort est fortement ébranlé par les bombes des avions allemands qui viennent encore s’ajouter au pilonnage terrestre. Soudain, une terrible déflagration, c’est la coupole de 105 qui vient de sauter.<br /> La prise d’air est également engagée contre l’infanterie allemande qui parvient à s’installer au-dessus de l’abri. Au bout d’une demi-heure, l’officier de tir voit une forme humaine qui se laisse glisser le long d’une corde pour attaquer l’embrasure de la prise d’air, aussitôt, l’officier abat cet intrus d’un coup de pistolet.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Prise d’air du Fort de Pontisse en 1940. (Collection F. Tirtiat)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Saillant IV tente plusieurs tirs à courte distance pour dégager la prise d’air, mais il n’a pas de vue sur cet objectif et les tirs sont dispersés. Il y a déjà une heure que les avions viennent bombarder le Fort, quand un coup plus violent que les autres ébranle les murs. Une bombe est tombée à l’aplomb de l’escalier qui conduit à l’étage du bas, une deuxième bombe qui viendrait frapper sur la gorge du massif couperait tout accès vers la sortie.<br /> La coupole du Saillant IV balaie les environs avec ses boîtes à balles. La prise d’air voit surgir les assaillants à l’embrasure avec des lance-flammes, aussitôt, c’est le "branlebas", les soldats belges évacuent et à peine la porte blindée refermée, les lance-flammes attaquent. Sous l’action de la chaleur, les munitions spéciales, balles traçantes et incendiaires ainsi que quelques grenades restées dans le local, explosent littéralement. Après la déflagration, des épaisses fumées envahissent la prise d’air.<br /> Par précaution, la ventilation est coupée mais l’officier entend les appels venant du Saillant IV, les servants sont menacés d’asphyxie, il demande que l’on rétablisse le système de ventilation. Les fumées se répandent dans tout le Fort et les soldats de Pontisse sont pris aux yeux et à la gorge. C’est à tel point que, même 5 jours plus tard, nourriture et boissons resteront imprégnées de cette odeur.<br /> Un S.O.S. est lancé au Fort de Barchon, mais il semble que l’appel ne soit pas reçu. Barchon ne répond plus, les tirs venant de ce Fort ont cessé depuis midi.<br /> Tous les efforts pour réparer la coupole du Saillant I sont restés vains, d’autant plus que les bombes lâchées par les avions ont encore aggravé le blocage. Alors, ordre est donné aux artificiers de la faire sauter.<br /> La liaison avec la poterne d’entrée est coupée, la situation s’aggrave. Seule la coupole du Sillant IV mène encore la vie dure aux assaillants et aux pièces de l’artillerie allemande située en bordure du Bois de Pontisse, mais ses munitions s’épuisent, il ne lui reste plus que 30 obus et boîtes à balles.<br /> Pour les coffres de défense, la situation devient insoutenable, on ne distingue rien à cause des fumées, et quand les fusils mitrailleurs veulent intervenir, des pièces lourdes installées sur le glacis tirent à bout portant sur les embrasures où les Allemands attaquent aux lance-flammes.<br /> Depuis la galerie, les soldats du Fort entendent des bruits de travaux : les Allemands sont en train de placer des mines.<br /> Des assaillants installés, à cheval, sur la caponnière tentent de répéter le coup de la prise d’air. Des mitrailleuses sont installées pour prendre la galerie en enfilade. Le Fort de Pontisse est acculé, il a épuisé tous ses moyens de défense.<br /> Le Saillant IV, seul en état de tirer, épuise ses dernières munitions.<br /> A 13 heures 45, le drapeau blanc est présenté à l’entrée du Fort. Le Fort de Pontisse s’est rendu à l’extrême limite de ses forces.<br /> Après la chute du Fort de Pontisse, les Allemands n’en croyaient pas leurs yeux, étonnés qu’ils étaient du peu de perte subie par la garnison, en plus, ils croyaient que le Fort était doté d’un système de télécommande, au vu de la rapidité et de la multiplicité de ses tirs.<br /> Un lieutenant allemand s’écriera même « DAS IST BRAVE SOLDATEN »<br /> Ils accordèrent aux soldats de Pontisse le droit de pouvoir enterrer leurs deux morts au combat et ils rendront les honneurs militaires à ces deux combattants.<br /> Ensuite, ils feront évacuer les soldats belges blessés et malades, et ils vont également évacuer le major allemand qui commandait les troupes d’assaut. Cet officier supérieur a eu la jambe broyée par un obus et c’est un médecin belge qui lui avait donné les premiers soins.<br /> Les Allemands permettront au major Simon, commandant du IIème groupe et au capitaine Pire, commandant du Fort de Pontisse de conserver leurs sabres.<br /> </p><br /> <strong>Sources iconographiques et bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php">http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php</a> Fri, 01 Jun 2018 12:30:15 +0200 Le Fort de Tancrémont:Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté’’ https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-167+le-fort-de-tancr-mont-mieux-vaut-mourir-de-franche-volont-que-du-pays-perdre-la-libert.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-167+le-fort-de-tancr-mont-mieux-vaut-mourir-de-franche-volont-que-du-pays-perdre-la-libert.php <strong>Le Fort de Tancrémont</strong><br /> <strong>Dernière unité combattante Belge à avoir déposé les armes.... 36 heures après la capitulation officielle de l'armée Belge en 1940.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/crbst_surface40.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le fort est établi tout près de la chapelle du "Vieux bon Dieu de Tancrémont", au lieu dit "mamelon 300" de l'éperon schisto-gréseux qui sépare les vallées de la Vesdre et de la Hoëgne.<br /> Il domine d'un côté la ville de Pepinster et de l'autre l'agglomération de Theux-Juslenville. Sur les cartes militaires, il porte souvent le nom de fort de Pepinster. Pour ceux qui connaissent moins bien la région, nous préciserons qu'il est situé en bordure de la route qui relie Banneux à Pepinster.</p><br /> <br /> <strong>La mission du fort:</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Jusqu'au début de la mobilisation, il était plutôt question d'une défense aussi proche que possible de la frontière. Les intervalles des forts d'avant-garde seraient occupés.<br /> À mesure que les mois passaient et que la ligne KW (Anvers-Wavre-Namur) se préparait et se fortifiait, la mission du fort changeait. En mai 1940, il devait soutenir, en appui direct, Ies troupes chargées de mener le combat retardateur et permettre leur décrochage.<br /> Il était un fort d'arrêt et avait des yeux et des oreilles, à savoir : <br /> 7 postes d'observation intérieurs</p><br /> <br /> <strong>À l'extérieur :</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Du sud au nord, Abri BV7 à Jévoumont, Abri de Mont (avec canon de 47 mm), Abri de Vesdre (avec canon de 47 mm), Abri VM3 à Cornesse, Abri VM29 près de Wegnez, <br /> Positions de repli, Mousset, Haute Fraipont, Les Villers, <br /> La formation de tous les observateurs s'est faite en temps de paix et pendant la mobilisation. Chaque poste d'observation a été doté d'un jeu de cartes sur lesquelles les parties vues et cachées étaient reportées avec clarté et précision. Pour mieux connaître et repérer le terrain, tous les secteurs avaient été parcourus en vélo avec les observateurs, de façon à faire l'épreuve réciproque et à leur montrer comment, du terrain, on voyait leur abri.<br /> Les principaux objectifs probables (carrefours importants, ponts, haies, maisons) avaient été déterminés avec soin. Il fallait absolument avoir dans ces abris des hommes de confiance, courageux, bien au courant de leur mission. Il fallait donc éviter toute mutation pendant la mobilisation.<br /> Dans le journal de campagne du MDL Reul, chef de poste à BV7, il était écrit : "Dès le 17 mai, je détruis les documents de l'abri. Ceux-ci d'ailleurs ne nous ont pas servi à grand chose. Les officiers de tir possédaient une telle connaissance du terrain qu'il suffisait de leur indiquer telle haie, telle maison, tel carrefour, sans coordonnées, pour que l'ouragan d'acier s'abatte immédiatement sur l'objectif repéré et avec quelle précision, un vrai régal pour nous, aux premières loges".</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tancremont_position_de_liege.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tancrémont au sein de la position fortifiée de Liège</p><br /> <br /> <strong>10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nuit du 9 au 10 mai à 00.00 Hr exactement. Message spécial du R.F.L. Alerte avec mot de passe autorisant à ouvrir l'enveloppe entreposée dans le coffre-fort du bureau de tir. Les officiers de garde descendent au bureau de tir. Ouverture de l'enveloppe "top secret". On y lit : "Yser-Albert". C'est la guerre.<br /> Il faut brûler les casernements du temps de paix. une demi-heure après, on reçoit confirmation par le P.C. du Major commandant le groupe : les Allemands, sont prêts à franchir la frontière à Gemmenich, ils ont dégagé tous les obstacles sur les routes d'accès.<br /> Tous les hommes descendent chacun leur literie (paillasse et couverture). Déménagement de tout ce qui est nécessaire à la vie du fort dans les cuisines, les cantines. Déménagement de tous les dossiers du Commandant et des officiers entreposés dans les bâtiments du temps de paix.<br /> Matin du 10 mai<br /> Dès 5 heures du matin, de nombreuses escadrilles d'avions allemands survolent le fort à haute altitude.<br /> À 7 heures du matin, les casernements du temps de paix sont incendié.<br /> La maison du garde du château des Mazures saute.<br /> -Puits pour exécuter la citerne à gasoil percé le 9 mai dans l'après-midi.<br /> -Passerelle en bois au-dessus des tétraèdres, des barbelés, du fossé.<br /> -Remblayage du puits de la 2e cheminée.<br /> -Fermeture de la brèche dans la galerie.<br /> -Remblayage du 2e puit pour la citerne.<br /> -Destruction de la passerelle en bois.<br /> -Égalisation des terres sur le massif central.<br /> -Dégagement complet du champ de tir des différents organes.<br /> -À 13h00, les portes de la poterne sont fermées aux cadenas.<br /> -Tirs de réglage.<br /> Après-midi<br /> -14 Heures : Toutes les troupes occupant les intervalles des forts se sont retirées<br /> -Les Lanciers situés au sud ont exécuté les destructions : pont de Marteau (chemin de fer), pont de Polleur (sur la Hoëgne), pont de Limbourg. Nos D.L.O. les accompagnent .<br /> -17 Heures: Le Lieutenant Poswick du 1er Lanciers remonte à cheval le chemin Julenville-Tancrermont. Il s'arrête au fort. Événements d'Elsenborn.<br /> -Ensuite calme complet. Fausses nouvelles.</p><br /> <br /> <strong>Samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Les colonnes de réfugiés passent encore sur les routes voisines du fort.<br /> -Tir de réglage.<br /> -Fin de matinée, 4 Allemands sur une locomotive de manœuvre.<br /> -14 Heures: On apprend la reddition du Fort d'Eben-Emael.<br /> -15 Heures: Tour d'horizon à la coupole IV. Colonne ennemie monte vers Creppe et sur la route Desnié-Haut-Regard-Route La Reid. Déclenchement immédiat de tirs sur tous ces objectifs.</p><br /> <br /> <strong>Dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-10 Heures: Premier gros bombardement par batterie ennemie.<br /> -12 Heures: 3 blessés très graves au Mousset.<br /> -18 Heures: Attaque surprise du fort par pionniers allemands venus de Banneux et du bois des Mazures. Charges creuses sur prise d'air P. Pendant 1h30 très chaude alerte: baptême du feu.<br /> -Nuit. Extrême vigilance. Fusées éclairantes</p><br /> <br /> <strong>Lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Nuit: tirs intermittents à "boites à balles" dans le bois.<br /> -Journée calme.</p><br /> <br /> <strong>Mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Nuit, canon allemand au-dessus de la rampe de la prise d'air P, pour détruire l'embrasure du FM. C'est lui qui est détruit.<br /> -On ramène dans le fort des morceaux d'obus de gros calibre.<br /> -Fût de chlorure de chaux crevé à BV7.<br /> -Les Allemands ont repéré des boîtes de raccordement au réseau téléphonique enterre.<br /> -Pièces d'artillerie motorisée sur la route Polleur-Franchimont.<br /> -Les Allemands occupent le hameau de Jévoumont.<br /> -Mr. Delfosse et le jardinier du château viennent réconforter les hommes de BV7.<br /> -Les Allemands ont une crainte du fort. Ils n'ont pas repéré BV7</p><br /> <br /> <strong>Mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Un civil rode autour de BV7 ("Joseph, la guerre est finie ! Vive la BeIgique !").<br /> -La fausse ligne téléphonique sauve BV7.<br /> -Prise de l'abri de Vesdre.</p><br /> <br /> <strong>Jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Reprise des tirs sur l'itinéraire des crêtes : Vert Buisson, Johoster, Haut-Regard.<br /> -Nouvelle patrouille allemande pour découvrir BV7.<br /> Message du Roi aux Forts de Liège : "Officiers, sous-officiers, soldats. Résistez jusqu'au bout pour la Patrie. Je suis fier de vous !".</p><br /> <br /> <strong>Vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Attaque de la maison Crahay par une centaine de soldats.<br /> -Connexion de VM29 coupée. Abri abandonné.</p><br /> <br /> <strong>Samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Tirs vers La Reid-Haut-Regard<br /> -Parlementaires allemands avec les Commandants d'Embourg et de Chaudfontaine. Pas de discussion<br /> -Abri de Mont attaqué. Dégagé par tir.<br /> -Beaucoup de bobards circulent dans le fort.</p><br /> <br /> <strong>Dimanche 19 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Après-midi, BV7 signale rassemblement allemand sur BV6<br /> -Ils foncent sur BV7. Charges creuses. Lances-grenades. Hanquinet tombe sans connaissance.<br /> -Tir du fort. Mise en fuite des Allemands (tranchée, porte cadenassée).<br /> -Deux hommes restent et essaient de mettre une 2ème charge creuse dans le tube lance-grenades.<br /> -Mise on marche du ventilateur, bruit insolite violent. Mise en fuite des Allemands. L'alerte a été chaude.</p><br /> <br /> <strong>Lundi 20 mai</strong><br /> -Bombardement du fort sans arrêt entre 01 et 04 heures du matin (obus de 210 nm)<br /> -BV7 tient toujours. Canons de 37 et Mi mis en batterie la nuit. Tirs nourris sur la cloche de visée et sur le béton.<br /> -Entre 2 tirs, nos hommes repèrent les emplacements ennemis.<br /> -Tir du fort : mise en fuite de tous les Allemands (les balles perdues pleuvent sur les toits de Spixhe).<br /> -Les Allemands annoncent au hameau : "Die kleine Festung ist ganz kaput".<br /> -Vers 09 Heures, liaison coupée avec le fort puis rétablie.<br /> -À 12 heures, nouvelle coupure, définitive cette fois.<br /> -À 18 heures, sortie des hommes de l'abri en rampant, aucun guetteur ennemi. Ils se faufilent dans l'herbe haute jusqu'au bois, dévalent sur Spixhe, revêtent des vêtements civils. Ces braves et courageux sont. sauvés.<br /> -Les Allemands sont à Abbeville.<br /> <br /> <strong>Mardi 21 mai</strong><br /> -Le fort encaisse obus sur obus.<br /> -À 16 heures, les observateurs de Haute Fraipont se dispersent.<br /> -Le fort d'Aubin-Neufchâteau est attaqué violemment, il ne lui reste plus qu'un canon. Il tombe dans la journée.<br /> <br /> <strong>Mercredi 22 mai</strong><br /> -Tôt dans la matinée, reddition du Fort de Battice. Il nous dit : "Au revoir et bonne chance".<br /> -11.45 heures, nouvelle visite des parlementaires (3 officiers allemands, 1 officier belge avec drapeau blanc) : "Que voulez-vous ?" - "Vous engager à vous rendre..." "Le fort est entier. Retirez-vous. Nous continuons la lutte"...<br /> -15 heures : nouvelle visite de parlementaires (3 officiers allemands, le Capitaine Guéry, Comd le Fort de Battice,1 adjudant du même fort. <br /> Le Commandant Devos, dans la cloche du bâtiment I, crie : "Commandant Guéry, retirez-vous, le fort ne se rend pas".<br /> -Nos services de renseignements fonctionnent admirablement, VM3 tient toujours.<br /> -L'abri de Mont est abandonné.<br /> -Le fort est bombardé par les Stukas. Grâce au terrain schisto-gréseux, entonnoirs de 2 m de profondeur seulement. Tancrémont reste seul dans la P.F.L.<br /> <br /> <strong>Jeudi 23 mai</strong><br /> -Tirs de harcèlement sur les itinéraires principaux.<br /> -Tirs sur les objectifs signalés à VM3 par les services de renseignement, sur batteries ennemies , sur rassemblements de troupes, hors de nos vues.<br /> -Les bombardements sur le fort continuent.<br /> -On nous fait savoir que les Allemands préparent une attaque de grande envergure sur le fort.<br /> -Jeudi, les Allemands lancent un assaut violent sur BV7. II est vide depuis 3 jours.<br /> <br /> <strong>Vendredi 24 mai</strong><br /> -Les incursions allemandes dans les environs de Cornesse sont de plus en plus nombreuses.<br /> -Sur ordre du Commandant, VM3 ne peut plus continuer sa mission. Les hommes se dispersent.<br /> -Les TTR, qui travaillent depuis 3 jours à leur poste émetteur-récepteur, entrent par hasard en contact avec le Fort de Maizeret (Namur). Celui-ci tombe dans la soirée.<br /> <br /> <strong>Samedi 25 mai</strong><br /> -Tancrémont est complètement isolé. Plus aucun poste extérieur.<br /> -Armée de campagne probablement sur la Lys.<br /> -Vigilance partout.<br /> -C'est toujours l'axe Haut-Regard qui est pris sous le feu de nos canons; chars, camions, motos, tout est canardé.<br /> <br /> <strong>Dimanche 20 mai</strong><br /> -Toujours des bombardements par l'artillerie ennemie, par Stukas.<br /> -On essaie de mettre le feu au bois des Mazures, lancement de flèches avec pistolets "lance fusées".<br /> -On tire sur Louveigné, Wegnez et Haut-Regard.<br /> <br /> <strong>Lundi 27 mai</strong><br /> -Même scénario que le 26.<br /> -Il faut garder le moral. C'est la mort ou la captivité.<br /> -Une charge creuse explose dans le bois (par accident probablement)<br /> -Les TTR ont réussi à augmenter la portée de leur poste, 1er message entendu: "Laissez passer parlementaires sur la route vers Dixmude".<br /> <br /> <strong>Mardi 28 mai</strong><br /> -On tire à boîte à balles toute la nuit, dans le bois (pour déjouer une attaque surprise).<br /> -Quelques heures après, nous apprenons la capitulation de l'Armée.<br /> -Consternation.<br /> -12 heures, le Commandant du fort envoie au G.Q.G. de l'armée belge un message demandant Ia conduite à tenir. Réponse : "Reçu votre message 12 Hr. Puis silence.<br /> -Le chef d'E.M., le G.M. Michiels, que nous retrouvons à l'OFLAG de Wolfsberg en Carinthie, affirne n'avoir jamais eu connaissance de ce message.<br /> -"Le Conseil de défense" du fort se réunit le soir (organe consultatif du Commandant).<br /> -Difficulté de maintenir le moral des hommes. Des civils reviennent. Des Allemands les accompagnent. Drapeaux blancs. La guerre est finie. "Ne détruisez plus nos villes", etc... On tire en l'air pour les disperser.<br /> -19 heures Entrevue avec les Allemands pour solliciter ordre du G.Q.G. Parlementaires belges sortent : 1 SLt, 1 MDL, 1 soldat. Retour. Entrevue fixée au lendemain 29 à 09 heures du matin.<br /> <br /> <strong>Mercredi 29 mai</strong><br /> -Nuit calme mais mouvementée dans le fort<br /> -Continuer la lutte ?<br /> -09 heures, entrevue du Commandant et du Général Spang (maison de Tancrémont) "Vous n'avez rien à demander, vous avez tout au plus à prier. Si vous continuez la lutte vous et vos hommes, vous vous mettez hors-la-loi et votre fort sera complètement détruit. Tout est d'ailleurs prêt pour cela, l'attaque sera foudroyante".<br /> Réponse du Commandant :<br /> "Je ne suis pas obligé de vous croire. Vos menaces ne me font pas peur. Le fort est intact. La garnison saura se défendre"<br /> L'officier allemand est stupéfait. Il se calme peu à peu. Il répète seulement qu'il n'est plus possible d'obtenir un ordre du G.Q.G. "Il n'y a plus qu'une seule autorité en Belgique", dit-il, "celle de l'Allemagne. Le Roi est prisonnier et son dernier acte au pouvoir a été la capitulation de toute l'armée belge".<br /> Soudain, se dégantant, le Lt.-G. Spang, se met en position devant le Commandant Devos et lui déclare solennellement :<br /> "Je jure sur mon honneur d'officier général allemand que le Roi des BeIges a capitulé sans conditions et donné l'ordre à toute l'armée de cesser les hostilités".<br /> Sur cette affirmation, le Commandant Devos décide de consulter à nouveau son Conseil:de Défense. Il fixe au Général allemand rendez-vous à 11 Hr au même endroit. Après délibération, le Conseil en question entérine, la mort dans l'âme, que Tancrémont doit se conformer à l'ordre royal de reddition.<br /> Aussitôt, ordre est donné de mettre hors service 3 groupes électrogènes sur 4, les armements, les cartes, les tables de tir, les documents secrets.<br /> Le Fort de Tancrémont se rend le 29 mai à 11 Hr, soit un jour et demi après la signature de la capitulation de l'armée belge.<br /> Le Général Spang, aussi ému que le Capitaine Devos abandonne toute raideur et, tenant dans sa main celle de l'officier belge, tente de le réconforter. Il le félicite pour la belle défense du fort, lui dit qu'il avait bien mérité de son pays, puisqu'il s'était rendu sur ordre, que la fortune dans les armes ne peut sourire à tout le monde, etc...<br /> Lachant la main de son interlocuteur, l'officier supérieur se tourne vers le Colonel, allemand qui faisait partie de la délégation et lui donne une série d'ordres :<br /> 1. Tous les officiers faisant partie des troupes de siège (infanterie, artillerie) seront rassemblés et rangés à l'entrée du fort. Ils rendront les honneurs aux officiers à la sortie de l'ouvrage.<br /> 2. Les officiers du Fort de Tancrémont pourront conserver leurs armes blanches.<br /> 3. Le drapeau allemand ne sera hissé sur Ie fort qu'après la sortie du dernier homme.<br /> Le Fort de Tancrémont avait tenu 400 heures et mis de nombreux soldats allemands hors de combat (on dit 2.000).<br /> Et ce fut le départ en captivité...<br /> <p style="text-align:center">Les défenseurs du Fort avaient été fidèles à la devise des 600 Franchimontois qu’ils avaient fait leur:<br /> "Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tancremontvuduciel.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tancrémont vu du ciel</p><br /> <br /> :Sources :<br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm</a><br /> <a href="http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont">http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont</a><br /> <a href="https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html">https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html</a><br /> <a href="http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm">http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm</a> Fri, 01 Dec 2017 13:44:00 +0100 Le sauvetage des drapeaux régimentaires de l'Armée belge en 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-163+le-sauvetage-des-drapeaux-r-gimentaires-de-l-arm-e-belge-en-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-163+le-sauvetage-des-drapeaux-r-gimentaires-de-l-arm-e-belge-en-1940.php <p style="text-align:justify">Les derniers jours de mai 1940, l’Armée belge subit les assauts toujours plus violents de l’envahisseur allemand. Il est acquis que sa résistance lors de la bataille de la Lys a grandement contribué à la réussite du rembarquement du Corps Expéditionnaire britannique et d’une large frange de l’Armée française à Dunkerque.<br /> Cependant la lutte est inégale et le Roi Léopold III voit s’approcher le moment où il sera acculé à la capitulation. Le 27 mai vers 14h00, ne voulant pas que les emblèmes de ses régiments tombent aux mains de l’ennemi, il lance l’ordre à toutes les unités de ramener au Quartier général, qui est installé au château de Wijnendaele, les drapeaux, étendards, fanions, avec leurs accessoires, hampes, lions. etc. Ceux qui ne pourront le faire devront veiller à ce que les emblèmes soient détruits.<br /> Entre-temps, deux officiers de l’Etat-Major sont envoyés auprès de Mgr Lamiroy, évêque de Bruges, pour lui demander de cacher les drapeaux. Le prélat refuse, estimant cette entreprise trop risquée : en effet, la ville regorge de réfugiés, elle pourrait être bombardée et les troupes allemandes avancent rapidement.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sauvetage_drapeaux_001_vue_de_l_abbaye_benedictine_de_zevenkerken.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Abbaye de Zevenkerken (vue actuelle)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">De retour au quartier général — il est déjà 17h00, - les deux officiers se voient confier par le Roi la mission d’exécuter la même démarche à l’abbaye de Zevenkerken, située à la limite de St-Andries-Brugge et de Loppem. Sans hésiter, le Père Abbé, Dom Théodore Nève accepte: “C’est pour l’abbaye de St-Andries un grand honneur d’accueillir les glorieux drapeaux de l’Armée” .Il y a cependant un risque: dès le début des hostilités, l’abbaye a été transformée en hôpital de campagne. Plus de 800 blessés, Belges, alliés et ennemis y sont soignés en ce moment. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/domneve1_bis_ter.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Dom Nève </p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Père Abbé indique aux émissaires royaux une porte à l’arrière des bâtiments par où ils pourront arriver à l’abri des regards indiscrets. Mais se sentant trop âgé pour s’occuper de l’organisation pratique de cette entreprise, il met dans la confidence le Père Francis de Meeûs; lui intimant l’ordre de garder le secret le plus absolu.<br /> La nuit venue, le Père Francis guette l’arrivée des deux officiers amenant les précieux colis. Il y aura trois voyages, par des petites routes, afin de ne pas éveiller le moindre soupçon. Au total 37 étendards régimentaires ainsi que des accessoires, des fanions et autres emblèmes, le tout emballé ou non de façon hétéroclite: caisses, cartons, papier brun, etc. ainsi qu’un lourd coffret contenant les secrets militaires de l’Armée belge<br /> Les trois hommes transportent le tout à l’étage, dans un local situé dans l’aile du bâtiment réservée au Père Abbé. Quand leur tâche se termine, il est déjà 7 heures du matin le 28 mai 1940, jour de la capitulation<br /> Les drapeaux de l’Armée belge ne pourront cependant demeurer dans ce local. Le Père Francis connaît un endroit qui serait une cache idéale, et le montre aux deux officiers, afin que ceux-ci puissent en témoigner au Quartier-général.<br /> Il y a dans cette aile du bâtiment une tourelle qui, à l’origine, ne s’élevait pas plus haut que le plafond du rez-de-chaussée adjacent, et qui abritait une chapelle privée. Plus tard, cette tourelle sera surélevée de façon à y aménager une autre chapelle à l’usage du Père Abbé. Entre le plafond de la chapelle inférieure et le sol de la chapelle supérieure, il y a un espace vide, difficile d’accès et pratiquement inconnu de tous. Etant jeune moine, le Père Francis a, par hasard, repéré cette cachette, dont même le Père Abbé ignorait l’existence. C’est là qu’il décide de dissimuler les drapeaux.<br /> Il faut cependant murer l’ouverture. Il y a dans la communauté un frère qui est assez habile en travaux de construction: le Frère Yves Lencot, dessinateur en construction et géomètre. Le Père Francis le charge confidentiellement de cette tâche, en lui faisant croire qu’il s’agit de mettre à l’abri les archives du couvent. Ce ne sera pas une mince affaire de porter à pied d’œuvre, avec mille précautions, briques, sable, ciment, etc. sans attirer l’attention, mais tout se passa bien.</p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique:</strong><br /> <br /> Extrait de. Le Volontaire de Guerre - 1° trimestre 1999 <br /> Par A. Pattyn<br /> <br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> <br /> <a href="http://www3.telebecinternet.com/benedictines/index.html">http://www3.telebecinternet.com/benedictines/index.html</a><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/sauvetage_drapeaux.php">http://www.maisondusouvenir.be/sauvetage_drapeaux.php</a><br /> <a href="http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&amp;htdoc=general/opac.htm">http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&amp;htdoc=general/opac.htm</a> Tue, 01 Aug 2017 10:26:39 +0200 Honoré ARNOULD d’Ochamps. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php <p style="text-align:justify">Un jour, j’ai reçu une convocation pour faire mon service militaire à partir du 16 octobre 1940. J’aurais dû accomplir douze mois de service militaire actif. <br /> Un peu plus tard, des jeunes de Ochamps et moi, qui étions nés en 1920, avons reçu un papier pour aller à l’incorporation. Moi j’étais dorénavant appelé pour le <br /> 15 mai 1940. Mais la guerre s’est déclenchée, je n’étais même pas encore soldat et tous les jeunes de tel âge à tel âge, devaient partir parce que <br /> les Allemands arrivaient. Pour ne pas être considérés comme déserteurs, nous sommes allés là-bas. Nous sommes partis le 10, comme nous pouvions. <br /> Je me rappelle que nous étions en camion avec un type de Ochamps et qu’il nous a conduit jusqu’à Namur. Nous avons vu tout Namur bombardé. Lorsque nous étions passés à Jemelle, c’était déjà comme cela. Enfin, nous sommes arrivés à Trazegnies à la caserne des Chasseurs Ardennais (??) par le train. De là, nous avons été envoyés à Sint-Gillis-Waas, près de Saint Nicolas en Flandre. <br /> C’était le regroupement, ils nous ont habillés et puis ils nous ont envoyés dans le Midi de la France, à Pont-Saint-Esprit, pour faire notre instruction. <br /> Nous avions été embarqués dans des wagons à bestiaux.<br /> <br /> J’avais noté sur un petit papier les villes que nous avions traversées. Nous étions partis le <strong>mercredi 15 mai</strong> de Sint-Gillis-Waas, direction Gentbrugge, <br /> Torhout, Lichtervelde, Gits, Beveren, Roeselare, Courtrai, Merken. <br /> <strong>Le jeudi 16</strong>, nous sommes en France. Nous passons par Roubaix, Croix-Wasquehal, Lille, Lomme, Lambersart, Lompret, Renescure, St Omer, Audruicq, <br /> Nortkerque. <br /> <strong>Vendredi 17</strong>, Boulogne-sur-Mer, Hesdigneul, Neufchâtel, Dannes, Camiers, Etaples, Port-le-Grand, Laviers, Feuquières, Fressenneville. <br /> <strong>Samedi 18</strong>, Aumale, Gourchelle, Abancourt, Formerie, Gaillefontaine, Serqueux, Mathonville, <br /> Montérolier, Cléres, Montville, Maromme, Rouen. <br /> <strong>Dimanche 19</strong>, Lisieux, St Pierre-sur-Dives, Couliboeuf, Montabard, Champfleur, Le Mans. <br /> <strong>Lundi 20</strong>, Thouars, Niort, Fontaines-d’Ozillac. Mardi 21, Lamagistère, Montauban, Toulouse, Carcassonne, <br /> Béziers et puis direction Pont-Saint-Esprit.<br /> <br /> Nous avions été mobilisés, nous qui n’avions pas fait notre service militaire avant la guerre. Après le 28 mai (le roi Léopold III capitula sans condition <br /> et refusa de suivre en exil le gouvernement belge), nous n’osions plus guère sortir. Mais, trois semaines plus tard, c’était eux qui capitulaient <br /> (le 17 juin, le maréchal Pétain présentait aux Allemands une demande d’armistice. L’armistice fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, <br /> dans le wagon de l’armistice de 1918) <br /> <br /> Alors, dans le Midi, qu’est-ce qu’il fallait faire, on était abandonné. L’armée nous nourrissait à moitié, il fallait tirer son plan, <br /> nous avions reçu un congé illimité de l’armée. <strong>« Tirez votre plan, faites ce que vous voulez »</strong>. <br /> A partir de Pont-Saint-Esprit, avec ceux d’Ochamps. On était bien ensemble. <br /> On a même pris des photos devant le monument aux morts de Pont-Saint-Esprit.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/harnould_1bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous décidons de remonter la France et le 6, nous allons à pied de Pont-Saint-Esprit jusqu’à Bourg-Saint-Andéol. <br /> Le 7, nous avons pris l’autocar pour Montélimar où nous avons dormi. Le lendemain, autocar pour Valence et puis Lyon. <br /> Je me souviens que lorsque le car était plein, on allait sur le toit, sur le porte-bagages. Il fallait faire attention aux branches des arbres. <br /> A Lyon, le tram nous a emmenés à Fort Sainte Foy où nous avons logé deux nuits. Comme on avait un peu de temps libre, on a visité un jardin zoologique, <br /> manière de se distraire un peu.<br /> On nous avait dit, après la capitulation de la France, que c’était préférable de remonter en habit militaire. <br /> On a repassé la ligne de démarcation facilement, avec le papier fait à Lyon le 18 août par les Allemands. <br /> On croyait remonter chez nous en sécurité, nous n’étions pas considérés comme des déserteurs. <br /> Nous sommes passés par Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Dijon, Langres, Chaumont, St Dizier, Châlons-sur-Marne, Reims, Laon et St Augustin. <br /> A Paris, nous avons été réunis au Palais des sports. C’était un camp de réfugiés où l’on était plus ou moins bien nourri. <br /> La journée, on sortait. On est allé dire bonjour à des tantes de Gilbert Picard qui habitaient Paris. On se promenait. <br /> On est resté 8 ou 15 jours à Paris. On était avec des civils et des flamands naturellement. Nous avons été séparés des flamands, eux sont rentrés. <br /> Ils ont été rapatriés plus vite que nous. Un beau jour, les civils ont aussi été rapatriés. Il ne restait plus que nous, <br /> les militaires wallons et, un beau jour, les Allemands sont arrivés avec des sentinelles à l’entrée du Palais des sports <br /> et cela a fait que nous étions prisonniers.<br /> <br /> On a été à Drancy (Paris) pendant 4 semaines. C’était un ancien camp. Ils n’étaient pas encore bien organisés. <br /> Et puis, nous avons été expédiés à Sarrebruck dans une caserne française, occupée par les Allemands et puis à Metz, dans un fort. <br /> Et un beau jour, nous avons été expédiés en Allemagne. Ce qui est bête, c’est que nous avions nos vêtements civils dans nos valises. <br /> Mais à l’armée, il n’y avait plus d’organisation. Qu’allait-on devenir, on n’en savait rien. <br /> Des militaires d’Ochamps, des plus anciens, sont revenus et n’ont pas été faits prisonniers. <br /> C’était un peu la chance, qu’est-ce qu’il fallait faire pour bien faire. François, lui, est remonté en civil et a pu rentrer à la maison. <br /> <br /> En Allemagne, on a commencé dans une fabrique de moellons. C’était un travail tout à la main, <br /> les moellons étaient faits avec du « bims », un gravier léger qui venait des rives du Rhin. <br /> Là, c’était la discipline ! Le matin on t’ouvrait la porte, tu allais travailler jusqu’au soir et il fallait rentrer pour 6 heures, <br /> à la fermeture des portes. Il n’y avait guère de liberté. Un beau jour, ils sont arrivés à la fabrique, on était 30 ou 40. <br /> Ils ont demandé des volontaires pour aller travailler dans des fermes. On s’est dit que cela ne devait pas être pire.<br /> Je suis tombé dans une bonne famille. C’était une région assez calme avec des petits villages. <br /> Moi, je faisais partie du commando de Hausen, n° 1222 A. Nous étions de 25 à 30 prisonniers. Le soir, on devait rejoindre son commando pour dormir. <br /> On logeait dans une salle de théâtre. La sentinelle qui nous surveillait, logeait dans une espèce de pigeonnier au-dessus de nous. <br /> C’est une petite pièce que l’on voit dans les salles de théâtre.<br /> Certains se sont enfuis et nous après, nous avons dû attacher nos chaussures et notre pantalon sur une barre, que la sentinelle faisait monter en tirant sur une ficelle attachée à une poulie. Le matin, elle redescendait nos affaires. <br /> C’était une personne assez jeune qui avait déjà été au front et qui était revenue un peu handicapé. Il avait été recasé là. <br /> Lorsque je revois le film « La vache et le prisonnier » avec Fernandel, je revois des choses qui se sont passées comme pour nous. <br /> Au début, on se posait la question : « Quand est-ce que nous rentrerons chez nous ? » <br /> On pensait rester quelques mois, l’année suivante, on s’est dit que ce serait l’année d’après et pour finir, cela a duré 4 ans <br /> en plus du temps passé à la fabrique. Nous autres, comme prisonniers, nous n’avions besoin de rien. On avait même un petit salaire. Il y en avait même qui renvoyaient de l’argent chez eux. On était considéré comme des travailleurs obligatoires.<br /> Il y avait un petit tracteur d’une vingtaine de chevaux.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/harnould_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’exploitation était moyenne, ils avaient eu la fantaisie d’acheter un petit tracteur malgré le fait qu’il y avait encore des chevaux. Et alors, du mazout, tu en avais au compte-gouttes. Là-bas, c’étaient toutes petites fermes, ils attelaient même les vaches et les bœufs. Le travail était principalement manuel. Surtout au début, le râteau, la fourche, il n’y avait pas de machine, cela ne valait pas la peine d’acheter des machines. Là où j’étais, il y avait quand même une moissonneuse-lieuse, c’était déjà un peu perfectionné. Il y avait des maisons où il y avait trois ou quatre vaches, alors, ils attelaient les vaches. Certains avaient des prisonniers pour les aider, ceux qui en avaient besoin. Les trois quarts des maris étaient partis à la guerre. La commune organisait cela. Ceux qui avaient besoin était aidés par des prisonniers parce qu’en Allemagne, il fallait que cela rentre aussi, que les fermes produisent. Tous les prisonniers se déplaçaient à pieds. Le travail était celui de la ferme. En hiver, lorsqu’il y avait beaucoup de neige, on allait aux bouleaux pour faire des balais, pour en avoir en été.<br /> <br /> Dans les fermes, on était bien nourri, on côtoyait des gens, c’était plus agréable. Quitte à être prisonniers, que ce soit le plus agréablement possible. Pour écrire à la famille, nous avions reçu des lettres imprimées exprès. On avait une lettre par mois. Ils faisaient aussi des cartes postales pour envoyer à la famille, mais pour nous, c’était surtout des souvenirs : Noël en Allemagne, prisonniers On parlaient un peu l’allemand des villages, il fallait bien. Il y en avait qui étaient un peu réticent au départ, mais à la longue, il a bien fallu. Ça a duré tellement longtemps. Je comprends mieux ceux que j’ai côtoyés en Allemagne. Ils ont l’habitude de parler pour que je puisse comprendre. On a rencontrés des jeunes filles allemandes, mais on ne pouvait pas leur parler. C’était interdit. Mais dans les petits villages… On était au courant de l’évolution de la guerre par les civils. Il y en avait qui ne pouvaient mal de raconter. Ils devaient être méfiants par rapport aux vrais Allemands, aux vrais Nazis. Mais pour nous, comme nous étions dans les fermes, nous n'étions pas à plaindre. Naturellement, on devait faire leur boulot, on était leur domestique. Nous n'avions qu’une chose à faire, c’était de faire ce qu’ils nous demandaient de faire. Nous n'étions pas commandés grossièrement. Il y en avait qui étaient dans des fermes à tendance hitlérienne, ils étaient considérés comme des riens du tout. <br /> <br /> On a été libéré lorsque les Américains sont arrivés. Nous autres, nous étions près du fameux pont de Remagen. On était à 10 kilomètres de là. Ils ont mis du temps pour le prendre, ça a chauffé. On était dans des abris que l’on avait faits un peu plus loin que le petit village. C’était un hameau, il y avait 6 maisons. Les Américains nous ont libérés et nous ont conduits à l’arrière. Au début, ils nous prenaient pour des Allemands, ils n’étaient pas certains que nous étions prisonniers. J’ai fait des kilomètres comme cela, les mains sur la tête. Je me suis dit, si c’est cela les Américains. Et puis, derrière le front, nous avons contacté des officiers américains et ils ont quand même compris, nous leur avons fait comprendre que nous étions des prisonniers et non pas des Allemands déguisés. Mais au départ, on a eu affaire à des « gaillards », l’armée américaine était constituée de toutes sortes de gens, surtout ceux qui se trouvent en première ligne. C’est pareil dans toutes les armées, ils envoient se faire tuer les minorités, les noirs, … Le fils de mon patron, Hermann, qui était dans la cavalerie, a été prisonnier en Normandie. Il est resté en Amérique jusqu’en 48. Dans toutes les maisons, les jeunes étaient partis. Chez la sœur de la dame où l’on va encore, son mari a eu trois frères qui ont été tués. Et chez Honningen, Maria, trois frères. Et le frère d’Hermann, il était revenu en congé de Russie vers 43, j’avais été avec lui pour porter ses valises jusqu’à l’arrêt du car. Il m’avait dit « Je ne reviendrai jamais plus ». Quinze jours après, un garde champêtre est venu avec un avis. Herman avait un autre frère qui était docteur, lui n’était pas à l’armée. Il est venu me voir ici à Ochamps et nous a dit qu’il était venu car j’étais fort gentil. Ces familles-là ne demandaient pas que l’on prenne leurs enfants. Quand on est revenu, l’armée nous a mis en congé. </p><br /> <br /> Sources Internet<br /> <a href="http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf">http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf</a> Fri, 03 Feb 2017 20:50:20 +0100 L'exode de Julien HERMAN en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/hermanjulienpetit.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">J'avais alors onze ans et trois mois et j’habitais rue de Battice à Petit-Rechain, exactement en face du garage des autobus"Le Perron".<br /> <br /> Cette nuit-là, celle du 9 au 10 mai 1940, mon sommeil, profond et paisible comme celui de tous les gosses, s'achevait sur un rêve. Ma mère, penchée sur moi, me disait...<br /> J'ouvris les yeux. Non, ce n'était pas un rêve ! Un intense vrombissement, bien réel, emplissait l'air, faisant vibrer la maison. Au clocher de l'église, les sirènes hurlaient lugubrement. Penchée au-dessus de mon lit, ma mère me disait d'une voix toute tremblante: "Lève-toi m'fi, c'est la guerre !"<br /> <br /> La guerre ???! Pour moi, la guerre, c'était autre chose que ce qu'elle semblait être depuis le 3 septembre l939: quelques escarmouches entre patrouilles françaises et allemandes en avant de la Ligne Maginot; cent mètres de terrain conquis puis abandonné; quelques images du "front", dont je me délectais lorsque ma grande soeur Berthe (21 ans), rentrant de son travail à Verviers, rapportait l'hebdomadaire "Match".<br /> <br /> Pour moi, la guerre, c'étaient les crimes abominables des soldats allemands en l9l4, les odieux massacres perpétrés par eux à Herve et en cent autres lieux, la longue nuit de quatre années d'occupation, avec ses restrictions alimentaires, ses contrôles, ses vexations, ses arrestations, ses fusillades. Car, maintes fois, j'avais entendu déjà, le récit de toutes ces horreurs: alors que, âgé de quelque quatre ans, sagement assis sur un "passet" dans un coin du salon de coiffure de mon père, rue Moreau, 58, à Herve, j'écoutais la conversation des "grands", témoins ou presque victimes, vingt ans plus tôt, de la Furor Teutonicus retardée "nach Paris" par l'artillerie du fort de Fléron.<br /> <br /> J'ouvre donc d’abord ci-après une longue parenthèse pour relater les événements vécus par mon père au début de la première guerre mondiale: <br /> <br /> Ainsi, le samedi 8 août l9l4 dans la matinée, une importante colonne allemande (du 39e régiment d'infanterie de réserve) avait fait halte au "Malakoff", partie haute de Herve. <br /> La chaleur était accablante. Sciemment excitée par la légende de prétendus civils francs-tireurs, effrayée par la mortelle précision des canons du fort de Fléron, la soldatesque prussienne (au ceinturon marqué de "Gott mit uns": avec l'aide de Dieu, donc...) n'avait pas tardé à s'égailler un peu partout dans la ville et à y faire la démonstration de ses criminelles aptitudes. D'abord curieux - puisqu'on ne connaissait des Allemands que leur participation déterminante à la catastrophe du l8 juin l8l5 à Waterloo (pour le malheur éternel de la Wallonie) - les gens rentrèrent précipitamment dans leurs demeures dès les premiers coups de feu, et l'inquiétude croissait au rythme du crépitement des premiers incendies. L'auteur de mes jours, Arthur HERMAN, alors célibataire et âgé de 25 ans, habitait à l'angle même (côté Battice), de la rue Moreau et de l'avenue Dewandre, et exploitait là un salon de coiffure pour hommes. Avec lui vivaient: Aimé-Joseph HERMAN, mon grand-père (depuis quelques années abandonné par ma grand'mère); mon oncle Alfred; ma tante Francisca, mon oncle Constant; et ma tante Mariette, cadette de la famille et âgée de seulement l4 ans.<br /> Suivi de deux soldats, un officier allemand entra et, par signes, fit comprendre qu'il désirait se faire raser. Durant toute l'opération, les deux soldats, revolver au poing, tenaient mon père en joue. Au dehors, claquaient des coups de feu sans cesse plus nombreux; les ordres gutturaux des soldats se mêlaient à des cris d'épouvante ou de douleur. De plus en plus inquiet, mon père demanda à l'officier s'il y avait du danger. "Non, Mocheu, il n'y ba te danzé". Risquant néanmoins un coup d'oeil à l'extérieur en reconduisant ses trois indésirables visiteurs, mon père vit des soldats occupés à lancer des engins incendiaires dans la corniche de la maison ! Plusieurs cadavres de civils jonchaient la rue, où plusieurs immeubles flambaient comme des torches. Arthur HERMAN eut tout juste le temps d'entraîner ses proches dans la cave....<br /> Bientôt, les assassins/pillards/incendiaires envahissaient la maison où on les entendait vociférant et saccageant le mobilier à grands coups de baïonnette, avant de céder les lieux aux flammes. Les voisins immédiats allaient être, soit abattus sur place, soit poussés, comme du bétail, jusqu'au-devant de Mélen, lieu-dit "Labouxhe", pour être massacrés au bord d'une tombe qu'ils avaient été contraints de creuser eux-mêmes ! Parmi eux, des "francs-tireurs" (!) âgés de l3 ans à peine. Pourquoi la famille HERMAN, quant à elle, n'avait-elle pas connu, elle aussi, ce sort funeste ? La réponse à cette question relève du domaine des hypothèses. On sait que jadis, la porte de cave n'était, fort souvent, constituée que de quelques planches tapissées comme le mur où elle s'attachait; on est dès lors amené à supposer que dans leur folie destructrice, peut-être, de surcroît, embuée de vapeurs d'alcool, les tortionnaires Huns ne l'ont pas remarquée... On ne le saura jamais.<br /> <br /> Glacée d'effroi derrière ce frêle rempart, la famille HERMAN voyait approcher la phase finale. L'incendie faisait rage et la fumée commençait à s'infiltrer dans la cave. "Bijou, taisez-vous, n'est-ce pas !" commandait mon père à son chien, un petit bâtard très intelligent, d'habitude fort bruyant, mais qui, paraissant conscient de la gravité de l'heure, cette fois ne bronchait pas...<br /> Tout à coup, dans un fracas sinistre, la maison s'effondrait, précipitant des éboulis et de la poussière sur les escaliers de la cave, dont la voûte, toutefois, tenait bon. Néanmoins, l'atmosphère devenant irrespirable, mon grand-père dit: "Récitez votre acte de contrition, mes enfants, nous allons mourir » !". Mais puisqu'il fallait mourir, chacun fut d'avis que mieux valait tenter une sortie et mourir ensuite à l'air libre . A coups de hache, mon père trancha la traverse en bois qui barrait le soupirail et risqua un regard dans la rue: elle était déserte. Prudemment, tous se hissèrent hors de la cave et s'éloignèrent en hâte de ce qui avait été leur foyer. Avec pour seule richesse les vêtements qu'ils portaient sur eux, les pitoyables sinistrés gagnèrent le bas de la ville, où les incendies faisaient toujours rage. De là, par Elvaux et Manaihant, ils parvinrent à Petit-Rechain, puis furent accueillis par les autorités communales de Dison et provisoirement installés dans une maison de la rue de Rechain.<br /> <br /> Ces atrocités allemandes de l9l4 traversèrent mon esprit tel un éclair fulgurant, cependant que je bondissais de mon lit, en cette aube radieuse du 10 mai 1940. Enfilant en vitesse mes vêtements, je courus à la fenêtre, où m'attendait un spectacle tout nouveau pour moi: des dizaines d'avions passaient à haute altitude, volant plein Ouest et laissant, sur l'azur du ciel, de longues traînées blanches de condensation. A travers leur intense bourdonnement, je perçus tout d'abord les voix familières des voisins, eux aussi réveillés et scrutant le ciel. "Regardez un peu ici !" "Regardez un peu là-bas !" Toute la maison était d'ailleurs en émoi. Mon frère Joseph dévalait de la mansarde où il couchait. Ma soeur Berthe quittait tout juste la chambre qu'elle partageait avec ma grand'mère maternelle, tandis que ma mère s'efforçait, tout en l'habillant, de rassurer mon petit frère Henri, infirme de 4 ans et demi, incapable de se lever sans aide, et dès lors plus traumatisé que quiconque par ce remue-ménage inquiétant. Je fus bientôt dans la rue, où mon père s'était joint aux nombreux badauds intrigués. Il était, je pense, environ 5 heures du matin. Les escadrilles continuaient à passer imperturbablement. De temps à autre, comme pour rectifier son alignement dans la formation, un avion virait en miaulant, puis le ronronnement reprenait son rythme régulier, menaçant...<br /> <br /> Le temps passait vite, tandis que la nouvelle courait de bouche en bouche: "C'est la guerre !" Une nouvelle dont nul ne connaissait l'origine. Mais qui donc prétendait que c'était la guerre ? Car, quelle était la nationalité de tous ces avions ? Où allaient-ils ? D'où venaient-ils ? Du reste, Adolf Hitler, Führer de l'Allemagne, ne venait-il pas encore de garantir, de la manière la plus formelle, la neutralité de la Belgique ? Si bien que la veille, le jeudi 9 mai, toutes les permissions et congés avaient été rétablis dans les casernes belges. Et, dans une atmosphère dès lors plus sereine, André BASTAGNE, fiancé de ma sœur, soldat-milicien de la classe l939, avait regagné la caserne du fort de Battice après nous avoir dit - on l'évoquerait plus tard comme une sorte de prémonition - : "Jusqu'à demain...ou après...ou après...ou après...". De toute manière, dimanche ce serait la Pentecôte, une fête de deux jours que la température véritablement estivale rendait pleine de promesses.<br /> <br /> On se rappela subitement - mon futur-beau-frère l'avait déclaré maintes fois - que l'incendie des baraquements/caserne abritant la garnison de Battice serait le signe confirmant avec certitude l'état de guerre. Je courus aussitôt sur la chaussée de Battice, jusqu'à l'endroit dénommé "Pont d'Arcole", près du château d'eau de Petit-Rechain. De ce lieu situé à moins de 100 mètres de notre habitation, la vue portait, au N-E, jusqu'aux abords de Battice. Quelques villageois du coin fixaient l'horizon, atterrés, incrédules: les baraquements du fort de Battice étaient en flammes ! Le ciel était entre-temps redevenu silencieux, mais le doute ne semblait pourtant plus permis: c'était la guerre. Et j'avais très peur...</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/casernebattice1.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Casernes marquées de la lettre X</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Je ne mangeai rien, ce matin-là; tout au long de mon existence, il en serait d'ailleurs ainsi dans mes moments d'intense émotion. Ma soeur "tchoulait" (pleurait) beaucoup. Ce n'était qu'un début, mais ne comprenant encore rien à l'Amour, j’allais devoir m’y habituer..<br /> <br /> <strong>Vendredi 10 mai 1940</strong>, six heures du matin. Une détonation déchire un silence sans cesse plus pesant: le fort de Battice ouvre le feu ! Des années plus tard, on apprendrait que la première victime de ce premier coup de canon avait été...le Commandant du fort, le Major Bovy, dont une rue de Battice honore la mémoire pour les générations futures. Gravement malade et hospitalisé à l'Hôpital Militaire St-Laurent à Liège, il avait, dans la nuit, exigé d'être, sans délai, ramené au fort; et alors qu'il transmettait à la coupole l'ordre du premier tir, il avait été foudroyé par une crise cardiaque.<br /> <br /> Mais le décor était planté; on pouvait lever le rideau sur la deuxième tragédie du 20e siècle. Ainsi, ce fort, ce géant de béton et d'acier dont les pieds prenaient appui à quelque 35 mètres sous terre et dont les massives casemates avaient tant de fois exalté mon imagination d'enfant, il allait servir, comme ses semblables de la ceinture fortifiée de Liège en l9l4, à barrer aux Allemands la route de Paris ! Essayer, à tout le moins...<br /> <br /> Ma soeur se décida à aller aux nouvelles chez les parents de son fiancé; ils habitaient à peu de distance, au terminus même du tram n° 2 "Rechain-Dison-Stembert" (ce bon vieux tram ronronnant, appelé, par le "progrès", à être remplacé en l962 par un autobus polluant...). Eux savaient parfaitement à quoi s'en tenir. Et il s'avéra que c'est par eux que s'était propagée dans le village, jusqu'à nous finalement, la fatidique nouvelle "C'est la guerre". Voici comment: Au Fort, André BASTAGNE avait été commandé, dans la nuit, pour descendre à vélo jusqu'à Verviers, afin de remettre en mains propres à une douzaine de militaires de carrière, l'ordre de rejoindre d'urgence. Mission accomplie, il était parvenu, en tirant quelques coups de pistolet, à... réveiller ses parents pour les informer. Après leur avoir abandonné sa bicyclette, il avait arrêté une voiture automobile pour regagner Battice au plus vite. D'abord incrédule, et supposant même, face au pistolet braqué, qu'il était l'objet d'une agression, le chauffeur (qui se rendait en vacances...) s'était exécuté, avait donc fait demi-tour à l'entrée de Battice et était reparti vers Verviers, pleins gaz...<br /> <br /> Nous attendions impatiemment le "journal parlé" de la radio; de l'INR, ainsi qu'on désignait alors la radio "nationale" avant qu'elle devînt la R.T.B., puis en l977 - reconnaissant enfin notre véritable identité d'enfants de la France - la r.t.b.F...<br /> <br /> A 6 heures 30, succédant à l'indicatif musical familier (quelques notes de "Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille", de Grétry) et à la ritournelle de notre mensonger et macabre hymne "national", une voix grave sortit de notre premier récepteur de T.S.F., un SBR que mes parents avaient acheté en été l938, alors qu'un certain Hitler, synthèse des nouvelles aspirations "touristiques" du peuple allemand, commençait à se mettre en vedette de l'actualité politique. <br /> Quarante ans plus tard, je ne me souviens plus de tout ce qu'a pu raconter ce "journal parlé" historique, mais je garantis, mot pour mot, l'exactitude de sa première phrase, jaillie par tant de fenêtres déjà ouvertes sur un matin radieux: "Sans ultimatum, sans note, l'Allemagne a attaqué ce matin, la Belgique, la Hollande, et le Luxembourg". <br /> Dans le même communiqué, une autre phrase nous frappait comme une agression personnelle car elle concernait le terroir ancestral: "La gare de Jemelle est en flammes". Ce fut à partir de ces informations de source officielle que le village prit une physionomie nouvelle. Bientôt, les premiers fuyards se mirent à passer vers l'Ouest, à pied, à vélo, en voiture parfois. Isolément ou par familles entières, lourdement harnachés de sacs, ployant sous d'énormes valises, à la fois muets d'inquiétude et ravis d'être en route...vers l'Inconnu. C'est quand je voyais passer ces gens que ma propre détresse augmentait, car, fort curieusement, c'est dans la présence de tiers que je trouvais quelque réconfort. Ma famille seule ne me rassurait pas, et je ne cessais de gémir pour que l'on se mît en route, nous aussi, comme un tel, comme les X, comme les Y, comme les Z, que je venais de repérer dans le cortège sans cesse plus nombreux des heureux "partants". Mais j'avais beau pleurer et supplier, mes parents semblaient indifférents à la panique se généralisant, tout au moins au réflexe moutonnier bien connu. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi mon père, témoin de la barbarie allemande en l9l4, ne paraissait pas la redouter en 1940. Peut-être n'était-ce que l'appréhension de falloir courir les routes avec son enfant infirme, qui motivait ses hésitations.. ( ? ).<br /> <br /> L'exode moderne, celui de 1940, était donc bien en cours, sur un fond de détonations de plus en plus nourries lesquelles, nous parvenant des quatre points cardinaux, indiquaient que l'artillerie de Battice n'était plus seule dans la danse. Tantôt, c'était un coup sonore et sec tel un coup de départ, tantôt c'était comme le rugissement d'une arrivée, où on croyait même parfois déceler une dégringolade de pierres et de briques. Où ? Impossible de le supputer. Des avions vrombissaient à nouveau très haut dans le ciel, mais plus dispersés qu'à l'aube. Pas un instant, l'idée ne m'effleura d'aller voir si l'école était ouverte, alors que l'heure de m'y rendre était déjà passée: les événements rendaient cette chose dérisoire.<br /> <br /> Ce matin-là, Walthère DEROUAUX, le brave garde champêtre de Petit-Rechain, avait fort à faire, on le devine. Il courait partout, l'air grave et soucieux. Il vint chez nous pour notifier à mon grand frère Joseph (l8 ans et demi), l'ordre de se présenter au rassemblement des jeunes gens du village, évacués obligatoires parce que proches de l'âge de porter les armes (officiellement désignés comme C.R.A.B.). Peu après, ayant réuni un peu de linge et quelques victuailles, Jojo nous embrassa et alla rejoindre ses camarades; un autobus du "Garage du Perron" les emmena vers une destination inconnue. Mes onze ans ne perçurent évidemment pas combien ce départ fut pénible pour mes parents, voyant leur fils - un enfant encore - déjà et brusquement sélectionné pour la guerre, pour la mort peut-être. Le départ de "grand frère" me troubla donc peu, me valut même un brin de jalousie pour celui que son âge habilite à "rendre les coups", et...accrut encore ma peur ainsi que mon exaspération devant mes parents toujours indécis. Sans cesse dehors et constamment aux aguets, je ne perdais rien des préparatifs des voisins proches, ni de leur départ. Lentement, inexorablement, le quartier rue de Battice (la nôtre !), rue de Dison, rue Bonvoisin, rue L-B Dewez, place Xhovémont, se vidait de ses habitants. Seuls restaient généralement quelques vieillards, inconscients du danger ou peu attachés à un avenir que l'âge...plaçait déjà fort loin derrière eux.<br /> <br /> Quelques soldats belges à vélo arrivèrent de la direction de Dison; harassés par l'effort de la montée sous un soleil déjà ardent, ils mirent leurs fusils en faisceaux et se laissèrent choir juste sur le trottoir assez large qui courait devant nos fenêtres, dans l'ombre de la maison. C'étaient des gars porteurs du béret bleu foncé; on les appelait des "garde-frontière". A mon vif désappointement, ils ne tardèrent pas à se remettre en route, vers Battice.<br /> <br /> Puis ce fut l'arrivée inopinée du frère de ma mère, mon oncle Albert FASSOTTE. Tôt le matin, à vélo, avec ma tante Louise transportant ma cousine Irène (5 ans et demi), il avait quitté son domicile de Herbesthal, commune de Lontzen - territoire assurément prussien, objet des manigances des politiciens de l8l5 et de l9l8 - que les Allemands n'allaient pas tarder à récupérer en priorité; après avoir mis en lieu sûr femme et fille chez ma tante Barbe et marraine, rue du Paradis à Andrimont, il venait embrasser sa mère avant d'aller faire son devoir.<br /> <br /> Je n'appréciai guère la visite de l'oncle, compte tenu du nouveau retard qu'elle apportait à notre éventuel départ: décidément, seuls les membres de ma famille ne semblaient pas pressés de fuir vers l'Ouest. On discuta des événements, des perspectives, des nouvelles et des rumeurs. Que de temps encore perdu, alors que, pour sûr, les Barbares s'avançaient vers nous!<br /> <br /> Enfin, décidée, en tout état de cause, à se retirer dans sa maison qu'elle possédait encore "à Halleur", actuelle route de Mariomont, territoire de Stembert, ma grand'mère s'ébranla, bientôt suivie par son fils. Quelle heure était-il à ce moment ? Dix heures du matin, je pense.<br /> <br /> Ma soeur avait rapporté la nouvelle que les parents de son fiancé se préparaient à partir, eux aussi. Mes parents décidèrent alors que nous partirions ensemble. Alleluia ! On ne dut pas insister pour me faire aider aux préparatifs, lesquels furent seuls capables de me faire quitter le rue, où j'errais depuis l'aube. Les choses à emporter ne manquaient pas, d'autant que dans l'appréhension lucide de la dernière, la toute dernière guerre (pour préserver, selon la motivation classique, les valeurs de la civilisation chrétienne), ma mère avait stocké au rez-de-chaussée (réservé à ma grand'mère car nous occupions alors l'étage de l'annexe de la maison),notamment, des haricots, du sucre, du macaroni, du savon même. Mais pour ne pas avoir bien compris le problème des priorités, j'eus droit à une sévère réprimande à l'instant où je glissais sereinement dans l'une des valises,...mes albums d'images "Chocolat Aiglon" ! C'était, à l'époque, tout mon patrimoine mobilier. A regret, je dus retirer mes albums.<br /> <br /> Et le chat ? Un beau "Arlequin" qui me regarda, fort perplexe, quand, dûment autorisé, je lui allongeai dans le coin de notre petite cour, un énorme beefsteak qui…ne lui était normalement pas destiné..<br /> <br /> Toutes dispositions prises...sauf - erreur funeste - retirer de notre petite vitrine rue Bonvoisin, quelques bouteilles de liqueur et d'alcool dont nous avions un dépôt, on ferma les portes à double tour et on partit. Enfin ! Il était plus d'onze heures. A l'affût près de la fenêtre de leur appartement au 2e étage rue Nicolas Arnold, les parents du fiancé de ma sœur nous virent descendre la rue Laurent-Benoît Dewez, et ils se joignirent aussitôt à nous, avec leur chien cocker qu'on appelait "Roda". Ma mère conduisait une poussette où "Lily" (ainsi avait-on toujours désigné mon petit frère Henri) se recroquevillait toujours davantage à chacune des détonations qui continuaient à accompagner notre progression vers le village de Grand-Rechain. D'où tirait-on ? Sur quoi ? Impossible de le deviner. Mon père conduisait une autre poussette, de construction plus sommaire, dont les accoudoirs supportaient deux énormes valises pleines à craquer. Ma sœur Berthe cheminait, tenant son vélo à la main. J'emmenais, moi aussi, mon vélo, tantôt marchant à côté, tantôt roulant quelques dizaines de mètres en avant de notre petit groupe. Des couvertures étaient arrimées sur chaque porte-bagages. Il faisait un temps superbe et déjà chaud, mais ma satisfaction fut de brève durée. <br /> A peine avions-nous dépassé la place du village de Grand-Rechain que nous butions contre l'une de ces obstructions déjà préparées depuis de longs mois, et qu'on appelait une "chicane": énorme mur à peine interrompu, barrant la route de part en part, quasiment d'une façade à l'autre ! Impossible, avec une poussette, de se faufiler de l'autre côté... Le temps des adieux était donc déjà arrivé.<br /> <br /> A cinq, nous nous dirigeâmes vers le cimetière de Grand-Rechain, direction Tribomont. Mes parents paraissaient avoir décidé de gagner Cornesse dans un premier temps. A Cornesse en effet, quelques mois auparavant, ils avaient acheté (dans l'angle N-O de la place de l'Eglise, un peu en retrait) une vieille maison à restaurer. Complètement désemparés par la maladie de Lily (sur laquelle les médecins ne pouvaient...ou ne voulaient mettre un nom), ils caressaient le chimérique espoir que "le bon air" de Cornesse arrangerait les choses. Depuis les premiers signes du printemps, mon père passait tous ses loisirs dans cette vieille bicoque. Le dimanche après-midi essentiellement, dès fermeture de son salon de coiffure, il enfourchait son vélo traînant une petite remorque bricolée, où s'entassaient seau, pelle, bêche, râteau, et objets divers jugés utiles aux travaux en cours; il ne reparaissait qu'à la tombée de la nuit. Certains jours, après son travail à Ensival, Jojo, mon grand frère, se rendait également là-bas où il avait entrepris le renouvellement intégral de l'installation électrique.<br /> <br /> C'est donc à Cornesse qu'on allait, nous éloignant du secteur d'opérations du fort de Battice...pour nous enfoncer dans celui du fort de Tancrémont, qui, lui aussi, y allait de bon cœur. Banggggg! Banggggg ! A chaque nouvelle détonation, nous courbions instinctivement l'échine et accélérions l'allure. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère, cependant que Lily, qui avait demandé qu'on relevât la capote de sa poussette, s'y engonçait toujours un peu plus, muet de peur. Berthe sanglotait de temps à autre; comme moi, elle eût souhaité poursuivre la route avec les parents d'André, dont la compagnie, sans doute, la rassurait quelque peu, elle aussi. Hélas, la chicane avait modifié le programme, si tant est qu'on pût parler de programme. Car, alors que, laissant sur notre gauche le Château de Sclassin, nous coupions la route Ensival-Soiron, ma mère décida... qu'on allait s'arrêter à l'Hospice St-Germain tout proche, pour y saluer la cousine Catherine ! D'un âge fort avancé, cette personne était, je pense, une cousine germaine de Barbe, ma grand'mère maternelle, et ROUFOSSE comme elle. L'une ou l'autre fois, elle nous avait rendu visite à Petit-Rechain, mais, à mon sens, cela ne constituait pas une excuse valable pour retarder davantage, en ces heures graves, une progression qui m'avait tout l'air d'un "chemin de croix". La vue de la cousine Catherine m'agaçait d'ailleurs toujours prodigieusement, et l'impitoyable cruauté de mon âge se trouvait encore exacerbée par l'atmosphère menaçante de ce 10 mai 1940. Pourquoi ? Eh bien parce que la cousine Catherine, ma parente, outre sa très petite taille, sa tête toute menue, son visage profondément ridé et sa bouche édentée, avait un crâne aussi glabre que Yul Brynner... et qu'elle "camouflait" par un vilain filet aux mailles épaisses ! Un filet de camouflage, quoi... <br /> <br /> Pendant les palabres prévisibles, je trompai mon impatience en faisant à vélo quelques tours au-devant de la Maison de Retraite.<br /> <br /> Enfin, on se remit en route et on atteignit Cornesse, qui semblait abandonné de presque tous ses habitants. Contrastant avec la chaleur qui régnait à l'extérieur, une fraîcheur quasi bienfaisante nous assaillit dès le seuil de notre future maison; impression à quoi se substitua bientôt une odeur de renfermé, de vieux, de plâtre, et de ciment, qui était habituelle à l'endroit. On commença par descendre dans la cave, le vélo de Berthe, puis le mien. On se débarbouilla sommairement, et, sans doute, prit-on quelque nourriture, la première de cette journée, pour ce qui me concerne. On en profita pour inspecter l'état d'avancement des réparations en cours; rentrant brusquement dans la première pièce, là où quelques jours plus tôt, mon frère avait posé interrupteurs et prises de courant, j'y surpris mes parents pleurant doucement... Car où était Jojo, à cette heure ? Mais sapristi, qu'est-ce qu'on a bien pu foutre là, dans cette maison/chantier, pour parvenir seulement en début de soirée, via "Cromhaise" et le chemin du Bois d'Olne, sur la route de Soiron à Nessonvaux, au carrefour de la route de Froidbermont/Olne. A cet endroit précis, nous eûmes la surprise de rencontrer Monsieur MOXHET, père de mon petit camarade Henri. Arrivant de Kortrijk (!) où sa profession le retenait tout au long de la semaine, il se traînait vers son domicile de Petit-Rechain, où sa famille résidait place Xhovémont. Traversant l'agglomération de Nessonvaux/Fraipont, nous arrivâmes, par la nationale 39, à la chaussée Verviers-Liège, la nationale 3l. Mon père nous désigna sur la gauche, une maison, à l'intersection même de ces deux voies publiques: c'était la maison, déserte et fermée, de sa sœur, ma tante Mariette épouse d'Alexis DERREZ (à cause de ces classiques et absurdes brouilles qui déchirent les familles, je ne devais faire sa connaissance qu'en l945).<br /> <br /> On tourna à droite vers Liège, suivant à présent la vallée de la Vesdre, plein Ouest enfin ! Les collines entre lesquelles nous avancions répercutaient sinistrement, en un grondement sans fin, le bruit du canon. Comme les vélos avaient été intentionnellement planqués à Cornesse, Berthe et moi avions les mains libres pour, de temps à autre, aider à propulser la poussette de Lily ou celle qui transportait tous nos biens. On avançait en silence, aussi vite qu'on pouvait, précédés et suivis de groupes d'autres fuyards pareils à nous-mêmes. <br /> On atteignait, à ce moment précis, l'extrémité Ouest de l'endroit dénommé "Longtrat", là où la voie ferrée tangente la route; nous suivions d'assez près un groupe au sein duquel, sur une charrette à main, un vieillard était étendu. Mon père ralentit quelque peu l'allure et nous souffla, à voix basse: "Lu pôv' vî homme vé d'mori..." .( le pauvre vieillard vient de mourir…). Ce fait allait demeurer gravé dans ma mémoire, et, au fil des années, j'eus plusieurs fois le désir de satisfaire ma curiosité. Qui était ce malheureux dont, sans nul doute, le décès avait dû être déclaré à la mairie du lieu, celle de Forêt en l'occurrence ? C'est en l977 que l'occasion m'a été donnée d'apprendre, par l'acte de décès, qui était ce pauvre vieux: "MINEUR Jacques Paschal, veuf PIRON Marie, né à Verviers le 6 septembre l868, domicilié à Verviers, rue de la Vesdre, l2, décédé à "Longtrat" le 10 mai 1940 à 6 h et demie du soir".<br /> <br /> Ma mémoire n'a pas retenu qui ou quoi, à l'entrée dans Trooz, nous a dirigés vers l'école du hameau de La Brouck, déjà envahie par de nombreux "réfugiés"; ni si nous absorbâmes là, en guise de souper, quelque nourriture. Il m'est resté, par contre, que nous passâmes la nuit dans une classe, recroquevillés sur l'estrade, assurément trop étroite, où ma mère avait étendu une couverture. Ainsi, en l'espace de quelques heures, une classe de l'école de La Brouck était devenue la chambre à coucher commune de gens venus d'un peu partout, nivelés par la peur, l'angoisse du lendemain. <br /> De formidables détonations se succédaient quasi sans interruption, des "bangggggggg" secs et sonores accompagnés de fulgurants éclairs; des initiés les attribuaient aux canons du fort de Chaudfontaine, accroché, en effet, tout là-haut, presque au-dessus de notre misérable abri. Détonations et longs éclairs se suivaient comme en un effroyable orage. Ces lueurs menaçantes me donnaient l'occasion d'apercevoir un bref instant mes voisins; parfois, c'était le faisceau de la lampe de poche de quelqu'un qui se rendait aux toilettes. Mon petit frère Lily devait être "mort de peur"; "Maman !?" chuchotait-il sans cesse. "Je suis là, mamé", répondait ma mère tout en s'évertuant, rassurante, à saisir sa pauvre petite main de myopathe à l'avenir si court... Des bébés pleuraient. Tout cela avait quelque chose d'hallucinant, d'irréel. La nuit me parut interminable bien qu'on ignorât de quoi serait fait le lendemain. Meurtri par une position inconfortable, j'aspirais tout naturellement à me lever et à partir, à fuir plus loin. Ma vieille habitude d'avoir l'appétit coupé par un événement dramatique joue, une fois de plus, un sale tour à ma mémoire puisque, pas plus qu'au soir du 10 mai 1940, je n'ai, semble-t-il, ingurgité quoi que ce soit à l'aube du 11 mai ! Ce n'est pas possible assurément.<br /> <br /> Nous nous remîmes en route, très tôt sans doute, débouchant sur la nationale 3l, direction "Liège", par la passerelle des "Laminoirs de la Rochette" (chaque fois, la vue de cette passerelle déclenche dans ma tête, la projection du film de ces mémorables journées). On avançait bien, courant parfois une dizaine de mètres lorsqu'un crépitement insolite y incitait naturellement. Je n'éprouvais nulle fatigue, l'énergie étant fournie par mon souci de distancer l’envahisseur, que je ne connaissais encore que de réputation. On finit par arriver à hauteur du pont de Fragnée, vers lequel de nombreux civils se précipitaient. Une clameur nous parvint alors plus précise: "Allez, allez, dépêchez-vous, le pont va sauter !" criaient une poignée de soldats belges. On fonça, tête baissée, vers l'autre extrémité du pont puis on se dirigea vers Cointe, au hasard des rues. Rafales. Des balles me semblèrent frapper le pavé à peu de distance, avec un claquement sec. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère. Bien que la rue monte, on accélère l'allure. Vers la fin de l'avant-midi, nous progressions dans la rue St-Nicolas, où, comme en d'autres lieux, des gens sur le seuil de leur habitation regardaient passer, apitoyés, les groupes de ceux qu'on appelait des "évacués". <br /> Une petite femme laide, bossue, nous regarda alors que nous faisions halte un court instant sur son trottoir pour rajuster quelque peu le chargement de valises déséquilibré par les cahots. Sans doute jugea-t-elle Lily bien grand pour occuper une poussette puisqu'elle demanda à ma mère: "Qu'a-t-il, Madame, votre petit garçon ?" "Il ne marche pas !" répondit ma mère. "Mon Dieu ! Mais ne continuez pas, cela ne sert à rien. Entrez chez moi..." dit-elle alors. Nous étions prêts à poursuivre notre chemin, mais elle se fit si gentiment insistante qu'après quelques instants d'hésitation, nous nous retrouvions, chez elle, l'objet du plus généreux empressement. Cette petite femme (née en l897), laide, bossue, mais au grand cœur, c'était "Germaine" BOURDOUXHE, rue St-Nicolas, 458, à Liège. <br /> Au rez-de-chaussée; la maison comportait une chambre à coucher en façade; une petite cuisine y faisait suite, donnant sur une cour. Au fond de cette cour et dans le prolongement du vestibule, un arrière-bâtiment abritait des locataires, un ménage de vieux pensionnés du nom de BERX, avec Virginie, leur fille célibataire. Un carrelage mural blanc ajoutait à l'exquise propreté de la cuisine où nous nous trouvions non seulement à l'étroit mais quelque peu gênés; beaucoup d'images pieuses et aussi, encadré, un poème célèbre consacré à la mère. Poème qui se terminait par: "Et le seul mal qu'elle puisse jamais nous faire, c'est de mourir et de nous abandonner...".<br /> Faut-il dire que la nouvelle situation ne "m'arrangeait" pas, mais alors pas-du-tout ! Ne faisant pas plus d'étapes que nécessaire, les Allemands allaient sûrement apparaître d'un moment à l'autre. Et puis ...toujours et plus que jamais traumatisé par la perspective de devoir ingurgiter des aliments non préparés par ma mère, je me demandais avec angoisse quel serait le premier menu là où nous nous trouvions à pension complète. Plus aucun souvenir ne me reste à cet égard. Probablement parce que, en revanche, je me rappelle très bien qu'ayant jugé très vite les qualités ménagères de ma mère, Madame Germaine lui avait aussitôt délégué tous pouvoirs pour diriger l'intendance, éliminant, du même coup, mes appréhensions particulières.<br /> <br /> Des gens, dans les équipages les plus divers, continuaient à se traîner vers l'Ouest. On entendait de fréquentes détonations dont nous ne pouvions déterminer la nature et l'origine. Nous étions sans nouvelles des combats, et, trop souvent à mon gré - je l'ai déjà dit - ma sœur versait des larmes sur le sort inconnu de son fiancé. Quelle était la situation du fort de Battice, que je n'hésitais pas, dans mon exaltation de gosse, à considérer véritablement comme "mon fort?! Reprenant mes habitudes d'indépendance, je ne tardai pas à effectuer des reconnaissances aux environs, rendant mes parents légitimement inquiets, car, sans nul doute, sur le territoire de Liège, rempart de Paris contre les Allemands, rempart de la France, le danger était partout présent. Reconnaissances peu excitantes d'ailleurs, puisque ce n'étaient que rangées monotones de maisons aux façades noircies, partiellement descendues dans le sous-sol instable truffé de galeries de mine; que halls d'usines; que terrils; que rues inégales en gros pavés, courant à travers des quartiers gris et tristes que la lumière intense d'un printemps toujours radieux ne parvenait pas à me rendre sympathiques. ô, Petit-Rechain ! ô, vertes prairies de mes ébats !<br /> <br /> Deux de ces reconnaissances apportèrent néanmoins quelque chose de concret. D'abord, j'eus l'occasion d'acheter dans une petite épicerie toute proche, le dernier bâton de chocolat ; c'était de l'excellent chocolat fondant, marque "Robin des Bois". Ensuite, je tombai pile sur un monsieur qui n'était autre que mon oncle Constant (frère de mon père), qui s'inquiéta de me voir circuler seul. A l'instar de nous mêmes et pas bien loin d'ailleurs, il était hébergé avec sa famille chez d'autres Liégeois au cœur généreux. Rencontre fut convenue, avec promesse de passer chez lui à Bois-de-Breux/Jupille s'il nous arrivait de nous replier vers l'Est, ce dont il n'était pas question à ce moment ! Je flânais un peu dans toutes les directions. De l'extrémité de la rue de la Coopération, on apercevait au loin la ronde d'avions allemands en piqué sur ce que Madame Germaine affirmait être le fort de Hollogne-aux-Pierres. Plusieurs fois, un vacarme insolite nous fit plonger dans la cave; protection combien illusoire puisque, non seulement elle n'était pas voûtée, mais assise sur un sol véritablement mouvant, où, selon Madame Germaine, on pouvait entendre parfois le bruit des mineurs au travail juste au-dessous ! <br /> <br /> Nous couchions dans la pièce en façade, au rez-de-chaussée, Madame Germaine à l'étage. Ma place était au pied du lit et en travers ! La fenêtre à rue était grande ouverte, mais on avait complètement descendu le volet mécanique. Il faisait chaud, l'air manquait, et, malgré mon jeune âge, dormir consistait à attendre le jour... <br /> <br /> Une nuit, (je pense que c'était celle du l2 au l3 mai, notre deuxième nuit rue St-Nicolas), un charroi infernal passait en trombe devant la maison, et, de temps à autre, on entendait vociférer en allemand. Tout à coup, quelqu'un heurta violemment du poing contre le volet en criant avec impatience: "Le chemin te Pièrzè !?" "Le chemin te Pièrzè !?"... Bref instant de panique générale dans notre "chambre à coucher" plongée dans la plus totale obscurité; puis, retrouvant des aptitudes linguistiques sans emploi depuis un quart de siècle (et trouvant en même temps le chemin de Bierset...), ma mère cria: "Gerade aus !" (tout droit). Lorsque le jour parut, je pus voir, pour la première fois de mes propres yeux, des soldats allemands... Ainsi, sans nul doute, la Meuse était franchie par l'ennemi et notre exode n'avait plus aucun sens, mais des nouvelles ou rumeurs contradictoires empêchaient mes parents de décider le retour à Petit-Rechain.<br /> <br /> Semblant trouver quelqu'agrément (ou sécurité ?) en notre compagnie, Madame Germaine ne semblait guère pressée de nous voir déguerpir. Néanmoins, le <strong>mercredi 15 mai 1940</strong>, échos, rumeurs, "nouvelles" recueillis au hasard des conversations affirmaient que tous les forts de la position fortifiée de Liège s'étaient rendus, ce que permettait de croire un imposant charroi militaire allemand poussant vers l'Ouest, quasi sans interruption. On entendait bien tonner le canon, mais sans pouvoir déterminer d'où cela provenait. Mes parents décidèrent alors qu'on rentrerait à Petit-Rechain le lendemain.<br /> <br /> <strong>Jeudi l6 mai 1940</strong>. La matinée se passa en préparatifs, puis, après le repas de midi, on prit congé de Madame Germaine. Cette fois vers l'Est, les deux poussettes se remirent à cahoter sur les pitoyables voiries du quartier des "Bons Buveurs". On fit une brève halte place St-Nicolas, pour dire au revoir à Madame Henriette, autre Liégeoise au grand cœur, amie de Madame Germaine chez qui on avait fait sa connaissance. La guerre n'ajoutait manifestement rien au drame qui avait marqué la vie de Madame Henriette: quelques années auparavant, sa fille unique (dont la photo trônait partout dans l'appartement) était morte à l'age de l9 ans. Ma mère n'avait plus que sept mois, jour pour jour, avant de vivre une expérience similaire; quant à moi, indifférent, j'avais encore 37 années de répit ! <br /> <br /> Mon père semblant avoir une bonne connaissance des rues de l'agglomération liégeoise, on atteignit sans difficultés la rive de la Meuse, aux environs de l'actuelle passerelle Saucy. J'aperçus le pont des Arches, dont les arches trempaient lamentablement dans les eaux du fleuve; il avait sauté comme tous les autres, aussi fut-ce dans un grand "bac" qu'on passa sur la rive droite. Via Bressoux, on gagna Jupille où, - chose promise, chose due, - on se rendit chez l'Oncle Constant HERMAN, rue de Bois-de-Breux, 33l. On grimpa ensuite vers Fléron...où une grosse surprise nous attendait quand on parvint au carrefour de la chaussée de Battice et de la route vers Ayeneux: le fort de Fléron tirait rageusement, et, dans le même temps, une meute d'avions allemands piquaient à mort en direction de ses coupoles en miaulant . Quelques dizaines de mètres plus loin que le carrefour de la route vers Trooz, la chaussée était barrée par une chicane qu'on contourna en passant par une prairie dont la haie avait été interrompue dans ce but. Au moment où nous reprenions notre progression sur la chaussée, au-delà de la chicane, on apercevait les coupoles du fort de Fléron, flammes et fumée sortant des canons; les avions allemands déversaient leur cargaison de bombes, des mitrailleuses crépitaient. Ainsi, le fort de Fléron résistait toujours, et à vrai dire, nous en étions si proches que notre situation était assez périlleuse... Courant plutôt que marchant, on atteignit le village d'Ayeneux. Près de l'église, qui n'était plus qu'un énorme amas de pierres et de briques, mon père rencontra fortuitement un Hervien de ses connaissances. Hagard, comme hébété sans qu'on en pût deviner le motif, l'homme nous supplia de ne pas poursuivre notre route: "Arthur, nu vass' né pu lon; c'est comme en quatwasse, les Allemands touwè to'l monde !". (Arthur, ne continue pas, c’est comme en 1914, les Allemands tuent tout le monde !). Peut-être mon père revit-il en pensée, un bref instant, les dramatiques événements relatés au début du présent récit; il n'en laissa toutefois rien paraître, et l'on continua, par le Thier du Grand Hu et la chaussée de Wégimont, vers Soumagne. Le temps demeurait obstinément beau, et l'air était encore chaud en début de soirée, tandis que nous montions la route du "Bois Levêque", vers Xhendelesse. A l'entrée de ce dernier village, comme la soif se faisait sentir, mon père suggéra une brève halte au "Café Brouwers", où j’avalai, quant à moi, un verre d'eau gazeuse additionnée de menthe. Le canon tonnait toujours, au loin. Qu'était-ce ?<br /> <br /> Les deux poussettes se remirent à cahoter sur la route inégale et poussiéreuse. Cours-à-Xhendelesse, Stockis, Grand-Rechain. Comme abandonné, ce village était silencieux et désert. Le soir tombait. Quand on sortit du dernier virage, à hauteur de la ferme Depairon, l'image de l'occupation ennemie nous apparut comme une authentique réalité: une patrouille gravissait lentement la rue de Grand-Rechain. On croisa, avec un peu d'inquiétude, ces soldats vert-de-gris, casqués, impassibles, arme à la bretelle, dont les lourdes bottes noires martelaient sinistrement le sol, en cadence. Il était environ 20 heures 30. Comme Grand-Rechain, notre village semblait, lui aussi, déserté par toute sa population, mais dès que nous arrivâmes sur le trottoir de notre maison, notre voisin (et tailleur) Jacques DELHASE accourut au-devant de nous. "Venez chez nous, dit-il, vous ne sauriez pas rentrer dans votre maison; les Allemands s'y sont introduits et ont tout pillé. L'Administration communale a fermé et scellé les portes en attendant votre retour...!" . Une vieille dame demeurant en face, Mlle FRAIPONT, vint alors nous raconter la frayeur qui s'était emparée du quartier lorsque, ayant repéré dès leur arrivée, les quelques bouteilles d'alcool que mon père avait malencontreusement laissées en vitrine (côté rue Bonvoisin), des soldats ennemis avaient forcé notre porte...pour ressortir peu après, ivres et menaçants! Dans l'immédiat, c'était, pour nous, l'impossibilité de rentrer avant le lendemain. Force fut donc d'accepter l'invitation d'hébergement chez Monsieur et Madame DELHASE, qui nous informèrent que le fort de Battice tenait toujours... On commençait d'ailleurs à s'en douter, attendu que la canonnade ne cessait pratiquement pas. Le campement s'organisa donc chez DELHASE; comme lit, il m'échut (au rez-de-chaussée) une table ronde, bien sûr trop courte, d'où je me levai tout ankylosé, dès que je le pus, <strong>le l7 mai l94O.</strong> Sur requête de mon père, le garde champêtre DEROUAUX vint remettre à notre disposition, notre maison quittée juste une semaine plus tôt. Quelle semaine !<br /> <br /> Alors on fit l'inventaire. Haricots, riz, sucre, savon, que ma mère avait prudemment stockés, avaient disparu. Aussi, cela va de soi, le stock commercial de vins, liqueurs, alcools, tabacs, cigares, et cigarettes. Les Huns avaient aussi emporté une dizaine de livres qui s'ennuyaient dans la mansarde: des oeuvres de Schiller, de Goethe, et de Lessing, imprimées en gothique (brrrr !), que ma mère détenait depuis son séjour en Allemagne, avant l9l4. Le poste récepteur de radio ne fonctionnait plus; manifestement, il avait été intentionnellement branché en 110 volts sur le secteur 220, pour être mis hors d'usage. Enfin, le dessus du meuble appelé "dressoir" nous parut bizarre. Sa petite étagère avait, en effet, été délestée de son ornement: 4 fois 5 cartouches de guerre sur languette-chargeur, que ma mère avait reçues de son frère Henri, après l'autre guerre. Belles et longues cartouches allemandes qu'elle astiquait soigneusement au "Sidol" presque chaque semaine (travail que j'assumais parfois). Cartouches assurément reparties pour l'Allemagne devenue "le Grand Reich"...<br /> <br /> Le village était bourré de troupes et de matériel. L'école demeurant fermée, j'avais le loisir de déambuler partout et d'observer. Les Allemands "puaient" le cuir de leur équipement, une odeur que conserve, si j'ose dire, ma mémoire. Ils étaient très corrects, aimables presque; plus tard, j'apprendrais qu'ils avaient reçu la consigne de faire du charme avec les populations: pour commencer. Ils occupaient, notamment, le "Garage du Perron" juste en face de nos fenêtres d'où on les apercevait découpant d'énormes quartiers de viande sur une grande et massive table disposée tout au-devant. Une "cuisine roulante" postée au coin de la chaussée de Battice et de la place Xhovémont, exhalait un fumet de bonne soupe. Tout ceci n'avait sans doute pas échappé à la vigilance de notre chat. Le lendemain même de notre rentrée, on devait le trouver dans notre vieille remise, étendu sur sa couchette habituelle, les yeux vitreux, déjà presque sans vie. Une horrible plaie couvrait largement son dos dont le beau pelage noir-roux-blanc était maculé de sang. On supposa qu'ayant tenté de chaparder un bout de viande, Minet avait été fusillé par le boucher B...., boucher deux fois, histoire de se faire la main. Notre pauvre chat ne tarda pas à expirer, et mon père se mit en devoir de dépaver un demi-mètre carré de notre petite cour (on n'avait rien d'autre), pour l'enterrer.<br /> <br /> Papa avait rouvert son salon de coiffure, où des soldats allemands se pressèrent aussitôt; ils avaient soin de toujours placer leur chaise contre les portes d'accès au salon, sûrement pour éviter quelque surprise mortelle... Un silence gênant accompagnait le travail de mon père, parfois rompu par une initiative linguistique de l'une ou l'autre des parties: un ou deux mots d'allemand approximatif, un ou deux mots de français boiteux. La situation s'améliorait si ma mère entrait en scène avec des phrases complètes, parfaites, jaillies du souvenir de ses jeunes années. Alors les soldats ennemis "bavaient" d'étonnement admiratif à l'évocation de son séjour doré "in Oberschlesien" et à Berlin où elle avait vu le "Kronprinz", etc. Eux parlaient de cette "sale guerre voulue par les capitalistes anglais" !<br /> <br /> Mais ces palabres n'étaient, pour ma mère, qu'un astucieux préambule à une question importante: "Qu'allait-il advenir du fort de Battice, et quand ?" Lorsque les soldats apprirent ainsi que le fiancé de ma soeur y était, ils prirent un plaisir sadique à répéter sans cesse: "Battice, alles kaput, 5OO Toten !". Ma soeur recommençait tout aussitôt à pleurer.<br /> <br /> Entretemps, le fort de Battice continuait à remplir vaillamment sa mission, en collaboration avec son abri cuirassé d'observation, le MM3O5, situé à Manaihant. De temps à autre, un détachement allemand avec tout son arsenal fonçait vers le Nord, sur la chaussée de Battice (où je m'interdisais encore de m'aventurer, fût-ce jusqu'à hauteur du château d'eau); cela tirait, crépitait, puis, le détachement - ou ce qu'il en restait - dévalait en hurlant et en jurant, jusqu'au centre du village. Trois cadavres en uniforme gris furent mis en bière à 2O mètres de chez nous et immédiatement portés au cimetière, où ils demeurèrent inhumés quelque temps, avant de rejoindre ce cher Grand Reich qu'ils auraient mieux fait de ne jamais quitter. Un autre, officier probablement, fit aussi les frais de l'une de ces opérations contre "mon" fort. Celui-là reposa quelques heures parmi ses frères d'armes qui occupaient une grosse maison bourgeoise sise juste à l'angle de la place Xhovémont et de la rue Laurent-Benoît Dewez: la maison d'une vieille dame riche, et en fuite elle aussi, la dame Bastin. <br /> <br /> Flairant quelque chose d'exceptionnel, je grimpai à temps dans mon poste d'observation (une fenêtre de la mansarde) pour voir sortir un cercueil enveloppé du drapeau allemand noir-blanc-rouge, garde d’honneur et sonnerie de clairon.<br /> <br /> L'artillerie de Battice et d'ailleurs continuait de tonner, parfois de façon inquiétante. Dès notre rentrée en notre maison, on avait pris l'habitude de coucher tous dans le salon de coiffure, par terre sur des matelas que l'on reportait à l'étage chaque matin: je ne sais dans quelle illusion de sécurité, puisque, alors que la cave voûtée n'inspirait déjà pas confiance (5 cms d'eau recouvraient en permanence son vieux dallage branlant), coucher au rez-de-chaussée ne pouvait que nous valoir plus sûrement la mort par écrasement ! <br /> <br /> La tension nerveuse, l'angoisse, ne cessèrent de croître tout au long de ces quelques jours séparant le l6 mai du 22. <br /> La nuit du 2l au 22 mai nous sembla étrangement calme, et pour cause: au matin du 22, de source allemande vraisemblablement, on apprit que le fort de Battice s'était rendu à 6 heures, après une nuit de réflexion accordée à son commandant, suite aux événements du 2l... Les Allemands manifestaient leur joie en criant:"Alles kaput, Battice !" Pour sûr, les armes s'étaient tues, mais que s'était-il passé, le 2l mai, pour justifier la capitulation du fort? Le saura-t-on jamais avec certitude ? <br /> La première version (d'ailleurs devenue officielle depuis lors) fut qu'un aviateur allemand particulièrement doué avait envoyé une torpille de l8OO kgs en plein dans le sas d'entrée du Bâtiment I, dévastant tout l'intérieur de celui-ci avec l'appoint des charges de dynamite y entreposées; plus tard, on imputerait la chose à un Flamand vendu à l'ennemi. Quoi qu'il en soit, une vingtaine de soldats belges y avaient laissé la vie, et, à Petit-Rechain, c'était l'affolement, la consternation. Dans l'excitation de leur succès, les B..... étaient constamment en mouvement, en direction et en provenance de Battice. De nombreux civils montèrent aux nouvelles, apparemment sans objections de l'ennemi. Mon père s'y rendit aussi, en compagnie de ma sœur. Quant à moi, j'eus beau pleurer et grogner, on me refusa de pouvoir être du voyage parce que j'étais susceptible "de voir des choses horribles ne convenant pas aux enfants". Le Destin me réservait, hélas, de voir des choses autrement atroces, de loin plus injustes encore: la désintégration progressive de mon enfant par la dystrophie musculaire, sa mort lente, son martyre de quinze années...<br /> <br /> Papa et Berthe n'avaient pu s'approcher de la garnison de Battice, captive, mais au moins avaient-ils pu apprendre qu'André était vivant et indemne. Pour ma part, je n'avais quand même pas tout perdu, car, ma curiosité permanente me retenant à l'extérieur, je vis arriver de Battice une grande voiture automobile noire, roulant lentement. Le véhicule vint se ranger à la bordure du trottoir, au carrefour de la rue de Battice et de la rue Bonvoisin; quelqu'un en descendit, s'éloigna vers l'extrémité de cette rue, puis revint presqu'aussitôt accompagné d'une personne de l'endroit, Madame BEBRONNE, qui sanglotait éperdument... D'instinct, je me rapprochai de la voiture dont on avait ouvert une portière arrière afin que la pauvre femme pût voir (ce que j'aperçus moi-même un court instant): sur le siège arrière de l'auto, un cadavre sanglé dans une couverture était étendu; quelque peu écartée, la couverture découvrit un visage noirci, figé par la mort, celui de Franz BEBRONNE; victime de la tragédie du Bâtiment I du fort, foudroyé à son poste de combat, derrière l'un des canons que l'on peut encore voir aujourd'hui, braqués sur la route Battice-Aubel. Des parents perdaient leur grand fils (frère de mon petit camarade Georges); un ravissant petit garçon tout blond (qui venait à peine d'effectuer ses premiers pas...) perdait son papa, qui serait pour lui toujours une fiction, jamais vraiment un souvenir...<br /> <br /> Dans les jours qui suivirent, notre région ayant cessé d'être dans la zone des combats, j'enfourchai mon vélo et me rendis discrètement à Battice. Les routes étaient défoncées par les bombardements. Des balles, des éclats de bombes et d'obus jonchaient le sol par centaines. D'abord sans attirer l'attention de quiconque, je m'approchai des ruines de ce qui avait été la caserne de surface. <br /> <br /> Ce baraquement incendié à l'aube du lO mai l94O avait naturellement brûlé jusqu'au ras du sol; mais un escalier menait dans ses caves bétonnées, restées intactes. J'y descendis prudemment. Le bourdonnement insolent de quelques grosses mouches m'accueillit. Sur une lourde table en bois, une bouteille de lait ouverte et un morceau de viande. Décu par mon inspection, je remontai et tombai "pile" sur l'entrée du toboggan qui s'ouvrait, en effet, dans la caserne, pour permettre, en cas d'urgence, l'occupation rapide du fort. Avait-il servi, dans cette nuit historique du 9 au lO mai ? </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/casenebattice2.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le toboggan marqué de la lettre Y</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tob.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Vue plus récente du toboggan</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Quatre ou cinq cartouches de guerre, que j'empochai aussitôt, gisaient sur sa pente où, après un parcours d'une dizaine de mètres, une énorme porte d'acier empêchait toute progression et...réduisait à néant mes rêves de découvertes et d'aventures. Une nouvelle fois revenu à l'air libre - encore et toujours inondé de soleil - j'observai au loin les coupoles du fort, sur lesquelles quelques soldats allemands, entièrement nus, bronzaient ostensiblement leur peau avant d'aller (je l'espérais), la faire trouer quelque part... <br /> <br /> Quelques coups de sifflet stridents me ramenèrent alors brutalement aux tristes réalités de l'époque: sans délai, je battis en retraite et roulai allègrement vers Petit-Rechain. </p><br /> <br /> <br /> Source bibliographique via internet :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> Sources Iconographiques :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm</a> Mon, 03 Oct 2016 21:09:01 +0200 LEON PIRLOT, de HOTTON, CHASSEUR ARDENNAIS 1940-1945 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-151+leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-151+leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945.php <p style="text-align:justify">"Je suis entré à l’armée le 16 octobre 1939. J’ai fait mon instruction à la caserne Prince Baudouin, à Bruxelles, place Dailly, au 2e Chasseurs Ardennais.<br /> Lors de la création du bataillon moto des Chasseurs Ardennais, on a demandé des volontaires. Personne ne s’étant présenté, on a pris d’office ceux qui avaient déjà été punis… j’étais du nombre.<br /> Nous avons quitté Bruxelles vers la mi-janvier pour Ernage – un dépôt de l’armée – où nous sommes arrivés le 23 février 1940. Chaque jour, nous allions à la sucrerie de Gembloux, où le lieutenant Leblanc nous initiait à la conduite des engins. Nous y sommes restés un mois et demi.<br /> L’instruction terminée, nous sommes venus en cantonnement à Fisenne. Je faisais partie de la 3e Compagnie Engins, tandis que Louis Bresmal appartenait à la 1ère Compagnie. Ma sœur et une tante de Louis sont venues nous rendre visite un dimanche. Un jour, nous avons également eu la visite de deux braves sœurs. Je les ai vues, mais je n’ai pas parlé avec elles. Elles auraient fait partie de la 5e Colonne – on me l’a appris par après – mais trop tard, hélas.<br /> Je montais de garde, suivant mon tour, sur le versant où l’on découvrait le village d’Erezée et son pont au pied de la colline. Ayant bénéficié d’un congé de 10 jours en qualité de fermier, j’étais chez moi le 10 mai."</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <strong>Nous sommes le 10 mai 1940 et le soldat Pirlot, Léon, Bon.Moto Chasseurs Ardennais 3e Cie Engins N° matricule : 296 1401 est chez lui, bénéficiant d’une permission de 10 jours.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Ce jour-là, j’ai été réveillé vers 4 heures par des bruits anormaux d’avions. M’étant levé un peu plus tard, je suis allé voir : de nombreux avions sillonnaient le ciel à très haute altitude, laissant derrière eux des traînées de condensation, ce qui ne se voyait jamais à l’époque. Avant mon lever, j’ai aussi entendu des déflagrations. C’était la gare de Jemelle qui était bombardée. Germaine Dehez qui m’aperçoit dans la cour me crie : « C’est la guerre ! Les soldats doivent rentrer, on l’annonce à la radio. » J’allume mon poste et, en effet, le journaliste de service répète ce que la voisine vient de me dire, annonçant l’envahissement de la Belgique par les Allemands et le bombardement de Jemelle et d’Evere.<br /> C’est ainsi que, vers 7h30, je pars à vélo pour Fisenne, pour la captivité… pour 5 ans… Je rejoins mes camarades qui occupaient les positions dans les bois. Certains tiraient inutilement sur les avions qui continuaient toujours à passer haut dans le ciel. »</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">La guerre vient d’être déclarée par l’envahissement de la Belgique par les troupes allemandes et le soldat Léon Pirlot vient de rejoindre ses camarades dans les bois de Fisenne.</p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"A minuit, nous nous replions vers Fraiture, on incendie les bâtiments au préalable. Le soldat André Albert se serait tué en dévalant la pente boisée, après le pont d’Erezée, direction Fisenne, en ayant raté un virage dans l’obscurité? Des camarades m’ont raconté qu’au pont d’Erezée, ils avaient vu des Allemands transporter des madriers pour réparer le pont sauté et que, quelques semaines auparavant, un civil les avait commandés à la scierie Dory, qui se trouve à peu de distance de là.<br /> A 5h., nouveau repli vers Temploux. J’omets cependant de dire qu’au cours de la retraite vers Oppagne, au cours d’une halte, j’ai revu Robert Delacolette, lieutenant, et mon voisin Alexandre Guissart, du 3e Chasseurs Ardennais. Il m’a raconté avoir déjà combattu à Chabrehez, où l’ennemi a été arrêté pendant plusieurs heures, et que les Allemands avaient tué des civils. Il avait l’air assez excité. Nous étions déjà mêlés aux évacués, qui encombraient les routes. Ils m’ont dire venir de Vielsalm.<br /> A Temploux donc, le dimanche 12 vers 15h, une vague de bombardiers arrive, lançant des chapelets de bombes. J’en vois tomber sur les maisons, partout. Cela dura jusque vers 20h. Heureusement, nous étions bien camouflés dans un bois et ils ne nous on pas aperçus. Sur les hauteurs, des baraquements militaires étaient en feu et Temploux détruit.<br /> Pour atteindre cette localité, nous sommes passés par Huy où le pont miné allait sauter aussitôt notre passage effectué. Les artificiers se démenaient, criant : « Passez vite, vite, le pont va sauter ! » En effet, à peine suis-je passé que j’entends la déflagration. Des soldats isolés d’autres unités n’ont pu passer !<br /> A 9h., le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Perwez pour y défendre l’obstacle antichar Cointet (appelé du nom de son inventeur cet obstacle était constitué de grilles d’acier montées sur rouleau, hautes de 3 m et larges de 5, pesant 1300 kg, uniquement sur route. Les rouleaux servaient à les déplacer pour le passage éventuel de véhicules. Les autres grilles étaient fixes.) Pour nous y rendre, nous roulons dans un chemin agricole encaissé et étroit."</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, chargé de défendre un obstacle antichar Cointet à Perwez.</strong></p> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Arrivés sur les lieux de défense, nous prenons position dans un chemin creux à une certaine distance de la barrière antichar s’étendant sur des kilomètres, des kilomètres…<br /> Un officier du bataillon nous renseigne sur notre mission : « il va y avoir une bataille, des chars allemands vont vous attaquer. Votre mission est de défendre l’obstacle Cointet . » Fusils contre tanks ! Heureusement, les Chleuhs ont accompli leurs exploits dans une autre zone de combat. A 11h., bombardement de la ville.<br /> Le 13 (mai) à Perwez, je me souviens, nous étions sur la place du village. Les balles nous sifflaient aux oreilles ; les Marocains, impassibles, avaient posé des mines sans nous avertir, ce qui rendait tout déplacement dangereux.<br /> A un Marocain qui fumait tout près d’une mine : « Que ferais-tu si les Allemands arrivaient ? » « Je déposerais ma cigarette sur la mine » répondit-il, stoïque. Par après arriva près de moi une ambulance dont l’arrière avait reçu une rafale de mitrailleuse. Je reconnais le chauffeur, Gaston Hébrant, de Verdenne, que je n’avais plus vu depuis plusieurs années. Des bombes tombaient à 20 m. et me glaçaient le sang. Puis vint la nuit, une nuit noire : on n’y voyait pas.<br /> Dans cette nuit terrible, le sergent m’avait ordonné de porter l’ordre de repli à quelques camarades qui auraient dû se trouver dans les parages. Je n’ai pu les avertir : je ne les ai pas trouvés. Pendant le jour, certains ont commencé à piller les magasins. Nous ne recevions rien à manger : on tirait son plan comme on le pouvait. Je n’ai reçu qu’une fois à manger durant les quinze jours de guerre et je n’ai vu la roulante qu’une fois.<br /> En conséquence on ne mangeait que ce que les civils voulaient bien nous offrir, quand civils il y avait sur les lieux. Sinon, il fallait voler dans les magasins pour survivre !<br /> J’étais sorti d’une épicerie avec un camarade ou deux. J’avais en main un paquet de biscuits genre ‘Petit-Beurre’, quand une voisine nous prend à partie et nous crie : « Vous êtes encore pires que les Allemands ! » Sans doute ignorait-elle notre détresse, je lui répondis : « Les Boches vous mangeront Madame ! »Puis, nous sommes partis vers notre triste destinée, rejoindre nos side-cars.<br /> Nous avons reçu chacun, comme vivres de guerre, des biscuits très durs qui, trempés dans l’eau, augmentaient de volume et étaient excellents, surtout la faim aidant. Ils étaient contenus dans une boîte d’aluminium, d’environ 15 cm X 10cm X 10 cm, avec défense formelle de les manger sans en avoir reçu l’ordre. Je suis toujours en possession de la boîte, mais pas des biscuits…"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, dans la région de Perwez, le 14 mai 1940:</p></strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Le 14, repos après avoir effectué un repli jusque la Hutte, près de Genappe, pendant le nuit. Journée du 15, nouveau repli à 0h15 pour Huyzingen. Repli, repli… toujours repli. Nous y rencontrons les premiers Anglais. Nous les avons salués et applaudis. Ils avaient placé un canon D.C.A. sur une butte . Quand, vers 9h arrivèrent plusieurs avions, nous nous sommes cachés, mais les Anglais, assis sur l’affût, ont commencé à tirer sur les avions malgré la mitraille. Un Heinkel prit feu et tomba dans les parages du bataillon. Les cinq hommes de l’équipage furent conduits auprès du commandant Krémer, qui les remit aux Anglais après interrogatoire, ils étaient tous très jeunes.<br /> Au cours de ces différents replis, il fallait rouler parmi les réfugiés qui encombraient les routes de façon indescriptible : de pauvres gens se déplaçant à vélo, en charrette, en voiture, à pied… On était tellement fatigué que je m’endormis quelques secondes sur la machine. En plus, on avait faim. Je me rappelle aussi les fils téléphoniques cassés ou tendus qui étaient de véritables pièges, blessant et tuant.<br /> Vers 17h30, départ pour Iderghem, puis pour Hofstade. Félicitations par le Roi au bataillon Moto pour ses missions périlleuses accomplies.<br /> Le vendredi 17 mai, nouveau repli à 8h30 pour Slotendries, au nord de Gand. Nous sommes arrivés à minuit et, là, nous recevons des side-cars, des motos et des tricars neufs. Samedi 18, départ à 10h. vers St-Gilles-Waas.<br /> Le 19 mai, nous occupons un bras de l’Escaut entre Doel et Anvers. Repli vers 10h. du soir pour nous rendre en Hollande. On voit de la fumée qui s’élève au loin, à l’horizon, le drapeau rouge à croix gammée flotte sur la tour de la cathédrale d’Anvers. Des camarades ont capturé un side-car ennemi.<br /> Le lundi 20, nous effectuons des travaux de campagne. Le jour, nous creusons des trous pour nous cacher de la vue des avions et, la nuit, nous nous replions conformément aux ordres donnés. Les Allemands avaient malheureusement la maîtrise du ciel, pas un seul avion ami n’a été aperçu jusqu’à présent. Où sont-ils ? Que font-ils ?<br /> Je me souviens d’un acte héroïque, mais je ne sais plus ni la date ni le lieu exacts, la scène se passait dans la courbe d’un village. Des servants d’un 4,7 Chasseurs Ardennais (petit canon antichar très efficace) stoppaient l’avance des soldats ennemis. Pour ce faire, ils tiraient au moyen d’obus fusants (je crois que le terme est exact) qui sont des obus qui éclatent presque à la sortie du tube aussitôt tirés. Ils tiraient à bout portant. Imaginez le carnage ! Mais il n’a pas duré longtemps : des stukas sont arrivés et, après un ou deux passages, il ne restait plus rien que des débris… Nous sommes passés à cet endroit un quart d’heure après…"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, ayant perdu sa colonne et ne sachant pas où se trouvent les ennemis…: </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Après avoir roulé quelque temps en pleine campagne, nous voyons une maison dont une fenêtre est éclairée. Nous nous y rendons, c’est une fermette typiquement flamande, sans étage, très basse. Nous frappâmes à la porte et un vieux couple vint nous ouvrir. Ces deux vieilles personnes avaient l’air apeuré, sans doute à la vue de nos grands casques motocyclistes en liège (à ce propos, il nous avait été conseillé de ne plus nous en coiffer car, les Anglais, la nuit, nous confondaient avec les Allemands). Il ne fut pas possible d’obtenir de ces gens le moindre renseignement, nous ne comprenions pas. Que faire ? Dans quelle direction se rendre ?<br /> Nous avons roulé une partie de la nuit sans savoir où nous étions ni où nous allions. Nous craignions de nous jeter dans les lignes ennemies. Nous avons continué de rouler une partie de la matinée du samedi 25, à la recherche de notre bataillon.<br /> J’oublie de dire qu’avant ces incidents nous étions passés par Ypres avec arrêt près du monument 14 – 18. Là, j’ai revu Joseph Henrotin, de Marenne. Le 10 mai, les travailleurs du rail avaient été mobilisés comme nous, les militaires. Ils se repliaient aussi devant l’armée allemande. Après la capitulation, Joseph était rentré à Marenne et avait rendu compte de notre rencontre à mes parents. Il paraît que j’étais méconnaissable !<br /> Vers 2h., par hasard, nous retrouvons la deuxième compagnie à un carrefour. Le lieutenant Renard, qui remplaçait le lieutenant Gérard tué avec trois soldats lors d’une patrouille le 23 à Oycke, nous lance « Tirez-vous de mon chemin, tirez-vous de mon chemin ! ». Bon, il faut bien continuer et, finalement, nous retrouvons nos camarades. Je comprends que, dans certaines circonstances, on peut être énervé, mais quand même ! Nous tombons sur le commandant Reyntens de la 1ère compagnie, père jésuite et homme de grand cœur. Il nous apprend le maniement d’une grenade car, jamais, on ne nous en avait montré une ! Pour une troupe d’élite, ce n’est pas croyable ! La MI10 (mitrailleuse Maxim) que nous avions datait de 1916 ; on nous fait prendre position le long du chemin de fer qui se trouvait à proximité.<br /> Tout est calme. Soudain, un civil pressé traverse les voies. Je lui demande s’il n’a pas vu les Allemands, il me répond que non et continue son chemin à travers tout. A l’heure actuelle, je me demande toujours si ce n’était pas un espion et me repens de ne pas l’avoir arrêté pour vérification d’identité.<br /> Quelques minutes après, nous entendons des cris au-delà du chemin de fer. Le talus nous empêche de voir ce qui se passe. Les cris se rapprochent. A l’endroit où nous étions, un chemin empierré avec un passage à niveau non gardé traversait la ligne. Un petit aqueduc la traversait également et je me rappelle avoir entendu les Boches patauger dans l’eau, sans les voir."</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord de la Belgique, à quelques mètres ce l’ennemi…: </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Nous avions abandonné les engins à une centaine de mètres, dans une prairie. Tout à coup, j’aperçois Narcisse Lemauvais, de Fronville, qui marchait dans la direction des motos, tout en tirant. Il me demande si je n’avais pas vu Louis Bresmal (ces deux camarades appartiennent à la 1ère Cie) . Je lui réponds que non et lui crie : « Mais ne tire pas comme ça, cache-toi ! » Mais, pour cela, il aurait dû venir près de nous… Tels furent nos derniers mots… le malheureux tomba raide mort. Honneur à ce brave ! Je pardonne, mais n’oublierai jamais. Mon père était aussi un ancien combattant…<br /> Les Allemands franchissent la ligne de chemin de fer et, debout, tout en tirant, hurlaient comme des lions. On nous a appris après qu’ils nous demandaient de nous rendre. A chaque coup de fusil que je tire, ils répondent par une rafale de mitraillette. Nous sommes obligés de sauter dans le fossé longeant le chemin, parce qu’ils nous prennent en enfilade. J’ai de l’eau boueuse presque jusqu’aux genoux; je vois les balles, c’est-à-dire leurs impacts qui font jaillir la terre à un mètre de moi. Ensuite, ils sautent dans la prairie.<br /> La mitrailleuse, qui n’a plus que trois pieds, j’ignore dans quelles circonstances elle avait perdu le dernier, n’a pas tiré. Les servants ont été blessés de même que le sergent qui la commandait. Je n’ai rien vu de la scène avant que celui-ci ne soit étendu dans le fossé. Grâce à Dieu, il a dû se rétablir étant donné que son nom n’a pas été repris dans la liste des tués du Bn.Moto. J’ai remarqué que le caporal avait pris sa place.<br /> Sous le nombre, nous avons dû nous rendre. Ils nous ont fait sortir du fossé puis nous ont alignés, j’ai cru qu’ils allaient nous fusiller. Ils ont brisé nos fusils puis, à coups de pied, nous ont font avancer. Déjà, les sanitaires pansaient les blessés allemands.<br /> Lorsque nous passions près d’un cadavre, ils nous injuriaient et nous menaçaient. Un gradé nous a demandé pourquoi nous nous battions : « Vous êtes wallons ? Nous savions où le front n’était pas fort défendu ! » Ils nous ont rassemblés dans la cour d’une ferme. Nous ne pouvions communiquer entre nous. J’y ai revu Louis Bresmal auquel j’ai dit : « Tu es déjà là ! »<br /> Ils nous ont rassemblés dans une cour de ferme, entourée de barbelés. Je vois, à quelque distance, des soldats allemands qui déchargent du pain d’un camion. A tout hasard, je m’avance jusqu’aux barbelés et dis au soldat le plus proche : « Geben brot, brot ! ». Il est allé me chercher un pain de l’armée. Il était dur mais, malgré tout, il a été vite mangé. Je me suis dit qu’il y avait quand même de bons soldats chez eux…<br /> Pour la nuit, ils nous ont fait monter au fenil. Là, j’ai revu beaucoup de mes camarades. Des blessés aussi , parmi eux, le petit Volvert, mais la plupart étaient restés dans la grange. Pendant la nuit, j’ai entendu Volvert gémir et crier « water, wasser », il provenait de la frontière allemande et était engagé volontaire. Il n’avait que 18 ans : c’est un des plus jeunes Chasseurs Ardennais morts pour la patrie. Il n’était pas possible de lui porter secours, nous ne pouvions même pas nous parler… Le matin, lorsque nous sommes partis, je l’ai vu… mort !<br /> J’ai noté dans mon petit agenda, à la date du 2 juin : « Départ de Hasselt, vers 14h., pour Maastricht, nuit passée sur les bords du canal Albert – Attaque de l’aviation alliée. »<br /> J’ignore l’heure et le nombre d’avions canadiens (?????) – on distinguait très bien la feuille d’érable dessinée sur la carlingue et les ailes. Après différentes étapes pédestres, la colonne de prisonniers était arrivée à Vroenoven, où le fameux pont sur le canal Albert était tombé intact entre les mains allemandes, par surprise et trahison.<br /> Les sentinelles nous avaient ordonné de nous coucher sur le pont pour y passer la nuit, quand, tout à coup, des avions canadiens(?????) nous ont mitraillés. Ça a été le sauve-qui-peut général, surtout chez les Allemands. J’en ris encore ! Je n’ai pas eu connaissance de mort ou de blessé parmi nous. Sans doute tiraient-ils mal!"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag IV A, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Aucun prisonnier n’a reçu pareille demande… L’action se passe en février 1945, ce jour-là, j’étais seul avec une petite servante de 17 ans qui avait l’air bien malheureuse le fermier, sa femme, le fils et la fiancée d’un autre fils tombé à Stalingrad (le 11.11.1942) étaient invités à une cérémonie d’hommage organisée par les nazis. J’ignore dans quelle localité. Deux autres fils de la ferme ont été tués en Russie et un quatrième était à l’armée.<br /> Je suppose que l’autre servante et le Russe avaient bénéficié d’un jour de congé. Le travail de Frieda consistait à confectionner de petits fagots avec les branchettes des arbres que l’on avait ramenés entiers dans la cour, par temps de neige. Moi, je fendais des bûches.<br /> A 10h., comme d’habitude, je vais manger un bout, c’était un quart d’heure de perdu. Je demande si elle ne vient pas, elle me répond par la négative, mais quitte son travail et va dans sa chambre. Après avoir pris mon temps et bien mastiqué ma tartine, je retourne à mon travail. Frieda fait de même, mais vient me trouver et, me tendant sa petite hachette, me demande de lui couper le doigt… parce qu’elle ne voulait plus travailler à la ferme. Sous le régime nazi, on ne quitte pas son emploi sans motif sérieux, que cela vous plaise ou pas.<br /> Cet incident me tracassait, j’avais peur qu’elle ne dise : « C’est le Belge qui l’a sectionné » Qui aurait-on cru ? Toucher à l’intégrité physique d’une jeune Allemande était punissable soit de la peine de mort soit d’un long séjour à Rawa-Ruschka. Il était strictement défendu d’adresser la parole à une femme allemande.<br /> Dès que j’ai entendu le pas des chevaux, j’ai couru vers le landau et le fermier m’a demandé « Où est Frieda ? » Je ne l’ai plus revue…"</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot5.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Nous étions au début de mars 1945, il faisait encore bien froid. Après avoir dîné, je vois dans la cour (c’était une ferme bâtie en carré, avec une grande cour au centre) trois ou quatre Russes, prisonniers de guerre, sur le fumier situé face à la porte de l’étable. Ils ramassaient des épluchures de pommes de terre jetées par l’une des servantes.<br /> Je regarde vers la grande grange et vois d’autres Russes, ainsi qu’à l’intérieur… Quand étaient-ils arrivés ? Ils étaient plus d’une centaine. Pauvres malheureux ! J’aurais pu prendre un pain ou tout au moins trois ou quatre tranches pour leur donner, c’était beaucoup trop peu pour les rassasier. Je pense aux choux raves dans la cave… En les coupant pour les vaches, j’en mangeais quelques tranches, à vrai dire ce n’était pas mauvais ; en plus, je me disais que crus ils contenaient des vitamines."</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot6.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Je décide que, le lendemain, j’avalerai vite mon dîner, m’emparerai d’une manne et irai dans la cave dont l’entrée est située sur le côté de la cour-cave creusée dans les roches de sable. Après avoir rempli la manne le plus possible et parce que je ne connais pas le russe, je fais signe avec les mains à quelques prisonniers près de la grange. Mais c’est au moins une vingtaine de Russes qui accourent, me bousculant, criant et me faisant tomber. Voilà les choux qui roulent partout, puis, subitement, les Russes lâchent prise, je parviens à me relever et que vois-je ? Un soldat allemand, un feldwebel, pistolet au poing qui se lance sur moi en criant : « Sie wissen was das Wort, Russe bedeudet ! »D’où sortait-il cet animal ? J’avais eu chaud, bien qu’il fasse froid, et très peur.<br /> Le lendemain, à midi, les malheureux étaient partis, où ? Quand j’ai eu dîné, je vais, comme d’habitude, dans la grange chercher de la paille hachée. Je pose la manne par terre et veux la remplir en poussant la paille avec les mains. Tout d’un coup, je saisis, avec les mains, un soulier avec un pied, puis une jambe, alors là, quelle frayeur à nouveau ! Je ne m’attendais pas à une pareille découverte. J’ai averti le fermier, on a retrouvé cinq ou six morts, on les a enterrés derrière la ferme.."<br /> Le 8 mai 1945, la sentinelle, très tôt le matin, nous avertit que nous sommes libres et que nous pourrons partir après avoir dîné. Quelle joie ! Quelle joie ! J’en fais part en rentrant.<br /> La fermière et une servante préparaient la pâte pour le pain. A la ferme se trouvait une femme, évacuée avec deux jeunes filles. Je ne sais d’où elles venaient, mais elles ne m’adressaient jamais la parole. C’étaient de pures nazies, sales bêtes ! Voilà que la mère dit : « Ce n’est pas parce que Hitler a perdu la guerre que je ne serai plus nazie ! » Crève avec ton Hitler, ai-je pensé, mais personne n’a répondu.<br /> Dans un village où à chaque maison pendait un morceau d’étoffe blanche en signe de reddition, un gros monsieur nous déclare pouvoir nous reconduire en Belgique avec son camion, des vivres et du carburant (gazogène). Dans la benne se trouve des caisses, on nous défendit de les ouvrir, tant pis. Ce qui comptait pour nous, c’était le retour. Nous nous installons sur le camion avec les pieds pendant au dehors de la benne. Le gros Allemand avait un chauffeur, il faisait bon, celui-ci conduisait torse nu. Nous arrivons à Karlsbad, nous y rencontrons les premiers Américains. Ils voient un civil avec nous, font arrêter le camion, s’emparent du gros malgré ses protestations puis nous laissent passer ; sans doute prenaient-ils le chauffeur pour un prisonnier."</p><br /> <br /> Après d’étonnantes aventures qui émaillèrent ce voyage de retour, après avoir été menacé un Russe tout à fait saoul grâce à une bouteille de whisky américain d’une contenance de 3 litres, après avoir vu apparaître une étonnante blonde engagée de force dans la Wehrmacht, le groupe de prisonniers belges dont faisait partie Léon Pirlot fut pris en charge par les Américains qui les ramenèrent. Quelle épopée, malheureusement vécue par tant d’autres jeunes gens qui avaient la malchance d’avoir 20 ans en 1940.<br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Sources internet et iconographiques:</p></strong><br /> <a href="https://lapetitegazette.net/2016/07/27/leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945/">https://lapetitegazette.net/2016/07/27/leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945/</a> Thu, 01 Sep 2016 18:15:01 +0200