Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Le lieutenant Richard Smekens rejoignit l’Angleterre via Dunkerque https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-226+le-lieutenant-richard-smekens-rejoignit-l-angleterre-via-dunkerque.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-226+le-lieutenant-richard-smekens-rejoignit-l-angleterre-via-dunkerque.php <p style="text-align:justify">Le lieutenant Smekens et vingt de ses hommes passèrent dans l’enfer de Dunkerque pour rejoindre l’Angleterre</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/smekens_freebelgians_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Richard Smekens en uniforme (après guerre)</p>[/align]<br /> <br /> <p style="text-align:justify">Richard Smekens fut un des premiers Belges à refuser la défaite et à atteindre l’Angleterre. En août 1939, il commandait la 2ème compagnie du 25ème bataillon de Génie qui s’est formé à Auderghem. Le 4 septembre, on le retrouve dans les Ardennes auprès du groupement K (général Keyaerts). Quand la guerre éclate, le 10 mai 1940, le bataillon commence son job en détruisant les ouvrages sur la Salm. Les opérations se terminent dans la nuit du 27 au 28 mai, en Flandre, par la destruction des ponts des canaux Léopold et de Schipdonk. Le 28 à l’aube, à Klemskerke, c’est la capitulation. Maurice Vanneste et Pierre Lefevre se rendent alors chez le lieutenant Smekens au P.C. de la Compagnie pour lui manifester leur envie de continuer la lutte. Ce dernier réunit alors sa compagnie, forte de 140 hommes, en ordre de bataille. Après avoir fait exécuter toutes les sonneries réglementaires, comme s’il se fut agi d’une parade, il annonça la capitulation et fit part de son intention de poursuivre la lutte. Il demanda à ceux qui voulaient le suivre de faire un pas en avant. Vingt hommes franchirent ce pas qui devait finalement les amener en Angleterre. Ce fait semble unique dans toute l’Armée belge, ce qui lui donne une grande valeur malheureusement oubliée de nos jours.<br /> Les volontaires vont alors se diriger vers Dunkerque. Ils vont encourir, dans les heures qui suivent le dédain des Français bien au courant du discours de Paul Reynaud qui traitait les Belges de tous les noms. La petite colonne motorisée qui s’est formée arrive dans la nuit du 29 au 29 mai à Dunkerque. Le 29, le lieutenant Smekens, Vanneste, Brion et Lefevre vont en reconnaissance à La Panne pour voir ce qui s’y passe. Mais là aussi, les militaires sont mal accueillis. Le soir, le détachement se retrouve à Adinkerke au poste frontière de « Papegaai ». Dans l’entre-temps, onze militaires belges dont le brigadier Arthur de Jonghe (plus tard major aux commandos britanniques) et un caporal hollandais ont rejoints les volontaires. Le 29 mai à 21h, les efforts du lieutenant Smekens et les négociations du Vicomte de Jonghe aboutissent : le détachement belge est incorporé dans la 1ère Cie du 92ème Bataillon du Génie de la 2 D.I.N.A. (Division d’Infanterie Nord-Africaine), unité commandée par le capitaine Jacques Madrolle. La nuit du 29 au 30 se passe à la belle étoile, dans les dunes.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/smekens_trajet_freebelgians_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Trajet Klemskerke-Dunkerque</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Trois militaires belges se joignent à eux le 30 mai ce qui fait monter l’effectif du détachement à une trentaine de volontaires. Le 30 mai vers 14 h., Smekens et ses hommes quittent Adinkerke à pied pour Dunkerque à la demande du capitaine Madrolle. Le détachement marche en tête du 92ème Bataillon du Génie français. C’est en sifflant des marches, qu’ils entrent dans Dunkerque en flammes. Les abords du port et le port lui-même sont violemment bombardés par l’aviation et l’artillerie allemande. Le détachement belge se dévoue sans compter dans l’enfer de Dunkerque auprès des blessés qu’ils se chargent d’évacuer. Les Belges ne seront pas épargnés puisque que le commandant Blumlein et le brigadier Verboven sont grièvement blessés et transportés dans un bateau sanitaire.<br /> L’opération Dynamo est commencée depuis le 26 mai. Elle doit aboutir à l’évacuation la plus complète possible des forces alliées par voie maritime vers l’Angleterre. A la nuit tombante, le 30 mai, le détachement belge est embarqué sur le « St-Helier ». Ce navire aura l’honneur d’être le bateau qui embarquera, le 3 juin, les derniers hommes du corps expéditionnaire britannique. Après cette date, l’opération dynamo sera prolongée pour continuer l’évacuation de soldats français. C’est le 4 juin 1940 à 3 h 40, que le tout dernier navire, le « Shikari », quitta Dunkerque. Au total, 338 000 soldats alliés purent être évacués.<br /> Le 31 mai à 7h.30, le détachement débarque à Folkestone. Les Anglais obligent les Belges à remettre leurs armes... Pour eux aussi, l’armée belge a capitulé. Par chemin de fer et puis par cars, Smekens et ses hommes sont conduits au camp Perham-Downs (près de Salisbury). Le lieutenant Smekens se met alors en rapport téléphonique avec l’Ambassade de Belgique à Londres. Tout s’arrangera rapidement car le lieutenant général Chevalier van Strydonck de Burkel, qui se trouve en Grande-Bretagne à Tenby, a eu, lorsqu’il était colonel au 1er Guides, le père du lieutenant Smekens comme adjudant-major. Le 3 juin, les Belges peuvent quitter Perham-Downs pour rejoindre le camp belge de regroupement de Tenby dans le sud du Pays de Galles. Commence alors une période d’incertitude qui durera pendant quelque deux mois : y aurait-il oui ou non un gouvernement et une nouvelle armée belge ? Au cours de cette attente, les volontaires se livrent au travail dans les champs et à la construction d’abris au profit de la Protection civile. La première unité est formée le 13 août 1940, et portait le nom d’Unité Combattante Belge (U.C.B.). Elle comprenait en plus de trois pelotons normaux, un quatrième peloton, qui comptait des gradés trop nombreux pour recevoir une affectation d’encadrement. Petit à petit de nouvelles recrues belges arriveront à Tenby, parmi lesquelles beaucoup de jeunes (notamment Pol Renkin et Barette, qui s’illustreront quatre ans plus tard au sein de l’unité parachutiste belge). L’arrivée de cette centaine de jeunes gens nécessita la formation d’une deuxième compagnie dont le lieutenant Smekens prit le commandement et au sein de laquelle Lefevre fut affecté comme adjoint au chef du 2ème peloton, sous les ordres du sous-lieutenant Neuray, qui devait trouver la mort dans un accident de moto.<br /> <br /> Sources iconographiques et internet :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/lieutenant_richard_smekens.php">https://www.maisondusouvenir.be/lieutenant_richard_smekens.php</a></p> Thu, 01 Sep 2022 07:40:27 +0000 Mémoires de guerre de Marcel Labie https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-217+m-moires-de-guerre-de-marcel-labie.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-217+m-moires-de-guerre-de-marcel-labie.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/labiefreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"> Photo prise le 31 mars 1940 lors d’une permission</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>1939 : Mobilisation générale</strong><br /> Jeudi 01/03. Nous sommes 40 à être appelés sous les armes à la caserne Baron Rucquoy à Tournai pour faire notre service militaire au 12e Chasseur à pied, 1e compagnie, 2e peloton, je suis tireur FM (fusil mitrailleur). Nous étions 5 du village à y être casernés : Willy Croissiaux, André Jaivenois, Gérard Dubuisson, Jules Coulon et moi-même (Marcel Labie), nous ne sommes pas heureux du tout, car entrer à l’armée quand c’est la guerre en Europe de l’Est (Pologne), cela ne présage rien de bon.<br /> <br /> <strong>1940: La guerre</strong><br /> <br /> Le vendredi 10/05/1940 : A 2 heures du matin, appel, on se lève, nous recevons nos armes et munitions. Nous quittons la caserne à 4 h 30 et arrivons à la ferme de la Fauvette à Guaurin-Ramecroix, mais par manque de place, nous sommes dirigés sur la ferme du Grand Malvit qui se situe à Ramecroix, question de nous rendre du baume au cœur, nous constatons que celle-ci est plus confortable.<br /> Le 11/05/1940 : Il y eu des combats aériens toute la journée et la nuit fut mouvementée à cause des alertes incessantes et des raids destructeurs sur Tournai, à 3 h du matin, nous embarquons en train, nous passons par Ath-Lessines-Grammont.<br /> Mardi à 9 h, après Alost, avant d’arriver à Gand, à Gontrode exactement nous sommes mitraillés et nous fuyons dans les champs voisins. Nous parvenons à Gand vers 12 h. Nous sommes logés dans une école et ravitaillés. <br /> Le 12/05/1940, c’est le dimanche de Pentecôte, dès le matin, nous quittons Gand et à 9 h 30, nous arrivons au village de Kieldrecht et abrités dans le salon communal, là, ayant appris qu’il y avait une messe à 10 h, nous nous y sommes rendus.<br /> Le 13/05/1940, on peut qualifier cette journée de calme, malgré quelques raids allemands.<br /> Le 14/05/1940, Cette nuit, il y a eut deux alertes au loin, à minuit, lors de la relève de la garde, des chasseurs ardennais passent près de nous. A 14 h 30, la moitié du 2e peloton monte la garde de guet hors du village pour surveiller les avions ennemis. A 16 h 30, passage de troupes françaises avec de lourds canons, tirés par des chevaux. (Quel contraste avec les chars allemands !)<br /> Nous apprenons que ces Français allaient remplacer nos camarades belges à Doel. A 19 h 30, un important passage de cavalerie française se se poursuit pendant 20 minutes. A 20 h, le 3e peloton rentre après une ronde de 24 km à la recherche de l’ennemi.<br /> Le 15/05/1940 : Toute la nuit, passage de bataillons français, en continu des canons et de 5000 hommes.<br /> A 6 h, nous nous levons, tout tremble, à 10 km, les canons tonnent, ils tirent sur un objectif distant de 35 km.<br /> A 11 h 45, le lieutenant annonce notre départ pour Gand à 15 h 30, mais à 14 h, nous partons à pied vers Beveren Waas, nous y arrivons à 18 h, puis en train vers Lokeren que nous atteignons à 20 h, là, nous sommes restés en attente pendant 7 h, avant de rejoindre Gand vers 3 h 20. Sur le parcours, nous avons rencontré Gérard Dubuisson, Georges Overlau, beaucoup de réfugiés et de nombreuses colonnes de Français. La gare de Lokeren était démolie, elle avait été bombardée le 11/05/1940 à midi (il y eut 6 tués).<br /> Le 16/05/1940 : Nous sommes toujours parqués dans nos wagons, des trains de réfugiés et des convois français nous croisent.<br /> Le 17/05/1940 : Et finalement, en passant par Bruges et Dixmude, nous traversons la frontière à 14 h 30 et arrivons à Dunkerque vers 17 h 30, de là, nous partons pour Boulogne, arrivée à 1 h 30 du matin. Le train de Gérard Dubuisson, partait après le nôtre, il a été bombardé et immobilisé à Dunkerque.<br /> </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/labiefreebelgians_2.gif" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 18/05/1940 : Nous voilà repartis à 10 h 30 par Etampes (Paris Plage), nous rencontrons toujours des réfugiés et le train fait de nombreux arrêts. Nous passons par Tréport et Dieppe qui venaient d’être bombardés. Ensuite par Rouen, Lisieux, Le Mans, Angers, Niort, Bordeaux, Agen, Montauban, Toulouse, Béziers, Montpellier, Avignon, soit un périple de 9 jours en train.<br /> Le 22/05/1940 : A 13 h 30, nous débarquons à Bagnols-sur-Cèze, petit village près d'Avignon. à 17 h 30, à pied, nous nous mettons en route et passons par Saint-Gervais, nous arrivons à 20 h au sommet d’une montagne. Là, on trouve un petit groupe de maisons entourées de vignes, à 22 h, nous sommes au hameau de Saint Gely, nous dormons sur de la paille dans une grange.<br /> Depuis le 16/05/1940, nous vivons un bien triste exode rendu très pénible par le ravitaillement qui faisait défaut et très mal distribué.<br /> Le vendredi 24/05/1940, Nos équipements sont là, nous faisons notre lessive. Je suis mis au repos par le médecin pour raison de maladie.<br /> Le dimanche 26/05/1940 : A 9 h 30, messe militaire en la chapelle du Saint-Sauveur suivie d’une réunion avec les habitants du village, puis, vers 11 h 30, à Cornillon, le commandant rend hommage aux morts de 1914-1918. A 18 h, j’assiste au salut à la chapelle, j’étais très triste toute la journée surtout pendant les offices. Le soir, nous montons de garde et je suis de piquet.<br /> Le 28/05/1940 : Après les exercices vers 15 h 30, le commandant annonce la triste nouvelle ‘’Le Roi a capitulé’’ ce qui fut un bien triste moment pour les Belges. A 17 h, s’adressant à nous, le commandant qualifie le Roi de ‘’traître’’, annonce que le gouvernement belge se retire sur Londres pour continuer la lutte et que le Roi est chassé.<br /> Le 29/05/1940, le jour suivant, à la demande du commandant, l’aumônier célèbre la messe et un salut. <br /> <br /> <strong>Nous sommes ‘’Bataillon de travailleurs’’</strong><br /> <br /> Le 05/06/1940 : Il fait 37°, « état d’alerte », et inspection par le lieutenant dans le cantonnement.<br /> Le 06/06/1940 : Nous sommes équipés (armes et munitions). Le soir, je suis de sentinelle aux abords du bureau militaire, le temps est pluvieux et orageux, je m’abrite sous un porche.<br /> Le 07/06/1940 à 20 h, la TSF (la radio d’époque) annonce que les troupes belges qui sont en France vont monter en ligne, ce qui est très inquiétant pour nous.<br /> <br /> <strong>Abandon et Détention</strong><br /> <br /> Dimanche 09/06/1940. Après la messe, à 6 h, départ à pied jusqu’à la grand’ route, puis en autocar pour Bagnols-sur-Cèze, où j’ai revu André Jaivenois et Willy Croissiaux. Nous sommes embarqués dans un train de marchandise pour Pont-St-Esprit.<br /> Le 10/06/1940 : Après avoir roulé toute la nuit en train et traversé une bonne partie de la France pour remonter vers le nord et les zones de combat, nous sommes, à 13 h 45 à Bar-le-Duc, puis à Verdun vers 17 h 15 et nous débarquons finalement à 18h 15.<br /> Nous partons à pied vers 21 h, traversons un petit hameau où nous sommes bien accueillis ensuite, dans un village évacué, nous cherchons de la nourriture dans les fermes. Et, l’on entend le canon, enfin vers 23 h, nous repérons une grange près de Verdun où nous dormons dans la paille.<br /> Le 13/06/1940 : Nous repassons au centre de Verdun à 9 h puis par un village évacué. Après-midi, il y eut des raids aériens sur Verdun.<br /> Le 14/06/1940 : Vers 22 h 15, tout en redescendant, une nuit froide se présente à nous, nous la passons dans un bois près de Souilly. La nuit était rythmée par les avions et la DCA des combats aériens sur Verdun. Les 1ère , 2ème et 3ème compagnies marchaient toujours ensemble en direction de Bar-le-Duc. Tandis que des convois de ravitaillement montaient vers le front, des troupes en retraite passaient en sens inverse, accompagnées de réfugiés qui comme nous descendaient vers le sud.<br /> Là, nous nous reposons dans un bois, juste après avoir dévalisé une fromagerie abandonnée. A peine installés, nous devons rebrousser chemin car les Allemands sont là devant nous. On cherche à se sauver car nous sommes mitraillés et bombardés. A 22 h, nous sommes à Dieuze, où du ravitaillement nous est procuré par des soldats français. Là, nos gradés nous disent : « Vous êtes libres, faites ce que vous voulez, gagnez Neufchâteau ! » A partir de ce moment le bataillon va se disloquer. En effet, c’est la débandade, par petit groupe, nous nous dispersons pour passer la nuit, mais vers 3 h du matin, notre groupe trouve un petit village, on se couche dans une grange où nous abandonnons nos armes. Depuis une semaine, nous ne nous reposions que de temps à autre au bord du chemin.<br /> Le 16/06/1940 : Nous voici errant sur les routes, en une interminable colonne, ayant mal aux pieds, je trouve un vélo qui me vient bien à point. De passage à Domrémy vers 19 h 30, on retrouve le commandant qui nous dit : « Ne vous occupez plus de moi, allez le plus loin possible vers la Suisse ». A 21 h, nous arrivons à Neufchâteau qui avait été bombardée le matin. A minuit, nous nous couchons à quelques-uns dans une grange. Toute la contrée avait été pillée.<br /> <br /> Le 17/06/1940 : Vers 2 h, on nous dit : « Filez vers Epinal ! » Mais bien vite à bout de souffle, nous faisons une halte dans un bois. Vers 5 h 30 nous repartons. Sur notre route, nous voyons des villages bombardés et abandonnés, nous y remarquons 6 morts. Il pleut quand vers 17 h, nous entrons à Darnieulle, on se réfugie encore dans une grange sur du foin et nous soupons chez l’habitant avec des soldats français.<br /> Le 18/06/1940 : Réveil à 8 h, nous partons pour Epinal. A 10h, nous sommes à l’entrée de la ville et on nous conduit à la caserne des tirailleurs marocains. Endroit où le 12e chasseur à pied est regroupé. Nous y arrivons vers 11 h, on cherche place mais tout est désert. A 20 h, « Crac » voilà l’ennemi qui arrive dans la ville, nous sommes mitraillés. A quelques-uns, nous nous sauvons dans une ferme sur la route de Bousey. Nous n’avons plus aucun bagage, nous n’avons plus rien. Nous sommes ravitaillés par des soldats français et nous y dormons.<br /> Le 19/06/1940 : Vers 9 h, avec l’habitant, nous allons à Sanchez, nous mettre à l’abri dans un fortin de l’autre guerre (celle de 1914-1918). Le soir venu, nous revenons souper à la ferme, mais nous retournons dormir au fortin. Nous entendons toujours les mitrailleuses allemandes.<br /> Le 20/06/1940 : Toute la nuit, le canon a tonné. A 11 h, nous revenant à la ferme pour diner. Nous n’avions pas remarqué que l’ennemi était très proche, soudain, « alerte », en longeant les murs, nous nous sauvons vers une cave de la ferme, mais dans le fossé que je devais traverser, je suis blessé au bras droit, nous sommes alors faits prisonniers dans la cave vers 13 h.<br /> Vers 16 h, en avant par Epinal, nous traversons Xertigny, vers 22 h, là, je suis soigné par un brancardier allemand (un pansement rudimentaire). Je me couche dans une grange, avec Willy Croissiaux et des soldats allemands (les soldats sont chiches, corrects, honnêtes…)<br /> Le 21/06/1940 : Le matin, avec Willy en auto, nous allons à Bains-les-Bains. A 16 h, Willy est fait prisonnier tandis que je suis emmené au poste de la Croix Rouge (hôtel des postes). Vers 20 h, je reçois une piqûre antitétanique alors que près de moi un soldat français gravement blessé, meurt.<br /> Le 22/06/1940 : Je suis soigné.<br /> Le dimanche 23/06/1940 : Armistice<br /> Le 24/06/1940 : Défilé des troupes allemandes. A 15 h 30, je repars pour Epinal (hôpital St Joseph). Là, on me fait encore une piqûre antitétanique avec toujours un pansement au bras. Pour la première fois, je dors dans un lit.<br /> Le 26/06/1940 : En ambulance, on me reconduit à la caserne Coursy d’Epinal pour me soigner. Pendant ce temps, mes copains étaient rassemblés dans une prairie sous la pluie.<br /> Le 28/06/1940 : Hold-up dans la cuisine de la caserne avec un copain d’Ormeignies, nous avons bien mangé. Mais, nous dormons sur le sol.<br /> Le 30/06/1940 : C’est dimanche, à la caserne vers 14 h, je retrouve André Jaivenois et Louis Renard parmi les soldats et les civils. Alors, nous restons ensembles. La nourriture que nous avons est constituée de pain d’orge, d’eau et de pois cassés.<br /> Le 06/07/1940 : Les civils belges sont libres.<br /> Le 07/07/1940 : Messe à 7 h 33 par un aumônier.<br /> Le 08/07/1940 : Nous mangeons du pain moisi récupéré dans une maison abandonnée.<br /> Le 13/07/1940 : Les 800 Alsaciens sont libres.<br /> Chaque jour de corvée à la caserne, en nettoyant, nous trouvons des capotes (manteaux) de soldats français pour nous couvrir. Nous sommes appelés au bureau soit disant avant de partir (où ?), mais après une longue attente, on reste à la caserne.<br /> Le 14/07/1940 : Dimanche, messe à 7 h 30.<br /> Le 15/07/1940 : Nous sommes de corvée W.C.. Le groupe de soldats français part ailleurs tandis que nous recevons un demi-pain.<br /> Le 17/07/1940 : L’adjudant annonce notre prochain départ. Le soir, nous sommes contents car nous recevons des biscuits et une gamelle pleine.<br /> Le 21/07/1940 : Messe à 8 h830, nous sommes toujours dans l’attente.<br /> Le 24/07/1940 : On part à 10 h 30. Il y a 17 wagons, nous passons par Lunéville.<br /> La destination de ce train est Sarrebruck et ce dernier y arrive vers 21 h 30.<br /> Le 25/07/1940 : A 11 h, Willy Croissiaux, embarqué dans un autre train, s’en échappe et nous rejoint, heureusement car son train s’enfonce en Allemagne. Tandis que le nôtre arrive à Cologne à 20 h.<br /> Le retour<br /> Le 26/07/1940 : A 8 h, nous nous retrouvons à la frontière hollandaise. Pourquoi n’avons-nous pas passé le Rhin ? (nous n’en connaissons pas la raison)<br /> Le 27/07/1940 : A 18 h 45, nous sommes à Hasselt. A00 h 30, nous dormons dans la gare.<br /> Le 28/07/1940 : A 4 h 30, départ pour Mons. Vers 7 h 30, nous arrivons au passage à niveau de Jurbise (aujourd’hui viaduc), puisque le train ralentissait, nous sautons<br /> De là, nous allons vers le champ d’aviation de Chièvres où les Allemands s’installaient déjà. Nous le contournons et rejoignons la maison de Michel BAUGNIES, l’oncle d’André qui habite Vaudignies, après quelques mots de réconfort, il nous embarque dans sa voiture direction Huissignies. A 10 h 30, chez-nous, c’était la sortie de la messe, nous débarquons au milieux d’une foule inhabituelle : c’était la première eucharistie de l’abbé Marquegnies ; sitôt sortis de la voiture, nous avons été entourés par la foule qui avait oublié le nouveau curé, pour nous embrasser, il y avait longtemps que des soldats n’étaient plus rentrés au village. (En effet, nous étions les derniers encore absents, beaucoup d’autres étaient rentrés bie avant nous.) Nous étions 5 ; André Jaivenois, Willy Croissiaux, Louis Renard, Louis Lefebvre de Blicquy et moi Marcel Labie.<br /> J’ai envie folle de retrouver mon père, ma mère et surtout ma fiancée Rose Dupont<br /> <br /> Nous étions heureux d’être rentrés mais à la fois tristes pour les PG (Prisonniers de Guerre) toujours en Allemagne.<br /> <br /> Sources bibliographique et iconographiques :<br /> Maison du Souvenir<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/marcel_labie.php">https://www.maisondusouvenir.be/marcel_labie.php</a></p> Tue, 30 Nov 2021 20:07:19 +0000 Jules Pirson Cycliste Frontière – Témoignage. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-214+jules-pirson-cycliste-fronti-re-t-moignage.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-214+jules-pirson-cycliste-fronti-re-t-moignage.php Milicien de la classe 1934, Jules Pirson à servi au U.Cy.F (Cycliste frontière) comme fusilier. <br /> <br /> D'abord 4 mois à Elsenborn, puis 4 mois à la caserne de Rencheux dont la construction n'était pas encore terminée. A la mobilisation de 1938, il faisait partie du 36èmeRégiment de Chasseurs Ardennais, 7° Compagnie. <br /> Voici son témoignage.<br /> Le 10 mai 1940, notre peloton est installé dans une carrière, à Salmchâteau, du côté de Ste Marie, sur une colline dominant la route qui conduit à Beho. Vers 2 h du matin, nous sommes réveillés. Cette fois l'alerte est sérieuse. Il faut occuper les positions ! Le jour se lève à peine que de violentes explosions, à l'est, nous confirment que cette fois nous sommes en guerre car les postes avancés sont en train de procéder aux destructions prévues. Les heures passent dans une atmosphère tendue. Les armes sont prêtes et les guetteurs attentifs. Vers midi, un bruit de moteur attire notre attention. Cela vient du côté de Bech ... Un side-car apparaît, ce sont des Allemands ! L'adjudant Brack donne l'ordre d'ouvrir le feu; distance 700 mètres. FM et fusils tonnent. Le side-car boule dans un fossé. Le feu cesse. <br /> Il est environ 16 h lorsque nous apercevons des fantassins ennemis progressant en tirailleurs en direction de la route que nous dominons. Les balles sifflent au-dessus de notre position. Nous répliquons avec vigueur au tir ennemi. Les Allemands tentent à plusieurs reprises de progresser vers nos positions. Chaque tentative est brisée par la violence de notre riposte. La nuit tombe, le feu cesse de part et d'autre, sauf quelques tirs sporadiques. Notre adjudant nous donne l'ordre de repli. (Plus tard, nous apprendrons qu'un jeune milicien avait été chargé de nous notifier l'ordre de repli bien avant la décision prise par l'Adjudant. Ce messager n'est jamais venu !. Tant bien que mal, nous trouvons nos vélos et rejoignons, par un petit chemin, la route de La Baraque au lieu-dit La Bedinne. En selle pour Lierneux, Manhay, Grandmenil où je passe à la maison paternelle qui est déserte ... Un billet sur une table porte ce message : "Nous sommes évacués à Roche-à-Frêne". Je rejoins mes camarades qui sont en train de traverser le Bois-du-Pays. Je m'accorde encore un petit arrêt chez J. Bastin de Ninane dont la maison est située en face du chemin qui conduit à Roche-à-Frêne, pour saluer la famille. Un petit sprint et je rejoins le peloton roulant vers Bornai. <br /> Samedi, 11 mai, la Compagnie prend position à Sy, pour surveiller le passage de l'Ourthe. Vers 16 h, des éclaireurs ennemis s'amènent dans le lointain. Ils tiraillent sans grande conviction. Nous ne ripostons pas afin de ne pas dévoiler nos positions. A 2 h, nous continuons notre repli nocturne en tâchant de faire le moins de bruit possible. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/temploux.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Temploux</p><br /> Le 12, la Compagnie pédale sur l'itinéraire : Ouffet, Huy, Andenne, Namur. A Temploux, le grand rassemblement de plusieurs milliers de Chasseurs attire l'essaim de Stukas tournoyant et plongeant dans un ballet mortel. Officiers et soldats se dispersent, cherchant un abri. Je parviens à m'introduire dans un conduit en béton à l'entrée d'une prairie et j'attends. Le sol tremble lorsqu'éclatent les bombes ... et cela n'en finit pas ! Enfin l'attaque cesse. Je m'extrais, non sans peine, de mon abri de fortune et traverse la route ... pour tomber sur un compagnon de classe à l'école primaire de Grandmenil. Tous deux nous sommes sonnés, mais sans une égratignure. On se regroupe tant bien que mal pour gagner Perwez où, le matin du lundi 13, l'ordre est donné de creuser des tranchées. A peine avons nous commencé le travail, voilà ces maudits avions allemands qui surgissent pour nous attaquer. Leur forfait accompli, le travail reprend à grands coups de pelle. Puis, tout à coup, des sifflements et des explosions C'est l’artillerie ennemie qui entre dans la danse. Le lendemain 14, vers 2 h, nous nous replions pour faire place à des troupes françaises, des Sénégalais. A l'aube, le repli, sous les fréquentes attaques aériennes qui brisent le moral de certains soldats fatigués, prend l'allure d'une débandade. Le désarroi s'empare de petits groupes de combattants, à bout de nerfs. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/perwezcentrebis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Perwez</p><br /> <br /> Comme après Temploux, chacun cherche à rejoindre sa compagnie. Avec quelques camarades, je me mets en route. Nous passons à Villers-la-Ville, puis à Genappe où, le soir, je retrouve mon frère Omer qui m'accompagnera jusqu'à notre retour à Grandmenil. Le mercredi 15 nous couchons à Oudenaarde en compagnie d'une bande de Chasseurs, nous atteignons Lichtervelde. Le lendemain, nous sommes à Pittem où je rencontre un ami de Grandmenil, Georges Depierreux. Par Torhout Diksmuide, le samedi 18, nous aboutissons à Furnes pour passer la nuit. Toute cette randonnée s'est déroulée sur des routes encombrées de civils et sous la surveillance des Stukas dont les mitrailleuses ne font différence entre civils et militaires. <br /> Le dimanche 19 mai, mêlés à une foule de militaires belges, amalgame de soldats, d'officiers et de sous-officiers de toutes les armes nous passons la frontière française. Tout ce monde passera la nuit à Saint Omer. Le lendemain les officiers tentent un début d'organisation. Il nous faut continuer le repli en France. Le mardi 21, en route pour Abbeville. Les Allemands nous y ont précédés et tiennent le pont sur la Somme. Il faut éviter Abbeville en gagnant Le Crotoy la baie de la Somme. Nous avons réussi à passer la baie de la Somme. Nous avons réussi à passer la baie de la Somme à marée basse avec nos vélos et nos armes. <br /> Toujours poursuivi par les avions ennemis, notre groupement avance pour faire étape à Notre Dame de Bondeville, à proximité de Rouen. Étape suivante : suivante, Brionne, le jeudi 23, jour de la Fête-Dieu. Ensuite Conches et Aigle où nous cantonnerons deux jours. Ces journées vont permettre aux officiers de mettre un peu d'ordre dans la troupe hétéroclite que nous formons. Nous devons cesser d'être des nomades pour redevenir des soldats. <br /> Le dimanche 26, au matin, nous sommes 150 Chasseurs embarqués dans un train qui nous transporte vers une gare située entre Sète et Montpellier, dans une localité appelée Montbazin, où nous débarquons le 29. Nombre de Français nous font grise mine. Ils reprochent à notre Roi et son armée d'avoir capitulé. Impassibles, nous écoutons leurs récriminations exprimées dans un langage fleuri et percutant. Nous resterons près de deux semaines à Montbazin. <br /> A partir de fin juillet, les Autorités belges et françaises organisent le retour des Belges : évacués, CRAB, militaires ... et ils sont nombreux ! Le 12 août, à 19 h, nous avons la chance, mon frère et moi, de faire partie d'un petit groupe des soldats belges, 20 Chasseurs et 18 Artilleurs, installés sur le quai dans l'attente d'un train de rapatriement. Une demi-heure après, adieu Montbazin ! Le lendemain, à Bordeaux, nous recevons de la Kommandatur un document qui nous permettra de passer la ligne de démarcation. En voiture ! Nous saluons Paris au passage et le samedi 17 août, voilà Mons. Encore un peu de patience ... Nous sommes à Bruxelles, le lendemain au matin. En hâte, nous sautons dans un train à destination de Marloie. Là, nous prenons notre courage à deux mains; en avant, marche ! Après je ne sais combien de kilomètres, nous parvenons à arrêter un camion ... allemand. Le chauffeur accepte de nous prendre. Le dimanche 18 août, au soir, nous sommes à Grandmenil, heureux de pouvoir embrasser nos parents qui pleurent de joie.<br /> Ici s’arrête le témoignage de Jules Pirson.<br /> Source : Livre de Charles Bonmariage ‘’Témoignages’’ édité par la commune de Manhay en 1994.<br /> Crédit Photos :<br /> <a href="https://www.facebook.com/login/?next=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FFraternelleRoyaledesChasseursArdennais%2Fposts%2F3046755468690985%2F">https://www.facebook.com/login/?next=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FFraternelleRoyaledesChasseursArdennais%2Fposts%2F3046755468690985%2F</a><br /> <a href="https://www.fraternellechasseursardennais.be/bnmotoscha.html#laroche">https://www.fraternellechasseursardennais.be/bnmotoscha.html#laroche</a> Tue, 31 Aug 2021 08:42:58 +0000 L’exode de Mme Léa Dorys (née en 1928 ??) de Clavier https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-213+l-exode-de-mme-l-a-dorys-n-e-en-1928-de-clavier.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-213+l-exode-de-mme-l-a-dorys-n-e-en-1928-de-clavier.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/1280px_clavier_jpg01_eglise_saint_barthelemy.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Eglise Saint Barthélémy de Clavier de nos jours.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">« Cette histoire que je vais vous raconter est un épisode de ma vie qui a changé mon entrée dans l’adolescence.<br /> Avril 1939 ! Je prépare ma communion solennelle.<br /> De bon matin, mes parents me conduisent à Liège afin d’y effectuer des achats en vue de cette fête. Dans le magasin où j’essaie une belle robe blanche de première communiante, la radio ou plutôt la T.S.F., la R.T.B.F. de l’époque, diffuse un discours hurlant d’Adolf Hitler, Führer du IIIe Reich. Mes parents et les vendeuses frémissent en entendant cette voix remplie de haine. Que prépara-t-il pour l’Europe ? Rien de bon, quel noir présage…<br /> L’été se passe comme à la campagne entre la fenaison et la moisson. Il y a les grandes vacances puis septembre 1939. Hitler envahit la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Autriche est déjà annexée. Branle-bas de combat dans les états alliés. Mobilisation, on rappelle les soldats.<br /> Quel émoi dans les familles, les visages se crispent, les cœurs se serrent au départ des fils, des époux, des pères. On ne sait que penser. L’hiver approche, des cantonnements de soldats s’établissent dans les villages. On creuse des tranchées, on place des barrières antichars. Degrelle, un pro-allemand, fait des meetings, il essaie de faire croire à l’Ordre Nouveau de Hitler.<br /> L’hiver 39 – 40 fut très dur. Il gelait à pierre fendre et ces pauvres soldats grelottaient.<br /> Vint le printemps, avec ses jonquilles, ses agneaux, ses poussins qui naissaient dans une douceur de vivre inquiétante !<br /> Voici le 10 mai 1940 ! et les semaines qui suivirent.<br /> Vers 5 heures, un magnifique soleil éclairait la terre, quand, dans le ciel, des avions laissaient des traînées blanches. Anormales ces choses, nous n’avions jamais vu cela. Tout à coup, des bruits sourds nous parviennent. A la radio, les infos. Le speaker, d’une voie émue, nous annonce que la Belgique est envahie. Les Allemands ont déjà pris le fort d’Eben-Emael, la gare de Jemelle est bombardée. Les réfugiés des cantons de l’Est sont sur les routes.<br /> Et nous, qu’allons-nous faire ? Partir ou ne pas partir ?<br /> L’après-midi, un dernier train emmène les jeunes hommes vers quelle destination afin d’échapper à la mainmise teutonne. Des mères courent derrière le convoi, font des signes désespérés à ces jeunes garçons qui vont vers l’inconnu. Les reverront-elles un jour ?<br /> La nuit du 10 au 11 mai, nous ne dormons pas car, sur la route, des garnisons de soldats en perdition cherchent vainement un chef qu’ils ne trouvent jamais.<br /> Et le jour se leva sur le deuxième jour de guerre. Mon père prend une décision, lui qui, pendant la guerre de 1914, avait été poursuivi par les soldats allemands, les uhlans, déchaînés sur la population belge. Nous allons partir car la moitié du village est déjà sur les routes de l’exode. Ma mère, convalescente d’une pleurésie, était très songeuse. « Tiendrai-je le coup ?» me disait-elle… mais l’itinéraire de mon père était fait.<br /> Il y avait dans sa famille une tante Maria, religieuse de son état au couvent de Pesches (Couvin). C’est là que nous irions et devinez avec quels moyens ? En bicyclette ! Mon Dieu, si loin… Nous réunissons le peu que nos vélos et nous-mêmes pouvions emporter. » <br /> <br /> « Le samedi 11 mai, par un beau soleil printanier, nous prenons le chemin de l’évacuation. Mais Pesches c’est loin et le pont de Dinant est déjà bombardé. Il n’y a plus que le pont d’Yvoir. Dans un vacarme invraisemblable, des éclats d’obus tombent partout, les soldats, les civils sont mêlés dans une peur qui vous prend aux tripes.<br /> Nous logeons chez un boulanger d’Anhée et, le lendemain, nous reprenons la route.<br /> Alors, c’est l’horreur qui nous attend, des réfugiés, ils sortent de partout, à pied, à vélo, en camion, les fermiers avec leurs chariots, leur famille et une partie du cheptel.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pont_de_dinant_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Pont de Dinant</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous croisons l’armée française, uniforme bleu ciel, certains à cheval tirant de gros canons, la gourde de cognac à la ceinture.<br /> C’est à ce moment que nous fîmes la connaissance des avions « stukas » allemands qui plongeaient sur nous, tuant et blessant soldats, civils et animaux. Ce n’était plus de la peur qui était en nous, c’était… la terreur et cela ne faisait que commencer. Les blessés hurlaient, les morts gisaient et les bêtes tuées gonflaient alors que les soldats français montaient au front. Quel front, la 5e colonne fouinait dans les files de soldats et de réfugiés. Il y avait des prêtres,, des moines, des religieuses, étaient-ce des vrais ? Dans quelle tragédie de l’histoire étions-nous devenus les acteurs ?<br /> Nous arrivons à Philippeville sous les bombardements. On nous pousse dans les caves, abandonnant nos chers vélos. Heureusement, après l’alerte, nous les retrouvons. Et puis, c’est Mariembourg, Couvin où nous voyons défiler cette armada d’hommes, de femmes, d’enfants, de bestiaux cherchant un refuge bien précaire.<br /> En fin de journée, nous arrivâmes au couvent de Pesches. Les braves sœurs nous accueillent avec un calme et une gentillesse qui nous réchauffent le cœur. Elles nous donnent le gîte et nous essayions de dormir quand une sirène hurlante nous jette dans les caves. Les religieuses nous invitent à prier en implorant toutes les bénédictions du Ciel. Des enfants pleurent, des malades gémissent, des vieillards se traînent, des hommes jurent. Ce fut ainsi le restant de la nuit.<br /> A l’aube, nous avons droit à un petit déjeuner et puis l’ordre de l’armée française arrive : le couvent est réquisitionné car les Allemands avancent. Ils vont franchir la Meuse et les ponts détruits ne les tracassent pas, ils fabriquent des ponts artificiels. Drôle de guerre, les Français à cheval comme au temps de Napoléon, de l’autre côté, les Allemands super équipés et motorisés… Que faut-il en penser sinon sauver notre peau ?<br /> Nous reprenons notre route. Les herbes des accotements sont encore blanches de gelée car nous sommes en mai, ce sont les saints de glace. Dans une côte, maman, au bord de l’épuisement, ahane sur son vélo. Un soldat français la voit, il prend sa gourde et lui dit : « Buvez un coup de gnôle, ça vous remettra d’aplomb ! » En effet, maman, en avalant une lampée, fut tout estourbie. « Ça me réchauffe et me descend dans les jambes ! » En avant, nous reprenons notre courage à deux mains et nous repartons.<br /> La nuit arrive, nous nous dirigeons vers le monastère de Scourmont où les moines, bien que trappistes, nous alimentent et nous nous reposons dans les annexes. Alors là, la détresse humaine est à son comble. Une personne malade décède, une jeune femme accouche sur un lit de paille, une autre, un bébé de cinq mois dans les bras, a perdu sa famille. On fait une collecte pour lui procurer des langes, des vêtements, de la nourriture. Faut-il que ce soit la guerre pour qu’on s’aime ? Le jour se leva dans une belle pagaille. Nous enfourchons nos bécanes et en route pour une nouvelle page de l’exode.<br /> Il y en avait qui montaient au front en chantant « Venise provençale », les pauvres, ils ne savaient pas ce qui les attendait ; nous, nous descendions. » <br /> « Vint la frontière française, mais plus de douaniers, plus de contrôle. La douce France nous offrait ses paysages bucoliques sous un beau soleil et sous les mitraillages répétés des avions allemands. Bientôt, l’armée française se retire sous la pression des terribles Germains. Nous battons en retraite avec les chars d’assaut du général De Gaulle. Nous passons par Plomion où nous rencontrons des fermiers de notre village.<br /> Après ce fut la Fère en Tardenois, Laon, Montmirail puis Dormans/Marne. A notre grand étonnement, sur le pont de la Marne, l’armée française sépare les Wallons et les Flamands. La guerre est loin d’être terminée et, déjà, la politique entre en jeu.<br /> Toujours à vélo, nous reprenons la route, Epernay nous voit passer, Aix en Othe, Marigny le Châtel, finalement Tonnerre. Clavier est déjà bien loin…<br /> Là, stop. On nous conduit à la gare, plus de vélos, on nous embarque sur le grand express qui va vers la Méditerranée. Hélas, à Dijon, tout le monde descend sur les quais. Ca va mal dans le Nord, le train doit remonter pour charger les blessés de la bataille qui continue là-haut.<br /> De Dijon, on nous expédie à Nevers où nous retrouvons des habitants de Clavier, désignés eux pour Toulouse.<br /> Saint-Etienne nous voit arriver à 22 heures sans manger ni boire. On nous place dans une salle de la gare, obscure, mais il y a des lits et des affiches sur les murs : « Silence, ne parlez pas, on vous écoute ! » Quelle ambiance ! Fourbus et décontenancés, nous dormons quelques heures. A 5 heures, embarquement pour Lyon où nous arrivons en plein bombardement de la gare de Perrache. On court dans les abris dans un va-et-vient indescriptible.<br /> Qu’allons-nous devenir ? Et la journée se passe. Soudain, on nous rassemble dans des vieux cars réquisitionnés je ne sais où, plus brinquebalants que roulants, entassant les personnes et les bagages.<br /> Le jour s’achève sur la vallée du Rhône, le car s’engage dans les chemins étroits, en lacet, pendant des dizaines de kilomètres et c’est Esclassan en Ardèche qui voit arriver des réfugiés sales, fatigués, affamés. On nous restaure tant bien que mal. Du riz à l’ail pour nos pailles nordiques, cela passait difficilement. Heureusement, il y avait le pinard à volonté. Cette piquette transfigurait les visages émaciés de toutes ces gens, des Belges qui parlaient le français. Les indigènes étaient vraiment étonnés de nous entendre parler leur langue.<br /> Nous n’y séjournons que quinze jours, Maman ne supportant pas le Mistral qui souffrait fréquemment et Papa s’ennuyant dans ce bled reculé.<br /> Un beau jour, il s’engagea pour travailler dans l’armée française. Comme la main-d’œuvre belge était renommée, on l’engagea dans une tréfilerie de Domène dans l’Isère, entre Grenoble et Chambéry. » </p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/domene_isere_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Domène (vue générale)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">« Alors une autre épopée commença. Un jour, avec nos pauvres bagages, la bouchère nous descendit avec ses gorets, poulets, canards et autres volatile qu’elle destinait au marché de Valence. Mais Valence, ce n’est pas Grenoble. Avec les quelques francs français que nous avions, nous allons à la gare et embarquons pour Grenoble où nous arrivons le soir. Plus de train pour Domène ! La seule solution qui restait c’était : nous dormirons dans la salle d’attente jusqu’au lendemain matin à 5 heures, heure du premier convoi pour notre destination.<br /> Nous somnolions sur les banquettes de la salle d’attente, Maman dans un tel état de fatigue et de crises d’asthme que je ne sais comment elle a tenu.<br /> Arrivèrent près de nous trois officiers de l’armée française. Un peu interloqués, leurs yeux nous regardèrent. Allait-on nous mettre à la rue ? Ils nous posèrent maintes questions, tout étonnés de voir des réfugiés belges égarés chez eux. Ils nous dirent de ne pas bouger et, quelque temps après, ils nous emmenèrent dans un des plus beaux hôtels de la ville, le « Suisse et Bordeaux ». C’est là que j’ai eu treize ans.<br /> Après un excellent repas, on nous conduisit dans une chambre à coucher digne d’un palace, au quatrième étage. Je pensais «Si les avions viennent bombarder, qu’allons-nous devenir si haut ? » J’ai dormi sur les marches de l’escalier, prête à m’enfuir et mes parents ont dormi sur les carpettes, les lits étant d’une blancheur et d’une propreté exemplaires, nous aurions souillé la literie… Ma mère, bonne ménagère belge, ne voulait pas salir et avoir le nom de « sales gens », vu que des quolibets avaient déjà été lancés « Boches du Nord » en faisant allusion à la félonie de notre Roi…<br /> Le lendemain matin, le train nous emmena à Brignoud près d’où Papa devait travailler. Nous y sommes restés jusqu’au 15 août, dans une cité ouvrière où il y avait déjà des réfugiés de la révolution espagnole, des Italiens fuyant Mussolini, des juifs polonais et yougoslaves fuyant les nazis. Dans cette cité très calme au pied du massif de Belledonne dans l’Isère. Notre séjour débuta avec l’aide de charmants français qui nous aidaient. Nous ne les avons jamais oubliés.<br /> Petite anecdote, Maman ayant perdu sa carte d’identité n’était pas crue par les autorités quand elle affirmait qu’elle était bien la femme de mon père et ma mère. Tous les samedis, elle devait se présenter à la gendarmerie afin de prouver qu’elle était toujours là et pas une espionne. Ouf !<br /> Un beau matin, nous avons reçu des papiers de la Préfecture nous invitant à rejoindre la Belgique. Comment ? Nous étions deux familles belges dans la cité. On réunit les quelques billets que nous avions car, en plus du salaire de mon père, on nous allouait une somme d’argent tous les mois. Avec tout cet argent, ils achetèrent une vieille Peugeot à un garagiste de Grenoble.<br /> Nous avons donc repris la route du retour, cette fois-ci en passant par Bourg dans l’Ain, le Jura. Cette route que nous suivons est bondée de soldats français en déroute et qui se rendent aux Allemands. Je vois les yeux de mes parents se remplir de larmes lorsqu’ils aperçurent les premiers soldats allemands, les « Schleus ! » Une chape de plomb nous tombe sur le dos. On nous arrête, nous questionne, les papiers… et toujours Maman sans carte d’identité qui pose problème ! Enfin, après une fouille en règle, les barrières se lèvent et nous remontons, comme on dit, dans cette France occupée. Les fermiers ont à la moisson et le soleil d’août nous réchauffe de ses rayons. La nourriture est toujours rare et la faim se fait sentir.<br /> Trois jours après notre départ de Grenoble, c’est la Belgique. Quelle joie de retrouver son pays. Les gens vaquaient à leurs travaux et cela sentait si bon le savon vert ! Revoir notre village, notre maison ; comme nous étions heureux.<br /> Un médecin de Grenoble avait remis Maman en forme, l’air de la montagne lui était favorable. Moi je parlais le français avec l’accent que je perdis très vite pour retrouver l’accent liégeois.<br /> P.S. Nos vélos que nous croyions perdus quand nous les avons laissés en gare de Tonnerre, un brave cheminot de la gare de Montpellier, car eux sont allés jusque là-bas, nous les a renvoyés au mois d’octobre. Merci la S.N.C.F. »<br /> Source :<br /> <a href="https://lapetitegazette.net/category/guerre-1940-1945/le-10-mai-1940/">https://lapetitegazette.net/category/guerre-1940-1945/le-10-mai-1940/</a><br /> https://fr.wikipedia.org/wiki/Clavier_(Li%C3%A8ge)#/media/Fichier:Clavier_JPG01.jpg<br /> <a href="https://www.facebook.com/259531074757735/posts/554660268578146/">https://www.facebook.com/259531074757735/posts/554660268578146/</a><br /> <a href="https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5034574#0">https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5034574#0</a><br /> </p> Sat, 31 Jul 2021 13:27:38 +0000 Et oui, il y eut une Marine Belge en 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-212+et-oui-il-y-eut-une-marine-belge-en-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-212+et-oui-il-y-eut-une-marine-belge-en-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/tender_1freebelgians_juillet_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Tender 1, cliché via le Musée Royal de l’Armée</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les événements du 10 mai 1940 entraînèrent la mobilisation générale mais le Corps de Marine n'en reçut l'ordre que le 12. La 2ème escadrille fut formée aussitôt (commandant le lieutenant Duchêne et ensuite le lieutenant Graré) et dirigée sur Zeebrugge, port qui comme ceux d'Ostende et de Bruges, passèrent sous les ordres du major Decarpentrie.<br /> Chacune de ces deux subdivisions devait comprendre 3 patrouilleurs, 2 dragueurs de mines, 2 arraisonneurs, 1 canot automobile qui, sauf le canot, devaient avoir un canon de 4,7 et deux mitrailleuses. Mais on était loin de posséder ce matériel, on procéda alors par réquisitions pour parer au plus pressé ; la 1ère escadrille s'adjoignit les chalutiers en bois O. 140, O.317 et, la 2ème escadrille, les Z.8, Z.25 et H.75 (O = Ostende, Z = Zeebrugge, H = Heyst) ; on réquisitionna le yacht Aloha pour servir, en cas de déplacement, de logement au personnel du bureau du commandant du Corps.<br /> Puis la 1ère escadrille reçut, de l'administration de la Marine, les vedettes rapides R I et R II acquises pour suivre les tirs de la D T C A et repêcher les aviateurs ayant amerri.<br /> La 2ème escadrille réquisitionna le remorqueur de mer Graaf Visart, appartenant au port de Zeebrugge et mit un équipage militaire à bord du remorqueur de rivière Baron de Maere qui avait été abandonné dans ce port.<br /> Quant à la 3ème escadrille il lui fallut se contenter de la trop vieille Police de la Rade III ; le commandant Delstanche se tira d'affaire en réquisitionnant les Brabo 1, 2, et 3, le premier de l'Etat et les autres de la Société de pilotage des bassins, le Tolwacht de l'administration de la Marine et le yacht Restless d'un particulier ; il y joignit un yacht abandonné sur la rive gauche du fleuve et qu'il baptisa La Prairie.<br /> Sur l'ordre du commandant du se corps, la 3ème escadrille dut procéder à la reconnaissance de la côte du Zuid-Beveland ; dans la nuit du 14 au 15 mai, le Brabo I et le Tolwacht partirent à cet effet de Doel vers la frontière hollandaise pour y observer les mouvements des Allemands, les autorités françaises occupant la rive gauche avaient été prévenues au préalable. Les deux unités revinrent sans avoir rien vu, mais en passant devant le fort Frédéric occupé par le poste français relevé récemment et non averti comme il aurait dû l'être, elles essuyèrent un feu violent. Une fusée verte fut lancée de ce fort et alors les troupes belges défendant l'autre rive du Bas-Escaut, ouvrirent également le feu sur les embarcations. Grâce aux précautions prises par le commandant Delstanche qui avait fait border les, bastingages de sacs de sable, deux matelots du Brabo I seulement furent blessés; l’un est resté invalide de guerre, l'autre rejoignit l'escadrille au bout de peu de jours.<br /> Le Restless qui devait participer à cette opération et qui avait été retenu plus longtemps à Anvers par sa mise en armement, brûla le Doel et fila impétueusement vers la frontière ; il alla s'échouer sur le banc de Saeftingen où il dut attendre la marée et où il fut canonné par une pièce antitank ennemie. Il rentra à l'aube, ramenant évidemment des renseignements utiles.<br /> A Doel il fut bombardé par des avions, subit des dégâts, dut être ramené à Anvers et fut remplacé par la Prairie.<br /> L'ordre de se replier dans le port d'Anvers parvint le 15, pendant deux jours nos marins durent y opérer des destructions dans la rade et organiser le passage des troupes en surface, ils mirent également hors d'usage les bateaux de transbordement et, le 18, au petit matin, la 3ème escadrille quitta Anvers pour gagner Ostende par les eaux intérieures. La Police de la Rade III étant trop vieille et d'un trop grand tirant d'eau, fut sabordée au ponton Margerie et, le 20, l'escadrille rejoignit le Corps de Marine ; emportant tout le matériel possible.<br /> Voyons ce qui se passa à la côte ; dès lors le récit prend les allures laconiques d'un journal de bord : les installations du port d'Ostende furent mises en état de défense; le 10 mai, une section de mitrailleurs fut placée sur le toit de l'Ecole de Marine. Le 12, la 2ème escadril1e se porta au secours de l'allège-citerne Jura de Basel qu'une mine magnétique avait fait couler, seul le patron put être sauvé.<br /> Le 13, les mitrailleurs occupant le Zinnia (garde-pêche) et l'Ecole de Marine d'Ostende reçurent des bombes, le premier groupe força un stuka à amerrir. Au large de Zeebrugge, la 2ème escadrille sauva l'équipage du bateau italien Foscolo.<br /> Le 14, cette escadrille prit possession, à Zeebrugge, du s/s Sigurd Faulbaums, steamer letton, prise de guerre dont la machinerie était démontée ; ce cargo fut peu après chargé de plomb par nos marins.<br /> Le 16, la 2ème escadrille encore porta secours à un navire grec échoué dans les Wielingen.<br /> Le 17, au soir, les patrouilleurs A 4, A 5 et A 6, de la 1ère escadrille, allèrent se faire démagnétiser à Dunkerque, escortant les steamers Turquoise et Améthyste ; ils furent soumis dans cette rade à des bombardements intensifs mais revinrent, sans dommage, à Ostende, le 19.<br /> Durant la nuit du 19, le port d'Ostende dut être évacué ; l'amirauté britannique ayant décidé de le bloquer ainsi que celui de Zeebrugge, les bateaux restèrent au large. Mais l'opération projetée fut remise au lendemain et les unités rentrèrent à l'aube du 20. (Cette façon de procéder, commandée par les circonstances, fut reprise journellement jusqu'au 22 mai).<br /> Le 21, le A 4 commandé par le lieutenant Van Vaerenbergh, leva l'ancre, chargé de sommes considérables appartenant à la Banque nationale ; il se dirigea sur Dieppe, mais le port étant fermé, l'amirauté britannique lui enjoignit de se rendre à Folkestone. Le commandant du A 4 éprouva bien des difficultés pour obtenir que l'on prît, en fin de compte possession de son précieux dépôt : les colis éventrés laissaient couler l'or sur le pont.<br /> C'est au cours d'une des sorties nocturnes mentionnées ci-dessus que le 22 à 0 h. 25, le yacht Aloha heurta une mine magnétique au large d'Ostende et périt corps et biens.<br /> Ce jour, à l'aube, le commandant Van Strydonck, commandant la 1ère escadrille, chargé d'une mission spécialement délicate et secrète par le grand quartier général, partit en voiture pour Boulogne, tandis que les O.140 et O.348 commandés par les lieutenants Everaert et Duchêne, prenaient la même direction.<br /> Bien entendu, dès l'ouverture des hostilités, les ports belges furent soumis à des bombardements intensifs tant diurnes que nocturnes, le Zinnia faillit être coulé, une mine magnétique jetée d'un avion tomba si près du navire que le parachute s'accrocha à la passerelle.<br /> Enfin, le 22 mai, le Corps de Marine reçut l'ordre de se replier.<br /> La 3ème escadrille arrivée d'Anvers à Ostende le 20, servit à alimenter les autres en personnel, mais lorsque parvint l'ordre de la retraite, le commandant du Corps fusionna les escadrilles en une seule, elle fut confiée au capitaine-commandant Delstanche, ancien second du Navire-école L'Avenir.<br /> Après avoir mis hors d'état tout ce qui ne pouvait être amené : le C 4 et le yacht Prince Charles, les Brabo I, II et III, le Restless, le Tolwacht et la Prairie, la nouvelle subdivision prit la route de l'Angleterre, emmenant les remorqueurs John P. Best et Valentin Letzet venus d'Anvers.<br /> A l'escadrille de Zeebrugge, il fut décidé d'enlever également le Sigurd-Feulbeums dont la machine avait été réparée tant bien que mal, et de le faire remorquer par le Graaf Visart et le Baron de Maere. On prit la mer péniblement à 23 heures, mais le lendemain, vers midi, tandis que le lieutenant Séron, commandant, se trouvait sur la passerelle supérieure, on entendit une formidable et sourde explosion : le s/s venait de heurter une mine magnétique ... Le lieutenant aperçut une immense gerbe d'eau projetant des morceaux de bois, de plomb, etc. L'arrière du navire coupé, disparut aussitôt.<br /> Avant d'avoir eu le temps de sauter par-dessus bord, l'officier fut happé par une lame et projeté dans la cale n° 2. Remontant à la surface, il put saisir les débris de deux panneaux d'écoutille et s'en servir comme flotteur. Un second maître et un matelot trouvèrent un abri sur un radeau, le reste du personnel avait pu prendre place dans un canot.<br /> Tout l'équipage fut sauvé grâce au sang-froid du second maître Vlietinck, patron du Graaf Visart, et au dévouement de ses hommes. Le naufrage eut lieu à environ 5 milles dans le N. O. Q. O. de la bouée du Dijck.<br /> Le Corps de Marine devait gagner la France, mais l'amirauté anglaise le détourna de sa destination et, de Ramsgate, le dirigea sur Dartmouth; les hommes en surnombre furent, malgré les démarches, on ne sait trop pourquoi, envoyés à Tenby, dans un camp de soldats belges isolés.<br /> Le 22 mai, le commandant de la 2ème escadrille prête à prendre également le large à Zeebrugge, embarqua à bord d'un chalutier, un général belge et son état-major. Ayant rejoint le Corps dans les Downs, ce général obtint, des Anglais, l'autorisation de se rendre à Caen; dans la nuit du 24 au 25 mai, il passa avec sa suite sur le A 6 qui avait reçu le personnel du R l, et cette unité se dirigea vers le cap d'Antifer ; il ne put rejoindre notre flottille que bien plus tard, au Verdon, l'avant-port de Bordeaux.<br /> Le 27, le A 4, enfin délesté de son or, rejoignit le Corps à Dartmouth.<br /> Les marins étaient impatients de reprendre part à la lutte. Le 28 leurs démarches aboutirent, on les autorisa à gagner le Havre, mais à la nouvelle de la capitulation de l’Armée Belge, intervint un désespérant contrordre. Seulement le lendemain, à dix heures, l'état-major du Corps reçu des instructions émanant de l’ambassade belge de Londres, en vertu desquelles le A 4 devait se rendre sans retard à La Panne pour y embarquer des forces armées ; le vaillant petit bateau leva l'ancre aux approches de minuit.<br /> Les événements se précipitant, le 30 au début de l'après-midi, il fut enjoint encore au major Decarpentrie de rassembler les chalutiers belges et leurs équipages réfugiés en amont de Dartmouth, d'aller à Douvres et de là à la côte belge pour coopérer au sauvetage. Surgirent alors de sérieuses difficultés : si les patrons étaient tout disposés à exposer leur vie, ils étaient responsables de leur bateau vis-à-vis de leur armateur ; or on ne leur donnait aucune garantie. Il en résulta d'interminables discussions qui ne se terminèrent que tard dans la nuit du 31 : onze patrons de chalutiers seulement répondirent à l'appel.<br /> Les marins militaires n'avaient pas attendu pour agir. Le 30, à 23 h. 50, les A 5 et Z.25 auxquels on adjoignit le bateau pilote P 16, non armé, que prêta l'administration de la Marine, prirent le large. Le 31, à 2 h. 30, les O.317, Z.8 et H. 75 suivirent cet exemple ; les, R I et R II étaient indispensables à Dartmouth, et les deux remorqueurs étaient impropres à participer à ces opérations spéciales.<br /> Le 1er juin à l'aube, quelques chalutiers se mirent également en route ; l'un d'eux, le O. 92 dépourvu d'équipage, fut monté par des membres du Corps de Marine.<br /> Le 2 juin, les Z. 8 et O. 317 rentrèrent à Dartmouth. Le chef de groupe informa alors le commandant du Corps qu'il avait été arrêté la veille au large de l'île de Wight par un garde-côte anglais qui lui avait ordonné de rentrer. Ils ne purent donc accomplir leur généreuse mission.<br /> Le 5, les A 5 et Z. 25 revinrent également et signalèrent que le 1er juin, à Douvres, ils avaient été détournés aussi de leur mission initiale par l'aviso français Diligente qui leur avait enjoint au nom de l'amirauté du Pas de Calais de se rendre à Dunkerque ; ils s'y distinguèrent.<br /> Là, au cours d'un violent bombardement par avions, le A 5 embarqua à son bord 234 militaires, le Z. 25 90 soldats, et le H. 75 plus de 200 hommes appartenant au 142ème d'artillerie, au corps de transport et aux troupes coloniales.<br /> Pendant ce sauvetage, une bombe tomba près du A 5, blessant le second maître Hermie qui perdit le bras droit, ainsi que cinq Français, tandis qu'elle tuait deux autres Français.<br /> Les A 5 et Z. 25 allèrent débarquer leurs passagers à Ramsgate puis rejoignirent Dartmouth par ordre. Le H.75 déposa ses rescapés à Douvres et fut renvoyé par la Diligente pout repêcher des naufragés, puis il gagna Cherbourg.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/onimprovise_freebelgians_juillet_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Un canon de 4.7 à bord d’un des navires de la ‘’Marine Belge’’ (Photo via ‘’Le Soir’’)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le H.75 fut cité à l'ordre du jour des armées françaises et reçut les félicitations de l'amiral. Voici le texte de la citation : ‘’A été un des derniers bâtiments à prendre des rescapés à Dunkerque, a embarqué sous le feu de l'ennemi dans la nuit du 2 au 3 juin, 240 officiers et soldats français.’’<br /> Le même honneur aurait dû, être réservé aux A 5 et Z. 25 qui avaient partagé ces dangers.<br /> Nous ne savons pas quel fut le sort des chalutiers volontaires partis de Dartmouth après tant de tergiversations.<br /> Grâce aux incessantes démarches de l’ambassade belge, au bout de quelques jours, ce qui restait en Angleterre du Corps de Marine put enfin se rendre en France, abandonnant le John P. Best et le Valentin Letzer à la disposition de l'ambassade de Belgique à Londres.<br /> A Lorient, les unités navigantes sous les ordres du major Decarpentrie furent rattachées au 5ème groupe de la marine de guerre française, les Z. 8 et Z.25, transformés en dragueurs, effectuèrent des besognes périlleuses jusqu'à ce que ce port trop directement menacé et déjà en flammes, dut être évacué ; nos navires partirent alors pour Le Verdon. En route, le A 5 prit à la remorque le bâtiment français la Cherbourgeoise. Signalons que l'amirauté désira conserver les deux remorqueurs Graaf Visart et Baron de Maere ainsi que les vedettes rapides R I et R II qui furent, paraît-il, incendiées.<br /> La flottille fut rejointe au Verdon par le commandant Van Strydonck, à bord du bateau-pilote P.13.<br /> Ces deux chalutiers, qui avaient quitté Ostende le 23, furent prévenus par signaux en passant au large de Calais, qu'il fallait se rendre dans ce port. Le commandant Van Strydonck avait été pris sous le feu des tanks allemands à l'entrée de Boulogne et avait dû rebrousser chemin ; peu après, sa voiture fut détruite par une bombe, ce qui l'obligea à se replier sur Calais, où il put s'embarquer finalement sur ses chalutiers et continuer sur Boulogne ; mais là, la rade étant en flammes et sous le canon, il prit la résolution d'aller à Fécamp. Il y apprit que sa mission était terminée et qu'il fallait continuer vers Cherbourg, où il retrouva le A 6.<br /> Appelé à Poitiers près du général Denis, ministre de la Défense nationale belge, le commandant fut chargé d'aller recevoir des recrues aux Sables d'Olonne et de se mettre à la disposition de l'amirauté. Dès le 5 juin, on joignit aux O.140 et O.348, le A6, le P 13 et le tender T 1, ces deux derniers de notre administration de la Marine ; le T 1 reçut l'équipage du vaillant H.75 que l'amirauté réquisitionna également pour le dragage des mines. Ensuite, le commandant reçut la direction du Corps de marine en France : on ignorait l'arrivée du major Decarpentrie et de sa flottille, ce qui prouve le désarroi du moment. Ainsi fut constituée, à Rochefort, le 13 juin, l'escadrille belge du front ouest.<br /> Le 15, les O.140 et O.348 durent se rendre au Verdon pour des missions d'arraisonnement, de reconnaissance avec la marine française, et de dragage ; le P 13 partit pour La Rochelle, le A 6 et le T 1 pour La Pallice.<br /> Au Verdon, les O.140 et O.348, aux ordres du commandant du front de mer, reçurent l'ordre de se rendre à Bordeaux, où, équipés pour le dragage des mines magnétiques, ils entrèrent aussitôt en fonctions et prêtèrent secours aux s/s français Mexique et Mercedette, qui sautèrent néanmoins.<br /> Le T 1, sans cesse poursuivi par les Stukas, gagna péniblement Le Verdon; il avait rempli diverses missions; à La Pallice, le 17 juin, notamment, il avait été chargé de, remorquer une vieille péniche chargée de fer et de la promener autour du paquebot Champlain portant du matériel de guerre, afin de détourner les mines magnétiques. Rien n'y fit, le vapeur heurta trois mines et sombra, mais le T 1, le A 6 et le commandant Van Strydonck sauvèrent, l'équipage.<br /> Le 18, ces deux bateaux allèrent enquêter en rade des Basques et des Trousses au sujet des mines lancées par avions, puis on leur fit transporter à bord du Golo, en rade d'Aix, des troupes françaises. Le 20 enfin, nos bâtiments purent rejoindre le Corps au Verdon.<br /> Voilà donc ce dernier reconstitué sous les ordres de son chef, il ne restait plus, toutefois, que les unités suivantes: A 4, A 5, A 6, O. 140, O.317, O.348, Z.8, Z.25, P 13, P 16, P 17 et T 1 ; l'on manquait de vivres à ces bords, impossible de s'en procurer suffisamment sur place.<br /> L'invasion se poursuivant avec rapidité, ordre fut donné de partir pour le sud; le T l fut attaqué par l'aviation en sortant de la Gironde ; son commandant, le second maître Rascar, fut blessé à la main par un éclat de bombe d'avion. La mer était mauvaise, la tempête obligea la flottille (sauf le P 13) à se réfugier à Saint-Jean-de-Luz, le 25. Dans la matinée, on apprit que l'armistice avait été signé entre Français et Allemands; pour ne pas être faits prisonniers, les officiers résolurent de gagner l'Espagne, nonobstant l'épuisement du personnel, le manque de vivres, d'eau potable et les avaries des machines, qui n'avaient pu être révisées depuis le 23 mai ; les cartes de navigation faisaient défaut, les compas se déréglèrent par suite de remagnétisation.<br /> Tous les bâtiments ne purent être sauvés à cause de l'état de la mer : le Z.25 dut être abandonné car son pont étant ouvert, il ne pouvait affronter une mer démontée et, de plus, le lourd moteur dont il était muni n'était pas boulonné ; à peine sorti du port, le A 6, dont la machine était, trop endommagée ou sabotée, dut être évacué et laissé en panne, la partie saine de son équipage passa sur le O.348 ; le O.317 dut, de même, être laissé sur place, car sous l'influence probable de certains sous-officiers, l'équipage excipant de l'armistice, refusa de continuer sous prétexte qu'il avait le droit de rentrer en Belgique.<br /> Le P 13, portant le commandant Van Strydonck et deux officiers outre son équipage, était parti pour Arcachon le 20 juin, pour y chercher du ravitaillement ; lorsqu'il voulut repartir, le 23, la passe était bloquée et le bâtiment lui-même avait subi des avaries, il ne restait qu'à attendre la capture après avoir accompli tout ce qu'il importe de faire en semblables circonstances.<br /> Pendant ce temps, la flottille épuisée, voguait vers Portugalette où elle atterrit le 26 et fut internée, sauf le P 16 qui parvint à Lisbonne, ayant à bord le lieutenant Gonze, du Corps de Marine ; l'état-major était celui de l'administration de la Marine, les 45 marins militaires avaient débarqué en France.<br /> Les équipages retenus en Espagne d'abord au camp de Miranda puis à la caserne d'Orduna tandis que les officiers avaient Bilbao comme prison (le sous-officier Verbrugh décéda à Orduna) furent rapatriés le 23 février 1941. L'équipage du P 13 put déjà rejoindre la Belgique le 4 juillet 1940, sauf son commandant qui ne rentra avec son second que le 21 août ; il rapportait le pavillon de son navire qu'il avait soigneusement soustrait aux recherches de l'adversaire.<br /> Les lieutenants Massart et Van Vaerenberg ainsi que le sous-officier Doutrepont reçurent l'ordre de rester en Espagne pour l'entretien et la conservation du matériel.<br /> Le P 13 fut amené à La Pallice par un équipage français sous les ordres d'un officier allemand, et sérieusement armé : les marins belges avaient énergiquement refusé d'accomplir semblable mission.<br /> Les O.317 et Z.25 restés à Bayonne purent être conservés comme bâtiments civils, le A 6 fut considéré comme prise de guerre.<br /> Et ceci clôt l'histoire de vaillants marins belges et de leurs petits bateaux. Malgré le découragement que seul, de 1830 à 1940 – pendant cent dix ans – on leur prodigua en récompense de tant de dévouement, les uns et les autres accomplirent toujours leur devoir, improvisant pour suppléer au manque du plus strict nécessaire, peinant sans compter, souriant au sacrifice ; c'est toujours avec des ‘’coquilles de noix’’ qu'ils surent faire honneur, et combien, au pavillon, à nos couleurs si chères, en maintenant intactes les magnifiques traditions des vrais loups de mer.<br /> <br /> Sources : Musée du Souvenir :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/corps_de_marine_en_1939_1940.php">https://www.maisondusouvenir.be/corps_de_marine_en_1939_1940.php</a><br /> Livre ‘’Jours de guerre’’ numéro 2, édité par le ‘’Crédit Communal de Belgique’’ (1990)<br /> </p> Wed, 30 Jun 2021 18:51:31 +0000 Fort d’Aubin-Neufchâteau 10-21 mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-204+fort-d-aubin-neufch-teau-10-21-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-204+fort-d-aubin-neufch-teau-10-21-mai-1940.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/plan_aubin_neufchateaunfreebelgianstest1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ce charmant petit village, formé d'une série de hameaux aux noms délicieux : Les Weides, Affnay, Wodémont, Wichampré, Mauhin, Aubin et Neufchâteau, était tout à fait ignoré du reste de la Belgique, jusqu'au jour terrible de la guerre où la grosse voix de ses canons attira l'attention du pays et où la résistance magnifique de la garnison qui s'y battait força l'admiration des ennemis eux-mêmes.<br /> C'est en 1936 que le fort d'Aubin-Neufchâteau fut construit, et les travaux étaient à peine terminés le 10 mai 1940.<br /> <br /> Le fort de Neufchâteau fait partie d'une puissante organisation défensive qui couvrait la position de Liège. Une ligne principale partant d'Eben-Emael, Neufchâteau, Battice, Pepinster, Remouchamps, Comblain-au-Pont (ces deux derniers forts ne furent jamais construits). Entre des forts de la rive droite de la Meuse, des casemates devaient être construites qui abriteraient de la grosse artillerie, mais les événements ne permirent pas leur établissement.<br /> Le rôle du fort de Neufchâteau était donc d'interdire l'infiltration dans les intervalles des gros ouvrages : Battice et Eben-Emael, de défendre aussi la « ligne d'invasion » traditionnelle allant d'Aix-la-Chapelle à Visé par Gemmenich et Aubel.<br /> Seuls les enfants se figurent encore un fort comme on en reçoit à Saint-Nicolas, sur le modèle du château des Comtes, à Gand, ou celui de Bouillon. Un fort moderne est une véritable caserne souterraine. Celui d'Aubin était enfoui à trente mètres de profondeur.<br /> Le ‘’cerveau’’ du fort est le ‘’ bureau de tir’’ ou le P. C. (Poste de Commandement) qui, par un réseau téléphonique des plus fournis, met le Commandant de la position en relation constante et rapide avec tous les éléments du fort.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/oscar_d_ardennefreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Oscar D’Ardenne commandant du Fort d’Aubin-Neufchâteau</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Une ‘’centrale électrique’’ puissante, construite dans le fort même par l'officier électricien, le lieutenant Radoux, assure l'énergie nécessaire pour tous les besoins de la garnison : ventilation, éclairage, coupoles et ascenseurs, cuisine électrique.<br /> Deux ‘’organes’’ sont importants pour la position fortifiée : les poumons et les yeux.<br /> Les poumons sont les deux ‘’prises d'air’’ qui portent les noms de bloc 0 et bloc P. De puissants ventilateurs pompent l'air extérieur et le chassent dans les ‘’gaines d'air’’ circulant dans tout l'ouvrage et assurant ainsi un air vif et frais. Le danger des attaques par gaz pouvant être spécialement grave pour une forteresse, la prise d'air est munie d'une ‘’cheminée’’ en acier spécial, très résistant, et qui peut s'élever au-dessus des vagues toxiques. En fait, elles servirent surtout d'excellent ‘’poste d'observation’’.<br /> Les ‘’yeux’’ du fort sont les P. O., ou postes d'observation. Sous de petites cloches blindées, un guetteur et un téléphoniste veillent, et, par un périscope ou à la jumelle, fouillent l'horizon et communiquent avec le P.C., les observations faites. C'est de là que les mouvements de l'ennemi sont surveillés ; c'est de là aussi que se règlent les tirs de l'artillerie.<br /> Comme arme de guerre, le fort est muni de coupoles, de coffres de flanquement et de bloc mortier. Ces noms sont nouveaux pour les profanes, et le soldat de forteresse les emploie facilement sans se faire comprendre de son interlocuteur.<br /> Le ‘’massif’’ ou le fort proprement dit. Deux coupoles, armées chacune de deux canons jumelés de 7,5 et flanquées, de droite et de gauche, d'une cloche d'observation. Le B III est l'entrée, ou techniquement ‘’la poterne d'entrée’’, d'un blindage d'acier et de béton. Au centre, le bloc M. ou le bloc mortier. Alors que les coupoles se soulèvent et pivotent vers la direction du tir avant de lâcher leur bordée, le bloc mortier est dissimulé et expédie discrètement ses petites bombes à ailettes si efficaces pour la défense rapprochée.<br /> Le fort est entouré de fossés protégés par un mur vertical de plus de 4 mètres, empêchant toute attaque par blindés. Les fossés sont à sec.<br /> Dans les angles se trouvent des ‘’coffres de flanquement’’ ; de là, un canon de 4,7, des mitrailleuses et fusils-mitrailleurs et tubes lance-grenades assurent un bon accueil à qui voudrait s'aventurer dans les fossés.<br /> Enfin, pour terminer, la rampe d'accès est une route encaissée menant vers les fossés et défendue par le coffre C III et par les mitrailleuses de la poterne ; un goulot protégé de deux fortes grilles en ferme l'accès.<br /> <br /> <strong>9 mai 1940.</strong><br /> L'alerte réelle est donnée vers 1 h. 30 et confirmée par T. S. F. à 2 h. 20.<br /> Les hommes sont à leur poste dans les locaux de détente de chaque organe de tir. Les Mi. C. A. sont en place sous le commandement du lieutenant Everard de Harzir.<br /> A 4 h. 10, les premiers avions survolent le fort. L'aube se lève, claire, sans brouillard ; à peine une légère brume couvre-t-elle la vallée de la Meuse du côté d'Eben -Emael.<br /> <br /> Les postes de guet ont fort à faire. De minute en minute, ils nous transmettent leurs observations.<br /> A 4 h. 40 : 33 avions survolent Eben-Emael ; à 4 h. 44 : 38 sur la ligne frontière hollandaise, et le flot continue... A 4 h. 46 : 60 appareils vers Van Roost et 36 vers Maëstricht. Le spectacle est émouvant et imposant ; un vrai défilé de revue... Le ciel est rempli de ces oiseaux de mort et l'atmosphère bourdonne.<br /> A 4 h. 52, c'est de Fouron que les escadrilles surgissent, volant de 7.000 à 9.500 mètres, points blancs qui brillent dans l'aube. Tout à coup, 16 gros bombardiers volant bas viennent vers le fort. L'attaque va-t-elle commencer par un bombardement ? Non... ils passent, mais bientôt un éclatement terrible et une gerbe de feu surgit sur le massif d'Eben-Emael.<br /> A 5 h. 12, un avion passe à dix mètres du P. O. de Fouron, et à 5 h. 13, c'est Mauhin qui signale 30 avions au-dessus de son abri.<br /> Eben reçoit la visite des parachutistes : à 5 h. 25, Aubin les voit descendre<br /> Le moral des hommes n'est atteint en rien. Bien au contraire, quel calme devant la ruée !<br /> Au coin des baraquements, on regarde, par groupe, pendant que les « bleus », les braves petits gars de la classe 40, se démènent. Cloos, s'affaire, il a l'œil à tout, sur la cave à vider, les meubles à faire sortir, les papiers à brûler, les avions à regarder aussi !... Le vaillant adjudant fait son travail avec méthode, comme s'il assistait à une réception de marchandises venant d'un dépôt-annexe.<br /> Pendant ce temps, la D. C. A. hollandaise tire sans arrêt. Un nuage de poussière couvre le fort d'Eben-Emael ; on voit très distinctement les points blancs des parachutes. Les forts de Pontisse et de Barchon tirent de toutes leurs pièces sur le massif d'Eben et leur tir est efficace : ils nettoient les coupoles du flot des assaillants.<br /> Il est 6 h. 07. Un coup éclate, Neufchâteau a ouvert le feu !<br /> Ces coupoles sombres et muettes qui, depuis des mois, sont occupées et toujours immobiles... les P. O. équipés et qui n'ont encore servi qu'à admirer le paysage, tout cela va se mettre en branle. Tir d'interdiction et entretien des destructions.<br /> Le commandant d'Ardenne est au bureau de tir ; il ne le quittera plus avant le lendemain à l'aube, sans perdre un instant son petit air gavroche qui a fait tant de bien au moral des hommes pendant le siège. Il a l'air satisfait, tous les rouages fonctionnent à merveille... le fort, ‘’son’’ fort est au point. Neufchâteau entre dans l'Histoire.<br /> A l'extérieur, les mitrailleuses anti-avions sont à leur poste, et le lieutenant Everard de Harzir, officier des services extérieurs, s'extériorise effectivement. Ses longues jambes le transportent partout avec une vitesse qui semble lui conférer le don d'ubiquité. On le voit aux Mi C. A. et, tout à coup, le voilà au Bloc P. Comment y est-il arrivé ? C'est un mystère... mais on l'a à peine retrouvé, qu'il apparaît près des baraquements. C'est presque un feu follet... de dimension, évidemment.<br /> Rosalie Maison près de l’entrée du Fort, notre voisine, était pour les soldats, des plus accueillantes. Elle gardait les vélos qui permettaient de vite regagner la ferme familiale aux heures de liberté, elle logeait les ouvriers des travaux d'aménagement, elle cachait aussi l'entrée du fort et... justement, parce qu'elle cachait l'entrée, il faut la faire partir. Le sergent Dewolf, encore un brave celui-là, avec son équipe de Génie, se charge de déplacer notre encombrante voisine... 150 kilos de poudre... ce sera beau !<br /> Les braves habitants d'Aubin sont sur le seuil de leurs portes ; ils n'ont guère l'impression de se trouver en guerre.<br /> <br /> Le D.L.O. (Détachement de Liaison et d’Observation) de Merkhof, communique que les Unités Cyclistes Frontières se replient. Les guetteurs du poste de Hombourg restent en poste avancé. <br /> Ces braves, qui auraient pu se retirer, ont choisi volontairement la mission la plus difficile. Ils savent qu'ils seront bientôt les seuls soldats belges sur une distance de plus de dix kilomètres. Ils quittent le village et s'installent au tournant de la route, derrière une haie qui leur permet d'observer la place de Hombourg.<br /> Bientôt, ils signalent l'arrivée des Allemands. Les troupes s'arrêtent et vont bivouaquer sur la place... Ils s'installent, en effet... A ce moment, le commandant d'Ardenne déclenche une salve de cent coups, qui offre à ces indésirables la réception qui leur convient. Quelques instants plus tard, le major des U. Cy. Fr. confirme le bon ajustage du tir, tout a fait but...<br /> Les observateurs se replient à Remersdael et dirigent, par leurs observations, de nombreux tirs de retardement qui battent ainsi les passages obliges, et contrarient l'avance de l'ennemi.<br /> Un moment, ils voient s'avancer vers eux deux cavaliers allemands ; l'un est abattu, l'autre blessé. Quelques instants plus tard, c'est un motocycliste qui voit sa mission terminée par le fusil-mitrailleur des guetteurs. Il est neuf heures, quand les troupes d'avant-garde atteignent enfin Aubel.<br /> Cependant, il semble que la majeure partie des envahisseurs soient sur les routes parallèles à la frontière hollandaise et à la rivière la Woer, qui baigne les villages de Fouron-Saint-Pierre et Fouron-Saint-Martin. Aux endroits repérés d'avance en temps de paix, des tirs d'interdiction s'abattent à la demande des observateurs qui ont été places de tous côtés, et qui sont reliés au fort par vingt kilomètres de câble de campagne.<br /> La D. C. A. hollandaise tire toujours beaucoup. Les avions allemands volent à très basse altitude, et le poste de Fouron est bientôt attaqué par une compagnie allemande. Le brigadier Lescrenier est abattu de six balles de mitraillette à la tête, tandis que le chef de poste, le maréchal-des-logis Gosset, parvient à replier son groupe vers l'armée de campagne.<br /> Des éléments allemands étant signalés par le poste de La Heydt, vingt-cinq coups s'abattent sur eux, et on les voit se replier derrière la crête qui nous sépare de la Hollande. Mais les guetteurs de La Heydt sont repérés et doivent employer mille ruses pour se replier vers le fort, tout en continuant les observations.<br /> A ce moment, le Ct. A./C. A. (Commandement de l’Artillerie du Corps d’Armée) signale une forte batterie installée près de Withoek, en Hollande, et qui pilonne Eben-Emael. Le tir étant observé, une salve de cent coups s'abat sur ce gênant et le réduit au silence. Le Ct. A./C. A. téléphone lui-même sa satisfaction aux pointeurs.<br /> L'infiltration continue et, vers 10 heures, le fort est virtuellement encerclé.<br /> Les postes mobiles de guet ont dû se replier. Il reste les postes d'observation des quelques points stratégiques, mais il importe de jeter un coup de sonde pour connaître les diverses positions.<br /> Deux patrouilles de volontaires partent et rapportent des renseignements précieux. Pour prouver leur ‘’contact’’ avec l'ennemi, ils poussent le luxe jusqu'à rapporter des ‘’pièces à conviction’’ : fusil, pistolet automatique, jumelles. Une des patrouilles signale l'occupation d'Aubel. Les Allemands sont à la gare, à la poste et sur la place. L'ordre de tirer sur Aubel est donné. Cinq cents coups arroseront le village. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus, le sang-froid du commandant et de ses officiers réglant le tir avec le plus de précision possible pour épargner la population qui n'a pas été évacuée, ou de braves artilleurs qui, presque tous, sont de la région et qui tirent peut-être sur leur propre maison. C'est une heure tragique pour la garnison ! Les observateurs signalent que le tir a été efficace et qu'aucun civil n'a été atteint.<br /> Vers 12 heures, le poste de Mauhin ne répond plus. Voilà un secteur important neutralisé ; des coups dangereux viendront de là.<br /> A 14 heures, les patrouilles repartent, mais peut-être trop enhardies par le succès de la randonnée du matin, elles se sont aventurées trop loin. Le fort est encerclé définitivement avant qu'elles puissent rentrer.<br /> A 19 heures, les M. C. A. rentrent, et les barrages sont mis aux postes d'entrée. A la fin de cette première journée, le colonel Modard félicite le commandant pour les tirs accomplis ; le début dans la campagne est remarquable, paraît-il.<br /> La journée s'achève et les derniers dispositifs pour soutenir le siège sont pris.<br /> Lentement la brume envahit le pays, la nuit s'étend et les sentinelles, le doigt sur la gâchette, sont aux postes de guet des coupoles et des cloches d'observation. Les obus allemands atteignent de temps à autre des ouvrages sans y faire beaucoup de dégâts. Ce sont des 8,8 de rupture, tirés par les FLAK de la D. T. C. A. allemande.<br /> Plusieurs sont repérés et réduits au silence ; des explosions sont observées et le tir est si précis que les habitants, restés terrés dans leurs caves, sont menacés par la soldatesque qui les accuse d'espionnage pour le Fort d’Aubin.<br /> Vers 9 heures, des ombres glissent, approchent des barbelés qui sont écartés ; la sentinelle fait les sommations... silence... deux silhouettes se dressent et tentent d'escalader la clôture... une salve, les corps s'écroulent... Hélas ! les deux victimes sont les patrouilleurs qui essayaient de rentrer au fort sans s'être fait reconnaître.<br /> Louys est tué net, une balle au poumon ; Van Ingelgom est blessé à l'épaule... un troisième patrouilleur parvient à se faire identifier et on organise immédiatement les secours. Les barrages sont enlevés, les barbelés déplacés. Le docteur Maréchal est le premier au poste et se glisse jusqu'aux victimes. Van Ingelgom est rentré ; Louys est tombé de l'autre côté des barbelés, il est mort ... il sera impossible de le ramener tout de suite, les rafales de mitrailleuses crépitant dans notre direction... il faut se replier en vitesse.<br /> Le lieutenant Maréchal parvient cependant à se glisser près du corps de notre ami et s'assure qu'il ne respire plus et qu'il est impossible de le dégager. Van Ingelgom est descendu à l'infirmerie.<br /> L'installation sanitaire du fort d'Aubin est tout à fait au point. Salle de visite et dispensaire, salle d'hospitalisation et salle d'isolement, salle d'opération avec les appareils de stérilisation les plus modernes et un matériel en parfait état.<br /> Le service médical est assuré par le lieutenant-médecin Georges Maréchal, qui est vraiment l'homme qu'il faut dans un fort : courageux sans forfanterie, audacieux sans imprudence, conservant un calme serein, même devant les situations les plus tragiques.<br /> Il sait que sa vie est précieuse, car il est indispensable à la garnison ; aussi ne s'exposera-t-il jamais inutilement. Mais lorsqu'un homme est en danger, rien ne peut entrer en ligne de compte, et son audace est superbe. Au point de vue médical, les deux médecins – car il y a aussi le brave Albert Delrez, qui est ‘’interne’’ au fort, rivalisent de compétence. C'est grâce à eux, à leur dévouement et leur abnégation, à leurs nombreuses nuits de veille au chevet des blessés, que les pertes seront des plus réduites. Travail tenace et peu spectaculaire que celui du service de santé, mais combien important ! Ceux qui racontent un siège oublient parfois, involontairement, ces dévouements, et c'est dommage.<br /> Il y a aussi les ‘’pilules’’, braves brancardiers. Il faut du cran pour aller dans une coupole battue par la mitraille rechercher un camarade blessé, il faut surtout beaucoup d'abnégation et de charité pour donner à tous les blessés le réconfort et les soins, être sur pied à toute heure et parfois au moment où un instant de repos est possible. Un coup de téléphone annonçait : un blessé au bloc 0 ; une équipe filait à la salle d'opération, une autre au secours de la victime.<br /> Cette première journée du siège est passée, tout est mis au point, sous le feu de l'ennemi. Il n'y a pas encore eu de gros bombardement ; il est vrai que tout cela est relatif !<br /> <br /> <strong>11 mai.</strong><br /> Les Allemands se lèvent tôt ! Il faut le croire, car à deux heures du matin la vigie signale du mouvement du côté de Saint-Jean-Sart, et à quatre heures, de tous côtés, les Allemands expédient des obus de tous calibres. Ces messieurs poussent la gentillesse jusqu'à déposer, à dix mètres d'une cloche, un 320 non éclaté : on ne peut être plus gentil que d'envoyer un échantillon sans valeur afin de montrer la ration qu'on destine au fort. On saura plus tard que cette fourniture est faite par un gros canon sur rails qui opère de l'autre côté de la frontière.<br /> Vers neuf heures du matin, le concert est complet. Sur certaines coupoles, on enregistre jusqu'à vingt et vingt-cinq coups à la minute. <br /> Le bloc est soumis à un bombardement intensif, les hommes qui reçoivent ainsi le baptême du feu ont été impressionnés par les premières décharges. Il y a de quoi, et on peut dire que celui qui n'a jamais eu peur dans sa vie, c'est celui qui n'a jamais été en danger...<br /> Tout doucement, cependant, l'impression de sécurité s'affermit, le toit est solide, ça tient ! Et les figures se détendent, et on s'habitue, et on siffle un air, d'abord pour se donner contenance et puis parce qu'on est à l'aise, et voilà qu'un accordéon sort... et pendant que les Boches accompagnent de leur pilonnage massif, et les gars de Neufchâteau chantent à tue-tête : ‘’ Bonsoir, Marie Clapsabots... ‘’<br /> Tout à coup, un fracas de tonnerre... un corps qui fait pouf... et dégringole les trois mètres d'échelle qui conduisent à la cloche... l'observateur arrive, blanc comme un linge... un obus a traversé la cloche, passé au-dessus de la tête de l'homme et pénétré dans le blindage... sans éclater.<br /> Le Lieutenant Luysen ne fait qu'un bond, le voilà déjà dans la cloche... il récupère un G. P. (pistolet à grande puissance), les jumelles, et... apporte la tête d'obus encore chaude. C'est un 8,8 de rupture en métal spécial... il montre l'engin aux hommes, quand un nouveau fracas se produit et la cloche vole en éclats... un nouvel obus est entré et cette fois a explosé... il n'y avait plus personne, heureusement. Mince de veinards !<br /> L'émotion est forte, mais comme le commandant le note dans son rapport, on a vite fait de se ressaisir et de reprendre confiance. Awouters, « le rescapé », est déjà en route ; avec poutres et sacs de ciment, il refait un abri qui lui donne autant confiance que les aciers les mieux trempés.<br /> <strong>L'assaut.</strong><br /> Le travail de réfection est à peine terminé que les mitrailleuses crépitent de partout. Les mortiers 81, avec leur petit aboiement caractéristique, lancent les bombes à ailettes ; les canons crachent les boîtes à balles, arrosant le terrain et envoyant des salves nourries aux batteries qui sont observées...<br /> Les Allemands arrivent en rangs serrés. Ils marchent le torse nu, la mitraillette au poing, les grenades aux bottes... Leur entrain est incroyable... effrayant, même, il en tombe, il en tombe... il en revient de plus en plus. Les observateurs signalent les effets terribles de notre tir; aussi chacun s'y met avec ardeur et double la ration. C'est un feu d'enfer. Dix fois l'ennemi tente d'approcher des fossés, il est chaque fois refoulé avec de telles pertes qu'il finit par renoncer à son projet.<br /> L'alerte a été chaude. Un moment donné, Neufchâteau est submergé, les armes ne suivent pas et les forts voisins conjuguent leurs efforts pour le dégager. Barchon met un bon coup et tire avec un entrain endiablé. De son côté, Battice y met un bon coup aussi : ses 120 tirent tellement juste et les officiers de tir, en liaison avec notre commandant, comprennent si bien nos indications qu'il n'y a pas de gaspillage de munitions : les coups font but à chaque salve.<br /> Après une si belle réception, la politesse est de reconduire ses hôtes. Nous en connaissons les règles les plus élémentaires, et les fusants et les mitrailleuses conduisent les assaillants jusqu'à leur point de départ.<br /> Il s'agit maintenant de reconnaître les dégâts et les réparer. Il y a quelques blessés légers. Ils sont déjà soignés. La fenêtre du BI est enlevée, la lunette du CII est démolie, la cloche Mi droite du BI et gauche du BII sont atteintes de coups d'embrasure. Cloos et Idon les réparent avec les moyens du bord.<br /> A ce moment, le pilonnage de 8,8 redouble. Un coup d'embrasure bloque une coupole, abîmant le tube d'un 75. On joue de déveine au BII : une explosion prématurée met à mal le tube d'un 75…<br /> Il n'y a pas de tube de rechange !... Pendant que, sous le feu, le lieutenant Radoux et Idon vont travailler au chalumeau, le bureau de tir fait lancer l'appel suivant à l'armée de campagne :<br /> ‘’Envoyez-nous par avion tube 75 de rechange’’<br /> La garnison du fort était loin de se douter de ce qui se passait en Belgique. La réponse est tout à fait ahurissante :<br /> ‘’Ignorons où se trouve fonderie de canons ... ‘’<br /> Et les jours se suivent, répétant une alternance de bombardement et d'accalmie. Le mardi 14, il est enfin possible d'aller rechercher le corps de Louys. Avec précaution, les barrages sont enlevés, les guetteurs de tous les postes alertés, une reconnaissance s'installe, le fusil-mitrailleur en arrêt, et le lieutenant Maréchal, accompagné de l'aumônier, flanqués de mitrailleurs, s'avancent sur la rampe d'accès du bloc P. Morelle, Dejardin et Nix écartent les barbelés et dégagent le corps dé notre malheureux Louys ; les deux brancardiers l'enlèvent et on le dépose dans une fosse qui a été creusée au pied du bloc P. Une tôle épaisse est placée qui protégera sa tombe.<br /> Sur le bord du fossé, le corps d'un Allemand est resté en équilibre, mais il faudra attendre le 16 pour trouver une accalmie qui permette une expédition tout autour des fossés.<br /> En effet, le 14 et le 15, les bombardements ennemis sont incessants ainsi que les tentatives d'approche, chaque fois repoussées par les mitrailleuses et les boîtes à balles. Et voilà que le 16, dès l'aube, le calme est complet, silence partout, on ne voit rien ni dans la vallée, ni dans les bois.<br /> Profitant de ce calme nouveau, une équipe composée de l'adjudant Cloos, des soldats Morel, Dejardin, Nix et un autre, munis d'une pioche, d'une pelle, d'une échelle et d'un câble de T. S., s'avance. Il s'agit d'aller avec précaution, car le corps est mal placé ; pour l'approcher il faut se découvrir et risquer une rafale ennemie.<br /> A peine le corps est-il descendu qu'une alerte est donnée, une aviette de reconnaissance survole les fossés... Chacun se plaque à terre derrière des mottes de terre ou contre le mur de contre-escarpe, l'avion passé on reprend le travail, mais bientôt il revient plus bas. Stop... on se camoufle. Aussitôt on reprend l'ouvrage et Helmut Meller (c'est le nom de l'Allemand) est enterré.<br /> Voilà que pour une troisième fois l'avion revient. On dit que les meilleures farces sont les plus courtes ! C'est l'avis de Cloos. Armé de son fusil-mitrailleur, il attend stoïquement, aussi calme qu'à l'exercice. L'avion est à cent mètres de hauteur... tac tac tac tac ... et les Allemands apprennent ce qu'il en coûte d'être indiscret... L'avion est touché... et tout le monde rentre précipitamment. C'est ce qu'il y avait de mieux à faire.<br /> Revenant au bureau de tir afin de remettre au commandant les papiers et les documents trouvés sur l'Allemand, le soldat est surpris par l'atmosphère d'héroïsme qui y règne. Sur le tableau de son PC, le commandant a tracé la devise des d'Ardenne : « Regi et Patriae Fidelis ! » Et il raconte ce qui s'est passé pendant que l'équipe était dans les fossés.<br /> Le colonel allemand Runge s'était présenté à la poterne du bloc P. et avait demandé à voir le commandant. Les yeux bandés, il est introduit par le lieutenant Maréchal, et le commandant le reçoit à la limite des barrages. Le messager allemand vient proposer une capitulation honorable de la position.<br /> La réponse du commandant est claire et spontanée. Les Allemands avaient amené des otages de la population civile qui n'avait pas été évacuée. Tout d'abord, il exige le renvoi des otages, puis nettement :<br /> – Comment osez-vous me parler de reddition ? Je suis officier, j'ai juré sur mon honneur de défendre cet ouvrage jusqu'à épuisement de mes moyens, il n'est pas question de me rendre.<br /> Cette attitude en impose à l'Oberst qui se cale en position, et saluant le commandant lui demande l'honneur de lui serrer la main.<br /> Un répit d'une heure est accordé à la garnison. Si, le délai passé, le drapeau blanc n'est pas hissé, le fort sera l'objet d'une attaque sans précédent. Le Haut Commandement allemand a décidé d'en finir.<br /> Une heure, c'est vite passé... Les ordres sont donnés, les organes de guet sont renforcés, les brèches colmatées, les pièces mises en ordre de marche, les munitions dans les soutes de sécurité afin de prévenir toute explosion si un projectile entrait dans l'organe de tir.<br /> Les hommes sont abrités et on attend... Les officiers qui ne sont pas de service au bureau de tir se partagent les divers postes afin d'être auprès des hommes... Encore dix minutes ... Que vont-ils nous envoyer comme dégelée ? On connaît leur goût du kolossal, dans quatre minutes cela va barder...<br /> Ça y est, l'heure est passée. Silence… Il est exactement 13 h. 30, on attend… Il est 14 heures... toujours rien, un silence de mort plane sur toute la campagne, les périscopes fouillent en vain dans tous les sens. Tout est calme, le soleil radieux illumine les vallées de la Berwine et de la Bel... Rien ne bouge... Il est trois heures, les hommes ont les nerfs en boule... Un loustic se demande si les Boches n'ont pas levé le siège... Qui sait ?<br /> Ce qu'il en coûte de mentir !<br /> Il est à peu près quatre heures... Drinn drinn... le téléphone... C'est Battice qui nous dit :<br /> ‘’Une colonne venant d'Aix-la-Chapelle semble se diriger vers Aubin, elle vient de quitter Aubel...’’<br /> Ce sera un dérivatif heureux pour nos artilleurs excédés par la tension nerveuse à laquelle on les soumet. Tous les postes téléphoniques en simultané, le commandant ordonne :<br /> – Dès que la colonne sera en vue, laissez-la avancer, et au moment où la tête aura atteint les 3 Cheminées – c'est le lieu du croisement de route – feu de toutes les pièces et tir à vue à volonté.<br /> Lui-même grimpe dans une coupole, agile comme un gamin.<br /> La réception est grandiose... instantanément une pétarade fortissimo renverse les véhicules qui prennent feu, les mitrailleuses y enferment les occupants qui tentent la fuite... Quel nettoyage !... Camions et voitures ne forment plus qu'un amas informe de ferrailles... Nous saurons plus tard que vingt-quatre officiers de l'Oberfeldgendarmerie ont été tués. A Aix, le bruit courait que tous les forts de Liège étaient pris, que la route était libre... Le silence qui nous agaçait tant avait trompé les oberfeldgendarmes...<br /> Les heures passent et le même silence entoure la position fortifiée d'Aubin-Neufchâteau ; cela devient étrange, même inquiétant... Au bureau de tir comme dans les organes, on reste sur un ‘’qui vive’’ enrageant... Le lieutenant Renglet, calme et réaliste, déclare :<br /> – On ne perd rien pour attendre.<br /> Il a peut-être raison.<br /> La brume s'étend, le soir tombe lentement, lorsque tout à coup, à vingt heures exactement, tout l'horizon s'enflamme... le sol tremble, les coups pleuvent à une cadence infernale : c'est l'orchestre complet, depuis la basse des grosses pièces jusqu'aux glapissements stridents des 8,8 et des 3,7. En veux-tu ? En voilà ! Et ça vient de partout, de Hollande et d'Allemagne, de la vallée de la Woer comme de celle de la Berwinne, le fond du Val-Dieu et les hauteurs de Mauhin et de Wodémont sont embrasés.<br /> Que faire quand on attrape une douche, sinon faire le gros dos et attendre que cela passe ? C'est ce que fait la garnison du Fort. Les coupoles sont solides, les cloches tiendront ce qui sera possible, le béton est d'excellente qualité... Un fait certain, c'est que tant qu'ils tireront, ils ne viendront pas. Donc, tous dans les locaux de détente, et à la première accalmie, à vos pièces et... à la réparation.<br /> Nous sommes le 16, à vingt heures. L'averse dure jusqu'au 18 à l'aube ! On n'accusera pas les Boches d'être avares… Il faut croire que ce petit fort les emb… terriblement ! Après la reddition, le major allemand d'artillerie, dira qu'il a expédié mille tonnes de projectiles pendant ces trente-six heures. Merci du peu !<br /> Puisque il y a du loisir, le bombardement ne permet autre chose que d'attendre qu'il soit fini, il n'est pas question de lever les coupoles sous cette drache de fer... Allons faire un tour aux postes d'observation extérieurs.<br /> Comme on le sait, les forts souterrains ont des ‘’yeux’’ très loin dans les campagnes, à chaque crête de visibilité, les vallées sont surveillées et les trafics de l'ennemi signalés et interceptés. Les tirs sont précis et efficaces, car tous les passages importants sont repérés depuis de longs mois. C'est ainsi que sur les indications d'un poste d'observation, des véhicules allemands ont pu être suivis et détruits en pleine fuite sur une grand' route.<br /> Les P. O. n'ont pas eu tous la même vie. Certains étaient à découvert et ont dû se replier devant l'avance allemande. Ils le firent avec une telle habileté parfois qu'ils mériteraient d'être cités en exemple. Celui de La Heydt par exemple. L'équipe Awouters, Vielvoye, Tossen, Mannens, qui, grimpés sur les arbres sous lesquels les ‘’Grenzwacht’’ passaient, continuaient à être en communication avec le fort, quand le gros des Allemands arriva, ils parvinrent à décrocher et, avec des ruses de braconniers, à se faufiler entre les postes avancés et rentrer au fort.<br /> C'est un autre, que nous appelions N. V. 2, qui, attaqué par l'infanterie allemande, est dégagé par nos 75 et résiste plusieurs jours. Au moment de se rendre, il hisse le drapeau blanc. Les Allemands approchent... Un des leurs bute sur un pieu de barbelé, tombe sur une mine et le voilà parti en l'air avec son camarade... On ne les a jamais vus descendre. Le poste, qui s'était rendu, est resté plusieurs jours avant que les Allemands osent encore s'approcher !<br /> N. V. 5 a tenu dix jours ! C'est là qu'est mort le brigadier Jacques Demain.<br /> Un bon gosse, vrai fils de son père, le commandant Demain, de Huy, et victime de la guerre 14-18. Jacques est un soldat dans toute l'acception du terme, il aime le ‘’service‘’, aussi il n'est pas étonnant de le voir se présenter comme volontaire dès la première patrouille. Il accomplit sa mission avec une témérité et une prudence rares. Les termes semblent se contredire, mais c'est la caractéristique de Demain : une ‘’fougueuse prudence’’... Il va à Aubel, revient chargé de renseignements précieux ; il repart à Fouron, à Berneau, à Warsage, prend note des emplacements et calibres des pièces allemandes et rentre au poste N. V. 5 à la tombée de la nuit. Il est impossible d'atteindre le fort qui est investi de toutes parts. Demain a été légèrement blessé, il est plein d'appréhension, puis repart en reconnaissance. Il est suivi par un Allemand. Au moment où celui-ci épaule, Jacques fait de même... les deux coups partent et tous deux s'écroulent frappés à la tête.<br /> Parfois c'est le drame. A. M. V. 11, le maréchal-des-logis Bartholomé est au poste de guet avec son compagnon. Tout à coup, les Allemands attaquent et le soldat Nyssen tombe, tué net d'une balle à la tête. Les coups pleuvent et Bartholomé est enfermé dans sa coupole sans pouvoir avoir de secours ni se retirer. Nyssen, en tombant, a calé la plaque de sortie... Un tir de protection est déclenché par le fort qui le dégage. L'alerte a été chaude !<br /> La journée du 16 a été rude, avec la demande de reddition et la magnifique réponse du commandant d'Ardenne. Ce jour-là, la Belgique entière communiait à notre émotion et les milliers de réfugiés, sous les abris de France, furent réconfortés par le message du Roi Léopold III aux forts de Liège.<br /> C'est en effet le 16 que l'I.N.R.( Institut national de radiodiffusion) diffusait :<br /> « Allo, allo !... forts de Liège... allo, allo !... forts de Liège m'entendez-vous ? J'appelle les forts de Liège, j'appelle les forts de Liège, j'appelle les forts de Liège. Colonel Modard, commandants des forts, officiers, sous-officiers et soldats de la position fortifiée de Liège, qui résistez jusqu'au bout pour la Patrie, Je suis fier de vous ! »<br /> Ces heures-là ne s'oublient pas !<br /> Le soir, le commandant annonce que le fort d'Aubin-Neufchâteau est cité à l'Ordre du Jour de l'Année et de la Nation. Il l'a bien mérité.<br /> <br /> <strong>‘’L'Colletbeû’’ !</strong><br /> <br /> Sur la grand' route se trouve une plaque en fonte sur laquelle il est écrit ‘’M. D. N. – Défense de toucher.’’ Il suffisait d'enfreindre cette défense pour trouver le réseau des téléphones des forts de Liège. Aussi, dès le 1l mai, on entendait des grattements sur les lignes et les communications étaient chicanées.<br /> Mais l'initiative privée a du bon ! Une ligne, non prévue sur les plans, avait été établie entre les guetteurs de Saint-Jean-Sart (du fort de Neufchâteau) et ceux de la Croix de Charneux (qui dépendaient de Battice). Par cette ligne, il y avait moyen de rester en liaison avec le Fort de Battice. Les Allemands entendaient les conversations mais ne pouvaient empêcher qui que ce soit de parler.<br /> Le brave maréchal-des-logis Dechêne, qui dans les situations les plus difficiles a toujours conservé un excellent moral, inventa de faire désormais les communications en patois de Verviers.<br /> Il fallait se choisir un ‘’indicatif’’. Un cryptogramme fut lancé à Battice qui désormais, puisqu'il est un centre colombophile important, s'appellera « L'Coletbeû » ! tandis que le commandant d'Ardenne choisit le nom de « vi maïeté »… et ainsi va !<br /> Quelle ne fut pas la surprise des officiers du fort, lors de la reddition, de se voir interroger par l'Etat-major allemand :<br /> – Colletbeû, où ça est ?... Nous afons beaucoup entendu à téléphone : « Ici, Colletbeû », mais nous pas trouffer sur la carte...<br /> Le 18 à l'aube, le bombardement ralentit. On sait ce que cela veut dire et chacun se prépare à recevoir dignement ceux qui vont s'approcher. Les cloches d'observation ont bien tenu et les fusils-mitrailleurs sont en place ; les artilleurs sont à leurs pièces et l'assaut qui s'est déclenché n'a aucun succès ! C'est en vain que les Allemands montent et remontent vers la position, les boîtes à balles pleuvent, les mitrailleuses crépitent et le feu d'enfer, de Neufchâteau cette fois, oblige l'assaillant à rentrer dans les bois qui entourent le fort.<br /> L'après-midi de ce 18 mai, le Fort est gratifié d'un violent bombardement suivi d'un nouvel assaut qui est repoussé comme celui du matin, mais cette fois, il y a des victimes : Bosman est blessé par les éclats d'un coup d'embrasure à la coupole B II ; Wattaer, le maréchal-des-logis, Louis et Pinkers sont blessés, rien de grave heureusement.<br /> Du bloc 0, on assiste à un violent bombardement du côté de Pontisse et de Barchon.<br /> Un télégramme du vaillant major Simon, nous dit : « Courage, amis du Sud contre-attaquent ». Mais le feu de l'artillerie allemande pilonne les deux forts et à 14 heures Pontisse hisse le drapeau blanc ; à 15 heures, c'est Barchon qui se rend.<br /> Il reste trois forts de la position de Liège qui affrontent l'ennemi : Tancrémont, qui se rendra un jour après la capitulation, Battice et Neufchâteau, qui font équipe et tomberont presque en même temps.<br /> Le lundi 20, à 5 h. 30, la vigie du bloc P signale un parlementaire. C'est le capitaine Lannoy qui le reçoit. Mais le Commandant est vite à la poterne d'entrée.<br /> Le parlementaire allemand est accompagné du Révérendissime Père Albéric, abbé du Val-Dieu et ami personnel du Commandant et des officiers du fort. Le vénérable prélat est dans un état piteux. Requis par les Allemands comme intermédiaire, il a mis près de deux heures à franchir le kilomètre qui le séparait du fort, tant les tirs étaient précis et fréquents. Sa soutane blanche est maculée de boue.<br /> Le Père abbé est porteur d'une lettre du général allemand demandant la reddition. Il nous apprend aussi que les familles de nos soldats sont en bonne santé, qu'il n'y a pas de victimes dans la population civile. Il félicite la garnison de son héroïque résistance. <br /> Mais l'officier allemand intervient : <br /> – C'est par humanité, parce que le général Korner admire la garnison qu'il offre la capitulation avec les honneurs militaires.<br /> La garnison du fort se doute de la réponse du commandant d'Ardenne. Elle est nette :<br /> – Non<br /> L'officier allemand insiste :<br /> – Vous avez déjà tiré autant de coups, il ne vous reste presque plus de munitions.<br /> – Nous verrons, dit le Commandant, si vous savez bien compter !<br /> – Le haut commandement allemand a ordonné d'employer les moyens les plus violents...<br /> – Nous les apprécierons !<br /> On se croirait dans la légende !<br /> Les parlementaires se retirent. Selon les lois de la guerre, une trêve d'une demi-heure au minimum doit suivre le départ du parlementaire, mais l'ennemi est en rage ! Pendant que le lieutenant Maréchal ferme les portes du grillage, les coups partent.!<br /> <br /> La première salve tue, à son poste de guet, Louis Schmetz et blesse son compagnon. Ce dernier parvient à descendre seul l'échelle de la cloche, mais les éclats tombent à cadence tellement précipitée que, malgré toute leur ténacité, les brancardiers n'arrivent pas à dégager le corps de Schmetz avant dix heures.<br /> Au moment où Schmetz est atteint au bloc P, Martin est touché au bloc 0, il est gravement blessé à la face. <br /> L'une après l'autre, les cloches d’observation sont perforées de coups de plein fouet des canons à tir rapide 3,7 et 8,8 allemands et les dégâts sont considérables. Bientôt le fort se trouve aveuglé, les angles nombreux ne peuvent plus être observés.<br /> Les coupoles tirent de leur côté de façon intense et les mortiers crachent leurs bombes sans arrêt. Ce sont les mortiers qui s'avèrent le plus utiles, car leurs embrasures, à l'abri des coups ennemis, les rendent moins vulnérables. Pendant le siège, ils ont tiré 5.265 coups.<br /> Voilà qu'un coup direct emporte le phare du coffre II et le canon 4,7 qui flanque le fossé Est du fort. Le servant Straetmans, est tué à son poste, le brigadier Denis est gravement contusionné.<br /> Le tir ennemi est réglé et les explosions se succèdent dans la casemate, le séjour est impossible, les hommes descendent suffoqués.<br /> Les Allemands qui s'étaient précipités dans le fossé attaquent le coffre par le trou et sont maintenus à distance par le lieutenant Luyssen qui jette ses grenades à tour de bras... mais un lance-flammes entre en action ; il faut bien lâcher pied également.<br /> Le lieutenant Modave, un brave aussi celui-là, s'offre à aller en reconnaissance, mais arrivé à mi-hauteur des escaliers, il entend les voix et le bruit des Allemands pénétrant dans la casemate. Il n'y a plus d'espoir de ce côté. Il faut absolument « neutraliser » ce point. Contre- attaquer est impossible, un seul Allemand avec des grenades qu'il laisserait tomber dans la cage d'escalier, profonde de trente mètres, tiendrait en respect les meilleures volontés.<br /> Le Commandant ordonne de miner le coffre. Le soldat Renaud s'offre à placer les détonateurs. Deux cent quatre-vingts kilos de tonite sont amorcés.<br /> Ayant fait évacuer tous les hommes, le Commandant reste avec le lieutenant Radoux, le sergent Dewolf et le soldat Renaud.<br /> Le feu est mis aux poudres, la voûte se fend jusqu'à l'extérieur du sas ; une épaisse fumée noire s'élève et est observée du B III. Le C II n'est plus !<br /> Pour son dévouement, le soldat Renaud est promu caporal.<br /> Mais le manque de flanquement va se faire rapidement sentir. Les débris du coffre sont à peine retombés que les pionniers allemands attaquent de ce côté. Des assaillants attaquèrent sur le flanc Sud, tandis que d'autres se faufilaient vers la poterne d'entrée du B III<br /> Vers 4 heures, les troupes d'assaut prennent pied sur le massif central et immobilisent les coupoles avec leur lance-flammes, et les pionniers travaillent à miner les cloches qu'ils ont pu atteindre.<br /> Un accord avait été fait entre le Commandant d'Aubin et celui de Battice, en cas d'extrême urgence, le poste de T.S.F. devait, sur l'onde de Battice, lancer l'appel « TZ INF », « TZ INF », c'est-à-dire « tirez infanterie. »<br /> Depuis le début de l'attaque de son P. O. de Jonckay, le fort de Battice observait notre situation.<br /> Dans son journal de campagne, le lieutenant Lequarré, de Battice, nota :<br /> « Nous pouvons observer la violence du bombardement sur le fort de Neufchâteau ; des colonnes de fumée et de terre s'élèvent jusqu'à 150 et 200 mètres de hauteur. »<br /> Cette fois ce sont des fusées qui s'élèvent et marquent la progression des troupes allemandes. L'appel de Neufchâteau est entendu et Battice tire, tire de toutes se coupoles. Les Allemands qui sont tapis sur le massif central et qui l'occupent entièrement sont pris dans un tourbillon de fer et de feu. Les 120 tirent, fusant bas, les 75 percutant.<br /> C'est un carnage sans nom ! Plus de 600 projectiles sont expédiés sur la position et forcent les assaillants à se replier et abandonner la lutte.<br /> Le soir vient doucement et Neufchâteau répare ce qu'il y a moyen de réparer encore.<br /> Il y a très peu de victimes dans la garnison : trois morts et un blessé grave qui mourra le lendemain, quelques brûlés par les lance-flammes, mais très superficiellement. Le moral reste ferme. <br /> Hélas ! le matériel est en piteux état. Le mur de contrescarpe est arraché sur plusieurs dizaines de mètres de longueur des entonnoirs de 15 mètres de diamètre sur 10 de profondeur ont été creusés par les bombes d'avions et les mines qui ont sauté dans les fossés. La cheminée d'aérage du bloc 0 menace de s'écrouler, celle du P. est hors service. Toutes les cloches de guet sont détruites.<br /> Dès l'aube, les Allemands bombardent de toutes leurs grosses pièces. Les coupoles de Neufchâteau répliquent, mais les incidents de tirs se multiplient.<br /> Pendant ce temps, le Commandant fait sauter tout ce qui ne rend plus service afin de ne laisser aucune brèche à l'adversaire.<br /> A 10 h. 30, l'ennemi monte à l'assaut ; le fort de Battice est soumis à un tir d'interdiction violent.<br /> <strong>Le correspondant de guerre allemand qui prit part à l'attaque écrit</strong> <br /> <br /> <em>« C'est maintenant que nous allons voir si les lourds bombardements de ces dernières heures ont enfin épuisé les nerfs de la garnison qui, depuis dix jours, résiste dans sa caserne souterraine, et si la puissance défensive du fort est décidément paralysée.</em><br /> <em>« Une minute... deux minutes... silence sur Neufchâteau. De Battice seulement gronde l'écho des coups de notre artillerie qui redouble. Une troisième minute. Elle n'est pas écoulée que talc talc talc talc ! Le Belge se défend à nouveau ! N'en a-t-il pas encore assez ? »</em><br /> <br /> L'assaut est arrêté. C'est le vingtième depuis l'investissement de la position, mais les munitions s'épuisent. Les coupoles sont décidément hors service. A 12 heures, un obus atteint le bloc 0 et touche les mines ; l'ouvrage saute. Heureusement, il est inoccupé !<br /> A 12 h. 30 le B II est miné et saute à son tour. Et ainsi, les organes sont détruits l'un après l'autre, les hommes descendent au fur et à mesure dans la caserne souterraine où l'inaction forcée leur pèse terriblement.<br /> C'est le moment le plus pénible du siège. Comme un malade qui sent la paralysie l'envahir peu à peu, la garnison se sent mourir lentement et sans moyen de réagir. Soudain il est 13 h. 30, un choc formidable secoue tout le massif... 13,35 heures, une nouvelle secousse, et de cinq en cinq minutes, les ‘’Stuka’’ piquent sur le fort, lâchant des bombes de 1.600 kilos. La déflagration se fait sentir à plus de 200 mètres du point de chute.<br /> Pendant ce temps, l'ennemi s'est glissé dans les fossés. Les grenades glissent dans les tubes de lancement, et la casemate de 4,7 du CI se défend jusqu'à épuisement de ses munitions.<br /> De son côté, le Commandant a réuni son conseil de défense. Un dernier essai est fait pour obtenir l'appui de Battice. Là aussi la situation est tragique : une seule pièce de 75 est encore capable de tirer. Il n'y a plus de grenades, les munitions de 4,7 sont épuisées, les 7,5 et les mortiers sont hors de service et ont sauté, enfin il n'y a plus de balles traçantes pour la défense de nuit. Telle est la situation. Dans ces conditions le conseil décide la reddition de 1'ouvrage.<br /> Un télégramme est envoyé à Battice :<br /> « Toutes pièces hors d'usage. – J'ai fait sauter les bâtiments. – Merci pour votre aide. – Bonne chance à tous.<br /> Commandant Oscar d'Ardenne. »<br /> Il est 17 h. 10.<br /> Le drapeau, blanc va être hissé. Mais par où ? Toutes les embrasures sont détruites. Par un trou de lance-grenades, le drapeau blanc est glissé et aussitôt saisi par les assiégeants qui se trouvent au pied du mur. Un parlementaire attend le Commandant.<br /> Pendant ce temps on détruit tous les documents, tout le matériel qui ne peut tomber dans les mains de l'ennemi. Le poste émetteur est écrasé à coup de masse, les appareils téléphoniques volent en morceaux : c'est un beau carnage.<br /> Quand le colonel allemand descend dans le fort, il dit :<br /> – C'est terrible comme vous avez tout détruit !<br /> Et il ajoute :<br /> – A votre place, j'aurais fait de même.<br /> Le général Korner s'avance près du commandant d'Ardenne, lui remettant son épée en disant :<br /> – Pour sa belle défense, votre garnison recevra les honneurs de guerre ; veuillez faire sortir vos hommes en armes.<br /> La vaillante garnison s'en va en captivité en défilant entre les troupes d'assaut allemandes qui présentent les armes.<br /> <br /> Sources bibliographiques: <br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/fort_aubin_neufchateau.php">https://www.maisondusouvenir.be/fort_aubin_neufchateau.php</a><br /> Fascicule édité par l’ASBLFort Aubin-Neufchâteau ‘’ R.F.L. Ceux d’Aubin-Neufchâteau’’<br /> Sources Iconographiques :<br /> <a href="http://www.fortlitroz.ch/essais-de-lobus-rochling-sur-le-fort-daubin-neufchateau-liege-belgique/">http://www.fortlitroz.ch/essais-de-lobus-rochling-sur-le-fort-daubin-neufchateau-liege-belgique/</a><br /> <a href="http://fort-aubin-neufchateau.be/fr/2013/04/oscar-henri-nestor-ernest-dardenne/">http://fort-aubin-neufchateau.be/fr/2013/04/oscar-henri-nestor-ernest-dardenne/</a></p> Sun, 01 Nov 2020 11:18:27 +0000 La campagne des 18 jours vue par le commandant de Gendarmerie L. Claes https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-203+la-campagne-des-18-jours-vue-par-le-commandant-de-gendarmerie-l-claes.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-203+la-campagne-des-18-jours-vue-par-le-commandant-de-gendarmerie-l-claes.php <strong>10 mai 1940 :</strong> <br /> <p style="text-align:justify">2 h. du matin, réveil brutal par un trompette lançant sa sonnerie dans la cour de la caserne de Gendarmerie de Charleroi.<br /> Des portes qui s'ouvrent, un cri qui vole de chambre en chambre : «Alerte» !</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ancienne_caserne_de_la_gendarmerie_charleroi.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> [align=center]Ancienne Caserne de la Gendarmerie à Charleroi.</p><br /> Je m'habille à la hâte et cours chez mon commandant d'escadron qui, en me voyant, me lance l'ordre : « Rejoindre immédiatement le cantonnement d'alerte ».<br /> En hâte je rassemble mon personnel. Un dernier coup d'œil sur le peloton rassemblé et je donne le signal du départ. Nous ne devons pas aller bien loin. Le peloton doit occuper les bâtiments « Les Ouvriers Réunis » à Charleroi. Et le scénario prévu se déroule sans accroc.<br /> Diable ! Ce n'est pas la première alerte et chacun sait ce qu'il doit faire.<br /> Il est quatre heures.<br /> Le jour se lève. Du terril nous découvrons Charleroi et ses faubourgs. Tout est silence, c'est la paix. Un pâle soleil pointe lentement à l'horizon.<br /> Que la guerre est loin de nos pensées !<br /> Vers 6 h., le Commandant d'escadron visite le cantonnement.<br /> Il apporte des nouvelles toute fraîches. Radio-Luxembourg vient de communiquer que des avions allemands ont franchi à l'aube la frontière belge et lancent en ce moment une formidable attaque aérienne contre l'Angleterre.<br /> On est stupéfait !<br /> Allons-nous être entraînés dans la guerre ?<br /> Au même moment, les sirènes se font entendre, lugubres dans la brume matinale.<br /> Nous scrutons le ciel !<br /> Quelques avions apparaissent assez hauts, venant de l'Est. Nos jumelles les suivent, quelle est leur nationalité. Tout à coup, l’un de nous s'écrie: « Je vois une croix de fer sous les ailes ». Il n'y a pas de doute. Ce sont des Allemands. Que viennent-ils faire ici, ces oiseaux de malheur ? Peut-être se sont-ils égarés ? suppose quelqu'un.<br /> Nous les regardons passer au-dessus de nous ...puis tout à coup, le premier descend, pique, lâche quelques bombes ; les autres le suivent. Les explosions se succèdent. C'est le champ d'aviation de Gosselies qui fait les frais de l’opération ...<br /> Nous nous regardons ahuris !<br /> Nous entrons cette fois dans l’aventure.<br /> C'est la guerre ! Un agent de liaison vient avertir le Commandant d'escadron qu'il doit se rendre immédiatement au P.C. du Commandant du Groupe.<br /> Je rassemble le peloton. Tous les visages me sont connus. Quelques-uns sont taciturnes, retirés presque, d'autres plus entraînants ; le Maréchal des Logis H., est toujours gai, farceur même. Je sais que je peux compter sur tous. Depuis le début de la mobilisation jusqu'à ce jour, nous avons vécu ensemble, patrouillé ensemble à la frontière dans la boue, l’eau, la neige, le froid.<br /> Ils sont aguerris. Ils ont confiance en moi, comme j'ai confiance en eux. Je leur dis quelques mots, très brefs, leur fais quelques recommandations.<br /> Nous sommes prêts ...<br /> Des parachutistes sont descendus à l'aube dans les champs entre Hannut et Grand-Hallet.<br /> L'escadron renforcé a reçu mission de les rechercher et de les détruire. Le peloton doit former la pointe. Je rassemble mon personnel et nous partons. Nous avons à peine dépassé Châtelet que l'ordre est annulé.<br /> A 13 h … nous sommes à peine à Eghezée, la colonne ayant été survolée une dizaine de fois par des avions ennemis.<br /> C'est là que nous voyons les premiers parachutistes ennemis, pendus à un mur. Il s'agit de mannequins bourrés de paille ...<br /> Le Commandant d'escadron m'ordonne de rester sur place.<br /> Tous les hommes se couchent sur l'herbe en attendant le dîner qui croient-ils, va être servi comme les autres jours... C'est la détente après la première émotion ...<br /> Le cadre est d'ailleurs charmant. Les arbres nous font une voûte de fleurs, les oiseaux chantent, la vie renaît, le moral est bon ... pourvu qu'arrive le dîner.<br /> Mais comme sœur Anne nous ne voyons rien venir. Renseignements pris auprès du Commandant d'unité, la voiture cuisine est annoncée ... avec les impedimenta.<br /> La faim tenaille les estomacs et je conseille aux hommes de se ravitailler dans la ferme proche. Ils ne le regretteront pas. Jusqu'à la fin de la campagne en effet nous avons le plus souvent employé le système D pour « faire le plein ».<br /> Vers 13 h. une estafette m'apporte un message-radio capté par le poste de l'unité : c'est un message allemand.<br /> Vite un homme le traduit : « Demandons renfort d'avions Stuka sur le fort d'Eben-Emael ». II s'agit d'un message lancé par les Allemands qui, à l'aide de planeurs, ont atterri le matin même sur le fameux fort et qui demandent l'aide de leur aviation pour réduire les défenseurs de l'ouvrage fortifié.<br /> Dans le courant de l’après-midi, l'escadron reçoit l'ordre de se rendre à l'Est de Gembloux, à Sauvenière, et d'y surveiller une grande plaine, pour empêcher toute tentative d'atterrissage de planeurs.<br /> Je m'installe dans une ferme près d'un vieux moulin tendant ses grandes ailes vers le ciel.<br /> Quelques hommes qui se trouvaient en congé au moment de l'alerte me rejoignent. Le peloton est au complet. Non, il manque le Maréchal des Logis L…qui ne rejoindra vraisemblablement pas. Il se trouvait en congé dans la province de Luxembourg, à la frontière allemande. C'est dommage car c'était un élément de choix, calme, dévoué et débrouillard. J'engage mes hommes à aller se reposer.<br /> Le lendemain vers 7 h., nous assistons à un carrousel aérien des plus réussi. Des avions allemands entourent un chasseur anglais. Les mitrailleuses crépitent et la D.T.C.A. installée dans les environs de Gembloux orchestre la partie. Match nul.<br /> Le Commandant d'escadron me prévient que nous allons faire mouvement vers Bruxelles. En cours de route nous croisons des unités françaises motorisées et blindées qui montent vers le Nord. Nous sommes rassurés. Nous ne serons pas seuls à combattre.<br /> Vers midi seulement, nous parvenons à Diegem où nous allons sans doute cantonner ...<br /> Une estafette me cherche. Je suis appelé chez le Commandant de groupe. Des parachutistes sont descendus dans les plaines au Nord de Diegem et se sont regroupés dans un bois.<br /> Le peloton renforcé d'un canon 47 sur chenilles, doit nettoyer le bois le plus tôt possible.<br /> L'attaque se fera, par ordre du Commandant de groupe, par le Sud du bois.<br /> Nous partons précédés du canon. Sa vue nous rassure, il formera la pointe.<br /> Aux dernières maisons, nous abandonnons nos motos et partons en file indienne. Je demande deux volontaires pour marcher à côté du blindé, en avant du peloton. Les Maréchaux des Logis M. et P. se présentent. L'un est très grand, l'autre petit. Ils sont inséparables. Audacieux, téméraires même. Equipe bien assortie qui me rendra de nombreux services.<br /> A 300 m du bois, déploiement en tirailleurs et nous progressons, équipe par équipe. Pas un cri pas un murmure même. Quarante hommes fixent le bois où se trouve l’ennemi. Tout à coup ... alerte ... les sirènes mugissent, des avions viennent vers nous, de l'Est.<br /> La D.T.C.A. tire sans arrêt. Les flocons de fumée entourent les avions qui tournent en rond au-dessus de nos têtes.<br /> C'est à ce moment pathétique où chacun, immobile, terré dans son sillon, se demande ce qui va se passer, qu'un lièvre détale à 20 m de moi et défile devant le peloton. Je le suis des yeux et… tac, tac, tac ... le premier Maréchal des Logis Ph ... un chasseur, n'a pu s'empêcher de lâcher une rafale de fusil-mitrailleur dans la direction du gibier.<br /> Allons ! Le moral est bon.<br /> L'alerte terminée, nous nous relevons et fouillons le bois sans découvrir quoi que ce soit. A la sortie nous apercevons une autre unité de gendarmerie qui avait reçu pour mission d'encercler le bois et qui le matin, avait fait le même travail que nous, sans être plus heureuse.<br /> Nous ne savons pas encore ce qu'est la « parachutite » ... Nous ne tarderons cependant pas à l'apprendre.<br /> Nous rentrons au cantonnement et terminons la journée à nous installer dans un château.<br /> Vers minuit je suis éveillé. Des fusées ont été tirées le long du chemin de fer et un employé de la gare a vu des ombres ...<br /> Je rassemble une dizaine d'hommes, fouille la gare et ses dépendances et ne trouve évidemment rien. ‘’Parachutite’’.<br /> <br /> Troisième jour de guerre et évidemment, à l'aube, réveil par les avions allemands et alerte ...<br /> Le ciel est merveilleusement bleu. La D.T.C.A. s’en donne à cœur joie.<br /> Nous faisons mouvement vers Bruxelles et cantonnons, chaussée de Charleroi, au café bien connu ‘’Moeder Kramiek’’ ou Lambiek.<br /> Aucune mission ne nous est confiée ce jour-là. J'en profite pour faire réviser les motos et goûter la gueuze de la maison.<br /> Le lendemain, réveil à grand orchestre, non seulement par les avions, mais par les explosions. Les bombes ne doivent pas être tombées bien loin.<br /> Je me dirige vers les motos garées dans les allées du bois de la Cambre. Tout le peloton y est rassemblé. Quelqu'un doit avoir des nouvelles toutes fraiches et sensationnelles vu l'intérêt avec lequel il est écouté. Je me dirige vers le groupe et qui y aperçois-je occupé à discourir ? Le seul manquant du peloton, le Maréchal des Logis L., qui se trouvait en congé à la frontière allemande le premier jour de la guerre et que je désespérais de voir rejoindre. Son retour parmi nous tient de l'aventure.<br /> En congé chez sa sœur à la frontière, il est éveillé, le 10 mai pendant la nuit par le bruit des sabots de chevaux d'une colonne en marche. II se demande immédiatement ce que ces gendarmes à cheval peuvent venir faire pendant la nuit, si loin de leur résidence. Car dans son esprit, il ne peut s'agir que des cavaliers belges, des gendarmes ... Il les regarde passer, de la fenêtre de sa chambre. Mais, tout à coup, est-ce une hallucination ! il lui semble entendre parler allemand. II se frotte les yeux, scrute les ténèbres et s'aperçoit que les cavaliers qu'il croyait être Belges sont des Allemands. II court éveiller sa sœur, la met au courant et pense immédiatement que c'est la guerre et qu'il doit filer au plus tôt s'il ne veut pas être fait prisonnier.<br /> Il endosse un costume civil. Fait un paquet de ses vêtements militaires et, à travers bois, prend la fuite. II marche longtemps par de petits sentiers bien connus et à l'aube, s'étant procuré un vélo, il pédale à toutes jambes vers sa garnison du temps de paix : Charleroi...<br /> Le groupe étant parti, il se lance à sa recherche et finalement rejoint le peloton à Bruxelles le 13 mai au matin, après avoir déjà accompli une prouesse : filer à la barbe de l'ennemi.<br /> On lui fait fête ! Le peloton est complet.<br /> Vers la fin de l'après-midi, nouvelle mission. Des parachutistes se seraient réfugiés dans le parc Josaphat et occuperaient également les dépendances du chemin de fer de l'autre côté de la chaussée.<br /> Je fais encercler le parc et nous le fouillons complètement, buisson après buisson. Buisson creux.<br /> Je me revois encore, pistolet au poing à la tête de quelques hommes, m'introduisant prudemment à la lumière de lampes électriques, dans la cabane servant de refuge aux canards du parc pour y trouver... des canards.<br /> <br /> <strong>Parachutite !</strong><br /> A minuit, nous .sommes à peine rentrés au cantonnement et je commence à enlever mes chaussure, quand une estafette vient me chercher.<br /> Je me rends chez le Commandant d’escadron qui me charge d’une nouvelle mission immédiate, recherche de paras dans le parc de Woluwe-Saint-Lambert. Je reçois en renfort le seul blindé du groupe, le C 47 T 13.<br /> II est 1 h. du malin. Quand le peloton arrive en vue du parc, j'entends claquer quelques coups de feu dans les environs. Suivi de quelques hommes, je cours dans la direction des coups. En passant sous le pont du chemin de fer, je suis interpellé par le Premier Maréchal des Logis W... qui est de garde sur ce pont. II a aussi entendu les coups de feu, mais ajoute que ce ne sont pas les premiers. Il n'a pas entendu parler de paras dans le parc.<br /> Le jour commence à se lever et je décide d'entrer dans le parc, non pas pour le fouiller, ce qui est impossible, mais pour le traverser. Blindé en tête, escorté des Maréchaux des Logis M. et P. le peloton entre dans le parc en file indienne.<br /> Nous avançons prudemment jusqu'au moment où des bruits de voix arrivent jusqu'à nous. J'envoie mes deux éclaireurs en avant, l'équipe M. et P ... qui me reviennent quelques minutes après avec cette nouvelle : « Des soldats anglais sont occupés à casser la croûte à quelques dizaines de mètres de nous ».<br /> Dans le courant de l'après-midi, les deux pelotons à tour de rôle, sont chargés de la garde de l'ambassade soviétique, immense domaine situé dans les environs immédiats et ce jusqu'au 16 mai après-midi. La nuit suivante l'escadron cantonne à Wolverthem, mon peloton dans l'église.<br /> CANAL DE WILLEBROEK<br /> <br /> Le 17 mai une mission de couverture sur le canal de Willebroek est confiée au premier Régiment Léger.<br /> Le 5ème escadron reçoit l'ordre d'occuper les ponts de Vilvorde et de Pont-Brûlé où s'illustra, en 1914, le caporal Trésignie...<br /> Le Commandant d'escadron et un peloton s'y installent. Quant à moi je suis désigné pour Vilvorde.<br /> Je reçois en renfort 2 Mi, 2 canons 47 el le fameux blindé. J'examine la carte. II est facile d’arriver à Vilvorde quelques kilomètres à peine nous séparent. Mais si le trajet est très court en temps normal aujourd’hui il va falloir jouer des coudes.<br /> En effet l'armée belge en retraite occupe toute la largeur de la route. On y rencontre toutes les armes.<br /> Il est impossible de se frayer un passage.<br /> Je fais avancer le blindé sur la droite de la chaussée et cette masse de fer fait écarter les soldats. Ma colonne n'a plus qu'à suivre. Mais à la sortie de Wolvertem se présente un autre obstacle : une grosse pièce d'artillerie avec son tracteur échoué dans le fossé barre plus de la moitié du chemin.<br /> <br /> <p style="text-align:justify">Que faire ici ?<br /> C'est le Maréchal des Logis P., qui a plus d'un tour dans son sac, qui me donne un tuyau :<br /> <em>« Puisqu'on ne peul plus passer sur la roule, entrons dans les champs.»</em><br /> En un instant quelques pelles comblent le fossé ; quelques pinces coupe-fils en avant, les fils de clôture d'une prairie sont enlevés et derrière le blindé, la colonne progresse à travers champs.<br /> Nous arrivons enfin au pont de Vilvorde. Je constate que cet ouvrage a été miné par des soldats anglais. Ceux-ci une dizaine, se tiennent dans une maison abandonnée. Ils ont récupéré un gramophone, font de la musique, boivent du whisky pendant que les colonnes belges mornes et silencieuses traversent le pont.<br /> Vers midi, l'installation de mon personnel est réalisée. Nous occupons les maisons de la rive gauche, les canons 47 et les Mi placés derrière les murs de clôture le long du canal. Le blindé est placé au premier coude de la route de façon à tenir le pont sous son feu.<br /> Je devais assurer la liaison avec l'infanterie qui allait occuper la rive gauche du canal au Nord et au Sud de ma position.<br /> J'envoie des patrouilles assez loin, elles rentrent toutes bredouilles. La liaison ne fut jamais réalisée.<br /> J'installe mon P.C. non loin du pont, en arrière du blindé. Tout mon peloton se trouve au canal, à part 2 hommes qui sont de garde près des motos et trois agents de liaison qui restent avec moi, mon trompette, le Maréchal des Logis S. et les Maréchaux des Logis M. et P.<br /> Une ligne téléphonique de campagne me relie à mon Commandant de groupe, le Major G.<br /> A ce moment, arrive un Commandant d'une compagnie d'Unités Cyclistes Frontières avec 9 hommes, tout ce qui reste de l'unité après de durs combats livrés sans interruption depuis la frontière. Leurs visages ne peuvent cacher la fatigue, leur ardeur au combat non plus. Soldats d'élite, ils vont continuer à se battre.<br /> Vers 13 h. 30', les dernières troupes Franchissent le pont, suivies par l'arrière garde composée de 3 blindés. Le Général, commandant le Corps des Chasseurs Ardennais se tient seul près du pont. Après le passage des blindés, il me donne l'ordre de faire sauter le pont.<br /> Je me dirige vers l'unité anglaise et leur transmet l'ordre du Général.<br /> J'ai à peine fait quelques pas dans la direction de mon P.C. installé dans la Grand'Rue, à une cinquantaine de mètres du pont, qu'une explosion formidable me projette contre une maison. C'est déjà le pont qui saute. Des débris de toutes sortes retombent pendant quelques secondes sur les toits des maisons et dans la rue. Je remarque deux cadavres gisant dans les débris. J'y cours et constate qu'il s'agit de deux soldats des Unités Cyclistes Frontières, arrivés un peu auparavant.<br /> Le détachement anglais qui est installé près du pont de Vilvorde quitte sa position vers 15 h.<br /> A partir de ce moment, nous nous trouvons seul, sur la rive gauche du canal, près du pont sauté, sans aucune liaison avec la droite ni avec la gauche.<br /> Accompagné du Maréchal des Logis P., je fais le tour du peloton. Tous les hommes sont calmes. Dans quelques heures, quelques minutes peut-être, nous recevrons le baptême du feu. Nous sommes pour ainsi dire isolés, perdus presque à Vilvorde. Nous n'avons aucune liaison avec J'autre peloton installé à Pont-Brûlé.<br /> Je continue ma ronde et passe devant une petite église, non loin du canal. J'y entre et constate que je ne suis pas seul. Un prêtre, agenouillé, prie.<br /> Il se relève et vient à ma rencontre. II me demande ce qu'il doit faire ... Doit-il partir, suivre son troupeau, ou doit-il être le gardien de ce quartier abandonné ?<br /> Je voudrais l'inviter à rester mais je l'engage à partir. La raison n'a plus rien à faire en ces lieux ! Et je vois ce pauvre prêtre s'en aller tristement après une dernière poignée de mains.<br /> Passant derrière une maison occupée par une équipe F.M., je vois un filet de fumée sortant d’un tuyau de poêle placé dans un soupirail. Je descends à la cave et je sens une bonne odeur de friture. Ce sont quelques hommes qui n'ayant rien à se mettre sous la dent, ont tout bonnement préparé des frites dans la cave pour ne pas se faire repérer avec la fumée. Je suis invité et j'accepte de bon cœur de partager leur festin.<br /> Dans cette maison, les hommes se sont installés. Ils ont mis des matelas aux fenêtres, déplacé des meubles et organisé des positions de tir de rechange. Près du F.M. se trouve même une boîte de bougies, car il faudra y voir clair cette nuit.<br /> Plus loin, je rencontre le Sous-lieutenant P., commandant les deux canons 47. Les pièces sont installées, chacun calmement à son poste. En attendant l'arrivée des gens d'en face, la garde veille.<br /> Vers 17 h. 50' les premiers coups de feu sont échangés avec les Allemands qui ont pris position sur la rive droite du canal dans un établissement industriel au N.-E. du pont.<br /> Vers 18 h. 30' l'artillerie ennemie entre en action, mais heureusement, tous les coups tombent en arrière de la position. Une demi-heure plus tard l'artillerie amie se fait entendre. Un véritable duel s'engage au-dessus de nos têtes. Les obus sifflent et éclatent soit dans la position allemande, soit à quelques centaines de mètres sur la rive gauche du canal.<br /> De temps à autre, je rends compte téléphoniquement au Commandant du groupe de la situation. A un certain moment, je perds tout contact. La ligne téléphonique a vraisemblablement été coupée par le feu de l'artillerie. Le Commandant de groupe l’a fait immédiatement réparer par deux volontaires. Ce travail est accompli sous un violent feu d'artillerie.<br /> Vers 22 h, le Commandant des Unités Cyclistes Frontières quitte sa position avec 6 hommes seulement, deux ont été tués lors de l'explosion du pont et un autre a reçu une balle en plein front dans le grenier d'où il tirait sur l'ennemi.<br /> Le 18 mai, à 0 h. 15', le Commandant du groupe me donne l'ordre de renvoyer le blindé pour participer à la défense de son P.C. Immédiatement après le départ du blindé, mon P.C. est attaqué de l'arrière. Il est complètement entouré par le feu ennemi. Quelques grenades sont lancées par les Allemands. Je me trouve au P.C. avec quelques hommes : le trompette et les Maréchaux des Logis M. et P. nous répondons par le feu, un peu au hasard, car il fait très sombre.<br /> Notre riposte ne peut être très efficace : nous n'avons que trois fusils et un pistolet G.P, Ces armes nous permettent cependant de tenir l'ennemi à distance. Je téléphone au Commandant du groupe, lui expose la situation et lui demande de nouveau le renfort du blindé ce qui m'est immédiatement accordé. Ce blindé est de retour à Vilvorde vers 1 h ... suivi de quelques chars anglais. Dès que ces derniers eurent tiré quelques rafales de Mi et patrouillé dans les environs, nous perdons toute trace de l'ennemi.<br /> Les chars anglais partent ensuite en direction de Grimbergen, mais le blindé reste et reprend sa position antérieure près du P. C.<br /> Je profite de l'accalmie pour visiter le peloton. Le long du canal tout est tranquille. Quelques coups de feu ont également été tirés tantôt dans le noir ... sur des ombres me raconte-t-on.<br /> Le Sous-lieutenant P. a été plus inquiet. Entendant les coups de feu en arrière de sa ligne, il a chargé quelques hommes d'aller voir ce qui se passait. Ceux-ci sont revenus un peu après en disant qu'ils ne m’avaient plus vu que j'étais sans doute parti. Ils s’étaient tout simplement égarés dans la nuit et trompés de carrefour ?<br /> C’est là que vers 2 heures, je suis rejoint par le trompette qui m'avertit que le Commandant du groupe me demande de toute urgence au téléphone.<br /> <em>« Décrochage immédiatement. Itinéraire de repli Grimbergen ... »</em>.</p> <br /> <p style="text-align:justify">Je ne peux avoir la suite, la ligne téléphonique ayant vraisemblablement été de nouveau coupée par l'artillerie ennemie ou les troupes qui ont déjà à ce moment franchi le canal ailleurs.<br /> Je fais immédiatement enlever l'appareil téléphonique et fais partir deux hommes vers les motos qui sont garées à u n e petite distance en arrière du P.C. avec ordre avec les deux hommes de garde de pousser les véhicules à la main sur la chaussée et de tout préparer pour le départ. Pour éviter tout désordre, je ne parle de décrochage qu’au Commandant de peloton des C47 el lui communique l'itinéraire de repli : Grimbergen et puis droit vers l'Ouest avec les 2 C47 et les Mi. Au personnel de ces pièces, je déclare que ces dernières doivent s'installer quelques centaines de mètres en arrière.<br /> Dès que ces pièces sont parties, je rassemble tout le peloton derrière les maisons, je fais part de l'ordre de décrochage et fais l'appel. Un seul homme manque le gendarme S. Je ne suis guère étonné de son absence. Ce S. est un original, je dirai presque un inconscient. Faisant partie d'une équipe F.M. il avait été placé la veille après-midi, comme observateur dans une mansarde, d'où il devait surveiller l'ennemi ; au lieu de cela, il s'amusait à tirer sur les Allemands des fenêtres du 1er ou du 2ème étage de chaque maison, sans prendre la moindre précaution et ce, jusqu'au moment où il était repéré. Il quittait alors la maison et recommençait son manège dans la suivante, jusqu'au moment où il fut invité par ses camarades à aller planter ses choux ailleurs. Depuis lors, jusqu'au moment du départ, il n'avait plus été vu.<br /> Arrivé aux motos, tout le monde prend place. Le Maréchal des Logis Chef R. est en tête. Je fais pousser mon véhicule en queue du peloton et avant de donner l'ordre de faire tourner les moteurs, je vérifie si ma camionnette à munitions et à bagages, une vénérable camionnette de brasserie, est bien fermée. Je ne sais ce qui me pousse à ouvrir la porte et à diriger le Faisceau de ma lampe à l'intérieur. Et que vois-je ? Le gendarme S. qui couché sur les caisses à munitions, dort à poings fermés ; rêvant sans doute à ses prouesses de la veille ... J'élève ma lampe électrique. Aussitôt une pétarade rompt le silence de la nuit et semble se répercuter à l'infini.<br /> Une moto-solo que son conducteur, le Maréchal des Logis B ... ne parvient pas à mettre en ordre de marche est renversée au milieu de la chaussée, derrière le blindé et mise en feu. Le motocycliste saute sur un side-car et nous partons.<br /> En quittant Vilvorde, la colonne essuie encore des coups de feu tirés on ne sait d'où, auxquels nous répondons tout en roulant.<br /> Le blindé qui me suit à une dizaine de mètres tire quelques coups de canon vers l'arrière, Il est 3 heures et l'obscurité est encore complète.<br /> A l'entrée d'Alost, qui est en feu, nous devons nous arrêter. Un flot de réfugiés encombre la route.<br /> J'en profite pour parcourir ma colonne. Il me manque un side-car avec deux hommes, les Maréchaux des Logis M. et Pu. Personne ne les a vus quitter le peloton et ne peut me dire ce qu'ils sont devenus.<br /> Nous repartons.<br /> Dans l'après-midi, je rencontre un motocycliste du Régiment qui me communique que le IIe Groupe doit cantonner à Nazareth, où j'arrive vers le soir.<br /> C'est l'aumônier du groupe qui me reçoit au cantonnement et qui me remet une dizaine de pains pour le peloton. Ils sont les bienvenus car nous n'avons rien mangé de toute la journée.<br /> Le 19 dans la matinée, le groupe cantonne à Bovekerke et s’y reforme.<br /> C'est là que je retrouve le Commandant d'escadron et l’autre peloton. L'unité est de nouveau complète. Mais quelle aventure que la leur ? Quel bonheur aussi de se retrouver ? On se serre les mains, chacun raconte ses aventures.<br /> Le pont de Pont-Brûlé sauta partiellement à 12 h. 50' le 17. Une seule charge avait explosé. Le Commandant d'escadron remarqua aussitôt qu'une autre charge se trouvait intacte dans un autre pilier du pont. Il donna l'ordre à un tireur F.M. de tirer quelques rafales sur cette charge. A la première rafale le pont sauta complètement. Il était 13 h. 10'.<br /> Le premier contact avec les Allemands eut lieu vers 18 h. 55'. Trois blindés parurent sur la rive droite et furent pris sous le feu d'un C47. L'ennemi s'installa dans les « Cokeries du Brabant » d'où il ouvrit le feu sur eux.<br /> Vers 20 h. l'ennemi a passé le canal au Nord du Pont-Brûlé et a attaqué les divisions qui cantonnaient à une dizaine de kilomètres du canal. Pour parer à cette situation le Commandant d'escadron installe un poste face au Nord.<br /> Le 21 mai, je reçois un visiteur important. C'est le Maréchal des Logis M., absent depuis Vilvorde que je suis étonne de revoir et qui me raconte son aventure.<br /> Il avait pris place dans un side-car piloté par le Maréchal des Logis Pu. A la sortie de Vilvorde, le véhicule fut pris sous le feu d'une arme automatique ennemie, installée dans un fossé, vers l'avant.<br /> Le conducteur dirigea la moto vers l'autre fossé et là, ils se jetèrent tous deux à travers champs. Un peu plus loin, le Maréchal des Logis Pu. fut fait prisonnier mais le Maréchal des Logis M. parvint à s’enfuir, profitant de l'obscurité. En cours de route, il s'empara d'un vélo abandonné et poursuivit son chemin vers l'Ouest. Au petit jour, il rencontra deux blindés français qui le prirent en charge et c'est ainsi qu'il arriva en France. De là, il rejoignit le front belge et son unité. Le Marechal des Logis H. conclut : <em>« C'est le retour de l'enfant prodigue »</em>.</p><br /> <br /> <strong>HEULE-GULLEGEM</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 21 mai, l'unité quitte Bovekerke et vient cantonner au N. de Tielt.<br /> Le 23 dans la matinée, le Commandant du groupe reçoit l'ordre suivant: <em>« Occuper de part et d'autre la route Courtrai-Bruges et sur une distance d'environ 1 km une position longeant le chemin empierré de Lendelede à Hulste ; se tenir prêt à intervenir en direction de Courtrai »</em>. <br /> Le 5e escadron est placé à cheval sur la route, le 4e à droite. A 14 heures l’escadron est en position et subit un violent tir d'artillerie. Heureusement les coups portent 2 à 300 mètres en arrière. Plusieurs chevaux sont tués dans une prairie voisine. Quelques motos qui se trouvent dans le chemin longeant la prairie, bordée de peupliers sont détruites ou endommagées.<br /> Une partie du peloton occupe une ferme. Des meurtrières sont aménagées dans un mur de la grange pour y placer des armes automatiques. Malgré un bombardement intense les hommes somnolent à côté de leur pièce. Ils sont « vidés ». Presque chaque nuit, l'unité fait mouvement et pendant la journée il faut s'installer et creuser.<br /> Je m'assoupis dans un coin.<br /> Un sifflement très proche suivi d'une explosion fait trembler les bâtiments et brise les vitres. Des débris de briques et de tuiles tombent dans la cour.<br /> Deux nouveaux obus éclatent à proximité. Je cours dans la grange. Personne ne parie. Même le Maréchal des Logis H. se tait. On attend anxieusement les prochains coups ... Heureusement, le tir se déplace. On respire à nouveau.<br /> A 17 h. 10' c'est le Commandant d'escadron qui reçoit l'ordre suivant: </p><br /> <em>"Contre-attaquer l'ennemi qui passe la Lys en direction Bissegem."</em> <br /> <p style="text-align:justify">En renfort : 1 section Mi + 2 C47 et le blindé. Itinéraire: Lampernisse-Stokerij-Capelle Sainte Catherine-Gemeenhof-Heule, ensuite pousser en direction du chemin de fer de Heule, reconnaître le bois de Heule.<br /> Transversales:<br /> a) chemin de Gullegem-Hulle;<br /> b) chemin Schoonwater-Watermolen.<br /> Je dois former la pointe, suivi par la colonne de l'adjudant S. Mon peloton part à 17 h. 50', se frayant un passage à travers les troupes belges en retraite. Nous essuyons un tir d'artillerie à Stokerij et à Capelle Sainte Catherine.<br /> Chargé de maintenir le contact avec les unités voisines, j'envoie des patrouilles motorisées à gauche et à droite. Elles reviennent toutes sans avoir établi la liaison. Nous partons à nouveau seuls pour l'aventure. Je charge un groupe de combat de visiter le bois de Heule. Aucun ennemi ne s'y trouve. Nous continuons notre marche et atteignons les premières maisons de Heule. Il est 22 h.<br /> Le village a été bombardé.<br /> Les rues sont obstruées et nous arrivons péniblement au centre de la commune. Au milieu du carrefour gisent quelques soldats tués. Je les fais recouvrir de couvertures et décide de m'installer défensivement jusqu'à nouvel ordre. Le blindé tient sous son feu le chemin menant à la voie ferrée qu'il faut atteindre.<br /> Il fait sinistre. Des coups de feu éclatent partout, et nous ne distinguons rien. La nuit est tombée, pas de liaisons, peut-être seuls pataugeant dans un guêpier.<br /> De nouvelles patrouilles qui cherchaient la liaison rentrent bredouilles.<br /> Le 4e escadron avait mission de contre-attaquer à ma droite. C'est dans cette direction que je décide de pousser avec tout mon peloton. J’appris par la suite que le 4e n'avait pu participer à l'opération. II avait été « réquisitionné » en cours de route par le Commandant de la 3e D.I. pour organiser une position défensive à Abstul. Je charge l’adjudant S. de garder le carrefour. Je lui laisse le blindé et avec l'accord de mon Commandant d’escadron, je pars vers l'Ouest en direction de Gullegem.<br /> Les coups de feu claquent de tous côtés et les fusées se mettent à danser dans le ciel.<br /> Nous poussons les motos à la main. Les Maréchaux des Logis M. et P ... infatigables précèdent la colonne en éclaireurs, à une dizaine de mètres.<br /> Tout à coup, M. se jette dans le fossé. La colonne s'arrête. J'avance prudemment et rejoins l'éclaireur. Il prétend avoir entendu parler. Nous avançons encore quelques pas et remarquons des ombres entourant un canon. On parle Français. Je crie « Régiment Léger » et vais seul en avant. Je suis immédiatement entouré par des soldats belges. .le reconnais une figure amie, le Premier Maréchal des Logis Z. Ce sont des gendarmes du premier groupe du Régiment Léger.<br /> Un officier survient et me demande ce que je fais là. Je lui explique la mission confiée au 5e escadron. Etonné, il me répond que cette mission a été annulée et me conduit immédiatement auprès du Commandant du groupe, le Major S. Cet officier me déclare que tout le dispositif est changé que le deuxième groupe au complet doit s'installer défensivement à Gullegem et Poeselhoek. Il me promet de prévenir mon Commandant de groupe et mon Commandant d'escadron. Je reçois comme nouvelle mission de prolonger le front en direction du hameau Poeselhoek. A son arrivée, le peloton de l'Adjudant S. devra occuper le carrefour de Poeselhoek.<br /> Vers 7 h., le blindé que j'avais laissé la veille à Heule vient me rejoindre et son chef, le Maréchal des Logis L., l'homme de toutes les missions délicates, me déclare que le peloton S. a été fait prisonnier à Heule à l'aube et que seul le blindé a pu s'échapper.<br /> J'ai appris cependant par la suite, que le Commandant d'escadron avec une partie du peloton, avait également pu se dégager, couvert par le feu de l'équipe D.B.T. qui arrêta provisoirement l'ennemi.<br /> A ce moment, ne comptant plus recevoir aucun renfort pour continuer le Front je déplace un groupe de combat face au S.E.<br /> Vers 9 h., je suis attaqué. Grâce au canon du blindé, je parviens à maintenir l'ennemi en arrière du carrefour.<br /> A ce moment, l'artillerie allemande entre à nouveau dans le jeu. Elle s'acharne sur une ferme située à environ 300 mètres de Poeselhoek. Son tir est vraisemblablement réglé par des observateurs qui se trouvent à bord d'une « saucisse » qui, depuis le matin, nous nargue dans le ciel en direction de Courtrai.<br /> Depuis le début de la guerre, voici le premier avion belge. C'est un appareil léger d'observation. Il nous survole très lentement et semble se diriger vers Courtrai. Il va mitrailler le ballon d'observation. Non tout à coup, il vire précipitamment et revient vers nous. Un avion allemand a surgi des nuages et le prend en chasse. Il se rapproche rapidement, pique ... L'aigle fond sur sa proie. Angoissés, nous suivons la chasse et sans insister l'Allemand reprend de la hauteur. « Un autre » crie quelqu'un. En effet un nouvel avion apparaît aussi rapide que l'ennemi. C'est un chasseur anglais. Tel autrefois des chevaliers dans un tournoi, ils foncent l'un vers l'autre, se mitraillent, décrivent un grand cercle et recommencent.<br /> Cette fois, des flammes s'échappent d'un appareil qui perd de la hauteur semble venir vers nous. C'est l'Allemand.<br /> Le pilote saute en parachute et l'avion s’écrase en feu quelques centaines de mètres derrière nous. Le parachute descend lentement mais dérive vers le Sud vers les lignes ennemies.<br /> L'avion belge avait profité de la bagarre des deux grands, pour se mettre en sécurité. Nous ne l'avons plus revu.<br /> Vers 10 h., la fusillade diminue et cesse du côté de Gullegem. Le premier groupe a reçu l'ordre de décrocher.<br /> C'est vers 11h. 30', seulement, qu'un agent de liaison m'apporte l'ordre de repli sur Dadizele.<br /> Il est temps. L'ennemi nous serre de près. Il occupe le carrefour à 200 mètres, et s'infiltre. Nous sommes sur le point d'être encerclés et nous avons peu de chance de nous en tirer. Je demande immédiatement 3 volontaires pour former arrière-garde avec moi. Les trois premiers qui m'entourent se présentent : les Premiers Maréchaux des Logis Ph. et M. et le Maréchal des Logis H.<br /> Chacun d'eux reçoit sa mission. Je fais décrocher le peloton et fixe le rassemblement près des motos qui se trouvent à 200 ou 300 mètres en arrière dans le village.<br /> Le peloton parti, nous nous retirons en suivant le fossé qui longe la route. Nous avons 2 F.M. et tirons à tour de rôle. Tout va bien jusqu'aux premières maisons de Cullegem. Mais là, se termine le fossé ...<br /> Je n'hésite pas ! Il faut risquer sortir du fossé et bondir jusqu'aux motos sans s'arrêter. C'est notre seule chance. Chaque seconde rapproche de nous les Allemands.<br /> Nous sautons du fossé et à ce moment précis, un shrapnell éclate au-dessus de nos têtes. Un homme crie « Mon Lieutenant... ». Le Maréchal des Logis H., la tête en sang, s'écroule. Nous l'empoignons et, en courant, nous le portons aux motos et le peloton démarre.<br /> Je constate alors que je suis légèrement blessé à la jambe. En arrivant à Dadizele, les Premiers Maréchaux des Logis Ph. et M., me signalent qu'ils sont également blessés, l'un au talon et l'autre à la jambe.<br /> Nous trouvons une voiture ambulance, y portons le blessé et pensons nos plaies. Le Maréchal des Logis H. restera plusieurs semaines dans un hôpital militaire de campagne avant de nous rejoindre à Charleroi.<br /> Le même jour nous cantonnons à Boesinghe et le lendemain de nouveau à Bovekerke.<br /> C'était presque la fin de nos aventures.<br /> Le 27 mai à 20 h. 30', l'escadron réduit à un peloton, reçoit l'ordre de s'établir défensivement à l'Est de la route West-Rozebeke-Ypres à hauteur de la borne 13.<br /> Cet ordre est annulé à 21 h., et nous cantonnons, dans une ferme abandonnée, à Stadereke.<br /> C’est là que le lendemain, la Capitulation nous surprend. La vie semble s’arrêter. Nous sommes tous consternés.<br /> Les Maréchaux des Logis M. et P. viennent me consulter. Ils ont décidé de rejoindre les lignes françaises. Mais où sont-elles les lignes amies ?<br /> A ce moment passe devant nous une colonne d'artillerie allemande. Nous nous détournons et rentrons dans la ferme.<br /> L'ordre nous est donné de rejoindre l'ancien cantonnement à Boverkerke : abandonné la veille.<br /> II est prescrit à toutes les unités de placer un carré de drap blanc à l'entrée des bâtiments occupés par les troupes belges.<br /> La fermière me remet un essuie-mains blanc. Je charge le Maréchal des logis M. d'aller le fixer à la porte d'entrée de la ferme et je reçois cette réponse : « Tout ce que vous voulez mon lieutenant, mais pas ça. Jaime mieux crever ».<br /> M. a les larmes aux yeux.<br /> <br /> La porte de la ferme ne reçut jamais son carré de drap blanc.<br /> <br /> Source Internet :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/journal_commandant_claes.php">https://www.maisondusouvenir.be/journal_commandant_claes.php</a><br /> Source iconographique :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/journal_commandant_claes.php">https://www.maisondusouvenir.be/journal_commandant_claes.php</a></p> Wed, 30 Sep 2020 19:41:13 +0000 Les Cyclistes-Frontière de Visé les 10 et 11 Mai 1940 https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-199+les-cyclistes-fronti-re-de-vis-les-10-et-11-mai-1940.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-199+les-cyclistes-fronti-re-de-vis-les-10-et-11-mai-1940.php <p style="text-align:justify">Soldat milicien de la classe 1938, S.Chantraine a été affecté au Régiment Cycliste Frontière, régiment de formation récente...<br /> Après une période d'instruction très poussée donnée au camp d'Elsenborn, le sort l'a désigné pour faire partie de la 21ème Cie du IIIème bataillon en garnison <br /> à Visé.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/cyclistes_vise_0001_juin_2020.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Cyclistes-frontière</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">C'est au cours de sa présence à cette unité qu’il a connu l'existence et le lieu où se situaient les abris ainsi que les nombreux postes de garde dits d'alerte et de destruction.<br /> Concernant les abris cela relève de l'initiative de feu Albert DEVEZE alors ministre de la défense nationale qui décida la construction d'un nombre d'abris de petit gabarit et de plus gros selon le secteur et l'importance de leurs missions.<br /> C'est ainsi que des petits abris jalonnèrent la frontière de l'Est depuis le Limbourg hollandais jusqu'au Grand-Duché de Luxembourg, ces derniers tendant la main ainsi à la ligne Maginot.<br /> Il s'agit donc de petits abris dont les dimensions sont les suivante 3m25 sur 3m 30, épaisseurs des murs 40 à 60 cm de béton armé avec une embrasure pour mitrailleuse.<br /> Une porte blindée en protège l'accès. A la partie supérieure se trouve une ratière forme de Juda dont l'ouverture permet un jet de grenade.<br /> Aux quatre coins à l'intérieur, à la partie supérieure du bâtiment, se trouve un orifice lance grenades, dont la sortie se situe à la base extérieure de l'abri.<br /> L'armement consiste en une mitrailleuse Maxim lourde qui est sur un demi-cercle d'acier scellé dans le béton à hauteur de l'embrasure.<br /> Ce dispositif pour information se dénomme affût Chardome du nom de son créateur le colonel Chardome des Chasseurs Ardennais.<br /> Ce dispositif permet l'utilisation pratique de la mitrailleuse et un rapide enlèvement de celle-ci.<br /> Des grenades mils défensives, complètent l'armement de ce genre d’abris avec en plus l'armement de chacun des occupants.<br /> La garnison de ces abris se compose d'un caporal ou un sergent et deux soldats.<br /> Inutile d'ajouter que ces abris n’ont pas été occupés pendant la mobilisation.<br /> En période normale l'embrasure est fermée par une plaque blindée et la porte fermée au moyen d'un gros cadenas en bronze et une patrouille cycliste de deux hommes passaient trois fois par jour et cela à des heures irrégulières afin de vérifier si tout était normal.<br /> Il y a ailleurs, d’autres abris spéciaux, dits de contre irruption dont les dimensions de 8m 50 sur 6m 65, épaisseur des murs 1m 30. Ils sont pourvus de deux embrasures et d’une cloche d’observation.<br /> L'armement est plus important : un canon anti-char de casemate 47 mm, une mitrailleuse lourde, un fusil mitrailleur des grenades défensives un ventilateur et un phare à acétylène. Certains sont reliés téléphoniquement, d'autres disposent de fusées de couleur différente destinées à solliciter le dégagement par l'appui de <br /> l'artillerie de forteresse, la garnison se compose d'un sous–officier, de deux caporaux et 8 soldats.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/cyclistes_vise_0003_juin_2020.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Cycliste-Frontière</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">A Visé nous disposons de plusieurs gros abris dits de contre-irruption. Un se situe à la caserne de Visé pour défendre l'accès a la rue de Berneau, le second qui était un abri a étage se trouvait derrière la caserne et défendait la route de Mons. Il y avait en plus deux petits abris de flanquements.<br /> Tous ces abris de la frontière de l'Est, sont confiés aux Chasseurs Ardennais, aux cyclistes-Frontière et dans le secteur de défense des forts de Liège au R.F.L. comme poste d'observation, ces derniers joueront un rôle de premier ordre dans le réglage des tirs de leurs forts.<br /> <br /> Après avoir brièvement décrit les abris, du moins ceux qu'il m'a été permis d'occuper durant mon service militaire, nous en arrivons au 10 Mai 1940.<br /> Il faut tout d'abord préciser que depuis le mois de mars 1940, le Régiment Cycliste Frontière, a été dédoublé par l’apport de réservistes venant d'autres régiments.<br /> La 51ème compagnie du III bataillon du 2 Rég. Cy. Frontière à laquelle j'appartiens se trouve sous les ordres du Capitaine-Commandant DE RACHE (plus tard Général-Major)<br /> Le bataillon occupe la rive gauche de la Meuse sur le territoire des communes de Hermalle S/Argenteau ( Basse-Hermalle ) de Visé (Devant le Pont) et de Lixhe.<br /> Le dispositif de défense va de Préixhe à Lixhe. De plus il assure l'alerte le long de la frontière néerlandaise. Outre leur mission d'alerte ces postes ont une mission de destruction routière, ainsi que ferroviaire soit 8 au total, de même qu'un dispositif de déraillement d'un train à Visé-Bas.<br /> Le bataillon assure aussi l'occupation d'une position d'abris dont quatre seulement abris de contre-irruption seront défendus jusqu'au 10 Mai 40. <br /> POURQUOI ? parce que cette position n'est prévue que pour permettre la destruction des ponts de la Meuse, en retardant l'ennemi.<br /> La position défensive dont les lisières extérieures bordent la rive gauche du fleuve s'appuie sur cinq ouvrages bétonnés (abris) protégeant des armes automatiques.<br /> Le 10 mai à 1hre 30 la 51ème compagnie est sur place à DEVANT le PONT.<br /> La 61ème compagnie sous les ordres du lieutenant PARENT est plus au nord à cheval sur le canal de jonction.<br /> Vers 6 heures 15 le Pont du Chemin de fer de VISE sur la Meuse saute, il faudra s'y reprendre à deux fois, mais à 14 heures il est inutilisable.<br /> Vers 10hres 10 le pont route de VISE saute à son tour.<br /> Le 11 mai, les garnisons des abris de la rive droite sont retirées ; Seuls quelques observateurs restent en place, ils rejoindront dès l'approche de l'ennemi.<br /> 10hres 30 l'infanterie allemande débouche dans le découvert situé entre le chemin de fer VISE-TONGRES et la courbe Visé Haut, Visé-Bas ;<br /> Entre temps, les abris de contre-irruption ont sur ordre été évacués avec l'armement, seul, dans l’un d'eux on n'a pu retirer le canon de casemate, on l'a fait sauter sur place.<br /> Apparition de fantassins allemands sur les hauteurs de Berneau au nord du Chemin de fer et dans la tranchée de ce même chemin de fer.<br /> Réaction très violente de notre défense. L'ennemi glisse vers le sud et prononce son mouvement devant le front du bataillon. Il ne tente pas de franchir le fleuve, mais prend violemment sous son feu les défenseurs de la rive gauche, mais ceux-ci ayant une plus grande puissance de feu, aidés en cela par le fort de Pontisse le combat durera jusqu'à 15 heures l'ennemi n'insistant plus.<br /> 16 heures : Les Allemands franchissent le canal Albert à Vroenhoven. Le commandant du 21ème Rgt Cy Frontière ordonne le rabattement des unités du III bataillon qui sont au nord du chemin de fer. Ces unités (y compris un peloton du 21ème Grenadiers) se place en bretelle sur le talus et face au nord. C'est une position précaire qui donne d'excellentes vues sur les mouvements que pourrait faire l'ennemi mais aussi a des tirs fichants et le risque de mitraillade par avion.<br /> L'ennemi cloué au sol par notre tir, ne tentera plus d'action offensive il se bornera à tirailler sur tout le front du quartier sans chercher à franchir le fleuve.<br /> Partout nous avons la supériorité du feu.<br /> A 22 heures 15 ordre de repli du Bataillon. (nous sommes toujours le 11 mai). <br /> La 51ème compagnie constituera l'arrière garde, fera sauter le pont sur le canal Albert à HACCOURT dernier ouvrage entier de la position tenue les 10 et 11 mai par le III Bataillon du 21ème Régiment Cyclistes-Frontière.<br /> Quant à la 61ème compagnie du III bataillon, elle occupe la rive gauche de la Meuse depuis la lisière sud de Lixhe et voisine le 21ème Grenadiers, elle tend la main à la 51ème compagnie du IIIème bataillon du 21ème Rgt Cy Frontière.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/cyclistes_vise_0005_juin_2020.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Cyclistes-frontière prêt aux combats</p><br /> <br /> Le 10 mai 1940 à 01hre30 la mise en place de la compagnie est terminée sur ses emplacements de combat.<br /> 1hre 45. les liaisons compagnie bataillon sont établies grâce au caporal T.S. STOFFELS.<br /> À 6hres 45 la destruction du pont rails Meuse est réalisée par le s/Lt. MAECK.<br /> 12 heures, apparition des premiers éléments ennemis à NAVAGNE face au 21ème Grenadiers, on procède à de nouveaux essais de destruction du pont rails, en effet une seule pile du pont a sauté et s'est effondrée en son centre seulement ce qui permettrait le passage de l'infanterie.<br /> Les garnisons des gardes de la rive droite repassent la Meuse.<br /> Essai de déraillement à Visé-Haut. Finalement le pont rails est détruit et est hors d'usage.<br /> Deux avions sont abattus au Fusil-mitrailleur et Mitrailleuse par balles traçantes par les sergents CASSART et DETAYE.<br /> Le 11 Mai : Apparition des premiers éléments ennemis au pont-viaduc route de MOULAND. Apparition simultanée d'Allemands à la ferme TOSSEN et dans la tranchée du chemin de fer à Visé-Haut.<br /> <br /> Ils sont hors de portée de nos armes, on ouvre le feu au fur et à mesure qu'ils approchent ; Combat dure toute la journée.<br /> Progression de l'ennemi route de Mouland, café, musette, le Sergent DETAYE y va de son char Mark VI équipé du canon 47. Le VIème groupe du 31ème d'artillerie montée fait du beau travail sur la cabine de signalisation butoirs de Visé-Bas, Abattoirs de Visé-Culée Est du Pont-rail, en plein dans le mille.<br /> L’ennemi installé Culée Est à l'abri des butoirs tire sur le poste n°3, le sergent VIVEQUIN est tué au n°2, le soldat BLOEM est tué à l'écluse du canal de jonction, le soldat ROLAND est tué aussi et il ya plusieurs blessés.<br /> Le 21ème grenadiers bat en retraite. Le peloton du s/Lt. CHATEL reçoit l'ordre du Cdt de la 61ème Cie. le Lt. PARENT de rester sur place il se conforme à l'ordre reçu.<br /> Il passe sous le commandement de la 61ème Cie il lui reste 3mitrailleuses et deux Chars T I3 intacts.<br /> 18 heures : Tirs d'artillerie sans discontinuer, Château Mazy et L'église brûle.<br /> 23hres 15 ordre de retraite sans que les positions ne soient entamées.<br /> Voila en bref, l'action du III bataillon du 21ème Rgt. Cy. Frontière sous les ordres du Major L'hoir se composant des 51ème et 61ème Compagnies sous les ordres du Cpt-Cdt DE RACHE et du Lieutenant PARENT.<br /> La 51ème Cie restant en arrière garde fera sauter le pont de Haccourt dès que toutes les compagnies seront repassées soit la 31ème, la 41ème, la 61ème compagnies du IIIème et 31ème Bataillon seul un peloton de la 61ème ne se présentera pas et sera capturé le lendemain.<br /> IIème BATAILLON - 21ème REG CY FRONTIERE<br /> Commandant : Major D'HAINAUT<br /> Le IIème Bataillon est issu de la 21ème Compagnie de VISE dédoublée le 15 Mars 40. Il occupe la rive gauche de la Meuse sur le territoire de la Commune de HERMALLE sous ARGENTEAU depuis CHERTAL jusque, PREIXHE de plus, il assure l'alerte le long de la Frontière néerlandaise.<br /> Le Bataillon est constitué par les 31ème et 41ème Cie, respectivement sous les ordres du Commandant HOUBIERS et du Lt. BECKMAM.<br /> <br /> La 41ème compagnie occupe les postes d’alerte et de destruction, n°5 et 6 à WARSAGE, le poste 7 à FOURON le COMTE et le poste 8 à ULVEND.<br /> La 31ème le poste 9 à GRINDAEL le tunnel FOURONS st MARTIN à l'OUEST et la sortie du tunnel à l'est côté REMERSDAL ainsi que le poste 10 sur la route de la PLANK. Outre leurs missions d'alerte tous ces postes ont une mission de destruction routière ou ferroviaire, les postes 7 et 8 sont précédés d'obstructions routières en matériaux durs, le poste est couvert par un fossé antichar.<br /> La 41ème Cie est en plus chargée de la destruction du pont d'ARGENTEAU sur la MEUSE dénommée ARG. I<br /> Le bataillon assure en outre l'occupation d'une position d'abris qui entoure ARGENTEAU et RICHELLE face à l'est et qui comprend 10 ouvrages seulement les deux abris de contre-irruptions seront défendus jusqu’au 10 Mai 40.<br /> L'occupation de ces abris n'était d'ailleurs prévue que pour permettre en cas d'attaque brusquée la mise en place des troupes et la destruction des ouvrages sur la MEUSE.<br /> Enfin un détachement fort d'un groupe de combat et de quelques D.B.T.(Lance grenade) est placé a DALHEM ou il tient une position de recul pour le IIème Régiment Cy Frontière.<br /> <br /> <strong>Le 10 Mai 40</strong> <br /> 0 heure – Le Bataillon est alerté, la mise en place terminée à 2hres 40<br /> 4hres 35 - Premier survol par l'aviation ennemie.<br /> 5hres - ordre de faire sauter les destructions rive droite de la MEUSE<br /> 7hres - rentrée des gardes du tunnel de FOURON st MARTIN destructions réussies.<br /> 7hres 50 Rentrées des gardes :<br /> de 5 D et 6 D à WARSAGE<br /> - de 7 D à CHPPEN (??) - FOURON le COMTE<br /> - de 9 D à GRTNDAEL (??) - FOURON st MARTIN<br /> - de 8 D à ULVEND et 10 D sur la route de la PLANCK (Bois de VEURS)<br /> Toutes les destructions exécutées sans avoir eu de contact, entre 5hres 21 et 5hres 35<br /> 8hres 40 - Message radio Mobilisation générale décrétée.<br /> 11hres 30 - Le génie fait sauter trois destructions sur la rive droite devant le quartier du II Bataillon une d’elle coupe les voies de chemin de fer LIEGE - VISE<br /> 12hres 05 - Destruction du pont d'ARGENTEAU<br /> 15hres 25 - Le poste d'observation de DALHEM annonce l'ennemi<br /> <br /> <strong>11 Mai 40</strong><br /> 2hres - une patrouille ennemie en éclaireur ,Cavaliers et motorisés sont signalés aux débouchés de RICHELLE, mais ils sont refoulés.<br /> A l'aube les hommes occupant les abris reçoivent l'ordre de se replier.<br /> 13hres 20 - Premières rafales ennemies, survol par l'aviation ennemie. L'ennemi apparait le long de la MEUSE. Forte réaction de nos unités, Forte activité de l'aviation ennemie.<br /> 17hres 15 - Première action offensive de l'ennemi qui a pénétré dans les carrières de RICHELLE et de là, exécute des tirs de mousqueterie.<br /> 20hres - le pont de VIVEGNIS sur le canal Albert est détruit.<br /> 22hres - Le pont de HERMALLE sur le canal Albert saute. L'ennemi a étendu son action et occupe en fin de journée, les carrières de RICHELLE, le Château et les villages d' ARGENTEAU, SAROLAY et CHERATTE – HAUTEURS. Partout il a des vues plongeantes sur nos positions. Son action se borne cependant à des tirs sporadiques et à aucun moment il ne tentera de franchir le fleuve.<br /> 22hres 30 - Ordre de se replier sur Ville en Hesbaye itinéraire : Haccourt, Oupeye, Liers, Rocour, Hollogne aux Pierres, Horion-Hozémont, Lens st Remy, Fumal, Ville en Hesbaye. L'ordre est exécuté à 23 Heures 10.<br /> 12 Mai 40<br /> 1hre - Le bataillon franchit le pont de HACCOURT et la 51ème Cie le fait sauter.<br /> Oui, les Cyclistes-Frontière ont bien mérité la reconnaissance de la ville de Visé. Ils ont fait de leur mieux pour la défense de son patrimoine seule l'amplitude des moyens de l'ennemi a eu raison de leur volonté.<br /> Écrit par : Monsieur S. Chantraine<br /> Tiré du bulletin ‘’VIGILO’’ (Amicale Nationale des Cyclistes-Frontière) fondée en 1977.<br /> Source :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/cyclistes_frontiere.php">https://www.maisondusouvenir.be/cyclistes_frontiere.php</a> Sat, 30 May 2020 15:47:01 +0000 Henri Delincé au Fort d’Eben-Emael. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-197+henri-delinc-au-fort-d-eben-emael.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-197+henri-delinc-au-fort-d-eben-emael.php <p style="text-align:justify">Le 31 janvier 1940, Henri Delincé, âgé de 19 ans, entre au fort d’Eben-Emael pour un service militaire de 17 mois. Il va rejoindre le fort avec le tram de Liège, Bassenge et Kanne.<br /> A partir de ce jour, il fera partie des 1200 hommes de la garnison.<br /> Il lui est attribué le n° matricule 2907648.<br /> Le début de l’instruction se fera au cantonnement de Wonck.<br /> Après avoir passé 6 semaines consécutives à Wonck, il passera alternativement 1 semaine au fort puis 1 semaine à Wonck, suivie d’une semaine au fort et ce jusqu’au 10 mai 1940.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/delince1avril.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le gouvernement belge, pour repousser toute attaque venant d’une Allemagne menaçante et ayant soif de vengeance, élabora des projets de construction défensive d’un ensemble de six nouveaux forts d’un nouveau type et d’une conception moderne.<br /> Le fort d’Eben-Emael était l’une de ces fortifications. On commença la construction le 1er avril 1932 et le gros de l’œuvre fut terminé fin 1935. A partir de ce moment, on a commencé l’armement du fort qui a été opérationnel en 1940.<br /> Mais à la guerre, l’aération du fort était ou partiellement en construction, ou partiellement en transformation, ce qui a provoqué des ennuis très graves lors des hostilités.<br /> Ce nouveau fort, fleuron de la défense belge, faisait donc partie d’un projet de réalisation de construction défensive d’un ensemble de six forts qui devait assurer la défense de la ville de Liège. Pour protéger Liège et les environs, cinq nouveaux forts devaient compléter Eben-Emael : Aubin-Neufchâteau, Battice, Tancrémont, Comblain-au-Pont, Remouchamps.<br /> Ayant estimé la dépense trop élevée, Comblain-au-Pont et Remouchamps furent abandonnés. En lieu et place, on décida de supprimer quatre des anciens forts de 14-18 (Loncin qui était devenu une nécropole nationale, Hollogne, Lantin et Liers) et de réarmer les huit autres (Barchon, Evegnée, Fléron, Embourg, Chaudfontaine, Boncelles, Flémalle, Pontisse). Les forts déclassés serviront de dépôts pour les réserves de munitions pour la position fortifiée de Liège (PFL).<br /> Pendant l’année 1939, le nommé Henri Delincé reçut une convocation pour se présenter au Palais des Princes Evêques de Liège afin de comparaître devant une commission composée de médecins militaires pour le juger oui ou non apte pour effectuer son service militaire.<br /> Le bureau militaire lui a demandé dans quel régiment il souhaitait effectuer son service.<br /> Henri Delincé, attiré par le bel uniforme des lanciers fut inscrit dans ce régiment.<br /> La maman d’Henri, qui était une femme de caractère, souhaitait que son fils effectue son service militaire au fort d’Eben-Emael, se rendit chez le bourgmestre du village de Houtain-Saint-Siméon pour obtenir sa désignation pour le fort d’Eben-Emael. Elle demanda également et l’obtint que la date de l’entrée au fort soit ajournée d’un an en raison du décès de son mari et que le frère de Henri était trop jeune pour travailler à la ferme et au champ, de ce fait avait besoin de Henri à la ferme pour effectuer les travaux.<br /> Le bourgmestre fit donc toutes les démarches nécessaires et il obtint l’ajournement d’un an.<br /> A l’âge de 19 ans, Henri rentre au fort d’Emael le 31 janvier 1939 pour midi.<br /> Le lendemain de son entrée, il reçut, comme ses nouveaux compagnons, la fameuse piqûre contre les maladies avec une exemption de service pendant 48 heures.<br /> Pendant cette exemption, il reçut son équipement militaire comprenant linge de corps, pantalons, veste, pull, bavette, capote, chaussures, ceinturon, havresac, besace, gourde, gamelle, couverts, bonnet de police ; par la suite, casque, cartouchière avec cartouches et carabine, masque à gaz, couverture. Henri n’ayant pas trouvé de casque adapté à sa tête, il fit le déplacement à la caserne Fonck à Liège, qui était le siège du 3e d’artillerie de campagne et également le lieu de résidence de l’état-major du régiment de forteresse de Liège.<br /> Après avoir été revêtu de l’uniforme militaire, il a commencé l’école à pied (apprendre à marcher au pas et manœuvrer en rang) ; on lui a appris à saluer, à reconnaître les grades des sous-officiers et officiers, le maniement de la carabine.<br /> Après 6 semaines d’instruction intensive à Wonck, Henri a été désigné pour la seconde batterie sous les ordres du capitaine Hotermans.<br /> A partir de ce moment, il a passé une semaine de fort, la semaine suivante au cantonnement de Wonck. Dès cet instant, il reçut l’instruction pour l’usage des grenades, fusils mitrailleurs, mitrailleuses et canons anti-char de 60 mm.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/delince2avril.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le fort d’Eben-Emael était commandé par le major Jottrand qui était secondé par le commandant Van der Auwera, le capitaine Hotermans, les premiers chefs Lecran et Debarcy.<br /> Le fort disposait de toutes les commodités, c'est-à-dire cuisine, infirmerie (transformée en hôpital de campagne à la guerre), lavoirs, douches, salles de désintoxication, coiffeur et barbier ; les chambres pour officiers, sous-officiers et soldats, atelier de réparations comprenant : armuriers, mécaniciens, électriciens, menuisiers ; mess des officiers, bureau administratif du commandant, latrines, cachots, morgue, magasin à munitions, magasins d’habits, citerne à mazout, un puits d’eau potable.<br /> Enfin le fort disposait d’une salle de machines qui contenait 6 moteurs Carels de 175 chevaux chacun entraînant une génératrice permettant de produire l’électricité et la force motrice nécessaire au bon fonctionnement du fort.<br /> Les moteurs étaient refroidis à l’eau ; l’eau chaude récupérée servait pour les douches et pour le chauffage du fort.<br /> A l’étage intermédiaire du fort, on trouvait le bureau de tir du commandant, ensuite 3 bureaux de tir pour les casemates et le bureau de tir pour les petites armes reprenant fusils mitrailleurs, mitrailleuses, canons anti-char de 60 mm<br /> Il avait un central téléphonique, un central radio et enfin deux chambres à filtres pour lutter contre les attaques chimiques ou gazeuses.<br /> Un ascenseur, des monte-charges permettaient de monter les munitions dans les différents ouvrages. Sur l’esplanade du fort en bordure de ce dernier, il y avait deux grands baraquements en bois qui servaient en temps de paix de casernement de temps de paix ; ceux-ci comprenaient un bureau administratif, chambres troupes, cantine, cachots.<br /> Les 1200 soldats qui formaient la garnison du fort étaient scindés en deux parties à l’exception de 200 hommes qui comprenaient les officiers, certains sous-officiers spécialisés, le personnel d’entretien, le personnel médical qui restaient en permanence au fort.<br /> 500 hommes étaient pendant 1 semaine de service au fort pendant que les 500 autres étaient en repos au cantonnement de Wonck distant de 5 km du fort.<br /> Avant la suppression des permissions, il était accordé aux soldats n’étant pas sanctionnés par des punitions ou des services à remplir à la garnison une permission de 24 heures du samedi au dimanche soir. La vie au fort d’Eben-Emael avant le 10 mai 1940 se déroulait paisiblement.<br /> Le matin à 4 h 45, le trompette sonnait l’appel au rassemblement ; à 5 h, les soldats devaient se trouver dans la cour pour la tenue d’inspection des premiers chefs soit Lecrou ou Debarcy, ce dernier était le plus sévère. Après le rassemblement et en période d’hiver, les hommes allaient prendre leurs repas à la cantine du baraquement ; durant les beaux jours, ils étaient autorisés à manger à l’extérieur.<br /> Le fort envoyait environ toutes les 6 semaines au tir de la citadelle une soixantaine d’hommes dont le soldat Henri Delincé de la deuxième batterie faisait partie pour effectuer un tir soit à la carabine ou au fusil mitrailleur sur la distance de 100 mètres.<br /> Ces soldats prenaient le tram à Eben-Emael en face du fort qui les conduisait jusque place Saint-Lambert. Les soldats équipés en tenue de campagne (carabine, casque, havresac, besace, masque à gaz, cartouchière) gagnaient la citadelle de Liège en partant de pied en rang par quatre et en marchant au pas par la rue Pierreuse jusqu’au stand de tir.<br /> Le soldat Henri Delincé devait également effectuer des services de garde de 24 heures pour la surveillance d’endroits ou de lieux importants (l’entrée du fort, les 2 extrémités de la tranchée de Caster, les ponts minés, etc)<br /> Le major Decaux demanda l’autorisation à ses supérieurs pour creuser des tranchées sur les hauteurs du fort ; que le massif du fort soit couvert de lignes de fils de fer barbelés et y installer des batteries de canons antiaériens ainsi que des nombreuses mitrailleuses pour interdire ainsi l’accès du massif. Sa demande ayant été refusée, il s’adressa à l’échelon supérieur ; en réponse, il fut muté et remplacé par le major d’infanterie Jottrand. Ce dernier est arrivé seulement quelques mois avant le 10 mai 1940<br /> Après ce changement d’autorité, les jours suivants se déroulaient dans une attente d’une prochaine agression venant de l’Allemagne menaçante, mais on ignorait le moment quand cette tragédie qui allait frapper une seconde fois la Belgique.<br /> Le soldat Henri Delincé étant de garde au pont du Geer fut rappelé.au fort par haut-parleur ; il fut envoyé en mission à la ville de Visé pour porter une dépêche sous enveloppe scellée et à la remettre au chef de gare lui-même.<br /> Pour accomplir cette mission, Henri à l’aide d’un vélo militaire du fort a emprunté la montée du Thier d’Eben pour ensuite redescendre sur Hallembaye, traverser le village de Haccourt pour passer sur les ponts du canal Albert et de la Meuse et ainsi arriver à la gare de Visé, remet au chef de gare la missive. Ce dernier ouvre l’enveloppe et signale au soldat Delincé que ce message disait qu’il fallait faire rentrer un officier au fort d’Eben-Emael avant son départ.<br /> Le chef de gare révéla à Henri Delincé que la guerre était pour cette semaine en lui recommandant de garder cette révélation pour lui. Il lui conseilla en partant au fort que s’il avait des objets de valeur sur lui d’aller les déposer dans sa famille.<br /> Suite à ce conseil, Henri repartit par Hallembaye pour gagner Houtain-Saint-Siméon pour ainsi déposer son portefeuille, sa montre et sa petite chaîne d’or.<br /> En arrivant à Houtain, il aperçut un officier qui arrêtait les soldats en chemin, il contourna l’officier par un autre chemin.<br /> Passant devant l’église de Houtain, il aperçut sa future femme (Annette Joseph 19 ans), qui n’était pas encore sa fiancée, cette dernière accompagnait sa cousine (Mariette Godin âgée de 12 ans) qui faisait sa communion solennelle ce jour-là.<br /> Sans rien dire de la mauvaise nouvelle qu’il venait d’apprendre à la gare de Visé, Henri Delincé repartit pour le fort d’Eben-Emael, il était alors le premier dimanche de mai, jour des communions solennelles à Houtain.<br /> Arrive ensuite le 10 mai 1940, le jour où se produit l’agression allemande contre la Belgique et l’attaque du fort d’Eben-Emael qui défendait le nord de la région liégeoise.<br /> Ce dernier fut surpris en flagrant délit de préparation. A 1 h 30 du matin, le soldat Henri Delincé étant de garde au pont du Geer accompagné par un second soldat du fort, aperçut dans le lointain limité par l’obscurité ce qu’il croyait être des gros oiseaux ; mais en réalité, c’étaient des chasseurs bombardiers Stuka précédant 11 avions Junkers remorquant des planeurs.<br /> Chaque planeur suivant la charge qu’il transportait avait 7 à 9 aéroportés à bord.<br /> Les sirènes d’alerte du fort furent immédiatement déclenchées lorsqu’ils furent aperçus par les observateurs se tenant dans les cloches d’observation du fort. A ce moment le haut-parleur du fort se fit entendre autorisant le soldat Henri Delincé et son camarade d’abandonner leur point de surveillance et de rentrer au fort. Entendant cet ordre de rappel, au pas de gymnastique, ils rentrent au fort.<br /> Pour leur permettre de rentrer dans le fort, la grille principale fut ouverte et immédiatement verrouillée ; on éclipsa le pont qui mettait à jour une fosse de 4 mètres de profondeur sur une largeur de la galerie. Après cette fosse. il y avait un double sas blindé et à côté de celui-ci un fusil mitrailleur pour défendre l’entrée du fort.<br /> Le soldat Henri Delincé se dirigea à la hâte vers le bloc VI et rejoignit son poste de combat à l’un des deux canons de 60 mm; il attendit les ordres de tir de son chef de bloc, le maréchal des logis Gaston Degrange.<br /> Pendant que Henri Delincé effectuait le parcours pour rejoindre son ouvrage, une escadrille de chasseurs bombardiers Stuka bombarde le fort.<br /> Dans les secondes qui suivent, 9 des 11 planeurs prévus par les Allemands pour attaquer le fort atterrissent sur le fort, le 10° planeur se posera environ 2 heures plus tard (ce dernier ayant décroché son câble de remorquage prématurément. Quant au 11°, il n’arrivera jamais.<br /> Les défenseurs du fort ignorant l’existence des fameuses charges creuses que les Allemands déposèrent sur les cloches d’observation, les coupoles, aux embrasures des canons des casemates et enfin contre les portes blindées des ouvrages, occasionnant des dégâts importants et irréparables avec comme conséquences 28 tués et 64 blessés parmi nos camarades.<br /> La cloche d’observation du bloc IV qui permettait une vue panoramique importante sur le massif du fort, qui était le poste de combat du soldat Henri Furnelle, fut fondue et transpercée par une charge creuse, causant une mort effroyable à mon camarade, on ne retrouva de lui que ses dents et ses souliers.<br /> Pendant ce temps, la coupole nord de 75 mm avait été mise hors combat par une charge creuse de 50 kg placée à la sortie d’infanterie de cette dernière.<br /> Quant à la coupole de 120 mm du fort, ses deux canons avaient toujours leurs percuteurs d’exercices ; le personnel de cet ouvrage voulant remplacer ces derniers par les percuteurs de guerre ne les trouvaient pas avec la conséquence de ne pouvoir effectuer des tirs de destruction hors de l’enceinte du fort mais également de combattre l’ennemi sur le massif du fort.<br /> La coupole sud ayant tiré sans discontinuer pendant 36 heures fut à court de munitions en moins d’une journée ; afin de pouvoir continuer les tirs, le personnel de cet ouvrage a été s’approvisionner à la soute à munitions de la coupole nord qui était hors service.<br /> En conclusion, si tous les ouvrages avaient tiré comme coupole sud, on peut conclure qu’en moins d’une journée, tous les ouvrages ayant tiré leur quota de munitions, le fort aurait dû se rendre faute de munitions.<br /> Pendant que les aéroportés attaquaient les différents ouvrages du fort, les pionniers allemands (infanterie spécialisée), après avoir traversé la Hollande, ont utilisé un nouveau moyen de transport, le cargo planeur leur permettant de franchir le canal Albert par surprise et ainsi renforcer les troupes sur le pourtour ainsi que sur le fort.<br /> Au bloc VI, le phare qui permettait de surveiller pendant la nuit les alentours du bloc, ainsi que les avants de la poterne d’entrée, était manœuvré par le soldat Albert Lehaene. Ce dernier avait allumé au début de l’attaque périphérique du fort, afin de se rendre compte de l’importance de la troupe ennemie. Le phare fut détruit au début des combats. C’est à cet instant que le maréchal de logis Gaston Degrange demanda un volontaire pour aller chercher de la nourriture à la caserne souterraine pour ravitailler ses hommes. Il ne trouva pas de volontaire, les hommes craignant pour leur vie suite aux violentes explosions dues aux charges creuses et aux bombes d’avions. Henri Delincé n’écoutant que son courage, descendit à la caserne souterraine pour aller chercher de la nourriture en suffisance pour ravitailler ses camarades et lui-même. En se rendant au ravitaillement, il a constaté que circuler dans les galeries prenait beaucoup de risques.<br /> En effet, dans toutes les galeries du fort, les câbles électriques et téléphoniques étaient posés dans un caniveau creusé sur toute la longueur des galeries. Ces caniveaux étaient recouverts de dalles de béton. Hors, lors des explosions, ces dalles s’étaient soulevées et dans certains cas projetées à plusieurs mètres.<br /> Le soldat Henri Delincé, en revenant avec le ravitaillement, a rencontré Messen l’aumônier qui lui a appris que le soldat Henri Furnelle avait été tué.<br /> En rentrant au bloc VI, Henri Delincé se rend immédiatement au canon de 60 mm, mais son chef lui commande de monter à l’étage auprès de la mitrailleuse du soldat Roger Smet pour l’aider à réparer son arme. Ce dernier lui demande de se placer à gauche et d’en tenir la culasse pendant qu’il y travaille. A peine la réparation a-t-elle débuté qu’une rafale d’une mitrailleuse allemande troue la barrette de visée et blesse aux doigts le soldat Roger Smet, l’obligeant à descendre à l’infirmerie pour se faire soigner. Le bloc VI ne disposant plus de bouchons allumeurs pour les grenades, le maréchal des logis Gaston Degrange a une nouvelle fois demandé un volontaire pour descendre à la caserne souterraine pour aller chercher les accessoires des grenades, mais ne trouvant une nouvelle fois personne parmi ses hommes qui acceptait cette mission dangereuse, malgré tous les dangers que Henri allait une nouvelle fois devoir affronter, il accepta cette nouvelle mission.<br /> Le soldat Henri Delincé repartit non sans crainte vers la caserne souterraine pour se procurer les bouchons allumeurs. Lorsqu’il arriva chez l’armurier, ce dernier lui déclara ne plus en posséder.<br /> A la demande Henri où il pouvait s’en procurer, la réponse fut négative, il n’y en a plus dans le fort, mais il pouvait essayer d’aller en chercher à Bruxelles ou à Anvers.<br /> Henri Delincé repartit vers son bloc avec cette mauvaise nouvelle et la communiquer à son chef et ses camarades.<br /> Repassant une nouvelle fois devant l’infirmerie, Henri Delincé rencontre une seconde fois l’aumônier Messen, entendant des hurlements de douleur de l’un de ses camarades, il demanda à l’aumônier Messen de qui étaient ces cris, ce dernier lui répondit que ceux-ci provenaient de l’infirmerie et en particulier du camarade Willy Massotte qui décèdera des suites de ses blessures.<br /> Henri Delincé demanda à l’aumônier s’il pouvait se confesser un peu plus tard, ce dernier lui répondit que s’il désirait se confesser, il devait le faire immédiatement; après sa confession, il rejoint au plus tôt le bloc VI.<br /> Plus tard, le fort subit un bombardement sérieux; suite à celui-ci, le camarade posté dans la cloche d’observation ayant reçu de la poussière dans les yeux ne pouvait plus assurer l’observation. Etant monté dans la cloche d’observation, le soldat Henri Delincé remarqua des tirs de mitrailleuses allemandes provenant du moulin situé en bordure du Geer et face à la poterne du fort.<br /> Le camarade Henri indiqua à ses camarades l’emplacement des Allemands qui, par leurs tirs, menaçaient gravement le bloc I, l’entrée du fort et le bloc VI.<br /> Il dut quitter ce poste d’observation pour reprendre le sien au canon de 60 mm qui devait tirer sur le moulin et détruire l’attaquant.<br /> Mais après un dur combat, son canon fut gravement endommagé, il ne pouvait plus tirer.<br /> Immédiatement, il se rendit auprès de son chef pour continuer les tirs au moyen de l’autre canon, les autres occupants ayant quitté les lieux.<br /> Plus tard, le bloc VI n’ayant plus de munitions et ne recevant plus d’ordres de tir du P.C. du fort, ils abandonnèrent les lieux, redescendirent au pied de l’ouvrage ; ils placèrent un barrage de poutrelles et de sacs de sable.<br /> Ils redescendirent tous ensemble dans la caserne souterraine où ils constatèrent que le fort s’était rendu.<br /> Ils deviennent alors prisonniers de guerre.<br /> Pour sortir du fort, ils durent passer par la première porte blindée se trouvant près de l’entrée principale du fort.<br /> Le pont roulant étant escamoté, on devait longer le mur sur un étroit passage jusque la grille. Les soldats belges tués au combat furent enterrés sur le devant du fort.<br /> Le père de Henri Massotte ayant reçu l’autorisation de l’occupant allemand de venir chercher la dépouille de son fils, il vint l’enlever dans une brouette.<br /> Le prisonnier Henri Delincé toujours coiffé de son casque comme les autres soldats du fort fut abordé par un soldat allemand qui lui enleva son casque et le jeta dans le Geer. Il lui prit alors son bonnet de police et lui fit comprendre qu’il devait le mettre sur la tête.<br /> Du village d’Emael, seule l’église était debout, toutes les maisons à plat …<br /> <br /> Ce récit est de la plume de M. Georges Cavraine, combattant du Fort d’Eben-Emaul.<br /> <br /> Source : <a href="https://www.maisondusouvenir.be/henri_delince.php">https://www.maisondusouvenir.be/henri_delince.php</a></p> Wed, 01 Apr 2020 11:29:27 +0000 Sergent Joseph Philippart 11°Compagnie du 3° bataillon du 13° de Ligne. https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-195+sergent-joseph-philippart-11-compagnie-du-3-bataillon-du-13-de-ligne.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-1-195+sergent-joseph-philippart-11-compagnie-du-3-bataillon-du-13-de-ligne.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/13deligne.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Un ordre est un ordre, mais……………..<br /> <br /> L'adjudant Briks qui m'accompagne est très excité. Il sort son revolver pour un oui ou pour un non. Il ne me paraît pas dans son état normal, il voit des espions partout. Il est vrai que les nerfs sont terriblement éprouvés. L'après-midi on se relaie pour monter la garde sur le pont. En principe nous devons fouiller les civils qui évacuent car, paraît-il, il y a des espions déguisés. Je crois qu'on est atteint ‘’d'espionite’’, on voit des espions partout. L'imagination et la tension nerveuse grossissent les choses car, à part deux cas douteux (un prêtre entre autres), pas d'espion. <br /> Les nerfs sont tendus, c'est ma première mission. Je suis très anxieux. Nous progressons sous bois suivant la méthode dite ‘’en tiroirs’’. Un homme prend la tête pendant que les deux autres, le doigt sur la détente, surveillent sa progression ; ensuite le dernier homme relaie le 1er et ainsi de suite<br /> Nous craignons à tout moment de sauter sur une mine ou d’être la cible d'un parachutiste embusque dans les arbres<br /> Finalement nous arrivons sans encombre au fortin n°1. Là je trouve le sergent responsable, très énervé. Il prétend avoir entendu des bruits suspects derrière lui, le fortin se trouve à l'orée du bois en direction de Wierde (Namur). Que faut-il faire ? <br /> J'essaie d'être très calme et je propose de faire une reconnaissance avec mes deux soldats dans la zone boisée qui se trouve derrière le fortin. Nous partons : un soldat à droite, l’autre à gauche et moi au milieu. Nous avons à peine parcouru une trentaine de mètres que j’entends le sergent intimer l’ordre ‘’Halte ou je fais feu’’<br /> JE CROIS QU'ON EST ATTEINT D’ESPIONITE ; ON VOIT DES ESPIONS PARTOUT !!!.<br /> A notre grande stupéfaction, le sergent couche en joue trois civils qui se trouvent, les mains en l’air, à 50 mètres de là, près de la deuxième rangée de barbelés. Nous les distinguons à peine dans la demi-obscurité. <br /> Le sergent du fortin est affolé et ne sait que faire. Nous prenons le relais, nous tenons nos trois individus en joue après avoir renouvelé la sommation d'usage. Je suis très angoissé car je me trouve dans une position très inconfortable : Trois suspect devant moi et d'éventuels parachutistes derrière moi. Je demande au sergent de descendre dans son fortin et de téléphoner au lieutenant pour lui faire part de la situation. Il remonte quelques instants après pour me faire part de la surprenante et terrible réponse : ‘’Fusillez-les’’ <br /> N'en croyant pas mes oreilles, je lui demande de téléphoner de nouveau pour dire au lieutenant que les trois individus sont à ma merci, les bras en l’air.<br /> Naturellement, je ne suis quand même pas très rassuré car je ne distingue pas très bien leurs gestes et je leur intime encore l'ordre de lever les bras bien haut. Le sergent remonte encore une fois et me dit : ‘’Le Lieutenant vous donne l'ordre formel et militaire de les abattre, car ils ne peuvent absolument pas se trouver dans cette zone à cette heure-ci ; ils sont considérés comme dangereux.’’ Alors je suis obligé de prendre la décision la plus pénible de ma vie. Je désigne à chacun de mes soldats l'homme à viser, je prends moi-même celui du milieu comme cible et le commandement tombe, affreux et terrible en même temps : ‘’FEU!’’. Les trois détonations claquent et les trois hommes tombent. <br /> Presque aussitôt, j'entends une voix qui s'élève avec un fort accent étranger qui réclame à boire. Je suis hébété, je ne réalise pas encore que j'ai tiré sur un homme. A ce moment, un des trois se lève brusquement et se met à courir à toute allure dans la direction opposée. Nouveau commandement de ma part, trois coups de feu, l'homme chancelle puis s'abat comme une masse. Comme un automate, je demande au sergent du fortin d'avertir le lieutenant de ce qui se passe et de lui demander des instructions. Je suis fou furieux d'avoir du exécuter cette triste manœuvre et les larmes me montent aux yeux. Le sergent m'apporte la réponse : ‘’Fouillez les trois victimes et s'ils peuvent encore parler, questionnez-les !’’<br /> Sans aucune précaution, la rage au cœur, je me dirige avec mes deux soldats vers le lieu du carnage. En me voyant arriver, un des trois hommes me réclame encore à boire. Les larmes me coulent le long des joues. L'autre blessé, les yeux exorbités, tremble de tous ses membres et le troisième, qui a voulu fuir, est mort. Les deux premiers mourront dans l'après midi. J'ai interrogé celui qui seul parle un peu de français et j'apprends que ce sont trois Juifs poméraniens qui sortent de la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) où ils étaient internés parce qu’ils n’avaient pas de permis de travail. Ils essayaient de gagner la France. Il me dit aussi avoir traversé les lignes allemandes auparavant. Nous les fouillons sans rien trouver de compromettant.<br /> Que fallait-il en penser ?? Étaient-ils sincères ?? Étaient-ce des espions ?? Le mystère restera toujours entier.<br /> J’ai rejoint la compagnie avec mes deux compagnons, mais j’étais nerveux et de mauvaise humeur.<br /> Campagne 1939 – 1940 : faisant partie de la 8ème Division d’Infanterie, le Régiment fut affecté pendant la mobilisation à la défense de la position fortifiée de Namur (PFN). Les tragiques événements survenus sur d’autres fronts le forcera à abandonner sans combat la PFN dès le 15 mai 1940. Remis en ligne sur la Lys, dans le sous-secteur de Vive-St Bavon (Sint Baafs-Vijve), Wielsbeke, il y subit le choc de l’ennemi les 24,25 et 26 mai 1940. Sa belle conduite à cette occasion lui valut une septième citation : La Lys 1940. Il avait perdu sur la Lys 91 des siens dont 5 officiers. Pour éviter la capture, son drapeau fut brûlé.<br /> <br /> Source bibliographique : <br /> Carnets de Guerre édité par les Editions Jourdan<br /> Source Internet :<br /> <a href="https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php">https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php</a><br /> Source Iconographique :<br /> <a href="https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php">https://www.amicale12-13li.be/Pages/historique.php</a></p> Sat, 01 Feb 2020 12:16:15 +0000