Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Le Journal d'Alfred LEFRANC https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-182+le-journal-d-alfred-lefranc.php <p style="text-align:justify"><strong>Le Journal d'Alfred LEFRANC, milicien de la classe 1934 affecté au Régiment de Troupes de Transmission, et mobilisé en 1939 au IV° Bataillon</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Vous pouvez lire ci-dessous la retranscription, <span style="text-decoration: underline;">sans aucune correction de son périple</span> </p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/lefranc_photo005mod_pour_article_de_fevrier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Exactement trois ou quatre semaine avant l'envahissement de notre pays, je suis muté, pour remplir les fonctions de sergent, au IV groupement d'appui du 11è de ligne, c-a-d, au 8ème d'artillerie à Beverst.<br /> A la fin du mois d'avril, une première agression aérienne provoquée par les Allemands avait quelque peu excité les hommes. Un tir nourri de la D.T.C.A (défense terrestre contre avions) touche un appareil ennemi qui clopin-clopant va échouer à Mechelen-sur-Meuse. Les Belges y trouveront des plans relatifs à une attaque imminente par les Allemands.<br /> Quelques jours s'étaient écoulés depuis, et les permissions suspendues furent rétablies. Un printemps précoce à fait oublier les raisons réelles de notre présence, si ce n'est l'uniforme.<br /> Ainsi, le 9 mai au soir, après une compétition sportive que nous avions gagnée, nous étions tous joyeux. Le soir, ce plaisir avait fait place à un cafard dont nous étions si souvent victimes. Afin de ne pas paraître démonté, l'idée me vint de préparer mon équipement pour l'éventuelle alerte de nuit, toujours possible, car le vendredi était devenu régulièrement le jour de ce grand exercice. Peut-être suis-je devenu morose à cause des permissions rétablies aujourd'hui, et que je ne me trouvais pas parmi les chanceux.<br /> Le sergent permissionnaire me laissa la responsabilité et les plis confidentiels relatifs aux indicatifs d'exercice d'alerte et ceux indispensables en cas d'alerte réelle ou la guerre. Toujours d'humeur maussade, je décide de m'étendre pour la nuit. Dans notre logement se trouvait installée une centrale téléphonique. Au milieu de la nuit, elle a fonctionné. Je me suis réveillé. J'ai prêté l'oreille. Je fus surpris d'entendre donner un accusé de réception par le militaire de garde: "je répète, alerte réelle". Il était 3 heures.<br /> J'ai bondi, réveillé les hommes rouspéteurs. Quelques minutes plus tard, une estafette venait confirmer le message, et de nous lancer bruyamment: "debout la-dedans, cette fois ce n'est pas pour rigoler ". Habitués aux plaisanteries de toutes les sortes, il y avait chez les hommes une certaine nonchalance. Je répéterai plusieurs fois: "c'est la guerre". Enfin, l'ordre est entendu, compris et accepté par tous. Le matériel, les armes, les munitions sont chargés très vite et nous filons à toute allure vers notre emplacement tactique sur le canal Albert.<br /> Ainsi, à l'aube du 10 mai 1940, tandis que la terre est encore dans l'obscurité, très haut dans le ciel,brillants des premiers rayons du soleil, arrivent les avions allemands comme un raz de marée, donnant l'impression d'une formidable attaque. Il est 3h3O, puis presque en même temps, , tous les avions plongent dans différentes directions. Un bombardement infernal et des attaques en piqué par les "STUKAS", suivis d'un effrayant sifflement d'épouvante, ont un effet moral considérable. Il est d'une extrême violence et très meurtrier. Notre "D.T.C.A" fut tout de suite en action. Un bombardement en piqué vise un homme ou un groupe d'hommes. Le soldat servant de cible voit plonger sur lui l'avion avec un vrombissement comparable à un international traversant une gare. Au dernier moment, il peut apercevoir un instant les lunettes de l'aviateur qui le vise, puis l'appareil se redresse brusquement tandis qu'une bombe descend sur lui en oscillant; même si elle tombe à 100 m, elle lui donne l'impression d'arriver en plein sur lui jusqu'à la dernière seconde. Les "stukas" se succèdent rapidement comme dans un carrousel jusqu'à la destruction de l'objectif. Attaqué de cette façon sans répit, le système nerveux de certains hommes finissait par se détraquer complètement....<br /> En plus, l'ennemi recourait à des procédés nouveaux, c-à-d à des parachutistes et des mannequins pouvant leur assurer des avantages immédiats par l'effet de surprise. En dépit de ces circonstances difficiles, l'armée belge soutint vaillamment le choc.<br /> Les règles de service ne furent pas toujours respectées. On entendait de temps à autre des choses comme celles-ci: "envoyez-nous d'urgence ambulance pour blessés graves, etc ..."<br /> A la fin du premier jour, notre moral fut rehaussé par l'arrivée de quelques tanks français, mais ce sera de courte durée, ils ne pourront nous aider à retarder l'avance de l'ennemi. Enfin, avec le coucher du soleil, l'aviation allemande cessa de nous pilonner. <br /> Heureux d'avoir échappé en cette première journée aux engins semant la mort, nous espérions prendre quelque répit. A cette fin, les hommes avaient été chic pour moi, ils me préparaient une couchette près du poste, le casque sur la tête, mais hélas, le bruit de l'aviation en moins, le calme de la nuit n'était que relatif. Il se caractérisait par un duel d'artillerie de plus en plus actif et de nombreux échanges de messages.<br /> Les vrombissements d'avions en nappes successives annoncèrent une terrible deuxième journée (11 mai). Vers midi, le major du 8ème d'artillerie donna ordre aux TTR de plier bagages à l'exception d'un seul poste, le mien. A ce moment-là, notre réseau, qui se composait de 15 postes au départ, fut réduit à moins de la moitié, et le major (ancien de 14/18) furibond n'obtenait pas de réponse à son message urgent. Tout à coup, un événement s'empara des hommes, les canons se turent, la retraite était décidée et chacun de nous recevait 45 cartouches en plus. Les canonniers, les hommes du génie, tous réduits à faire le fantassin, furent couchés dans le fossé qui longe la route, les mitrailleuses posées de chaque côté et tenues par des officiers, le major guettant l'arrivée des allemands, revolver au poing. Il a envoyé 2 estafettes, nous attendons le contact. Il règne un silence de mort. Chacun a cherché la meilleure place. Le temps semble long, très long, l'oeil hagard scrutant l'horizon et l'ennemi. Le cerveau déambule dans le passé, fiancée, épouse, parents apparaissent !<br /> Où restent-ils donc ces boches ...qu'on en finisse tout de suite avec eux. Enfin, au retour d'une estafette, un contre-ordre est donné à la manoeuvre prévue, le retrait doit être exécuté à tout prix avec prudence et n'engager le combat qu'en cas de force majeure.<br /> En effet, passant par les ponts de 16 tonnes construits à Maastricht, par ses pionniers, un panzerkorps allemand traverse le 11 mai au matin le canal Albert et atteint Tongres vers midi.<br /> Pour encager cette percée, le Ier Corps veut tirer la bretelle Bilzen-Tongres sur laquelle les troupes de la 4DI sont refoulées en arrivant. Conséquence, le major du 8è d'artillerie reçoit l'ordre de battre en retraite et refuser le combat, car le renfort qui nous est destiné est stoppé net par les "stukas" et c'est la débâcle de la première armée. Poursuivant ainsi le retraite, nous passons par Diepenbeek, Landen, Hannut, Jodoigne, Melin. Tout au long de ce parcours, nous sommes attaqué par l'aviation ennemie. Ce repli s'effectue dans des conditions très défavorables, les routes étant encombrées de réfugiés et de charroi civil et militaire de toute espèce. De plus, l'aviation ennemie s'en donne à coeur joie, elle est maîtresse absolue de l'air, qu'aucun avion ami ne lui dispute. Chemin faisant, nous étions tombés dans un guet-apens à Hannut où les tanks français nous dégagèrent de ce mauvais pas en combattant le panzerkorps.<br /> Le 12 mai, nous arrivons à Veltem près de Louvain.<br /> Le 13 mai, nous nous alignons avec les soldats anglais. Les combats se livraient sur un front entre l'Escaut et Louvain, soit sur 50 Km. A nouveau des ordres nous parviennent: poursuivre la retraite. Les Anglais nous couvrant, nous nous dirigeons sur Kortenberg, laissant nos alliés seuls face à l'ennemi.. Nous traversons Vilvorde pour atteindre Grimbergen. Là, nous sommes attaqués par deux avions allemands qui mitraillèrent le patelin bourré de civils et de militaires. Heureusement, nous échappons à la mort. <br /> La méthode allemande nous est maintenant connue; Pendant nos marches nocturnes, leur infanterie dort paisiblement et à l'aube, leurs éléments motorisés foncent en avant pour surprendre nos troupes pendant leur prise de position. En conséquence, il faut marcher, souvent combattre sans un moment de répit. A ce régime, la fatigue s'accumule vu l'impossibilité pour les hommes de récupérer, et plus la bataille s'engage, plus le repos deviendra rare pour certaines unités. Le moral devient mauvais dans beaucoup d'unités, surtout à l'infanterie, exténuée par les étapes.<br /> L'enthousiasme provoqué par l'arrivée des alliés est remplacé par une profonde désillusion due aux retraites successives, au départ des troupes françaises et surtout l'absence de l'aviation britannique.<br /> Le 16 mai, à l'aube le bataillon reprend sa marche vers Gand. Nous nous arrêtons à Gontrode et Merelbeke pour prendre position sur la tête de pont de Gand.<br /> Le 18 mai au soir, soit à 23h30, nous nous installons à Merelbeke avec le 2ème groupe du 8è d'artillerie. Là, nous faisons du bon travail, les attaques allemandes sont repoussées, les canons tirent à zéro degré, c-à-d à vue directe et ce, jusqu'au 22 mai au soir. <br /> Ensuite, nous reculerons jusqu'à Deinze et nous prendrons position derrière la Lys à Zeeveren, avec le PC du 11è de ligne. Nous subissons un bombardement aérien qui fera beaucoup de victimes. Juste entre Zeeveren et Vinkt, la bataille fait rage. L'ennemi est très près, si près même que nous sommes averti de l'encerclement. A mon poste, les télégrammes se succèdent. Au verso de l'un d'eux, je suis atterré de lire en clair: attaques allemandes réussies, bataillon du 15è de ligne s'est rendu, le 11 L et le 7 L sont pris de flanc. Encerclés, nous demandons remède à la situation. Un accusé de réception nous parvient du Quartier-Général, il est impossible de le remettre au PC (poste de commandement) car celui-ci a disparu.<br /> L'ennemi très proche de nous, je lance un dernier message SOS-LZ8, ensuite je rends le poste de radio inutilisable et je brûle les papiers compromettants.<br /> Un sergent TTR, dévoué et courageux nous signale avoir retrouvé une partie du PC à quelque distance derrière nous, près du clocher de Vinkt. Sous le feu de l'ennemi, je traverse la zone dangereuse avec armes et bagages et ce en deux fois, mais en prenant quatre fois le risque d'être abattu. Une dernière résistance semble organisée avec chenillettes, canons anti-charsH/7, fusils grenades. L'ordre est donné de ne conserver que le strict nécessaire. Tout à coup, débouchant devant nous d'un champ de blé, des Allemands ayant devant eux des soldats belges prisonniers, servant de bouclier. Une débandade hors ligne éclate et je me faufile avec l'équipe entre les chenillettes pour nous protéger et essayer d'atteindre l'église de Vinkt, seule issue ouverte d'après un officier présent. En effet, à peine avions nous atteint cet objectif que la contre-attaque des Chasseurs Ardennais nous épargna d'un massacre certain., car la 4DI était quasiment détruite. <br /> Je me présente à un officier du régiment des Chasseurs Ardennais, lui offrant mes services. Il me remercia et me conseilla de rejoindre le Quartier Général à Kaeneghem. En passant par Ruyslede, nous croisons un LATIL (tracteur) TTR qui nous conduira à notre Commandant.<br /> Nous recevons les félicitations du Grand-Quartier-Général.<br /> Ainsi se terminait pour nous la journée du 26 mai 1940 (ce qui me vaudra la Croix de guerre)<br /> " sont cités à l'ordre du jour du Bataillon pour leur bravoure:<br /> Sergents : Depauw et Couture. Caporaux: Lefranc, Thomas. Soldats: Chêne, Verbist, Struelens, Van Hoof, Petit, Coubeau.<br /> A remarquer le moral extraordinaire des deux sergents, du caporal Lefranc et des soldats Chêne et Verbist."<br /> Le 27 mai au petit jour, le bataillon se dirigera vers Bruges et s'arrêtera à Oostkamp. Poursuivant sa retraite, le bataillon atteindra Steene dans la nuit du 28 mai. Au passage, nous apercevons Ostende en feu. Au lever du jour, nous découvrons des milliers de réfugiés, sans nourriture, sans eau potable, errant dans toutes les directions et à la merci d'une flottille d'avions ronronnant au-dessus de cette poche grouillante et désemparée. Au bout de quelques minutes circulait le bruit de la capitulation. Les armes voltigeaient en tout sens. Il était 8 heures. Vers midi, la nouvelle se répandit parmi les hommes qu'ils pourraient rentrer dans leurs foyers, sans crainte d'être fait prisonniers. Certains crurent même qu'ils avaient plus de chances d'échapper à la captivité qu'en restant groupés.<br /> Le Commandant nous conseilla de rester avec lui, qu'il irait aux ordres et nous communiquerait sa décision. <br /> Libérés par la capitulation de la Belgique, bon nombre de militaires, bon gré mal prennent la décision de rentrer chez eux sans attendre les instructions de notre Commandant. Ceux-là iront se balader quelque part en Allemagne, tandis que les autres, confiant dans leur chef le suivront, en vrais soldats battus mais pas vaincus. Par conséquent, prisonniers en colonne par quatre, escortés par des sentinelles allemandes, nous arriverons à Kalchen, près de Gand, après une marche de 63 Km, en passant par Waardamme, Lovendegem, Lochristi.<br /> A Waardamme, nous rendons armes et matériel aux boches, et la colonne, après s'être ravitaillée une dernière fois, reprend le chemin prévu. <br /> A Lochristi, Le Général Van Trooyen, Commandant de la 4DI, est venu remercier le bataillon pour les services rendus pendant les opérations et le féliciter pour sa conduite en tous points exemplaire.<br /> La Capitaine-Commandant B.E.M Degreef et le Capitaine Aubertin prendront le chemin de la captivité après avoir assuré, tant aux Flamands qu'aux Wallons un titre d'exemption de captivité pour fonctions indispensables à la vie du Pays.<br /> Un moment intense d'émotion fut créé lorsque le Bataillon défila une dernière fois devant son Commandant.<br /> <br /> Sources Internet et iconographiques :<br /> <a href="http://amicale-4ttr.be/historique.html">http://amicale-4ttr.be/historique.html</a></p> Fri, 01 Feb 2019 12:36:27 +0100 Le Fort de Pontisse (Position Fortifiée de Liège) en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-173+le-fort-de-pontisse-position-fortifi-e-de-li-ge-en-mai-1940.php <strong>Le vendredi 10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 0 heure 40, une communication annonce l’alerte, le territoire de la Belgique est menacé.<br /> Toutes les coupoles sont occupées et elles sont prêtes à entrer en action. Il en est de même pour les coffres de la défense rapprochée.<br /> Au Fort de Pontisse, tout est mis en place pour la défense de la position et de la zone qu’il doit couvrir.<br /> A 5 heures, la coupole de 105 doit effectuer un tir sur le Fort d’Eben-Emael.<br /> Des parachutistes viennent d’être déposés par des planeurs.<br /> Cent coups de canon seront ainsi tirés en direction du toit du Fort d’Eben-Emael, cette opération sera renouvelée plusieurs fois au cours de la journée.<br /> Durant ce premier jour de guerre, le Fort de Pontisse interviendra sur un autre objectif : il va empêcher, par des tirs précis de sa coupole de 105, le passage des chaloupes allemandes qui essayent de traverser la Meuse à la hauteur de la ville d’Eysden, cité hollandaise, en face de Lixhe-Lanaye.<br /> Les canots sont détruits ou ils ont basculé dans le fleuve, les Allemands vont ainsi renoncer à leurs nombreuses tentatives de traverser la Meuse.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Modèle du Fort de Pontisse</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A 1 heure 30, le Fort de Pontisse fait un tir de concentration sur une batterie allemande repérée à 500 mètres du clocher de Saint-Rémy. Les tirs durent 5 minutes.<br /> A 2 heures, sous la conduite de leurs officiers et sous-officiers, les hommes qui doivent rejoindre l’armée de campagne quitte le Fort.<br /> Ceux qui restent savent, à présent, que leur mission est de mener des combats retardateurs donc, une mission de sacrifice.<br /> A 4 heures 30, les tirs vont reprendre, parce que les troupes allemandes tentent d’installer un pylône d’observation à Grand-Lanaye et de construire un pont, à environ 500 mètres plus au nord du lieu de passage, par où elles avaient tenté de traverser la veille.<br /> 18 barques ou nacelles ont été détruites par les tirs, le pylône et ne pont ne seront pas construits.<br /> A 6 heures, le Fort exécute des tirs en avant du pont de Berneau.<br /> A 7 heures, à la demande du Fort d’Eben-Emael, les artilleurs de Pontisse tirent sur le moulin, en bordure du Geer.<br /> A 8 heures 30, des troupes allemandes sont en marche dans le triangle Visé-Mouland-Warsage.<br /> Les coups répétés du Fort de Pontisse obligent l’ennemi à se réfugier dans une ferme proche, et les tirs sont alors dirigés vers cette ferme.<br /> A 11 heures, la liaison avec Eben-Emael est coupée, on s’interroge ?<br /> Au cours de la journée, le poste d’observation « P.L. 13 » sur la route d’Oupeye est bombardé par l’artillerie allemande, installée dans la région de Dalhem.<br /> On apprend, en même temps, que la villa Jossart à Argenteau est occupée et que les Allemands y ont installé un observateur.<br /> L’obusier de 75 du Saillant III réplique par quelques tirs précis, qui ont pour effet de calmer le zèle de cet observateur, et les tirs de l’artillerie allemande se dispersent.<br /> A 20 heures, les guetteurs signalent que des patrouilles allemandes viennent de Hermalle, et qu’elles tentent de franchir le pont à Vivegnis.<br /> La coupole du Saillant III disperse cette patrouille disperse cette patrouille par ses tirs au but.<br /> Le Fort tire alors sur le pont de Vivegnis, qui va sauter au 6ème coup.<br /> La coupole de 105 exécute des tirs sur le tunnel de Dalhem, où les troupes allemandes se sont réfugiées.<br /> L’obscurité va empêcher de pousser les réglages au maximum pour les tirs sur le pont du canal Albert à Hermalle, mais les ponts de Hermalle sauteront aussi sous l’action des troupes du Génie belge, le pont de Haccourt sera, quant à lui, détruit par les cyclistes frontières.</p><br /> <br /> <strong>Le dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit, pendant que des patrouilles de sécurité circulent dans les environs du Fort, la coupole de 105, exécute des tirs d’interdiction sur les nœuds routiers de Withuis en Hollande et de Wonck et de Bassenge, dans la vallée du Geer.<br /> A l’aurore, le Fort de Barchon demande que Pontisse tire sur ses glacis, aussitôt, les 4 coupoles de 75 balayent la zone et les environs depuis Housse jusqu’à l’entrée de Barchon.<br /> A 6 heures 30, une patrouille de la section des mitrailleurs contre avions voit un bombardier léger, de la Royal Air Force, s’abattre dans la campagne de Rhées. Elle ira récupérer les hommes de l’équipage. Malheureusement, le pilote, Mike Rooney a été tué, le capitaine Tiderman, chef de la mission et son observateur, blessé à la main, sont amenés au Fort.<br /> Dans la matinée, des patrouilles sont allées reconnaître la vallée du Geer, la zone de Milmort -Hermée - Grand’Aaz ainsi que le secteur de Lanaye, elles rapportent des renseignements intéressants sur les positions allemandes et les communiquent au bureau de tir.<br /> Ces positions deviennent des objectifs pour la coupole de 105 qui commence à les pilonner.<br /> Vers 11 heures 30, le poste d’observation « P.L. 13 » signale une colonne motorisée, qui monte la route de Haccourt à Oupeye. Aussitôt, les 4 coupoles de 75 concentrent tous leurs tirs sur cette route.<br /> Prise sous les feux de Pontisse, la colonne allemande doit faire demi tour, en laissant sur place quelques motos et une voiture.<br /> Vers 13 heures, la situation se répète avec une colonne d’infanterie allemande qui débouche sur la grand’ route d’Haccourt.<br /> Bien renseignés, les tirs du Fort et les mitrailleurs de l’abri « P.L. 13 » entrent en action et les Allemands, surpris par la précision des coups, se dispersent dans les vergers. Ils s’abritent dans les maisons proches, d’autres au cabaret « le Stop » et à la ferme d’en face.<br /> Mais le poste « P.L. 13 » est tellement précis que les coordonnées qu’il transmet au Fort, que les canons de Pontisse n’ont aucun mal à transformer le cabaret et la ferme en écumoire. Ainsi délogés de leurs abris, les soldats allemands s’éparpillent dans la campagne et les soldats du Fort les poursuivent de leurs tirs appuyés<br /> Par après, les Allemands, vexés par l’échec de leurs tentatives, vont essayer de s’emparer de l’abri-observatoire « P.L. 13 », mais leurs attaques seront repoussées.<br /> Au Fort, la coupole du Saillant I semble avoir été touchée, mais elle sera vite réparée.<br /> A 20 heures, Barchon communique que la batterie allemande, qui tir sur le Fort de Pontisse, est installée à la Chapelle de Lorette à Visé.<br /> Immédiatement, la coupole de 105 prend la position sous le feu de ses canons.<br /> Alors, l’activité de l’artillerie allemande ralentit peu à peu et elle cesse quand la nuit tombe.</p><br /> <br /> <strong>Le lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le jour est à peine levé, que la bataille reprend et elle va durer jusqu’au soir et mettre en lumière, de façon éclatante, la valeur militaire de la garnison de Pontisse.<br /> En premier lieu, c’est le poste « P.L. 13 » qui rallume le combat contre une colonne d’infanterie allemande venant de Haccourt vers Oupeye.<br /> Comme la veille, elle tombe sous le feu du Fort et elle doit rebrousser chemin.<br /> Peu après, l’artillerie ennemie va prendre le « P.L. 13 » sous ses tirs, pendant que d’autres troupes allemandes apparaissent sur la route du Canal vers Wérihet, le Fort de Pontisse va les accrocher et quand les Allemands arrivent à hauteur du pont de Hermalle, ils tombent sous le feu des 2 coupoles de 105 du Fort de Barchon.<br /> Mais ces acharnés soldats parviendront quand même à traverser le barrage de feu.<br /> L’ennemi est exaspéré, de voir que tous ses mouvements sont contrariés par un Fort qui faisait figure d’adversaire insignifiant à côté de Eben-Emael, tombé en 36 heures.<br /> Aussi, le commandement allemand a décidé de lancer un assaut en règle contre Pontisse, pour mettre ce fort hors de combat.<br /> Durant la nuit, il a fait installer des pièces d’artillerie en grand nombre.<br /> A présent, leurs canons à pied d’œuvre, vont commencer à harceler Pontisse.<br /> A 10 heures, le sous-officier, chef de poste de l’abri prise d’air, signale qu’il reçoit des coups qui lui sont portés par des obus de petit calibre qui sont tirés depuis le Fond de La Vaux. Aussitôt, les coupoles de 75 et les fusils mitrailleurs commencent à faucher les positions allemandes de La Vaux.<br /> Très vite, l’abri prise d’air apparaît comme étant la cible principale et elle reçoit des moyens supplémentaires, qui lui permettent d’arroser ses tirs, maisons, remises, hangars, jardins, vergers, lisières des bois, … où l’ennemi pourrait trouver refuge. Mais les Allemands se sont déployés en éventail depuis la route militaire jusqu’au village de Vivegnis.<br /> De là, ils se lancent à l’attaque du Fort.<br /> Les coupoles de 75 frappent à coups redoublés dans les rangs allemands.<br /> Mais cela reste la prise d’air, l’objectif, où l’ennemi porte ses coups les plus redoutables et elle se défend avec acharnement.<br /> Deux petits canons allemands, bien dissimulés dans les jardins des maisons du Fond de La Vaux sont repérés et réduit au silence.<br /> La bataille fait rage jusque 13 heures 30, après, le vacarme s’apaise, l’ennemi n’a conquis aucun avantage, il se replie et il regagne ses positions de départ.<br /> A 14 heures, on n’aperçoit plus aucun Allemand dans les alentours du Fort, seulement quelques véhicules de reconnaissance sur la route d’Oupeye – Hermée, les tirs du Fort vont les démolir à hauteur de l’Arbre du Chenay.<br /> A 16 heures 30, une batterie allemande, installée à la ferme Cromwez, au nord de Dalhem, est prise à partie par les canons des Forts de Barchon et de Pontisse.<br /> A 17 heures, des troupes allemandes qui prennent position à la hauteur de la ligne du tram vicinal Liège – Bassenge, et aux débouchés d’Oupeye sont repérées, les coupoles de 75 se chargent de les repousser, ceux qui se trouvent dans la campagne de Hermée refluent vers le champ d’épreuve de la fonderie aux canons, où ils seront encore délogés par nos obusiers.<br /> A 18 heures 30, les Allemands lancent une nouvelle offensive, les tirs de canons de petit calibre viennent frapper l’abri de la prise d’air, du poste d’observation cuirassé. Le Fort, lui-même, est bombardé par des obus de moyen calibre. Malgré cela, les obusiers ne lâchent pas leurs proies. Mais cela tire de partout et les cibles sont tellement nombreuses que nos soldats ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.<br /> Les Allemands se rapprochent dangereusement, mais on ne peut plus faire face à tous les dangers qui menacent le Fort.<br /> A la même heure, le poste « P.L. 13 » est attaqué par des troupes qui montent vers Oupeye par les champs de Wérihet et par la route de Haccourt. Il demande un appui au Fort, pour être dégagé mais, malgré ses appels pressants, il n’est pas possible de donner satisfaction, le Fort doit parer à des dangers plus immédiats.<br /> Pourtant, le chef du poste « P.L. 13 » voit un officier allemand en side-car qui s’arrête à 30 mètres de l’abri à côté du sentier dit « du Sacrement », qui va d’Oupeye vers Beaurieux. Cet officier ne se rend pas compte de la proximité avec l’abri « P.L. 13 », il déploie sa carte, le chef de poste signale la chose au bureau de tir du fort « discrètement ».<br /> Au moment où l’officier allemand allume une cigarette, un obus lui éclate entre les jambes. Une fois la fumée dissipée, il ne reste sur place que des débris, les cadavres seront retrouvés à plusieurs mètres de là.<br /> Le chef de l’abri « P.L. 13 » demande qu’on lui apporte des vivres et des munitions.<br /> A la tombée de la nuit, le Fort s’est, jusque là, défendu rageusement. Les Forts de Barchon – Evegnée – Fléron et même Flémalle ont aidé au mieux Pontisse pour barrer les accès au fort à l’ennemi. Avec l’obscurité, les combats diminuent et leur intensité est retombée, on peut alors penser à ravitailler « P.L. 13 ».<br /> A la nuit, une patrouille composée d’un gradé et de 2 hommes quittent le Fort en direction de « P.L. 13 ». Ils rentrent 3 heures plus tard, n’ayant pas pu passer les barrages ni de Oupeye, ni de Vivegnis, tous les chemins sont fortement gardés. De toute manière, c’était inutile, le chef de poste de « P.L. 13 », constatant la rupture de liaison avec la Fort avait quitté l’abri avec ses hommes, profitant de l’obscurité, ils se sont réfugiés dans les caves d’une maison voisine où ils resteront 3 jours avant de regagner leur domicile.</p><br /> <br /> <strong>Le mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">La nuit s’est passée en tir de harcèlement sur les nœuds routiers. Une surveillance a été placée sur le massif pour détecter toute activité ennemie qui s’approcherait du Fort.<br /> Au levé du jour, on voit des travailleurs ennemis occupés à des travaux de terrassement sur la crête voisine, ils vont être dispersés par le feu des 75 de Pontisse, mais ils reprennent leurs travaux, dès que les tirs en leur direction cessent.<br /> Nos coupoles de 75 ne peuvent pourtant pas rester concentrées sur ces travailleurs ennemis parce qu’il faut disperser des troupes allemandes à l’orée d’Oupeye.<br /> Le Fort de Barchon est attaqué par l’aviation allemande, et la coupole de 105 tire en fusant à l’aplomb du Fort de Barchon, pour obliger les Stukas qui bombardent en piqué, de lâcher leurs bombes de plus haut.<br /> <br /> A 13 heures 25, c’est à présent Pontisse qui est attaqué par les bombardiers en piqué, qui déversent leurs bombes sur le massif et sur les organes de défense voisins.<br /> C’est alors qu’un homme arrive au bureau de tir pour signaler que la coupole du Saillant II est atteinte et qu’il y a des blessés.<br /> Les dégâts sont importants.<br /> A 15 heures, c’est au tour de la coupole du Saillant I de recevoir un coup dans sa proximité et ici aussi, la coupole a des dégâts qui vont handicaper son fonctionnement. Conjointement aux attaques aériennes, le Fort subit aussi le feu des canons de campagne allemands, mais le Fort se défend avec acharnement, la prise d’air et les obusiers 75 intacts parviennent à maintenir l’ennemi à distance.<br /> A 18 heures, des voitures blindées allemandes sont immobilisées près de l’arbre du Chenay, à Oupeye, sous les tirs du Fort de Pontisse. Ensuite, Barchon demande le concours de Pontisse pour exécuter un tir sur une villa de la route de Chefneux.<br /> A 18 heures 30, deux observateurs sont blessés, le premier a la main fracassée par un petit obus pénétrant, le second est atteint à la face par des éclats après explosion d’un autre obus.<br /> A 19 heures 30, comme c’était aussi la cas le jour précédent, tous les environs du Fort sont couverts par une épaisse fumée qui aveugle tous les postes de guet, c’est le prélude d’une grande attaque, aussitôt, bien que la visibilité soit nulle, les fusils-mitrailleurs, les obusiers de 75 et même la coupole de 105 déploient toute leur puissance de feu sur les glacis et ils transforment, en zone de mort, tous les endroits où des assaillants pourraient s’aventurer.<br /> A 20 heures 30, l’assaut à sans doute échoué, parce que le Fort encaisse des coups d’un bombardement à gros calibre de l’artillerie lourde allemande.<br /> Les coups sont portés, à intervalle régulier, jusqu’à la tombée de la nuit et ils font trembler tout le Fort.</p><br /> <br /> <strong>Le mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Les hommes sont épuisés par les alertes continuelles, ils essayent de prendre quelques heures de repos mais ce n’est pas facile, à cause des bombardements successifs, la tension nerveuse est au maximum.<br /> A 6 heures, le bombardement de gros calibre reprend contre le Fort et des mouvements de troupes ennemies inquiètent les défenseurs, qui répliquent par des tirs de leurs coupoles. Le Fort de Barchon exécute les tirs qui lui ont été demandés sur les arrières de la ferme Thiry et en revanche, Barchon demande que le Fort de Pontisse lance des salves d’interdiction sur les débouchés venant du village de Housse.<br /> A 7 heures, tout rentre dans un calme relatif. Des patrouilles sortent du Fort, pour constater les dégâts, tout le long des glacis, les barbelés sont cisaillés, les piquets sont balayés, il n’y a plus aucun obstacle en place, mais sur les pentes du glacis, il y a une quantité invraisemblable de fusils, mitraillettes, grenades, boites de munitions et de fusées, pistolets lance-fusées, besaces, havresacs, lunettes de pointage, tout un matériel abandonné par les soldats allemands. Dans une excavation, on découvre le cadavre d’un soldat allemand, la tête à moitié arrachée.<br /> Des corvées sont désignées pour dégager les abords et nettoyer les glacis, il faut précipiter tout ce matériel, laissé sur place dans les fossés du Fort. Pendant qu’une équipe est chargée de combler les excavations du fossé de gorge, une autre équipe doit garnir de mines l’éventration de la contrescarpe.<br /> L’aumônier, aidé par quelques brancardiers porteurs du fanion de la Croix-Rouge, se préparent à enterrer le cadavre allemand.<br /> Ils sont appelés par un soldat allemand qui agite un drapeau blanc, marqué de la Croix-Rouge. L’homme dévale la pente, débouche par le petit sentier, il est aussi porteur d’un brassard de la Croix-Rouge et il vient expliquer aux soldats belges que le soldat tué est un « Kamarade », et il demande à reprendre ses effets personnels, on les lui remet, à l’exception de ses papiers, qui seront remis au bureau de tir pour être examiné et le brancardier allemand repart pat où il est venu en emportant les effets de son « Kamarade ».<br /> Grâce au dévouement des deux cuisiniers du Fort, grâce à la complaisance des membres de l’administration communale herstalienne et au courage de Monsieur Louveau de Herstal, le Fort a reçu, malgré les bombardements, du pain frais jusqu’à ce jour.<br /> Aujourd’hui, les soldats du Fort peuvent prendre une douche, manger une bonne soupe chaude et du café chaud. Les spécialiste du matériel travaillent à la remise en état de la coupole de 75 du Saillant I. Le Fort d’Evegnée a repéré une batterie allemande installée dans le parc de Bernalmont et il demande au poste d’observation cuirassé de Pontisse de diriger et de renseigner ses tirs sur la position allemande.<br /> Dans l’après-midi, le Fort de Pontisse exécutera quelques tirs sur une batterie allemande installée au nord de Dalhem, et le harcèlement continue sur les principaux nœuds routiers</p>.<br /> <br /> <strong>Le jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Au petit jour, un groupe de servants de la coupole de 105 est désigné pour s’installer dans la ferme Thiry, sa mission est d’observer les mouvements des Allemands autour de la ferme et du Fort, mais surtout de surveiller le versant du Fond de La Vaux, qui est caché aux observateurs du poste cuirassé du Fort.<br /> Des téléphonistes établissent une ligne volante pour communiquer avec le Fort et les hommes emportent 5 mitrailleuses pour la défense de leur poste. Seulement, ils reçoivent l’ordre de n’intervenir qu’en toute dernière extrémité pour ne pas dévoiler leur position.<br /> A 9 heures, l’abri d’observation situé « aux Communes », à Cheratte hauteur, signale une colonne de 200 hommes qui se dirigent de Haccourt vers Vivegnis. Le Fort de Pontisse accroche cette colonne par des tirs de la coupole de 105.<br /> Des groupes de travailleurs allemands se détachent en direction d’Oupeye et à la lisière du bois de Pontisse, les renseignements fournis par les postes d’observation de la prise d’air, de la ferme et de l’observatoire cuirassé du Fort concordent et les coupoles leur livrent une véritable chasse.<br /> A 14 heures 30, des fantassins allemands s’avancent sur la route de Hermée, le poste de la ferme Thiry demande de pouvoir intervenir, mais on leur répond de ne pas bouger, c’est la coupole du Saillant I qui se charge de cette besogne.<br /> A 19 heures 30, une troupe d’infanterie allemande débouche au pont de Haccourt et vient vers le sud en suivant le canal, le Fort règle ses tirs qui se poursuivent jusque la nuit tombante sur ce passage.<br /> Le soir, après avoir pris connaissance du message adressé au Fort de Liège par le Roi des Belges, le moral du Fort est bon.<br /> Certains de nos soldats vont même pousser la chansonnette, il serait même question d’aller "pendre son linge sur la ligne Siegfried".</p><br /> <br /> <strong>Le vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le bombardement qui avait cessé la veille reprend à une cadence assez lente, Barchon est attaqué par les avions qui lâchent leurs bombes en piqué.<br /> Le chef de poste, installé dans la ferme Thiry, donne des indications précises à la coupole de 105 pour procéder au déclenchement des tirs fusant au bon moment.<br /> De son côté, le Fort d’Evegnée procède par des tirs identiques.<br /> Touché par les éclatements de ce tir croisé, un Stuka est abattu, il s’écrase à proximité du Fort de Barchon.<br /> Après le S.O.S. lancé par Barchon, toutes les coupoles de Pontisse exécutent des tirs de dégagement dans les fossés et à, la limite nord du Fort de Barchon, ainsi que sur la route de Housse.<br /> Vers midi, la liaison téléphonique avec Barchon est coupée, pour communiquer, il reste le lancement des fusées et la télégraphie sans fil.<br /> Après-midi, un avion de reconnaissance allemand survole le Fort à basse altitude et peu après, le bombardement reprend avec violence, les obus de gros calibre martèlent le toit du Fort, les coups assourdissent et on sent même le souffle des déflagrations.<br /> Les petits canons de campagne allemands sortent du bois des Trixhes, et ils se camouflent sur la crête de La Vaux pour tirer sur les défenses du Fort.<br /> Des obus plus petits arrivent à grande vitesse sur leurs objectifs.<br /> L’observateur de la ferme Thiry et celui de la prise d’air guident, au mieux, les coupoles du Fort qui répliquent et pour la Saillant IV, qui n’a pas de vue directe, c’est le poste d’observation cuirassé qui dirige ses tirs.<br /> La coupole du Saillant III est détruite et 2 hommes sont gravement atteints, le chef de poste fait savoir qu’un obus a traversé la coupole et il l’a réduite en ferraille.<br /> Quand le médecin arrive sur place, le premier homme est mort, quant au second, il est transporté à l’infirmerie mais il décède sur la table d’opération.<br /> Ce sont le soldat milicien Heusy et le soldat rappelé Bajard<br /> Bajard était un soldat d’un autre régiment, qui avait rejoint le Fort de Pontisse ne sachant pas où retrouver son unité. Quant aux blessés, les soldats Britte et Hellin, ils sont soignés à l’infirmerie.<br /> Le Fort de Barchon a signalé qu’une batterie allemande, qui tirait sur Pontisse, était probablement située à Wandre, mais tous les efforts pour la situer sont restés vains.<br /> A 19 heures 30, c’est le poste d’observation cuirassé qui est touché. Un obus de 88 allemand a traversé le blindage, et les observateurs ont dû battre en retraite.<br /> Au milieux de la nuit, les hommes du poste installé à la ferme Thiry ont pris les dispositions pour installer des obstacles sur lesquels les Allemands doivent buter en cas d’intrusion nocturne. Soudainement, l’homme qui assurait la garde entend des bruits de bottes au rez-de-chaussée.<br /> Ce sont effectivement des soldats allemands qui visitent la ferme, mais ils s’en iront sans avoir trouvé nos soldats belges installés aux différents étages.</p><br /> <br /> <strong>Le samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">A peine le jour est-il levé, que le bombardement qui s’était interrompu durant la nuit, reprend avec force et vigueur.<br /> Les obus de 88 des fameux canons allemands pleuvent sur le Fort de Pontisse. Qui plus est, les Allemands s’aperçoivent de la présence de soldats belges, qui observent depuis la ferme Thiry.<br /> Aussitôt ce poste est pris pour cible, plusieurs tirs en rafale ponctués par les obus de 88 balaient la toiture de la ferme. Mitrailleuses et appareils téléphoniques sont basculés, plus de communication avec le Fort. L’infanterie allemande surgit aux débouchés d’Oupeye, elle est accueillie par les salves des obusiers de 75 qui fonctionnent encore et par tir fusant de la coupole de 105.<br /> Le Saillant IV intervient contre les troupes allemandes rassemblées en bordure du Bois de Pontisse. Le Saillant I reçoit un coup qui bloque son fonctionnement, on essaye de suite de réparer.<br /> A 10 heures 30, il ne reste plus qu’seul obus à la coupole de 105, un officier et un sous-officier artificier sont désignés pour la faire sauter dès qu’elle aura tiré son dernier coup.<br /> Le Fort est fortement ébranlé par les bombes des avions allemands qui viennent encore s’ajouter au pilonnage terrestre. Soudain, une terrible déflagration, c’est la coupole de 105 qui vient de sauter.<br /> La prise d’air est également engagée contre l’infanterie allemande qui parvient à s’installer au-dessus de l’abri. Au bout d’une demi-heure, l’officier de tir voit une forme humaine qui se laisse glisser le long d’une corde pour attaquer l’embrasure de la prise d’air, aussitôt, l’officier abat cet intrus d’un coup de pistolet.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pontisse1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Prise d’air du Fort de Pontisse en 1940. (Collection F. Tirtiat)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Saillant IV tente plusieurs tirs à courte distance pour dégager la prise d’air, mais il n’a pas de vue sur cet objectif et les tirs sont dispersés. Il y a déjà une heure que les avions viennent bombarder le Fort, quand un coup plus violent que les autres ébranle les murs. Une bombe est tombée à l’aplomb de l’escalier qui conduit à l’étage du bas, une deuxième bombe qui viendrait frapper sur la gorge du massif couperait tout accès vers la sortie.<br /> La coupole du Saillant IV balaie les environs avec ses boîtes à balles. La prise d’air voit surgir les assaillants à l’embrasure avec des lance-flammes, aussitôt, c’est le "branlebas", les soldats belges évacuent et à peine la porte blindée refermée, les lance-flammes attaquent. Sous l’action de la chaleur, les munitions spéciales, balles traçantes et incendiaires ainsi que quelques grenades restées dans le local, explosent littéralement. Après la déflagration, des épaisses fumées envahissent la prise d’air.<br /> Par précaution, la ventilation est coupée mais l’officier entend les appels venant du Saillant IV, les servants sont menacés d’asphyxie, il demande que l’on rétablisse le système de ventilation. Les fumées se répandent dans tout le Fort et les soldats de Pontisse sont pris aux yeux et à la gorge. C’est à tel point que, même 5 jours plus tard, nourriture et boissons resteront imprégnées de cette odeur.<br /> Un S.O.S. est lancé au Fort de Barchon, mais il semble que l’appel ne soit pas reçu. Barchon ne répond plus, les tirs venant de ce Fort ont cessé depuis midi.<br /> Tous les efforts pour réparer la coupole du Saillant I sont restés vains, d’autant plus que les bombes lâchées par les avions ont encore aggravé le blocage. Alors, ordre est donné aux artificiers de la faire sauter.<br /> La liaison avec la poterne d’entrée est coupée, la situation s’aggrave. Seule la coupole du Sillant IV mène encore la vie dure aux assaillants et aux pièces de l’artillerie allemande située en bordure du Bois de Pontisse, mais ses munitions s’épuisent, il ne lui reste plus que 30 obus et boîtes à balles.<br /> Pour les coffres de défense, la situation devient insoutenable, on ne distingue rien à cause des fumées, et quand les fusils mitrailleurs veulent intervenir, des pièces lourdes installées sur le glacis tirent à bout portant sur les embrasures où les Allemands attaquent aux lance-flammes.<br /> Depuis la galerie, les soldats du Fort entendent des bruits de travaux : les Allemands sont en train de placer des mines.<br /> Des assaillants installés, à cheval, sur la caponnière tentent de répéter le coup de la prise d’air. Des mitrailleuses sont installées pour prendre la galerie en enfilade. Le Fort de Pontisse est acculé, il a épuisé tous ses moyens de défense.<br /> Le Saillant IV, seul en état de tirer, épuise ses dernières munitions.<br /> A 13 heures 45, le drapeau blanc est présenté à l’entrée du Fort. Le Fort de Pontisse s’est rendu à l’extrême limite de ses forces.<br /> Après la chute du Fort de Pontisse, les Allemands n’en croyaient pas leurs yeux, étonnés qu’ils étaient du peu de perte subie par la garnison, en plus, ils croyaient que le Fort était doté d’un système de télécommande, au vu de la rapidité et de la multiplicité de ses tirs.<br /> Un lieutenant allemand s’écriera même « DAS IST BRAVE SOLDATEN »<br /> Ils accordèrent aux soldats de Pontisse le droit de pouvoir enterrer leurs deux morts au combat et ils rendront les honneurs militaires à ces deux combattants.<br /> Ensuite, ils feront évacuer les soldats belges blessés et malades, et ils vont également évacuer le major allemand qui commandait les troupes d’assaut. Cet officier supérieur a eu la jambe broyée par un obus et c’est un médecin belge qui lui avait donné les premiers soins.<br /> Les Allemands permettront au major Simon, commandant du IIème groupe et au capitaine Pire, commandant du Fort de Pontisse de conserver leurs sabres.<br /> </p><br /> <strong>Sources iconographiques et bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php">http://www.maisondusouvenir.be/fort_de%20_pontisse_1940.php</a> Fri, 01 Jun 2018 12:30:15 +0200 Le Fort de Tancrémont:Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté’’ https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-167+le-fort-de-tancr-mont-mieux-vaut-mourir-de-franche-volont-que-du-pays-perdre-la-libert.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-167+le-fort-de-tancr-mont-mieux-vaut-mourir-de-franche-volont-que-du-pays-perdre-la-libert.php <strong>Le Fort de Tancrémont</strong><br /> <strong>Dernière unité combattante Belge à avoir déposé les armes.... 36 heures après la capitulation officielle de l'armée Belge en 1940.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/crbst_surface40.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le fort est établi tout près de la chapelle du "Vieux bon Dieu de Tancrémont", au lieu dit "mamelon 300" de l'éperon schisto-gréseux qui sépare les vallées de la Vesdre et de la Hoëgne.<br /> Il domine d'un côté la ville de Pepinster et de l'autre l'agglomération de Theux-Juslenville. Sur les cartes militaires, il porte souvent le nom de fort de Pepinster. Pour ceux qui connaissent moins bien la région, nous préciserons qu'il est situé en bordure de la route qui relie Banneux à Pepinster.</p><br /> <br /> <strong>La mission du fort:</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Jusqu'au début de la mobilisation, il était plutôt question d'une défense aussi proche que possible de la frontière. Les intervalles des forts d'avant-garde seraient occupés.<br /> À mesure que les mois passaient et que la ligne KW (Anvers-Wavre-Namur) se préparait et se fortifiait, la mission du fort changeait. En mai 1940, il devait soutenir, en appui direct, Ies troupes chargées de mener le combat retardateur et permettre leur décrochage.<br /> Il était un fort d'arrêt et avait des yeux et des oreilles, à savoir : <br /> 7 postes d'observation intérieurs</p><br /> <br /> <strong>À l'extérieur :</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Du sud au nord, Abri BV7 à Jévoumont, Abri de Mont (avec canon de 47 mm), Abri de Vesdre (avec canon de 47 mm), Abri VM3 à Cornesse, Abri VM29 près de Wegnez, <br /> Positions de repli, Mousset, Haute Fraipont, Les Villers, <br /> La formation de tous les observateurs s'est faite en temps de paix et pendant la mobilisation. Chaque poste d'observation a été doté d'un jeu de cartes sur lesquelles les parties vues et cachées étaient reportées avec clarté et précision. Pour mieux connaître et repérer le terrain, tous les secteurs avaient été parcourus en vélo avec les observateurs, de façon à faire l'épreuve réciproque et à leur montrer comment, du terrain, on voyait leur abri.<br /> Les principaux objectifs probables (carrefours importants, ponts, haies, maisons) avaient été déterminés avec soin. Il fallait absolument avoir dans ces abris des hommes de confiance, courageux, bien au courant de leur mission. Il fallait donc éviter toute mutation pendant la mobilisation.<br /> Dans le journal de campagne du MDL Reul, chef de poste à BV7, il était écrit : "Dès le 17 mai, je détruis les documents de l'abri. Ceux-ci d'ailleurs ne nous ont pas servi à grand chose. Les officiers de tir possédaient une telle connaissance du terrain qu'il suffisait de leur indiquer telle haie, telle maison, tel carrefour, sans coordonnées, pour que l'ouragan d'acier s'abatte immédiatement sur l'objectif repéré et avec quelle précision, un vrai régal pour nous, aux premières loges".</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tancremont_position_de_liege.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tancrémont au sein de la position fortifiée de Liège</p><br /> <br /> <strong>10 mai 1940</strong><br /> <p style="text-align:justify">Nuit du 9 au 10 mai à 00.00 Hr exactement. Message spécial du R.F.L. Alerte avec mot de passe autorisant à ouvrir l'enveloppe entreposée dans le coffre-fort du bureau de tir. Les officiers de garde descendent au bureau de tir. Ouverture de l'enveloppe "top secret". On y lit : "Yser-Albert". C'est la guerre.<br /> Il faut brûler les casernements du temps de paix. une demi-heure après, on reçoit confirmation par le P.C. du Major commandant le groupe : les Allemands, sont prêts à franchir la frontière à Gemmenich, ils ont dégagé tous les obstacles sur les routes d'accès.<br /> Tous les hommes descendent chacun leur literie (paillasse et couverture). Déménagement de tout ce qui est nécessaire à la vie du fort dans les cuisines, les cantines. Déménagement de tous les dossiers du Commandant et des officiers entreposés dans les bâtiments du temps de paix.<br /> Matin du 10 mai<br /> Dès 5 heures du matin, de nombreuses escadrilles d'avions allemands survolent le fort à haute altitude.<br /> À 7 heures du matin, les casernements du temps de paix sont incendié.<br /> La maison du garde du château des Mazures saute.<br /> -Puits pour exécuter la citerne à gasoil percé le 9 mai dans l'après-midi.<br /> -Passerelle en bois au-dessus des tétraèdres, des barbelés, du fossé.<br /> -Remblayage du puits de la 2e cheminée.<br /> -Fermeture de la brèche dans la galerie.<br /> -Remblayage du 2e puit pour la citerne.<br /> -Destruction de la passerelle en bois.<br /> -Égalisation des terres sur le massif central.<br /> -Dégagement complet du champ de tir des différents organes.<br /> -À 13h00, les portes de la poterne sont fermées aux cadenas.<br /> -Tirs de réglage.<br /> Après-midi<br /> -14 Heures : Toutes les troupes occupant les intervalles des forts se sont retirées<br /> -Les Lanciers situés au sud ont exécuté les destructions : pont de Marteau (chemin de fer), pont de Polleur (sur la Hoëgne), pont de Limbourg. Nos D.L.O. les accompagnent .<br /> -17 Heures: Le Lieutenant Poswick du 1er Lanciers remonte à cheval le chemin Julenville-Tancrermont. Il s'arrête au fort. Événements d'Elsenborn.<br /> -Ensuite calme complet. Fausses nouvelles.</p><br /> <br /> <strong>Samedi 11 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Les colonnes de réfugiés passent encore sur les routes voisines du fort.<br /> -Tir de réglage.<br /> -Fin de matinée, 4 Allemands sur une locomotive de manœuvre.<br /> -14 Heures: On apprend la reddition du Fort d'Eben-Emael.<br /> -15 Heures: Tour d'horizon à la coupole IV. Colonne ennemie monte vers Creppe et sur la route Desnié-Haut-Regard-Route La Reid. Déclenchement immédiat de tirs sur tous ces objectifs.</p><br /> <br /> <strong>Dimanche 12 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-10 Heures: Premier gros bombardement par batterie ennemie.<br /> -12 Heures: 3 blessés très graves au Mousset.<br /> -18 Heures: Attaque surprise du fort par pionniers allemands venus de Banneux et du bois des Mazures. Charges creuses sur prise d'air P. Pendant 1h30 très chaude alerte: baptême du feu.<br /> -Nuit. Extrême vigilance. Fusées éclairantes</p><br /> <br /> <strong>Lundi 13 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Nuit: tirs intermittents à "boites à balles" dans le bois.<br /> -Journée calme.</p><br /> <br /> <strong>Mardi 14 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Nuit, canon allemand au-dessus de la rampe de la prise d'air P, pour détruire l'embrasure du FM. C'est lui qui est détruit.<br /> -On ramène dans le fort des morceaux d'obus de gros calibre.<br /> -Fût de chlorure de chaux crevé à BV7.<br /> -Les Allemands ont repéré des boîtes de raccordement au réseau téléphonique enterre.<br /> -Pièces d'artillerie motorisée sur la route Polleur-Franchimont.<br /> -Les Allemands occupent le hameau de Jévoumont.<br /> -Mr. Delfosse et le jardinier du château viennent réconforter les hommes de BV7.<br /> -Les Allemands ont une crainte du fort. Ils n'ont pas repéré BV7</p><br /> <br /> <strong>Mercredi 15 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Un civil rode autour de BV7 ("Joseph, la guerre est finie ! Vive la BeIgique !").<br /> -La fausse ligne téléphonique sauve BV7.<br /> -Prise de l'abri de Vesdre.</p><br /> <br /> <strong>Jeudi 16 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Reprise des tirs sur l'itinéraire des crêtes : Vert Buisson, Johoster, Haut-Regard.<br /> -Nouvelle patrouille allemande pour découvrir BV7.<br /> Message du Roi aux Forts de Liège : "Officiers, sous-officiers, soldats. Résistez jusqu'au bout pour la Patrie. Je suis fier de vous !".</p><br /> <br /> <strong>Vendredi 17 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Attaque de la maison Crahay par une centaine de soldats.<br /> -Connexion de VM29 coupée. Abri abandonné.</p><br /> <br /> <strong>Samedi 18 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Tirs vers La Reid-Haut-Regard<br /> -Parlementaires allemands avec les Commandants d'Embourg et de Chaudfontaine. Pas de discussion<br /> -Abri de Mont attaqué. Dégagé par tir.<br /> -Beaucoup de bobards circulent dans le fort.</p><br /> <br /> <strong>Dimanche 19 mai</strong><br /> <p style="text-align:justify">-Après-midi, BV7 signale rassemblement allemand sur BV6<br /> -Ils foncent sur BV7. Charges creuses. Lances-grenades. Hanquinet tombe sans connaissance.<br /> -Tir du fort. Mise en fuite des Allemands (tranchée, porte cadenassée).<br /> -Deux hommes restent et essaient de mettre une 2ème charge creuse dans le tube lance-grenades.<br /> -Mise on marche du ventilateur, bruit insolite violent. Mise en fuite des Allemands. L'alerte a été chaude.</p><br /> <br /> <strong>Lundi 20 mai</strong><br /> -Bombardement du fort sans arrêt entre 01 et 04 heures du matin (obus de 210 nm)<br /> -BV7 tient toujours. Canons de 37 et Mi mis en batterie la nuit. Tirs nourris sur la cloche de visée et sur le béton.<br /> -Entre 2 tirs, nos hommes repèrent les emplacements ennemis.<br /> -Tir du fort : mise en fuite de tous les Allemands (les balles perdues pleuvent sur les toits de Spixhe).<br /> -Les Allemands annoncent au hameau : "Die kleine Festung ist ganz kaput".<br /> -Vers 09 Heures, liaison coupée avec le fort puis rétablie.<br /> -À 12 heures, nouvelle coupure, définitive cette fois.<br /> -À 18 heures, sortie des hommes de l'abri en rampant, aucun guetteur ennemi. Ils se faufilent dans l'herbe haute jusqu'au bois, dévalent sur Spixhe, revêtent des vêtements civils. Ces braves et courageux sont. sauvés.<br /> -Les Allemands sont à Abbeville.<br /> <br /> <strong>Mardi 21 mai</strong><br /> -Le fort encaisse obus sur obus.<br /> -À 16 heures, les observateurs de Haute Fraipont se dispersent.<br /> -Le fort d'Aubin-Neufchâteau est attaqué violemment, il ne lui reste plus qu'un canon. Il tombe dans la journée.<br /> <br /> <strong>Mercredi 22 mai</strong><br /> -Tôt dans la matinée, reddition du Fort de Battice. Il nous dit : "Au revoir et bonne chance".<br /> -11.45 heures, nouvelle visite des parlementaires (3 officiers allemands, 1 officier belge avec drapeau blanc) : "Que voulez-vous ?" - "Vous engager à vous rendre..." "Le fort est entier. Retirez-vous. Nous continuons la lutte"...<br /> -15 heures : nouvelle visite de parlementaires (3 officiers allemands, le Capitaine Guéry, Comd le Fort de Battice,1 adjudant du même fort. <br /> Le Commandant Devos, dans la cloche du bâtiment I, crie : "Commandant Guéry, retirez-vous, le fort ne se rend pas".<br /> -Nos services de renseignements fonctionnent admirablement, VM3 tient toujours.<br /> -L'abri de Mont est abandonné.<br /> -Le fort est bombardé par les Stukas. Grâce au terrain schisto-gréseux, entonnoirs de 2 m de profondeur seulement. Tancrémont reste seul dans la P.F.L.<br /> <br /> <strong>Jeudi 23 mai</strong><br /> -Tirs de harcèlement sur les itinéraires principaux.<br /> -Tirs sur les objectifs signalés à VM3 par les services de renseignement, sur batteries ennemies , sur rassemblements de troupes, hors de nos vues.<br /> -Les bombardements sur le fort continuent.<br /> -On nous fait savoir que les Allemands préparent une attaque de grande envergure sur le fort.<br /> -Jeudi, les Allemands lancent un assaut violent sur BV7. II est vide depuis 3 jours.<br /> <br /> <strong>Vendredi 24 mai</strong><br /> -Les incursions allemandes dans les environs de Cornesse sont de plus en plus nombreuses.<br /> -Sur ordre du Commandant, VM3 ne peut plus continuer sa mission. Les hommes se dispersent.<br /> -Les TTR, qui travaillent depuis 3 jours à leur poste émetteur-récepteur, entrent par hasard en contact avec le Fort de Maizeret (Namur). Celui-ci tombe dans la soirée.<br /> <br /> <strong>Samedi 25 mai</strong><br /> -Tancrémont est complètement isolé. Plus aucun poste extérieur.<br /> -Armée de campagne probablement sur la Lys.<br /> -Vigilance partout.<br /> -C'est toujours l'axe Haut-Regard qui est pris sous le feu de nos canons; chars, camions, motos, tout est canardé.<br /> <br /> <strong>Dimanche 20 mai</strong><br /> -Toujours des bombardements par l'artillerie ennemie, par Stukas.<br /> -On essaie de mettre le feu au bois des Mazures, lancement de flèches avec pistolets "lance fusées".<br /> -On tire sur Louveigné, Wegnez et Haut-Regard.<br /> <br /> <strong>Lundi 27 mai</strong><br /> -Même scénario que le 26.<br /> -Il faut garder le moral. C'est la mort ou la captivité.<br /> -Une charge creuse explose dans le bois (par accident probablement)<br /> -Les TTR ont réussi à augmenter la portée de leur poste, 1er message entendu: "Laissez passer parlementaires sur la route vers Dixmude".<br /> <br /> <strong>Mardi 28 mai</strong><br /> -On tire à boîte à balles toute la nuit, dans le bois (pour déjouer une attaque surprise).<br /> -Quelques heures après, nous apprenons la capitulation de l'Armée.<br /> -Consternation.<br /> -12 heures, le Commandant du fort envoie au G.Q.G. de l'armée belge un message demandant Ia conduite à tenir. Réponse : "Reçu votre message 12 Hr. Puis silence.<br /> -Le chef d'E.M., le G.M. Michiels, que nous retrouvons à l'OFLAG de Wolfsberg en Carinthie, affirne n'avoir jamais eu connaissance de ce message.<br /> -"Le Conseil de défense" du fort se réunit le soir (organe consultatif du Commandant).<br /> -Difficulté de maintenir le moral des hommes. Des civils reviennent. Des Allemands les accompagnent. Drapeaux blancs. La guerre est finie. "Ne détruisez plus nos villes", etc... On tire en l'air pour les disperser.<br /> -19 heures Entrevue avec les Allemands pour solliciter ordre du G.Q.G. Parlementaires belges sortent : 1 SLt, 1 MDL, 1 soldat. Retour. Entrevue fixée au lendemain 29 à 09 heures du matin.<br /> <br /> <strong>Mercredi 29 mai</strong><br /> -Nuit calme mais mouvementée dans le fort<br /> -Continuer la lutte ?<br /> -09 heures, entrevue du Commandant et du Général Spang (maison de Tancrémont) "Vous n'avez rien à demander, vous avez tout au plus à prier. Si vous continuez la lutte vous et vos hommes, vous vous mettez hors-la-loi et votre fort sera complètement détruit. Tout est d'ailleurs prêt pour cela, l'attaque sera foudroyante".<br /> Réponse du Commandant :<br /> "Je ne suis pas obligé de vous croire. Vos menaces ne me font pas peur. Le fort est intact. La garnison saura se défendre"<br /> L'officier allemand est stupéfait. Il se calme peu à peu. Il répète seulement qu'il n'est plus possible d'obtenir un ordre du G.Q.G. "Il n'y a plus qu'une seule autorité en Belgique", dit-il, "celle de l'Allemagne. Le Roi est prisonnier et son dernier acte au pouvoir a été la capitulation de toute l'armée belge".<br /> Soudain, se dégantant, le Lt.-G. Spang, se met en position devant le Commandant Devos et lui déclare solennellement :<br /> "Je jure sur mon honneur d'officier général allemand que le Roi des BeIges a capitulé sans conditions et donné l'ordre à toute l'armée de cesser les hostilités".<br /> Sur cette affirmation, le Commandant Devos décide de consulter à nouveau son Conseil:de Défense. Il fixe au Général allemand rendez-vous à 11 Hr au même endroit. Après délibération, le Conseil en question entérine, la mort dans l'âme, que Tancrémont doit se conformer à l'ordre royal de reddition.<br /> Aussitôt, ordre est donné de mettre hors service 3 groupes électrogènes sur 4, les armements, les cartes, les tables de tir, les documents secrets.<br /> Le Fort de Tancrémont se rend le 29 mai à 11 Hr, soit un jour et demi après la signature de la capitulation de l'armée belge.<br /> Le Général Spang, aussi ému que le Capitaine Devos abandonne toute raideur et, tenant dans sa main celle de l'officier belge, tente de le réconforter. Il le félicite pour la belle défense du fort, lui dit qu'il avait bien mérité de son pays, puisqu'il s'était rendu sur ordre, que la fortune dans les armes ne peut sourire à tout le monde, etc...<br /> Lachant la main de son interlocuteur, l'officier supérieur se tourne vers le Colonel, allemand qui faisait partie de la délégation et lui donne une série d'ordres :<br /> 1. Tous les officiers faisant partie des troupes de siège (infanterie, artillerie) seront rassemblés et rangés à l'entrée du fort. Ils rendront les honneurs aux officiers à la sortie de l'ouvrage.<br /> 2. Les officiers du Fort de Tancrémont pourront conserver leurs armes blanches.<br /> 3. Le drapeau allemand ne sera hissé sur Ie fort qu'après la sortie du dernier homme.<br /> Le Fort de Tancrémont avait tenu 400 heures et mis de nombreux soldats allemands hors de combat (on dit 2.000).<br /> Et ce fut le départ en captivité...<br /> <p style="text-align:center">Les défenseurs du Fort avaient été fidèles à la devise des 600 Franchimontois qu’ils avaient fait leur:<br /> "Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tancremontvuduciel.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tancrémont vu du ciel</p><br /> <br /> :Sources :<br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm</a><br /> <a href="http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont">http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont</a><br /> <a href="https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html">https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html</a><br /> <a href="http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm">http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm</a> Fri, 01 Dec 2017 13:44:00 +0100 Le sauvetage des drapeaux régimentaires de l'Armée belge en 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-163+le-sauvetage-des-drapeaux-r-gimentaires-de-l-arm-e-belge-en-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-163+le-sauvetage-des-drapeaux-r-gimentaires-de-l-arm-e-belge-en-1940.php <p style="text-align:justify">Les derniers jours de mai 1940, l’Armée belge subit les assauts toujours plus violents de l’envahisseur allemand. Il est acquis que sa résistance lors de la bataille de la Lys a grandement contribué à la réussite du rembarquement du Corps Expéditionnaire britannique et d’une large frange de l’Armée française à Dunkerque.<br /> Cependant la lutte est inégale et le Roi Léopold III voit s’approcher le moment où il sera acculé à la capitulation. Le 27 mai vers 14h00, ne voulant pas que les emblèmes de ses régiments tombent aux mains de l’ennemi, il lance l’ordre à toutes les unités de ramener au Quartier général, qui est installé au château de Wijnendaele, les drapeaux, étendards, fanions, avec leurs accessoires, hampes, lions. etc. Ceux qui ne pourront le faire devront veiller à ce que les emblèmes soient détruits.<br /> Entre-temps, deux officiers de l’Etat-Major sont envoyés auprès de Mgr Lamiroy, évêque de Bruges, pour lui demander de cacher les drapeaux. Le prélat refuse, estimant cette entreprise trop risquée : en effet, la ville regorge de réfugiés, elle pourrait être bombardée et les troupes allemandes avancent rapidement.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sauvetage_drapeaux_001_vue_de_l_abbaye_benedictine_de_zevenkerken.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Abbaye de Zevenkerken (vue actuelle)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">De retour au quartier général — il est déjà 17h00, - les deux officiers se voient confier par le Roi la mission d’exécuter la même démarche à l’abbaye de Zevenkerken, située à la limite de St-Andries-Brugge et de Loppem. Sans hésiter, le Père Abbé, Dom Théodore Nève accepte: “C’est pour l’abbaye de St-Andries un grand honneur d’accueillir les glorieux drapeaux de l’Armée” .Il y a cependant un risque: dès le début des hostilités, l’abbaye a été transformée en hôpital de campagne. Plus de 800 blessés, Belges, alliés et ennemis y sont soignés en ce moment. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/domneve1_bis_ter.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Dom Nève </p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le Père Abbé indique aux émissaires royaux une porte à l’arrière des bâtiments par où ils pourront arriver à l’abri des regards indiscrets. Mais se sentant trop âgé pour s’occuper de l’organisation pratique de cette entreprise, il met dans la confidence le Père Francis de Meeûs; lui intimant l’ordre de garder le secret le plus absolu.<br /> La nuit venue, le Père Francis guette l’arrivée des deux officiers amenant les précieux colis. Il y aura trois voyages, par des petites routes, afin de ne pas éveiller le moindre soupçon. Au total 37 étendards régimentaires ainsi que des accessoires, des fanions et autres emblèmes, le tout emballé ou non de façon hétéroclite: caisses, cartons, papier brun, etc. ainsi qu’un lourd coffret contenant les secrets militaires de l’Armée belge<br /> Les trois hommes transportent le tout à l’étage, dans un local situé dans l’aile du bâtiment réservée au Père Abbé. Quand leur tâche se termine, il est déjà 7 heures du matin le 28 mai 1940, jour de la capitulation<br /> Les drapeaux de l’Armée belge ne pourront cependant demeurer dans ce local. Le Père Francis connaît un endroit qui serait une cache idéale, et le montre aux deux officiers, afin que ceux-ci puissent en témoigner au Quartier-général.<br /> Il y a dans cette aile du bâtiment une tourelle qui, à l’origine, ne s’élevait pas plus haut que le plafond du rez-de-chaussée adjacent, et qui abritait une chapelle privée. Plus tard, cette tourelle sera surélevée de façon à y aménager une autre chapelle à l’usage du Père Abbé. Entre le plafond de la chapelle inférieure et le sol de la chapelle supérieure, il y a un espace vide, difficile d’accès et pratiquement inconnu de tous. Etant jeune moine, le Père Francis a, par hasard, repéré cette cachette, dont même le Père Abbé ignorait l’existence. C’est là qu’il décide de dissimuler les drapeaux.<br /> Il faut cependant murer l’ouverture. Il y a dans la communauté un frère qui est assez habile en travaux de construction: le Frère Yves Lencot, dessinateur en construction et géomètre. Le Père Francis le charge confidentiellement de cette tâche, en lui faisant croire qu’il s’agit de mettre à l’abri les archives du couvent. Ce ne sera pas une mince affaire de porter à pied d’œuvre, avec mille précautions, briques, sable, ciment, etc. sans attirer l’attention, mais tout se passa bien.</p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique:</strong><br /> <br /> Extrait de. Le Volontaire de Guerre - 1° trimestre 1999 <br /> Par A. Pattyn<br /> <br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> <br /> <a href="http://www3.telebecinternet.com/benedictines/index.html">http://www3.telebecinternet.com/benedictines/index.html</a><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/sauvetage_drapeaux.php">http://www.maisondusouvenir.be/sauvetage_drapeaux.php</a><br /> <a href="http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&amp;htdoc=general/opac.htm">http://pallas.cegesoma.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&amp;htdoc=general/opac.htm</a> Tue, 01 Aug 2017 10:26:39 +0200 Honoré ARNOULD d’Ochamps. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-156+honor-arnould-d-ochamps.php <p style="text-align:justify">Un jour, j’ai reçu une convocation pour faire mon service militaire à partir du 16 octobre 1940. J’aurais dû accomplir douze mois de service militaire actif. <br /> Un peu plus tard, des jeunes de Ochamps et moi, qui étions nés en 1920, avons reçu un papier pour aller à l’incorporation. Moi j’étais dorénavant appelé pour le <br /> 15 mai 1940. Mais la guerre s’est déclenchée, je n’étais même pas encore soldat et tous les jeunes de tel âge à tel âge, devaient partir parce que <br /> les Allemands arrivaient. Pour ne pas être considérés comme déserteurs, nous sommes allés là-bas. Nous sommes partis le 10, comme nous pouvions. <br /> Je me rappelle que nous étions en camion avec un type de Ochamps et qu’il nous a conduit jusqu’à Namur. Nous avons vu tout Namur bombardé. Lorsque nous étions passés à Jemelle, c’était déjà comme cela. Enfin, nous sommes arrivés à Trazegnies à la caserne des Chasseurs Ardennais (??) par le train. De là, nous avons été envoyés à Sint-Gillis-Waas, près de Saint Nicolas en Flandre. <br /> C’était le regroupement, ils nous ont habillés et puis ils nous ont envoyés dans le Midi de la France, à Pont-Saint-Esprit, pour faire notre instruction. <br /> Nous avions été embarqués dans des wagons à bestiaux.<br /> <br /> J’avais noté sur un petit papier les villes que nous avions traversées. Nous étions partis le <strong>mercredi 15 mai</strong> de Sint-Gillis-Waas, direction Gentbrugge, <br /> Torhout, Lichtervelde, Gits, Beveren, Roeselare, Courtrai, Merken. <br /> <strong>Le jeudi 16</strong>, nous sommes en France. Nous passons par Roubaix, Croix-Wasquehal, Lille, Lomme, Lambersart, Lompret, Renescure, St Omer, Audruicq, <br /> Nortkerque. <br /> <strong>Vendredi 17</strong>, Boulogne-sur-Mer, Hesdigneul, Neufchâtel, Dannes, Camiers, Etaples, Port-le-Grand, Laviers, Feuquières, Fressenneville. <br /> <strong>Samedi 18</strong>, Aumale, Gourchelle, Abancourt, Formerie, Gaillefontaine, Serqueux, Mathonville, <br /> Montérolier, Cléres, Montville, Maromme, Rouen. <br /> <strong>Dimanche 19</strong>, Lisieux, St Pierre-sur-Dives, Couliboeuf, Montabard, Champfleur, Le Mans. <br /> <strong>Lundi 20</strong>, Thouars, Niort, Fontaines-d’Ozillac. Mardi 21, Lamagistère, Montauban, Toulouse, Carcassonne, <br /> Béziers et puis direction Pont-Saint-Esprit.<br /> <br /> Nous avions été mobilisés, nous qui n’avions pas fait notre service militaire avant la guerre. Après le 28 mai (le roi Léopold III capitula sans condition <br /> et refusa de suivre en exil le gouvernement belge), nous n’osions plus guère sortir. Mais, trois semaines plus tard, c’était eux qui capitulaient <br /> (le 17 juin, le maréchal Pétain présentait aux Allemands une demande d’armistice. L’armistice fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, <br /> dans le wagon de l’armistice de 1918) <br /> <br /> Alors, dans le Midi, qu’est-ce qu’il fallait faire, on était abandonné. L’armée nous nourrissait à moitié, il fallait tirer son plan, <br /> nous avions reçu un congé illimité de l’armée. <strong>« Tirez votre plan, faites ce que vous voulez »</strong>. <br /> A partir de Pont-Saint-Esprit, avec ceux d’Ochamps. On était bien ensemble. <br /> On a même pris des photos devant le monument aux morts de Pont-Saint-Esprit.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/harnould_1bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous décidons de remonter la France et le 6, nous allons à pied de Pont-Saint-Esprit jusqu’à Bourg-Saint-Andéol. <br /> Le 7, nous avons pris l’autocar pour Montélimar où nous avons dormi. Le lendemain, autocar pour Valence et puis Lyon. <br /> Je me souviens que lorsque le car était plein, on allait sur le toit, sur le porte-bagages. Il fallait faire attention aux branches des arbres. <br /> A Lyon, le tram nous a emmenés à Fort Sainte Foy où nous avons logé deux nuits. Comme on avait un peu de temps libre, on a visité un jardin zoologique, <br /> manière de se distraire un peu.<br /> On nous avait dit, après la capitulation de la France, que c’était préférable de remonter en habit militaire. <br /> On a repassé la ligne de démarcation facilement, avec le papier fait à Lyon le 18 août par les Allemands. <br /> On croyait remonter chez nous en sécurité, nous n’étions pas considérés comme des déserteurs. <br /> Nous sommes passés par Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Dijon, Langres, Chaumont, St Dizier, Châlons-sur-Marne, Reims, Laon et St Augustin. <br /> A Paris, nous avons été réunis au Palais des sports. C’était un camp de réfugiés où l’on était plus ou moins bien nourri. <br /> La journée, on sortait. On est allé dire bonjour à des tantes de Gilbert Picard qui habitaient Paris. On se promenait. <br /> On est resté 8 ou 15 jours à Paris. On était avec des civils et des flamands naturellement. Nous avons été séparés des flamands, eux sont rentrés. <br /> Ils ont été rapatriés plus vite que nous. Un beau jour, les civils ont aussi été rapatriés. Il ne restait plus que nous, <br /> les militaires wallons et, un beau jour, les Allemands sont arrivés avec des sentinelles à l’entrée du Palais des sports <br /> et cela a fait que nous étions prisonniers.<br /> <br /> On a été à Drancy (Paris) pendant 4 semaines. C’était un ancien camp. Ils n’étaient pas encore bien organisés. <br /> Et puis, nous avons été expédiés à Sarrebruck dans une caserne française, occupée par les Allemands et puis à Metz, dans un fort. <br /> Et un beau jour, nous avons été expédiés en Allemagne. Ce qui est bête, c’est que nous avions nos vêtements civils dans nos valises. <br /> Mais à l’armée, il n’y avait plus d’organisation. Qu’allait-on devenir, on n’en savait rien. <br /> Des militaires d’Ochamps, des plus anciens, sont revenus et n’ont pas été faits prisonniers. <br /> C’était un peu la chance, qu’est-ce qu’il fallait faire pour bien faire. François, lui, est remonté en civil et a pu rentrer à la maison. <br /> <br /> En Allemagne, on a commencé dans une fabrique de moellons. C’était un travail tout à la main, <br /> les moellons étaient faits avec du « bims », un gravier léger qui venait des rives du Rhin. <br /> Là, c’était la discipline ! Le matin on t’ouvrait la porte, tu allais travailler jusqu’au soir et il fallait rentrer pour 6 heures, <br /> à la fermeture des portes. Il n’y avait guère de liberté. Un beau jour, ils sont arrivés à la fabrique, on était 30 ou 40. <br /> Ils ont demandé des volontaires pour aller travailler dans des fermes. On s’est dit que cela ne devait pas être pire.<br /> Je suis tombé dans une bonne famille. C’était une région assez calme avec des petits villages. <br /> Moi, je faisais partie du commando de Hausen, n° 1222 A. Nous étions de 25 à 30 prisonniers. Le soir, on devait rejoindre son commando pour dormir. <br /> On logeait dans une salle de théâtre. La sentinelle qui nous surveillait, logeait dans une espèce de pigeonnier au-dessus de nous. <br /> C’est une petite pièce que l’on voit dans les salles de théâtre.<br /> Certains se sont enfuis et nous après, nous avons dû attacher nos chaussures et notre pantalon sur une barre, que la sentinelle faisait monter en tirant sur une ficelle attachée à une poulie. Le matin, elle redescendait nos affaires. <br /> C’était une personne assez jeune qui avait déjà été au front et qui était revenue un peu handicapé. Il avait été recasé là. <br /> Lorsque je revois le film « La vache et le prisonnier » avec Fernandel, je revois des choses qui se sont passées comme pour nous. <br /> Au début, on se posait la question : « Quand est-ce que nous rentrerons chez nous ? » <br /> On pensait rester quelques mois, l’année suivante, on s’est dit que ce serait l’année d’après et pour finir, cela a duré 4 ans <br /> en plus du temps passé à la fabrique. Nous autres, comme prisonniers, nous n’avions besoin de rien. On avait même un petit salaire. Il y en avait même qui renvoyaient de l’argent chez eux. On était considéré comme des travailleurs obligatoires.<br /> Il y avait un petit tracteur d’une vingtaine de chevaux.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/harnould_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’exploitation était moyenne, ils avaient eu la fantaisie d’acheter un petit tracteur malgré le fait qu’il y avait encore des chevaux. Et alors, du mazout, tu en avais au compte-gouttes. Là-bas, c’étaient toutes petites fermes, ils attelaient même les vaches et les bœufs. Le travail était principalement manuel. Surtout au début, le râteau, la fourche, il n’y avait pas de machine, cela ne valait pas la peine d’acheter des machines. Là où j’étais, il y avait quand même une moissonneuse-lieuse, c’était déjà un peu perfectionné. Il y avait des maisons où il y avait trois ou quatre vaches, alors, ils attelaient les vaches. Certains avaient des prisonniers pour les aider, ceux qui en avaient besoin. Les trois quarts des maris étaient partis à la guerre. La commune organisait cela. Ceux qui avaient besoin était aidés par des prisonniers parce qu’en Allemagne, il fallait que cela rentre aussi, que les fermes produisent. Tous les prisonniers se déplaçaient à pieds. Le travail était celui de la ferme. En hiver, lorsqu’il y avait beaucoup de neige, on allait aux bouleaux pour faire des balais, pour en avoir en été.<br /> <br /> Dans les fermes, on était bien nourri, on côtoyait des gens, c’était plus agréable. Quitte à être prisonniers, que ce soit le plus agréablement possible. Pour écrire à la famille, nous avions reçu des lettres imprimées exprès. On avait une lettre par mois. Ils faisaient aussi des cartes postales pour envoyer à la famille, mais pour nous, c’était surtout des souvenirs : Noël en Allemagne, prisonniers On parlaient un peu l’allemand des villages, il fallait bien. Il y en avait qui étaient un peu réticent au départ, mais à la longue, il a bien fallu. Ça a duré tellement longtemps. Je comprends mieux ceux que j’ai côtoyés en Allemagne. Ils ont l’habitude de parler pour que je puisse comprendre. On a rencontrés des jeunes filles allemandes, mais on ne pouvait pas leur parler. C’était interdit. Mais dans les petits villages… On était au courant de l’évolution de la guerre par les civils. Il y en avait qui ne pouvaient mal de raconter. Ils devaient être méfiants par rapport aux vrais Allemands, aux vrais Nazis. Mais pour nous, comme nous étions dans les fermes, nous n'étions pas à plaindre. Naturellement, on devait faire leur boulot, on était leur domestique. Nous n'avions qu’une chose à faire, c’était de faire ce qu’ils nous demandaient de faire. Nous n'étions pas commandés grossièrement. Il y en avait qui étaient dans des fermes à tendance hitlérienne, ils étaient considérés comme des riens du tout. <br /> <br /> On a été libéré lorsque les Américains sont arrivés. Nous autres, nous étions près du fameux pont de Remagen. On était à 10 kilomètres de là. Ils ont mis du temps pour le prendre, ça a chauffé. On était dans des abris que l’on avait faits un peu plus loin que le petit village. C’était un hameau, il y avait 6 maisons. Les Américains nous ont libérés et nous ont conduits à l’arrière. Au début, ils nous prenaient pour des Allemands, ils n’étaient pas certains que nous étions prisonniers. J’ai fait des kilomètres comme cela, les mains sur la tête. Je me suis dit, si c’est cela les Américains. Et puis, derrière le front, nous avons contacté des officiers américains et ils ont quand même compris, nous leur avons fait comprendre que nous étions des prisonniers et non pas des Allemands déguisés. Mais au départ, on a eu affaire à des « gaillards », l’armée américaine était constituée de toutes sortes de gens, surtout ceux qui se trouvent en première ligne. C’est pareil dans toutes les armées, ils envoient se faire tuer les minorités, les noirs, … Le fils de mon patron, Hermann, qui était dans la cavalerie, a été prisonnier en Normandie. Il est resté en Amérique jusqu’en 48. Dans toutes les maisons, les jeunes étaient partis. Chez la sœur de la dame où l’on va encore, son mari a eu trois frères qui ont été tués. Et chez Honningen, Maria, trois frères. Et le frère d’Hermann, il était revenu en congé de Russie vers 43, j’avais été avec lui pour porter ses valises jusqu’à l’arrêt du car. Il m’avait dit « Je ne reviendrai jamais plus ». Quinze jours après, un garde champêtre est venu avec un avis. Herman avait un autre frère qui était docteur, lui n’était pas à l’armée. Il est venu me voir ici à Ochamps et nous a dit qu’il était venu car j’étais fort gentil. Ces familles-là ne demandaient pas que l’on prenne leurs enfants. Quand on est revenu, l’armée nous a mis en congé. </p><br /> <br /> Sources Internet<br /> <a href="http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf">http://genealogie.marche.be/pdf/HARNOULD.pdf</a> Fri, 03 Feb 2017 20:50:20 +0100 L'exode de Julien HERMAN en mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-152+l-exode-de-julien-herman-en-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/hermanjulienpetit.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">J'avais alors onze ans et trois mois et j’habitais rue de Battice à Petit-Rechain, exactement en face du garage des autobus"Le Perron".<br /> <br /> Cette nuit-là, celle du 9 au 10 mai 1940, mon sommeil, profond et paisible comme celui de tous les gosses, s'achevait sur un rêve. Ma mère, penchée sur moi, me disait...<br /> J'ouvris les yeux. Non, ce n'était pas un rêve ! Un intense vrombissement, bien réel, emplissait l'air, faisant vibrer la maison. Au clocher de l'église, les sirènes hurlaient lugubrement. Penchée au-dessus de mon lit, ma mère me disait d'une voix toute tremblante: "Lève-toi m'fi, c'est la guerre !"<br /> <br /> La guerre ???! Pour moi, la guerre, c'était autre chose que ce qu'elle semblait être depuis le 3 septembre l939: quelques escarmouches entre patrouilles françaises et allemandes en avant de la Ligne Maginot; cent mètres de terrain conquis puis abandonné; quelques images du "front", dont je me délectais lorsque ma grande soeur Berthe (21 ans), rentrant de son travail à Verviers, rapportait l'hebdomadaire "Match".<br /> <br /> Pour moi, la guerre, c'étaient les crimes abominables des soldats allemands en l9l4, les odieux massacres perpétrés par eux à Herve et en cent autres lieux, la longue nuit de quatre années d'occupation, avec ses restrictions alimentaires, ses contrôles, ses vexations, ses arrestations, ses fusillades. Car, maintes fois, j'avais entendu déjà, le récit de toutes ces horreurs: alors que, âgé de quelque quatre ans, sagement assis sur un "passet" dans un coin du salon de coiffure de mon père, rue Moreau, 58, à Herve, j'écoutais la conversation des "grands", témoins ou presque victimes, vingt ans plus tôt, de la Furor Teutonicus retardée "nach Paris" par l'artillerie du fort de Fléron.<br /> <br /> J'ouvre donc d’abord ci-après une longue parenthèse pour relater les événements vécus par mon père au début de la première guerre mondiale: <br /> <br /> Ainsi, le samedi 8 août l9l4 dans la matinée, une importante colonne allemande (du 39e régiment d'infanterie de réserve) avait fait halte au "Malakoff", partie haute de Herve. <br /> La chaleur était accablante. Sciemment excitée par la légende de prétendus civils francs-tireurs, effrayée par la mortelle précision des canons du fort de Fléron, la soldatesque prussienne (au ceinturon marqué de "Gott mit uns": avec l'aide de Dieu, donc...) n'avait pas tardé à s'égailler un peu partout dans la ville et à y faire la démonstration de ses criminelles aptitudes. D'abord curieux - puisqu'on ne connaissait des Allemands que leur participation déterminante à la catastrophe du l8 juin l8l5 à Waterloo (pour le malheur éternel de la Wallonie) - les gens rentrèrent précipitamment dans leurs demeures dès les premiers coups de feu, et l'inquiétude croissait au rythme du crépitement des premiers incendies. L'auteur de mes jours, Arthur HERMAN, alors célibataire et âgé de 25 ans, habitait à l'angle même (côté Battice), de la rue Moreau et de l'avenue Dewandre, et exploitait là un salon de coiffure pour hommes. Avec lui vivaient: Aimé-Joseph HERMAN, mon grand-père (depuis quelques années abandonné par ma grand'mère); mon oncle Alfred; ma tante Francisca, mon oncle Constant; et ma tante Mariette, cadette de la famille et âgée de seulement l4 ans.<br /> Suivi de deux soldats, un officier allemand entra et, par signes, fit comprendre qu'il désirait se faire raser. Durant toute l'opération, les deux soldats, revolver au poing, tenaient mon père en joue. Au dehors, claquaient des coups de feu sans cesse plus nombreux; les ordres gutturaux des soldats se mêlaient à des cris d'épouvante ou de douleur. De plus en plus inquiet, mon père demanda à l'officier s'il y avait du danger. "Non, Mocheu, il n'y ba te danzé". Risquant néanmoins un coup d'oeil à l'extérieur en reconduisant ses trois indésirables visiteurs, mon père vit des soldats occupés à lancer des engins incendiaires dans la corniche de la maison ! Plusieurs cadavres de civils jonchaient la rue, où plusieurs immeubles flambaient comme des torches. Arthur HERMAN eut tout juste le temps d'entraîner ses proches dans la cave....<br /> Bientôt, les assassins/pillards/incendiaires envahissaient la maison où on les entendait vociférant et saccageant le mobilier à grands coups de baïonnette, avant de céder les lieux aux flammes. Les voisins immédiats allaient être, soit abattus sur place, soit poussés, comme du bétail, jusqu'au-devant de Mélen, lieu-dit "Labouxhe", pour être massacrés au bord d'une tombe qu'ils avaient été contraints de creuser eux-mêmes ! Parmi eux, des "francs-tireurs" (!) âgés de l3 ans à peine. Pourquoi la famille HERMAN, quant à elle, n'avait-elle pas connu, elle aussi, ce sort funeste ? La réponse à cette question relève du domaine des hypothèses. On sait que jadis, la porte de cave n'était, fort souvent, constituée que de quelques planches tapissées comme le mur où elle s'attachait; on est dès lors amené à supposer que dans leur folie destructrice, peut-être, de surcroît, embuée de vapeurs d'alcool, les tortionnaires Huns ne l'ont pas remarquée... On ne le saura jamais.<br /> <br /> Glacée d'effroi derrière ce frêle rempart, la famille HERMAN voyait approcher la phase finale. L'incendie faisait rage et la fumée commençait à s'infiltrer dans la cave. "Bijou, taisez-vous, n'est-ce pas !" commandait mon père à son chien, un petit bâtard très intelligent, d'habitude fort bruyant, mais qui, paraissant conscient de la gravité de l'heure, cette fois ne bronchait pas...<br /> Tout à coup, dans un fracas sinistre, la maison s'effondrait, précipitant des éboulis et de la poussière sur les escaliers de la cave, dont la voûte, toutefois, tenait bon. Néanmoins, l'atmosphère devenant irrespirable, mon grand-père dit: "Récitez votre acte de contrition, mes enfants, nous allons mourir » !". Mais puisqu'il fallait mourir, chacun fut d'avis que mieux valait tenter une sortie et mourir ensuite à l'air libre . A coups de hache, mon père trancha la traverse en bois qui barrait le soupirail et risqua un regard dans la rue: elle était déserte. Prudemment, tous se hissèrent hors de la cave et s'éloignèrent en hâte de ce qui avait été leur foyer. Avec pour seule richesse les vêtements qu'ils portaient sur eux, les pitoyables sinistrés gagnèrent le bas de la ville, où les incendies faisaient toujours rage. De là, par Elvaux et Manaihant, ils parvinrent à Petit-Rechain, puis furent accueillis par les autorités communales de Dison et provisoirement installés dans une maison de la rue de Rechain.<br /> <br /> Ces atrocités allemandes de l9l4 traversèrent mon esprit tel un éclair fulgurant, cependant que je bondissais de mon lit, en cette aube radieuse du 10 mai 1940. Enfilant en vitesse mes vêtements, je courus à la fenêtre, où m'attendait un spectacle tout nouveau pour moi: des dizaines d'avions passaient à haute altitude, volant plein Ouest et laissant, sur l'azur du ciel, de longues traînées blanches de condensation. A travers leur intense bourdonnement, je perçus tout d'abord les voix familières des voisins, eux aussi réveillés et scrutant le ciel. "Regardez un peu ici !" "Regardez un peu là-bas !" Toute la maison était d'ailleurs en émoi. Mon frère Joseph dévalait de la mansarde où il couchait. Ma soeur Berthe quittait tout juste la chambre qu'elle partageait avec ma grand'mère maternelle, tandis que ma mère s'efforçait, tout en l'habillant, de rassurer mon petit frère Henri, infirme de 4 ans et demi, incapable de se lever sans aide, et dès lors plus traumatisé que quiconque par ce remue-ménage inquiétant. Je fus bientôt dans la rue, où mon père s'était joint aux nombreux badauds intrigués. Il était, je pense, environ 5 heures du matin. Les escadrilles continuaient à passer imperturbablement. De temps à autre, comme pour rectifier son alignement dans la formation, un avion virait en miaulant, puis le ronronnement reprenait son rythme régulier, menaçant...<br /> <br /> Le temps passait vite, tandis que la nouvelle courait de bouche en bouche: "C'est la guerre !" Une nouvelle dont nul ne connaissait l'origine. Mais qui donc prétendait que c'était la guerre ? Car, quelle était la nationalité de tous ces avions ? Où allaient-ils ? D'où venaient-ils ? Du reste, Adolf Hitler, Führer de l'Allemagne, ne venait-il pas encore de garantir, de la manière la plus formelle, la neutralité de la Belgique ? Si bien que la veille, le jeudi 9 mai, toutes les permissions et congés avaient été rétablis dans les casernes belges. Et, dans une atmosphère dès lors plus sereine, André BASTAGNE, fiancé de ma sœur, soldat-milicien de la classe l939, avait regagné la caserne du fort de Battice après nous avoir dit - on l'évoquerait plus tard comme une sorte de prémonition - : "Jusqu'à demain...ou après...ou après...ou après...". De toute manière, dimanche ce serait la Pentecôte, une fête de deux jours que la température véritablement estivale rendait pleine de promesses.<br /> <br /> On se rappela subitement - mon futur-beau-frère l'avait déclaré maintes fois - que l'incendie des baraquements/caserne abritant la garnison de Battice serait le signe confirmant avec certitude l'état de guerre. Je courus aussitôt sur la chaussée de Battice, jusqu'à l'endroit dénommé "Pont d'Arcole", près du château d'eau de Petit-Rechain. De ce lieu situé à moins de 100 mètres de notre habitation, la vue portait, au N-E, jusqu'aux abords de Battice. Quelques villageois du coin fixaient l'horizon, atterrés, incrédules: les baraquements du fort de Battice étaient en flammes ! Le ciel était entre-temps redevenu silencieux, mais le doute ne semblait pourtant plus permis: c'était la guerre. Et j'avais très peur...</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/casernebattice1.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Casernes marquées de la lettre X</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Je ne mangeai rien, ce matin-là; tout au long de mon existence, il en serait d'ailleurs ainsi dans mes moments d'intense émotion. Ma soeur "tchoulait" (pleurait) beaucoup. Ce n'était qu'un début, mais ne comprenant encore rien à l'Amour, j’allais devoir m’y habituer..<br /> <br /> <strong>Vendredi 10 mai 1940</strong>, six heures du matin. Une détonation déchire un silence sans cesse plus pesant: le fort de Battice ouvre le feu ! Des années plus tard, on apprendrait que la première victime de ce premier coup de canon avait été...le Commandant du fort, le Major Bovy, dont une rue de Battice honore la mémoire pour les générations futures. Gravement malade et hospitalisé à l'Hôpital Militaire St-Laurent à Liège, il avait, dans la nuit, exigé d'être, sans délai, ramené au fort; et alors qu'il transmettait à la coupole l'ordre du premier tir, il avait été foudroyé par une crise cardiaque.<br /> <br /> Mais le décor était planté; on pouvait lever le rideau sur la deuxième tragédie du 20e siècle. Ainsi, ce fort, ce géant de béton et d'acier dont les pieds prenaient appui à quelque 35 mètres sous terre et dont les massives casemates avaient tant de fois exalté mon imagination d'enfant, il allait servir, comme ses semblables de la ceinture fortifiée de Liège en l9l4, à barrer aux Allemands la route de Paris ! Essayer, à tout le moins...<br /> <br /> Ma soeur se décida à aller aux nouvelles chez les parents de son fiancé; ils habitaient à peu de distance, au terminus même du tram n° 2 "Rechain-Dison-Stembert" (ce bon vieux tram ronronnant, appelé, par le "progrès", à être remplacé en l962 par un autobus polluant...). Eux savaient parfaitement à quoi s'en tenir. Et il s'avéra que c'est par eux que s'était propagée dans le village, jusqu'à nous finalement, la fatidique nouvelle "C'est la guerre". Voici comment: Au Fort, André BASTAGNE avait été commandé, dans la nuit, pour descendre à vélo jusqu'à Verviers, afin de remettre en mains propres à une douzaine de militaires de carrière, l'ordre de rejoindre d'urgence. Mission accomplie, il était parvenu, en tirant quelques coups de pistolet, à... réveiller ses parents pour les informer. Après leur avoir abandonné sa bicyclette, il avait arrêté une voiture automobile pour regagner Battice au plus vite. D'abord incrédule, et supposant même, face au pistolet braqué, qu'il était l'objet d'une agression, le chauffeur (qui se rendait en vacances...) s'était exécuté, avait donc fait demi-tour à l'entrée de Battice et était reparti vers Verviers, pleins gaz...<br /> <br /> Nous attendions impatiemment le "journal parlé" de la radio; de l'INR, ainsi qu'on désignait alors la radio "nationale" avant qu'elle devînt la R.T.B., puis en l977 - reconnaissant enfin notre véritable identité d'enfants de la France - la r.t.b.F...<br /> <br /> A 6 heures 30, succédant à l'indicatif musical familier (quelques notes de "Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille", de Grétry) et à la ritournelle de notre mensonger et macabre hymne "national", une voix grave sortit de notre premier récepteur de T.S.F., un SBR que mes parents avaient acheté en été l938, alors qu'un certain Hitler, synthèse des nouvelles aspirations "touristiques" du peuple allemand, commençait à se mettre en vedette de l'actualité politique. <br /> Quarante ans plus tard, je ne me souviens plus de tout ce qu'a pu raconter ce "journal parlé" historique, mais je garantis, mot pour mot, l'exactitude de sa première phrase, jaillie par tant de fenêtres déjà ouvertes sur un matin radieux: "Sans ultimatum, sans note, l'Allemagne a attaqué ce matin, la Belgique, la Hollande, et le Luxembourg". <br /> Dans le même communiqué, une autre phrase nous frappait comme une agression personnelle car elle concernait le terroir ancestral: "La gare de Jemelle est en flammes". Ce fut à partir de ces informations de source officielle que le village prit une physionomie nouvelle. Bientôt, les premiers fuyards se mirent à passer vers l'Ouest, à pied, à vélo, en voiture parfois. Isolément ou par familles entières, lourdement harnachés de sacs, ployant sous d'énormes valises, à la fois muets d'inquiétude et ravis d'être en route...vers l'Inconnu. C'est quand je voyais passer ces gens que ma propre détresse augmentait, car, fort curieusement, c'est dans la présence de tiers que je trouvais quelque réconfort. Ma famille seule ne me rassurait pas, et je ne cessais de gémir pour que l'on se mît en route, nous aussi, comme un tel, comme les X, comme les Y, comme les Z, que je venais de repérer dans le cortège sans cesse plus nombreux des heureux "partants". Mais j'avais beau pleurer et supplier, mes parents semblaient indifférents à la panique se généralisant, tout au moins au réflexe moutonnier bien connu. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi mon père, témoin de la barbarie allemande en l9l4, ne paraissait pas la redouter en 1940. Peut-être n'était-ce que l'appréhension de falloir courir les routes avec son enfant infirme, qui motivait ses hésitations.. ( ? ).<br /> <br /> L'exode moderne, celui de 1940, était donc bien en cours, sur un fond de détonations de plus en plus nourries lesquelles, nous parvenant des quatre points cardinaux, indiquaient que l'artillerie de Battice n'était plus seule dans la danse. Tantôt, c'était un coup sonore et sec tel un coup de départ, tantôt c'était comme le rugissement d'une arrivée, où on croyait même parfois déceler une dégringolade de pierres et de briques. Où ? Impossible de le supputer. Des avions vrombissaient à nouveau très haut dans le ciel, mais plus dispersés qu'à l'aube. Pas un instant, l'idée ne m'effleura d'aller voir si l'école était ouverte, alors que l'heure de m'y rendre était déjà passée: les événements rendaient cette chose dérisoire.<br /> <br /> Ce matin-là, Walthère DEROUAUX, le brave garde champêtre de Petit-Rechain, avait fort à faire, on le devine. Il courait partout, l'air grave et soucieux. Il vint chez nous pour notifier à mon grand frère Joseph (l8 ans et demi), l'ordre de se présenter au rassemblement des jeunes gens du village, évacués obligatoires parce que proches de l'âge de porter les armes (officiellement désignés comme C.R.A.B.). Peu après, ayant réuni un peu de linge et quelques victuailles, Jojo nous embrassa et alla rejoindre ses camarades; un autobus du "Garage du Perron" les emmena vers une destination inconnue. Mes onze ans ne perçurent évidemment pas combien ce départ fut pénible pour mes parents, voyant leur fils - un enfant encore - déjà et brusquement sélectionné pour la guerre, pour la mort peut-être. Le départ de "grand frère" me troubla donc peu, me valut même un brin de jalousie pour celui que son âge habilite à "rendre les coups", et...accrut encore ma peur ainsi que mon exaspération devant mes parents toujours indécis. Sans cesse dehors et constamment aux aguets, je ne perdais rien des préparatifs des voisins proches, ni de leur départ. Lentement, inexorablement, le quartier rue de Battice (la nôtre !), rue de Dison, rue Bonvoisin, rue L-B Dewez, place Xhovémont, se vidait de ses habitants. Seuls restaient généralement quelques vieillards, inconscients du danger ou peu attachés à un avenir que l'âge...plaçait déjà fort loin derrière eux.<br /> <br /> Quelques soldats belges à vélo arrivèrent de la direction de Dison; harassés par l'effort de la montée sous un soleil déjà ardent, ils mirent leurs fusils en faisceaux et se laissèrent choir juste sur le trottoir assez large qui courait devant nos fenêtres, dans l'ombre de la maison. C'étaient des gars porteurs du béret bleu foncé; on les appelait des "garde-frontière". A mon vif désappointement, ils ne tardèrent pas à se remettre en route, vers Battice.<br /> <br /> Puis ce fut l'arrivée inopinée du frère de ma mère, mon oncle Albert FASSOTTE. Tôt le matin, à vélo, avec ma tante Louise transportant ma cousine Irène (5 ans et demi), il avait quitté son domicile de Herbesthal, commune de Lontzen - territoire assurément prussien, objet des manigances des politiciens de l8l5 et de l9l8 - que les Allemands n'allaient pas tarder à récupérer en priorité; après avoir mis en lieu sûr femme et fille chez ma tante Barbe et marraine, rue du Paradis à Andrimont, il venait embrasser sa mère avant d'aller faire son devoir.<br /> <br /> Je n'appréciai guère la visite de l'oncle, compte tenu du nouveau retard qu'elle apportait à notre éventuel départ: décidément, seuls les membres de ma famille ne semblaient pas pressés de fuir vers l'Ouest. On discuta des événements, des perspectives, des nouvelles et des rumeurs. Que de temps encore perdu, alors que, pour sûr, les Barbares s'avançaient vers nous!<br /> <br /> Enfin, décidée, en tout état de cause, à se retirer dans sa maison qu'elle possédait encore "à Halleur", actuelle route de Mariomont, territoire de Stembert, ma grand'mère s'ébranla, bientôt suivie par son fils. Quelle heure était-il à ce moment ? Dix heures du matin, je pense.<br /> <br /> Ma soeur avait rapporté la nouvelle que les parents de son fiancé se préparaient à partir, eux aussi. Mes parents décidèrent alors que nous partirions ensemble. Alleluia ! On ne dut pas insister pour me faire aider aux préparatifs, lesquels furent seuls capables de me faire quitter le rue, où j'errais depuis l'aube. Les choses à emporter ne manquaient pas, d'autant que dans l'appréhension lucide de la dernière, la toute dernière guerre (pour préserver, selon la motivation classique, les valeurs de la civilisation chrétienne), ma mère avait stocké au rez-de-chaussée (réservé à ma grand'mère car nous occupions alors l'étage de l'annexe de la maison),notamment, des haricots, du sucre, du macaroni, du savon même. Mais pour ne pas avoir bien compris le problème des priorités, j'eus droit à une sévère réprimande à l'instant où je glissais sereinement dans l'une des valises,...mes albums d'images "Chocolat Aiglon" ! C'était, à l'époque, tout mon patrimoine mobilier. A regret, je dus retirer mes albums.<br /> <br /> Et le chat ? Un beau "Arlequin" qui me regarda, fort perplexe, quand, dûment autorisé, je lui allongeai dans le coin de notre petite cour, un énorme beefsteak qui…ne lui était normalement pas destiné..<br /> <br /> Toutes dispositions prises...sauf - erreur funeste - retirer de notre petite vitrine rue Bonvoisin, quelques bouteilles de liqueur et d'alcool dont nous avions un dépôt, on ferma les portes à double tour et on partit. Enfin ! Il était plus d'onze heures. A l'affût près de la fenêtre de leur appartement au 2e étage rue Nicolas Arnold, les parents du fiancé de ma sœur nous virent descendre la rue Laurent-Benoît Dewez, et ils se joignirent aussitôt à nous, avec leur chien cocker qu'on appelait "Roda". Ma mère conduisait une poussette où "Lily" (ainsi avait-on toujours désigné mon petit frère Henri) se recroquevillait toujours davantage à chacune des détonations qui continuaient à accompagner notre progression vers le village de Grand-Rechain. D'où tirait-on ? Sur quoi ? Impossible de le deviner. Mon père conduisait une autre poussette, de construction plus sommaire, dont les accoudoirs supportaient deux énormes valises pleines à craquer. Ma sœur Berthe cheminait, tenant son vélo à la main. J'emmenais, moi aussi, mon vélo, tantôt marchant à côté, tantôt roulant quelques dizaines de mètres en avant de notre petit groupe. Des couvertures étaient arrimées sur chaque porte-bagages. Il faisait un temps superbe et déjà chaud, mais ma satisfaction fut de brève durée. <br /> A peine avions-nous dépassé la place du village de Grand-Rechain que nous butions contre l'une de ces obstructions déjà préparées depuis de longs mois, et qu'on appelait une "chicane": énorme mur à peine interrompu, barrant la route de part en part, quasiment d'une façade à l'autre ! Impossible, avec une poussette, de se faufiler de l'autre côté... Le temps des adieux était donc déjà arrivé.<br /> <br /> A cinq, nous nous dirigeâmes vers le cimetière de Grand-Rechain, direction Tribomont. Mes parents paraissaient avoir décidé de gagner Cornesse dans un premier temps. A Cornesse en effet, quelques mois auparavant, ils avaient acheté (dans l'angle N-O de la place de l'Eglise, un peu en retrait) une vieille maison à restaurer. Complètement désemparés par la maladie de Lily (sur laquelle les médecins ne pouvaient...ou ne voulaient mettre un nom), ils caressaient le chimérique espoir que "le bon air" de Cornesse arrangerait les choses. Depuis les premiers signes du printemps, mon père passait tous ses loisirs dans cette vieille bicoque. Le dimanche après-midi essentiellement, dès fermeture de son salon de coiffure, il enfourchait son vélo traînant une petite remorque bricolée, où s'entassaient seau, pelle, bêche, râteau, et objets divers jugés utiles aux travaux en cours; il ne reparaissait qu'à la tombée de la nuit. Certains jours, après son travail à Ensival, Jojo, mon grand frère, se rendait également là-bas où il avait entrepris le renouvellement intégral de l'installation électrique.<br /> <br /> C'est donc à Cornesse qu'on allait, nous éloignant du secteur d'opérations du fort de Battice...pour nous enfoncer dans celui du fort de Tancrémont, qui, lui aussi, y allait de bon cœur. Banggggg! Banggggg ! A chaque nouvelle détonation, nous courbions instinctivement l'échine et accélérions l'allure. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère, cependant que Lily, qui avait demandé qu'on relevât la capote de sa poussette, s'y engonçait toujours un peu plus, muet de peur. Berthe sanglotait de temps à autre; comme moi, elle eût souhaité poursuivre la route avec les parents d'André, dont la compagnie, sans doute, la rassurait quelque peu, elle aussi. Hélas, la chicane avait modifié le programme, si tant est qu'on pût parler de programme. Car, alors que, laissant sur notre gauche le Château de Sclassin, nous coupions la route Ensival-Soiron, ma mère décida... qu'on allait s'arrêter à l'Hospice St-Germain tout proche, pour y saluer la cousine Catherine ! D'un âge fort avancé, cette personne était, je pense, une cousine germaine de Barbe, ma grand'mère maternelle, et ROUFOSSE comme elle. L'une ou l'autre fois, elle nous avait rendu visite à Petit-Rechain, mais, à mon sens, cela ne constituait pas une excuse valable pour retarder davantage, en ces heures graves, une progression qui m'avait tout l'air d'un "chemin de croix". La vue de la cousine Catherine m'agaçait d'ailleurs toujours prodigieusement, et l'impitoyable cruauté de mon âge se trouvait encore exacerbée par l'atmosphère menaçante de ce 10 mai 1940. Pourquoi ? Eh bien parce que la cousine Catherine, ma parente, outre sa très petite taille, sa tête toute menue, son visage profondément ridé et sa bouche édentée, avait un crâne aussi glabre que Yul Brynner... et qu'elle "camouflait" par un vilain filet aux mailles épaisses ! Un filet de camouflage, quoi... <br /> <br /> Pendant les palabres prévisibles, je trompai mon impatience en faisant à vélo quelques tours au-devant de la Maison de Retraite.<br /> <br /> Enfin, on se remit en route et on atteignit Cornesse, qui semblait abandonné de presque tous ses habitants. Contrastant avec la chaleur qui régnait à l'extérieur, une fraîcheur quasi bienfaisante nous assaillit dès le seuil de notre future maison; impression à quoi se substitua bientôt une odeur de renfermé, de vieux, de plâtre, et de ciment, qui était habituelle à l'endroit. On commença par descendre dans la cave, le vélo de Berthe, puis le mien. On se débarbouilla sommairement, et, sans doute, prit-on quelque nourriture, la première de cette journée, pour ce qui me concerne. On en profita pour inspecter l'état d'avancement des réparations en cours; rentrant brusquement dans la première pièce, là où quelques jours plus tôt, mon frère avait posé interrupteurs et prises de courant, j'y surpris mes parents pleurant doucement... Car où était Jojo, à cette heure ? Mais sapristi, qu'est-ce qu'on a bien pu foutre là, dans cette maison/chantier, pour parvenir seulement en début de soirée, via "Cromhaise" et le chemin du Bois d'Olne, sur la route de Soiron à Nessonvaux, au carrefour de la route de Froidbermont/Olne. A cet endroit précis, nous eûmes la surprise de rencontrer Monsieur MOXHET, père de mon petit camarade Henri. Arrivant de Kortrijk (!) où sa profession le retenait tout au long de la semaine, il se traînait vers son domicile de Petit-Rechain, où sa famille résidait place Xhovémont. Traversant l'agglomération de Nessonvaux/Fraipont, nous arrivâmes, par la nationale 39, à la chaussée Verviers-Liège, la nationale 3l. Mon père nous désigna sur la gauche, une maison, à l'intersection même de ces deux voies publiques: c'était la maison, déserte et fermée, de sa sœur, ma tante Mariette épouse d'Alexis DERREZ (à cause de ces classiques et absurdes brouilles qui déchirent les familles, je ne devais faire sa connaissance qu'en l945).<br /> <br /> On tourna à droite vers Liège, suivant à présent la vallée de la Vesdre, plein Ouest enfin ! Les collines entre lesquelles nous avancions répercutaient sinistrement, en un grondement sans fin, le bruit du canon. Comme les vélos avaient été intentionnellement planqués à Cornesse, Berthe et moi avions les mains libres pour, de temps à autre, aider à propulser la poussette de Lily ou celle qui transportait tous nos biens. On avançait en silence, aussi vite qu'on pouvait, précédés et suivis de groupes d'autres fuyards pareils à nous-mêmes. <br /> On atteignait, à ce moment précis, l'extrémité Ouest de l'endroit dénommé "Longtrat", là où la voie ferrée tangente la route; nous suivions d'assez près un groupe au sein duquel, sur une charrette à main, un vieillard était étendu. Mon père ralentit quelque peu l'allure et nous souffla, à voix basse: "Lu pôv' vî homme vé d'mori..." .( le pauvre vieillard vient de mourir…). Ce fait allait demeurer gravé dans ma mémoire, et, au fil des années, j'eus plusieurs fois le désir de satisfaire ma curiosité. Qui était ce malheureux dont, sans nul doute, le décès avait dû être déclaré à la mairie du lieu, celle de Forêt en l'occurrence ? C'est en l977 que l'occasion m'a été donnée d'apprendre, par l'acte de décès, qui était ce pauvre vieux: "MINEUR Jacques Paschal, veuf PIRON Marie, né à Verviers le 6 septembre l868, domicilié à Verviers, rue de la Vesdre, l2, décédé à "Longtrat" le 10 mai 1940 à 6 h et demie du soir".<br /> <br /> Ma mémoire n'a pas retenu qui ou quoi, à l'entrée dans Trooz, nous a dirigés vers l'école du hameau de La Brouck, déjà envahie par de nombreux "réfugiés"; ni si nous absorbâmes là, en guise de souper, quelque nourriture. Il m'est resté, par contre, que nous passâmes la nuit dans une classe, recroquevillés sur l'estrade, assurément trop étroite, où ma mère avait étendu une couverture. Ainsi, en l'espace de quelques heures, une classe de l'école de La Brouck était devenue la chambre à coucher commune de gens venus d'un peu partout, nivelés par la peur, l'angoisse du lendemain. <br /> De formidables détonations se succédaient quasi sans interruption, des "bangggggggg" secs et sonores accompagnés de fulgurants éclairs; des initiés les attribuaient aux canons du fort de Chaudfontaine, accroché, en effet, tout là-haut, presque au-dessus de notre misérable abri. Détonations et longs éclairs se suivaient comme en un effroyable orage. Ces lueurs menaçantes me donnaient l'occasion d'apercevoir un bref instant mes voisins; parfois, c'était le faisceau de la lampe de poche de quelqu'un qui se rendait aux toilettes. Mon petit frère Lily devait être "mort de peur"; "Maman !?" chuchotait-il sans cesse. "Je suis là, mamé", répondait ma mère tout en s'évertuant, rassurante, à saisir sa pauvre petite main de myopathe à l'avenir si court... Des bébés pleuraient. Tout cela avait quelque chose d'hallucinant, d'irréel. La nuit me parut interminable bien qu'on ignorât de quoi serait fait le lendemain. Meurtri par une position inconfortable, j'aspirais tout naturellement à me lever et à partir, à fuir plus loin. Ma vieille habitude d'avoir l'appétit coupé par un événement dramatique joue, une fois de plus, un sale tour à ma mémoire puisque, pas plus qu'au soir du 10 mai 1940, je n'ai, semble-t-il, ingurgité quoi que ce soit à l'aube du 11 mai ! Ce n'est pas possible assurément.<br /> <br /> Nous nous remîmes en route, très tôt sans doute, débouchant sur la nationale 3l, direction "Liège", par la passerelle des "Laminoirs de la Rochette" (chaque fois, la vue de cette passerelle déclenche dans ma tête, la projection du film de ces mémorables journées). On avançait bien, courant parfois une dizaine de mètres lorsqu'un crépitement insolite y incitait naturellement. Je n'éprouvais nulle fatigue, l'énergie étant fournie par mon souci de distancer l’envahisseur, que je ne connaissais encore que de réputation. On finit par arriver à hauteur du pont de Fragnée, vers lequel de nombreux civils se précipitaient. Une clameur nous parvint alors plus précise: "Allez, allez, dépêchez-vous, le pont va sauter !" criaient une poignée de soldats belges. On fonça, tête baissée, vers l'autre extrémité du pont puis on se dirigea vers Cointe, au hasard des rues. Rafales. Des balles me semblèrent frapper le pavé à peu de distance, avec un claquement sec. "Mon Dieu, Arthur !" gémissait ma mère. Bien que la rue monte, on accélère l'allure. Vers la fin de l'avant-midi, nous progressions dans la rue St-Nicolas, où, comme en d'autres lieux, des gens sur le seuil de leur habitation regardaient passer, apitoyés, les groupes de ceux qu'on appelait des "évacués". <br /> Une petite femme laide, bossue, nous regarda alors que nous faisions halte un court instant sur son trottoir pour rajuster quelque peu le chargement de valises déséquilibré par les cahots. Sans doute jugea-t-elle Lily bien grand pour occuper une poussette puisqu'elle demanda à ma mère: "Qu'a-t-il, Madame, votre petit garçon ?" "Il ne marche pas !" répondit ma mère. "Mon Dieu ! Mais ne continuez pas, cela ne sert à rien. Entrez chez moi..." dit-elle alors. Nous étions prêts à poursuivre notre chemin, mais elle se fit si gentiment insistante qu'après quelques instants d'hésitation, nous nous retrouvions, chez elle, l'objet du plus généreux empressement. Cette petite femme (née en l897), laide, bossue, mais au grand cœur, c'était "Germaine" BOURDOUXHE, rue St-Nicolas, 458, à Liège. <br /> Au rez-de-chaussée; la maison comportait une chambre à coucher en façade; une petite cuisine y faisait suite, donnant sur une cour. Au fond de cette cour et dans le prolongement du vestibule, un arrière-bâtiment abritait des locataires, un ménage de vieux pensionnés du nom de BERX, avec Virginie, leur fille célibataire. Un carrelage mural blanc ajoutait à l'exquise propreté de la cuisine où nous nous trouvions non seulement à l'étroit mais quelque peu gênés; beaucoup d'images pieuses et aussi, encadré, un poème célèbre consacré à la mère. Poème qui se terminait par: "Et le seul mal qu'elle puisse jamais nous faire, c'est de mourir et de nous abandonner...".<br /> Faut-il dire que la nouvelle situation ne "m'arrangeait" pas, mais alors pas-du-tout ! Ne faisant pas plus d'étapes que nécessaire, les Allemands allaient sûrement apparaître d'un moment à l'autre. Et puis ...toujours et plus que jamais traumatisé par la perspective de devoir ingurgiter des aliments non préparés par ma mère, je me demandais avec angoisse quel serait le premier menu là où nous nous trouvions à pension complète. Plus aucun souvenir ne me reste à cet égard. Probablement parce que, en revanche, je me rappelle très bien qu'ayant jugé très vite les qualités ménagères de ma mère, Madame Germaine lui avait aussitôt délégué tous pouvoirs pour diriger l'intendance, éliminant, du même coup, mes appréhensions particulières.<br /> <br /> Des gens, dans les équipages les plus divers, continuaient à se traîner vers l'Ouest. On entendait de fréquentes détonations dont nous ne pouvions déterminer la nature et l'origine. Nous étions sans nouvelles des combats, et, trop souvent à mon gré - je l'ai déjà dit - ma sœur versait des larmes sur le sort inconnu de son fiancé. Quelle était la situation du fort de Battice, que je n'hésitais pas, dans mon exaltation de gosse, à considérer véritablement comme "mon fort?! Reprenant mes habitudes d'indépendance, je ne tardai pas à effectuer des reconnaissances aux environs, rendant mes parents légitimement inquiets, car, sans nul doute, sur le territoire de Liège, rempart de Paris contre les Allemands, rempart de la France, le danger était partout présent. Reconnaissances peu excitantes d'ailleurs, puisque ce n'étaient que rangées monotones de maisons aux façades noircies, partiellement descendues dans le sous-sol instable truffé de galeries de mine; que halls d'usines; que terrils; que rues inégales en gros pavés, courant à travers des quartiers gris et tristes que la lumière intense d'un printemps toujours radieux ne parvenait pas à me rendre sympathiques. ô, Petit-Rechain ! ô, vertes prairies de mes ébats !<br /> <br /> Deux de ces reconnaissances apportèrent néanmoins quelque chose de concret. D'abord, j'eus l'occasion d'acheter dans une petite épicerie toute proche, le dernier bâton de chocolat ; c'était de l'excellent chocolat fondant, marque "Robin des Bois". Ensuite, je tombai pile sur un monsieur qui n'était autre que mon oncle Constant (frère de mon père), qui s'inquiéta de me voir circuler seul. A l'instar de nous mêmes et pas bien loin d'ailleurs, il était hébergé avec sa famille chez d'autres Liégeois au cœur généreux. Rencontre fut convenue, avec promesse de passer chez lui à Bois-de-Breux/Jupille s'il nous arrivait de nous replier vers l'Est, ce dont il n'était pas question à ce moment ! Je flânais un peu dans toutes les directions. De l'extrémité de la rue de la Coopération, on apercevait au loin la ronde d'avions allemands en piqué sur ce que Madame Germaine affirmait être le fort de Hollogne-aux-Pierres. Plusieurs fois, un vacarme insolite nous fit plonger dans la cave; protection combien illusoire puisque, non seulement elle n'était pas voûtée, mais assise sur un sol véritablement mouvant, où, selon Madame Germaine, on pouvait entendre parfois le bruit des mineurs au travail juste au-dessous ! <br /> <br /> Nous couchions dans la pièce en façade, au rez-de-chaussée, Madame Germaine à l'étage. Ma place était au pied du lit et en travers ! La fenêtre à rue était grande ouverte, mais on avait complètement descendu le volet mécanique. Il faisait chaud, l'air manquait, et, malgré mon jeune âge, dormir consistait à attendre le jour... <br /> <br /> Une nuit, (je pense que c'était celle du l2 au l3 mai, notre deuxième nuit rue St-Nicolas), un charroi infernal passait en trombe devant la maison, et, de temps à autre, on entendait vociférer en allemand. Tout à coup, quelqu'un heurta violemment du poing contre le volet en criant avec impatience: "Le chemin te Pièrzè !?" "Le chemin te Pièrzè !?"... Bref instant de panique générale dans notre "chambre à coucher" plongée dans la plus totale obscurité; puis, retrouvant des aptitudes linguistiques sans emploi depuis un quart de siècle (et trouvant en même temps le chemin de Bierset...), ma mère cria: "Gerade aus !" (tout droit). Lorsque le jour parut, je pus voir, pour la première fois de mes propres yeux, des soldats allemands... Ainsi, sans nul doute, la Meuse était franchie par l'ennemi et notre exode n'avait plus aucun sens, mais des nouvelles ou rumeurs contradictoires empêchaient mes parents de décider le retour à Petit-Rechain.<br /> <br /> Semblant trouver quelqu'agrément (ou sécurité ?) en notre compagnie, Madame Germaine ne semblait guère pressée de nous voir déguerpir. Néanmoins, le <strong>mercredi 15 mai 1940</strong>, échos, rumeurs, "nouvelles" recueillis au hasard des conversations affirmaient que tous les forts de la position fortifiée de Liège s'étaient rendus, ce que permettait de croire un imposant charroi militaire allemand poussant vers l'Ouest, quasi sans interruption. On entendait bien tonner le canon, mais sans pouvoir déterminer d'où cela provenait. Mes parents décidèrent alors qu'on rentrerait à Petit-Rechain le lendemain.<br /> <br /> <strong>Jeudi l6 mai 1940</strong>. La matinée se passa en préparatifs, puis, après le repas de midi, on prit congé de Madame Germaine. Cette fois vers l'Est, les deux poussettes se remirent à cahoter sur les pitoyables voiries du quartier des "Bons Buveurs". On fit une brève halte place St-Nicolas, pour dire au revoir à Madame Henriette, autre Liégeoise au grand cœur, amie de Madame Germaine chez qui on avait fait sa connaissance. La guerre n'ajoutait manifestement rien au drame qui avait marqué la vie de Madame Henriette: quelques années auparavant, sa fille unique (dont la photo trônait partout dans l'appartement) était morte à l'age de l9 ans. Ma mère n'avait plus que sept mois, jour pour jour, avant de vivre une expérience similaire; quant à moi, indifférent, j'avais encore 37 années de répit ! <br /> <br /> Mon père semblant avoir une bonne connaissance des rues de l'agglomération liégeoise, on atteignit sans difficultés la rive de la Meuse, aux environs de l'actuelle passerelle Saucy. J'aperçus le pont des Arches, dont les arches trempaient lamentablement dans les eaux du fleuve; il avait sauté comme tous les autres, aussi fut-ce dans un grand "bac" qu'on passa sur la rive droite. Via Bressoux, on gagna Jupille où, - chose promise, chose due, - on se rendit chez l'Oncle Constant HERMAN, rue de Bois-de-Breux, 33l. On grimpa ensuite vers Fléron...où une grosse surprise nous attendait quand on parvint au carrefour de la chaussée de Battice et de la route vers Ayeneux: le fort de Fléron tirait rageusement, et, dans le même temps, une meute d'avions allemands piquaient à mort en direction de ses coupoles en miaulant . Quelques dizaines de mètres plus loin que le carrefour de la route vers Trooz, la chaussée était barrée par une chicane qu'on contourna en passant par une prairie dont la haie avait été interrompue dans ce but. Au moment où nous reprenions notre progression sur la chaussée, au-delà de la chicane, on apercevait les coupoles du fort de Fléron, flammes et fumée sortant des canons; les avions allemands déversaient leur cargaison de bombes, des mitrailleuses crépitaient. Ainsi, le fort de Fléron résistait toujours, et à vrai dire, nous en étions si proches que notre situation était assez périlleuse... Courant plutôt que marchant, on atteignit le village d'Ayeneux. Près de l'église, qui n'était plus qu'un énorme amas de pierres et de briques, mon père rencontra fortuitement un Hervien de ses connaissances. Hagard, comme hébété sans qu'on en pût deviner le motif, l'homme nous supplia de ne pas poursuivre notre route: "Arthur, nu vass' né pu lon; c'est comme en quatwasse, les Allemands touwè to'l monde !". (Arthur, ne continue pas, c’est comme en 1914, les Allemands tuent tout le monde !). Peut-être mon père revit-il en pensée, un bref instant, les dramatiques événements relatés au début du présent récit; il n'en laissa toutefois rien paraître, et l'on continua, par le Thier du Grand Hu et la chaussée de Wégimont, vers Soumagne. Le temps demeurait obstinément beau, et l'air était encore chaud en début de soirée, tandis que nous montions la route du "Bois Levêque", vers Xhendelesse. A l'entrée de ce dernier village, comme la soif se faisait sentir, mon père suggéra une brève halte au "Café Brouwers", où j’avalai, quant à moi, un verre d'eau gazeuse additionnée de menthe. Le canon tonnait toujours, au loin. Qu'était-ce ?<br /> <br /> Les deux poussettes se remirent à cahoter sur la route inégale et poussiéreuse. Cours-à-Xhendelesse, Stockis, Grand-Rechain. Comme abandonné, ce village était silencieux et désert. Le soir tombait. Quand on sortit du dernier virage, à hauteur de la ferme Depairon, l'image de l'occupation ennemie nous apparut comme une authentique réalité: une patrouille gravissait lentement la rue de Grand-Rechain. On croisa, avec un peu d'inquiétude, ces soldats vert-de-gris, casqués, impassibles, arme à la bretelle, dont les lourdes bottes noires martelaient sinistrement le sol, en cadence. Il était environ 20 heures 30. Comme Grand-Rechain, notre village semblait, lui aussi, déserté par toute sa population, mais dès que nous arrivâmes sur le trottoir de notre maison, notre voisin (et tailleur) Jacques DELHASE accourut au-devant de nous. "Venez chez nous, dit-il, vous ne sauriez pas rentrer dans votre maison; les Allemands s'y sont introduits et ont tout pillé. L'Administration communale a fermé et scellé les portes en attendant votre retour...!" . Une vieille dame demeurant en face, Mlle FRAIPONT, vint alors nous raconter la frayeur qui s'était emparée du quartier lorsque, ayant repéré dès leur arrivée, les quelques bouteilles d'alcool que mon père avait malencontreusement laissées en vitrine (côté rue Bonvoisin), des soldats ennemis avaient forcé notre porte...pour ressortir peu après, ivres et menaçants! Dans l'immédiat, c'était, pour nous, l'impossibilité de rentrer avant le lendemain. Force fut donc d'accepter l'invitation d'hébergement chez Monsieur et Madame DELHASE, qui nous informèrent que le fort de Battice tenait toujours... On commençait d'ailleurs à s'en douter, attendu que la canonnade ne cessait pratiquement pas. Le campement s'organisa donc chez DELHASE; comme lit, il m'échut (au rez-de-chaussée) une table ronde, bien sûr trop courte, d'où je me levai tout ankylosé, dès que je le pus, <strong>le l7 mai l94O.</strong> Sur requête de mon père, le garde champêtre DEROUAUX vint remettre à notre disposition, notre maison quittée juste une semaine plus tôt. Quelle semaine !<br /> <br /> Alors on fit l'inventaire. Haricots, riz, sucre, savon, que ma mère avait prudemment stockés, avaient disparu. Aussi, cela va de soi, le stock commercial de vins, liqueurs, alcools, tabacs, cigares, et cigarettes. Les Huns avaient aussi emporté une dizaine de livres qui s'ennuyaient dans la mansarde: des oeuvres de Schiller, de Goethe, et de Lessing, imprimées en gothique (brrrr !), que ma mère détenait depuis son séjour en Allemagne, avant l9l4. Le poste récepteur de radio ne fonctionnait plus; manifestement, il avait été intentionnellement branché en 110 volts sur le secteur 220, pour être mis hors d'usage. Enfin, le dessus du meuble appelé "dressoir" nous parut bizarre. Sa petite étagère avait, en effet, été délestée de son ornement: 4 fois 5 cartouches de guerre sur languette-chargeur, que ma mère avait reçues de son frère Henri, après l'autre guerre. Belles et longues cartouches allemandes qu'elle astiquait soigneusement au "Sidol" presque chaque semaine (travail que j'assumais parfois). Cartouches assurément reparties pour l'Allemagne devenue "le Grand Reich"...<br /> <br /> Le village était bourré de troupes et de matériel. L'école demeurant fermée, j'avais le loisir de déambuler partout et d'observer. Les Allemands "puaient" le cuir de leur équipement, une odeur que conserve, si j'ose dire, ma mémoire. Ils étaient très corrects, aimables presque; plus tard, j'apprendrais qu'ils avaient reçu la consigne de faire du charme avec les populations: pour commencer. Ils occupaient, notamment, le "Garage du Perron" juste en face de nos fenêtres d'où on les apercevait découpant d'énormes quartiers de viande sur une grande et massive table disposée tout au-devant. Une "cuisine roulante" postée au coin de la chaussée de Battice et de la place Xhovémont, exhalait un fumet de bonne soupe. Tout ceci n'avait sans doute pas échappé à la vigilance de notre chat. Le lendemain même de notre rentrée, on devait le trouver dans notre vieille remise, étendu sur sa couchette habituelle, les yeux vitreux, déjà presque sans vie. Une horrible plaie couvrait largement son dos dont le beau pelage noir-roux-blanc était maculé de sang. On supposa qu'ayant tenté de chaparder un bout de viande, Minet avait été fusillé par le boucher B...., boucher deux fois, histoire de se faire la main. Notre pauvre chat ne tarda pas à expirer, et mon père se mit en devoir de dépaver un demi-mètre carré de notre petite cour (on n'avait rien d'autre), pour l'enterrer.<br /> <br /> Papa avait rouvert son salon de coiffure, où des soldats allemands se pressèrent aussitôt; ils avaient soin de toujours placer leur chaise contre les portes d'accès au salon, sûrement pour éviter quelque surprise mortelle... Un silence gênant accompagnait le travail de mon père, parfois rompu par une initiative linguistique de l'une ou l'autre des parties: un ou deux mots d'allemand approximatif, un ou deux mots de français boiteux. La situation s'améliorait si ma mère entrait en scène avec des phrases complètes, parfaites, jaillies du souvenir de ses jeunes années. Alors les soldats ennemis "bavaient" d'étonnement admiratif à l'évocation de son séjour doré "in Oberschlesien" et à Berlin où elle avait vu le "Kronprinz", etc. Eux parlaient de cette "sale guerre voulue par les capitalistes anglais" !<br /> <br /> Mais ces palabres n'étaient, pour ma mère, qu'un astucieux préambule à une question importante: "Qu'allait-il advenir du fort de Battice, et quand ?" Lorsque les soldats apprirent ainsi que le fiancé de ma soeur y était, ils prirent un plaisir sadique à répéter sans cesse: "Battice, alles kaput, 5OO Toten !". Ma soeur recommençait tout aussitôt à pleurer.<br /> <br /> Entretemps, le fort de Battice continuait à remplir vaillamment sa mission, en collaboration avec son abri cuirassé d'observation, le MM3O5, situé à Manaihant. De temps à autre, un détachement allemand avec tout son arsenal fonçait vers le Nord, sur la chaussée de Battice (où je m'interdisais encore de m'aventurer, fût-ce jusqu'à hauteur du château d'eau); cela tirait, crépitait, puis, le détachement - ou ce qu'il en restait - dévalait en hurlant et en jurant, jusqu'au centre du village. Trois cadavres en uniforme gris furent mis en bière à 2O mètres de chez nous et immédiatement portés au cimetière, où ils demeurèrent inhumés quelque temps, avant de rejoindre ce cher Grand Reich qu'ils auraient mieux fait de ne jamais quitter. Un autre, officier probablement, fit aussi les frais de l'une de ces opérations contre "mon" fort. Celui-là reposa quelques heures parmi ses frères d'armes qui occupaient une grosse maison bourgeoise sise juste à l'angle de la place Xhovémont et de la rue Laurent-Benoît Dewez: la maison d'une vieille dame riche, et en fuite elle aussi, la dame Bastin. <br /> <br /> Flairant quelque chose d'exceptionnel, je grimpai à temps dans mon poste d'observation (une fenêtre de la mansarde) pour voir sortir un cercueil enveloppé du drapeau allemand noir-blanc-rouge, garde d’honneur et sonnerie de clairon.<br /> <br /> L'artillerie de Battice et d'ailleurs continuait de tonner, parfois de façon inquiétante. Dès notre rentrée en notre maison, on avait pris l'habitude de coucher tous dans le salon de coiffure, par terre sur des matelas que l'on reportait à l'étage chaque matin: je ne sais dans quelle illusion de sécurité, puisque, alors que la cave voûtée n'inspirait déjà pas confiance (5 cms d'eau recouvraient en permanence son vieux dallage branlant), coucher au rez-de-chaussée ne pouvait que nous valoir plus sûrement la mort par écrasement ! <br /> <br /> La tension nerveuse, l'angoisse, ne cessèrent de croître tout au long de ces quelques jours séparant le l6 mai du 22. <br /> La nuit du 2l au 22 mai nous sembla étrangement calme, et pour cause: au matin du 22, de source allemande vraisemblablement, on apprit que le fort de Battice s'était rendu à 6 heures, après une nuit de réflexion accordée à son commandant, suite aux événements du 2l... Les Allemands manifestaient leur joie en criant:"Alles kaput, Battice !" Pour sûr, les armes s'étaient tues, mais que s'était-il passé, le 2l mai, pour justifier la capitulation du fort? Le saura-t-on jamais avec certitude ? <br /> La première version (d'ailleurs devenue officielle depuis lors) fut qu'un aviateur allemand particulièrement doué avait envoyé une torpille de l8OO kgs en plein dans le sas d'entrée du Bâtiment I, dévastant tout l'intérieur de celui-ci avec l'appoint des charges de dynamite y entreposées; plus tard, on imputerait la chose à un Flamand vendu à l'ennemi. Quoi qu'il en soit, une vingtaine de soldats belges y avaient laissé la vie, et, à Petit-Rechain, c'était l'affolement, la consternation. Dans l'excitation de leur succès, les B..... étaient constamment en mouvement, en direction et en provenance de Battice. De nombreux civils montèrent aux nouvelles, apparemment sans objections de l'ennemi. Mon père s'y rendit aussi, en compagnie de ma sœur. Quant à moi, j'eus beau pleurer et grogner, on me refusa de pouvoir être du voyage parce que j'étais susceptible "de voir des choses horribles ne convenant pas aux enfants". Le Destin me réservait, hélas, de voir des choses autrement atroces, de loin plus injustes encore: la désintégration progressive de mon enfant par la dystrophie musculaire, sa mort lente, son martyre de quinze années...<br /> <br /> Papa et Berthe n'avaient pu s'approcher de la garnison de Battice, captive, mais au moins avaient-ils pu apprendre qu'André était vivant et indemne. Pour ma part, je n'avais quand même pas tout perdu, car, ma curiosité permanente me retenant à l'extérieur, je vis arriver de Battice une grande voiture automobile noire, roulant lentement. Le véhicule vint se ranger à la bordure du trottoir, au carrefour de la rue de Battice et de la rue Bonvoisin; quelqu'un en descendit, s'éloigna vers l'extrémité de cette rue, puis revint presqu'aussitôt accompagné d'une personne de l'endroit, Madame BEBRONNE, qui sanglotait éperdument... D'instinct, je me rapprochai de la voiture dont on avait ouvert une portière arrière afin que la pauvre femme pût voir (ce que j'aperçus moi-même un court instant): sur le siège arrière de l'auto, un cadavre sanglé dans une couverture était étendu; quelque peu écartée, la couverture découvrit un visage noirci, figé par la mort, celui de Franz BEBRONNE; victime de la tragédie du Bâtiment I du fort, foudroyé à son poste de combat, derrière l'un des canons que l'on peut encore voir aujourd'hui, braqués sur la route Battice-Aubel. Des parents perdaient leur grand fils (frère de mon petit camarade Georges); un ravissant petit garçon tout blond (qui venait à peine d'effectuer ses premiers pas...) perdait son papa, qui serait pour lui toujours une fiction, jamais vraiment un souvenir...<br /> <br /> Dans les jours qui suivirent, notre région ayant cessé d'être dans la zone des combats, j'enfourchai mon vélo et me rendis discrètement à Battice. Les routes étaient défoncées par les bombardements. Des balles, des éclats de bombes et d'obus jonchaient le sol par centaines. D'abord sans attirer l'attention de quiconque, je m'approchai des ruines de ce qui avait été la caserne de surface. <br /> <br /> Ce baraquement incendié à l'aube du lO mai l94O avait naturellement brûlé jusqu'au ras du sol; mais un escalier menait dans ses caves bétonnées, restées intactes. J'y descendis prudemment. Le bourdonnement insolent de quelques grosses mouches m'accueillit. Sur une lourde table en bois, une bouteille de lait ouverte et un morceau de viande. Décu par mon inspection, je remontai et tombai "pile" sur l'entrée du toboggan qui s'ouvrait, en effet, dans la caserne, pour permettre, en cas d'urgence, l'occupation rapide du fort. Avait-il servi, dans cette nuit historique du 9 au lO mai ? </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/casenebattice2.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le toboggan marqué de la lettre Y</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tob.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Vue plus récente du toboggan</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Quatre ou cinq cartouches de guerre, que j'empochai aussitôt, gisaient sur sa pente où, après un parcours d'une dizaine de mètres, une énorme porte d'acier empêchait toute progression et...réduisait à néant mes rêves de découvertes et d'aventures. Une nouvelle fois revenu à l'air libre - encore et toujours inondé de soleil - j'observai au loin les coupoles du fort, sur lesquelles quelques soldats allemands, entièrement nus, bronzaient ostensiblement leur peau avant d'aller (je l'espérais), la faire trouer quelque part... <br /> <br /> Quelques coups de sifflet stridents me ramenèrent alors brutalement aux tristes réalités de l'époque: sans délai, je battis en retraite et roulai allègrement vers Petit-Rechain. </p><br /> <br /> <br /> Source bibliographique via internet :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> Sources Iconographiques :<br /> <a href="http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html">http://www.bestofverviers.be/les-gens/histoires-vecues/117-ma-campagne-de-mai-1940-de-julien-herman-.html</a><br /> <a href="http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm">http://users.skynet.be/jchoet/fort/gallebat.htm</a> Mon, 03 Oct 2016 21:09:01 +0200 LEON PIRLOT, de HOTTON, CHASSEUR ARDENNAIS 1940-1945 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-151+leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-151+leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945.php <p style="text-align:justify">"Je suis entré à l’armée le 16 octobre 1939. J’ai fait mon instruction à la caserne Prince Baudouin, à Bruxelles, place Dailly, au 2e Chasseurs Ardennais.<br /> Lors de la création du bataillon moto des Chasseurs Ardennais, on a demandé des volontaires. Personne ne s’étant présenté, on a pris d’office ceux qui avaient déjà été punis… j’étais du nombre.<br /> Nous avons quitté Bruxelles vers la mi-janvier pour Ernage – un dépôt de l’armée – où nous sommes arrivés le 23 février 1940. Chaque jour, nous allions à la sucrerie de Gembloux, où le lieutenant Leblanc nous initiait à la conduite des engins. Nous y sommes restés un mois et demi.<br /> L’instruction terminée, nous sommes venus en cantonnement à Fisenne. Je faisais partie de la 3e Compagnie Engins, tandis que Louis Bresmal appartenait à la 1ère Compagnie. Ma sœur et une tante de Louis sont venues nous rendre visite un dimanche. Un jour, nous avons également eu la visite de deux braves sœurs. Je les ai vues, mais je n’ai pas parlé avec elles. Elles auraient fait partie de la 5e Colonne – on me l’a appris par après – mais trop tard, hélas.<br /> Je montais de garde, suivant mon tour, sur le versant où l’on découvrait le village d’Erezée et son pont au pied de la colline. Ayant bénéficié d’un congé de 10 jours en qualité de fermier, j’étais chez moi le 10 mai."</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <strong>Nous sommes le 10 mai 1940 et le soldat Pirlot, Léon, Bon.Moto Chasseurs Ardennais 3e Cie Engins N° matricule : 296 1401 est chez lui, bénéficiant d’une permission de 10 jours.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Ce jour-là, j’ai été réveillé vers 4 heures par des bruits anormaux d’avions. M’étant levé un peu plus tard, je suis allé voir : de nombreux avions sillonnaient le ciel à très haute altitude, laissant derrière eux des traînées de condensation, ce qui ne se voyait jamais à l’époque. Avant mon lever, j’ai aussi entendu des déflagrations. C’était la gare de Jemelle qui était bombardée. Germaine Dehez qui m’aperçoit dans la cour me crie : « C’est la guerre ! Les soldats doivent rentrer, on l’annonce à la radio. » J’allume mon poste et, en effet, le journaliste de service répète ce que la voisine vient de me dire, annonçant l’envahissement de la Belgique par les Allemands et le bombardement de Jemelle et d’Evere.<br /> C’est ainsi que, vers 7h30, je pars à vélo pour Fisenne, pour la captivité… pour 5 ans… Je rejoins mes camarades qui occupaient les positions dans les bois. Certains tiraient inutilement sur les avions qui continuaient toujours à passer haut dans le ciel. »</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">La guerre vient d’être déclarée par l’envahissement de la Belgique par les troupes allemandes et le soldat Léon Pirlot vient de rejoindre ses camarades dans les bois de Fisenne.</p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"A minuit, nous nous replions vers Fraiture, on incendie les bâtiments au préalable. Le soldat André Albert se serait tué en dévalant la pente boisée, après le pont d’Erezée, direction Fisenne, en ayant raté un virage dans l’obscurité? Des camarades m’ont raconté qu’au pont d’Erezée, ils avaient vu des Allemands transporter des madriers pour réparer le pont sauté et que, quelques semaines auparavant, un civil les avait commandés à la scierie Dory, qui se trouve à peu de distance de là.<br /> A 5h., nouveau repli vers Temploux. J’omets cependant de dire qu’au cours de la retraite vers Oppagne, au cours d’une halte, j’ai revu Robert Delacolette, lieutenant, et mon voisin Alexandre Guissart, du 3e Chasseurs Ardennais. Il m’a raconté avoir déjà combattu à Chabrehez, où l’ennemi a été arrêté pendant plusieurs heures, et que les Allemands avaient tué des civils. Il avait l’air assez excité. Nous étions déjà mêlés aux évacués, qui encombraient les routes. Ils m’ont dire venir de Vielsalm.<br /> A Temploux donc, le dimanche 12 vers 15h, une vague de bombardiers arrive, lançant des chapelets de bombes. J’en vois tomber sur les maisons, partout. Cela dura jusque vers 20h. Heureusement, nous étions bien camouflés dans un bois et ils ne nous on pas aperçus. Sur les hauteurs, des baraquements militaires étaient en feu et Temploux détruit.<br /> Pour atteindre cette localité, nous sommes passés par Huy où le pont miné allait sauter aussitôt notre passage effectué. Les artificiers se démenaient, criant : « Passez vite, vite, le pont va sauter ! » En effet, à peine suis-je passé que j’entends la déflagration. Des soldats isolés d’autres unités n’ont pu passer !<br /> A 9h., le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Perwez pour y défendre l’obstacle antichar Cointet (appelé du nom de son inventeur cet obstacle était constitué de grilles d’acier montées sur rouleau, hautes de 3 m et larges de 5, pesant 1300 kg, uniquement sur route. Les rouleaux servaient à les déplacer pour le passage éventuel de véhicules. Les autres grilles étaient fixes.) Pour nous y rendre, nous roulons dans un chemin agricole encaissé et étroit."</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, chargé de défendre un obstacle antichar Cointet à Perwez.</strong></p> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Arrivés sur les lieux de défense, nous prenons position dans un chemin creux à une certaine distance de la barrière antichar s’étendant sur des kilomètres, des kilomètres…<br /> Un officier du bataillon nous renseigne sur notre mission : « il va y avoir une bataille, des chars allemands vont vous attaquer. Votre mission est de défendre l’obstacle Cointet . » Fusils contre tanks ! Heureusement, les Chleuhs ont accompli leurs exploits dans une autre zone de combat. A 11h., bombardement de la ville.<br /> Le 13 (mai) à Perwez, je me souviens, nous étions sur la place du village. Les balles nous sifflaient aux oreilles ; les Marocains, impassibles, avaient posé des mines sans nous avertir, ce qui rendait tout déplacement dangereux.<br /> A un Marocain qui fumait tout près d’une mine : « Que ferais-tu si les Allemands arrivaient ? » « Je déposerais ma cigarette sur la mine » répondit-il, stoïque. Par après arriva près de moi une ambulance dont l’arrière avait reçu une rafale de mitrailleuse. Je reconnais le chauffeur, Gaston Hébrant, de Verdenne, que je n’avais plus vu depuis plusieurs années. Des bombes tombaient à 20 m. et me glaçaient le sang. Puis vint la nuit, une nuit noire : on n’y voyait pas.<br /> Dans cette nuit terrible, le sergent m’avait ordonné de porter l’ordre de repli à quelques camarades qui auraient dû se trouver dans les parages. Je n’ai pu les avertir : je ne les ai pas trouvés. Pendant le jour, certains ont commencé à piller les magasins. Nous ne recevions rien à manger : on tirait son plan comme on le pouvait. Je n’ai reçu qu’une fois à manger durant les quinze jours de guerre et je n’ai vu la roulante qu’une fois.<br /> En conséquence on ne mangeait que ce que les civils voulaient bien nous offrir, quand civils il y avait sur les lieux. Sinon, il fallait voler dans les magasins pour survivre !<br /> J’étais sorti d’une épicerie avec un camarade ou deux. J’avais en main un paquet de biscuits genre ‘Petit-Beurre’, quand une voisine nous prend à partie et nous crie : « Vous êtes encore pires que les Allemands ! » Sans doute ignorait-elle notre détresse, je lui répondis : « Les Boches vous mangeront Madame ! »Puis, nous sommes partis vers notre triste destinée, rejoindre nos side-cars.<br /> Nous avons reçu chacun, comme vivres de guerre, des biscuits très durs qui, trempés dans l’eau, augmentaient de volume et étaient excellents, surtout la faim aidant. Ils étaient contenus dans une boîte d’aluminium, d’environ 15 cm X 10cm X 10 cm, avec défense formelle de les manger sans en avoir reçu l’ordre. Je suis toujours en possession de la boîte, mais pas des biscuits…"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, dans la région de Perwez, le 14 mai 1940:</p></strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Le 14, repos après avoir effectué un repli jusque la Hutte, près de Genappe, pendant le nuit. Journée du 15, nouveau repli à 0h15 pour Huyzingen. Repli, repli… toujours repli. Nous y rencontrons les premiers Anglais. Nous les avons salués et applaudis. Ils avaient placé un canon D.C.A. sur une butte . Quand, vers 9h arrivèrent plusieurs avions, nous nous sommes cachés, mais les Anglais, assis sur l’affût, ont commencé à tirer sur les avions malgré la mitraille. Un Heinkel prit feu et tomba dans les parages du bataillon. Les cinq hommes de l’équipage furent conduits auprès du commandant Krémer, qui les remit aux Anglais après interrogatoire, ils étaient tous très jeunes.<br /> Au cours de ces différents replis, il fallait rouler parmi les réfugiés qui encombraient les routes de façon indescriptible : de pauvres gens se déplaçant à vélo, en charrette, en voiture, à pied… On était tellement fatigué que je m’endormis quelques secondes sur la machine. En plus, on avait faim. Je me rappelle aussi les fils téléphoniques cassés ou tendus qui étaient de véritables pièges, blessant et tuant.<br /> Vers 17h30, départ pour Iderghem, puis pour Hofstade. Félicitations par le Roi au bataillon Moto pour ses missions périlleuses accomplies.<br /> Le vendredi 17 mai, nouveau repli à 8h30 pour Slotendries, au nord de Gand. Nous sommes arrivés à minuit et, là, nous recevons des side-cars, des motos et des tricars neufs. Samedi 18, départ à 10h. vers St-Gilles-Waas.<br /> Le 19 mai, nous occupons un bras de l’Escaut entre Doel et Anvers. Repli vers 10h. du soir pour nous rendre en Hollande. On voit de la fumée qui s’élève au loin, à l’horizon, le drapeau rouge à croix gammée flotte sur la tour de la cathédrale d’Anvers. Des camarades ont capturé un side-car ennemi.<br /> Le lundi 20, nous effectuons des travaux de campagne. Le jour, nous creusons des trous pour nous cacher de la vue des avions et, la nuit, nous nous replions conformément aux ordres donnés. Les Allemands avaient malheureusement la maîtrise du ciel, pas un seul avion ami n’a été aperçu jusqu’à présent. Où sont-ils ? Que font-ils ?<br /> Je me souviens d’un acte héroïque, mais je ne sais plus ni la date ni le lieu exacts, la scène se passait dans la courbe d’un village. Des servants d’un 4,7 Chasseurs Ardennais (petit canon antichar très efficace) stoppaient l’avance des soldats ennemis. Pour ce faire, ils tiraient au moyen d’obus fusants (je crois que le terme est exact) qui sont des obus qui éclatent presque à la sortie du tube aussitôt tirés. Ils tiraient à bout portant. Imaginez le carnage ! Mais il n’a pas duré longtemps : des stukas sont arrivés et, après un ou deux passages, il ne restait plus rien que des débris… Nous sommes passés à cet endroit un quart d’heure après…"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, ayant perdu sa colonne et ne sachant pas où se trouvent les ennemis…: </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Après avoir roulé quelque temps en pleine campagne, nous voyons une maison dont une fenêtre est éclairée. Nous nous y rendons, c’est une fermette typiquement flamande, sans étage, très basse. Nous frappâmes à la porte et un vieux couple vint nous ouvrir. Ces deux vieilles personnes avaient l’air apeuré, sans doute à la vue de nos grands casques motocyclistes en liège (à ce propos, il nous avait été conseillé de ne plus nous en coiffer car, les Anglais, la nuit, nous confondaient avec les Allemands). Il ne fut pas possible d’obtenir de ces gens le moindre renseignement, nous ne comprenions pas. Que faire ? Dans quelle direction se rendre ?<br /> Nous avons roulé une partie de la nuit sans savoir où nous étions ni où nous allions. Nous craignions de nous jeter dans les lignes ennemies. Nous avons continué de rouler une partie de la matinée du samedi 25, à la recherche de notre bataillon.<br /> J’oublie de dire qu’avant ces incidents nous étions passés par Ypres avec arrêt près du monument 14 – 18. Là, j’ai revu Joseph Henrotin, de Marenne. Le 10 mai, les travailleurs du rail avaient été mobilisés comme nous, les militaires. Ils se repliaient aussi devant l’armée allemande. Après la capitulation, Joseph était rentré à Marenne et avait rendu compte de notre rencontre à mes parents. Il paraît que j’étais méconnaissable !<br /> Vers 2h., par hasard, nous retrouvons la deuxième compagnie à un carrefour. Le lieutenant Renard, qui remplaçait le lieutenant Gérard tué avec trois soldats lors d’une patrouille le 23 à Oycke, nous lance « Tirez-vous de mon chemin, tirez-vous de mon chemin ! ». Bon, il faut bien continuer et, finalement, nous retrouvons nos camarades. Je comprends que, dans certaines circonstances, on peut être énervé, mais quand même ! Nous tombons sur le commandant Reyntens de la 1ère compagnie, père jésuite et homme de grand cœur. Il nous apprend le maniement d’une grenade car, jamais, on ne nous en avait montré une ! Pour une troupe d’élite, ce n’est pas croyable ! La MI10 (mitrailleuse Maxim) que nous avions datait de 1916 ; on nous fait prendre position le long du chemin de fer qui se trouvait à proximité.<br /> Tout est calme. Soudain, un civil pressé traverse les voies. Je lui demande s’il n’a pas vu les Allemands, il me répond que non et continue son chemin à travers tout. A l’heure actuelle, je me demande toujours si ce n’était pas un espion et me repens de ne pas l’avoir arrêté pour vérification d’identité.<br /> Quelques minutes après, nous entendons des cris au-delà du chemin de fer. Le talus nous empêche de voir ce qui se passe. Les cris se rapprochent. A l’endroit où nous étions, un chemin empierré avec un passage à niveau non gardé traversait la ligne. Un petit aqueduc la traversait également et je me rappelle avoir entendu les Boches patauger dans l’eau, sans les voir."</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord de la Belgique, à quelques mètres ce l’ennemi…: </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Nous avions abandonné les engins à une centaine de mètres, dans une prairie. Tout à coup, j’aperçois Narcisse Lemauvais, de Fronville, qui marchait dans la direction des motos, tout en tirant. Il me demande si je n’avais pas vu Louis Bresmal (ces deux camarades appartiennent à la 1ère Cie) . Je lui réponds que non et lui crie : « Mais ne tire pas comme ça, cache-toi ! » Mais, pour cela, il aurait dû venir près de nous… Tels furent nos derniers mots… le malheureux tomba raide mort. Honneur à ce brave ! Je pardonne, mais n’oublierai jamais. Mon père était aussi un ancien combattant…<br /> Les Allemands franchissent la ligne de chemin de fer et, debout, tout en tirant, hurlaient comme des lions. On nous a appris après qu’ils nous demandaient de nous rendre. A chaque coup de fusil que je tire, ils répondent par une rafale de mitraillette. Nous sommes obligés de sauter dans le fossé longeant le chemin, parce qu’ils nous prennent en enfilade. J’ai de l’eau boueuse presque jusqu’aux genoux; je vois les balles, c’est-à-dire leurs impacts qui font jaillir la terre à un mètre de moi. Ensuite, ils sautent dans la prairie.<br /> La mitrailleuse, qui n’a plus que trois pieds, j’ignore dans quelles circonstances elle avait perdu le dernier, n’a pas tiré. Les servants ont été blessés de même que le sergent qui la commandait. Je n’ai rien vu de la scène avant que celui-ci ne soit étendu dans le fossé. Grâce à Dieu, il a dû se rétablir étant donné que son nom n’a pas été repris dans la liste des tués du Bn.Moto. J’ai remarqué que le caporal avait pris sa place.<br /> Sous le nombre, nous avons dû nous rendre. Ils nous ont fait sortir du fossé puis nous ont alignés, j’ai cru qu’ils allaient nous fusiller. Ils ont brisé nos fusils puis, à coups de pied, nous ont font avancer. Déjà, les sanitaires pansaient les blessés allemands.<br /> Lorsque nous passions près d’un cadavre, ils nous injuriaient et nous menaçaient. Un gradé nous a demandé pourquoi nous nous battions : « Vous êtes wallons ? Nous savions où le front n’était pas fort défendu ! » Ils nous ont rassemblés dans la cour d’une ferme. Nous ne pouvions communiquer entre nous. J’y ai revu Louis Bresmal auquel j’ai dit : « Tu es déjà là ! »<br /> Ils nous ont rassemblés dans une cour de ferme, entourée de barbelés. Je vois, à quelque distance, des soldats allemands qui déchargent du pain d’un camion. A tout hasard, je m’avance jusqu’aux barbelés et dis au soldat le plus proche : « Geben brot, brot ! ». Il est allé me chercher un pain de l’armée. Il était dur mais, malgré tout, il a été vite mangé. Je me suis dit qu’il y avait quand même de bons soldats chez eux…<br /> Pour la nuit, ils nous ont fait monter au fenil. Là, j’ai revu beaucoup de mes camarades. Des blessés aussi , parmi eux, le petit Volvert, mais la plupart étaient restés dans la grange. Pendant la nuit, j’ai entendu Volvert gémir et crier « water, wasser », il provenait de la frontière allemande et était engagé volontaire. Il n’avait que 18 ans : c’est un des plus jeunes Chasseurs Ardennais morts pour la patrie. Il n’était pas possible de lui porter secours, nous ne pouvions même pas nous parler… Le matin, lorsque nous sommes partis, je l’ai vu… mort !<br /> J’ai noté dans mon petit agenda, à la date du 2 juin : « Départ de Hasselt, vers 14h., pour Maastricht, nuit passée sur les bords du canal Albert – Attaque de l’aviation alliée. »<br /> J’ignore l’heure et le nombre d’avions canadiens (?????) – on distinguait très bien la feuille d’érable dessinée sur la carlingue et les ailes. Après différentes étapes pédestres, la colonne de prisonniers était arrivée à Vroenoven, où le fameux pont sur le canal Albert était tombé intact entre les mains allemandes, par surprise et trahison.<br /> Les sentinelles nous avaient ordonné de nous coucher sur le pont pour y passer la nuit, quand, tout à coup, des avions canadiens(?????) nous ont mitraillés. Ça a été le sauve-qui-peut général, surtout chez les Allemands. J’en ris encore ! Je n’ai pas eu connaissance de mort ou de blessé parmi nous. Sans doute tiraient-ils mal!"</p><br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag IV A, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot </p></strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Aucun prisonnier n’a reçu pareille demande… L’action se passe en février 1945, ce jour-là, j’étais seul avec une petite servante de 17 ans qui avait l’air bien malheureuse le fermier, sa femme, le fils et la fiancée d’un autre fils tombé à Stalingrad (le 11.11.1942) étaient invités à une cérémonie d’hommage organisée par les nazis. J’ignore dans quelle localité. Deux autres fils de la ferme ont été tués en Russie et un quatrième était à l’armée.<br /> Je suppose que l’autre servante et le Russe avaient bénéficié d’un jour de congé. Le travail de Frieda consistait à confectionner de petits fagots avec les branchettes des arbres que l’on avait ramenés entiers dans la cour, par temps de neige. Moi, je fendais des bûches.<br /> A 10h., comme d’habitude, je vais manger un bout, c’était un quart d’heure de perdu. Je demande si elle ne vient pas, elle me répond par la négative, mais quitte son travail et va dans sa chambre. Après avoir pris mon temps et bien mastiqué ma tartine, je retourne à mon travail. Frieda fait de même, mais vient me trouver et, me tendant sa petite hachette, me demande de lui couper le doigt… parce qu’elle ne voulait plus travailler à la ferme. Sous le régime nazi, on ne quitte pas son emploi sans motif sérieux, que cela vous plaise ou pas.<br /> Cet incident me tracassait, j’avais peur qu’elle ne dise : « C’est le Belge qui l’a sectionné » Qui aurait-on cru ? Toucher à l’intégrité physique d’une jeune Allemande était punissable soit de la peine de mort soit d’un long séjour à Rawa-Ruschka. Il était strictement défendu d’adresser la parole à une femme allemande.<br /> Dès que j’ai entendu le pas des chevaux, j’ai couru vers le landau et le fermier m’a demandé « Où est Frieda ? » Je ne l’ai plus revue…"</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot5.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Nous étions au début de mars 1945, il faisait encore bien froid. Après avoir dîné, je vois dans la cour (c’était une ferme bâtie en carré, avec une grande cour au centre) trois ou quatre Russes, prisonniers de guerre, sur le fumier situé face à la porte de l’étable. Ils ramassaient des épluchures de pommes de terre jetées par l’une des servantes.<br /> Je regarde vers la grande grange et vois d’autres Russes, ainsi qu’à l’intérieur… Quand étaient-ils arrivés ? Ils étaient plus d’une centaine. Pauvres malheureux ! J’aurais pu prendre un pain ou tout au moins trois ou quatre tranches pour leur donner, c’était beaucoup trop peu pour les rassasier. Je pense aux choux raves dans la cave… En les coupant pour les vaches, j’en mangeais quelques tranches, à vrai dire ce n’était pas mauvais ; en plus, je me disais que crus ils contenaient des vitamines."</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pirlot6.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">"Je décide que, le lendemain, j’avalerai vite mon dîner, m’emparerai d’une manne et irai dans la cave dont l’entrée est située sur le côté de la cour-cave creusée dans les roches de sable. Après avoir rempli la manne le plus possible et parce que je ne connais pas le russe, je fais signe avec les mains à quelques prisonniers près de la grange. Mais c’est au moins une vingtaine de Russes qui accourent, me bousculant, criant et me faisant tomber. Voilà les choux qui roulent partout, puis, subitement, les Russes lâchent prise, je parviens à me relever et que vois-je ? Un soldat allemand, un feldwebel, pistolet au poing qui se lance sur moi en criant : « Sie wissen was das Wort, Russe bedeudet ! »D’où sortait-il cet animal ? J’avais eu chaud, bien qu’il fasse froid, et très peur.<br /> Le lendemain, à midi, les malheureux étaient partis, où ? Quand j’ai eu dîné, je vais, comme d’habitude, dans la grange chercher de la paille hachée. Je pose la manne par terre et veux la remplir en poussant la paille avec les mains. Tout d’un coup, je saisis, avec les mains, un soulier avec un pied, puis une jambe, alors là, quelle frayeur à nouveau ! Je ne m’attendais pas à une pareille découverte. J’ai averti le fermier, on a retrouvé cinq ou six morts, on les a enterrés derrière la ferme.."<br /> Le 8 mai 1945, la sentinelle, très tôt le matin, nous avertit que nous sommes libres et que nous pourrons partir après avoir dîné. Quelle joie ! Quelle joie ! J’en fais part en rentrant.<br /> La fermière et une servante préparaient la pâte pour le pain. A la ferme se trouvait une femme, évacuée avec deux jeunes filles. Je ne sais d’où elles venaient, mais elles ne m’adressaient jamais la parole. C’étaient de pures nazies, sales bêtes ! Voilà que la mère dit : « Ce n’est pas parce que Hitler a perdu la guerre que je ne serai plus nazie ! » Crève avec ton Hitler, ai-je pensé, mais personne n’a répondu.<br /> Dans un village où à chaque maison pendait un morceau d’étoffe blanche en signe de reddition, un gros monsieur nous déclare pouvoir nous reconduire en Belgique avec son camion, des vivres et du carburant (gazogène). Dans la benne se trouve des caisses, on nous défendit de les ouvrir, tant pis. Ce qui comptait pour nous, c’était le retour. Nous nous installons sur le camion avec les pieds pendant au dehors de la benne. Le gros Allemand avait un chauffeur, il faisait bon, celui-ci conduisait torse nu. Nous arrivons à Karlsbad, nous y rencontrons les premiers Américains. Ils voient un civil avec nous, font arrêter le camion, s’emparent du gros malgré ses protestations puis nous laissent passer ; sans doute prenaient-ils le chauffeur pour un prisonnier."</p><br /> <br /> Après d’étonnantes aventures qui émaillèrent ce voyage de retour, après avoir été menacé un Russe tout à fait saoul grâce à une bouteille de whisky américain d’une contenance de 3 litres, après avoir vu apparaître une étonnante blonde engagée de force dans la Wehrmacht, le groupe de prisonniers belges dont faisait partie Léon Pirlot fut pris en charge par les Américains qui les ramenèrent. Quelle épopée, malheureusement vécue par tant d’autres jeunes gens qui avaient la malchance d’avoir 20 ans en 1940.<br /> <br /> <strong><p style="text-align:justify">Sources internet et iconographiques:</p></strong><br /> <a href="https://lapetitegazette.net/2016/07/27/leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945/">https://lapetitegazette.net/2016/07/27/leon-pirlot-de-hotton-chasseur-ardennais-1940-1945/</a> Thu, 01 Sep 2016 18:15:01 +0200 L'histoire des G.V.C. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-150+l-histoire-des-g-v-c.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-150+l-histoire-des-g-v-c.php <p style="text-align:justify">Peu d'écrits existent concernant les G.V.C. L'article qui suit est paru dans la revue RIF TOUT DJU numéro 312 d'octobre 1988, sous la plume de Willy Rocher.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center">G.V.C.?</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gvc_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Les GVC représenté sur un des chars du cortège de la victoire à Nivelles, le 14 octobre 1945</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pour la plupart des jeunes et même des moins jeunes d'aujourd'hui, ces initiales n'éveillent aucun souvenir. Mais parmi ceux qui ont connu les années quarante, certains se rappellent des «GARDES VOIES ET COMMUNICATIONS», la dénomination officielle des troupes auxiliaires d'âge mûr dont la mission était, lors des mobilisations préliminaires au dernier conflit mondial, de surveiller les voies de communication, gares et ponts, importants et même parfois secondaires.<br /> Ces vieux «rappelés» s'intitulaient eux-­mêmes les «vîs paltots», étant donné leur âge avancé pour un service militaire actif. Ils avaient en effet pour la plupart entre 35 et 40 ans. C'est dire qu'aujourd'hui, il n'en reste plus beau­coup en vie...</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Lors de la première mobilisation de 1938, qui dura du 28 au 30 septembre, leur équipement et leur armement étaient lamentables: peu d'uniformes complets, manque de fusils... Certains pelotons étaient même armés de... bâtons ! ! ! En 1940, lors de la seconde mobilisation, la situation s'était toutefois améliorée.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gvc_2bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Pour Nivelles et les environs, la cuisine centrale des G.V.C. ainsi que leurs maga­sins étaient installés dans les locaux de l'ancienne académie de musique, rue du Wichet, aujourd'hui disparus et rempla­cés par des immeubles à appartements.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les G.V.C. nivellois, appelés tout d'abord P.P.R. (Pieds de Paix Renforcés), étaient commandés en 1938 par un officier de réserve, le commandant Schmidt, dans la vie civile chimiste à Chassart, et en 1940 par le commandant Willaime, enseignant à l'Ecole Normale de Nivelles (1), secondé par le premier chef Devière. Le commandant Willaime avait la réputation d'être assez sévère. Pouvait-il en être autrement si l'on voulait essayer de «faire marcher» avec un peu d'ordre et de discipline ce service composé de gail­lards dont certains n'hésitaient pas à rentrer chez eux sans permission pour manger lorsque la «tambouille» ne leur plaisait pas, voire même pour y coucher !</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">À la cuisine, le chef n'était autre que Romain Raussens, tenancier du «Café Romain» à Nivelles, aidé par l'ardoisier César Coulon et autres Deprez, Barbier et compagnie. Cette cuisine ravitaillait cha­que jour par transports automobiles les pelotons des différents petits postes ins­tallés notamment à la gare de Nivelles-­Est, à l'école gardienne de la rue Cla­risse, à la rue Auguste Levêque, près de la gare de Baulers, à Alzémont, Fonteny, Vieux-Genappe, etc. ainsi qu'aux ponts de chemin de fer des faubourgs de Bruxelles et de Soignies.<br /> <br /> Signalons au passage que lors de la pre­mière mobilisation de fin septembre 1988, Arthur Masson, l'auteur des célèbres «Toine Culot», qui habitait et enseignait à Nivelles, figurait parmi les mobilisés aux G.V.C. II était affecté comme chef de peloton à la gare d'Ottignies et dirigeait sept hommes. «Je dormais comme un bienheureux sur les banquettes de la gare», a-t-il raconté... Son équipement militaire se limitait à une vieille capote et à une casquette... civile : son bonnet de police avait été mangé par les mites!!!! <br /> Nos G.V.C. n'ont pas combattu. Ils n'ont jamais tiré un coup de fusil. Certains se considèrent, encore aujourd'hui, comme des «troupiers d'opérettes»... Cela n'empêche qu'une des premières victi­mes, si pas la première, des bombarde­ments de Nivelles, fut un G.V.C., Charles Michaux, tué par un éclat de bombe dans la tête, sur la Grand-Place. Et il y eut aussi plusieurs G.V.C. blessés sous les bombardements. Quelques-uns devaient également être faits prisonniers du côté d'Ottignies, Court-St-Etienne et Wavre.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Quelques G.V.C., comme tout le monde, quittèrent Nivelles en feu. Certains avaient envisagé de gagner Bornival pour se regrouper. Dispersés, désorganisés, encore une fois comme beaucoup d'autres, ils formèrent un petit groupe qui aboutit à... Alost ! Là, eut lieu un certain regroupement du régiment, qui fut suivi d'une retraite vers la côte, à Saint&#8209;Idesbald et à Coxyde (villa Bénédicta), près de la frontière française. C'est là que le noyau principal fut rejoint par les allemands. Nos G.V.C. furent ainsi faits prisonniers. Mais, étant donné leurs âges et situations familiales, ils furent pour la plupart renvoyés dans leurs foyers. II y eut cependant quelques éléments isolés et perdus qui échouèrent en Allemagne avec d'autres unités.<br /> Les G.V.C. renvoyés chez eux recevaient des allemands un «Entlassungschein» ou certificat trilingue (allemand-­néerlandais-français) dont nous avons pu retrouver un exemplaire chez René Jeu­niaux ! Nos démobilisés durent, pour le reste, se débrouiller eux-mêmes pour rentrer à Nivelles. C'est ainsi que René Jeu­niaux et quelques autres G.V.C., perdus entre Gand et Melle, dans un pensionnat, eurent la chance de trouver un grand véhicule agricole qui les transporta jusqu'à La Louvière, d'où ils purent rega­gner Nivelles. Une petite chance dans toutes ces pérégrinations forcées : le temps fut toujours très beau...</p><br /> <br /> <p style="text-align:right">Willy ROCHER</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gvc_3bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;">Les commandements généraux pour les gardes et les unités des G.V.C</span></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">1° les gardes de voies ont pour mission de découvrir les actes qui seraient commis par des personnes ou des groupes de personnes qui ont comme but l'endommagement de nos routes de circulation et de nos dispositifs pour le bon fonctionnement de la politique du pays. Les sentinelles doivent, de par leur ingérence dans les plus brefs délais, et par tous les moyens appropriés, enrayer toutes les tentatives qui feraient échouer le trafic de nos routes et ainsi empêcher d’entraver la circulation, et supprimer les divers dommages aux équipements d'exploitation.<br /> <br /> 2 ° En cas de danger, ils doivent prévenir directement le garde des agents techniques le plus proche de chaque événement (présence de personnes soupçonnées de traces d'opérations de vol, de vandalisme ou de tentatives malveillantes, même si elles n'ont pas entraîné la coupure du téléphone, des fils électriques , des filets de sécurité, signaux, et ou destruction de la voie ferrée, etc ...) En cas d’absence du responsable technique dans le quartier, il doit signaler l'avertissement par plusieurs coups de feu tiré en l'air. L'agent technique, ainsi informé, interviendra alors immédiatement.<br /> <br /> 3 ° Donc s’il n’y a pas d’intervention de la part d’un agent technique, et que le report ou l'arrêt des signaux donnés doit être inscrit, il remplacera nécessairement la sentinelle, il fournira un document technique à l'agent, et utilisera toutes les ressources si nécessaires à ses décisions. (détonation, drapeau rouge,etc…)<br /> <br /> 4 ° Le gardien est en soit à l'abri du statut des agents, dans l’intérêt de détecter par eux mêmes les dispositifs de travail, mais ils devront pour ce faire présenter leur carte d’identité.<br /> <br /> 5 ° Si le travaille se fait de nuit , ou tous les travaux à la fois de jour ou de nuit par des équipes, la sentinelle doit montrer l'autorisation de travail délivré par les agents techniques compétents en vue de cela à tous les agents ou aux contremaîtres. Les sentinelles sont informées de ce travail avant le commencement de leur exécution.<br /> <br /> 6 ° Le jour, la nuit (ou selon le site de surveillance éclairée artificiellement), je pense que chaque instruction ordonnée à la sentinelle est d’approcher l’individu avec les armes et qu’il lui communique que s'il n'obéissait pas, qu’il allait lui tirer dessus. Une fois que le suspect s’approchera, il examinerait l’homme jusque dans la doublure de ses vêtements et prendrait les armes dont il disposerait, ainsi que les outils pouvant servir à causer des dommages à la route ou à d'autres directives. Ceci en respect d’après les ordres reçus, dont la preuve de montrer que sa présence était nécessaire sur les routes ou sur des installations. Afin également de justifier de la nécessité d’une sentinelle et de devenir le libérateur idéal pour garder les points stratégiques. Il aura, si besoin est, de garder le prisonnier détenu jusqu’à l’arrivée de la gendarmerie qui le prendra en charge.<br /> Ainsi, si le suspect refuse de s'approcher ou tenterait de fuir, la sentinelle a ordre de lui tirer dessus. Si vous estimez qu’il y a danger pour les passants éviter alors de tirer.<br /> <br /> 7 ° Ainsi, si le suspect est hors de portée de voix, la sentinelle tirera en l'air. Dès que le suspect revient dans sa direction, la sentinelle lui ordonne d'approcher et agira comme indiqué ci-dessus dans le n ° 6.<br /> <br /> 8 º si les suspects représentent un groupe, la sentinelle doit suivre les instructions comme indiquées dans le n ° 6 et 7, mais avec bonne prudence pour ne pas être leur victime. Il laissera approcher un seul homme à la fois.<br /> Si le groupe est trop grand pour l'arrêter, il empêche la mise en œuvre d'égale intensité qui excelle le travail, et prévient le poste ou le corps de garde. Ainsi, si le poste d’arrière garde ou le corps de garde ne peut être averti, il peut l’avertir par un ou plusieurs coups de feu tirés en l'air. La sentinelle vérifie l’intensité des dommages causés par les suspects aux installations, il a également le droit d’ouvrir le feu à titre d’avertissement. Ainsi, si le garde est attaquée par des suspects armés, il doit se mettre à l’abri afin d’éviter les coups de feu, mais il a également le droit d'ouvrir le feu pour les chasser ou les arrêter, le corps de garde attiré par les tirs de la sentinelle viendra à sa rescousse.,<br /> <br /> 9 ° La nuit (par temps de brouillard ou par mauvais temps) la sentinelle doit être attentive et faire confiance à son audition auditive :<br /> a) dès qu’il entend une rumeur suspecte qui laisse présager à un attentat contre les routes ou les dispositifs qu’il a sous sa garde et sous son autorité, le garde prévient le poste de garde;et lorsque ce n'est pas inapproprié il se rapproche La sentinelle suffisamment attentive de l’endroit d’où provient le bruit, crie: «Halte ou je fais feu" Alors s’il n’obtient pas de réponse à son ordre, la sentinelle peut selon les directives reçues, tirer un coup de feu en l'air, puis reviendra rapidement se mettre à l’abri. De là et si la rumeur continue et en vue d’arrêter celle-ci, il peut se résoudre à nouveau de tirer dans la direction d'où provient les bruits et cela jusqu'à l'arrivée du poste ou de la patrouille de garde.<br /> b) il revient que toute personne ne peut sans autorisation explorer le site, tel que stipulé à l'article 88 du Règlement du Service mobile. Ainsi, les préoccupations pour les citoyens qui n'ont pas l'autorisation d'aller au-delà des sites gardés, la sentinelle les obligera à retourner le long d'une voie publique où aux entrées autorisées et les avisera que s'ils n’obéissent pas immédiatement, il devra tirer. Alors, s’ils n'obéissent pas directement aux ordres de la sentinelle, celui-ci devra les abattrent.<br /> <br /> 10° La sentinelle placée doit suivre toutes les recommandations, il se comportera d'une manière tout à fait égale à celles prévues pour les gardes placés sur les routes.<br /> <br /> 11° La sentinelle de garde empêche et cela conformément selon les instructions, que les personnes à l'intérieur ou à l'extérieur de l'établissement et qui présentent d’éventuels dangerosité, ne circule auprès des différentes voies de communications.<br /> <br /> 12 ° La sentinelle doit faire aussi vite que possible le rapport de ce qui s’est passé pendant son quart, auprès de son poste ou auprès du corps de garde qui lui pendra toutes les dispositions nécessaires.<br /> <br /> 13 °Lorsque des aéronefs volants s’approchent à basse altitude, la sentinelle devra se cacher.<br /> <br /> 14 °Dès qu'il aperçoit des hommes sauter en parachutes hors de l'avion ennemi, il tire plusieurs fois pour alerter le poste ou le corps de garde. A partir du moment où l'ennemi est suffisamment assez proche, il ouvre le feu. En cas de risque d’emprisonnement la sentinelle se retire à son poste de commandement.<br /> <br /> 15 ° Lorsque une sentinelle monte de garde à l’écluse et également les unités de manœuvre des portes. Il laisse manoeuvrer l’ouverture des portes de l’écluse uniquement par un personnel qualifié et autorisé de la Commission des Travaux publics. Il ne laisse approcher ou arrêter aucunes personnes ou véhicules près de l’écluse à moins de 50 mètres de celle-ci. Il se conforme aux instructions reçues, et conduit au poste de garde chaque personne manoeuvrant dans l’écluse avant l’ouverture des portes permettant ainsi le passage.<br /> <br /> 16 ° Lorsque une sentinelle est de garde sur un pont et également les unités de manœuvre du pont. Il laisse manœuvrer le fonctionnement du pont uniquement par un personnel qualifié et autorisé de la Commission des Travaux publics. Il ne laisse aucunes personnes ou des véhicules s’approcher du pont à moins de 50 mètres.. Il se conforme aux instructions reçues, et conduit au poste de garde, toute personne qui s’engage sur le pont , dans les hangars .ou dans les environs du pont.</p><br /> <br /> <strong><span style="text-decoration: underline;">Les ordres de garde des patrouilles</span></strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">1. Les patrouilles sont chargées de partager toutes les tentatives pour préserver et entraver toute circulation sur les routes ou sur les différents appareils et ou de dégâts au matériel d'exploitation, ils devront inscrire tous les dégâts causés qu'elles ont déjà réparés.<br /> <br /> 2. Si les commandants du corps de garde ne sont pas dans leur voisinage , les patrouilles de garde préviennent directement les agents techniques de chaque événement (présence de personnes suspectées des activités malveillantes effectuées par les suspects, traces de travail , tentatives de détruire ou de détérioration sans raison apparente, coupure des fils de téléphone ou de fils télégraphiques, coupure les fils des signaux de sécurité, destruction des voies, etc ..) Dans ce cas, et s'il n'y a pas d'agent dans le voisinage, l’agent technique est tenu de donner signal d’alarme par des coups de feu tirés en l'air.<br /> <br /> 3. Bien que les troupes de la garde ne doivent en principe ne pas intervenir dans le service des chemins de fer ou des bateaux, cette nécessité de leur service est d’intervenir de plein droit lorsque des événements se produisent (la destruction des voies, des attelles, etc ..) pour la dangerosité des trains ou des bateaux qui sont les leurs. Ils doivent alors et si aucun agent technique n’est présent, intervenir de retarder ou d’arrêter le signal d'arrêt.<br /> <br /> 4. Dans tous les cas, les patrouilles soumissent à de telles controverses, sont renseigné par un pétard fourni par le personnel du gouvernement des chemins de fer. Ainsi, lors de ces événements énumérés, la patrouille comprend, une plus grande formation...<br /> a) Lorsque sur une double voie ou il n’y a qu’une seule voie touchée, un pétard doit être fixé vers le bas avec des pinces sur la voie détruite à l’emplacement de l’incident à au moins à 500 m et sur le côté d'où les trains arrivent, une deuxième explosion sera placée à 30 m et une troisième à 60 m..<br /> Si la responsabilité diminue sur le lieu de l'incident, le pétard doit être placer de 800 mètres et même à 1000 mètres . Si la seconde voie est, comme on le pensait dangereuse pour le trafic, la patrouille s’en réfère comme décrit au point 1°.<br /> b) Si les trains circulent sur une seule et même voie dans les deux sens, on doit prévenir la patrouille avec des pétards, patrouille placée le long des trois sites des deux côtés du point dangereux. Par manquement de pétards, on placera pendant le jour une bannière rouge ou tout objet d’égale intensité. De nuit, on agitera une lanterne rouge ou une lanterne ordinaire. Le même signal est utilisé pour les navires afin d'arrêter et d’interrompre le trafic, ceci avant de placer des pétards ou la mise en garde d'un agent des chemins de fer.<br /> <br /> 5. Pendant la maintenance des travaux d'entretien des chemins de fer et les voies navigables, il est nécessaire sans cesse de maintenir une surveillance de jour comme de nuit. Il faut distinguer le travail effectué personnellement ou réalisée par les équipes, ces derniers doivent être particulièrement surveillés.<br /> Les étapes suivantes devraient normalement être fournies afin de sécuriser les travailleurs sur les voies :<br /> a) Tout cela étant, ils peuvent au cours de la journée et sans avertissement exécuter des travaux d’entretien. Les troupes de la garde sont présentent pour garantir sans pour cela avoir à montrer leur carte d’identité, la sécurité des agents des chemins de fer ou maritimes. <br /> b) Tous les travaux de nuit ou tous autres travaux, aussi bien de jour ou de nuit, par des équipes font l'objet d'une autorisation délivrée aux agents ou contremaîtres désignés par les autorités techniques compétentes. Les forces de la garde présente ont été admises, dont la présence est notifiée aux dirigeants de garde de ce jour.<br /> <br /> 6° Ainsi, si un des hommes de la patrouille aperçoit des parachutistes sautés des avions ennemis , elle concentre ses tirs sur eux pour les empêcher de combattre, et éventuellement prévenir le corps de garde contre ces ennemis envahisseurs.</p><br /> <br /> Source:<br /> <a href="http://octavesanspoux.jimdo.com/les-g-v-c/">http://octavesanspoux.jimdo.com/les-g-v-c/</a> Sun, 07 Aug 2016 16:50:08 +0200 Marcel RORIVE, sa campagne des 18 jours et sa captivité https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-143+marcel-rorive-sa-campagne-des-18-jours-et-sa-captivit.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-143+marcel-rorive-sa-campagne-des-18-jours-et-sa-captivit.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/image1_marcel_rorive.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 16 octobre 1939, âgé de 19 ans, je suis incorporé pour effectuer mon service militaire. C’était déjà la guerre entre les Français et les Anglais contre l’Allemagne depuis le début septembre, vu que les Allemands avaient déclaré la guerre à la Pologne. <br /> C’était la " Drôle de guerre ". Mais au lieu d’être caserné à la caserne Fonck à Liège, Boulevard de la Constitution, mon régiment, le 3ème d’Artillerie, a été envoyé à Malines, à la caserne Dossin, chaussée de Lierre. Me voilà soldat sous le n° de matricule 153-24798. A Dossin, les wallons étaient logés à gauche, les flamands à droite. <br /> Quelques jours avant mon incorporation, j’avais passé les examens médicaux militaires; comme je n’étais pas bon pour la cavalerie, on m’a mis comme pointeur à la lunette de visée et assis sur l'affût d’un canon. Je me souviens de ce premier hiver sous les armes : il faisait tellement froid qu’on dansait " les fives burguette ", (expression de l’époque) autrement dit, on grelottait de froid. Dans le courant du mois de mars 1940, notre régiment ainsi que beaucoup d’autres unités, sont venus à Liège faire un défilé sur le boulevard d’Avroy, en présence du général de Kraeck (de Krahé ???), commandant en chef des armées. <br /> Ensuite, notre régiment est reparti vers le champ de tir de Beverlo où nous n’avons pas tiré car c’est là qu’on s’est aperçu que les obus coinçaient dans la culasse du canon, l’obus de 75 mm avec sa douille qui mesure environ 45 cm de long et, au pied de l’obus, il y a une bague en cuivre rouge qui était trop épaisse, cette bague sert à donner une rotation à l’obus, nécessaire pour la direction. Nous pensions que les obus qu’on nous avait donnés dataient de la guerre de 1914-1918 ! Au final, nous avons tracté ces canons à travers toute la Belgique et, comme nous ne nous en sommes jamais servis, nous n’avons jamais su s’ils fonctionnaient ! </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/canon_de_75_mm_mdl_1897.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Canon de 75 mm mdl 1897</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Vers avril 1940, les batteries du régiment reviennent vers Liège pour assurer la protection de la ceinture des forts de Liège. Et voilà notre batterie de 4 canons assignée à Fayembois; nous on est logé dans l’école de Fayembois: ça sent la guerre ! Nos canons sont placés près de l’école, dans un pré derrière une haie et soigneusement camouflés<br /> De cet endroit, je voyais la ligne de chemin de fer reliant Liège à l’Allemagne et j’ai vu encore, quelques jours avant le 10 mai passer des trains chargés de mitraille (vieux fers, cuivre, zinc…) qui allaient encore quelques jours avant les hostilités livrer aux allemands de quoi fabriquer les armes pour nous attaquer. Pendant le cantonnement à Fayembois, en fin de journée je descendais à Bois-de-Breux car j’avais décidé de me faire baptiser et j’avais rencontré là une gentille dame un peu plus âgée que ma mère qui me considérait comme son fils et qui, dans un premier temps fut ma marraine de baptême quand j’ai été baptisé à Beyne-Heusay et qui fut, quasi naturellement pendant ma captivité ma " marraine de guerre ". <br /> Elle tenait, à Bois-de-Breux un magasin de quincaillerie et son mari avait une entreprise de chauffage central. <br /> Bien plus tard, au lendemain de la guerre, c’est dans le bureau de son mari que j’ai sollicité un emploi à la gendarmerie pour me remettre sur les rails. <br /> Nous voici le 10 mai 1940 : vers 5 heures du matin, le maréchal des logis de service nous réveille : c’est la guerre ! On nous ordonne -mais de qui viennent les ordres, de descendre sur Liège. Le temps de nous préparer au départ il était 8 heures du matin ; c’est à ce moment là, que j’ai vu mon père arriver à Fayembois : il venait me dire au revoir ; je ne devais plus le revoir qu’en 1945 ! <br /> Quand les chevaux pour tirer les caissons (4 chevaux par canon) sont arrivés, nous avons quitté nos emplacements de tir et avons pris la direction de Robermont. Nous avons traversé le pont des Arches, toujours intact mais on entendait tonner le canon. Nous avons donc traversé la Meuse et pris la direction de la Hesbaye. C’est en arrivant au dessus de la côte d’Ans que nous avons subi notre premier bombardement, si je me souviens bien, c’était dans le début de l’après-midi du 10 mai. Les Stukas ont attaqué la colonne: tout en lâchant leurs bombes, ils mitraillaient en rafales et les ressorts en acier composant les bandes de mitrailleuse tombaient et rebondissaient sur les pavés de la route. Je ne me souviens plus s’il y a eu des blessés parmi la batterie; il faut dire qu’on avait une sacrée trouille et, pour cette fois pour ma part, je dois mon salut qu’à la chance, car, pour me mettre à l’abri, je n’avais rien trouvé de mieux que de m’accrocher à l’essieu du caisson plein d’obus (faut le faire et j’en ris encore aujourd’hui !). <br /> Il y avait des dégâts aux maisons de chaque côté de la rue. Je me souviens particulièrement d’un trottoir en terre noire sur lequel était tombée une bombe qui n’avait pas explosé: j’ai été voir ce trou qui faisait au moins 30cm de diamètre. Ce qui m’a frappé aussi lors de ce premier bombardement c’est que les chevaux, malgré le vacarme sont restés placides dans leurs attelages alors qu’autour d’eux c’était la pagaille complète. Outre les troupes qui se retiraient, on voyait des civils qui commençaient à évacuer de toutes les manières possibles. Notre colonne a ensuite repris sa marche à travers la Hesbaye, en direction de Tongres. Je me souviens (sans pouvoir le situer) que nous sommes passés à côté d’un château, sur notre droite, château auquel on accédait, à partir de la grand-route par une allée bordée d’arbres. Les avions bombardaient indifféremment les civils autant que les militaires le long de cette immense colonne en fuite, composée d’ailleurs de plus en plus de civils mélangés aux soldats, et aux véhicules militaires. <br /> Depuis notre départ de Fayembois, nous n’avions strictement rien mangé que nos quelques rations de combat, vite épuisées. <br /> Par après, selon mes souvenirs, notre batterie est redescendue vers la Meuse et Huy: à nouveau un ordre avait été donné mais nous n’avons jamais compris pourquoi ce changement radical de direction. A partir de Huy, nous avons longé la Meuse sur la route de la rive gauche en direction de Namur. Nous n’avions plus vraiment la notion du temps. <br /> En arrivant à l’entrée de Namur, vers le 12 mai, nous subissons un nouveau bombardement: ce coup là, je ne sais pas comment j’ai fait mais je me suis retrouvé derrière une palissade en billes de chemin de fer à côté des voies. <br /> Depuis le 10 mai, nous dormions là où on se trouvait. La nuit du 13 au 14 mai, nous avons chargé les canons et les caissons sur un train qui attendait sur une voie de garage (je ne me souviens plus de l’endroit) dans une gare de formation que je ne peux situer. Mais je me souviens de la rampe de chargement à hauteur du dernier wagon du train. Il fallait donc faire monter tout le charroi sur cette rampe puis faire rouler le matériel vers la tête du train, de wagon en wagon, un travail rendu incroyablement difficile car c’était des wagons plats destinés à transporter des rails de chemins de fer et sur les planchers de ces wagons il y avait en travers des billes de chemin de fer boulonnées sur les planchers. Nous étions épuisés quand, enfin, les chevaux ont été montés dans leurs wagons. Les officiers étaient placés dans le premier wagon derrière la locomotive et les soldats dans des vieux wagons en bois avec une allée sur le côté et deux portes, une à chaque bout. Le train s’est mis à rouler mais peu de temps après, nous avons subi un nouveau bombardement; le train s’est arrêté; si je me souviens bien il faisait déjà jour. Sur le côté de la voie, il y avait justement un petit bois sur la gauche mais par contre les portes de sortie du wagon où nous étions étaient situées du côté droit. Je ne sais comment j’ai fait mon compte mais la trouille était telle que je me suis retrouvé au pied d’un gros arbre. Là aussi, des bombes tombaient dans l’humus et n’explosaient pas. Cependant une bombe a touché le wagon des officiers où il y a eu des blessés. Le bombardement terminé, j’ai reçu l’ordre de l’adjudant Foubert de remonter dans le wagon des officiers et de convoyer les blessés qui s’y trouvaient à une bonne dizaine de kilomètres, soit jusqu’à Braîne-le-Comte. <br /> A l’école normale de Braîne-le Comte, transformée en hôpital de campagne j’ai prévenu les infirmiers qu’il fallait prendre en charge les blessés dans le train qui se trouvait en gare. Ma mission accomplie je me suis retrouvé seul et je me suis mis à marcher vers le Nord car c’est dans cette direction que tout le monde marchait, civils et militaires. En fait, je cherchais à rejoindre mon unité ce que je n’ai jamais réussi à faire. J’avais toujours ma carabine avec moi et je me souviens que j’avais tellement faim que j’ai tiré sur un lapin mais que je l’ai raté: normal avec des balles de guerre! <br /> Sur ma route, je rencontrais pas mal de soldats qui comme moi, cherchaient leurs unités: c’était une grosse pagaille. Je me souviens avoir reçu d’un sergent qui en avait marre un GP 9mm, pistolet que j’ai jeté par après dans un étang du côté de Maria-Aalter; puis j’ai jeté ma carabine et mes cartouches sur un tas au bord de la route: nous étions le 28 mai et je venais d’apprendre la capitulation, je ne sais plus par qui ni comment mais c’est probablement quand j’ai vu les premiers soldats allemands que j’ai compris que c’était la défaite. <br /> J’ai tenu le coup tous ces jours sans jamais manger quoi que ce soit: jamais je n’ai poussé une porte de maison pour voir s’il y aurait quelque chose à manger ou à boire; je ne parlais pas le flamand et, quand les habitants m’ont proposé une " boterham ": j’ai toujours refusé car je ne comprenais pas que c’était une tartine que l’on voulait m’offrir! <br /> Le flot des soldats en déroute s’est retrouvé parqué dans des prairies: là il n’y avait plus que des soldats belges tous mélangés entre flamands et wallons, tous gradés ou non. <br /> En ce mois de mai 40, il faisait un temps magnifique: heureusement car nous dormions à la bette étoile. On a reçu des allemands du pain pour calmer notre faim. <br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/canon_de_75_mm_gp_iii.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Canon de 75 MM GP III</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 29 ou le 30 mai, en colonnes par trois, les allemands nous ont fait marcher pour traverser la Belgique en direction du Limbourg; on a traversé la Campine en de longues colonnes interminables, puis la botte de la Hollande. Entrés en Allemagne, nous sommes arrivés à Geilenkirchen.<br /> Les allemands nous promettaient la " démob. " avec un cachet spécial sur le livret militaire, cachet que je n’ai jamais vu ni eu. Dans la cour de l’usine où nous nous trouvions parqués à Geilenkirchen, un jeune soldat allemand m’a donné un pain gris en forme de brique; la date de fabrication de ce pain était incrustée dans le dessous du pain: 1936: date de sa fabrication ! J’ai eu cette pensée: s’ils ont fabriqué ces pains de soldats en 1936, c’est que la guerre était déjà dans les projets de l’Allemagne. Ce pain était d’ailleurs moisi et je l’ai partagé en une dizaine de parts pour mes camarades prisonniers. Pour les soldats allemands, les prisonniers ne vont jamais assez vite : nous étions donc sans cesse harcelés par des "los, los, schnell !" <br /> Début juin, nous avons été embarqués dans des wagons à bestiaux: prévus pour 6 chevaux, nous y étions entassés par paquet de quarante hommes par wagon. J’avais toujours ma capote de cavalier de l’artillerie(en effet, les artilleurs avaient une capote de cavalerie): cette capote de couleur kaki est très longue avec deux grands pans derrière; ces deux grands pans servaient à protéger la croupe des chevaux en cas de pluie. <br /> Nous avons roulé pendant 3 jours et trois nuits à travers toute l’Allemagne. <br /> Nous sommes arrivés à Bremervörde, fin de parcours. Ensuite, nous avons été mis en colonne de trois, et nous avons marché plus ou moins dix kilomètres jusqu’au camp de concentration de Sandbostel: ce camp est devenu le stalag 10 B le 10 étant inscrit en chiffres romains: X B. <br /> Dans ce camp, je ne me souviens plus de la date, j’ai vu tuer sous mes yeux un soldat par une sentinelle; ce pauvre soldat avait puisé une tasse d’eau chaude dans une des grosses cuves à l’extérieur de la cuisine: souvenir particulièrement atroce. Nous étions des milliers, de toutes nationalités logés dans de grandes tentes et nous dormions sur des paillasses en copeaux de bois avec des couvertures. Vers le début juillet, très vite, la nourriture s’est faite rare: chaque jour un peu moins. Par jour: un peu de semblant de soupe et 1/5 d’une brique de pain de trente centimètres par personne. J’avais conservé dans ma botte mon certificat d’apprentissage car, avant mon entrée en service, au mois de mars 1939, j’avais passé mon examen de tôlier-carrossier au Val-Saint-Lambert. En ce temps là, il y avait très peu d’apprentis et on recevait une prime suivant les points obtenus aux examens; j’avais donc reçu 250 frs si ma mémoire ne fait pas défaut, quelques jours avant mon incorporation. <br /> Comme j’avais, en plus, appris le métier d’ajusteur-outilleur à l’école technique, rue Collard Trouillet à Seraing (à l’exception du travail au tour), je n’avais eu aucune difficulté pour suivre les cours théoriques de carrosserie. Je ne me rappelle pas la date précise, mais en juillet 1940, les allemands cherchaient des ouvriers pour tous les métiers. <br /> Pour ne pas croupir et avoir faim dans le Stalag X B, le matricule 1397, c’était moi, me suis présenté avec des français qui étaient avec moi dans le camp et me suis rendu avec eux en <br /> "ARBEITS KDO "(Commando) pour me présenter pour travailler. Moi, le petit belge, je me suis trouvé avec 24 français dont j’étais le plus jeune. Grâce à mon certificat, j’ai été choisi et cela a déterminé la suite de mes cinq années de captivité. On nous a alors expédiés à Hambourg chez ADLERWERKE, Heidelbergstrasse, grand garage, filiale pour la ville de Hambourg de la firme ADLER. Cette grosse société allemande fabriquait des autos, des motos et même des machines à écrire. Tous les jours après le travail, on revenait à Weddel dans un dortoir. Pendant deux semaines il a fallu aménager chez Adler de quoi loger ces vingt-cinq hommes, deux chambrées de dix hommes à l’étage et cinq dans une chambre mansardée. <br /> Je dois dire que nous étions bien nourris, exactement comme les ouvriers allemands, le linge et la tenue de travail changés et lessivés toutes les semaines, douche disponible si nous en avions envie. Pour dormir c’était des "bat- flanc" (lits superposés, cinq en bas et cinq au dessus: dix par chambrée) avec une paillasse en copeaux de bois et des couvertures. <br /> Au final, pendant 5 ans, c’est à Hambourg que j’ai habité et travaillé et, étant à Hambourg, j’ai subi tous les bombardements nocturnes des anglais puis des américains pendant la journée. <br /> J’ai un souvenir précis de l’opération "Gomorhrre": c’était du 25 juillet au 3 août 1943: il y a eu plus de quarante mille morts; nous sommes restés un mois sans voir le soleil tellement toute la ville brûlait. C’est à ce moment là que les Hambourgeois ont voulu se révolter: Hambourg est en effet une ancienne ville hanséatique et, à partir de 1943, s’y est développée une sorte de résistance au nazisme. Pour calmer les esprits, Hitler a donné l’ordre aux SS de laisser les magasins libres pour la population: notre KDO en a aussi dès lors profité. Moi personnellement, il y a eu un moment où j’avais une quinzaine de gamins allemands de 14-15 ans que je devais faire travailler sous la conduite d’un chef nazi appelé BARRA, je pouvais même taper dessus s’ils ne travaillaient pas bien. En tant que prisonnier de guerre, je ne me suis jamais permis de traiter ces gamins de la sorte. Il y a quelque chose que je n’ai jamais compris: moi, j’étais payé 1,40 mark de l’heure et mon contremaître, un certain Hoffmeister était lui payé 1,50mark de l’heure: à peine plus cher, sauf que moi, je ne percevais pas cet argent ou seulement une partie. Mon salaire servait à payer mon entretien: nourriture, logement,…. Quelques fois, j’ai pu renvoyer un mandat de 80 "Lager Geld Mark" à ma mère: il s’agissait d’une monnaie réservée aux prisonniers et qui donc ne pouvait être utilisée comme le mark officiel; cette monnaie avait cours dans les camps de prisonniers. Néanmoins, envoyés en Belgique, ces Lager Geld Mark pouvaient être changés en francs belges. Le surplus de mon salaire, c’étaient les SS qui l’encaissaient. Nous n’avions aucun contact avec les allemands à l’exception des quelques civils qui travaillaient à l’atelier et des soldats allemands blessés en convalescence qui travaillaient à l’atelier en attendant de retourner au front. En 1943, à un date que je ne peux plus préciser, j’ai été l’objet d’un bourrage de crâne de la part d’un nazi appelé Cox: il me cassait les pieds pour que je m’engage dans la division belge qui combattait en Russie. Pour ce faire, il me gâtait tantôt avec un fruit, tantôt avec une tartine ou un fromage. Pour finir, il a compris que c’était inutile; comme il avait été blessé, après sa convalescence, le feldwebel Cox est reparti au front. <br /> J’ai travaillé avec un français appelé Dugaillez qui avait été tôlier chez Citroën. Ensemble, nous avons tôlé une caravane sur deux essieux; cette caravane était tractée par une chenillette, soit un half-track. Il n’y manquait rien: réservoir d’eau potable, eau chaude, douche, chambres pour les parents et pour les enfants: tout le confort possible pour l’époque, même frigo et gaz: ce n’est pas pour rien car j’ai appris plus tard qu’elle avait été commandée par un certain Joseph Goëbels! <br /> Elle a été retrouvée dans le Schleswig-Holstein pas loin du Danemark. En fait notre homme voulait, à la fin de la guerre, mettre sa famille à l’abri loin des bombardements des villes. J’ai aussi installé des gazogènes de marque Imbert sur des véhicules: autobus, voitures, camions….Sur les autobus, il fallait les placer en porte-à-faux en découpant un emplacement à l’arrière du bus. Ce travail se faisait de nuit quand il y avait des alertes le jour et de jour quand il y avait des alertes la nuit. <br /> A côté du garage il y avait un grand hall "entrée interdite" où des français et des allemands fabriquaient des éléments d’avions Messerschmidt ; c’était des éléments de carlingues, porteurs des ailes.<br /> Tout cela était placé dans des caisses prévues pour le transport; par la suite j’ai appris que de nombreux ateliers fabriquaient des pièces qui étaient ensuite envoyées ailleurs pour être assemblées. C’est de cette façon que les allemands construisaient des avions mais je n’ai jamais su combien d’avions ont été ainsi fabriqués. J’ai appris à Hambourg l’existence d’avions-chasseurs "à réaction" et je peux affirmer aussi avoir vu voler ces premiers nouveaux avions dont les prototypes existaient, paraît-il depuis 1939. <br /> Fin 1944, début 1945, Hambourg a subi des alertes et des bombardements pendant 187 jours et nuits. Les Français recevaient des colis "Pétain" qu’ils partageaient avec moi et aussi des colis canadiens: biscuits, cigarettes, chocolat, Nescafé solidifié. Je recevais rarement un colis de la Croix-Rouge de Belgique. Je dois dire que si j’ai travaillé, j’ai aussi fait du sabotage intelligent en rendant inutilisables des fers, des boulons et même des batteries. Je suis passé aussi à la réparation des radiateurs de véhicules militaires endommagés pendant les combats. J’ai appris aussi à fabriquer des outils à la forge avec un forgeron français de métier appelé Roger Paccaud. En 1945, deux ou trois mois avant la fin de la guerre, le chef Hofmeister, voyant que je ne travaillais plus selon les normes de l’atelier (pas assez vite selon lui), a voulu me renvoyer au Stalag. Le chef d’atelier de mécanique qui était allemand m’a alors pris dans son équipe et là, j’ai fait de la mécanique auto: freins, patins de freins… <br /> En 1943, les prisonniers français étaient libres après le travail suite aux accords pris entre l’Allemagne et Pétain, mais pour moi, le belge, ce n’était pas le cas. <br /> J’avais un camarade wallon provenant du Hainaut (Je ne me souviens plus de son nom). La direction d’Adler nous avait logés tous les deux: nos lits étaient placés dans une petite pièce au niveau de la rue et nous avions pour nous deux une grand place située en dessous du KDO: c’était le magasin des pièces chromées pour les voitures Adler. Il y avait aussi un autre prisonnier, bruxellois, appelé Jean Denoz dont la femme avait été déportée comme travailleuse obligatoire à Berlin. Le directeur du garage avait réussi à la faire venir à Hambourg et lui avait aménagé une chambre dans un bureau. Elle travaillait au garage et après la journée, Jean retrouvait sa femme dans la chambre: ce n’était pas mal pour un prisonnier. <br /> Au début alors que j’étais le seul prisonnier belge, le directeur, appelé Mayer, ancien coureur automobile sur Adler avait gagné une course à Francorchamps et la photo du Roi Albert le félicitant pour sa victoire, trônait sur son bureau. Le petit belge que j’étais n’était donc pas trop mal vu. Mais ce n’était pas le cas avec certains ouvriers nazis qu’il valait mieux éviter. Vers le 20 avril 1945, les français ayant été privés des facilités et remis prisonniers. Le travail a cessé. Nous avons abandonné le garage et par la route, nous sommes montés à pied vers la Baltique par étapes, avec les prisonniers français. <br /> Vers le 25 avril, on était à proximité de Lubeck ; on entendait les canons tonner (les anglais n’étaient pas loin mais nous ne le savions pas encore). Pour nous occuper, on nous faisait aider les fermiers locaux. Finalement, arrivés à Lubeck, nous avons été hébergés dans une espèce de marché aux bestiaux jusqu’au 8 mai 1945, date à laquelle nos gardiens se sont volatilisés sans demander leur reste. Les anglais nous ont regroupés par nationalité: par groupes: certains rentraient en Belgique ou en France par divers moyens de transport: trains, autobus et même avions. <br /> A Lubeck, avec les mécanos français, grands camarades, nous étions occupés à remettre une voiture en route, quand nous avons été interrompus par un soldat anglais qui n’a pas hésité à me mettre sur le ventre une mitraillette Sten: c’est depuis lors que j’aime tant les anglais !<br /> Dès lors, nous sommes rentrés à notre place au marché aux bestiaux. Retour donc à Lubeck où se regroupaient là des prisonniers de toutes les nationalités. J’avais reçu un sac plein de nourritures de toutes sortes (colis canadien) que j’ai donné à deux jeunes femmes ukrainiennes avec lesquelles j’avais discuté en allemand. Ces jeunes femmes avaient été déportées en Allemagne pour le travail obligatoire. Je n’ai jamais su par après ce qu’elles étaient devenues mais je me souviens du nom et du prénom de l’une des deux: elle s’appelait Nina Butchenko et provenait de Saporoch. Elle m’avait dit qu’elle était veuve, son mari, officier dans l’armée russe ayant été tué au front. Après des triages, les autorités anglaises m’ont fait monter dans un bus de la Reichpost pour me ramener vers la Belgique. La date de mon départ, je ne m’en souviens plus mais depuis Lubeck, nous avons pris la direction de la Hollande pays où on pouvait traverser les fleuves parce que les autres ponts avaient sauté. Je me souviens avoir vu Nimègue. A partir de là, le bus a pris la direction de la Belgique où je suis rentré par Brasschaat, Anvers, Bruxelles puis Liège. Arrivé à Liège, j’étais le seul encore dans ce bus. Je suis descendu Place St. Lambert le 23 mai 1945 vers les 4 heures du matin (5 ans presque jour pour jour après mon départ). Je ne savais rien de la situation et je désirais passer sur la rive droite de la Meuse. A pied, dans le jour levant, j’ai marché vers les Guillemins, puis vers le pont de chemin de fer du Val Benoit. Il y avait un soldat noir américain qui était de garde à l’entrée du pont: voyant que j’étais un prisonnier de retour de captivité (je portais un uniforme et un manteau de l’armée anglaise), il m’a donné l’autorisation de passer mais le pont était détruit et il n’y a avait plus que des rails sur des billes de chemin de fer. C’est donc sur des billes de chemin de fer et des rails que j’ai traversé la Meuse avec l’eau en dessous, et ce dans la lumière de l’aube. <br /> De l’autre côté du pont, sur le talus il y avait aussi un soldat noir américain. Il a lui aussi, vite compris que j’étais un "prisonner of war" qui rentrait à la maison. <br /> J’ai traversé la campagne de Quincampois-Renory. Mon père travaillait toujours comme contremaître aux fours à coke; je me suis adressé aux gardes de l’usine afin de savoir si mon père était là. Réponse négative. J’ai continué ma route par le chemin le plus court et suis finalement arrivé chez mes parents vers les 8 heures du matin, 65, rue Mattéoti à Ougrée. <br /> Ce 23 mai, j’ai retrouvé mes parents, mes trois sœurs; je ne connaissais pas la plus jeune que j’avais quittée quand elle n’avait pas un mois. J’avais aussi un frère qui était deux ans plus jeune que moi, qui était marié; lui aussi avait été déporté en Norvège du côté de Narvik: il est décédé depuis une dizaine d’année, au moment où j’écris mon périple. <br /> Après cinq ans de captivité je suis donc rentré chez moi, nu comme un ver; je n’avais rien à me mettre à l’exception de ce que j’avais sur le dos. Je n’avais même pas un mouchoir de poche. <br /> Comme j’étais toujours militaire et de plus de retour de captivité, j’avais droit à trois mois de congé: curieusement, je n’ai jamais été officiellement démobilisé. <br /> Je me suis présenté à la gendarmerie d’Ougrée pour signaler mon retour afin de me mettre en ordre avec l’administration militaire; j’ai subi là un interrogatoire sur ma vie à Hambourg. En 1945-46, l’état m’a dédommagé: je crois avoir reçu, si j’ai bonne mémoire, une somme de 2500 frs; cet argent a servi à acheter ma cuisine après mon arrivée à Hamoir le 2 janvier 1947. Peu de temps après mon retour, j’ai postulé pour entrer à la gendarmerie mais, il fallait attendre jusqu’au 6 décembre 1945.</p><br /> <br /> Source:<br /> marcel rorive 1940-45 - Site de la commune de Hamoir<br /> Sous l’égide du Cercle Culturel-Histoire de Hamoir<br /> <br /> Source iconographique :<br /> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_de_75_mm_mod%C3%A8le_1897">https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_de_75_mm_mod%C3%A8le_1897</a><br /> <a href="http://www.topentity.com/canon-de-75-mle-gp-iii/">http://www.topentity.com/canon-de-75-mle-gp-iii/</a> Tue, 19 Apr 2016 18:43:50 +0200 La campagne des 18 jours du Caporal Albert SOYEZ des Gardes Frontières. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-141+la-campagne-des-18-jours-du-caporal-albert-soyez-des-gardes-fronti-res.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-141+la-campagne-des-18-jours-du-caporal-albert-soyez-des-gardes-fronti-res.php <em>Alors caporal observateur à la 6e Compagnie du 2e Régiment des Cyclistes-Frontière, Albert SOYEZ nous livre jour après jour les différents combats entre l'armée belge et les envahisseurs allemands. Depuis son poste d'observation de Visé, vous pourrez vivre le repli inévitable des soldats belges et alliés, ainsi que leur vie au quotidien.<br /> Vous allez découvrir ci-dessous le récit épique d'un soldat belge visétois originaire d'Ath.</em><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/albert_soyez_0001.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Albert Soyez en uniforme de l’armée belge. (Doc. A. Soyez)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous sommes le <strong>9 mai 1940</strong>, il est presque minuit, je viens de m'allonger sur mon lit.<br /> La porte du baraquement où loge le P.C. de la 6e Cie du 2e Régiment cyclistes-frontière s'ouvre avec fracas. C'est le sergent Cassart qui hurle « Debout, debout! Alerte ! »<br /> Dans un branle-bas indescriptible, les hommes se ruent sur leur barda. Je saisis mon fusil, ma veste et je file vers mon emplacement de combat qui se trouve dans le talus de la culée du pont de chemin de fer dit "des Allemands" de la ligne de Tongres – Montzen, à une quinzaine de mètres de hauteur de la route Visé – Lixhe, quartier de la Basse-Meuse.<br /> <br /> Je suis caporal observateur à la 6e Cie, au poste de commandement du Lieutenant Parent, commandant la 6e Cie du 2 Rg.Cy.Fr (2e Régiment Cyclistes – Frontière).<br /> Depuis le 28 août 1939, nous sommes sur nos positions de combat.<br /> Il est une heure du matin, nous sommes <strong>le 10 mai 1940</strong>.<br /> Le lieutenant Parent est dans le P.C. qui est dans la culée du pont.<br /> Je suis seul, mon périscope est en place sur son trépied, derrière une double rangée de sacs de terre. Je charge mon fusil.<br /> Dans le ciel, en direction de la Hollande, dans les environs de Maastricht, des fusées blanches et de couleurs montent vers le ciel. Je préviens le lieutenant. Celui-ci se met en rapport avec le Major L'Hoir.<br /> On me passe le cornet du téléphone et je transmets au Major mon premier rapport. Il est 3 heures du matin à ma montre.<br /> Il est à présent 4 heures du matin, le jour se lève sur une belle journée. Des bruits et des éclairs proviennent de plus en plus de la Hollande. Un grondement sourd nous arrive au loin et s'amplifie de plus en plus.<br /> Quatre heures et demie ! Des dizaines d'avions s'approchent ! Les voilà au-dessus du fort d'Eben-Emael.<br /> Brusquement, à la queue leu-leu, ils plongent vers le fort, lâchent leurs bombes et remontent vers le ciel.<br /> C'est un véritable carrousel.<br /> Des petits nuages noirs éclatent dans le ciel dans un bruit infernal.<br /> Tous les soldats et gradés du P.C. sont sur la ligne de chemin de fer, regardant médusés, ce carrousel.<br /> <br /> <strong>"Si cette fois-ci on n'a pas la guerre, alors, on ne l'aura jamais !" nous dit le lieutenant Parent.</strong><br /> <br /> Et le ciel est rempli de grands cercles comme si on avait jeté un pavé dans une grande marre d'eau.<br /> Voilà un avion qui arrive sur nous, c'est un allemand ; il est à la hauteur du chemin de fer. Personne ne réagit, puis brusquement nous comprenons, nous sautons sur nos armes, mais il est trop tard, il part vers Berneau, en laissant derrière lui une traînée noire. Je viens de voir passer le premier Allemand.<br /> En bas, dans la rue, les gens s'affolent et partent avec leurs baluchons.<br /> Toute la Compagnie est au travail, un dernier coup de pelle.<br /> On prépare les munitions, nous recevons quelques bouteilles de vin et des cigarettes. Une épicerie est dans la rue, la propriétaire, avant de partir a donné les clés au 1er Sergent Louis Rogge.<br /> Le téléphone sonne continuellement au P.C. La bataille fait rage dans les environs d'Eben-Emael.<br /> Un appel :"Ici adjudant du 2e grenadier ! Sommes à court de munitions ! Pouvons-nous reculer ?"<br /> Le commandant transmet le message à la D.I. au général de Krahe, mais celui-ci est furieux, je l'entends crier ..."Reculer ...Jamais ! Que l'on me donne le nom de cet officier !" Mais là-bas, près du pont de Kanne, on a raccroché !<br /> Des bruits circulent, les Allemands foncent sur Tongres et Liège ; des éléments d'infanterie se trouvent à Loën-Lixhe.<br /> Des soldats Hollandais sont passés, en pantalons jaunes; ils partent vers Haccourt. Le pont du chemin de fer des Allemands a sauté, mais très mal, il s'est affaissé sur le pilier se trouvant en "Basse-Meuse".<br /> Le génie travaille et remet des charges en place. On fait à nouveau sauter mais le pilier résiste et la nuit arrive. Le commandant de la Cie Parent téléphone au fort de Pontisse. Il explique la situation et demande un tir d'artillerie sur la culée du pont.<br /> Je prends le cornet et dirige le tir des canons.<br /> Mais j'ai du mal à m'expliquer car les artilleurs tirent sur la culée du pont où je me trouve adossé. Les obus explosent et les éclats passent devant moi, d'un rouge blanc. Je suis plaqué contre le talus, essayant de me faire le plus petit possible.<br /> Hurlement de ma part ...Dans le cornet... "Vous me tirez dessus ... c'est le pilier qui est devant moi !"<br /> Immédiatement, le tir est rectifié et ... coup en plein sur l'objectif. Le pont tremble, il bouge un peu, mais il reste en place.<br /> Nous sommes le 11 mai, le jour est venu; la nuit a été froide, mais le soleil est là. Raoul Delwait a passé la nuit avec moi, assis derrière nos sacs de terre, nous avons bavardé toute la nuit, jetant de temps en temps un regard en direction de la Meuse. Un brin de toilette et me voilà de nouveau près de mon périscope.<br /> Devant moi, un vaste panorama, en bas, au bord de la Meuse, la Cie est déployée, je ne vois pas bien les hommes. Au loin, je distingue le chemin de fer de ceinture de Montzen – Visé Haut ; plus près, mais de l'autre côté de la Meuse, la route de Maastricht-Visé. Je ne la vois que du café « Musette » au pont de Mouland ainsi que le chemin de fer de Visé-Maastricht.<br /> Je surveille le terrain qui est devant moi à la jumelle ou au périscope.<br /> Vers 13h30, des hommes franchissent le chemin de fer de ceinture de Visé-Montzen; ils sont assez nombreux, sans doute une compagnie. Il me semble qu'ils viennent de Berneau, à la limite de Mouland.<br /> Je suis surexcité, je le crie au commandant; tout le P.C. accourt, tout le monde veut voir; nous rigolons, notre anxiété est partie.<br /> Le 1er chef Rogge arrive, on sert une large rasade de "péket" dans notre gamelle. Le commandant de la 6e Cie, le lieutenant Parent me met en rapport avec le fort de Pontisse. Je donne la position de la compagnie allemande qui continue à progresser dans la prairie en direction de la route Visé-Mouland ou du pont-rail, où nous sommes retranchés. Je donne la position des Allemands; ils se trouvent à 30 m à gauche de deux arbres isolés se trouvant dans la prairie. Ils sont groupés et marchent allègrement sans ne se douter de rien. Les obus se mettent à pleuvoir ... un léger flottement puis c'est la course vers la route qui se trouve peut-être à 500 mètres. Des soldats sont restés couchés sur la prairie. Un soldat à genoux se redresse, puis un autre, et encore un autre. Un soldat reste assis contre l'arbre. Je ne sais pas ce qu'il fait car il est trop loin.<br /> Des balles s'écrasent derrière moi dans le talus avec un bruit mat. C'est une arme automatique qui tire du bord de la route, peut-être même plusieurs car le bruit devient infernal.<br /> Tout le P.C. est rentré dans la culée du pont. Le téléphone sonne continuellement. Je reste seul à mon poste d'observation. Les Allemands progressent en rampant en direction du groupe de maisons où se trouve le café Musette. Tout à coup, je les vois brusquement qui se relèvent contre le pignon du café.<br /> - Mon lieutenant... ennemis en vue !<br /> - Le téléphone sonne. Ici le commandant de la Cie sergent de Taye. Envoyez une bordée d'obus de 4/7 sur le bâtiment.<br /> - Coup au but mon lieutenant ! Je vois des impacts sur le pignon de la maison et ... plus d'ennemis !<br /> - Mon lieutenant... camion en vue sur la route de Mouland en direction de Visé. Il vient de déboucher du pont. Une sonnerie – j'entends le commandant donner la position de l'engin à un fortin se trouvant au bord de la Meuse et ayant une tourelle pour arme automatique.<br /> - Merde, mon lieutenant... C'est une ambulance de la Croix-Rouge !<br /> - Trop tard ! Caporal ! C'est la guerre !<br /> - Cavalier en vue venant du pont de Mouland !<br /> Un tir ! Le cavalier tombe mais le cheval reste sur place et se met à brouter l'herbe du bord du chemin.<br /> Les obus continuent à arriver en miaulant. Tout le monde tire, la bataille fait rage. Les balles continuent à s'écraser dans le talus. Ils me cherchent !<br /> Les Allemands ont continué à progresser vers la Meuse. Mais ... que vois-je ?<br /> Deux Allemands juchés sur une espèce d'engin à quatre roues sur rail et manœuvrant une espèce de pompe à bras pour le faire avancer, venant de la gare de Visé et partant vers Maastricht.<br /> Un tir d'armes se déclenche de la cabine d'aiguillage près du pont du tunnel de la gare de Visé. Je signale l'emplacement à Pontisse, avec une précision de chronomètre. Les obus arrivent en miaulant sur la cabine, une fumée rouge des tuiles s'élève au-dessus de la cabine. Voilà maintenant un tir nourri qui arrive de l'autre côté du pont à Visé Haut. Il y a un tas de billes de chemin de fer, à l'entrée du pont. La Cie est prise sous un tir plongeant.<br /> Le fort de Pontisse continue à tirer, jusque dans la gare de Visé. Un incendie s'est déclaré dans la gare. Après quatre ou cinq heures, le calme est revenu dans le secteur. La nuit tombe, nous avons des blessés mais je ne sais pas s'il y a des tués ?<br /> J'ai mis baïonnette au canon car je suis seul dans mon trou. La nuit est venue. Il fait assez frais ; le caporal TS. Stoffel J. est venu me remplacer mais je reste près de lui. On le rappelle au P.C. et le 1er soldat Delwart vient le remplacer. Malgré la fin de la bataille, nous avons les oreilles aux aguets. Les heures passent lentement.<br /> Beaucoup de remue-ménage dans la culée du pont. Le 1er chef Rogge en sort. "Soyez, prépare-toi ! On décroche !"<br /> Toute la compagnie est prévenue, sauf le peloton de l'adjudant Lesage. Celui-ci est au bord de la Meuse du côté du village de Lixhe. Le téléphone est coupé ; les T.S. ne l'ont pas trouvé et il est dangereux de s'aventurer la nuit, dans un terrain inconnu, sans un mot de passe.<br /> L'estafette, le 1er soldat Malburny, est chargé d'essayer de prévenir le groupe de Lesage et voilà, notre homme sur le bord de la route, face à la Meuse, qui se met à crier à pleins poumons : adjudant Lesage, adjudant Lesage ! Sa voix résonnait d'une façon étrange dans la nuit. Mais personne ne répondit. Ils furent faits prisonniers.<br /> Le lieutenant Parent a quitté le P.C., le motard de la Cie, le 1er Chef Demey, est venu le chercher.<br /> Je quitte le P.C. avec Stoffel, nous sommes les derniers. Je prends mon vélo et veux descendre le talus en face du canal de jonction mais mon pied s'accroche dans des ronces et me voila en bas en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Je me relève mais ma cheville me fait mal. J'ai le pied foulé !<br /> Jurant et gémissant, je reviens en arrière, voir à l'emplacement où mon frère Léon était comme caporal mitrailleur, mais la barbette est vide. La section du sergent Cassart est partie.<br /> Je reviens en courant au point de concentration dans le talus de la route, face au pont de l'écluse du canal de jonction de la Meuse et du canal Albert.<br /> Dans le silence le plus complet, les cyclistes, par groupes de quatre hommes, passent le pont en courant ou à vélo, chaque groupe à son tour, sans le moindre commandement.<br /> C'est à mon tour, mais ma cheville me fait mal ! Je saute sur mon vélo et traverse le pont en allant percuter le side-car du commandant.<br /> La compagnie se remet en route vers le pont de Haccourt. A Visé, plusieurs incendies rougissent le ciel.<br /> Près du pont, un sergent du génie crie "Dépêchez-vous, le pont va sauter !" Je pense que nous sommes les derniers dans le secteur.<br /> Le lieutenant médecin Romedenne s'est porté volontaire pour rester avec les blessés à l'hôpital de campagne, allée verte à Visé.<br /> A Haccourt, près du cercle St Hubert, toute les Cies du 2e régiment sont là.<br /> Pas fumer – pas de bruit !<br /> Nous partons en direction de Liers; nous passons devant l'église. A une centaine de mètres après les dernières maisons de Haccourt, des obus arrivent en miaulant, venant de la direction des hauteurs des carrières d'Hallembaye.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/albert_soyez_0002.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Albert Soyez, garde-frontière à Visé, en 1938. (Doc. A. Soyez)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous sommes une dizaine de cyclistes sur le sol. Je me relève et comme on ne pouvait plus avancer je crie : "En arrière ! Aux maisons !"<br /> Il était temps ! Une nouvelle salve d'obus arrive, venant de Wonck.<br /> Etant le seul gradé dans le groupe, je crie "En avant" et comme un seul homme, nous repartons au pas de course, en ramassant nos vélos au passage.<br /> De grandes lueurs illuminent le ciel. Cela doit être le fort de Liers ! Sur la route, cela devient épouvantable, une cohue indescriptible de soldats et de chariots. La 3e D.I. décroche.<br /> Les gardes frontières, le vélo à l'épaule remontent cette armée en traversant la prairie et les champs. Nous traversons Liers, l'incendie est un peu partout; une drôle d'odeur plane sur le village. La rue principale est pleine de chariots et de chevaux ainsi que des trous d'obus.<br /> C’est le 1er bataillon du 2e cy. front. qui a tenu les Allemands à distance.<br /> "En avant, en avant," crie constamment le 1er chef Rogge. Nous fonçons à travers Liers, le vélo à la main. Nous voici de nouveau en selle, le side-car du lieutenant Parent est là, nous le suivons. Nous rattrapons la voiture du major Lhoir. Et durant le reste de la nuit, nous pédalons sans relâche vers l'inconnu.<br /> Ma roue de devant est à plat. Je m'arrête et crie, mais les autres roulent tellement vite que je me retrouve rapidement seul dans la campagne, rien que des champs. Je répare mais cela ne tient pas. Me voilà à pied, poussant mon vélo.<br /> Le jour est venu; au loin, un gros bâtiment. Plein d'espoir, je me dépêche. C'est une ferme. J'entre dans la cour. Le fermier est là. On tente de réparer ma chambre à air, mais celle-ci ne vaut plus rien. Le fermier m'en donne une autre mais elle est un peu grande.<br /> Je repars, mais cela ne tient pas. Je coupe le pneu et me voilà reparti roulant sur la jante, dans un grand tintamarre. Après avoir roulé assez longtemps, j'arrive près d'une autre ferme. Des soldats sont assis sur un mur. Ce sont des Français. L'un d'eux me lance d'un air goguenard "T'en fais pas p'tit Belge, nous sommes là !" J'étais heureux, c'était un régiment de dragons français.<br /> J'arrive sur la grand route, des coups de feu éclatent, les Allemands sont là. Je me trouve à Villers en Hesbaye. La 6e Cie débouche, un camion s'arrête, on me charge. Nous partons vers Namur ...<br /> Sur la route, des milliers de réfugiés poussant des brouettes, vélos, voitures d'enfants se bousculent. La moitié de la route est prise par les militaires, l'autre par les civils. Beaucoup de femmes et d'enfants. Des régiments d'infanterie, d'artillerie, de cyclistes, tout cela part vers Namur.<br /> Notre camion s'arrête devant la gare de Namur. Mon vélo est réparé. Des avions survolent la ville ; une bombe tombe .à une cinquantaine de mètres. Nous nous jetons à terre, le sol tremble. On se relève ; nous sommes une dizaine de cyclistes, nous remontons en selle, direction l'école des cadets, lieu de rassemblement. Nous n'allons pas loin, les gardes-frontière refluent, l'école a été bombardée.<br /> La colonne se reforme, nous partons en direction de Charleroi par le pont de Jambes.<br /> Marchienne au Pont, nous passons devant la maison d'un cycliste, les parents sont sur le seuil de la porte.<br /> Nous sommes un groupe d'une dizaine de soldats. Toute la rue est venue aux nouvelles. On nous fait entrer à la maison; une infirmière qui était là soigne ma cheville en la massant. Elle me remet une bande ainsi que de la teinture d'iode sur les écorchures de mon visage faites par les ronces à Lixhe.<br /> On se rase et on se lave dans un grand seau d'eau. Ensuite, un bon repas nous attend, nous sommes heureux.<br /> L'heure des adieux est arrivée. En selle... et nous voilà partis pour Mons. Nous retrouvons notre régiment près de la gare. Celle-ci a été bombardée.<br /> Des soldats français traversent la ville.<br /> Rassemblement, la compagnie est au complet et nous voici en selle pour Bruxelles.<br /> Arrivant à un passage à niveau, des gens nous crient : "Des parachutistes, là-bas, derrière la haie". Un attroupement se forme. Voici deux gendarmes escortant un homme habillé de blanc-gris, un calot sur la tête. La foule essaye de le lyncher, on lui crache au visage. Les gendarmes ont difficile de le protéger. Le malheureux otage se démène comme un beau diable et ne cesse de crier "Je suis le cuistot de la 11e ... Je suis Français". Mais la foule est houleuse, elle vomit un tas d'injures.<br /> Les gendarmes parviennent à entrer dans la gare, cela doit être celle de Jumet.<br /> Le camion de ravitaillement est là. Quelques cyclistes hissent leurs vélos et nous voilà en route pour Wemmel; nous sommes le 13 mai au soir. Nous logeons dans la grange d'une ferme avec des soldats anglais. Quelques cyclistes sont sans vélo. Le 1er chef Rogge a l'autorisation du lieutenant pour réquisitionner des vélos à la consigne de la gare du Midi.<br /> Un camion, quelques soldats, et nous voilà à Bruxelles. Le 1er chef explique au chef de gare notre problème. Celui-ci nous dit :"Suivez-moi." Et devant des centaines de voyageurs qui se trouvaient sur le quai, il s'avance vers la foule et, prenant un ton mélodramatique, il dit : "Mesdames et Messieurs, laissez passer les défenseurs de la patrie." <br /> Nous nous redressons, nous sommes fiers, nous avons les larmes aux yeux. Des dames de la Croix-Rouge nous offrent des paquets de chocolat.<br /> Les vélos sont dans le camion et nous voilà de retour à Wemmel. Les Anglais sonnent l'alerte au gaz.<br /> Les Allemands approchent de Bruxelles. Rassemblement, c'est vers <strong>le 16 mai</strong>, à la nuit tombante; nous quittons le village. En selle, direction inconnue, comme toujours. Nous roulons depuis un certain temps puis, pied à terre, nous continuons notre route sur des débris de verres dans une nuit noire. Un bruit circule: le commandant Monjardin de la Cie de Liège vient d'être tué.<br /> Nous sommes près du canal à Willebroek. Les Anglais sont là.<br /> Halte, repos, nous devons passer le reste de la nuit dans le fossé. Il fait très froid.<br /> Le jour se lève, rassemblement.<br /> Nous partons vers un petit bosquet, nous laissons nos vélos et montons vers le canal prendre position. La 6e Cie est à gauche du Pont-Brûlé. A notre droite, est installée la Légion mobile de la gendarmerie. Ce <strong>17 mai</strong> au matin, je commande une section: quatre douaniers de Visé et trois T.S. Nous creusons nos trous dans le fossé, en contrebas du chemin du halage. Nous remplissons des sacs de terre. La section du sergent Detaille est derrière moi, un fusil-mitrailleur est en position. Pas de ravitaillement, notre roulante a disparu ainsi que le sergent avec la cantine. Le 1er chef Rogge est parti en reconnaissance et revient avec des harengs, du sucre, des cigares et des liqueurs. Il n'a pas trouvé de pain à Vilvorde. Midi, les gendarmes ont réchauffé des boîtes de "singe", ils partagent avec nous leur maigre repas. C'est une ratatouille de viande; c'est chaud et c'est bon !<br /> Des voix s'élèvent sur notre droite ... "Ne tirez pas ce sont des Anglais". De l'autre côté, sur le chemin de halage, arrive une moto montée par deux soldats. Je jette un regard, mais ce sont des Allemands. Je hurle "Tirez, mais tirez donc ! Ce sont des Allemands!" Ils sont à la hauteur du P.C.; une fusillade éclate, la moto quitte en vol plané le chemin pour disparaître dans la nature en contrebas du canal.<br /> Des miaulements arrivent, c'est un tir d'artillerie, cela doit être des 75 mm. Le tir est un peu court. Les obus prennent dans les branches des arbres qui bordent le canal. On est recouvert de branches. On se fait petit dans les trous. Les obus continuent à pleuvoir, c'est un enfer de mitrailles. Un blessé gémit devant moi, impossible de faire quelque chose. Toutes les armes crépitent pour empêcher un éventuel passage du canal. Vers deux heures du matin, le P.C. annonce qu'on décroche.<br /> Les armes automatiques de la 2e ligne resteront en place jusqu'au moment où la première ligne aura passé le ruisseau se trouvant dans le bas du terrain.<br /> Je file vers le bois avec Delwart et nous tombons "pile" sur nos vélos.<br /> Nous voici en selle, nous suivons le commandant, destination inconnue. Nous traversons la ville qui a été bombardée; un camion brûle au milieu de la rue. Pour le dépasser, nous entrons dans un magasin et nous en ressortons par la vitrine brisée. Un pont est devant nous; il enjambe un canal ou une rivière Les soldats du génie vont faire sauter le pont. Les Allemands ne sont pas loin.<br /> On a fait une halte pour attendre les retardataires. Je suis assis au bord de la route, des milliers de réfugiés continuent à passer. Pas un visage familier, pas un Visétois, pas de nouvelles de mon épouse, de mon fils et de mes beaux-parents ...personne ! Tous des inconnus !<br /> Voilà des cavaliers et du charroi : c'est la 11e Artillerie de Tournai. Justement c'est la 5e batterie, classe 36. C'est là que j'ai fait mon service militaire.<br /> Des anciens copains ... "Tiens, Soyez, que fais-tu là en cycliste ? Tu vas bien ?..." Et oui, le convoi passe!<br /> En selle, on se lève avec difficulté et nous voilà de nouveau en route. Plusieurs soldats sont revenus en civil. Ils ont été faits prisonniers par les blindés dans les environs de Namur, désarmés et envoyés en arrière sans escorte.<br /> Je roule depuis quelques kilomètres, soudain j'entends des cris, c'est le deuxième mari de ma belle-mère, Barthélemy Leroy. Je saute de mon vélo, ma femme arrive en pleurs avec ma belle-mère. Mon fils Jacqui est sur les bras de Nicolas, il a un an. Depuis le matin, ma famille est là sur le bord de la route regardant passer des milliers de soldats. Mais pas de gardes-frontière de Visé.<br /> Ils doivent se rendre à Tielt, lieu de séjour des Visétois qui devaient évacuer. Mais devant l'avancée des Allemands, ils cherchent à partir en France. Mon épouse ne veut plus me laisser partir. Elle pleure beaucoup. Je la console en lui disant que nous allons en repos !<br /> Je reprends mon vélo et en voltige, je saute dessus, le cœur léger. Je rattrape la 6e Cie et nous voici à Avelgem. Plus de gourde ... le lieutenant me signe un bon de réquisition pour un bidon et une paire de chaussettes. Je lave mes pieds dans mon bassin de toile. Nous logeons dans le cinéma et je dors sur un peu de paille sur le sol. C’est la première nuit où je peux me reposer depuis huit jours.<br /> Le jour se lève, on se remet en selle et en route pour Courtrai ; nous traversons la ville en silence et nous stoppons à Bavikhove, face à Harelbeke. La Lys est devant nous. Nous continuons à avancer. Je dépasse le lieutenant Jacquemin. Il a mis pied à terre et a ouvert une carte. Il discute avec un groupe de sergents. Le sergent Cassard est là aussi. C'est la dernière fois que je les vois. Beaucoup de nos camarades tomberont au cours de la bataille.<br /> Je suis de nouveau caporal observateur de la Compagnie après beaucoup de palabre entre le 1er chef et le lieutenant Parent. On me désigne mon poste dans une ferme, face à la Lys. J'installe mon poste dans la grange qui se trouve devant la ferme. Au-dessus de l'entrée de la grange, il y a des poutres. Nous mettons des bottes de paille ; j'enlève quatre tuiles du toit. Raoul Delwart est avec moi. J.Stoffel, caporal T.S. est venu me rejoindre avec ses hommes. Ils installent la ligne téléphonique de mon poste au P.C. de la compagnie qui se trouve à un kilomètre en arrière. Nous formons une équipe de six hommes. Chacun de nous reconnaît le terrain jusqu'au P.C. Dans la cour de la ferme, deux sections avec fusil-mitrailleur FN se sont installées. C'est le sergent Detaille qui a le commandement. Des brancardiers arrivent, ce sont des séminaristes ; ils installent le poste de secours dans la porcherie.<br /> Dans la cour, le fermier discute du prix des pommes de terre avec notre sergent qui s'occupe de la "roulante".<br /> Un obus arrive en miaulant et explose au milieu de la cour. Le fermier prend ses jambes à son cou et file vers la cave. Tout le monde se précipite à son poste de combat. <br /> Le téléphone sonne, c'est le lieutenant Parent, commandant de la Cie. Je reçois mes dernières instructions, je suis prêt. Les obus continuent de pleuvoir. Je regarde par le trou pratiqué dans le toit. Devant moi, une grande plaine et dans le fond, les bords de la Lys. Sur mon côté gauche, dans la plaine, quelques fermes. Un chemin de terre part de la ferme et va en direction de Courtrai. Un chemin de campagne longe mon bâtiment. Les obus continuent à arriver et forment un tir de barrage. Le clocher de l'église de Harelbeke a reçu un obus qui l'a décapité. Deux fermes sont en feu ; des civils et soldats en sortent et ils se couchent à même le sol. Ma position n'est pas confortable ; les Allemands tirent avec des obus remplis de balles. Le toit devient une passoire. Je me fais tout petit.<br /> "Allo, mon commandant, ici le caporal Soyez. Des engins se dirigent vers notre position. Avertissez les deux sections de F.N. qui se trouvent dans la cour!"<br /> Le caporal T.S et ses hommes se mettent en position de tir. Je prends mon fusil ainsi que Delwart. Celui-ci fait un trou dans le toit en cassant une tuile.<br /> Fausse alerte, ce sont des "Utility's ou tracteurs de canon 4/7 remplis de soldats belges. Trois engins qui se suivent entrent dans la cour de la ferme, une vingtaine de soldats en descend. Un officier, soutenu par un soldat également. Il est blessé à la jambe ou au pied.<br /> Le poste de secours le soigne. Un soldat a une crise de nerf tire sa veste et déchire sa chemise en disant "les salauds, les salauds!" Ce sont des soldats du 22e de Ligne qui sont pris de panique et désertent. Les engins sont remis en marche et s'en vont vers l'arrière.<br /> Je reprends mon observation. - "Allo, mon lieutenant, des soldats sans arme arrivent en courant dans la plaine! Ils viennent vers nous!-caporal demandez que l'on tire des rafales devant eux!"<br /> Ils ne peuvent plus reculer, ils s'allongent sur le sol.<br /> La bataille fait rage, nous sommes sous un tir d'artillerie violent. Pour reboucher le trou laissé par les "lignards", une contre-attaque commandée par le commandant Derache refoule pour un moment les Allemands. Mon toit s'effrite sous les coups des boîtes à balles.<br /> Mon téléphone est coupé, le caporal Stoffel part avec 2 T.S pour réparer la ligne. Il ne reviendra pas, il sera tué en réparant la ligne et un soldat T.S grièvement blessé. Les balles traversent la porte de la grange, le feu a pris dans la paille, nous avons réussi à l'éteindre mais une épaisse fumée se dégage et remplit la grange. <br /> L'estafette à moto, le caporal Page, vient d'être tué. Dans la ferme, c'est un véritable enfer. Les cyclistes reculent, notre position est très difficile à tenir. Les Allemands progressent dans la plaine. Ils ont franchi la Lys. L'ordre de repli arrive; des Lanciers à moto montent vers le front.<br /> Bonne chance les gars ...<br /> Nous traversons prairies et champs et arrivons au P.C. de la Cie. Nous avions laissé là nos vélos mais hélas ...plus de vélos, ils ont disparu.<br /> Le P.C. est vide, je suis fourbu et j'ai faim. Nous n'avons plus rien reçu depuis quarante-huit heures.<br /> J'ai mangé le reste de mes biscuits de réserve. Nous continuons notre route à pied vers l'arrière. Les obus nous poursuivent. Une église, le porche est ouvert. J'entre dire une petite prière. Mais Delwart arrive en trombe avec une camionnette, c'est celle de la Cie ; nous embarquons, allongés sur des caisses de munitions…<br /> Nous voilà partis à travers un déluge d'obus. Pas un morceau de la route qui ne soit épargné. La camionnette va de gauche à droite pour éviter les cratères d'obus.<br /> La nuit est venue, c'est dantesque, toutes ces lueurs sur la route avec les obus qui éclatent.<br /> Je regarde par la fenêtre arrière, derrière le chauffeur. Celui-ci, par moments, a sa tête sur le volant tellement il essaie de se faire petit.<br /> Cette pluie d'obus est effrayante avec ces grandes lueurs, la route est fantastique, cela n'en finit plus.<br /> Nous sommes enfin sortis de cet enfer, le jour est venu. Voici le lieu de rassemblement. Je retrouve le lieutenant, je me présente: " Mes respects mon lieutenant." - "Tiens, Soyez ! Et bien caporal, cela va-t-il?"<br /> "Mieux, mon lieutenant! ". Je retrouve mon vélo; c'est le 1er soldat Vandevelle qui me l'avait barboté.<br /> Nous cherchons un peu de repos et nous recevons à manger. Nous avons faim et le pain est vite englouti.<br /> Le jour est venu tout à fait, nous sommes le <strong>27 mai</strong>. Rassemblement ! La 6e Cie est devenue squelettique, des tués, blessés, surtout des prisonniers car le dégagement avec les Allemands ne fut pas facile. Il manque la moitié de la Cie. Avec des éléments de plusieurs unités, on refait la 6e Cie. Je deviens chef de section d'un fusil mitrailleur et Raoul est mon caporal. Un sergent des Cantons Rédimés devient chef de peloton. Le moral est très mauvais et celui du sergent est encore pire. Il parle de se rendre au premier engagement.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/albert_soyez_0003.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">11e Régiment d’Artillerie de Beverloo, en 1937. Albert Soyez est le 3e à partir de la gauche. (Doc. A. Soyez)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Depuis 16 jours, nous reculons. Les nerfs sont à bout. Nous recevons notre armement et nos munitions. Nous allons remonter au front demain <strong>28 mai</strong>. Nous recevons l'ordre de trouver un emplacement pour passer la nuit et de ne pas rester ensemble.<br /> L'école chrétienne des Sœurs est devant nous. Nous y entrons, un escalier en colimaçon monte vers l'étage. Nous le prenons et on s'installe sur le palier du 1er étage le FN braqué en direction du bas. Le sommeil nous surprend, Delwart et moi.<br /> Brusquement je m'éveille ! Le canon ne tire plus. Il est quatre heures du matin.<br /> "Raoul, la Cie est partie!" Plus aucun bruit. Quatre à quatre nous descendons l'escalier. Dans la cour, tout le monde arrive aux nouvelles.<br /> C'est la capitulation, nous sommes consternés. Les Allemands seront bientôt là. Nous devons rendre les armes. Je retire le percuteur de mon FN et le jette dans l'égout. Le 1er chef comptable (Mest ?) est arrivé et partage l'argent de la Cie pour qu'il ne tombe pas dans les mains de l'ennemi. Les volontaires reçoivent une somme à valoir sur le traitement. Chacun signe pour la somme reçue.<br /> Nous recevons la visite des gendarmes de Visé en la personne de Bernard (?). Nous voici à l'hospice de Tielt. C'est à Tielt que la ville de Visé devait évacuer. Nous recevons la visite de nombreux Visétois et entre autre Hurbin, un visétois qui avait fait la guerre de 14-18 qui fut pour la 6e compagnie un très bon coursier. En effet, il nous dénicha en ville, en payant évidemment, du pain, chocolat, cigarettes, etc.<br /> Une page de cahier est épinglée sur une porte à l'aide d'un petit clou demandant des nouvelles des frères Soyez ! Nous dormons dans le fenil sur du foin.<br /> Rassemblement. Destination Zelzate. Nous sommes répartis dans de petites fermes et écoles de la région. Dans la petite ferme où je suis, il y a une dizaine de cyclistes. Les fermiers ne parlent que le flamand. Nous sommes très bien accueillis, nous logeons dans la grange. On nous fait une omelette de deux œufs pour 1 franc et la poule au pot dans un grand chaudron que nous avions d'abord récuré.<br /> Après quelques jours, les ordres arrivent. Nous partons pour l'Allemagne. On distribue le reste du ravitaillement au village: viande, café, farine.<br /> Comme nous devons remettre nos vélos à l'occupant, on échange nos plus beaux vélos contre des "riquettes" du village. Nous voilà partis pour Lokeren. Le colonel Jacques est sur le bord de la route. Nous défilons fièrement, dans un ordre impeccable.<br /> Ecole Moyenne de Lokeren, nos officiers nous ont quittés. Ils sont partis pour Anvers, destination l'Allemagne.<br /> Des milliers de soldats prisonniers français passent devant l'école, ils prennent toute la largeur de la route. Les cyclistes leur jettent des cigarettes.<br /> On parle dans la cour que l'on va avoir une autorisation pour rentrer dans nos foyers. Une infirmière remplit des papiers qu'elle porte à la "Kommandantur". Mais cela devient long. Je vais sur le devant de la cour.<br /> La sentinelle ne dit rien. Voyant cela, je me défile en douce. Me voilà parti en direction de Gand. Delwart me rattrape avec son vélo ainsi que Demey et Van Develle. Je traverse un village, je vois un marchand de vélos, j'entre et j'achète un vieux vélo de femme. Les ponts sont gardés par des sentinelles allemandes. Elles demandent nos papiers. Une fourgonnette est arrêtée. Nous sommes trois soldats; on demande au chauffeur s'il veut bien nous prendre pour passer le pont. Le chauffeur nous conduit à un endroit, je ne sais où, pour prendre le tram pour Bruxelles.<br /> Gare du Nord, la Croix Rouge m'accueille avec une tasse de café et une tartine. Après cette restauration, une infirmière va bavarder avec un chauffeur d'un camion de l'armée allemande. Je monte dans le camion, le soldat ferme la bâche et me voilà parti pour St Trond. Là, je trouve un tram pour Liège.<br /> Toujours en soldat et le casque sur la tête. Me voici à Liège mais pas de transport pour Visé.<br /> Après beaucoup de palabres, un taxi me conduit jusque Wandre. Le chauffeur ne veut pas aller plus loin à cause du couvre-feu. Je paie le taximan et me voilà en route à pied pour Visé.<br /> La nuit est venue. Au pont d'Argenteau, je m'arrête et j'entre dans la petite cabine du garde-barrière. Vers quatre heures du matin, je repars pour Visé. Je ne rencontre personne, pas de patrouille, rien. J'arrive devant la Renaissance, rue Haute, 11 à Visé.<br /> La porte des locataires est fermée et pour ne pas faire de bruit, je m'assieds sur le seuil de la porte. J'attends que mon épouse se lève ou Monsieur Dubois. Madame Nélissen sort de sa boulangerie, rue Haute pour aller à la messe du matin. Me voyant, elle vient près de moi et par ses cris elle ameute presque toute la rue tellement elle crie pour réveiller mon épouse Nous sommes le <strong>16 juin 1940</strong>.<br /> <br /> <strong>Nos pertes pour la campagne des 18 jours furent de cent quatre-vingt trois morts et quatre cents blessés</strong>.</p><br /> <br /> <strong>Source bibliographique:</strong><br /> Article de Monsieur Albert Soyez paru en deux parties dans « Le Papegaie », Le journal des Anciens Arquebusiers de Visé, n° 112 et 113.<br /> <br /> <strong>Source iconographique:</strong><br /> Collection famille Soyez<br /> <br /> <strong>Source internet:</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/albert_soyez_de_vise.php">http://www.maisondusouvenir.be/albert_soyez_de_vise.php</a> Sun, 21 Feb 2016 00:01:05 +0100