Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Henri Delincé au Fort d’Eben-Emael. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-197+henri-delinc-au-fort-d-eben-emael.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-197+henri-delinc-au-fort-d-eben-emael.php <p style="text-align:justify">Le 31 janvier 1940, Henri Delincé, âgé de 19 ans, entre au fort d’Eben-Emael pour un service militaire de 17 mois. Il va rejoindre le fort avec le tram de Liège, Bassenge et Kanne.<br /> A partir de ce jour, il fera partie des 1200 hommes de la garnison.<br /> Il lui est attribué le n° matricule 2907648.<br /> Le début de l’instruction se fera au cantonnement de Wonck.<br /> Après avoir passé 6 semaines consécutives à Wonck, il passera alternativement 1 semaine au fort puis 1 semaine à Wonck, suivie d’une semaine au fort et ce jusqu’au 10 mai 1940.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/delince1avril.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le gouvernement belge, pour repousser toute attaque venant d’une Allemagne menaçante et ayant soif de vengeance, élabora des projets de construction défensive d’un ensemble de six nouveaux forts d’un nouveau type et d’une conception moderne.<br /> Le fort d’Eben-Emael était l’une de ces fortifications. On commença la construction le 1er avril 1932 et le gros de l’œuvre fut terminé fin 1935. A partir de ce moment, on a commencé l’armement du fort qui a été opérationnel en 1940.<br /> Mais à la guerre, l’aération du fort était ou partiellement en construction, ou partiellement en transformation, ce qui a provoqué des ennuis très graves lors des hostilités.<br /> Ce nouveau fort, fleuron de la défense belge, faisait donc partie d’un projet de réalisation de construction défensive d’un ensemble de six forts qui devait assurer la défense de la ville de Liège. Pour protéger Liège et les environs, cinq nouveaux forts devaient compléter Eben-Emael : Aubin-Neufchâteau, Battice, Tancrémont, Comblain-au-Pont, Remouchamps.<br /> Ayant estimé la dépense trop élevée, Comblain-au-Pont et Remouchamps furent abandonnés. En lieu et place, on décida de supprimer quatre des anciens forts de 14-18 (Loncin qui était devenu une nécropole nationale, Hollogne, Lantin et Liers) et de réarmer les huit autres (Barchon, Evegnée, Fléron, Embourg, Chaudfontaine, Boncelles, Flémalle, Pontisse). Les forts déclassés serviront de dépôts pour les réserves de munitions pour la position fortifiée de Liège (PFL).<br /> Pendant l’année 1939, le nommé Henri Delincé reçut une convocation pour se présenter au Palais des Princes Evêques de Liège afin de comparaître devant une commission composée de médecins militaires pour le juger oui ou non apte pour effectuer son service militaire.<br /> Le bureau militaire lui a demandé dans quel régiment il souhaitait effectuer son service.<br /> Henri Delincé, attiré par le bel uniforme des lanciers fut inscrit dans ce régiment.<br /> La maman d’Henri, qui était une femme de caractère, souhaitait que son fils effectue son service militaire au fort d’Eben-Emael, se rendit chez le bourgmestre du village de Houtain-Saint-Siméon pour obtenir sa désignation pour le fort d’Eben-Emael. Elle demanda également et l’obtint que la date de l’entrée au fort soit ajournée d’un an en raison du décès de son mari et que le frère de Henri était trop jeune pour travailler à la ferme et au champ, de ce fait avait besoin de Henri à la ferme pour effectuer les travaux.<br /> Le bourgmestre fit donc toutes les démarches nécessaires et il obtint l’ajournement d’un an.<br /> A l’âge de 19 ans, Henri rentre au fort d’Emael le 31 janvier 1939 pour midi.<br /> Le lendemain de son entrée, il reçut, comme ses nouveaux compagnons, la fameuse piqûre contre les maladies avec une exemption de service pendant 48 heures.<br /> Pendant cette exemption, il reçut son équipement militaire comprenant linge de corps, pantalons, veste, pull, bavette, capote, chaussures, ceinturon, havresac, besace, gourde, gamelle, couverts, bonnet de police ; par la suite, casque, cartouchière avec cartouches et carabine, masque à gaz, couverture. Henri n’ayant pas trouvé de casque adapté à sa tête, il fit le déplacement à la caserne Fonck à Liège, qui était le siège du 3e d’artillerie de campagne et également le lieu de résidence de l’état-major du régiment de forteresse de Liège.<br /> Après avoir été revêtu de l’uniforme militaire, il a commencé l’école à pied (apprendre à marcher au pas et manœuvrer en rang) ; on lui a appris à saluer, à reconnaître les grades des sous-officiers et officiers, le maniement de la carabine.<br /> Après 6 semaines d’instruction intensive à Wonck, Henri a été désigné pour la seconde batterie sous les ordres du capitaine Hotermans.<br /> A partir de ce moment, il a passé une semaine de fort, la semaine suivante au cantonnement de Wonck. Dès cet instant, il reçut l’instruction pour l’usage des grenades, fusils mitrailleurs, mitrailleuses et canons anti-char de 60 mm.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/delince2avril.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le fort d’Eben-Emael était commandé par le major Jottrand qui était secondé par le commandant Van der Auwera, le capitaine Hotermans, les premiers chefs Lecran et Debarcy.<br /> Le fort disposait de toutes les commodités, c'est-à-dire cuisine, infirmerie (transformée en hôpital de campagne à la guerre), lavoirs, douches, salles de désintoxication, coiffeur et barbier ; les chambres pour officiers, sous-officiers et soldats, atelier de réparations comprenant : armuriers, mécaniciens, électriciens, menuisiers ; mess des officiers, bureau administratif du commandant, latrines, cachots, morgue, magasin à munitions, magasins d’habits, citerne à mazout, un puits d’eau potable.<br /> Enfin le fort disposait d’une salle de machines qui contenait 6 moteurs Carels de 175 chevaux chacun entraînant une génératrice permettant de produire l’électricité et la force motrice nécessaire au bon fonctionnement du fort.<br /> Les moteurs étaient refroidis à l’eau ; l’eau chaude récupérée servait pour les douches et pour le chauffage du fort.<br /> A l’étage intermédiaire du fort, on trouvait le bureau de tir du commandant, ensuite 3 bureaux de tir pour les casemates et le bureau de tir pour les petites armes reprenant fusils mitrailleurs, mitrailleuses, canons anti-char de 60 mm<br /> Il avait un central téléphonique, un central radio et enfin deux chambres à filtres pour lutter contre les attaques chimiques ou gazeuses.<br /> Un ascenseur, des monte-charges permettaient de monter les munitions dans les différents ouvrages. Sur l’esplanade du fort en bordure de ce dernier, il y avait deux grands baraquements en bois qui servaient en temps de paix de casernement de temps de paix ; ceux-ci comprenaient un bureau administratif, chambres troupes, cantine, cachots.<br /> Les 1200 soldats qui formaient la garnison du fort étaient scindés en deux parties à l’exception de 200 hommes qui comprenaient les officiers, certains sous-officiers spécialisés, le personnel d’entretien, le personnel médical qui restaient en permanence au fort.<br /> 500 hommes étaient pendant 1 semaine de service au fort pendant que les 500 autres étaient en repos au cantonnement de Wonck distant de 5 km du fort.<br /> Avant la suppression des permissions, il était accordé aux soldats n’étant pas sanctionnés par des punitions ou des services à remplir à la garnison une permission de 24 heures du samedi au dimanche soir. La vie au fort d’Eben-Emael avant le 10 mai 1940 se déroulait paisiblement.<br /> Le matin à 4 h 45, le trompette sonnait l’appel au rassemblement ; à 5 h, les soldats devaient se trouver dans la cour pour la tenue d’inspection des premiers chefs soit Lecrou ou Debarcy, ce dernier était le plus sévère. Après le rassemblement et en période d’hiver, les hommes allaient prendre leurs repas à la cantine du baraquement ; durant les beaux jours, ils étaient autorisés à manger à l’extérieur.<br /> Le fort envoyait environ toutes les 6 semaines au tir de la citadelle une soixantaine d’hommes dont le soldat Henri Delincé de la deuxième batterie faisait partie pour effectuer un tir soit à la carabine ou au fusil mitrailleur sur la distance de 100 mètres.<br /> Ces soldats prenaient le tram à Eben-Emael en face du fort qui les conduisait jusque place Saint-Lambert. Les soldats équipés en tenue de campagne (carabine, casque, havresac, besace, masque à gaz, cartouchière) gagnaient la citadelle de Liège en partant de pied en rang par quatre et en marchant au pas par la rue Pierreuse jusqu’au stand de tir.<br /> Le soldat Henri Delincé devait également effectuer des services de garde de 24 heures pour la surveillance d’endroits ou de lieux importants (l’entrée du fort, les 2 extrémités de la tranchée de Caster, les ponts minés, etc)<br /> Le major Decaux demanda l’autorisation à ses supérieurs pour creuser des tranchées sur les hauteurs du fort ; que le massif du fort soit couvert de lignes de fils de fer barbelés et y installer des batteries de canons antiaériens ainsi que des nombreuses mitrailleuses pour interdire ainsi l’accès du massif. Sa demande ayant été refusée, il s’adressa à l’échelon supérieur ; en réponse, il fut muté et remplacé par le major d’infanterie Jottrand. Ce dernier est arrivé seulement quelques mois avant le 10 mai 1940<br /> Après ce changement d’autorité, les jours suivants se déroulaient dans une attente d’une prochaine agression venant de l’Allemagne menaçante, mais on ignorait le moment quand cette tragédie qui allait frapper une seconde fois la Belgique.<br /> Le soldat Henri Delincé étant de garde au pont du Geer fut rappelé.au fort par haut-parleur ; il fut envoyé en mission à la ville de Visé pour porter une dépêche sous enveloppe scellée et à la remettre au chef de gare lui-même.<br /> Pour accomplir cette mission, Henri à l’aide d’un vélo militaire du fort a emprunté la montée du Thier d’Eben pour ensuite redescendre sur Hallembaye, traverser le village de Haccourt pour passer sur les ponts du canal Albert et de la Meuse et ainsi arriver à la gare de Visé, remet au chef de gare la missive. Ce dernier ouvre l’enveloppe et signale au soldat Delincé que ce message disait qu’il fallait faire rentrer un officier au fort d’Eben-Emael avant son départ.<br /> Le chef de gare révéla à Henri Delincé que la guerre était pour cette semaine en lui recommandant de garder cette révélation pour lui. Il lui conseilla en partant au fort que s’il avait des objets de valeur sur lui d’aller les déposer dans sa famille.<br /> Suite à ce conseil, Henri repartit par Hallembaye pour gagner Houtain-Saint-Siméon pour ainsi déposer son portefeuille, sa montre et sa petite chaîne d’or.<br /> En arrivant à Houtain, il aperçut un officier qui arrêtait les soldats en chemin, il contourna l’officier par un autre chemin.<br /> Passant devant l’église de Houtain, il aperçut sa future femme (Annette Joseph 19 ans), qui n’était pas encore sa fiancée, cette dernière accompagnait sa cousine (Mariette Godin âgée de 12 ans) qui faisait sa communion solennelle ce jour-là.<br /> Sans rien dire de la mauvaise nouvelle qu’il venait d’apprendre à la gare de Visé, Henri Delincé repartit pour le fort d’Eben-Emael, il était alors le premier dimanche de mai, jour des communions solennelles à Houtain.<br /> Arrive ensuite le 10 mai 1940, le jour où se produit l’agression allemande contre la Belgique et l’attaque du fort d’Eben-Emael qui défendait le nord de la région liégeoise.<br /> Ce dernier fut surpris en flagrant délit de préparation. A 1 h 30 du matin, le soldat Henri Delincé étant de garde au pont du Geer accompagné par un second soldat du fort, aperçut dans le lointain limité par l’obscurité ce qu’il croyait être des gros oiseaux ; mais en réalité, c’étaient des chasseurs bombardiers Stuka précédant 11 avions Junkers remorquant des planeurs.<br /> Chaque planeur suivant la charge qu’il transportait avait 7 à 9 aéroportés à bord.<br /> Les sirènes d’alerte du fort furent immédiatement déclenchées lorsqu’ils furent aperçus par les observateurs se tenant dans les cloches d’observation du fort. A ce moment le haut-parleur du fort se fit entendre autorisant le soldat Henri Delincé et son camarade d’abandonner leur point de surveillance et de rentrer au fort. Entendant cet ordre de rappel, au pas de gymnastique, ils rentrent au fort.<br /> Pour leur permettre de rentrer dans le fort, la grille principale fut ouverte et immédiatement verrouillée ; on éclipsa le pont qui mettait à jour une fosse de 4 mètres de profondeur sur une largeur de la galerie. Après cette fosse. il y avait un double sas blindé et à côté de celui-ci un fusil mitrailleur pour défendre l’entrée du fort.<br /> Le soldat Henri Delincé se dirigea à la hâte vers le bloc VI et rejoignit son poste de combat à l’un des deux canons de 60 mm; il attendit les ordres de tir de son chef de bloc, le maréchal des logis Gaston Degrange.<br /> Pendant que Henri Delincé effectuait le parcours pour rejoindre son ouvrage, une escadrille de chasseurs bombardiers Stuka bombarde le fort.<br /> Dans les secondes qui suivent, 9 des 11 planeurs prévus par les Allemands pour attaquer le fort atterrissent sur le fort, le 10° planeur se posera environ 2 heures plus tard (ce dernier ayant décroché son câble de remorquage prématurément. Quant au 11°, il n’arrivera jamais.<br /> Les défenseurs du fort ignorant l’existence des fameuses charges creuses que les Allemands déposèrent sur les cloches d’observation, les coupoles, aux embrasures des canons des casemates et enfin contre les portes blindées des ouvrages, occasionnant des dégâts importants et irréparables avec comme conséquences 28 tués et 64 blessés parmi nos camarades.<br /> La cloche d’observation du bloc IV qui permettait une vue panoramique importante sur le massif du fort, qui était le poste de combat du soldat Henri Furnelle, fut fondue et transpercée par une charge creuse, causant une mort effroyable à mon camarade, on ne retrouva de lui que ses dents et ses souliers.<br /> Pendant ce temps, la coupole nord de 75 mm avait été mise hors combat par une charge creuse de 50 kg placée à la sortie d’infanterie de cette dernière.<br /> Quant à la coupole de 120 mm du fort, ses deux canons avaient toujours leurs percuteurs d’exercices ; le personnel de cet ouvrage voulant remplacer ces derniers par les percuteurs de guerre ne les trouvaient pas avec la conséquence de ne pouvoir effectuer des tirs de destruction hors de l’enceinte du fort mais également de combattre l’ennemi sur le massif du fort.<br /> La coupole sud ayant tiré sans discontinuer pendant 36 heures fut à court de munitions en moins d’une journée ; afin de pouvoir continuer les tirs, le personnel de cet ouvrage a été s’approvisionner à la soute à munitions de la coupole nord qui était hors service.<br /> En conclusion, si tous les ouvrages avaient tiré comme coupole sud, on peut conclure qu’en moins d’une journée, tous les ouvrages ayant tiré leur quota de munitions, le fort aurait dû se rendre faute de munitions.<br /> Pendant que les aéroportés attaquaient les différents ouvrages du fort, les pionniers allemands (infanterie spécialisée), après avoir traversé la Hollande, ont utilisé un nouveau moyen de transport, le cargo planeur leur permettant de franchir le canal Albert par surprise et ainsi renforcer les troupes sur le pourtour ainsi que sur le fort.<br /> Au bloc VI, le phare qui permettait de surveiller pendant la nuit les alentours du bloc, ainsi que les avants de la poterne d’entrée, était manœuvré par le soldat Albert Lehaene. Ce dernier avait allumé au début de l’attaque périphérique du fort, afin de se rendre compte de l’importance de la troupe ennemie. Le phare fut détruit au début des combats. C’est à cet instant que le maréchal de logis Gaston Degrange demanda un volontaire pour aller chercher de la nourriture à la caserne souterraine pour ravitailler ses hommes. Il ne trouva pas de volontaire, les hommes craignant pour leur vie suite aux violentes explosions dues aux charges creuses et aux bombes d’avions. Henri Delincé n’écoutant que son courage, descendit à la caserne souterraine pour aller chercher de la nourriture en suffisance pour ravitailler ses camarades et lui-même. En se rendant au ravitaillement, il a constaté que circuler dans les galeries prenait beaucoup de risques.<br /> En effet, dans toutes les galeries du fort, les câbles électriques et téléphoniques étaient posés dans un caniveau creusé sur toute la longueur des galeries. Ces caniveaux étaient recouverts de dalles de béton. Hors, lors des explosions, ces dalles s’étaient soulevées et dans certains cas projetées à plusieurs mètres.<br /> Le soldat Henri Delincé, en revenant avec le ravitaillement, a rencontré Messen l’aumônier qui lui a appris que le soldat Henri Furnelle avait été tué.<br /> En rentrant au bloc VI, Henri Delincé se rend immédiatement au canon de 60 mm, mais son chef lui commande de monter à l’étage auprès de la mitrailleuse du soldat Roger Smet pour l’aider à réparer son arme. Ce dernier lui demande de se placer à gauche et d’en tenir la culasse pendant qu’il y travaille. A peine la réparation a-t-elle débuté qu’une rafale d’une mitrailleuse allemande troue la barrette de visée et blesse aux doigts le soldat Roger Smet, l’obligeant à descendre à l’infirmerie pour se faire soigner. Le bloc VI ne disposant plus de bouchons allumeurs pour les grenades, le maréchal des logis Gaston Degrange a une nouvelle fois demandé un volontaire pour descendre à la caserne souterraine pour aller chercher les accessoires des grenades, mais ne trouvant une nouvelle fois personne parmi ses hommes qui acceptait cette mission dangereuse, malgré tous les dangers que Henri allait une nouvelle fois devoir affronter, il accepta cette nouvelle mission.<br /> Le soldat Henri Delincé repartit non sans crainte vers la caserne souterraine pour se procurer les bouchons allumeurs. Lorsqu’il arriva chez l’armurier, ce dernier lui déclara ne plus en posséder.<br /> A la demande Henri où il pouvait s’en procurer, la réponse fut négative, il n’y en a plus dans le fort, mais il pouvait essayer d’aller en chercher à Bruxelles ou à Anvers.<br /> Henri Delincé repartit vers son bloc avec cette mauvaise nouvelle et la communiquer à son chef et ses camarades.<br /> Repassant une nouvelle fois devant l’infirmerie, Henri Delincé rencontre une seconde fois l’aumônier Messen, entendant des hurlements de douleur de l’un de ses camarades, il demanda à l’aumônier Messen de qui étaient ces cris, ce dernier lui répondit que ceux-ci provenaient de l’infirmerie et en particulier du camarade Willy Massotte qui décèdera des suites de ses blessures.<br /> Henri Delincé demanda à l’aumônier s’il pouvait se confesser un peu plus tard, ce dernier lui répondit que s’il désirait se confesser, il devait le faire immédiatement; après sa confession, il rejoint au plus tôt le bloc VI.<br /> Plus tard, le fort subit un bombardement sérieux; suite à celui-ci, le camarade posté dans la cloche d’observation ayant reçu de la poussière dans les yeux ne pouvait plus assurer l’observation. Etant monté dans la cloche d’observation, le soldat Henri Delincé remarqua des tirs de mitrailleuses allemandes provenant du moulin situé en bordure du Geer et face à la poterne du fort.<br /> Le camarade Henri indiqua à ses camarades l’emplacement des Allemands qui, par leurs tirs, menaçaient gravement le bloc I, l’entrée du fort et le bloc VI.<br /> Il dut quitter ce poste d’observation pour reprendre le sien au canon de 60 mm qui devait tirer sur le moulin et détruire l’attaquant.<br /> Mais après un dur combat, son canon fut gravement endommagé, il ne pouvait plus tirer.<br /> Immédiatement, il se rendit auprès de son chef pour continuer les tirs au moyen de l’autre canon, les autres occupants ayant quitté les lieux.<br /> Plus tard, le bloc VI n’ayant plus de munitions et ne recevant plus d’ordres de tir du P.C. du fort, ils abandonnèrent les lieux, redescendirent au pied de l’ouvrage ; ils placèrent un barrage de poutrelles et de sacs de sable.<br /> Ils redescendirent tous ensemble dans la caserne souterraine où ils constatèrent que le fort s’était rendu.<br /> Ils deviennent alors prisonniers de guerre.<br /> Pour sortir du fort, ils durent passer par la première porte blindée se trouvant près de l’entrée principale du fort.<br /> Le pont roulant étant escamoté, on devait longer le mur sur un étroit passage jusque la grille. Les soldats belges tués au combat furent enterrés sur le devant du fort.<br /> Le père de Henri Massotte ayant reçu l’autorisation de l’occupant allemand de venir chercher la dépouille de son fils, il vint l’enlever dans une brouette.<br /> Le prisonnier Henri Delincé toujours coiffé de son casque comme les autres soldats du fort fut abordé par un soldat allemand qui lui enleva son casque et le jeta dans le Geer. Il lui prit alors son bonnet de police et lui fit comprendre qu’il devait le mettre sur la tête.<br /> Du village d’Emael, seule l’église était debout, toutes les maisons à plat …<br /> <br /> Ce récit est de la plume de M. Georges Cavraine, combattant du Fort d’Eben-Emaul.<br /> <br /> Source : <a href="https://www.maisondusouvenir.be/henri_delince.php">https://www.maisondusouvenir.be/henri_delince.php</a></p> Wed, 01 Apr 2020 12:29:27 +0200 Sergent Joseph Philippart 11°Compagnie du 3° bataillon du 13° de Ligne. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-195+sergent-joseph-philippart-11-compagnie-du-3-bataillon-du-13-de-ligne.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-195+sergent-joseph-philippart-11-compagnie-du-3-bataillon-du-13-de-ligne.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/13deligne.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Un ordre est un ordre, mais……………..<br /> <br /> L'adjudant Briks qui m'accompagne est très excité. Il sort son revolver pour un oui ou pour un non. Il ne me paraît pas dans son état normal, il voit des espions partout. Il est vrai que les nerfs sont terriblement éprouvés. L'après-midi on se relaie pour monter la garde sur le pont. En principe nous devons fouiller les civils qui évacuent car, paraît-il, il y a des espions déguisés. Je crois qu'on est atteint ‘’d'espionite’’, on voit des espions partout. L'imagination et la tension nerveuse grossissent les choses car, à part deux cas douteux (un prêtre entre autres), pas d'espion. <br /> Les nerfs sont tendus, c'est ma première mission. Je suis très anxieux. Nous progressons sous bois suivant la méthode dite ‘’en tiroirs’’. Un homme prend la tête pendant que les deux autres, le doigt sur la détente, surveillent sa progression ; ensuite le dernier homme relaie le 1er et ainsi de suite<br /> Nous craignons à tout moment de sauter sur une mine ou d’être la cible d'un parachutiste embusque dans les arbres<br /> Finalement nous arrivons sans encombre au fortin n°1. Là je trouve le sergent responsable, très énervé. Il prétend avoir entendu des bruits suspects derrière lui, le fortin se trouve à l'orée du bois en direction de Wierde (Namur). Que faut-il faire ? <br /> J'essaie d'être très calme et je propose de faire une reconnaissance avec mes deux soldats dans la zone boisée qui se trouve derrière le fortin. Nous partons : un soldat à droite, l’autre à gauche et moi au milieu. Nous avons à peine parcouru une trentaine de mètres que j’entends le sergent intimer l’ordre ‘’Halte ou je fais feu’’<br /> JE CROIS QU'ON EST ATTEINT D’ESPIONITE ; ON VOIT DES ESPIONS PARTOUT !!!.<br /> A notre grande stupéfaction, le sergent couche en joue trois civils qui se trouvent, les mains en l’air, à 50 mètres de là, près de la deuxième rangée de barbelés. Nous les distinguons à peine dans la demi-obscurité. <br /> Le sergent du fortin est affolé et ne sait que faire. Nous prenons le relais, nous tenons nos trois individus en joue après avoir renouvelé la sommation d'usage. Je suis très angoissé car je me trouve dans une position très inconfortable : Trois suspect devant moi et d'éventuels parachutistes derrière moi. Je demande au sergent de descendre dans son fortin et de téléphoner au lieutenant pour lui faire part de la situation. Il remonte quelques instants après pour me faire part de la surprenante et terrible réponse : ‘’Fusillez-les’’ <br /> N'en croyant pas mes oreilles, je lui demande de téléphoner de nouveau pour dire au lieutenant que les trois individus sont à ma merci, les bras en l’air.<br /> Naturellement, je ne suis quand même pas très rassuré car je ne distingue pas très bien leurs gestes et je leur intime encore l'ordre de lever les bras bien haut. Le sergent remonte encore une fois et me dit : ‘’Le Lieutenant vous donne l'ordre formel et militaire de les abattre, car ils ne peuvent absolument pas se trouver dans cette zone à cette heure-ci ; ils sont considérés comme dangereux.’’ Alors je suis obligé de prendre la décision la plus pénible de ma vie. Je désigne à chacun de mes soldats l'homme à viser, je prends moi-même celui du milieu comme cible et le commandement tombe, affreux et terrible en même temps : ‘’FEU!’’. Les trois détonations claquent et les trois hommes tombent. <br /> Presque aussitôt, j'entends une voix qui s'élève avec un fort accent étranger qui réclame à boire. Je suis hébété, je ne réalise pas encore que j'ai tiré sur un homme. A ce moment, un des trois se lève brusquement et se met à courir à toute allure dans la direction opposée. Nouveau commandement de ma part, trois coups de feu, l'homme chancelle puis s'abat comme une masse. Comme un automate, je demande au sergent du fortin d'avertir le lieutenant de ce qui se passe et de lui demander des instructions. Je suis fou furieux d'avoir du exécuter cette triste manœuvre et les larmes me montent aux yeux. Le sergent m'apporte la réponse : ‘’Fouillez les trois victimes et s'ils peuvent encore parler, questionnez-les !’’<br /> Sans aucune précaution, la rage au cœur, je me dirige avec mes deux soldats vers le lieu du carnage. En me voyant arriver, un des trois hommes me réclame encore à boire. Les larmes me coulent le long des joues. L'autre blessé, les yeux exorbités, tremble de tous ses membres et le troisième, qui a voulu fuir, est mort. Les deux premiers mourront dans l'après midi. J'ai interrogé celui qui seul parle un peu de français et j'apprends que ce sont trois Juifs poméraniens qui sortent de la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) où ils étaient internés parce qu’ils n’avaient pas de permis de travail. Ils essayaient de gagner la France. Il me dit aussi avoir traversé les lignes allemandes auparavant. Nous les fouillons sans rien trouver de compromettant.<br /> Que fallait-il en penser ?? Étaient-ils sincères ?? Étaient-ce des espions ?? Le mystère restera toujours entier.<br /> J’ai rejoint la compagnie avec mes deux compagnons, mais j’étais nerveux et de mauvaise humeur.<br /> Campagne 1939 – 1940 : faisant partie de la 8ème Division d’Infanterie, le Régiment fut affecté pendant la mobilisation à la défense de la position fortifiée de Namur (PFN). Les tragiques événements survenus sur d’autres fronts le forcera à abandonner sans combat la PFN dès le 15 mai 1940. Remis en ligne sur la Lys, dans le sous-secteur de Vive-St Bavon (Sint Baafs-Vijve), Wielsbeke, il y subit le choc de l’ennemi les 24,25 et 26 mai 1940. Sa belle conduite à cette occasion lui valut une septième citation : La Lys 1940. Il avait perdu sur la Lys 91 des siens dont 5 officiers. Pour éviter la capture, son drapeau fut brûlé.<br /> <br /> Source bibliographique : <br /> Carnets de Guerre édité par les Editions Jourdan<br /> Source Internet :<br /> <a href="https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php">https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php</a><br /> Source Iconographique :<br /> <a href="https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php">https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php</a></p> Sat, 01 Feb 2020 12:16:15 +0100 Joseph Lecane et le Fort de Barchon (PFL) au combat en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-194+joseph-lecane-et-le-fort-de-barchon-pfl-au-combat-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-194+joseph-lecane-et-le-fort-de-barchon-pfl-au-combat-en-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/barchon1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center">"Sous la conduite énergique et décidée de son commandant, le fort de Barchon<br /> a opposé à l'ennemi une résistance héroïque de tous les instants.<br /> Malgré un bombardement d'artillerie de plusieurs jours et neuf bombardements<br /> d'avions en piqué, son personnel d'une combativité admirable a repoussé plusieurs attaques ennemies.<br /> Il a succombé le 18 mai après un assaut furieux de l'ennemi qui était parvenu<br /> à annihiler complètement les moyens d'action du fort et de son personnel"</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Encore une journée de travail terminée. Je rentre à la maison ce mercredi 12 décembre 1939. Quand j'ouvre la porte, ma mère me signale qu'une lettre arrivée ce matin m'est destinée. Celle-ci est du Ministère de la Défense nationale me signalant que je dois rentrer comme milicien de la classe 1940 au fort de Barchon au 31 janvier 1940.<br /> Comme les fêtes de fin d'année approchent, on va fêter celles-ci en famille à la Noël et avec mes camarades au nouvel an. Pour la Noël, nous allons tous ensemble à la messe de minuit et après celle-ci, maman nous a préparé quelques bonnes bouquettes (gaufres) suivies d'une bonne goutte de pèkèt.<br /> Au nouvel an, nous nous rendons au bal au village voisin où nous passons quelques belles heures de plaisir à danser et à boire quelques verres de bière.<br /> Après toutes ces fêtes, nous nous remettons au travail pour un mois et, le 31 janvier 1940, c'est la rentrée comme milicien pour douze mois.<br /> Je dis au revoir à mes parents, mes cousines et aux autres camarades qui, eux, ne rentrent pas maintenant. Ma mère me met un colis dans les mains en me disant : <br /> « Si tu as faim, tu mangeras ces chocolats et ces bonbons ». <br /> Je me dirige vers le village, pour aller chercher mes camarades Joseph et Henri, et en avant vers le fort de Barchon !<br /> Quand nous sommes arrivés, on nous dirige vers nos chambrées respectives. Ça, c'est le premier jour. Le second jour, on nous distribue nos vêtements militaires, nos souliers, nos casques, nos fusils, etc. On fait connaissance avec d'autres camarades en plus de ceux qui étaient avec nous et, bien entendu, avec tous les gradés. Ensuite, on nous rassemble tous et on nous explique ce que l'on attend de nous : faire de nous tous, des soldats...<br /> Le troisième jour, qui est donc le 2 février 1940, commence l'instruction sans oublier de nous faire nos petites piqûres qui nous préservent, paraît-il, des maladies. Le lendemain, 3 février 1940, j'ai dix-neuf ans.<br /> L'instruction se poursuit à un rythme accéléré sur le fusil, le fusil-mitrailleur, la grenade, les canons de 75, 105, 150, le fonctionnement des coupoles, le poste d'observation, la tour d'air, les casemates, le code morse, etc., le tir au fusil, au fusil-mitrailleur et la mitrailleuse. Cette instruction est poussée à fond comme s'il allait se passer quelque chose. À ce moment, la situation internationale se dégrade. On en parle mais on n'y croit pas beaucoup. Pourquoi les Allemands nous attaqueraient-ils ? Ils ne doivent pas avoir oublié la raclée qu'ils ont eue en 1914.<br /> Dans nos chambrées, on s'entend bien à part quelques blagues mais il faut en rire. Gare à celui qui rouspète ! Il faut prendre celles-ci à la rigolade comme ça on vous fout la paix.<br /> Nous retournons à peu près un jour sur deux voir nos parents et nos copains restés au village sauf, bien entendu, quand on est de piquet. Au fort, la nourriture est très bonne, on a assez à manger. Le soir, quand on doit rester, on va à la cantine boire deux, trois verres de bière. Nous avons, bien entendu, nos corvées tous les jours: nettoyage des chambres, de la cour, des W.C., de la cuisine mais là : épluchement des patates.<br /> Après environ deux mois d'instruction, on commence à monter la garde pendant 24 heures entrecoupées de repos : deux heures de garde, deux heures de piquet et deux heures de repos. Le chef de poste nous a bien expliqué ce que l'on devait faire au cas où il y aurait une personne étrangère qui rôderait autour du fort : les trois sommations et, si pas de réponse, tirer. Bien entendu, les trois sommations n'en auraient été qu'une surtout la nuit. Pendant les gardes de nuit, on restait dans l'ombre, l'oreille tendue et les yeux grands ouverts, appuyé contre le mur de la cantine. Comme ça, on pouvait observer sans être vu.<br /> Ce qui devenait emmerdant, c'était les alertes de nuit. On vous éveille à toutes les heures de la nuit, on doit prendre son fusil et aller à l'emplacement qu'on nous désigne. Bien entendu, il y a des attaqués et des attaquants et, je vous assure, c'est du sport. En effet, les sports, à Barchon, tenaient une grande place : football, course à pied, saut en hauteur, gymnastique, etc. Tout ça vous maintenait en pleine forme.<br /> Et une nuit, vers une heure du matin, le dix mai 1940, on nous réveille. Alerte ! Mais, cette fois, on nous fait descendre nos matelas dans le fort. C'était la première fois que l'on faisait cet exercice. On nous rassemble tous et le commandant nous dit ceci : « Je viens de recevoir la communication de mettre tous les hommes immédiatement à leurs postes de combat car le territoire est menacé ». Cette fois, on ne riait plus.<br /> Dans le fort, tout le monde est debout. Les ordres fusent dans tous les coins : monter les obus aux coupoles, ouvrir les boîtes à douilles de 150 (elles sont tellement bien fermées que la forge doit faire de nouveaux outils pour les ouvrir). C'est vers quatre heures, quatre heures et demie du matin, qu'Eben-Emael demande un tir de 150 sur ses superstructures. Ils sont attaqués par des planeurs. Et ces boîtes à douilles de 150 qui ne s'ouvrent toujours pas... À peu près vers cette heure, les mitrailleuses contre avions ouvrent le feu sur des appareils étrangers qui survolent le fort. Je suis, à ce moment, à l'extérieur pour mettre des fils barbelés et fermer toutes les entrées du fort quand j'entends siffler au-dessus de ma tête les premiers obus de 150 tirés sur Eben-Emael. Je vous assure qu'à ce moment ça vous fait frissonner et on se demande ce que l'on va devenir.<br /> Et pendant ce temps, sur la route qui conduit vers Wandre, de longues files de civils sont en train d'évacuer. Quand on voit toutes ces femmes, leurs enfants et les personnes âgées qui se traînent sur la route c'est vraiment triste. Où vont-ils aller ? Nous nous demandons tous où nos épouses et nos parents sont à ce moment-là. Et mon père, que doit-il penser, lui qui avait failli être tué en 1914 ?<br /> Le commandant a donné l'ordre que l'on mette le feu aux logements des troupes en temps de paix pour que ceux-ci ne gênent pas les pointeurs des coupoles et pour que l'ennemi ne puisse se cacher dedans. À ce moment, il est entre neuf et dix heures du matin, les mitrailleurs ouvrent le feu vers un avion allemand. Celui-ci s'abat aux environs de Rabosée. Un peu plus tard, les deux canons de 150 et les quatre de 105 tirent tous ensemble. C'est impressionnant. Tout le fort tremble sur ses fondations. Les servants sont pleins d'allant. À ce moment, je suis avec mon copain Joseph et le brigadier Tony au monte-charge de la 105 gauche. On ne suit pas à monter, par le monte-charge, les obus pour alimenter les deux canons tellement la cadence de tir est élevée.<br /> Tout doucement, la nuit arrive. À ce moment, les tirs ne sont plus si violents. On ne tire plus que sur renseignements de nos observateurs ou des forts voisins car le fort de Barchon est souvent sollicité et pour cause. Avec nos deux 150, nos quatre canons de 105 et nos obusiers de 75, nous sommes un des forts de Liège les mieux armés en grosse artillerie.<br /> Le jour se lève lentement sur le samedi 11 mai 1940.<br /> L'infanterie qui était entre les forts s'est repliée. Où et pourquoi ? On se le demande. Voilà les forts complètement isolés. Ils sont donc considérés comme forts d'arrêts. Les coupoles de 75 commencent, elles aussi, à tirer sur des troupes ennemies que nous signalent nos observateurs et les patrouilles qui sortent du fort. De nouveau, les 150 tirent sur Eben-Emael. Là-bas, je crois que ça va très mal. De petits incidents mécaniques, vite réparés par nos mécaniciens, arrivent à notre coupole de 150 droite. Vers dix heures, le tube de la coupole de 75 II gauche explose. Il était surchauffé par une cadence de tir qui était plus que le maximum demandé. Malheureusement, nous avons quatre blessés dont le brigadier Léon Schoofs, jambe cassée, fêlure du crâne, brûlures au visage et aux mains, le brigadier Darchambeau atteint de brûlures aux mains et au visage, le soldat Dethier souffre également de brûlures au visage. Le commandant du fort ordonne que la batterie contre avions rentre au fort. Elle sera installée sur la superstructure du fort avec des volontaires équipés de fusils-mitrailleurs. Un trimoteur ennemi, volant à basse altitude, est pris à partie par nos hommes. Touché, il est obligé de faire un atterrissage dans la campagne. Deux mitrailleurs sont blessés : le brigadier Jules Braham et le soldat Westphal. malheureusement, nous avons aussi un observateur qui vient de se faire tuer au charbonnage de Trembleur : le maréchal des logis Guillaume Defauw.<br /> Toutes nos coupoles continuent à tirer, la nuit descend sur le fort. Notre deuxième journée a été bien triste avec un ami tué et plusieurs blessés. <br /> Vers 20 heures nous parvient une communication du colonel Modart qui félicite la garnison du fort de Barchon pour les beaux tirs effectués et pour le soutien apporté à la défense d'Eben-Emael. Cette journée a été fatale pour Eben-Emael ; un des nouveaux forts qu'on avait dit imprenable a été liquidé sur deux jours. Bien entendu, on ne s'attendait pas à ce qu'il soit attaqué par planeurs et surtout quand la nuit n'était pas tout à fait tombée.<br /> Et le jour se lève sur le dimanche 12 mai 1940 mais, dans la nuit, après minuit, pour la première fois l'ennemi s'est aventuré aux environs du fort dans les champs de rails et les barbelés. Mal lui en prit. Nos obusiers de 75 ont ouvert le feu avec les boîtes à balles et je vous assure que l'ennemi a foutu le camp comme s'il avait le diable au derrière.<br /> C'est alors que les Allemands commencent à nous tirer dessus. On fait appel aux forts de Pontisse et d'Evegnée pour battre, à tir fusant, certains points que le commandant leur a indiqués, par exemple dans la vallée du Bacsay qui offre à l'ennemi un couloir d'infiltration. Vers dix-huit heures le 1er chef Danthine et quelques volontaires s'en vont en patrouille. Quand ils rentrent après environ deux heures, ils nous rapportent des renseignements précis dont l'emplacement d'une grosse batterie qui tirait sur Pontisse.<br /> De l'abri AC1 nous parviennent aussi de précieux renseignements mais aussi une mauvaise nouvelle, on nous signale que le maréchal des logis Michaux est blessé.<br /> Dans la soirée, une autre mauvaise nouvelle arrive au fort, le brigadier Frans Bonsang a perdu la vie : un éclat d'obus reçu dans la tête près de l'abri BM3.<br /> Et la journée du 13 mai arrive.<br /> Après minuit, d'énormes obus viennent s'écraser sur la carapace du fort et, avant l'aube, les guetteurs signalent des mouvements suspects. L'ennemi s'approche du fort mais celui-ci les reçoit à coups de boîtes à balles de nos obusiers de 75. Malheureusement, vers 10 heures du matin la coupole de 75 du saillant II explose blessant sérieusement le maréchal des logis Kreutz , Fraikin et les soldats Ernotte et Reuter. Ce nouvel incident prive le fort de deux organes de défense rapprochée et c'est aux forts de Pontisse et d'Evegnée de battre le front de gorge et le saillant de tête. Le pilonnage du fort continue à coups de gros obus et je vous assure que ça menait un fameux boucan quand on est dans une coupole et que vous entendez les obus qui ricochent sur celle-ci et vont éclater plus loin. Pendant ce temps, nos canons continuent de tirer de plus belle sur des objectifs signalés par les autres forts et nos observateurs. Aux environs de 22 heures, on nous signale que les grosses batteries qui nous tirent dessus sont installées aux environs de Lorette. Aussitôt dit, aussitôt fait, nos deux coupoles de 105 les réduisent au silence. Comme ça se calme un peu, nous prenons un peu de repos. Nous sommes littéralement crevés.<br /> Nous voici le 14 mai. C'est une journée qu'on n'est pas prêt d'oublier. D'abord, bien avant le jour, la patrouille Danthine sort à nouveau et je vous assure que sortir du fort entouré d'ennemis, il faut le faire ! Quand ils rentrent, le jour se lève. Ils nous ramènent encore de précieux renseignements. Vers 9 heures 30 commence le premier bombardement par avion.<br /> <br /> On entend d'abord un hurlement de sirène puis l'explosion de la bombe sur la carapace du fort. Celui-ci tremble sur ses fondations, la peur nous prend au ventre et nous descendons dans les couloirs qui conduisent à la tour d'air. Nous croyons que nous y sommes en sécurité et ce qui nous vient à l'esprit c'est le fort de Loncin en 1914 où plus de 300 soldats sont toujours dans les entrailles du fort. Enfin, après deux bombardements, qui se terminent aux environs de 11 heures, on respire.<br /> Le commandant Pourbaix fait l'inspection de notre vieux fort, celui-ci a tenu le coup. À part qu'il y a d'énormes entonnoirs sur la terre qui entoure la superstructure, le béton a bien résisté. Il est un peu fendu mais nous sommes quand même rassurés.<br /> Une coupole de 150 en a pris un coup, la pièce est calée et le béton qui l'entoure est fissuré ce qui lui donne une légère inclinaison. Elle ne pourra peut-être plus servir. On a trouvé une grosse bombe tombée dans le fossé. Elle s'est cassée en deux sans exploser. On estime que le poids des bombes tombées sur le fort s'élève à au moins mille kilos. Et l'après-midi, ils remettent ça ! Décidément, ils veulent nous mettre à genoux mais on leur prouve que la garnison n'est pas encore prête à se rendre, ses canons continuent à les tenir en échec. Au total, nous avons quand même deux obusiers de 75 hors service, une coupole de 150 désaxée, l'autre de 150 que l'on répare et une fissure très large où l'on voit même l'extérieur. Elle est colmatée avec du béton à prise rapide. Les stukas ont pulvérisé le mur de contrescarpe sur une longueur d'environ dix mètres. Malgré tous ces bombardements, nos canons de 105 font du bon travail. Le colonel Modart nous signale que, sur le champ d'aviation de Bierset, l'ennemi débarque avec des avions de transport de troupes. À coups de 105, on fout le feu à ces oiseaux de malheur. Il était environ 18 heures quand ce communiqué nous est parvenu.<br /> Et la patrouille du 1er chef Danthine sort de nouveau... On peut dire qu'elle fait du bon travail, il faut le faire !<br /> Il est environ deux heures du matin, ce 15 mai, quand l'on nous signale du P.O. cuirassé que des groupes d'Allemands essayent de s'infiltrer autour du fort. Mal leur en prit, la coupole de Mi. Et de lance-grenades ainsi que les deux coupoles de 75 restantes ouvrent le feu, ce qui les fait déguerpir.<br /> Très tôt, ce matin du 15, on envoie quelques hommes pour obstruer la brèche dans le mur de contrescarpe du saillant III (brèche qu'une bombe avait faite le jour avant pendant un bombardement par avions). On y constitue un barrage avec du fil de fer barbelé et des mines antichars.<br /> Le fort est toujours bombardé par obus. Aux environs de 10 heures du matin, une patrouille de volontaires se prépare à sortir. Elle est composée du sous-lieutenant Mans, du maréchal des logis Ghislain et des soldats Levecque et Grevesse. Malheureusement, à l'intersection des routes Barchon-Visé, le soldat Grevesse s'écroule et est tué. Les autres sont copieusement mitraillés mais parviennent à rentrer au fort vers 11 heures. C'est seulement quand ils sont rentrés qu'ils s'aperçoivent que le soldat Grevesse manque à l'appel. Quand ils ont été mitraillés, ils se sont dispersés pour éviter de se faire tuer. Mais on s'était aperçu que c'était à partir de la tour de l'église de Barchon que les Allemands avaient ouvert le feu sur la patrouille. Le sous-lieutenant Mans et le maréchal des logis Ghislain décident de ressortir de l'ouvrage pour aller à la recherche de leur camarade. C'est alors qu'ils se sont aperçu que celui-ci avait été tué. À coups de 105, le clocher et ceux qui se trouvaient dedans ont été réduits en miettes.<br /> Dans la soirée, on nous signale de tirer sur le champ d'aviation d'Ans où les Allemands se ravitaillent et viennent ensuite lâcher leurs bombes sur les forts de Liège. C'est la coupole de 150 qui se charge de ce travail et ce, très tard dans la nuit.<br /> La journée du 16 mai commence par un tir de boîtes à balles sur les glacis du fort, le Allemands tentent de se rapprocher le plus près possible de l'ouvrage mais nos observateurs les ont aperçus. Une patrouille composée du maréchal des logis Appeltans et de quelques volontaires sort vers 4 heures 30 et rentre vers 5 heures pour aller recueillir les renseignements qui nous manquent. Vers 8 heures du matin, le commandant Pourbaix réunit ses hommes dans la galerie centrale pour nous communiquer le message qu'il vient de recevoir du roi Léopold. Celui-ci disait : « Colonel Modart, commandants des forts, officiers, sous-officiers et soldats de la position fortifiée de Liège, résistez jusqu'au bout pour la patrie. Je suis fier de vous. Léopold ». Ce message et les quelques mots que le commandant adresse en plus à toute la garnison remontent le moral de toute la troupe et tout le monde retourne à son poste pour se donner à fond à la défense de notre terre wallonne et de notre pays.<br /> Au cours de cette journée du 16 mai, l'abri AC1, commandé par le maréchal des logis Colson, nous envoie de précieux renseignements. Il nous signale une colonne d'environ 200 soldats ennemis sur la route de Haccourt-Vivegnis et c'est à coups de 105 qu'ils fuient dispersés. Les grosses pièces continuent aussi à tirer sur l'aérodrome d'Ans.<br /> Vers 16 heures, le bombardement reprend de plus belle. Des obus de tous calibres nous tombent dessus, certains de ces obus sont des 305 et, à chaque impact, le fort tremble mais sa carcasse de béton tient bon. Nos coupoles de 75 et 105 continuent toujours à tirer mais celle de 150 a souvent des ennuis, le plateau de direction vient encore de sauter. Depuis le bombardement du 14 mai, cette pièce a souvent des incidents mais elle est vite réparée par nos mécaniciens ; ce sont souvent les goujons de ce plateau qui se cisaillent.<br /> Tout doucement, la journée du 17 mai arrive et nous nous rendons compte que les derniers jours de notre vieux fort approchent.<br /> Le bombardement reprend de plus belle au lever du jour. Ça promet ! Il s'arrête vers 10 heures 30 et ce sont les avions en piqué qui recommencent pendant presque six heures. Après une heure de répit, le pilonnage recommence et dure encore trente minutes. Après le bombardement, le commandant sort du fort pour une inspection, les fossés sont méconnaissables. Ils sont remplis de tas de terre et de béton parfois à plus de deux mètres de hauteur. On doit mettre des équipes à l'ouvrage avec des pelles et des pioches pour déblayer. Ce travail est souvent interrompu par les aviateurs allemands qui viennent nous mitrailler.<br /> <br /> À un moment donné, nous dégageons une sortie d'égout en face de l'infirmerie quand nous sommes pris à partie par un avion[1]. C'est la course pour rentrer au fort. On voyait, devant nous, les balles qui ricochaient sur le béton et pour ouvrir la porte d'entrée nous la poussions au lieu de la tirer. Je vous assure qu'en ces moments-là on ne cherche qu'une chose : sauver sa peau.<br /> Vers 17 heures, de nouveau le bombardement par avions. Cette fois, ils ont des bombes de fort tonnage ainsi que des paquets qui s'ouvrent au contact du sol et dégagent une épaisse fumée. C'est à ce moment que, me trouvant avec Joseph Simonis dans le sas des obus de 105, la porte de celui-ci vient à sauter hors de ses gonds. Nous sommes bel et bien prisonniers dans le sas, nous hurlons tous les deux pour que l'on vienne nous délivrer. À mains nues, on essayait d'ouvrir la porte, on a même essayé de passer par le monte-charge qui transportait les obus vers la coupole. Et les bombes tombaient toujours sur le fort... Le hurlement des sirènes, que les stukas faisaient en piquant sur le fort, nous rendait fous. Enfin, après un temps qui nous parut des heures, un camarade nous a entendus et, avec un levier, est parvenu à ouvrir cette porte. Je vous assure que, quand vous vous sentez coincé comme ça, vos pensées se tournent vers votre maman (je crois même que nous avons crié après). Après toutes ces émotions, nous nous reposons un moment. Cette journée du 17 mai (que je n'oublierai jamais) se termine vers 22 heures par une série de tirs d'armes automatiques. Sur le fort, quelques copains tirent sur tout ennemi qui se profile. Bien entendu, celui-ci répond avec ses armes.<br /> L'aube du 18 mai se lève et, déjà, le fort est bombardé par des obus de gros calibre et par des tirs à obus de rupture vers le P.O. et les coupoles. Vers 6 heures du matin, le brigadier Raemakers est blessé à son poste d'observation. Un peu plus tard, c'est la coupole de 105 droite qui est touchée et mise hors service. Malheureusement, nous avons quatre blessés légers. Ce sont les soldats Granry, Lemmens et Mellemans ainsi que le maréchal des logis Mertens. Le lieutenant Jungling va s'installer au P.O. cuirassé pour diriger le tir des coupoles qui sont encore à peu près en bon état. Notre coupole de 105 gauche n'a plus que quelques obus. Notre brigadier Tony Deprez, qui était avec nous pour approvisionner la coupole en obus, nous quitte et va se mettre à la disposition des gars de la tour d'air. Malheureusement, il se fait tuer par une balle tirée vers les trous de visée du fusil-mitrailleur. Atteint aux reins, ce camarade que nous avons eu avec nous à la coupole de 105 gauche était la bonté même. C'est avec une grande tristesse que nous avons appris sa mort.<br /> <br /> Vers dix heures, de nouveaux bombardements par avions. On sent que l'ennemi veut en finir avec nous. Après les avions, les obus, puis de nouveau les avions ; on tient toujours, ce qui doit les faire rager.<br /> Vers 11 heures, nous tirons les derniers obus de 105. Les bombardements continuent, ce sont des milliers d'obus et des tonnes de bombes qui nous tombaient dessus. Vers midi, plus rien.<br /> C'est alors que, du poste d'observation, on voit pointer un drapeau blanc. Ce sont des parlementaires allemands qui demandent à être reçus par le commandant du fort. Le commandant Pourbaix et le lieutenant Jungling les reçoivent. L'officier ennemi, qui le premier prend la parole, demande à parler au colonel ou au major. Le commandant Pourbaix lui réplique qu'il n'y a pas d'officier de ce grade d'où l'étonnement de l'officier allemand. Celui-ci fait traduire par l'officier interprète le message dont il est porteur : « Nous sommes des parlementaires officiellement désignés par le général de division pour venir demander la reddition de votre fort. Nous sommes chargés de vous dire que les troupes allemandes qui se trouvent devant le fort sont remplies d'admiration devant votre courage et votre ténacité au cours des huit jours de siège écoulés. Mon général affirme que la garnison du fort recevra les honneurs de la guerre et que les officiers pourront conserver leur épée. Les officiers allemands garantissent aussi qu'aucun officier du fort ne sera fusillé. Nous avons rassemblé autour de ce fort des quantités considérables de canons et de moyens de destruction tels que toute résistance de votre part est désormais impossible et inutile. Vous devez vous attendre à être bombardés, dorénavant, par obus et bombes de tous calibres d'une manière continue. Nos grosses pièces d'artillerie n'ont fait, jusqu'à présent, que régler leurs tirs. Quand elles passeront à la destruction, votre situation deviendra rapidement intenable »<br /> Le commandant Pourbaix qui, impassible, avait écouté l'officier ennemi répondit simplement : « Je ne rends pas le fort ». Le lieutenant Jungling n'avait rien dit mais je crois qu'il aurait étranglé ce parlementaire allemand. Quand il est rentré dans le fort, il était blanc comme la mort et je vous assure qu'il rageait. Le commandant Pourbaix, sitôt rentré, communique à tout le personnel présent ce qu'il vient d'entendre et ce qu'il a, répondu aux parlementaires ennemis. Tous manifestent, par des acclamations enthousiastes, leur accord avec leur chef.<br /> Vers 12 heures 45, le conseil de défense se réunit. Il est composé du commandant Pourbaix, du lieutenant Jungling, du lieutenant-médecin Dessart et du sous-lieutenant de réserve Mans. Le conseil décide de défendre le fort et de résister jusqu'à la limite des possibilités sans, toutefois, sacrifier des hommes inutilement.<br /> À partir d'une heure, ça recommence, ils y mettent le paquet. Les obus tombent sur le fort de tous les côtés. J'étais, à ce moment, à la coupole Mi. et j'entendais ricocher les obus sur la carapace de celle-ci. Je vous assure que ce n'était pas de la tarte. À un moment, un énorme projectile s'abat en plein sur la coupole de 75 saillant III la mettant hors service. Par miracle, personne ne fut blessé. Reste seulement la coupole 75 saillant1 qui continue à tirer sur tout ce qu'elle voit. C'est un véritable ouragan d'acier qui s'abat sur le fort, à l'extérieur ce n'est que du feu et de la poussière. On s'attend à ce que les voûtes du fort cèdent et que celui-ci s'enfonce dans la terre. Mais, malgré tout, il tient toujours.<br /> <br /> Tout à coup, vers 17 heures, l'orage semble se calmer. On n'entend plus que le claquement des obus de rupture sur tout ce que le fort a encore en bon état comme, par exemple, les embrasures des coffres de tête où le soldat Lemoine est grièvement blessé. Ce camarade de la classe 40 était avec moi dans la même chambrée.<br /> Le commandant Pourbaix donne l'ordre à la dernière coupole de 75 saillant I de tirer à bout portant sur l'ennemi qui se rapproche de plus en plus. La coupole est touchée ; en plein dans l'embrasure, par un obus de rupture. Elle vole en éclats. Le maréchal des logis Lizin est blessé mais, heureusement, pas trop gravement.<br /> À partir de ce moment toutes les coupoles sont inutilisables. Du reste, il n'y a plus de munitions. La situation est désespérée, l'ennemi est sur le fort, dans les fossés, tout est hors de service. Le commandant Pourbaix fait brûler tous les documents militaires et le lieutenant Jungling est chargé de faire sauter les coupoles pour les rendre inutilisables. Vers 18 heures, le commandant fait hisser le drapeau blanc.<br /> C'est la mort dans l'âme que les vaillants défenseurs du fort de Barchon descendent les escaliers pour se diriger vers la sortie. Au pied de l'escalier, nous voyons pour la dernière fois notre camarade Deprez qui repose dans son sommeil éternel. <br /> Tout de suite, nous longeons le couloir qui se termine au pied de la tour d’air et c'est là que, pour la première fois, nous voyons un soldat allemand (mais alors avec une sale gueule) qui surveillait chaque soldat belge sortant de la tour. Nous nous dirigeons dans la direction de la route militaire, le long des glacis, où nous sommes placés par rangs de trois et c'est, arrivés à cet endroit, que nous apercevons le sinistre drapeau à croix gammée planté sur le massif central. Les blessés, qui étaient restés à l'infirmerie à l'intérieur du fort, avaient été oubliés. C'est avec quelques volontaires et des soldats allemands qu'on les a sortis et dirigés vers un hôpital pour y être soignés. Pendant ce temps, les Allemands sont arrivés avec des mitrailleuses qu'ils ont braquées sur nous et je vous assure qu'ils nous ont foutu une belle peur. Du troisième rang où j'étais, je me suis retrouvé au premier ; on essayait de repasser au troisième et ainsi de suite.<br /> Heureusement ça n'a pas duré longtemps car des officiers allemands sont venus nous faire un discours sur le magnifique et loyal combat que nous avions mené contre eux.<br /> Le commandant Pourbaix et le lieutenant Jungling ont alors reçu, du colonel allemand, leur sabre pour leur bravoure lors de la défense du fort. Pendant tous ces discours et remises de sabres, un soldat allemand, s'adressant à nous, nous dit que nous avions de la chance d'être prisonniers. Étonnés, nous lui demandons pourquoi. « Moi, dit-il, j'ai déjà fait la guerre en Pologne. Qui me dit que dans un jour ou deux je ne serai pas tué. J'ai une femme et deux enfants et je dois marcher ». Le pauvre garçon en avait déjà marre, ce n'était pas, bien entendu, un SS de sinistre réputation</p><br /> <br /> Sources bibliographiques :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/joseph_lecane.php">https://www.maisondusouvenir.be/joseph_lecane.php</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/barchon.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/barchon.htm</a><br /> <br /> Source iconographique :<br /> <a href="https://www.tracesofwar.com/sights/4623/Fortified-Position-of-Li%C3%A8ge---Fort-de-Barchon.htm">https://www.tracesofwar.com/sights/4623/Fortified-Position-of-Li%C3%A8ge---Fort-de-Barchon.htm</a> Tue, 31 Dec 2019 17:52:15 +0100 Le carnet de campagne de Philippe Tettelin https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-186+le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin02.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>- Le 10 mai 1940 vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Il était à peine deux heures. Je venais de me coucher quand le lieutenant entre en trombe dans le corps de garde de la caserne des chasseurs ardennais à Antheit et d’une voix sonore crie : « Alerte réelle ». C'est la guerre.<br /> Je me mets en tenue et cours à mon poste. Le calme s’est subitement transformé en un retentissement de cris et de pas pressés. C’est une froide nuit de printemps et je reste dans le fortin, proche de notre casernement, jusqu’au matin.<br /> Je retourne à la caserne vers 5 heures du matin, je mange en hâte... Je prends mon vélo et je retourne chez moi, rue des Potalles à Vinalmont.<br /> Sur le pas de leurs portes, des gens affolés gesticulent. J’arrive chez moi tout trempé de sueur. Ma femme Madeleine vient à ma rencontre en pleurant ; je la console de mon mieux.<br /> Elle m’apprête quelques friandises et de l’argent pendant que je me change. Je me rends sur la position et le soir arrive sans autre incident. La nuit, je dors sous une tente mais j’ai froid.</p><br /> <br /> <strong>- Le 11 mai 1940 samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Durant la journée quelques survols d’avions ennemis ; tirs de DCA et des mitrailleuses anti- aviation.<br /> En soirée, ma femme vient me rendre visite. Elle m’apporte de nouveau des friandises et des cigarettes ; elle s’en retourne, me promettant mieux pour le lendemain. Vers les 8 heures, la pièce est mise en batterie sur la route de Leumont. A 11 heures, mes camarades de la 10ème compagnie et moi quittons la place de Wanze à pied vers Moha et Bierwart. Durant ce trajet, une fusée éclairante nous surprend. Tout le monde se couche dans le fossé bordant la route. Nous continuons la marche.</p><br /> <br /> <strong>- Le 12 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons de grand jour à Cognelée (Namur) où nous nous reposons dans un verger. Peu de temps après arrivent des avions. Ils nous survolent... les bombes pleuvent autour de nous : là, j’ai peur pour la première fois... La nuit vient, je rencontre deux amis perdus eux aussi. Nous allons dormir un peu parmi les Français, puis nous nous remettons en route.<br /> Nous rencontrons la 9ème Cie. Nous sommes heureux de voir notre ancien ami de chambrée Charles et nous passons le reste de la nuit avec lui.</p><br /> <br /> <strong>- Le 13 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, nous rencontrons un TS (de l'escadrille du support technique) qui nous indique le chemin pour retrouver la Cie. Nous nous rendons sur les positions presque sans manger... Le soir nous nous mettons en route à destination du front.</p><br /> <br /> <strong>- Le 14 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous arrivons le matin à Marchovelette. Nous mettons en batterie dans le fond d’un bois, nous creusons des trous de fusiliers et des abris. Nous nous couchons près des pièces, enroulés sous nos bâches, mais personne ne dort.</p><br /> <br /> <strong>- Le 15 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans le courant de la matinée, nous sommes obligés de prendre la fuite car nous sommes menacés d’être encerclés... En marchant, nous passons dans les lignes marocaines qui nous crient de nous cacher.<br /> Les balles de Mi sifflent au-dessus des têtes : c’est déjà un char allemand qui est avancé. Puis nous arrivons près de Temploux, village très éprouvé ; une série de spectacles épouvantables se présentent à nos yeux. Sur une grande distance, le long de la route, nous voyons des trous de bombes tous les 10 mètres, des camions détruits, beaucoup de vaches tuées, les rails du tram tordus et, en passant dans le village, même vision d'apocalypse : un avion français abattu... dans un verger une trentaine de soldats tués et leurs vélos détruits, et aussi plusieurs immeubles en ruines. C’est les yeux pleins d’horreur que nous arrivons à Jemeppe.<br /> </p><br /> <strong>- Le 16 mai jeudi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous traversons la ville de Charleroi... Nous passons dans Nivelles dont le clocher est abattu ; les rues sont encombrées de débris des façades de beaucoup de maisons... Toute la nuit les canons tonnent et on entend le vrombissement des avions.</p><br /> <br /> <strong>- Le 17 mai vendredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">...nous cherchons un vélo ; mon camarade en trouve un&#8239;; ne restait pour moi qu’un vélo d’enfant&#8239;; j’attache mon masque à gaz sur le porte-bagages qui me sert de selle et nous nous mettons en route, suivant une colonne cycliste... Nous prenons la route de Gand et nous trouvons la Cie à Ravère(??) (peut-être Gavere) où nous logeons.</p><br /> <br /> <strong>- Le 18 mai samedi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Entre-temps, la cuisine a été bombardée et beaucoup d’hommes se sont perdus, notamment quelques camarades de chambrée. Les camions et les pièces se sont perdus aussi... Nous sommes arrivés à Petteghem. Mon copain Henry Brasseur et moi avons transformé la salle de bain d'une belle villa abandonnée en chambre à coucher.</p><br /> <br /> <strong>- Le 19 mai dimanche</strong><br /> <p style="text-align:justify">...A Deinze, nous assistons au départ des évacués. Triste spectacle&#8239;! Des gens paisibles doivent quitter leur foyer pour s’exiler dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Mon copain et moi nous lavons les pieds dans la Lys, rivière au cours lent.</p><br /> <br /> <strong>- Le 20 mai lundi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Toujours au repos. Dans le courant de l’après-midi, nous nous sommes remis à neuf&#8239;: nouvelles chemises, chaussettes, veste, capote, guêtres et culotte. Journée très calme. Le soir nous sommes partis et sommes arrivés à Gottem.</p><br /> <br /> <strong>- Le 21 mai mardi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nous avons organisé les positions. N'ayant plus de pièces, la Cie a été transformée en « Cie fusiliers ». J’ai monté de garde jusqu'à minuit, puis je me suis couché. Le canon a tonné toute la journée et toute la nuit. Beaucoup d’avions ont survolé notre campement.</p><br /> <br /> <strong>- Le 22 mai mercredi</strong><br /> <p style="text-align:justify">Très tôt, nous nous mettons en tenue pour partir ; nous attendons jusqu’au matin sur la route, puis il y a un contre-ordre. C’était un exercice, paraît-il. Des avions nous survolent constamment dans la matinée.<br /> Le carnet s'arrête là.<br /> Le soldat Tettelin Philippe, de la 10ème Compagnie des Chasseurs ardennais, a été tué d'un éclat d'obus le 26 mai 1940 à Gottem.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tettelin01.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique via internet </strong>:<br /> <a href="https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin">https://www.nostalgie.vinalmont.be/nostalgie/le-carnet-de-campagne-de-philippe-tettelin</a><br /> <strong>Source iconographique </strong>:<br /> <a href="http://6cha.be/Historique.html">http://6cha.be/Historique.html</a> Tue, 30 Apr 2019 20:08:55 +0200 L’exode d’André LEDENT de Houyet (Belgique) https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-185+l-exode-d-andr-ledent-de-houyet-belgique.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1940, alors que l'armée belge vient de rétablir les permissions de cinq jours pour les soldats mobilisés, Adolf HITLER donne le signal de l'invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg.<br /> Il est un proverbe qui dit :" Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage". En voici sa traduction trouvée dans un ouvrage allemand publié à l'Imprimerie Louis DESMET-VERTENEUIL, rue 't Kind, 60-62 à Bruxelles en 1940 (et écrit par Werner Pich): "Vu l'imminence d'une agression ennemie contre les territoires belge et néerlandais et le péril dont est menacé le bassin de la Ruhr, l'armée occidentale allemande , pendant les premières heures de la matinée du 10 mai, a procédé à l'attaque sur un très large front à travers la frontière occidentale de l'Allemagne" (La Fin des Illusions, Werner Pich, page 17). Ce texte est un court résumé de la note d'information rédigée par l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles et qui a été lue par celui-ci à notre Ministre des Affaires Etrangères, Paul-Henri SPAAK, le 10 mai 1940 à 08H30.<br /> Bien que né en 1895, mon père Auguste LEDENT est considéré comme mobilisable aux Chemins de Fer belges (Livret de mobilisation civile: 05 mars 1935, et modifications 02/1936, 10/05/1939, 12/08/1939). Il est rentré chez nous, ce 10 mai en nous expliquant qu'il était mobilisé à la SNCB et qu'il devait repartir immédiatement. Avec un groupe de ses collègues, il est dirigé dans un train spécial qui les conduit tous en exode dans la région de TOULOUSE (Il se retrouvera finalement à GORNIES, Hérault, Languedoc-Roussillon en France où il travaillera dans les vignes en attendant le retour en Belgique occupée durant le mois de septembre 1940).<br /> Le 11 mai, devant l'avancée très rapide des troupes allemandes en territoire belge et français, notre mère, Aline ARNOULD, prend peur; c’est qu'elle a deux filles encore bien jeunes : Emilie, 17 ans et Marie, ma sœur jumelle qui n'a que 15 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mes oncle et tante, Gustave PIERLOT et Marie ARNOULD, de ON, sont arrivés chez nous immédiatement après la déclaration de guerre…sans doute effrayés par le bombardement terrible qu'a subi la gare de Jemelle, dès l'aube du 10 mai (au journal radiodiffusé de 06H30,sur l'INR, on a annoncé la déclaration de guerre en même temps que l'attaque sur la gare de Jemelle).<br /> Tous ensemble, on décide donc de partir le plus loin possible car les adultes se souviennent avec horreur de la barbarie teutonne durant la première guerre. N'oublions pas que Dinant se trouve à 24 kilomètres de HOUYET et qu'on y a assassiné sauvagement 674 personnes, hommes, femmes enfants, le 23 août 1914 et mis la ville à sac.<br /> Il se peut même que cette éventualité ait déjà été envisagée entre mes parents et mes oncle et tante car ma mère, durant la guerre 14-18 a travaillé dans le restaurant de l'oncle Emile ROUARD (Le café-restaurant de la Poste, rue de la Station à HOUYET) que tenaient une de ses tantes, Emilie ROUARD et son mari Jean ENGELMAN, tailleur d'habits, de nationalité luxembourgeoise qui a aidé ma mère dans la connaissance de la langue allemande. Elle y a appris cette langue "sur le tas" car le restaurant avait été réquisitionné par les militaires des chemins de fer allemands. Avant la guerre, adorant la musique classique, elle écoute à chaque fois qu'elle le peut une station allemande: la radio de Langenberg qui diffuse pareille musique. Elle a donc bien compris ce qui se tramait de l'autre côté de la frontière et a sans doute déjà discuté avec notre père ainsi qu'avec ses sœur et beau-frère de ce qu'il y aurait à faire en cas d'invasion. Cela expliquerait vraisemblablement la soudaineté de sa décision: on part sans attendre!<br /> Depuis pas mal de temps déjà, il se raconte qu'en cas d'invasion, on ne sera en sécurité qu'au nord de la Meuse, lieu stratégique principal pour les armées alliées. Il faut donc se rendre à Dinant. Il n'y a plus de trains entre Dinant et Bertrix . On contacte alors le boucher, Joseph MONTJOIE, installé à HOUYET à l'emplacement actuel du gîte "Au beau séjour". On l'appelait "le Blanc Boucher". Il accepte d'emmener tout le monde à Dinant dans sa camionnette, même mon chien Bobby qui me suit partout (jusqu'à l'école où l'instituteur fulmine et m'ordonne de le faire sortir) et que je n'ai pas pu me résoudre à abandonner là.<br /> Nous voilà embarqués dans le train vers NAMUR: il y a donc Oncle Gustave et Tante Marie, ma mère Aline ARNOULD, mes deux sœurs Emilie et Marie, moi-même, André LEDENT et notre chien Bobby. Arrivés à NAMUR, on entend des tirs : canons des forts ou bombardements ennemis? Les deux sans doute puisque les sirènes nous avertissent dans un vacarme assourdissant, qu'il nous faut nous réfugier dans les souterrains de la gare. C'est la cohue mais nous obtempérons. Autant prendre de bonnes habitudes dès le départ! Nous sommes tous là atterrés, coincés dans ce boyau bondé; va-t-il résister?...en sortirons-nous vivants? C'est terrible, affolant un premier bombardement.<br /> A la fin de l'alerte, vu la situation difficile déjà pour les chemins de fer sur certains axes, nous partons à pied en direction de Tamines. L'oncle Gustave peste car la tante Marie l'a chargé comme un baudet. A Temploux nous entendons les bombardements tout proches. Nous arrivons à SPY. Dans la précipitation du départ, nous avons oublié que nous sommes dimanche et plus particulièrement dimanche de Pentecôte. A SPY, c'est aussi le dimanche des communions. Nous assistons à la messe. A la sortie, il est surprenant de voir ainsi mélangés des familles de communiants tout endimanchés et qui ont décidé de tout de même faire la fête, des réfugiés dans notre genre avec le barda sur le dos et des mines plutôt déconfites, des soldats français qui bivouaquent: l'un d'eux, d'ailleurs, a installé son miroir et est occupé à se raser sous une remise. Soudain, des avions envahissent le ciel bleu de cette journée ensoleillée. Les Français nous avertissent que ce sont des Stukas et qu'il faut se cacher. Nous fonçons dans une remise et je me cache sous un escalier. Les hurlements des avions fondant sur le village nous effraient. Puis brusquement, c'est la mitraille qui fait exploser les briques des murs, les ardoises des toits et résonner le métal des véhicules militaires garés tout près. D'où je suis, par une petite fenêtre, je peux voir le verger. Heureusement, il est en pente et cela va nous sauver car celle-ci oblige les avions à se redresser. J'aperçois avec horreur le feuillage des arbres se faire cisailler, déchiqueter par les rafales. Ce sont des images et des bruits que je ne pourrai jamais oublier.<br /> Lorsque le calme revient, nous sortons de nos abris: personne d'entre nous n'est blessé. Autour de nous non plus. Nous nous remettons donc en route immédiatement. Ce voisinage avec les véhicules militaires n'est pas une bonne chose. Nous avançons et à chaque halte, sans rien dire à personne, oncle Gustave retire l'une ou l'autre chose de son barda. Le pauvre! Il fait une de ces chaleurs! Parce que c'est ça qu'il y a de terrible dans l'histoire : il fait un temps magnifique et ce devrait être une splendide journée!<br /> C'est en début de soirée que nous atteignons Tamines. Là, nous apprenons qu' un train va partir incessamment en direction de Tournai. Nous nous précipitons donc pour profiter de l'aubaine. Notre enthousiasme retombe un peu lorsque nous découvrons que ce train est composé de wagons-tombereaux (et nous comprendrons à l'arrivée, à notre aspect à tous, qu'ils avaient transporté du charbon auparavant) . Mais contre mauvaise fortune bon cœur! Nous nous installons sans ronchonner. On se presse faudrait-il plutôt dire. Nous sommes tous étrangers l'un à l'autre et nous nous côtoyons, nous frôlons, nous cognons l'un à l'autre sans rouspéter. La peur transforme parfois les hommes.<br /> Le train s'est mis en marche et nous roulons à travers la campagne, cheveux au vent, le nez dans les poussières de charbon ou la fumée et les escarbilles lâchées par la locomotive. Avec nous, il y a un vieux curé dans sa soutane noire accompagné de sa gouvernante: sa présence va compliquer la vie de tous ceux d'entre nous, surtout les femmes, qui sont pris d'un besoin urgent. Mais… à la guerre comme à la guerre, la résistance humaine ayant des limites souvent infranchissables en ce domaine, il faudra donc bien que pudibonderie ecclésiastique et nécessités physiques, petites ou grosses, se hantent, le temps d'un trajet en train. La guerre nous rabaisse souvent au stade de l'animal et il est étonnant de voir comment la personne humaine, nécessité aidant et fierté ravalée, s'en accommode rapidement. Nous ne sommes pas si loin de l'arbre de nos aïeux simiesques!<br /> Au petit matin, entre LUTTRE et MANAGE, des points noirs apparaissent dans le rectangle de ciel qu'il nous est possible de voir. Ces points noirs grossissent, deviennent des avions, des Stukas reconnaissables à leurs sirènes affolantes. Ils nous prennent en enfilade mais, trop tard pour eux, au moment de frapper, ils nous voient disparaître dans le tunnel de GODARVILLE qui nous met à couvert. Nous l'avons échappé belle! Et dans la fraîcheur de l'obscurité, nous soufflons d'aise. Nous entendons le bruit des explosions qui nous étaient destinées. Le coup passa si près…<br /> Nous arrivons à TOURNAI. Le train ne va pas plus loin. Nous descendons et nous découvrons avec surprise, l'ancien chef de gare de HOUYET : Mr FRANCOTTE. On se salue et on bavarde un peu. Puis nous décidons d'aller manger. Il y a là tout près un immense restaurant populaire: nous y retrouvons un certain Jean HARDENNE, gendarme que nous connaissons bien puisqu'il a épousé Georgette CALMANT, une Houyétoise. Le monde est décidément bien petit!<br /> Au sortir du restaurant, les sirènes mugissent: il faut aller aux abris. Ce que nous faisons tous en entrant n'importe où pourvu d'y être protégés. C'est ainsi que nous nous retrouvons dans une cave qui a été étançonnée. Bobby ne nous suit pas. Je ne le reverrai jamais et aujourd'hui encore, lorsque j'en parle, j'en éprouve énormément de peine. L'alerte passée, nous repartons vers LAMAIN qui se trouve à la frontière française. Cependant, les militaires français nous interdisent le passage de la frontière. On s'en doutait bien car nous avions croisé d'autres réfugiés qui nous avaient avoué avoir été refoulés. Mais sans doute comptions-nous sur la chance? Nous logeons dans une maison occupée par deux dames, la mère et la fille. Nous y sommes avec un musicien belge célèbre : André SOURIS, grand-prêtre du surréalisme en Belgique avec Scutenaire, Magritte et quelques autres. Maman peut entamer une discussion intéressante sur la musique classique qu'elle apprécie tant avec lui. Le lendemain matin, il me dit: "Allez, André, on va chercher du pain!" Et nous sommes donc allés acheter du pain à la boulangerie du village. Après la guerre, nous avons entretenu une petite correspondance avec Mr SOURIS devenu en 1941 directeur de l'orchestre de l'INR (Institut National de radiodiffusion qui donnera naissance à la RTB quelques années plus tard).<br /> Il nous faut donc chercher un passage plus au nord et nous nous remettons en route vers Mouscron en longeant la frontière. A de multiples reprises, nous tentons de passer en France mais en vain. Ce n'est donc pas dans cette direction que se trouve notre salut. Nous passons à l'ouest de COURTRAI et ma mère me dit: ‘’ Regarde, André, le Mont KEMMEL’’ et c'est vrai qu'en ce plat pays, il a l'air d'une montagne bien qu'il ne culmine qu'à 156 mètres d'altitude.<br /> Nous atteignons POPERINGHE où les Anglais, très nombreux, ont installé partout des batteries anti-aériennes. Nous logeons sans doute dans ces environs mais mes souvenirs ne me permettent pas de localiser ces endroits.<br /> C'est dans cette région que j'ai pu observer un combat d'avions. Nous marchions et nous sommes passés auprès d'une batterie de DCA anglaise. Alors que nous en étions assez proches, celle-ci fut attaquée par des avions allemands (sans doute des Messerschmidt). Ceux-ci à peine arrivés sur les lieux, débouchèrent d'on ne sait où des avions anglais (sans doute des Spitfire (??) qui engagèrent aussitôt le combat. Nous avons plongé dans le fossé qui longeait la route. J'ai atterri auprès d'un tuyau d'évacuation des eaux dans lequel j'ai pu me glisser; comme il avait fait beau depuis plusieurs jours, l'intérieur était sec. C'est donc de cet abri confortable que j'ai pu assister au spectacle d'un combat aérien. Quelles cascades j'ai vues! Puis les combattants s'en sont allés plus loin sans qu'aucun n'ait été touché ou abattu.<br /> Puis nous tentons encore de passer la frontière sans aucun résultat d'ailleurs. Nous nous dirigeons vers FURNES. Nous traversons Alveringen. Un peu avant la ville de FURNES, nous quittons la grand-route pour prendre la direction d’EGGEWAARTSKAPELLE. Dans les environs de OEREN (??), alors que nous longeons le Canal de Lô qui rejoint Lô à FURNES nous apercevons des soldats anglais qui prennent leur bain dans ce canal…en tenue d'Adam. C'étaient vraisemblablement des soldats au repos, redescendus en seconde ligne et qui profitaient de ces "vacances" pour prendre un bain bien mérité. Notre mère n'est guère contente de ce spectacle surprenant qu'elle juge très choquant pour mes sœurs. Nous ne nous attardons donc pas.<br /> Un peu plus loin, nous faisons halte dans une ferme isolée aux environs d’Eggewaartskapelle. La patronne parle très bien le français. Au moment du repas, nous la voyons couper le pain avec une espèce de faucille qu'elle applique sur son avant-bras. Engin étrange que je n'ai jamais plus vu par après et dont je ne connais pas le nom. Nous logeons dans le foin et vivons, en payant, sur les réserves de cette ferme qui, habituellement isolée, a dû emmagasiner des stocks de nourriture pour être totalement en autarcie. Nous sommes restés plusieurs jours dans cette ferme sans qu'aucun événement important ne vienne troubler notre quiétude. La preuve en est que je n'en ai aucun souvenir précis.<br /> Le 27 mai, des soldats belges viennent s'installer avec nous, ce qui ne réjouit pas du tout notre mère: en effet, elle avait pour principe de nous tenir éloignés des troupes qui attiraient trop l'attention des avions ennemis). Ces militaires-là ne semblaient pas avoir combattu: trop propres, trop reposés, trop peu armés (un fusil, en tout et pour tout). On peut aujourd'hui penser qu'il s'agissait d'un groupe issu du 14è de Ligne et affecté à la défense de la région de Dixmude. Les officiers parlaient parfaitement bien français. A les voir aussi fringants et aussi calmes, comment aurions-nous pu imaginer un seul instant qu'à quelques kilomètres de nous, à Vinkt, nos Chasseurs Ardennais livraient des combats terribles et infligeaient à l'ennemi des pertes tellement importantes que celui-ci, après la reddition du 28 mai, exécutèrent des civils et des prisonniers en guise de représailles. Ils m'ont permis d'utiliser leurs jumelles pour observer la ville de Dixmude, là-bas à l'est.<br /> Le lendemain matin, 28 mai, nous apprenons tous que la Belgique a capitulé. Nous nous installons donc dans l'attente. Que faut-il faire? Les soldats n'en savent pas plus que nous d'autant plus qu'il n'y a avec eux, aucun officier supérieur. Ils hissent un drapeau blanc sur la ferme et ils patientent tout comme nous. Ce n'est qu'en fin d'après-midi qu'on a vu arriver sur la petite route menant à la ferme, un cycliste seul et qui nous paraît bien téméraire: un feldwebel allemand. Il vient apporter aux militaires les consignes à suivre. Ceux-ci en claquent presque des dents tant ils semblent avoir peur de ce guerrier qui, il est vrai, en impose! C'est ma mère qui fait l'interprète avec ce qui lui reste de la langue de Goethe. Il faut faire deux tas avec les armes: à gauche les fusils, à droite les cartouchières. Nos rois de la panique s'exécutent donc. Puis maman interroge l'officier allemand: "Que devons-nous faire, nous autres, les réfugiés civils qui désirons rentrer chez nous ?" La réponse est précise: "Demain matin à 8 heures, il faut vous trouver au pont sur l'Yser, à Dixmude, afin de traverser ce cours d'eau". Puis il s'en retourne par où il est venu.<br /> Lui parti, plusieurs soldats se précipitent sur le tas de cartouchières. On pourrait penser qu'ils vont tenter de détruire leur matériel. Même pas. Ils récupèrent l'argent, les objets précieux, les cigarettes qu'ils y avaient glissés et que la panique les avait empêchés de reprendre auparavant.<br /> Peu après, du côté de FURNES, les Anglais se sont mis à tirer au canon sur Dixmude. Ce sont des troupes qui étaient massées aux alentours de Menin ou le long de la frontière française et qui, défection belge oblige, ont reçu l'ordre de venir protéger la "poche" de DUNKERQUE dans laquelle se rassemblent toutes les troupes de Sa Majesté (opération Dynamo).<br /> A la tombée du soir, la réponse allemande vient : d'où nous sommes, entre les deux belligérants, dans l'obscurité, nous pouvons voir les lueurs crachées par les bouches des canons au sortir des obus puis nous entendons les projectiles filer au-dessus de nos têtes avec leurs "vrou-vrou-vrou" caractéristiques et enfin, nous percevons leur arrivée. A côté de nous, les militaires mesurent les distances au moyen de leur montre et estiment le point de chute: "Ah! Celui-là est tombé dans le canal!". Il faut bien passer le temps et faire tomber l'angoisse.<br /> Le lendemain matin, nous avons donc tout rassemblé et avons abandonné la ferme sans oublier de remercier ceux qui nous avaient ainsi offert l'hospitalité durant plusieurs jours. Nous avons atteint le pont désigné à l'instant voulu. Un feldwebel (nous avons eu tout le temps d'apprendre à les reconnaître par la suite) y faisait la circulation car il n'y avait là qu'une seule voie. Le pont passé, nous entrons dans la ville. Il me reste de ces moments, des souvenirs indélébiles tant ils ont marqué mon âme d'adolescent. En avançant, nous avons découvert des soldats français tués. L'un d'entre eux était assis, appuyé contre un tronc d'arbre et il paraissait nous regarder venir. Dans l'herbe, à côté de lui, une tartine et une gourde: il s'était fait tuer alors qu'il mangeait paisiblement. Cette image me poursuit encore comme celle du "dormeur du val" a hanté Arthur Rimbaud. Notre retour commence donc bien tristement.<br /> Nous atteignons WAREGEM. Un peu plus loin, nous assistons à une scène plutôt bizarre: des soldats allemands, devant une caméra qui les filme, distribuent des bicyclettes à des jeunes Belges qui se précipitent pour les obtenir. Moi-même, je suis très intéressé et désire me présenter pour en recevoir une moi aussi. Mais maman me l'interdit. Elle fait bien. Quelques mètres plus loin, nous découvrons des soldats qui reprennent les vélos aux jeunes catastrophés. Propagande ! …quand tu nous tiens! Nous logeons ici dans une boulangerie située dans une très longue ligne droite où nous sommes très bien accueillis.<br /> Le lendemain matin, nous nous remettons en route de bonne heure. Nous traversons AUDENARDE dont le splendide hôtel de ville arrache des "Oh!" d'émerveillement à ma mère. Nous traversons une ville qui n'a guère souffert des combats. A la sortie, bonne surprise! Les occupants d'un camion militaire allemand arrêtent leur véhicule pour nous demander où nous allons. Lorsque maman leur annonce Bruxelles, ils nous proposent de nous emmener. Nos jambes fatiguées nous incitent à accepter cette proposition. Et nous continuons notre chemin dans un camion allemand. Les militaires avaient dû recevoir des ordres pour se montrer gentils avec la population civile belge car de telles histoires, on en a entendu plusieurs durant cette première année d'occupation. Il fallait que les soldats de ce Reich fassent oublier les forfaits horribles de leurs prédécesseurs. Ils y réussiront tellement bien que beaucoup de familles juives, exilées en zone libre française dès l'invasion du 10 mai reviendront (se jeter dans la gueule du loup) durant les derniers mois de 1940, convaincues qu'il n'y a rien à craindre de ces soldats-là (comme le notent J.GERARD-LIBOIS et J.GOTOVITCH dans leur livre "L'an 40. La Belgique occupée" , publié en 1971 aux éditions du CRISP, page 457) .<br /> Quoi qu'il en soit, ayant ainsi bien profité des ordres du Fürher, nous débarquons à Bruxelles dans un état de fraîcheur remarquable. Nous nous installons à la terrasse d'un café pour nous restaurer et faire le point. Que faisons-nous? On décide de rentrer au plus vite. Et je n'ai toujours pas compris comment nous nous sommes retrouvés dans un taxi nous emmenant à Dinant. Le patron du café, comme bien souvent en ces temps-là, était-il aussi taximan? Ou y en avait-il un tout près de nous qui a saisi notre conversation et s'est proposé pour nous reconduire? A-t-il fallu en appeler un? Je ne sais. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, ce 30 mai 1940, en pleine débâcle, nous sommes revenus de Bruxelles à Dinant dans un taxi ! C'est l'oncle Gustave qui jubile!<br /> Après un voyage sans incidents, nous voilà donc devant la Collégiale de DINANT. La journée est bien entamée: il est aux environs de dix-sept heures. Nous décidons tout de même de profiter des dernières heures de clarté pour avancer dans notre retour. Nous montons donc vers DREHANCE et nous atteignons FURFOOZ avant l'obscurité. Nous logeons chez des connaissances originaires de Houyet.<br /> Le lendemain matin, bien reposés, nous repartons. A un embranchement à la sortie de Furfooz, nous nous trompons de route, maman ayant voulu prendre un chemin contre la volonté presque générale. Un comble! Se tromper aussi près de chez soi! Nous atteignons tout de même GENDRON-VILLAGE puis, par la descente de Clinchamps, nous retrouvons les rives de la Lesse, la Gare Royale, le Maupas et enfin, la rue de la Station à HOUYET. Les Allemands sont là. Notre angoisse grandit à chaque mètre parcouru: qu'allons-nous retrouver chez nous?<br /> Lorsque nous arrivons, nous découvrons la porte d'entrée grande ouverte et une bande d'Allemands écoutant un des leurs qui, monté sur la table de la cuisine, joue de l'accordéon. Maman parlemente aussitôt avec eux. Rien à faire, cependant, ils ne veulent pas déguerpir. On nous conseille alors de contacter une certaine Madame DEHAN qui habite rue Saint-Roch, un peu plus loin que la chapelle. On lui explique la situation et elle accepte de nous accompagner. Là, elle invite les Allemands à quitter notre domicile. Assez étonnamment, ils obtempèrent immédiatement. Nous apprendrons plus tard que cette dame travaillait dans un bureau important à la gare de Jemelle et qu'elle possédait une certaine autorité auprès des Allemands.<br /> Nous découvrons alors que notre maison a été pillée et qu'il ne reste rien. Même les disques 78Tours de musique classique et la TSF qu'aimait tant écouter notre mère ont été volés. Il ne reste que les meubles. C'est un malheur mais cela aurait pu être pire encore. Alors, on se console comme on peut et on reprend sa vie en mains, heureux de n'avoir perdu personne parmi nos êtres chers. Quelques jours plus tard, en effet, le boucher MONTJOIE rentré de son exode en France, dans la région de TOULOUSE nous apprenait qu'il y avait rencontré notre père. Tout le monde était donc sauf. Mon père est rentré peu de temps après, toujours habillé de son costume de chef-garde, sauf qu'il avait troqué son képi pour le béret français; il était tellement amaigri que je ne l'ai pas reconnu!</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ledent3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> Source :<br /> <a href="https://exodeledent1940.fr.gd/">https://exodeledent1940.fr.gd/</a> Sun, 31 Mar 2019 12:32:56 +0200 Le Journal d'Alfred LEFRANC https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php <p style="text-align:justify"><strong>Le Journal d'Alfred LEFRANC, milicien de la classe 1934 affecté au Régiment de Troupes de Transmission, et mobilisé en 1939 au IV° Bataillon</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Vous pouvez lire ci-dessous la retranscription, <span style="text-decoration: underline;">sans aucune correction de son périple</span> </p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/lefranc_photo005mod_pour_article_de_fevrier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Exactement trois ou quatre semaine avant l'envahissement de notre pays, je suis muté, pour remplir les fonctions de sergent, au IV groupement d'appui du 11è de ligne, c-a-d, au 8ème d'artillerie à Beverst.<br /> A la fin du mois d'avril, une première agression aérienne provoquée par les Allemands avait quelque peu excité les hommes. Un tir nourri de la D.T.C.A (défense terrestre contre avions) touche un appareil ennemi qui clopin-clopant va échouer à Mechelen-sur-Meuse. Les Belges y trouveront des plans relatifs à une attaque imminente par les Allemands.<br /> Quelques jours s'étaient écoulés depuis, et les permissions suspendues furent rétablies. Un printemps précoce à fait oublier les raisons réelles de notre présence, si ce n'est l'uniforme.<br /> Ainsi, le 9 mai au soir, après une compétition sportive que nous avions gagnée, nous étions tous joyeux. Le soir, ce plaisir avait fait place à un cafard dont nous étions si souvent victimes. Afin de ne pas paraître démonté, l'idée me vint de préparer mon équipement pour l'éventuelle alerte de nuit, toujours possible, car le vendredi était devenu régulièrement le jour de ce grand exercice. Peut-être suis-je devenu morose à cause des permissions rétablies aujourd'hui, et que je ne me trouvais pas parmi les chanceux.<br /> Le sergent permissionnaire me laissa la responsabilité et les plis confidentiels relatifs aux indicatifs d'exercice d'alerte et ceux indispensables en cas d'alerte réelle ou la guerre. Toujours d'humeur maussade, je décide de m'étendre pour la nuit. Dans notre logement se trouvait installée une centrale téléphonique. Au milieu de la nuit, elle a fonctionné. Je me suis réveillé. J'ai prêté l'oreille. Je fus surpris d'entendre donner un accusé de réception par le militaire de garde: "je répète, alerte réelle". Il était 3 heures.<br /> J'ai bondi, réveillé les hommes rouspéteurs. Quelques minutes plus tard, une estafette venait confirmer le message, et de nous lancer bruyamment: "debout la-dedans, cette fois ce n'est pas pour rigoler ". Habitués aux plaisanteries de toutes les sortes, il y avait chez les hommes une certaine nonchalance. Je répéterai plusieurs fois: "c'est la guerre". Enfin, l'ordre est entendu, compris et accepté par tous. Le matériel, les armes, les munitions sont chargés très vite et nous filons à toute allure vers notre emplacement tactique sur le canal Albert.<br /> Ainsi, à l'aube du 10 mai 1940, tandis que la terre est encore dans l'obscurité, très haut dans le ciel,brillants des premiers rayons du soleil, arrivent les avions allemands comme un raz de marée, donnant l'impression d'une formidable attaque. Il est 3h3O, puis presque en même temps, , tous les avions plongent dans différentes directions. Un bombardement infernal et des attaques en piqué par les "STUKAS", suivis d'un effrayant sifflement d'épouvante, ont un effet moral considérable. Il est d'une extrême violence et très meurtrier. Notre "D.T.C.A" fut tout de suite en action. Un bombardement en piqué vise un homme ou un groupe d'hommes. Le soldat servant de cible voit plonger sur lui l'avion avec un vrombissement comparable à un international traversant une gare. Au dernier moment, il peut apercevoir un instant les lunettes de l'aviateur qui le vise, puis l'appareil se redresse brusquement tandis qu'une bombe descend sur lui en oscillant; même si elle tombe à 100 m, elle lui donne l'impression d'arriver en plein sur lui jusqu'à la dernière seconde. Les "stukas" se succèdent rapidement comme dans un carrousel jusqu'à la destruction de l'objectif. Attaqué de cette façon sans répit, le système nerveux de certains hommes finissait par se détraquer complètement....<br /> En plus, l'ennemi recourait à des procédés nouveaux, c-à-d à des parachutistes et des mannequins pouvant leur assurer des avantages immédiats par l'effet de surprise. En dépit de ces circonstances difficiles, l'armée belge soutint vaillamment le choc.<br /> Les règles de service ne furent pas toujours respectées. On entendait de temps à autre des choses comme celles-ci: "envoyez-nous d'urgence ambulance pour blessés graves, etc ..."<br /> A la fin du premier jour, notre moral fut rehaussé par l'arrivée de quelques tanks français, mais ce sera de courte durée, ils ne pourront nous aider à retarder l'avance de l'ennemi. Enfin, avec le coucher du soleil, l'aviation allemande cessa de nous pilonner. <br /> Heureux d'avoir échappé en cette première journée aux engins semant la mort, nous espérions prendre quelque répit. A cette fin, les hommes avaient été chic pour moi, ils me préparaient une couchette près du poste, le casque sur la tête, mais hélas, le bruit de l'aviation en moins, le calme de la nuit n'était que relatif. Il se caractérisait par un duel d'artillerie de plus en plus actif et de nombreux échanges de messages.<br /> Les vrombissements d'avions en nappes successives annoncèrent une terrible deuxième journée (11 mai). Vers midi, le major du 8ème d'artillerie donna ordre aux TTR de plier bagages à l'exception d'un seul poste, le mien. A ce moment-là, notre réseau, qui se composait de 15 postes au départ, fut réduit à moins de la moitié, et le major (ancien de 14/18) furibond n'obtenait pas de réponse à son message urgent. Tout à coup, un événement s'empara des hommes, les canons se turent, la retraite était décidée et chacun de nous recevait 45 cartouches en plus. Les canonniers, les hommes du génie, tous réduits à faire le fantassin, furent couchés dans le fossé qui longe la route, les mitrailleuses posées de chaque côté et tenues par des officiers, le major guettant l'arrivée des allemands, revolver au poing. Il a envoyé 2 estafettes, nous attendons le contact. Il règne un silence de mort. Chacun a cherché la meilleure place. Le temps semble long, très long, l'oeil hagard scrutant l'horizon et l'ennemi. Le cerveau déambule dans le passé, fiancée, épouse, parents apparaissent !<br /> Où restent-ils donc ces boches ...qu'on en finisse tout de suite avec eux. Enfin, au retour d'une estafette, un contre-ordre est donné à la manoeuvre prévue, le retrait doit être exécuté à tout prix avec prudence et n'engager le combat qu'en cas de force majeure.<br /> En effet, passant par les ponts de 16 tonnes construits à Maastricht, par ses pionniers, un panzerkorps allemand traverse le 11 mai au matin le canal Albert et atteint Tongres vers midi.<br /> Pour encager cette percée, le Ier Corps veut tirer la bretelle Bilzen-Tongres sur laquelle les troupes de la 4DI sont refoulées en arrivant. Conséquence, le major du 8è d'artillerie reçoit l'ordre de battre en retraite et refuser le combat, car le renfort qui nous est destiné est stoppé net par les "stukas" et c'est la débâcle de la première armée. Poursuivant ainsi le retraite, nous passons par Diepenbeek, Landen, Hannut, Jodoigne, Melin. Tout au long de ce parcours, nous sommes attaqué par l'aviation ennemie. Ce repli s'effectue dans des conditions très défavorables, les routes étant encombrées de réfugiés et de charroi civil et militaire de toute espèce. De plus, l'aviation ennemie s'en donne à coeur joie, elle est maîtresse absolue de l'air, qu'aucun avion ami ne lui dispute. Chemin faisant, nous étions tombés dans un guet-apens à Hannut où les tanks français nous dégagèrent de ce mauvais pas en combattant le panzerkorps.<br /> Le 12 mai, nous arrivons à Veltem près de Louvain.<br /> Le 13 mai, nous nous alignons avec les soldats anglais. Les combats se livraient sur un front entre l'Escaut et Louvain, soit sur 50 Km. A nouveau des ordres nous parviennent: poursuivre la retraite. Les Anglais nous couvrant, nous nous dirigeons sur Kortenberg, laissant nos alliés seuls face à l'ennemi.. Nous traversons Vilvorde pour atteindre Grimbergen. Là, nous sommes attaqués par deux avions allemands qui mitraillèrent le patelin bourré de civils et de militaires. Heureusement, nous échappons à la mort. <br /> La méthode allemande nous est maintenant connue; Pendant nos marches nocturnes, leur infanterie dort paisiblement et à l'aube, leurs éléments motorisés foncent en avant pour surprendre nos troupes pendant leur prise de position. En conséquence, il faut marcher, souvent combattre sans un moment de répit. A ce régime, la fatigue s'accumule vu l'impossibilité pour les hommes de récupérer, et plus la bataille s'engage, plus le repos deviendra rare pour certaines unités. Le moral devient mauvais dans beaucoup d'unités, surtout à l'infanterie, exténuée par les étapes.<br /> L'enthousiasme provoqué par l'arrivée des alliés est remplacé par une profonde désillusion due aux retraites successives, au départ des troupes françaises et surtout l'absence de l'aviation britannique.<br /> Le 16 mai, à l'aube le bataillon reprend sa marche vers Gand. Nous nous arrêtons à Gontrode et Merelbeke pour prendre position sur la tête de pont de Gand.<br /> Le 18 mai au soir, soit à 23h30, nous nous installons à Merelbeke avec le 2ème groupe du 8è d'artillerie. Là, nous faisons du bon travail, les attaques allemandes sont repoussées, les canons tirent à zéro degré, c-à-d à vue directe et ce, jusqu'au 22 mai au soir. <br /> Ensuite, nous reculerons jusqu'à Deinze et nous prendrons position derrière la Lys à Zeeveren, avec le PC du 11è de ligne. Nous subissons un bombardement aérien qui fera beaucoup de victimes. Juste entre Zeeveren et Vinkt, la bataille fait rage. L'ennemi est très près, si près même que nous sommes averti de l'encerclement. A mon poste, les télégrammes se succèdent. Au verso de l'un d'eux, je suis atterré de lire en clair: attaques allemandes réussies, bataillon du 15è de ligne s'est rendu, le 11 L et le 7 L sont pris de flanc. Encerclés, nous demandons remède à la situation. Un accusé de réception nous parvient du Quartier-Général, il est impossible de le remettre au PC (poste de commandement) car celui-ci a disparu.<br /> L'ennemi très proche de nous, je lance un dernier message SOS-LZ8, ensuite je rends le poste de radio inutilisable et je brûle les papiers compromettants.<br /> Un sergent TTR, dévoué et courageux nous signale avoir retrouvé une partie du PC à quelque distance derrière nous, près du clocher de Vinkt. Sous le feu de l'ennemi, je traverse la zone dangereuse avec armes et bagages et ce en deux fois, mais en prenant quatre fois le risque d'être abattu. Une dernière résistance semble organisée avec chenillettes, canons anti-charsH/7, fusils grenades. L'ordre est donné de ne conserver que le strict nécessaire. Tout à coup, débouchant devant nous d'un champ de blé, des Allemands ayant devant eux des soldats belges prisonniers, servant de bouclier. Une débandade hors ligne éclate et je me faufile avec l'équipe entre les chenillettes pour nous protéger et essayer d'atteindre l'église de Vinkt, seule issue ouverte d'après un officier présent. En effet, à peine avions nous atteint cet objectif que la contre-attaque des Chasseurs Ardennais nous épargna d'un massacre certain., car la 4DI était quasiment détruite. <br /> Je me présente à un officier du régiment des Chasseurs Ardennais, lui offrant mes services. Il me remercia et me conseilla de rejoindre le Quartier Général à Kaeneghem. En passant par Ruyslede, nous croisons un LATIL (tracteur) TTR qui nous conduira à notre Commandant.<br /> Nous recevons les félicitations du Grand-Quartier-Général.<br /> Ainsi se terminait pour nous la journée du 26 mai 1940 (ce qui me vaudra la Croix de guerre)<br /> " sont cités à l'ordre du jour du Bataillon pour leur bravoure:<br /> Sergents : Depauw et Couture. Caporaux: Lefranc, Thomas. Soldats: Chêne, Verbist, Struelens, Van Hoof, Petit, Coubeau.<br /> A remarquer le moral extraordinaire des deux sergents, du caporal Lefranc et des soldats Chêne et Verbist."<br /> Le 27 mai au petit jour, le bataillon se dirigera vers Bruges et s'arrêtera à Oostkamp. Poursuivant sa retraite, le bataillon atteindra Steene dans la nuit du 28 mai. Au passage, nous apercevons Ostende en feu. Au lever du jour, nous découvrons des milliers de réfugiés, sans nourriture, sans eau potable, errant dans toutes les directions et à la merci d'une flottille d'avions ronronnant au-dessus de cette poche grouillante et désemparée. Au bout de quelques minutes circulait le bruit de la capitulation. Les armes voltigeaient en tout sens. Il était 8 heures. Vers midi, la nouvelle se répandit parmi les hommes qu'ils pourraient rentrer dans leurs foyers, sans crainte d'être fait prisonniers. Certains crurent même qu'ils avaient plus de chances d'échapper à la captivité qu'en restant groupés.<br /> Le Commandant nous conseilla de rester avec lui, qu'il irait aux ordres et nous communiquerait sa décision. <br /> Libérés par la capitulation de la Belgique, bon nombre de militaires, bon gré mal prennent la décision de rentrer chez eux sans attendre les instructions de notre Commandant. Ceux-là iront se balader quelque part en Allemagne, tandis que les autres, confiant dans leur chef le suivront, en vrais soldats battus mais pas vaincus. Par conséquent, prisonniers en colonne par quatre, escortés par des sentinelles allemandes, nous arriverons à Kalchen, près de Gand, après une marche de 63 Km, en passant par Waardamme, Lovendegem, Lochristi.<br /> A Waardamme, nous rendons armes et matériel aux boches, et la colonne, après s'être ravitaillée une dernière fois, reprend le chemin prévu. <br /> A Lochristi, Le Général Van Trooyen, Commandant de la 4DI, est venu remercier le bataillon pour les services rendus pendant les opérations et le féliciter pour sa conduite en tous points exemplaire.<br /> La Capitaine-Commandant B.E.M Degreef et le Capitaine Aubertin prendront le chemin de la captivité après avoir assuré, tant aux Flamands qu'aux Wallons un titre d'exemption de captivité pour fonctions indispensables à la vie du Pays.<br /> Un moment intense d'émotion fut créé lorsque le Bataillon défila une dernière fois devant son Commandant.<br /> <br /> Sources Internet et iconographiques :<br /> <a href="http://amicale-4ttr.be/historique.html">http://amicale-4ttr.be/historique.html</a></p> Fri, 01 Feb 2019 12:36:27 +0100 Le Fort de Pontisse (Position Fortifiée de Liège) en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php <strong>Le vendredi 10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 0 heure 40, une communication annonce l’alerte, le territoire de la Belgique est menacé.<br /> Toutes les coupoles sont occupées et elles sont prêtes à entrer en action. Il en est de même pour les coffres de la défense rapprochée.<br /> Au Fort de Pontisse, tout est mis en place pour la défense de la position et de la zone qu’il doit couvrir.<br /> A 5 heures, la coupole de 105 doit effectuer un tir sur le Fort d’Eben-Emael.<br /> Des parachutistes viennent d’être déposés par des planeurs.<br /> Cent coups de canon seront ainsi tirés en direction du toit du Fort d’Eben-Emael, cette opération sera renouvelée plusieurs fois au cours de la journée.<br /> Durant ce premier jour de guerre, le Fort de Pontisse interviendra sur un autre objectif : il va empêcher, par des tirs précis de sa coupole de 105, le passage des chaloupes allemandes qui essayent de traverser la Meuse à la hauteur de la ville d’Eysden, cité hollandaise, en face de Lixhe-Lanaye.<br /> Les canots sont détruits ou ils ont basculé dans le fleuve, les Allemands vont ainsi renoncer à leurs nombreuses tentatives de traverser la Meuse.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Modèle du Fort de Pontisse</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 1 heure 30, le Fort de Pontisse fait un tir de concentration sur une batterie allemande repérée à 500 mètres du clocher de Saint-Rémy. Les tirs durent 5 minutes.<br /> A 2 heures, sous la conduite de leurs officiers et sous-officiers, les hommes qui doivent rejoindre l’armée de campagne quitte le Fort.<br /> Ceux qui restent savent, à présent, que leur mission est de mener des combats retardateurs donc, une mission de sacrifice.<br /> A 4 heures 30, les tirs vont reprendre, parce que les troupes allemandes tentent d’installer un pylône d’observation à Grand-Lanaye et de construire un pont, à environ 500 mètres plus au nord du lieu de passage, par où elles avaient tenté de traverser la veille.<br /> 18 barques ou nacelles ont été détruites par les tirs, le pylône et ne pont ne seront pas construits.<br /> A 6 heures, le Fort exécute des tirs en avant du pont de Berneau.<br /> A 7 heures, à la demande du Fort d’Eben-Emael, les artilleurs de Pontisse tirent sur le moulin, en bordure du Geer.<br /> A 8 heures 30, des troupes allemandes sont en marche dans le triangle Visé-Mouland-Warsage.<br /> Les coups répétés du Fort de Pontisse obligent l’ennemi à se réfugier dans une ferme proche, et les tirs sont alors dirigés vers cette ferme.<br /> A 11 heures, la liaison avec Eben-Emael est coupée, on s’interroge ?<br /> Au cours de la journée, le poste d’observation « P.L. 13 » sur la route d’Oupeye est bombardé par l’artillerie allemande, installée dans la région de Dalhem.<br /> On apprend, en même temps, que la villa Jossart à Argenteau est occupée et que les Allemands y ont installé un observateur.<br /> L’obusier de 75 du Saillant III réplique par quelques tirs précis, qui ont pour effet de calmer le zèle de cet observateur, et les tirs de l’artillerie allemande se dispersent.<br /> A 20 heures, les guetteurs signalent que des patrouilles allemandes viennent de Hermalle, et qu’elles tentent de franchir le pont à Vivegnis.<br /> La coupole du Saillant III disperse cette patrouille disperse cette patrouille par ses tirs au but.<br /> Le Fort tire alors sur le pont de Vivegnis, qui va sauter au 6ème coup.<br /> La coupole de 105 exécute des tirs sur le tunnel de Dalhem, où les troupes allemandes se sont réfugiées.<br /> L’obscurité va empêcher de pousser les réglages au maximum pour les tirs sur le pont du canal Albert à Hermalle, mais les ponts de Hermalle sauteront aussi sous l’action des troupes du Génie belge, le pont de Haccourt sera, quant à lui, détruit par les cyclistes frontières.</p><br /> <br /> <strong>Le dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit, pendant que des patrouilles de sécurité circulent dans les environs du Fort, la coupole de 105, exécute des tirs d’interdiction sur les nœuds routiers de Withuis en Hollande et de Wonck et de Bassenge, dans la vallée du Geer.<br /> A l’aurore, le Fort de Barchon demande que Pontisse tire sur ses glacis, aussitôt, les 4 coupoles de 75 balayent la zone et les environs depuis Housse jusqu’à l’entrée de Barchon.<br /> A 6 heures 30, une patrouille de la section des mitrailleurs contre avions voit un bombardier léger, de la Royal Air Force, s’abattre dans la campagne de Rhées. Elle ira récupérer les hommes de l’équipage. Malheureusement, le pilote, Mike Rooney a été tué, le capitaine Tiderman, chef de la mission et son observateur, blessé à la main, sont amenés au Fort.<br /> Dans la matinée, des patrouilles sont allées reconnaître la vallée du Geer, la zone de Milmort -Hermée - Grand’Aaz ainsi que le secteur de Lanaye, elles rapportent des renseignements intéressants sur les positions allemandes et les communiquent au bureau de tir.<br /> Ces positions deviennent des objectifs pour la coupole de 105 qui commence à les pilonner.<br /> Vers 11 heures 30, le poste d’observation « P.L. 13 » signale une colonne motorisée, qui monte la route de Haccourt à Oupeye. Aussitôt, les 4 coupoles de 75 concentrent tous leurs tirs sur cette route.<br /> Prise sous les feux de Pontisse, la colonne allemande doit faire demi tour, en laissant sur place quelques motos et une voiture.<br /> Vers 13 heures, la situation se répète avec une colonne d’infanterie allemande qui débouche sur la grand’ route d’Haccourt.<br /> Bien renseignés, les tirs du Fort et les mitrailleurs de l’abri « P.L. 13 » entrent en action et les Allemands, surpris par la précision des coups, se dispersent dans les vergers. Ils s’abritent dans les maisons proches, d’autres au cabaret « le Stop » et à la ferme d’en face.<br /> Mais le poste « P.L. 13 » est tellement précis que les coordonnées qu’il transmet au Fort, que les canons de Pontisse n’ont aucun mal à transformer le cabaret et la ferme en écumoire. Ainsi délogés de leurs abris, les soldats allemands s’éparpillent dans la campagne et les soldats du Fort les poursuivent de leurs tirs appuyés<br /> Par après, les Allemands, vexés par l’échec de leurs tentatives, vont essayer de s’emparer de l’abri-observatoire « P.L. 13 », mais leurs attaques seront repoussées.<br /> Au Fort, la coupole du Saillant I semble avoir été touchée, mais elle sera vite réparée.<br /> A 20 heures, Barchon communique que la batterie allemande, qui tir sur le Fort de Pontisse, est installée à la Chapelle de Lorette à Visé.<br /> Immédiatement, la coupole de 105 prend la position sous le feu de ses canons.<br /> Alors, l’activité de l’artillerie allemande ralentit peu à peu et elle cesse quand la nuit tombe.</p><br /> <br /> <strong>Le lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le jour est à peine levé, que la bataille reprend et elle va durer jusqu’au soir et mettre en lumière, de façon éclatante, la valeur militaire de la garnison de Pontisse.<br /> En premier lieu, c’est le poste « P.L. 13 » qui rallume le combat contre une colonne d’infanterie allemande venant de Haccourt vers Oupeye.<br /> Comme la veille, elle tombe sous le feu du Fort et elle doit rebrousser chemin.<br /> Peu après, l’artillerie ennemie va prendre le « P.L. 13 » sous ses tirs, pendant que d’autres troupes allemandes apparaissent sur la route du Canal vers Wérihet, le Fort de Pontisse va les accrocher et quand les Allemands arrivent à hauteur du pont de Hermalle, ils tombent sous le feu des 2 coupoles de 105 du Fort de Barchon.<br /> Mais ces acharnés soldats parviendront quand même à traverser le barrage de feu.<br /> L’ennemi est exaspéré, de voir que tous ses mouvements sont contrariés par un Fort qui faisait figure d’adversaire insignifiant à côté de Eben-Emael, tombé en 36 heures.<br /> Aussi, le commandement allemand a décidé de lancer un assaut en règle contre Pontisse, pour mettre ce fort hors de combat.<br /> Durant la nuit, il a fait installer des pièces d’artillerie en grand nombre.<br /> A présent, leurs canons à pied d’œuvre, vont commencer à harceler Pontisse.<br /> A 10 heures, le sous-officier, chef de poste de l’abri prise d’air, signale qu’il reçoit des coups qui lui sont portés par des obus de petit calibre qui sont tirés depuis le Fond de La Vaux. Aussitôt, les coupoles de 75 et les fusils mitrailleurs commencent à faucher les positions allemandes de La Vaux.<br /> Très vite, l’abri prise d’air apparaît comme étant la cible principale et elle reçoit des moyens supplémentaires, qui lui permettent d’arroser ses tirs, maisons, remises, hangars, jardins, vergers, lisières des bois, … où l’ennemi pourrait trouver refuge. Mais les Allemands se sont déployés en éventail depuis la route militaire jusqu’au village de Vivegnis.<br /> De là, ils se lancent à l’attaque du Fort.<br /> Les coupoles de 75 frappent à coups redoublés dans les rangs allemands.<br /> Mais cela reste la prise d’air, l’objectif, où l’ennemi porte ses coups les plus redoutables et elle se défend avec acharnement.<br /> Deux petits canons allemands, bien dissimulés dans les jardins des maisons du Fond de La Vaux sont repérés et réduit au silence.<br /> La bataille fait rage jusque 13 heures 30, après, le vacarme s’apaise, l’ennemi n’a conquis aucun avantage, il se replie et il regagne ses positions de départ.<br /> A 14 heures, on n’aperçoit plus aucun Allemand dans les alentours du Fort, seulement quelques véhicules de reconnaissance sur la route d’Oupeye – Hermée, les tirs du Fort vont les démolir à hauteur de l’Arbre du Chenay.<br /> A 16 heures 30, une batterie allemande, installée à la ferme Cromwez, au nord de Dalhem, est prise à partie par les canons des Forts de Barchon et de Pontisse.<br /> A 17 heures, des troupes allemandes qui prennent position à la hauteur de la ligne du tram vicinal Liège – Bassenge, et aux débouchés d’Oupeye sont repérées, les coupoles de 75 se chargent de les repousser, ceux qui se trouvent dans la campagne de Hermée refluent vers le champ d’épreuve de la fonderie aux canons, où ils seront encore délogés par nos obusiers.<br /> A 18 heures 30, les Allemands lancent une nouvelle offensive, les tirs de canons de petit calibre viennent frapper l’abri de la prise d’air, du poste d’observation cuirassé. Le Fort, lui-même, est bombardé par des obus de moyen calibre. Malgré cela, les obusiers ne lâchent pas leurs proies. Mais cela tire de partout et les cibles sont tellement nombreuses que nos soldats ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.<br /> Les Allemands se rapprochent dangereusement, mais on ne peut plus faire face à tous les dangers qui menacent le Fort.<br /> A la même heure, le poste « P.L. 13 » est attaqué par des troupes qui montent vers Oupeye par les champs de Wérihet et par la route de Haccourt. Il demande un appui au Fort, pour être dégagé mais, malgré ses appels pressants, il n’est pas possible de donner satisfaction, le Fort doit parer à des dangers plus immédiats.<br /> Pourtant, le chef du poste « P.L. 13 » voit un officier allemand en side-car qui s’arrête à 30 mètres de l’abri à côté du sentier dit « du Sacrement », qui va d’Oupeye vers Beaurieux. Cet officier ne se rend pas compte de la proximité avec l’abri « P.L. 13 », il déploie sa carte, le chef de poste signale la chose au bureau de tir du fort « discrètement ».<br /> Au moment où l’officier allemand allume une cigarette, un obus lui éclate entre les jambes. Une fois la fumée dissipée, il ne reste sur place que des débris, les cadavres seront retrouvés à plusieurs mètres de là.<br /> Le chef de l’abri « P.L. 13 » demande qu’on lui apporte des vivres et des munitions.<br /> A la tombée de la nuit, le Fort s’est, jusque là, défendu rageusement. Les Forts de Barchon – Evegnée – Fléron et même Flémalle ont aidé au mieux Pontisse pour barrer les accès au fort à l’ennemi. Avec l’obscurité, les combats diminuent et leur intensité est retombée, on peut alors penser à ravitailler « P.L. 13 ».<br /> A la nuit, une patrouille composée d’un gradé et de 2 hommes quittent le Fort en direction de « P.L. 13 ». Ils rentrent 3 heures plus tard, n’ayant pas pu passer les barrages ni de Oupeye, ni de Vivegnis, tous les chemins sont fortement gardés. De toute manière, c’était inutile, le chef de poste de « P.L. 13 », constatant la rupture de liaison avec la Fort avait quitté l’abri avec ses hommes, profitant de l’obscurité, ils se sont réfugiés dans les caves d’une maison voisine où ils resteront 3 jours avant de regagner leur domicile.</p><br /> <br /> <strong>Le mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit s’est passée en tir de harcèlement sur les nœuds routiers. Une surveillance a été placée sur le massif pour détecter toute activité ennemie qui s’approcherait du Fort.<br /> Au levé du jour, on voit des travailleurs ennemis occupés à des travaux de terrassement sur la crête voisine, ils vont être dispersés par le feu des 75 de Pontisse, mais ils reprennent leurs travaux, dès que les tirs en leur direction cessent.<br /> Nos coupoles de 75 ne peuvent pourtant pas rester concentrées sur ces travailleurs ennemis parce qu’il faut disperser des troupes allemandes à l’orée d’Oupeye.<br /> Le Fort de Barchon est attaqué par l’aviation allemande, et la coupole de 105 tire en fusant à l’aplomb du Fort de Barchon, pour obliger les Stukas qui bombardent en piqué, de lâcher leurs bombes de plus haut.<br /> <br /> A 13 heures 25, c’est à présent Pontisse qui est attaqué par les bombardiers en piqué, qui déversent leurs bombes sur le massif et sur les organes de défense voisins.<br /> C’est alors qu’un homme arrive au bureau de tir pour signaler que la coupole du Saillant II est atteinte et qu’il y a des blessés.<br /> Les dégâts sont importants.<br /> A 15 heures, c’est au tour de la coupole du Saillant I de recevoir un coup dans sa proximité et ici aussi, la coupole a des dégâts qui vont handicaper son fonctionnement. Conjointement aux attaques aériennes, le Fort subit aussi le feu des canons de campagne allemands, mais le Fort se défend avec acharnement, la prise d’air et les obusiers 75 intacts parviennent à maintenir l’ennemi à distance.<br /> A 18 heures, des voitures blindées allemandes sont immobilisées près de l’arbre du Chenay, à Oupeye, sous les tirs du Fort de Pontisse. Ensuite, Barchon demande le concours de Pontisse pour exécuter un tir sur une villa de la route de Chefneux.<br /> A 18 heures 30, deux observateurs sont blessés, le premier a la main fracassée par un petit obus pénétrant, le second est atteint à la face par des éclats après explosion d’un autre obus.<br /> A 19 heures 30, comme c’était aussi la cas le jour précédent, tous les environs du Fort sont couverts par une épaisse fumée qui aveugle tous les postes de guet, c’est le prélude d’une grande attaque, aussitôt, bien que la visibilité soit nulle, les fusils-mitrailleurs, les obusiers de 75 et même la coupole de 105 déploient toute leur puissance de feu sur les glacis et ils transforment, en zone de mort, tous les endroits où des assaillants pourraient s’aventurer.<br /> A 20 heures 30, l’assaut à sans doute échoué, parce que le Fort encaisse des coups d’un bombardement à gros calibre de l’artillerie lourde allemande.<br /> Les coups sont portés, à intervalle régulier, jusqu’à la tombée de la nuit et ils font trembler tout le Fort.</p><br /> <br /> <strong>Le mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Les hommes sont épuisés par les alertes continuelles, ils essayent de prendre quelques heures de repos mais ce n’est pas facile, à cause des bombardements successifs, la tension nerveuse est au maximum.<br /> A 6 heures, le bombardement de gros calibre reprend contre le Fort et des mouvements de troupes ennemies inquiètent les défenseurs, qui répliquent par des tirs de leurs coupoles. Le Fort de Barchon exécute les tirs qui lui ont été demandés sur les arrières de la ferme Thiry et en revanche, Barchon demande que le Fort de Pontisse lance des salves d’interdiction sur les débouchés venant du village de Housse.<br /> A 7 heures, tout rentre dans un calme relatif. Des patrouilles sortent du Fort, pour constater les dégâts, tout le long des glacis, les barbelés sont cisaillés, les piquets sont balayés, il n’y a plus aucun obstacle en place, mais sur les pentes du glacis, il y a une quantité invraisemblable de fusils, mitraillettes, grenades, boites de munitions et de fusées, pistolets lance-fusées, besaces, havresacs, lunettes de pointage, tout un matériel abandonné par les soldats allemands. Dans une excavation, on découvre le cadavre d’un soldat allemand, la tête à moitié arrachée.<br /> Des corvées sont désignées pour dégager les abords et nettoyer les glacis, il faut précipiter tout ce matériel, laissé sur place dans les fossés du Fort. Pendant qu’une équipe est chargée de combler les excavations du fossé de gorge, une autre équipe doit garnir de mines l’éventration de la contrescarpe.<br /> L’aumônier, aidé par quelques brancardiers porteurs du fanion de la Croix-Rouge, se préparent à enterrer le cadavre allemand.<br /> Ils sont appelés par un soldat allemand qui agite un drapeau blanc, marqué de la Croix-Rouge. L’homme dévale la pente, débouche par le petit sentier, il est aussi porteur d’un brassard de la Croix-Rouge et il vient expliquer aux soldats belges que le soldat tué est un « Kamarade », et il demande à reprendre ses effets personnels, on les lui remet, à l’exception de ses papiers, qui seront remis au bureau de tir pour être examiné et le brancardier allemand repart pat où il est venu en emportant les effets de son « Kamarade ».<br /> Grâce au dévouement des deux cuisiniers du Fort, grâce à la complaisance des membres de l’administration communale herstalienne et au courage de Monsieur Louveau de Herstal, le Fort a reçu, malgré les bombardements, du pain frais jusqu’à ce jour.<br /> Aujourd’hui, les soldats du Fort peuvent prendre une douche, manger une bonne soupe chaude et du café chaud. Les spécialiste du matériel travaillent à la remise en état de la coupole de 75 du Saillant I. Le Fort d’Evegnée a repéré une batterie allemande installée dans le parc de Bernalmont et il demande au poste d’observation cuirassé de Pontisse de diriger et de renseigner ses tirs sur la position allemande.<br /> Dans l’après-midi, le Fort de Pontisse exécutera quelques tirs sur une batterie allemande installée au nord de Dalhem, et le harcèlement continue sur les principaux nœuds routiers</p>.<br /> <br /> <strong>Le jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, un groupe de servants de la coupole de 105 est désigné pour s’installer dans la ferme Thiry, sa mission est d’observer les mouvements des Allemands autour de la ferme et du Fort, mais surtout de surveiller le versant du Fond de La Vaux, qui est caché aux observateurs du poste cuirassé du Fort.<br /> Des téléphonistes établissent une ligne volante pour communiquer avec le Fort et les hommes emportent 5 mitrailleuses pour la défense de leur poste. Seulement, ils reçoivent l’ordre de n’intervenir qu’en toute dernière extrémité pour ne pas dévoiler leur position.<br /> A 9 heures, l’abri d’observation situé « aux Communes », à Cheratte hauteur, signale une colonne de 200 hommes qui se dirigent de Haccourt vers Vivegnis. Le Fort de Pontisse accroche cette colonne par des tirs de la coupole de 105.<br /> Des groupes de travailleurs allemands se détachent en direction d’Oupeye et à la lisière du bois de Pontisse, les renseignements fournis par les postes d’observation de la prise d’air, de la ferme et de l’observatoire cuirassé du Fort concordent et les coupoles leur livrent une véritable chasse.<br /> A 14 heures 30, des fantassins allemands s’avancent sur la route de Hermée, le poste de la ferme Thiry demande de pouvoir intervenir, mais on leur répond de ne pas bouger, c’est la coupole du Saillant I qui se charge de cette besogne.<br /> A 19 heures 30, une troupe d’infanterie allemande débouche au pont de Haccourt et vient vers le sud en suivant le canal, le Fort règle ses tirs qui se poursuivent jusque la nuit tombante sur ce passage.<br /> Le soir, après avoir pris connaissance du message adressé au Fort de Liège par le Roi des Belges, le moral du Fort est bon.<br /> Certains de nos soldats vont même pousser la chansonnette, il serait même question d’aller "pendre son linge sur la ligne Siegfried".</p><br /> <br /> <strong>Le vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le bombardement qui avait cessé la veille reprend à une cadence assez lente, Barchon est attaqué par les avions qui lâchent leurs bombes en piqué.<br /> Le chef de poste, installé dans la ferme Thiry, donne des indications précises à la coupole de 105 pour procéder au déclenchement des tirs fusant au bon moment.<br /> De son côté, le Fort d’Evegnée procède par des tirs identiques.<br /> Touché par les éclatements de ce tir croisé, un Stuka est abattu, il s’écrase à proximité du Fort de Barchon.<br /> Après le S.O.S. lancé par Barchon, toutes les coupoles de Pontisse exécutent des tirs de dégagement dans les fossés et à, la limite nord du Fort de Barchon, ainsi que sur la route de Housse.<br /> Vers midi, la liaison téléphonique avec Barchon est coupée, pour communiquer, il reste le lancement des fusées et la télégraphie sans fil.<br /> Après-midi, un avion de reconnaissance allemand survole le Fort à basse altitude et peu après, le bombardement reprend avec violence, les obus de gros calibre martèlent le toit du Fort, les coups assourdissent et on sent même le souffle des déflagrations.<br /> Les petits canons de campagne allemands sortent du bois des Trixhes, et ils se camouflent sur la crête de La Vaux pour tirer sur les défenses du Fort.<br /> Des obus plus petits arrivent à grande vitesse sur leurs objectifs.<br /> L’observateur de la ferme Thiry et celui de la prise d’air guident, au mieux, les coupoles du Fort qui répliquent et pour la Saillant IV, qui n’a pas de vue directe, c’est le poste d’observation cuirassé qui dirige ses tirs.<br /> La coupole du Saillant III est détruite et 2 hommes sont gravement atteints, le chef de poste fait savoir qu’un obus a traversé la coupole et il l’a réduite en ferraille.<br /> Quand le médecin arrive sur place, le premier homme est mort, quant au second, il est transporté à l’infirmerie mais il décède sur la table d’opération.<br /> Ce sont le soldat milicien Heusy et le soldat rappelé Bajard<br /> Bajard était un soldat d’un autre régiment, qui avait rejoint le Fort de Pontisse ne sachant pas où retrouver son unité. Quant aux blessés, les soldats Britte et Hellin, ils sont soignés à l’infirmerie.<br /> Le Fort de Barchon a signalé qu’une batterie allemande, qui tirait sur Pontisse, était probablement située à Wandre, mais tous les efforts pour la situer sont restés vains.<br /> A 19 heures 30, c’est le poste d’observation cuirassé qui est touché. Un obus de 88 allemand a traversé le blindage, et les observateurs ont dû battre en retraite.<br /> Au milieux de la nuit, les hommes du poste installé à la ferme Thiry ont pris les dispositions pour installer des obstacles sur lesquels les Allemands doivent buter en cas d’intrusion nocturne. Soudainement, l’homme qui assurait la garde entend des bruits de bottes au rez-de-chaussée.<br /> Ce sont effectivement des soldats allemands qui visitent la ferme, mais ils s’en iront sans avoir trouvé nos soldats belges installés aux différents étages.</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A peine le jour est-il levé, que le bombardement qui s’était interrompu durant la nuit, reprend avec force et vigueur.<br /> Les obus de 88 des fameux canons allemands pleuvent sur le Fort de Pontisse. Qui plus est, les Allemands s’aperçoivent de la présence de soldats belges, qui observent depuis la ferme Thiry.<br /> Aussitôt ce poste est pris pour cible, plusieurs tirs en rafale ponctués par les obus de 88 balaient la toiture de la ferme. Mitrailleuses et appareils téléphoniques sont basculés, plus de communication avec le Fort. L’infanterie allemande surgit aux débouchés d’Oupeye, elle est accueillie par les salves des obusiers de 75 qui fonctionnent encore et par tir fusant de la coupole de 105.<br /> Le Saillant IV intervient contre les troupes allemandes rassemblées en bordure du Bois de Pontisse. Le Saillant I reçoit un coup qui bloque son fonctionnement, on essaye de suite de réparer.<br /> A 10 heures 30, il ne reste plus qu’seul obus à la coupole de 105, un officier et un sous-officier artificier sont désignés pour la faire sauter dès qu’elle aura tiré son dernier coup.<br /> Le Fort est fortement ébranlé par les bombes des avions allemands qui viennent encore s’ajouter au pilonnage terrestre. Soudain, une terrible déflagration, c’est la coupole de 105 qui vient de sauter.<br /> La prise d’air est également engagée contre l’infanterie allemande qui parvient à s’installer au-dessus de l’abri. Au bout d’une demi-heure, l’officier de tir voit une forme humaine qui se laisse glisser le long d’une corde pour attaquer l’embrasure de la prise d’air, aussitôt, l’officier abat cet intrus d’un coup de pistolet.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Prise d’air du Fort de Pontisse en 1940. (Collection F. Tirtiat)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Saillant IV tente plusieurs tirs à courte distance pour dégager la prise d’air, mais il n’a pas de vue sur cet objectif et les tirs sont dispersés. Il y a déjà une heure que les avions viennent bombarder le Fort, quand un coup plus violent que les autres ébranle les murs. Une bombe est tombée à l’aplomb de l’escalier qui conduit à l’étage du bas, une deuxième bombe qui viendrait frapper sur la gorge du massif couperait tout accès vers la sortie.<br /> La coupole du Saillant IV balaie les environs avec ses boîtes à balles. La prise d’air voit surgir les assaillants à l’embrasure avec des lance-flammes, aussitôt, c’est le "branlebas", les soldats belges évacuent et à peine la porte blindée refermée, les lance-flammes attaquent. Sous l’action de la chaleur, les munitions spéciales, balles traçantes et incendiaires ainsi que quelques grenades restées dans le local, explosent littéralement. Après la déflagration, des épaisses fumées envahissent la prise d’air.<br /> Par précaution, la ventilation est coupée mais l’officier entend les appels venant du Saillant IV, les servants sont menacés d’asphyxie, il demande que l’on rétablisse le système de ventilation. Les fumées se répandent dans tout le Fort et les soldats de Pontisse sont pris aux yeux et à la gorge. C’est à tel point que, même 5 jours plus tard, nourriture et boissons resteront imprégnées de cette odeur.<br /> Un S.O.S. est lancé au Fort de Barchon, mais il semble que l’appel ne soit pas reçu. Barchon ne répond plus, les tirs venant de ce Fort ont cessé depuis midi.<br /> Tous les efforts pour réparer la coupole du Saillant I sont restés vains, d’autant plus que les bombes lâchées par les avions ont encore aggravé le blocage. Alors, ordre est donné aux artificiers de la faire sauter.<br /> La liaison avec la poterne d’entrée est coupée, la situation s’aggrave. Seule la coupole du Sillant IV mène encore la vie dure aux assaillants et aux pièces de l’artillerie allemande située en bordure du Bois de Pontisse, mais ses munitions s’épuisent, il ne lui reste plus que 30 obus et boîtes à balles.<br /> Pour les coffres de défense, la situation devient insoutenable, on ne distingue rien à cause des fumées, et quand les fusils mitrailleurs veulent intervenir, des pièces lourdes installées sur le glacis tirent à bout portant sur les embrasures où les Allemands attaquent aux lance-flammes.<br /> Depuis la galerie, les soldats du Fort entendent des bruits de travaux : les Allemands sont en train de placer des mines.<br /> Des assaillants installés, à cheval, sur la caponnière tentent de répéter le coup de la prise d’air. Des mitrailleuses sont installées pour prendre la galerie en enfilade. Le Fort de Pontisse est acculé, il a épuisé tous ses moyens de défense.<br /> Le Saillant IV, seul en état de tirer, épuise ses dernières munitions.<br /> A 13 heures 45, le drapeau blanc est présenté à l’entrée du Fort. Le Fort de Pontisse s’est rendu à l’extrême limite de ses forces.<br /> Après la chute du Fort de Pontisse, les Allemands n’en croyaient pas leurs yeux, étonnés qu’ils étaient du peu de perte subie par la garnison, en plus, ils croyaient que le Fort était doté d’un système de télécommande, au vu de la rapidité et de la multiplicité de ses tirs.<br /> Un lieutenant allemand s’écriera même « DAS IST BRAVE SOLDATEN »<br /> Ils accordèrent aux soldats de Pontisse le droit de pouvoir enterrer leurs deux morts au combat et ils rendront les honneurs militaires à ces deux combattants.<br /> Ensuite, ils feront évacuer les soldats belges blessés et malades, et ils vont également évacuer le major allemand qui commandait les troupes d’assaut. Cet officier supérieur a eu la jambe broyée par un obus et c’est un médecin belge qui lui avait donné les premiers soins.<br /> Les Allemands permettront au major Simon, commandant du IIème groupe et au capitaine Pire, commandant du Fort de Pontisse de conserver leurs sabres.<br /> </p><br /> <strong>Sources iconographiques et bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php">http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php</a> Fri, 01 Jun 2018 12:30:15 +0200 Le Fort de Tancrémont:Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté’’ https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-167+le-fort-de-tancr-mont-mieux-vaut-mourir-de-franche-volont-que-du-pays-perdre-la-libert.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-167+le-fort-de-tancr-mont-mieux-vaut-mourir-de-franche-volont-que-du-pays-perdre-la-libert.php <strong>Le Fort de Tancrémont</strong><br /> <strong>Dernière unité combattante Belge à avoir déposé les armes.... 36 heures après la capitulation officielle de l'armée Belge en 1940.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/crbst_surface40.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le fort est établi tout près de la chapelle du "Vieux bon Dieu de Tancrémont", au lieu dit "mamelon 300" de l'éperon schisto-gréseux qui sépare les vallées de la Vesdre et de la Hoëgne.<br /> Il domine d'un côté la ville de Pepinster et de l'autre l'agglomération de Theux-Juslenville. Sur les cartes militaires, il porte souvent le nom de fort de Pepinster. Pour ceux qui connaissent moins bien la région, nous préciserons qu'il est situé en bordure de la route qui relie Banneux à Pepinster.</p><br /> <br /> <strong>La mission du fort:</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Jusqu'au début de la mobilisation, il était plutôt question d'une défense aussi proche que possible de la frontière. Les intervalles des forts d'avant-garde seraient occupés.<br /> À mesure que les mois passaient et que la ligne KW (Anvers-Wavre-Namur) se préparait et se fortifiait, la mission du fort changeait. En mai 1940, il devait soutenir, en appui direct, Ies troupes chargées de mener le combat retardateur et permettre leur décrochage.<br /> Il était un fort d'arrêt et avait des yeux et des oreilles, à savoir : <br /> 7 postes d'observation intérieurs</p><br /> <br /> <strong>À l'extérieur :</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Du sud au nord, Abri BV7 à Jévoumont, Abri de Mont (avec canon de 47 mm), Abri de Vesdre (avec canon de 47 mm), Abri VM3 à Cornesse, Abri VM29 près de Wegnez, <br /> Positions de repli, Mousset, Haute Fraipont, Les Villers, <br /> La formation de tous les observateurs s'est faite en temps de paix et pendant la mobilisation. Chaque poste d'observation a été doté d'un jeu de cartes sur lesquelles les parties vues et cachées étaient reportées avec clarté et précision. Pour mieux connaître et repérer le terrain, tous les secteurs avaient été parcourus en vélo avec les observateurs, de façon à faire l'épreuve réciproque et à leur montrer comment, du terrain, on voyait leur abri.<br /> Les principaux objectifs probables (carrefours importants, ponts, haies, maisons) avaient été déterminés avec soin. Il fallait absolument avoir dans ces abris des hommes de confiance, courageux, bien au courant de leur mission. Il fallait donc éviter toute mutation pendant la mobilisation.<br /> Dans le journal de campagne du MDL Reul, chef de poste à BV7, il était écrit : "Dès le 17 mai, je détruis les documents de l'abri. Ceux-ci d'ailleurs ne nous ont pas servi à grand chose. Les officiers de tir possédaient une telle connaissance du terrain qu'il suffisait de leur indiquer telle haie, telle maison, tel carrefour, sans coordonnées, pour que l'ouragan d'acier s'abatte immédiatement sur l'objectif repéré et avec quelle précision, un vrai régal pour nous, aux premières loges".</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tancremont_position_de_liege.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tancrémont au sein de la position fortifiée de Liège</p><br /> <br /> <strong>10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nuit du 9 au 10 mai à 00.00 Hr exactement. Message spécial du R.F.L. Alerte avec mot de passe autorisant à ouvrir l'enveloppe entreposée dans le coffre-fort du bureau de tir. Les officiers de garde descendent au bureau de tir. Ouverture de l'enveloppe "top secret". On y lit : "Yser-Albert". C'est la guerre.<br /> Il faut brûler les casernements du temps de paix. une demi-heure après, on reçoit confirmation par le P.C. du Major commandant le groupe : les Allemands, sont prêts à franchir la frontière à Gemmenich, ils ont dégagé tous les obstacles sur les routes d'accès.<br /> Tous les hommes descendent chacun leur literie (paillasse et couverture). Déménagement de tout ce qui est nécessaire à la vie du fort dans les cuisines, les cantines. Déménagement de tous les dossiers du Commandant et des officiers entreposés dans les bâtiments du temps de paix.<br /> Matin du 10 mai<br /> Dès 5 heures du matin, de nombreuses escadrilles d'avions allemands survolent le fort à haute altitude.<br /> À 7 heures du matin, les casernements du temps de paix sont incendié.<br /> La maison du garde du château des Mazures saute.<br /> -Puits pour exécuter la citerne à gasoil percé le 9 mai dans l'après-midi.<br /> -Passerelle en bois au-dessus des tétraèdres, des barbelés, du fossé.<br /> -Remblayage du puits de la 2e cheminée.<br /> -Fermeture de la brèche dans la galerie.<br /> -Remblayage du 2e puit pour la citerne.<br /> -Destruction de la passerelle en bois.<br /> -Égalisation des terres sur le massif central.<br /> -Dégagement complet du champ de tir des différents organes.<br /> -À 13h00, les portes de la poterne sont fermées aux cadenas.<br /> -Tirs de réglage.<br /> Après-midi<br /> -14 Heures : Toutes les troupes occupant les intervalles des forts se sont retirées<br /> -Les Lanciers situés au sud ont exécuté les destructions : pont de Marteau (chemin de fer), pont de Polleur (sur la Hoëgne), pont de Limbourg. Nos D.L.O. les accompagnent .<br /> -17 Heures: Le Lieutenant Poswick du 1er Lanciers remonte à cheval le chemin Julenville-Tancrermont. Il s'arrête au fort. Événements d'Elsenborn.<br /> -Ensuite calme complet. Fausses nouvelles.</p><br /> <br /> <strong>Samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Les colonnes de réfugiés passent encore sur les routes voisines du fort.<br /> -Tir de réglage.<br /> -Fin de matinée, 4 Allemands sur une locomotive de manœuvre.<br /> -14 Heures: On apprend la reddition du Fort d'Eben-Emael.<br /> -15 Heures: Tour d'horizon à la coupole IV. Colonne ennemie monte vers Creppe et sur la route Desnié-Haut-Regard-Route La Reid. Déclenchement immédiat de tirs sur tous ces objectifs.</p><br /> <br /> <strong>Dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-10 Heures: Premier gros bombardement par batterie ennemie.<br /> -12 Heures: 3 blessés très graves au Mousset.<br /> -18 Heures: Attaque surprise du fort par pionniers allemands venus de Banneux et du bois des Mazures. Charges creuses sur prise d'air P. Pendant 1h30 très chaude alerte: baptême du feu.<br /> -Nuit. Extrême vigilance. Fusées éclairantes</p><br /> <br /> <strong>Lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Nuit: tirs intermittents à "boites à balles" dans le bois.<br /> -Journée calme.</p><br /> <br /> <strong>Mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Nuit, canon allemand au-dessus de la rampe de la prise d'air P, pour détruire l'embrasure du FM. C'est lui qui est détruit.<br /> -On ramène dans le fort des morceaux d'obus de gros calibre.<br /> -Fût de chlorure de chaux crevé à BV7.<br /> -Les Allemands ont repéré des boîtes de raccordement au réseau téléphonique enterre.<br /> -Pièces d'artillerie motorisée sur la route Polleur-Franchimont.<br /> -Les Allemands occupent le hameau de Jévoumont.<br /> -Mr. Delfosse et le jardinier du château viennent réconforter les hommes de BV7.<br /> -Les Allemands ont une crainte du fort. Ils n'ont pas repéré BV7</p><br /> <br /> <strong>Mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Un civil rode autour de BV7 ("Joseph, la guerre est finie ! Vive la BeIgique !").<br /> -La fausse ligne téléphonique sauve BV7.<br /> -Prise de l'abri de Vesdre.</p><br /> <br /> <strong>Jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Reprise des tirs sur l'itinéraire des crêtes : Vert Buisson, Johoster, Haut-Regard.<br /> -Nouvelle patrouille allemande pour découvrir BV7.<br /> Message du Roi aux Forts de Liège : "Officiers, sous-officiers, soldats. Résistez jusqu'au bout pour la Patrie. Je suis fier de vous !".</p><br /> <br /> <strong>Vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Attaque de la maison Crahay par une centaine de soldats.<br /> -Connexion de VM29 coupée. Abri abandonné.</p><br /> <br /> <strong>Samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Tirs vers La Reid-Haut-Regard<br /> -Parlementaires allemands avec les Commandants d'Embourg et de Chaudfontaine. Pas de discussion<br /> -Abri de Mont attaqué. Dégagé par tir.<br /> -Beaucoup de bobards circulent dans le fort.</p><br /> <br /> <strong>Dimanche 19 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Après-midi, BV7 signale rassemblement allemand sur BV6<br /> -Ils foncent sur BV7. Charges creuses. Lances-grenades. Hanquinet tombe sans connaissance.<br /> -Tir du fort. Mise en fuite des Allemands (tranchée, porte cadenassée).<br /> -Deux hommes restent et essaient de mettre une 2ème charge creuse dans le tube lance-grenades.<br /> -Mise on marche du ventilateur, bruit insolite violent. Mise en fuite des Allemands. L'alerte a été chaude.</p><br /> <br /> <strong>Lundi 20 mai</strong><br /> -Bombardement du fort sans arrêt entre 01 et 04 heures du matin (obus de 210 nm)<br /> -BV7 tient toujours. Canons de 37 et Mi mis en batterie la nuit. Tirs nourris sur la cloche de visée et sur le béton.<br /> -Entre 2 tirs, nos hommes repèrent les emplacements ennemis.<br /> -Tir du fort : mise en fuite de tous les Allemands (les balles perdues pleuvent sur les toits de Spixhe).<br /> -Les Allemands annoncent au hameau : "Die kleine Festung ist ganz kaput".<br /> -Vers 09 Heures, liaison coupée avec le fort puis rétablie.<br /> -À 12 heures, nouvelle coupure, définitive cette fois.<br /> -À 18 heures, sortie des hommes de l'abri en rampant, aucun guetteur ennemi. Ils se faufilent dans l'herbe haute jusqu'au bois, dévalent sur Spixhe, revêtent des vêtements civils. Ces braves et courageux sont. sauvés.<br /> -Les Allemands sont à Abbeville.<br /> <br /> <strong>Mardi 21 mai</strong><br /> -Le fort encaisse obus sur obus.<br /> -À 16 heures, les observateurs de Haute Fraipont se dispersent.<br /> -Le fort d'Aubin-Neufchâteau est attaqué violemment, il ne lui reste plus qu'un canon. Il tombe dans la journée.<br /> <br /> <strong>Mercredi 22 mai</strong><br /> -Tôt dans la matinée, reddition du Fort de Battice. Il nous dit : "Au revoir et bonne chance".<br /> -11.45 heures, nouvelle visite des parlementaires (3 officiers allemands, 1 officier belge avec drapeau blanc) : "Que voulez-vous ?" - "Vous engager à vous rendre..." "Le fort est entier. Retirez-vous. Nous continuons la lutte"...<br /> -15 heures : nouvelle visite de parlementaires (3 officiers allemands, le Capitaine Guéry, Comd le Fort de Battice,1 adjudant du même fort. <br /> Le Commandant Devos, dans la cloche du bâtiment I, crie : "Commandant Guéry, retirez-vous, le fort ne se rend pas".<br /> -Nos services de renseignements fonctionnent admirablement, VM3 tient toujours.<br /> -L'abri de Mont est abandonné.<br /> -Le fort est bombardé par les Stukas. Grâce au terrain schisto-gréseux, entonnoirs de 2 m de profondeur seulement. Tancrémont reste seul dans la P.F.L.<br /> <br /> <strong>Jeudi 23 mai</strong><br /> -Tirs de harcèlement sur les itinéraires principaux.<br /> -Tirs sur les objectifs signalés à VM3 par les services de renseignement, sur batteries ennemies , sur rassemblements de troupes, hors de nos vues.<br /> -Les bombardements sur le fort continuent.<br /> -On nous fait savoir que les Allemands préparent une attaque de grande envergure sur le fort.<br /> -Jeudi, les Allemands lancent un assaut violent sur BV7. II est vide depuis 3 jours.<br /> <br /> <strong>Vendredi 24 mai</strong><br /> -Les incursions allemandes dans les environs de Cornesse sont de plus en plus nombreuses.<br /> -Sur ordre du Commandant, VM3 ne peut plus continuer sa mission. Les hommes se dispersent.<br /> -Les TTR, qui travaillent depuis 3 jours à leur poste émetteur-récepteur, entrent par hasard en contact avec le Fort de Maizeret (Namur). Celui-ci tombe dans la soirée.<br /> <br /> <strong>Samedi 25 mai</strong><br /> -Tancrémont est complètement isolé. Plus aucun poste extérieur.<br /> -Armée de campagne probablement sur la Lys.<br /> -Vigilance partout.<br /> -C'est toujours l'axe Haut-Regard qui est pris sous le feu de nos canons; chars, camions, motos, tout est canardé.<br /> <br /> <strong>Dimanche 20 mai</strong><br /> -Toujours des bombardements par l'artillerie ennemie, par Stukas.<br /> -On essaie de mettre le feu au bois des Mazures, lancement de flèches avec pistolets "lance fusées".<br /> -On tire sur Louveigné, Wegnez et Haut-Regard.<br /> <br /> <strong>Lundi 27 mai</strong><br /> -Même scénario que le 26.<br /> -Il faut garder le moral. C'est la mort ou la captivité.<br /> -Une charge creuse explose dans le bois (par accident probablement)<br /> -Les TTR ont réussi à augmenter la portée de leur poste, 1er message entendu: "Laissez passer parlementaires sur la route vers Dixmude".<br /> <br /> <strong>Mardi 28 mai</strong><br /> -On tire à boîte à balles toute la nuit, dans le bois (pour déjouer une attaque surprise).<br /> -Quelques heures après, nous apprenons la capitulation de l'Armée.<br /> -Consternation.<br /> -12 heures, le Commandant du fort envoie au G.Q.G. de l'armée belge un message demandant Ia conduite à tenir. Réponse : "Reçu votre message 12 Hr. Puis silence.<br /> -Le chef d'E.M., le G.M. Michiels, que nous retrouvons à l'OFLAG de Wolfsberg en Carinthie, affirne n'avoir jamais eu connaissance de ce message.<br /> -"Le Conseil de défense" du fort se réunit le soir (organe consultatif du Commandant).<br /> -Difficulté de maintenir le moral des hommes. Des civils reviennent. Des Allemands les accompagnent. Drapeaux blancs. La guerre est finie. "Ne détruisez plus nos villes", etc... On tire en l'air pour les disperser.<br /> -19 heures Entrevue avec les Allemands pour solliciter ordre du G.Q.G. Parlementaires belges sortent : 1 SLt, 1 MDL, 1 soldat. Retour. Entrevue fixée au lendemain 29 à 09 heures du matin.<br /> <br /> <strong>Mercredi 29 mai</strong><br /> -Nuit calme mais mouvementée dans le fort<br /> -Continuer la lutte ?<br /> -09 heures, entrevue du Commandant et du Général Spang (maison de Tancrémont) "Vous n'avez rien à demander, vous avez tout au plus à prier. Si vous continuez la lutte vous et vos hommes, vous vous mettez hors-la-loi et votre fort sera complètement détruit. Tout est d'ailleurs prêt pour cela, l'attaque sera foudroyante".<br /> Réponse du Commandant :<br /> "Je ne suis pas obligé de vous croire. Vos menaces ne me font pas peur. Le fort est intact. La garnison saura se défendre"<br /> L'officier allemand est stupéfait. Il se calme peu à peu. Il répète seulement qu'il n'est plus possible d'obtenir un ordre du G.Q.G. "Il n'y a plus qu'une seule autorité en Belgique", dit-il, "celle de l'Allemagne. Le Roi est prisonnier et son dernier acte au pouvoir a été la capitulation de toute l'armée belge".<br /> Soudain, se dégantant, le Lt.-G. Spang, se met en position devant le Commandant Devos et lui déclare solennellement :<br /> "Je jure sur mon honneur d'officier général allemand que le Roi des BeIges a capitulé sans conditions et donné l'ordre à toute l'armée de cesser les hostilités".<br /> Sur cette affirmation, le Commandant Devos décide de consulter à nouveau son Conseil:de Défense. Il fixe au Général allemand rendez-vous à 11 Hr au même endroit. Après délibération, le Conseil en question entérine, la mort dans l'âme, que Tancrémont doit se conformer à l'ordre royal de reddition.<br /> Aussitôt, ordre est donné de mettre hors service 3 groupes électrogènes sur 4, les armements, les cartes, les tables de tir, les documents secrets.<br /> Le Fort de Tancrémont se rend le 29 mai à 11 Hr, soit un jour et demi après la signature de la capitulation de l'armée belge.<br /> Le Général Spang, aussi ému que le Capitaine Devos abandonne toute raideur et, tenant dans sa main celle de l'officier belge, tente de le réconforter. Il le félicite pour la belle défense du fort, lui dit qu'il avait bien mérité de son pays, puisqu'il s'était rendu sur ordre, que la fortune dans les armes ne peut sourire à tout le monde, etc...<br /> Lachant la main de son interlocuteur, l'officier supérieur se tourne vers le Colonel, allemand qui faisait partie de la délégation et lui donne une série d'ordres :<br /> 1. Tous les officiers faisant partie des troupes de siège (infanterie, artillerie) seront rassemblés et rangés à l'entrée du fort. Ils rendront les honneurs aux officiers à la sortie de l'ouvrage.<br /> 2. Les officiers du Fort de Tancrémont pourront conserver leurs armes blanches.<br /> 3. Le drapeau allemand ne sera hissé sur Ie fort qu'après la sortie du dernier homme.<br /> Le Fort de Tancrémont avait tenu 400 heures et mis de nombreux soldats allemands hors de combat (on dit 2.000).<br /> Et ce fut le départ en captivité...<br /> <p style="text-align:center">Les défenseurs du Fort avaient été fidèles à la devise des 600 Franchimontois qu’ils avaient fait leur:<br /> "Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tancremontvuduciel.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tancrémont vu du ciel</p><br /> <br /> :Sources :<br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm</a><br /> <a href="http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont">http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont</a><br /> <a href="https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html">https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html</a><br /> <a href="http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm">http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm</a> Fri, 01 Dec 2017 13:44:00 +0100 Le sauvetage des drapeaux régimentaires de l'Armée belge en 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-163+le-sauvetage-des-drapeaux-r-gimentaires-de-l-arm-e-belge-en-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-163+le-sauvetage-des-drapeaux-r-gimentaires-de-l-arm-e-belge-en-1940.php <p style="text-align:justify">Les derniers jours de mai 1940, l’Armée belge subit les assauts toujours plus violents de l’envahisseur allemand. Il est acquis que sa résistance lors de la bataille de la Lys a grandement contribué à la réussite du rembarquement du Corps Expéditionnaire britannique et d’une large frange de l’Armée française à Dunkerque.<br /> Cependant la lutte est inégale et le Roi Léopold III voit s’approcher le moment où il sera acculé à la capitulation. Le 27 mai vers 14h00, ne voulant pas que les emblèmes de ses régiments tombent aux mains de l’ennemi, il lance l’ordre à toutes les unités de ramener au Quartier général, qui est installé au château de Wijnendaele, les drapeaux, étendards, fanions, avec leurs accessoires, hampes, lions. etc. Ceux qui ne pourront le faire devront veiller à ce que les emblèmes soient détruits.<br /> Entre-temps, deux officiers de l’Etat-Major sont envoyés auprès de Mgr Lamiroy, évêque de Bruges, pour lui demander de cacher les drapeaux. Le prélat refuse, estimant cette entreprise trop risquée : en effet, la ville regorge de réfugiés, elle pourrait être bombardée et les troupes allemandes avancent rapidement.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sauvetage_drapeaux_001_vue_de_l_abbaye_benedictine_de_zevenkerken.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Abbaye de Zevenkerken (vue actuelle)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">De retour au quartier général — il est déjà 17h00, - les deux officiers se voient confier par le Roi la mission d’exécuter la même démarche à l’abbaye de Zevenkerken, située à la limite de St-Andries-Brugge et de Loppem. Sans hésiter, le Père Abbé, Dom Théodore Nève accepte: “C’est pour l’abbaye de St-Andries un grand honneur d’accueillir les glorieux drapeaux de l’Armée” .Il y a cependant un risque: dès le début des hostilités, l’abbaye a été transformée en hôpital de campagne. Plus de 800 blessés, Belges, alliés et ennemis y sont soignés en ce moment. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/domneve1_bis_ter.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Dom Nève </p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Père Abbé indique aux émissaires royaux une porte à l’arrière des bâtiments par où ils pourront arriver à l’abri des regards indiscrets. Mais se sentant trop âgé pour s’occuper de l’organisation pratique de cette entreprise, il met dans la confidence le Père Francis de Meeûs; lui intimant l’ordre de garder le secret le plus absolu.<br /> La nuit venue, le Père Francis guette l’arrivée des deux officiers amenant les précieux colis. Il y aura trois voyages, par des petites routes, afin de ne pas éveiller le moindre soupçon. Au total 37 étendards régimentaires ainsi que des accessoires, des fanions et autres emblèmes, le tout emballé ou non de façon hétéroclite: caisses, cartons, papier brun, etc. ainsi qu’un lourd coffret contenant les secrets militaires de l’Armée belge<br /> Les trois hommes transportent le tout à l’étage, dans un local situé dans l’aile du bâtiment réservée au Père Abbé. Quand leur tâche se termine, il est déjà 7 heures du matin le 28 mai 1940, jour de la capitulation<br /> Les drapeaux de l’Armée belge ne pourront cependant demeurer dans ce local. Le Père Francis connaît un endroit qui serait une cache idéale, et le montre aux deux officiers, afin que ceux-ci puissent en témoigner au Quartier-général.<br /> Il y a dans cette aile du bâtiment une tourelle qui, à l’origine, ne s’élevait pas plus haut que le plafond du rez-de-chaussée adjacent, et qui abritait une chapelle privée. Plus tard, cette tourelle sera surélevée de façon à y aménager une autre chapelle à l’usage du Père Abbé. Entre le plafond de la chapelle inférieure et le sol de la chapelle supérieure, il y a un espace vide, difficile d’accès et pratiquement inconnu de tous. Etant jeune moine, le Père Francis a, par hasard, repéré cette cachette, dont même le Père Abbé ignorait l’existence. C’est là qu’il décide de dissimuler les drapeaux.<br /> Il faut cependant murer l’ouverture. Il y a dans la communauté un frère qui est assez habile en travaux de construction: le Frère Yves Lencot, dessinateur en construction et géomètre. Le Père Francis le charge confidentiellement de cette tâche, en lui faisant croire qu’il s’agit de mettre à l’abri les archives du couvent. Ce ne sera pas une mince affaire de porter à pied d’œuvre, avec mille précautions, briques, sable, ciment, etc. sans attirer l’attention, mais tout se passa bien.</p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique:</strong><br /> <br /> Extrait de. Le Volontaire de Guerre - 1° trimestre 1999 <br /> Par A. Pattyn<br /> <br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> <br /> <a href="http://www3.telebecinternet.com/benedictines/index.html">http://www3.telebecinternet.com/benedictines/index.html</a><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/sauvetage_drapeaux.php">http://www.maisondusouvenir.be/sauvetage_drapeaux.php</a><br /> <a href="http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&amp;htdoc=general/opac.htm">http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&amp;htdoc=general/opac.htm</a> Tue, 01 Aug 2017 10:26:39 +0200 Honoré ARNOULD d’Ochamps. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php <p style="text-align:justify">Un jour, j’ai reçu une convocation pour faire mon service militaire à partir du 16 octobre 1940. J’aurais dû accomplir douze mois de service militaire actif. <br /> Un peu plus tard, des jeunes de Ochamps et moi, qui étions nés en 1920, avons reçu un papier pour aller à l’incorporation. Moi j’étais dorénavant appelé pour le <br /> 15 mai 1940. Mais la guerre s’est déclenchée, je n’étais même pas encore soldat et tous les jeunes de tel âge à tel âge, devaient partir parce que <br /> les Allemands arrivaient. Pour ne pas être considérés comme déserteurs, nous sommes allés là-bas. Nous sommes partis le 10, comme nous pouvions. <br /> Je me rappelle que nous étions en camion avec un type de Ochamps et qu’il nous a conduit jusqu’à Namur. Nous avons vu tout Namur bombardé. Lorsque nous étions passés à Jemelle, c’était déjà comme cela. Enfin, nous sommes arrivés à Trazegnies à la caserne des Chasseurs Ardennais (??) par le train. De là, nous avons été envoyés à Sint-Gillis-Waas, près de Saint Nicolas en Flandre. <br /> C’était le regroupement, ils nous ont habillés et puis ils nous ont envoyés dans le Midi de la France, à Pont-Saint-Esprit, pour faire notre instruction. <br /> Nous avions été embarqués dans des wagons à bestiaux.<br /> <br /> J’avais noté sur un petit papier les villes que nous avions traversées. Nous étions partis le <strong>mercredi 15 mai</strong> de Sint-Gillis-Waas, direction Gentbrugge, <br /> Torhout, Lichtervelde, Gits, Beveren, Roeselare, Courtrai, Merken. <br /> <strong>Le jeudi 16</strong>, nous sommes en France. Nous passons par Roubaix, Croix-Wasquehal, Lille, Lomme, Lambersart, Lompret, Renescure, St Omer, Audruicq, <br /> Nortkerque. <br /> <strong>Vendredi 17</strong>, Boulogne-sur-Mer, Hesdigneul, Neufchâtel, Dannes, Camiers, Etaples, Port-le-Grand, Laviers, Feuquières, Fressenneville. <br /> <strong>Samedi 18</strong>, Aumale, Gourchelle, Abancourt, Formerie, Gaillefontaine, Serqueux, Mathonville, <br /> Montérolier, Cléres, Montville, Maromme, Rouen. <br /> <strong>Dimanche 19</strong>, Lisieux, St Pierre-sur-Dives, Couliboeuf, Montabard, Champfleur, Le Mans. <br /> <strong>Lundi 20</strong>, Thouars, Niort, Fontaines-d’Ozillac. Mardi 21, Lamagistère, Montauban, Toulouse, Carcassonne, <br /> Béziers et puis direction Pont-Saint-Esprit.<br /> <br /> Nous avions été mobilisés, nous qui n’avions pas fait notre service militaire avant la guerre. Après le 28 mai (le roi Léopold III capitula sans condition <br /> et refusa de suivre en exil le gouvernement belge), nous n’osions plus guère sortir. Mais, trois semaines plus tard, c’était eux qui capitulaient <br /> (le 17 juin, le maréchal Pétain présentait aux Allemands une demande d’armistice. L’armistice fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, <br /> dans le wagon de l’armistice de 1918) <br /> <br /> Alors, dans le Midi, qu’est-ce qu’il fallait faire, on était abandonné. L’armée nous nourrissait à moitié, il fallait tirer son plan, <br /> nous avions reçu un congé illimité de l’armée. <strong>« Tirez votre plan, faites ce que vous voulez »</strong>. <br /> A partir de Pont-Saint-Esprit, avec ceux d’Ochamps. On était bien ensemble. <br /> On a même pris des photos devant le monument aux morts de Pont-Saint-Esprit.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/harnould_1bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous décidons de remonter la France et le 6, nous allons à pied de Pont-Saint-Esprit jusqu’à Bourg-Saint-Andéol. <br /> Le 7, nous avons pris l’autocar pour Montélimar où nous avons dormi. Le lendemain, autocar pour Valence et puis Lyon. <br /> Je me souviens que lorsque le car était plein, on allait sur le toit, sur le porte-bagages. Il fallait faire attention aux branches des arbres. <br /> A Lyon, le tram nous a emmenés à Fort Sainte Foy où nous avons logé deux nuits. Comme on avait un peu de temps libre, on a visité un jardin zoologique, <br /> manière de se distraire un peu.<br /> On nous avait dit, après la capitulation de la France, que c’était préférable de remonter en habit militaire. <br /> On a repassé la ligne de démarcation facilement, avec le papier fait à Lyon le 18 août par les Allemands. <br /> On croyait remonter chez nous en sécurité, nous n’étions pas considérés comme des déserteurs. <br /> Nous sommes passés par Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Dijon, Langres, Chaumont, St Dizier, Châlons-sur-Marne, Reims, Laon et St Augustin. <br /> A Paris, nous avons été réunis au Palais des sports. C’était un camp de réfugiés où l’on était plus ou moins bien nourri. <br /> La journée, on sortait. On est allé dire bonjour à des tantes de Gilbert Picard qui habitaient Paris. On se promenait. <br /> On est resté 8 ou 15 jours à Paris. On était avec des civils et des flamands naturellement. Nous avons été séparés des flamands, eux sont rentrés. <br /> Ils ont été rapatriés plus vite que nous. Un beau jour, les civils ont aussi été rapatriés. Il ne restait plus que nous, <br /> les militaires wallons et, un beau jour, les Allemands sont arrivés avec des sentinelles à l’entrée du Palais des sports <br /> et cela a fait que nous étions prisonniers.<br /> <br /> On a été à Drancy (Paris) pendant 4 semaines. C’était un ancien camp. Ils n’étaient pas encore bien organisés. <br /> Et puis, nous avons été expédiés à Sarrebruck dans une caserne française, occupée par les Allemands et puis à Metz, dans un fort. <br /> Et un beau jour, nous avons été expédiés en Allemagne. Ce qui est bête, c’est que nous avions nos vêtements civils dans nos valises. <br /> Mais à l’armée, il n’y avait plus d’organisation. Qu’allait-on devenir, on n’en savait rien. <br /> Des militaires d’Ochamps, des plus anciens, sont revenus et n’ont pas été faits prisonniers. <br /> C’était un peu la chance, qu’est-ce qu’il fallait faire pour bien faire. François, lui, est remonté en civil et a pu rentrer à la maison. <br /> <br /> En Allemagne, on a commencé dans une fabrique de moellons. C’était un travail tout à la main, <br /> les moellons étaient faits avec du « bims », un gravier léger qui venait des rives du Rhin. <br /> Là, c’était la discipline ! Le matin on t’ouvrait la porte, tu allais travailler jusqu’au soir et il fallait rentrer pour 6 heures, <br /> à la fermeture des portes. Il n’y avait guère de liberté. Un beau jour, ils sont arrivés à la fabrique, on était 30 ou 40. <br /> Ils ont demandé des volontaires pour aller travailler dans des fermes. On s’est dit que cela ne devait pas être pire.<br /> Je suis tombé dans une bonne famille. C’était une région assez calme avec des petits villages. <br /> Moi, je faisais partie du commando de Hausen, n° 1222 A. Nous étions de 25 à 30 prisonniers. Le soir, on devait rejoindre son commando pour dormir. <br /> On logeait dans une salle de théâtre. La sentinelle qui nous surveillait, logeait dans une espèce de pigeonnier au-dessus de nous. <br /> C’est une petite pièce que l’on voit dans les salles de théâtre.<br /> Certains se sont enfuis et nous après, nous avons dû attacher nos chaussures et notre pantalon sur une barre, que la sentinelle faisait monter en tirant sur une ficelle attachée à une poulie. Le matin, elle redescendait nos affaires. <br /> C’était une personne assez jeune qui avait déjà été au front et qui était revenue un peu handicapé. Il avait été recasé là. <br /> Lorsque je revois le film « La vache et le prisonnier » avec Fernandel, je revois des choses qui se sont passées comme pour nous. <br /> Au début, on se posait la question : « Quand est-ce que nous rentrerons chez nous ? » <br /> On pensait rester quelques mois, l’année suivante, on s’est dit que ce serait l’année d’après et pour finir, cela a duré 4 ans <br /> en plus du temps passé à la fabrique. Nous autres, comme prisonniers, nous n’avions besoin de rien. On avait même un petit salaire. Il y en avait même qui renvoyaient de l’argent chez eux. On était considéré comme des travailleurs obligatoires.<br /> Il y avait un petit tracteur d’une vingtaine de chevaux.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/harnould_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’exploitation était moyenne, ils avaient eu la fantaisie d’acheter un petit tracteur malgré le fait qu’il y avait encore des chevaux. Et alors, du mazout, tu en avais au compte-gouttes. Là-bas, c’étaient toutes petites fermes, ils attelaient même les vaches et les bœufs. Le travail était principalement manuel. Surtout au début, le râteau, la fourche, il n’y avait pas de machine, cela ne valait pas la peine d’acheter des machines. Là où j’étais, il y avait quand même une moissonneuse-lieuse, c’était déjà un peu perfectionné. Il y avait des maisons où il y avait trois ou quatre vaches, alors, ils attelaient les vaches. Certains avaient des prisonniers pour les aider, ceux qui en avaient besoin. Les trois quarts des maris étaient partis à la guerre. La commune organisait cela. Ceux qui avaient besoin était aidés par des prisonniers parce qu’en Allemagne, il fallait que cela rentre aussi, que les fermes produisent. Tous les prisonniers se déplaçaient à pieds. Le travail était celui de la ferme. En hiver, lorsqu’il y avait beaucoup de neige, on allait aux bouleaux pour faire des balais, pour en avoir en été.<br /> <br /> Dans les fermes, on était bien nourri, on côtoyait des gens, c’était plus agréable. Quitte à être prisonniers, que ce soit le plus agréablement possible. Pour écrire à la famille, nous avions reçu des lettres imprimées exprès. On avait une lettre par mois. Ils faisaient aussi des cartes postales pour envoyer à la famille, mais pour nous, c’était surtout des souvenirs : Noël en Allemagne, prisonniers On parlaient un peu l’allemand des villages, il fallait bien. Il y en avait qui étaient un peu réticent au départ, mais à la longue, il a bien fallu. Ça a duré tellement longtemps. Je comprends mieux ceux que j’ai côtoyés en Allemagne. Ils ont l’habitude de parler pour que je puisse comprendre. On a rencontrés des jeunes filles allemandes, mais on ne pouvait pas leur parler. C’était interdit. Mais dans les petits villages… On était au courant de l’évolution de la guerre par les civils. Il y en avait qui ne pouvaient mal de raconter. Ils devaient être méfiants par rapport aux vrais Allemands, aux vrais Nazis. Mais pour nous, comme nous étions dans les fermes, nous n'étions pas à plaindre. Naturellement, on devait faire leur boulot, on était leur domestique. Nous n'avions qu’une chose à faire, c’était de faire ce qu’ils nous demandaient de faire. Nous n'étions pas commandés grossièrement. Il y en avait qui étaient dans des fermes à tendance hitlérienne, ils étaient considérés comme des riens du tout. <br /> <br /> On a été libéré lorsque les Américains sont arrivés. Nous autres, nous étions près du fameux pont de Remagen. On était à 10 kilomètres de là. Ils ont mis du temps pour le prendre, ça a chauffé. On était dans des abris que l’on avait faits un peu plus loin que le petit village. C’était un hameau, il y avait 6 maisons. Les Américains nous ont libérés et nous ont conduits à l’arrière. Au début, ils nous prenaient pour des Allemands, ils n’étaient pas certains que nous étions prisonniers. J’ai fait des kilomètres comme cela, les mains sur la tête. Je me suis dit, si c’est cela les Américains. Et puis, derrière le front, nous avons contacté des officiers américains et ils ont quand même compris, nous leur avons fait comprendre que nous étions des prisonniers et non pas des Allemands déguisés. Mais au départ, on a eu affaire à des « gaillards », l’armée américaine était constituée de toutes sortes de gens, surtout ceux qui se trouvent en première ligne. C’est pareil dans toutes les armées, ils envoient se faire tuer les minorités, les noirs, … Le fils de mon patron, Hermann, qui était dans la cavalerie, a été prisonnier en Normandie. Il est resté en Amérique jusqu’en 48. Dans toutes les maisons, les jeunes étaient partis. Chez la sœur de la dame où l’on va encore, son mari a eu trois frères qui ont été tués. Et chez Honningen, Maria, trois frères. Et le frère d’Hermann, il était revenu en congé de Russie vers 43, j’avais été avec lui pour porter ses valises jusqu’à l’arrêt du car. Il m’avait dit « Je ne reviendrai jamais plus ». Quinze jours après, un garde champêtre est venu avec un avis. Herman avait un autre frère qui était docteur, lui n’était pas à l’armée. Il est venu me voir ici à Ochamps et nous a dit qu’il était venu car j’étais fort gentil. Ces familles-là ne demandaient pas que l’on prenne leurs enfants. Quand on est revenu, l’armée nous a mis en congé. </p><br /> <br /> Sources Internet<br /> <a href="http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf">http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf</a> Fri, 03 Feb 2017 20:50:20 +0100