Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost William UGEUX https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ugeux_coupurespresse_pour_article_de_janvier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Issu d’une famille catholique de sept enfants, William Ugeux est né le 22 février 1909 à Bruxelles. Après avoir terminé ses études secondaires au collège Saint Martin, il a entamé en 1929 des études à l'Université de Saint-Louis à Bruxelles. Ses idées pacifistes qu’il n’hésite pas à exprimer lui valent d’être écarté temporairement de l’université. Il a obtenu son doctorat de droit en 1934, mais il n’exerce la profession d’avocat que très brièvement et s’oriente vers le journalisme. Suite à cette reconversion, le cardinal Van Roey le place à la tête du journal Le XX° Siècle . William est resté rédacteur en chef de ce journal jusqu’en 1940, lorsque la guerre éclate en Belgique. En 1941, il a pris la direction du service de renseignement Zéro, groupe de résistance belge comportant une branche française et en contact avec les services de renseignement britanniques et le gouvernement belge exilé à Londres. Ce groupe participait à des actions de sabotage, d'évasion vers le Royaume-Uni, de transfert de renseignements, de création de faux papiers, et surtout à la diffusion de la presse clandestine : La Libre Belgique, journal interdit par les autorités occupantes à l’époque, dont William prend la tête en 1942. Figure importante du groupe Zéro, William a participé à de nombreuses actions de résistance. Ainsi, en juillet 1942, deux mois après l’arrestation de Louise de Landsheere, il s’est rendu à Londres pour conclure des arrangements secrets avec le gouvernement belge. Puis, en 1943, il a pris part à la mise en place d’un plan d’évasion vers l’Espagne : la traversée des Pyrénées grâce au téléphérique de la scierie de Mendive (passage de l’Iraty), dont seuls les proches collaborateurs de William et les ingénieurs de la scierie connaissent l’existence. Le groupe est ensuite menacé par la traque de la Gestapo. Par conséquent, William a décidé de se réfugier à Grenoble, puis en Espagne. Durant cette période, grâce à sa bonne connaissance du terrain, il est devenu directeur général du Service de Renseignements et d'Actions (SRA) pour les territoires occupés. Jamais arrêté durant sa carrière de résistant, contrairement à Louise, il est devenu secrétaire général du Ministère de l'information à la fin de guerre jusqu'en 1947. Il a également collaboré à de nombreux journaux tels que: la Cité, la Relève, la Revue Nouvelle. Il a écrit de nombreux ouvrages afin de ne pas oublier la guerre mais aussi pour rendre hommage à de nombreux résistants morts en voulant défendre leur pays. Ainsi, ‘’Histoires de Résistants’’ reprend des anecdotes sur des héros de la guerre. En 1989, le roi Baudouin lui décerne le titre de Comte suite à ses diverses actions de résistance. Il décède le 13 octobre 1997, à l'âge de 88 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>William Ugeux et le "Service Zéro" </strong></p><br /> Après le début de la Deuxième Guerre Mondiale, le gouvernement belge s’exile à Londres afin d’échapper à l’occupant allemand. En parallèle, de multiples réseaux de résistance voient le jour, comme le "Service Zéro" dont William Ugeux prendra la tête. <br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Comment a-t-il pris la tête de ce réseau ?</strong></p> <br /> <p style="text-align:justify">À vrai dire, William Ugeux n’était pas au courant de l’existence de ce groupe. Fernand Kerkhofs était chef de ce réseau. Alors que des menaces pèsent sur celui-ci, Fernand fit des confidences sur le groupe à William pour ensuite partir pour Londres afin d’être en sécurité. Les autorités belges ont trouvé en Ugeux le remplaçant de Fernand. Une fois à la tête de ce groupe, comment William Ugeux va-t-il réagir ? Il vivait énormément dans la peur et prenait beaucoup de précautions. Ainsi à chaque réunion, il ne se présentait pas en tant que chef mais en tant qu’envoyé du chef. De plus, le groupe était secret et les membres ne se connaissaient pas entre eux, si bien que William Ugeux lui-même ignorait le nombre de membres. <br /> Le "Service Zéro" était un service de renseignements qui recevait des instructions de la part de Londres et du gouvernement belge. C’est pour cette raison, qu’en 1942, William Ugeux décide de se rendre à Londres.<br /> Comment s’est-il exilé ? Pour cela, il a dû passer par le sud de la France : la France libre de Pétain. Sa première étape est Lyon où il a rencontré sa femme qu’il n’avait plus vue depuis des semaines. Il est ensuite passé par Barcelone pour enfin rejoindre Lisbonne. De là, il prend le bateau jusqu’à Bristol. Il voit les autorités et on le largue en avion en France avec une valise contenant de l’argent pour les différents groupes de résistance. Rôle du Service Zéro : Le « Service Zéro » a joué un rôle important dans l’élaboration de La Libre Belgique clandestine. Le groupe donnait des informations au journal et il distribuait la Libre. Après l’arrestation des créateurs de ce journal, les responsables ont demandé à William Ugeux d’en prendre la tête puisque celui-ci avait déjà travaillé pour le journal Le Vingtième Siècle avant la guerre. Énormément de personnes travaillaient sur ce journal malgré les nombreux risques. À la fin de la guerre, le journal était tiré à plus de 40 000 exemplaires. Ce quotidien a donc connu un grand succès malgré le grand coût en vies humaines. En 1943, William est reparti à Londres et y est resté jusqu’à la fin de la guerre. À la libération de Bruxelles en 1944, il est rentré en Belgique où il a reçu une mission du gouvernement : relancer la presse belge.<br /> <strong>Source Internet :</strong><br /> <a href="https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf">https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf</a><br /> <strong>Source iconographique :</strong><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820</a><br /> </p> Mon, 31 Dec 2018 17:43:48 +0100 Justicier de Paul COLLIN. Arnaud FRAITEUR https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-179+justicier-de-paul-collin-arnaud-fraiteur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-179+justicier-de-paul-collin-arnaud-fraiteur.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Justicier de Paul COLLIN. Arnaud FRAITEUR est un résistant belge, né à Ixelles le 23 mai 1924 et mort au Fort de Breendonk le 10 mai 1943. <br /> Arnaud Fraiteur effectue ses études secondaires à l’Athénée Royal d'Ixelles.<br /> Il s’inscrit ensuite comme étudiant à l’Université de Liège où il réussit avec succès l'examen d'entrée aux études d'ingénieur civil. En mai 1940, l'invasion de la Belgique par l'Allemagne nationale-socialiste met fin à son cursus universitaire. L’Université de Liège suspend les cours, tout comme l’Université libre de Bruxelles le 24 novembre 1941 <br /> Il adhère en 1941 à l'Armée belge des Partisans (Partisans armés). Il rejoint une unité bruxelloise spécialisée dans la lutte contre la collaboration intellectuelle. Cette unité comprend un grand nombre de jeunes proches de l'Université libre de Bruxelles. Il participe à plusieurs actions, dont l'assassinat du journaliste et critique d'art Paul Colin, directeur et rédacteur en chef du quotidien Le Nouveau Journal, qu'il avait créé en 1940 pour diffuser ses idées de collaboration avec l'occupant allemand. Le 13 avril 1943, en compagnie d'André BERTULOT et de Maurice RASKIN, il abat Paul Colin et son garde du corps Gaston Bekeman dans la librairie située 87 rue de la Montagne à Bruxelles, au-dessus de laquelle se trouvent les bureaux du "Nouveau Journal". RASKIN et BERTULOT, qui ont couvert la fuite de FRAITEUR, sont rapidement arrêtés, mais Arnaud FRAITEUR parvient à s'enfuir.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Paul Colin, journaliste-directeur du Nouveau Journal et de Cassandre, figure clé de la presse collaboratrice</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Funérailles de Paul Colin et de Gaston Bekeman, organisées en grande pompe par l’occupant.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’affaire à l’époque fit grand bruit, à la fois dans la population, qui vit dans l’exécution de Paul Colin le juste châtiment d’un criminel, et dans les milieux de la collaboration qui perdait un chef de file<br /> Quoique l'attentat ne concerne que des ressortissants belges, les autorités allemandes s'emparent immédiatement du dossier, montrant par là l'importance qu'elles accordent à la personne de Paul Colin. La Feldgendarmerie, la Geheime Feldpolizei et la Gestapo descendent sur les lieux de l'attentat. L'occupant garde à sa disposition André BERTULOT (arrêté le jour même) et Maurice RASKIN (arrêté le lendemain). La police et la justice belges sont ainsi dessaisies du dossier. Arnaud Fraiteur est rapidement identifié grâce à la plaque d'immatriculation du vélo qu'il a abandonné sur place. La maison familiale est mise sous surveillance le soir même. Arnaud FRAITEUR, en fuite, ne rentre pas chez lui et se cache à Uccle chez des amis de ses parents tandis que le réseau Zéro, avec l'aide du réseau belge de France ALI, dirigé par Joseph DUBAR, organise son évacuation vers l'Angleterre. Le réseau Zéro fait appel à un chauffeur du ministère des Colonies pour conduire Arnaud FRAITEUR vers la France. Mais le chauffeur, aidé du directeur qui remplace Paul Colin à la tête du "Nouveau Journal", le dénonce aux autorités allemandes, ce qui permet à la Gestapo de l'arrêter le 19 avril à quelques kilomètres de Halle, sur la route qui le conduit vers la frontière française. FRAITEUR, RASKIN et BERTULOT sont condamnés à mort après un simulacre de procès devant le Conseil de Guerre de l'Oberfeldkommandantur à Bruxelles.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Trois membres de la résistance, les partisans Fraiteur, Raskin et Bertulot, durant leur procès par la justice allemande.</p> <br /> <p style="text-align:center">(Photo CegeSoma, collection Arnaud Fraiteur, n° 31482)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils sont exécutés par pendaison au Fort de Breendonk le 10 mai 1943<br /> Enterré dans un premier temps au Tir national à Bruxelles, le corps d'Arnaud Fraiteur est exhumé le 7 juin 1945 pour être inhumé dans le caveau familial du cimetière de Saint-Gilles.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://bel-memorial.org/tribute/tribute_1.php?INDIVIDUALS_ID=10707&amp;RECOUP=10707">http://bel-memorial.org/tribute/tribute_1.php?INDIVIDUALS_ID=10707&amp;RECOUP=10707</a><br /> <strong>Sources Iconographiques:</strong><br /> <a href="https://histoires-ixelles.blog/2017/09/19/1943-arnaud-fraiteur-resistant/">https://histoires-ixelles.blog/2017/09/19/1943-arnaud-fraiteur-resistant/</a><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=3047">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=3047</a><br /> <a href="https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/paul-colin.html">https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/paul-colin.html</a> Sat, 01 Dec 2018 11:43:02 +0100 SOUVENIR DE LA LIBÉRATION DE NAMUR. https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-178+souvenir-de-la-lib-ration-de-namur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-178+souvenir-de-la-lib-ration-de-namur.php <p style="text-align:justify">Les hasards de la guerre ont conduit un jeune Bruxellois, Maurice J. HINSENKAMP, à participer aux combats pour la libération de Namur, en 1944. Recherché par la Gestapo, tandis que ses parents étaient envoyé dans les camps de concentration, il échappa plusieurs fois à la capture et connut divers refuges avant d'aboutir à Namur où Raymond PRAILE l'enrôle dans l'Armée blanche. C'est ainsi que l'on nomme alors, la Résistance sans faire de détail dans ses différentes composantes.<br /> Le 3 septembre 1944, lors du regroupement de la "Zone I de l'Armée secrète, il est intégré au "Groupe Marchal" que commande le futur général LEGRAIN. Ce groupe portait le nom d'un de ses membres, le sergent du Génie Albert MARCHAL, fusillé par l'ennemi en 1943.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Albert Marchal né le 7 octobre 1916 et fusillé le 20 octobre 1943</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Il accomplit de nombreuses actions de sabotage et de guérilla avant d'entrer à Namur et est cité à l'ordre du jour de l'A.S. par le colonel VANDEZANDE.<br /> De ses pérégrinations de clandestin, M. HINSENKAMP a tiré un récit qui fut d'abord publié dans "Pygmalion", la revue des fraternelles de l'A.S.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Voici le chapitre consacré à la libération de Namur.<br /> M. HINSENKAMP et ses compagnons ont rencontré, à Fosses, les premiers chars américains. Quittant la ferme de Taravisée, ils sont arrivés sur les hauteurs dominant la ville, qui est encore tenue par les Allemands. A l'aube, l'ordre de départ est donné. L'ancien résistant raconte :<br /> "Sur deux rangs, nous avons pris la route de Namur. Pour ma part, toujours avec mon vélo dont le porte-bagages était chargé de victuailles du groupe, consistant en un magnifique jambon, un pain et une motte de beurre.<br /> De part et d'autre de la route, des véhicules américains de tous types étaient garés et les G.I's qui bivouaquaient, formaient la haie. Depuis la veille, ils attendaient leur ravitaillement qui n'avait pas su suivre la rapidité de leur avance. Voyant que seulement la moitié d'entre nous était armée pour attaquer Namur, certains distribuèrent aux démunis des fusils et des grenades allemandes en dépit du prix qu'ils y attachaient.<br /> A la place Wiertz, nous avons fait halte et après avoir déposé, le superflu, dont mon cher vélo, dans l'une des maisons d'angle, nous avons attendu l'ordre d'attaque en fumant ce qui pouvait être notre dernière cigarette qui, pour ma part, a été effectivement l'une de mes premières et de mes dernières.<br /> Lorsque le lieutenant LEGRAIN commanda d'avancer en tirailleurs de chaque côté de la rue qui descendait vers les Bas-Prés et prit la tête de la colonne de droite, la contrainte enfin libérée me projeta à sa hauteur le long des façades de gauche. Au bas de la rue, une péniche placée en travers de la Sambre à la demande de Léon Wilmet, nous permit de franchir la Sambre au moyen de ce pont improvisé qui remplaçait celui d'Omalius, dynamité.<br /> Nous savions les Allemands dans le parc Louise-Marie et à l'emplacement du pont d'Omalius, soit à portée de fusil, mais n'avons essuyé aucun feu, réservé au groupe suivant, commandé par le lieutenant De VILLE.<br /> Réunis au couvent des Ursulines, nous sommes absous et bénis par l'archiprêtre Remy et entendons siffler les obus d'un canon anti-aérien qui tirait à l'horizontale. Egalement, les balles d'un d'entre nous dont la trop grande confiance dons le cran de sécurité de sa mitraillette faillit nous perdre.<br /> Ensuite, par la rue Lelièvre, nous avons gagné la sacristie de la cathédrale Saint-Aubain et, guidé par le vicaire MATHEN, grimpé dans le clocher pour repérer les Allemands, retranchés dans l'Arsenal, le parc Louise-Marie et les rues avoisinantes. En particulier, à l'angle de la rue du Séminaire et de la rue de l'Evêché. Ce courageux vicaire qui nous guida et soigna les blessés était originaire d'Aubange où ses parents abritaient réfractaires et résistants. Il est devenu Monseigneur MATHEN, évêque de Namur et aumônier du groupe. En novembre 1979, la médaille de reconnaissance de l'U.F.A.S. lui fut remise par le général LEGRAIN en présence d'une vingtaine de survivants. A l'époque, nous n'avons pas voulu mitrailler les Allemands de la position exceptionnelle que constituait le clocher et sommes descendus les attaquer par le Fonds Saint-Aubain.<br /> De cet endroit, je crus pouvoir les faire tous capituler par la seule force de ma voix en dépit de leur supériorité en nombre et en armement et l'ordre reçu de tenir jusqu'au bout. En allemand, je leur crie qu'ils sont encerclés et qu'ils n'ont rien à craindre de nous s'ils se rendent. En réponse, une porte s'ouvre sur notre droite et un drapeau blanc apparaît. De cette position, une rafale de mitraillette aurait pu tous nous faucher, 35 ans plus tard, Monseigneur MATHEN devait déclarer que sans mon exorde, il n'aurait pu être nommé évêque de Namur. Le doigt sur la gâchette de nos armes, nous n'avons jamais opéré une volte-face aussi rapide. Je crie d'avancer les mains en l'air, un soldat apparaît, puis un second. A cet instant, une fusillade part de la rue du Séminaire. Terrifiés, sept Allemands s'avancent vers nous pour se faire fouiller. Deux d'entre nous les emmènent, tandis que sous les rafales d'un fusil-mitrailleur qui ricochent sur les pierres de la cathédrale, nous nous abritons derrière le coin coupé opposé.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'éclusier de Mornimont, Camille MALHERBES s'engagea trop. Soudain, une fontaine de sang gicle dans son dos. Le poumon gauche perforé. Nous le ramenons dans une cour intérieure, où le lieutenant LEGRAIN, commotionné, s'est également écroulé et est emmené. Une civière est cherchée pour Camille qui me chuchota ce qu'il croyait être ses dernières recommandations à sa femme et à ses enfants. Il devait heureusement en réchapper.<br /> Pendant ce temps, sous le couvert d'un drapeau blanc, Emile KIRSCH s'était engagé dans la rue du Séminaire. Accueilli par un feu nourri, il en réchappa miraculeusement avec seulement deux balles dans l'avant-bras droit. Pour le venger je gagnai à nouveau le fond Saint-Aubain où un résistant du groupe De VILLE me fit signe. Il m'expliqua qu'en traversant les maisons, il y avait possibilité d'approcher de l'endroit où s'étaient retranché les Allemands. Escaladant le mur de séparation arrière, nous pénétrons dans la première maison de la rue de l’Évêché. A la fenêtre du premier étage est posté un autre résistant qui me montre la rue de l'Arsenal d'où arrivaient les Allemands et la maison d'en face qui faisait l'angle entre notre rue et celle du Séminaire. La façade se présentait de profil et d'une fenêtre du premier étage sortait un fusil-mitrailleur qui nous avait arrosés. Le servant ne pouvait être atteint de nos fenêtres, pas même de la tabatière. Sous les combles, apercevant un trou dans une tuile, je me penche pour regarder au travers, lorsque je le vis soudain se multiplier et réalisai qu'il s'agissait de balles traversant la toiture.<br /> Je redescends au premier tour pour voir une section de soldats allemands s'abriter derrière le coin de la rue de l'Arsenal. Nous les mitraillons et un de nous va chercher du renfort. J'entends des ordres criés au mitrailleur de nous prendre sous son feu. Heureusement, il ne pouvait pas plus nous atteindre que nous ne le pouvions. De sorte que nous tenons tête au tir des autres armes qui se concentrent sur nous, faisant sauter plâtras, carrelages et chauffe-eau de la salle de bain dans laquelle nous nous trouvions, jusqu'à ce que les assaillants parviennent à traverser notre barrage et commencent à enfoncer la porte d'entrée. L'ordre est donné de lancer des grenades dans nos fenêtres et nous n'avons que le temps de débouler dans l'escalier avant les premiers éclatements.<br /> Fond Saint-Aubain, j'exhortai une dernière fois les Allemands à la reddition, mais ne reçus qu'une invitation ironique de venir le leur demander plus près.<br /> J'attendis vainement des renforts et lorsque, sous le couvert de la nuit, je constatai que les vélos allemands, déposés à l'angle de la rue du Séminaire, avaient disparu et la rue abandonnée, je sonnai à la porte de M. DEMUTH, à deux cents mètres de là, pour pouvoir m'endormir pour la première fois depuis deux jours.<br /> Le lendemain, je rejoignis le P.C. du groupe qui avait pris ses quartiers chaussée de Bruxelles, aux Ets WILMET. J'y appris les détails de la veille. Vers deux heures, le sous-lieutenant "Mioche" DENBLIJDEN avait amené quatre tanks américains qui en remontant l'avenue Stassart avaient cerné le parc, nettoyé le groupe De VILLE. Si les pertes que nous avons infligées à l'ennemi l'ont fait se retirer, nous déplorons dans nos rangs des blessés et la mort de l'adjudant DEJET.<br /> A la place Wiertz, je constate la disparition de mon vélo et de son chargement de victuailles.<br /> Quelques opérations de nettoyage sont encore entreprises contre des tireurs cachés dans les toits et des îlots de résistance à l'école des cadets. Escortant des prisonniers, nous croisons des FFIs qui ont suivi en voiture l'avance des troupes américaines. Froidement, ils nous déclarent qu'eux ne faisaient pas de prisonniers.<br /> Namur est libérée. Les Américains y entrent de toutes parts et nous organisons notre armement et notre charroi dans l'espoir de pouvoir les suivre dans leur avance. A l'Arsenal, transformé en camp de prisonniers de guerre, certains essayent de troquer des accessoires de leur uniforme, tandis que d'autres se glissent plusieurs fois dans la file des rations. Les collaborateurs, dont la chasse est organisée, s'y trouvent également rassemblés".<br /> Démobilisé à la fin de septembre, M. HINSENKAMP a eu le bonheur de voir rentrer ses parents, quelques mois plus tard, cruellement éprouvés par leur captivité. Et il conclut :<br /> "Nous avons réappris à vivre et essayé d'oublier. Mais peut-on laisser oublier une époque où un même idéal patriotique unissait la majorité des Belges, quelles qu'aient été leur appartenance linguistiques ou autres. Celui pour lequel des milliers d'autres sont morts, fusillés, décapités, perdus ou torturés. Pouvons-nous laisser ignorer cette force aux jeunes qui questionnent et s'interrogent ?".</p><br /> <br /> <strong>Sources :</strong><br /> <a href="https://sites.google.com/site/resistancecouvin/groupe-marchal">https://sites.google.com/site/resistancecouvin/groupe-marchal</a><br /> Journal "Vers l'Avenir" du samedi 3 et dimanche 4 septembre 1983.<br /> Livre de M. Hinsenkamp ‘’Un Allemand dans la Résistance’’ Thu, 01 Nov 2018 11:17:33 +0100 LE FAUX SOIR https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-176+le-faux-soir.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-176+le-faux-soir.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/faux_soir.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Cette histoire commence le 20 octobre 1943 et se termine, par un énorme éclat de rire, le 9 novembre de cette même année.<br /> A cette date, des résistants du Front de l’Indépendance vendent, en quelques minutes, cinq mille exemplaires d’un faux numéro du SOIR.<br /> Auparavant, il a fallu, dans le secret et en vingt jours, trouver un imprimeur, assurer la rédaction des articles et organiser la distribution du quotidien.<br /> Tout réussit grâce au courage et à l’audace d’un groupe d’hommes.<br /> La Belgique rit aux éclats, et on l’entend de loin. La parution du ‘’faux’’ SOIR , au seuil d’un nouvel et dur hiver d’occupation, est une victoire de la résistance, un espoir pour la population et une belle revanche sur la presse pro-allemande.<br /> Tout avait été minutieusement organisé. Des cyclistes allaient, dans toutes les directions, porter les faux ‘’Soir’’ dans les kiosques. Il aurait fallu, pour que le succès fût complet, que le vrai ‘’Soir’’ parût avec retard. Il suffisait, pour arriver à ce résultat, d'obtenir de la R. A. F. qu'elle envoyât quelques chasseurs survoler la ville à l'heure de la sortie de l'édition. Il y aurait eu alerte et les rotatives du ‘’Soir’’ se seraient arrêtées. On fit demander à Londres de nous rendre ce service. Mais sans doute le haut commandement allié considéra-t-il notre proposition comme trop fantaisiste. Il n'y eut pas d'alerte. Nos hommes de main se contentèrent, pour remédier à cette déception, de mettre le feu, place de Louvain, à une des camionnettes du ‘’Soir-ersatz’’. Et à cinq heures, le vrai-faux ‘’Soir’’, comme nous devions l'appeler plus tard, était distribué dans toutes les ‘’aubettes’’(Kiosques) aux marchands qui n'y virent que du feu. Comme le tirage du ‘’Soir’’ était réduit, en raison des économies de papier, la foule se pressait devant les kiosques au moment où nos partisans vinrent apporter les paquets. Ceux-ci furent répartis en un clin d'œil. D'ailleurs, la ressemblance entre le vrai et le faux ‘’Soir’’ était frappante. Même discrétion dans les titres. Même aspect massif du texte très serré. Il fallut à chaque lecteur quelques minutes pour comprendre qu'une énorme mystification venait de se jouer, dont étaient victimes les Boches d'abord, les collaborateurs de la presse vendue ensuite. Bientôt, toute la capitale éclata de rire. En quelques heures, les villes de province reçurent, à leur tour, des paquets de faux ‘’Soir’’. On se les disputa à coup de gros billets. Le marché noir s'en mêla, car l'affreux mercantilisme des Belges n'abdique en aucune circonstance. Certains faux ‘’Soir’’ atteignirent la somme record de 1.200 voire de 1.500 francs le numéro. Pendant quinze jours, on ne parla que de cela dans le pays entier. Des gens connaissaient par cœur le texte du faux communiqué, relataient avec force détails certains faits-divers particulièrement drôles. Toutes les radios du monde parlèrent de l'exploit du Front de l'Indépendance. Le faux ‘’Soi’’ constituait une démonstration malicieuse de l'énorme et criminelle incohérence de la presse nazifiée. Il soulignait, très opportunément, les mensonges pyramidaux qui constituaient le principal aliment que les journalistes vendus étaient obligés de servir chaque jour en pâture à leurs lecteurs. Le faux ‘’Soir’’ rappelait aux Belges écrasés par des années de servitude que le Petit Bonhomme vivait toujours, et que notre pays n'avait renoncé ni à sa foi, ni à sa malice, ni à son goût traditionnel de la liberté. Quelle différence entre nos phrases guillerettes et rosses, et la lourde prose des forçats de la plume qui avaient envahi les rédactions embochées! Le ‘’faux Soir’’, parodie inoubliable de la «presse embochée.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/faux_soir1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Mais que contenait en réalité ce ‘’faux’’ Soir ?</strong><br /> <br /> Outre le fait de ridiculiser la défense (dite élastique) allemande, on y trouvait également le programme de différents cinémas bruxellois :<br /> A.B.C: «Octobre rouge» et l'usine aux cadavres ». Documentaire culturel avec le général Paulus et ses soldats (le peu qui reste) <br /> AMBASSADOR: Olympiades, 1ère partie: le Marathon d'El Alamein à Sidi Barani, avec Rommel dans son plus grand rôle. <br /> ARENBERG: Un splendide numéro de dressage: Elias (succèsseur de S. De Clercq à la tête du V.N.V). et la Zwarte Brigade. <br /> CAPITOLE: «L'Insubmersible», avec toute la flotte britannique. <br /> CINE MIDI: «L'éclair figé », film comique avec Hitler et une pléiade de Germains <br /> FLORA : «Je fais dans mes hottes». Comique désopilant avec la légion Wallonie. <br /> GALERIES: Olympiades, 2ème partie; de Sidi Barani à la Côte, avec Rommel dans un rôle fait pour lui. <br /> MOLIERE:«L’Allemagne règne sur les mers ». Prestigieuse réalisation sur les grands abîmes sous-marins.<br /> Un article sur Léon Degrelle :<br /> Degrelle : IL SERA JUGE POUR MEURTRE PAR LE TRIBUNAL SS<br /> La Feldgendarmerie allemande vient d'infliger à l'Untersturmführer Léon Degrelle une peine privative de liberté. Comme de nombreux héros du Front de l'Est, M. Léon Degrelle était cocu. Et qui plus est, il le savait, ayant surpris, il y a quelques mois, sa vaillante épouse dans les bras d'un officier allemand, le commandant Ottokar van Schweinhund de la division Herman Goering. L’Untersturmführer avait constaté que son épouse n'opposait, aux assauts d'Ottokar von Schweinhund, qu'une molle tactique de hérisson suivie d'une défense déplorablement élastique. Résultat: l'ex-Mme Degrelie était, dit-on, un tout petit peu enceinte. Depuis ce Jour, le Untersturmführer Léon Degrelle remâchait son amertume. Il ne jouissait plus que de la considération concertée et fielleuse des chefs de gare. Mais Degrelle s'était juré de se venger. L'occasion se présenta dimanche passé en première ligne du Front de l'Est, à hauteur d'Aix-la-Chapelle. Brusquement Degrelle rencontra Ottokar von Schweinhund qui eut le culot de lui adresser son plus charmant sourire. N'écoutant que son courage, l'Untersturmführer sortit son revolver qui n'avait, jusqu'alors, jamais servi, et abattit son cynique rival. La Feldgendarmerie allemande s'est aussitôt mise sur la piste de Léon Degrelle qui avait pris la fuite et que l'on retrouva bientôt dans un abri bétonné. Léon Degrelle a été écroué et mis à la disposition du Tribunal des SS qui statuera bientôt sur son sort. Les funérailles d'Ottokar von Schweinhund auront lieu en grande solennité à Berlin. Son éloge funèbre sera prononcé par le Dr Goebbels. Retenu sur le front de l'Est, le Führer ne pourra assister à la cérémonie. Il s'y fera représenter par son ordonnance, un nommé Mussolini. A titre posthume, Ottokar von Schweinhund a été décoré de la croix de fer avec gueule de bois, surchargée de trois élastiques dorés.<br /> Et diverses petites annonces dont notamment :<br /> EX-COLLABOR., nazi 200 p. c... cherche pl. dans Journal clandestin, patriote et anglophile. <br /> CORBILLARDS à vendre. Conditions spéciales pour familles traîtres et collabor.<br /> PEAU DE L'URSS, vendue trop tôt, toujours disponible, chez A. Hitler, Blitzkriegallee, Berchtesgaden. <br /> L’Hiver approche et les événements marchent. <br /> Collaborateurs, FAITES RETOURNER VOS VESTES CHEZ LE TAILLEUR OPPORTUN 5 bis, rue de l'Heureuse Transition, Bruxelles. Prix modérés, - Léger supplément pour le dégraissage des doublures<br /> <br /> <strong>Sources :</strong><br /> Ouvrage : de Marie-Istas Caporali.<br /> Ouvrage : 39-45 ‘’Carnets de guerre’’ ‘’Les Résistants belges au combat’’ (P 145 et suivantes)<br /> Film de Gaston Schoukens ‘’ Un soir de joie’’ (1954)<br /> </p> Sat, 01 Sep 2018 10:52:37 +0200 L'A.S. (Armée Secrète) brugeoise prend forme https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-174+l-a-s-arm-e-secr-te-brugeoise-prend-forme.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-174+l-a-s-arm-e-secr-te-brugeoise-prend-forme.php <p style="text-align:justify">Une des figures de proue de la résistance armée à Bruges est le major d'Artillerie Georges Janssens de Bisthoven, qui, dès la fin des hostilités, cherche à établir le contact avec ses collègues qui ont, comme lui, échappé à la captivité.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/colonel_janssens_de_bisthoven.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le colonel Georges Janssens de Bisthoven</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À la demande du commandant Claser, il accepte de mettre le noyau de volontaires qu'il a constitué à la disposition de la Légion belge, et ce, avant décembre 1940. Le commandement du secteur de Bruges pour la Légion belge est assuré à partir de janvier 1942 par le major Camille Laenen, autre figure de la résistance ouest-flamande. Lorsque Laenen est interpellé le 27 août 1943, le commandement de la zone envoie deux émissaires, Auguste Haus et Louis Camu, chez Georges Janssens à Courtrai où il vit depuis qu'il a été mis en demeure de quitter la zone côtière. Le major Janssens y est responsable de l'ORAF (Office de Renseignement et d'Aide aux Familles de militaires) mais reste en contact avec les responsables des divers groupes qu'il a dû laisser derrière lui. Après mûre réflexion, Camu et Haus décident de renoncer à leur idée initiale de confier le commandement du secteur à Georges Janssens, qui est dans le collimateur de l'occupant. Ils jugent plus prudent qu'il ne prenne, en tant qu'officier d'active, le commandement des troupes secrètes de la région brugeoise, que lorsque celles-ci entreront en action. Son remplaçant, en attendant ce jour, est le capitaine de réserve Michel Van Poucke. Lorsque Laenen a été arrêté, Van Poucke, qui a combattu sous ses ordres, a renoué divers contacts par le biais de la femme de Laenen. Cette dernière l'a dirigé sur Alfred Coppieters 't Wallant, qui a constitué plusieurs groupes à Bruges et dans ses communes environnantes ainsi que sur Didier de Pierpont qui a fondé un groupe à Sainte-Croix ( Sint-Kruis, commune limitrophe de Bruges ). <br /> Le secteur de Bruges-Ostende <br /> Van Poucke exerce le commandement du secteur Bruges-Ostende en liaison constante avec Alfred Coppieters 't Wallant qui garde le commandement de Bruges et de ses communes limitrophes. Né en 1907 et père de sept enfants, Alfred Coppieters est domicilié à Saint-André au sud-ouest de Bruges. Alors qu'il n'est ni militaire, ni réserviste, il rassemble des volontaires depuis l'automne 1940. À la même époque, son frère Charley Coppieters fait de même à Knokke Alfred Coppieters entre en contact avec le MNR par le biais du Brugeois Marc Ryelandt à une date indéterminée puis met son groupe au service de Laenen en janvier 1941 ( qui ne fait à ce moment-là pas encore partie de la Légion belge ) <br /> Georges Janssens échappe de justesse à plusieurs arrestations : la première dans le cadre de sa participation au réseau ‘’JAB’’, la deuxième le 12 mai 1944 quand la GFP opère une descente dans ses bureaux de l'ORAF. <br /> Par chance, Georges Janssens qui ne s'y trouve pas ce jour-là, peut lui échapper. Il quitte Courtrai et se réfugie chez son beau-père Louis Ryelandt à la rue Neuve à Bruges. Le 7 juin, il rentre chez lui pour revoir sa fille de quinze ans qui est mourante. Probablement dénoncé par des voisins, il y est arrêté le jour même par la GFP qui le libère toutefois dès le 21 juillet suivant, soit par manque de preuves, soit dans le but qu'il serve d'appât. <br /> Georges Janssens, prudent, s'établit à Gand pour échapper à la vigilance de l'ennemi. L'arrestation de Georges Janssens le 7 juin incite Alfred Coppieters et Michel Van Poucke à choisir un autre officier pour prendre le commandement du secteur, mais comme tous les officiers d'active ont été obligés de quitter la Sperrgebiet (Zone interdite), leur choix se porte sur un commandant de réserve : Robert Kervyn de Meerendré, un ancien combattant de la guerre de 14. Marié et père de six enfants, Robert Kervyn vit au Chesnoy à Oostkamp au sud de Bruges. Recruté par Alfred Coppieters en mai 1943, il accepte sa proposition de relayer Georges Janssens, dont il est un cousin germain. Il n'a toutefois qu'à peine le temps de s'investir de sa mission. Le 18 juillet 1944, la GFP fait irruption à son domicile et le prend sur le fait à l'écoute de la BBC dans son grenier. Interrogé des années plus tard sur les motifs de cette intrusion allemande, Robert Kervyn évoquera deux causes possibles : une dénonciation ou les évasions à répétition de son fils John. En effet, John Kervyn de Meerendré, né en 1918 et sous-lieutenant des Grenadiers blessé lors de la campagne de 1940, a été fait prisonnier en France au mois de juin et déporté dans un camp de prisonniers de guerre. Quatre ans plus tard, le 30 mai 1944, il quitte l'oflag II A de Prenzlau par les égouts et réussit ainsi... sa cinquième évasion! <br /> Il est malheureusement repris huit jours plus tard, menacé d'être emprisonné dans un camp de concentration pour récidivisme mais réintègre — à son grand soulagement — son oflag le 24 juin. Il y restera jusqu'à l'arrivée des troupes américaines. Au moment où la GFP débarque au Chesnoy le 18 juillet 1944, John a réintégré son camp depuis longtemps. Ce n'est donc pas le champion de l'évasion mais bien son père qu'elle recherche. Robert Kervyn est conduit à la prison de Bruges, puis est transféré à Saint-Gilles. Déporté à bord du ''train fantôme'', il recouvre la liberté le 3 septembre 1944. Dans la cour de la prison de Bruges, Robert Kervyn aperçut quelques visages connus : Georges Janssens, Thierry ou Hubert d'Ydewalle et José Gillès de Pélichy. <br /> Le baron José Gillès de Pélichy, né en 1923, est le dixième d'une famille de onze enfants. La mort de son frère André sur un champ de bataille le 25 mai 1940 le marque profondément. Il souhaite partir en Grande-Bretagne mais se heurte au refus de son père qui le trouve trop jeune et l'enjoint de poursuivre ses études. Selon Georges Janssens, c'est lui qui le recrute en 1941. Ses parents et ses sœurs soupçonnent quelque activité à partir de 1943 parce qu'il s'absente régulièrement du domicile familial situé au château de Sysele à l'est de Bruges. Le fait est qu'au printemps 1944, il est agent de liaison du secteur. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pelichy.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">José Gillès de Pélichy</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À plusieurs reprises, il sert de guide à des aviateurs américains tombés dans les environs. les 3 et 4 juillet 1944, il fait partie des deux équipes qui conduisent les membres d'équipage d'un avion de l'USAAF tombés au-dessus d'Aartrijke vers leur énième cachette. <br /> Le 7 juillet, il conduit à bicyclette un aviateur américain abattu au-dessus de la commune d'Izegem en avril 1944, jusqu'à Bruxelles où Alfred Coppieters a obtenu l'adresse d'une filière d'évasion. <br /> La GFP, informée de l'identité de Michel Van Poucke par un membre arrêté qui a parlé, débarque à son domicile situé à Assebroek (entre Sysele et Bruges) le 13 juillet 1944. <br /> Van Poucke, réfugié dans une cachette aménagée au grenier, échappe à l'ennemi. <br /> José Gillès, qui vient effectuer une mission de liaison chez Van Poucke, est contrôlé non loin de là et arrêté. Il est emprisonné à Bruges jusqu'au jour de son départ pour l'Allemagne, le 1er septembre 1944. Il est déporté au camp de concentration de Gusen <br /> (camp annexe de Mauthausen) où il décède le 26 octobre 1944, à l'âge de 21 ans. Il avait conscience des risques encourus puisqu'il confia au curé de la paroisse de Syzele une lettre à remettre aux siens s'il devait lui arriver malheur. Dans cette lettre non-datée, il remercie ses parents pour l'éducation chrétienne qu'il a reçue et explique son engagement: ''En entrant dans la Résistance, écrit-il, mon but a été de combattre la tyrannie Nazie, pour travailler à la liberté de l'Église et de la Belgique.''</p><br /> <br /> <strong>Source Bibliographique:</strong> ‘’Pour le Roi et le Patrie’’ par M.P. d’Udekem d’Acoz<br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> ‘’Pour le Roi et le Patrie’’ par M.P. d’Udekem d’Acoz<br /> <a href="https://gw.geneanet.org/vannaemend?lang=fr&amp;n=janssens+de+bisthoven&amp;oc=0&amp;p=walburge">https://gw.geneanet.org/vannaemend?lang=fr&amp;n=janssens+de+bisthoven&amp;oc=0&amp;p=walburge</a> Mon, 02 Jul 2018 18:17:41 +0200 Les évadés de Saint-Gilles (Prison à Bruxelles) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-172+les-vad-s-de-saint-gilles-prison-bruxelles.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-172+les-vad-s-de-saint-gilles-prison-bruxelles.php <p style="text-align:justify">Ils étaient quatre.<br /> -Quatre, dans une cellule de la prison de Saint-Gilles, au début du mois de <strong>février 1943</strong>.<br /> -Quatre victimes de la Gestapo, comme tant d'autres.<br /> <br /> Mais le sort qui les avait étrangement réunis, devait leur réserver de devenir les héros de la plus sensationnelle évasion que connut la prison centrale de Bruxelles sous l'occupation allemande de 1940-45.<br /> -Ils étaient quatre, ... dans une cellule : Jean Hufkens, Lucien Jansen, Frans Lissens, Raymond Portmans.<br /> <br /> Tous avaient déjà subi quelques mois d'incarcération. Lucien Jansen, qui en totalisait quinze, était condamné à mort. Le même sort pouvait être réservé aux autres, après jugement.<br /> Jean Hufkens venait d'être introduit dans la cellule, en remplacement d'un prédécesseur connu sous le nom d’Eric et parti brusquement pour une destination inconnue ...<br /> A peine J. Hufkens était-il entré – ah ! ce fut toujours bien lui le plus dynamique du groupe ! – qu'il s'écriait :<br /> -Quand va-t-on s'évader ?...<br /> Tous les prisonniers rêvent de s’évader, mais encore fallait-il poser la question devant les compagnons de la cellule. Cette fois, la question était posée et avec quelle rapidité !<br /> J. Hufkens n'en était pas à sa première tentative. Il venait de la Citadelle de Liège, où il avait été surpris à démolir un mur de la caserne, qui servait alors de prison.<br /> Comment sortir, à quatre, d'une cellule, comprise dans le système des bâtiments et des couloirs en étoile, barrés, verrouillés et méthodiquement gardés, de la prison de Saint-Gilles ?<br /> -Moi, expliqua J. Hufkens, je suis certain – si nous parvenons à nous échapper dans la cour – de pouvoir escalader le mur de la prison avec une corde munie d'un crochet. Il suffit de lancer la corde de l’autre côté du faîte et d'exercer une prudente traction, pour que le crochet reste maintenu par le rebord extérieur du couvre-mur.<br /> Et notre héros de démontrer, sur le champ, le bien-fondé de sa théorie : penché sur la table de la cellule, après avoir confectionné un crochet à l’aide d'une clé de boîte à sardines et y avoir noué une ficelle, il laissait glisser celle-ci du côté opposé, tirait dessus et provoquait l'accrochage sur le rebord même de la tablette.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Un coin de la cour, dans la Prison de Saint-Gilles. <br /> Sur la façade du bâtiment, à droite, on aperçoit, marquée d’une croix, la fenêtre que franchirent les quatre prisonniers</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Combien de fois l'expérience fut recommencée ! Elle réussissait à chaque coup. C'était une révélation !... Il fallait tenter l'évasion !<br /> -Mais comment sortir de la cellule ?<br /> Et comment se procurer les instruments, les ustensiles et les vêtements nécessaires ? Car l'évasion n'était possible que la nuit et, chaque soir, on enlevait aux prisonniers tous leurs effets d'habillement, ne leur laissant que la chemise pour se mettre au lit dans la cellule.<br /> La prison de Saint-Gilles comprend, en ordre principal, partant d'une rotonde centrale, cinq ailes de bâtiment se terminant par un pavillon extérieur, à compartiments grillagés (les fameuses"Cages à lion", comme les appelaient les prisonniers, où ceux d'entre eux qui étaient au secret, se trouvaient admis à prendre l'air quelques instants par jour).<br /> Les ailes comportent chacune, à gauche et à droite d'un couloir d'accès, les cellules rangées côte à côte, et se répétant à deux étages supérieurs, le long de galeries communiquant par des escaliers de fer.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Plan de la Prison de Saint-Gilles. <br /> Les auteurs de l’évasion occupaient, dans l’aile A, la cellule 35, indiquée au croquis</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nos quatre prisonniers connaissaient la disposition des lieux. Ils occupaient, dans l'aile A, la première à gauche, au rez-de-chaussée, la cellule 35, non loin du bureau de garde. Ils savaient la surveillance étroite et bien faite.<br /> A l'extérieur, notamment, les sentinelles parcouraient les chemins de ronde, au bas des fenêtres, le long des murs. Et les chiens, la nuit, circulaient avec les patrouilles.<br /> Pour sortir de la cellule, il n'y avait que deux solutions.<br /> Ou bien scier les barreaux de la fenêtre et s'échapper directement dans la cour. Moyen classique, mais difficile et lent à réaliser.<br /> Ou bien, profitant d'un jour où la surveillance était réduite, attirer le gardien à l'intérieur de la cellule, sous prétexte d'accident ou de maladie, l'assommer, se rendre dans le bureau pour enlever la clé de la porte vers la cour et fuir... On ne pouvait réussir qu'à condition d'agir avec la vitesse de l'éclair, avant que l’alerte ne soit donnée dans la rotonde ; en cas d'échec, le cas des prisonniers devenait d'une extrême gravité, des voies de fait ayant été commises sur un gardien.<br /> La première manière fut bientôt décidée.<br /> C'était le 5 février.<br /> Il fallait une scie. Comment procéder ?<br /> L. Jansen recevait des visites. Sa femme. Son vieux père. Son frère. Il avait pu rapidement faire connaître son désir, et le mardi 23 février ...<br /> La salle de visite se partageait en deux couloirs contigus, garnis de cellules jumelées, servant d'isoloirs. Visiteurs et prisonniers y étaient introduits de part et d'autre et ne pouvaient communiquer entre eux que par une fenêtre grillagée, pratiquée dans le mur de séparation, à hauteur du visage.<br /> Le mardi 23 février donc, son frère, impassible dans l'isoloir pour ne pas attirer l'attention du surveillant, lui dit, entre deux phrases anodines :<br /> - Ramasse ce qui est par terre ...<br /> L. Jansen baissa les yeux. Sur le sol, à l'intérieur de sa propre cabine, se trouvait une lame de scie à métaux de 30 cm !<br /> L'épouse de L. Jansen, qui accompagnait son frère, n'avait même pas été avertie de ce que celui-ci allait tenter. Par un coup d'audace extraordinaire, il avait d'abord pris place, avec sa belle-sœur, dans le premier boxe réservé aux visiteurs ; puis, certain que cette place lui était acquise, il était ressorti, avait entr’ouvert la porte donnant sur le couloir des prisonniers et avait jeté subrepticement la lame dans la première cellule, correspondant à la sienne du côté visiteurs.<br /> Il s'était dépêché de reprendre sa place, près de sa belle-sœur. Le coup avait parfaitement réussi, malgré la présence d'un bo...., au fond du couloir, côté prisonniers, et qui n'avait rien vu !...<br /> La femme de L. Jansen, surprise par la manœuvre de son beau-frère, avait eu la présence d'esprit de ne pas bouger !<br /> Il n'y avait eu, ensuite, qu'à attendre l'arrivée des prisonniers. L. Jansen s'était précipité dans le boxe n° l, où il avait aperçu les visages familiers, derrière la grille...<br /> Ramasser la scie, la glisser dans sa poche, n'avait plus été qu'un jeu. Mais... quel moment d'émotion !<br /> Rentré dans la prison : - Sentez, s’écria-t-il à ses camarades, n'osant encore montrer l'outil au grand jour, sentez ce que j’ai dans ma poche ! !<br /> Une grande joie s'était emparée des quatre compagnons. La résolution avait été immédiatement prise de consommer les vivres de réserve provenant des colis, l'économie n'ayant plus de raison d'être et chacun ayant besoin de forces, en vue des efforts à accomplir. Des exercices d'assouplissement étaient décidés, ensuite.<br /> Le programme comporterait deux heures par jour de gymnastique des bras et des jambes. Cette précaution, comme on allait le voir, ne devait pas s'avérer inutile.<br /> Le soir venu, la scie fut glissée entre deux lamelles du parquet, le joint étant soigneusement rétabli dans son état graisseux et poussiéreux.<br /> Les "quatre" délibérèrent toute la nuit ...<br /> Le châssis de fenêtre, en fonte, s'ouvrait par un système à bascule et ne laissait à la partie supérieure, à 2 m. 50 du sol, qu'une ouverture de 10 cm. Il était garni de deux montants verticaux, espacés de 30 cm. A l’extérieur, trois barreaux, en fer ceux-là, placés à intervalle de 15 cm, étaient supportés par une colonne médiane de forte épaisseur.<br /> Il fallait donc franchir deux obstacles la fenêtre en fonte, les barreaux en fer.<br /> Quel était le moment le plus favorable pour procéder au sciage ? Le jour ou la nuit ? Lequel des barreaux était-il nécessaire de couper pour passer ? De quel côté de la fenêtre opérer ? A gauche ou à droite ? Comment procéder pour enlever le carreau, mastiqué du côté extérieur, sans rien faire qui attirât l'attention des gardiens ?<br /> <br /> Et l’occultation, la nuit, qui obligeait encore les prisonniers à obturer la fenêtre à l'aide d'un panneau appelé "Dunkler" ! Et l'ampoule électrique, que l’on ne pouvait dévisser, dans une cellule de condamné à mort, sans se faire remarquer immédiatement de l’intérieur.<br /> Combien de temps nécessiteraient les travaux et les préparatifs ? Quel serait le jour préférable pour l’évasion ?<br /> Réussirait-on à fabriquer le crochet à l'aide d'une pièce métallique appartenant au mobilier de la cellule ? Comment réussir à tresser la corde, si l'on ne disposait pas, pendant un laps de temps suffisant, des draps de la literie que les gardes inspectaient chaque matin et chaque soir. Et les draps suffiraient-ils ? Quelle longueur, en effet, devait avoir la corde ? Quelle devait être sa résistance ? Et quelle dimension, le crochet ? Qui tenterait le premier la sortie ? Lequel des murs de la cour franchir ?<br /> Mille questions qui étaient mille problèmes de précision à résoudre.<br /> Du calcul, de l'adresse, de l'astuce. De la force, de l'agilité, du courage. Tout combiner, tout prévoir. Ne rien manquer. Réussir !... Quelle nuit !<br /> Quelle nuit de réflexions, de recherches, de discussions, de fièvre ! Quelle nuit de décisions !<br /> Et quels jours et quelles nuits qui suivirent, dans cette cellule, où ils étaient quatre à se battre contre tout ce qui était autour d'eux et qui s' opposerait à leur détermination, irrémédiable désormais !<br /> Le lendemain – mercredi 24 février – toute la chambrée était prête à entrer en action.<br /> Chacun avait son rôle à jouer. Tandis que J. Hufkens travaillerait aux barreaux, R. Portmans, près de lui, ferait le guet vers la cour.<br /> L.Jansen, dont l'oreille était plus exercée aux bruits de la prison, se plaquerait contre la porte, attentif aux allées et venues de l'intérieur ; il donnerait l'alerte à l'approche du gardien et s'efforcerait de lui masquer la vue, devant l'ouverture du judas !<br /> Quant à F. Lissens, il jouerait la pantomime au milieu de la cellule, balayant, déplaçant un meuble, circulant, trompant lui aussi la surveillance du gardien.<br /> <br /> Toute la journée, pourtant, les prisonniers s'étaient vus dans l'obligation d'attendre. Ils avaient jugé préférable de ne travailler à la fenêtre que pendant la nuit. Il était nécessaire, dans ce cas, d'enlever le panneau d'occultation, après avoir, au préalable, dévissé la lampe. Cela présentait aussi un danger, mais avec L. Jansen à l'écoute contre la porte, ses compagnons comptaient bien être prévenus à temps pour rétablir l'éclairage, avant l’arrivée du gardien devant la cellule.<br /> Peu après l'heure du coucher, J. Hufkens s'était donc mis à l'ouvrage. Juché sur le dos d'une chaise – car la table ne pouvait pas se trouver près de la fenêtre – il avait introduit un bras dans l'ouverture du châssis et s'ingéniait, à l'aide d'un vieux couteau, à décoller le mastic de la vitre de gauche, s'efforçant d'en retenir la moindre miette entre ses doigts. Avec l'autre main, de l'intérieur, il appuyait sur le carreau pour le détacher, d'autant plus qu'au dehors il était impossible d'atteindre le bas du châssis.<br /> Les prisonniers avaient choisi le panneau de gauche, afin de pouvoir accéder aux barreaux de ce côté, et notamment au barreau inférieur. Ils avaient observé qu'au cours des contrôles fréquents effectués par le gardien, celui-ci commençait par inspecter les barreaux dans la partie droite de la fenêtre, du haut vers le bas. Satisfait de son examen, il passait plus rapidement devant la partie de gauche et ne prêtait pour ainsi dire plus attention au dernier barreau de la série !<br /> A l'extérieur, la sentinelle allemande, sur le chemin de ronde, ne pouvait apercevoir ce barreau, à cause de la saillie formée par le seuil de la fenêtre.<br /> On risquait moins, aussi, en travaillant à cette place plutôt que dans le haut de la grille, d'être découvert par les occupants du bâtiment d'en face. C'était plus facile à scier, et moins haut à franchir pour s'échapper. Tous les détails avaient leur importance et ces derniers n'étaient pas les moins négligeables !<br /> <br /> J. Hufkens s'enhardissait à son travail, le mastic provenant d'une réparation récente, n’offrant pas tellement de résistance.<br /> Rêva-t-il soudain à la bonne fortune des prochains jours et dans l'enthousiasme naissant effectua-t-i1 une pression trop forte ? Toujours est-il que la partie supérieure du carreau se cassa et lui resta entre les doigts, heureusement sans faire d'autres morceaux !...<br /> Que fallait-il faire ? Le mieux était de déposer le carreau à l'extérieur, sur le seuil de la fenêtre, de refermer celle-ci, de rétablir l'occultation et de se mettre au lit, comme si rien ne s'était passé !<br /> Et de fait, le bruit du carreau n'avait pas été entendu par les boches. Rien ne bougea dans la prison et bientôt les quatre compagnons se remirent à l'ouvrage.<br /> La seconde moitié du carreau fut enlevée avec beaucoup plus de facilité, grâce à l'ouverture pratiquée par la partie brisée, et J. Hufkens se prépara à scier ...<br /> La lame, serrée entre le pouce et l'index – car il n'y avait pas de manche –, devait être portée en avant, puis tirée en arrière, en appuyant seulement sur le barreau pendant ce dernier mouvement.<br /> C'était la seule façon d'éviter que la scie, insuffisamment soutenue, ne pliât.<br /> Hélas, à peine J. Hufkens avait-il commencé, que tous les quatre s'effrayèrent du bruit que faisait, dans la nuit, le grincement de l'outil.<br /> Et comme pour confirmer leurs craintes, un appel discret résonna sur le tuyau de chauffage, qui d'une cellule à l'autre servait de conduit acoustique aux prisonniers.<br /> C'était le voisin du 24, Opta Lebègue :<br /> - Qu'est-ce que vous foutez ? Mais vous allez vous faire tous ramasser !<br /> <br /> Du côté opposé, nouveau signal d'écoute. C'était du 36 que Jacques Thibau, à son tour, lançait un non moins sérieux avertissement :<br /> - Mais cela fait un bruit fou ! Je vous en supplie, ne continuez pas !...<br /> Il n'y avait pas moyen, en effet, de continuer pendant la nuit. Il fallait aviser et choisir une autre heure. Le matin, entre 7 et 8 h, sans doute, au moment où le gardien faisait sa tournée pour changer les tinettes et apporter le déjeuner. Il y avait beaucoup de bruit dans le couloir et le gardien s'absentait généralement pour accomplir sa corvée aux galeries.<br /> Ceci dit, les prisonniers se recouchèrent, mettant leur espoir dans le lendemain.<br /> Des 7 h, le jeudi, J. Hufkens se mit à scier. II disposait d'une heure.<br /> Il sut, dès ce moment, ce qu'il fallait d'endurance, de courage, de résistance et d'énergie, pour scier, dans la fenêtre d'une prison – prison de guerre –, face à l'ennemi qui veille, avec rien qu'une lame entre les doigts, au bout des bras affaiblis, avec des arrêts crispés et des recommencements, de l'angoisse et la peur affreuse d'être surpris, pour scier, malgré l'approche des sentinelles et les gardiens aux aguets, ... un lourd barreau carré de fer, de 4 cm. d'épaisseur !<br /> Ne pas se faire entendre surtout ! C'était l’essentiel ! Et rapidement les prisonniers se rendirent compte que le grincement de la scie se perdait dans le brouhaha qui régnait dans la prison.<br /> <br /> Sur le tuyau de chauffage d'ailleurs, Opta avait fait :<br /> - Ça va !<br /> Et Jacques de l’autre côté, avait répété !<br /> - Oui, ça va mieux, maintenant. On ne vous entendra pas.<br /> <br /> Ils étaient dans le bon ! L'heure était bien choisie. D'ailleurs, on entendait le gardien circuler et c'était un apaisement de le savoir occupé aux étages. Pendant la nuit, au contraire, il était en pantoufles et il s approchait sans qu'on soit averti de son arrivée ...<br /> Comme on approchait de 8 h, il convenait d'arrêter le travail.<br /> La coupure, dans le fer, fut rapidement camouflée à l'aide d'un mélange de mastic et de cendres de cigarettes.<br /> Il ne restait plus qu'à replacer les deux morceaux du carreau dans la fenêtre. Hélas ! unnouvel accident devait survenir !...<br /> L. Jansen en essayant de remettre le morceau supérieur, brisa subitement le carreau, le rendant, cette fois, inutilisable !<br /> L'affaire risquait de tourner mal ! Il s'agissait de trouver un subterfuge, si l'on ne voulait pas que le boche eût l'attention attirée par la fenêtre ...<br /> On l'entendait à nouveau, dans le couloir du rez-de-chaussée, allant de cellule en cellule, où il portait le déjeuner. Bientôt son pas se rapprocha. C'était pour le "35" !<br /> La porte s'ouvrit, prudemment, d'abord, comme d'habitude ...<br /> L. Jansen avait pris position, debout, sur une chaise, faisant le geste de retirer, à ce moment même, le panneau d'occultation.<br /> Puis, tout-à-coup, patatras ! L. Jansen renversait la chaise sous ses pieds et tombait, enfonçant le "Dunkler" dans la fenêtre dont les carreaux volaient littéralement en éclats !...<br /> La chaise elle aussi, se trouvait démolie. Et le "Dunkler" !<br /> Et L. Jansen gémissait, en se frottant le tibia, tout en s'écriant à l'adresse du gardien étonné :<br /> - Je vous l’avais bien dit que la chaise ne tenait plus. Il y a un mois que je demande qu'on la répare ! Nous sommes propres, maintenant : une chaise en moins, le "Dunkler" qui ne peut plus servir et voilà les carreaux cassés !...<br /> Il y avait, à la prison de Saint-Gilles, un gardien belge chargé des travaux d'entretien et de réparation, que les bo…… avaient réquisitionné à leur service. Devant les proportions prises par l' "accident", tout de suite il fut demandé !<br /> <br /> Il a déclaré, plus tard, qu'il s'était douté de la supercherie. (A la Libération, il fut décoré pour services rendus). Le fait est qu'il s'empressa d'apporter une nouvelle chaise et de remplacer le "Dunkler". Puis, faisant le censeur :<br /> - Pour ce qui est des carreaux, dit-il, vous serez punis ! Je ne les remplacerai que dans huit jours ! Cela vous apprendra !...<br /> <br /> Il fallut un moment aux quatre compagnons de cellule pour réaliser ce qui venait de leur arriver ; les carreaux enlevés, la fenêtre dégagée, permettant d'atteindre les barreaux, les gardiens eux-mêmes dans le jeu, grâce à l'intervention du Belge ! La ‘’punition’’ qui devenait une bénédiction du Ciel ! ...<br /> Et pourtant, ils étaient devenus incapables de ressentir encore une joie. Dans la lutte où ils étaient, à cet instant, pleinement engagés, tout leur esprit était tendu vers le but à atteindre, ne laissant même plus à leur cœur le temps de s'émouvoir... Plus aucun détail ne devait être négligé ; tout devait être calculé pour réussir !<br /> Donc, après une journée consacrée à la réflexion, ainsi qu'aux exercices prévus, les prisonniers arrivèrent au vendredi, où comme la veille, à 7 h, J. Hufkens se remit à l'ouvrage.<br /> Malheureusement, n'ayant pas réussi, le matin, à scier le barreau de part en part, il se trouva dans l’obligation de continuer l'après-midi. Les prisonniers. en effet, avaient décidé de tenter l'évasion au cours de la soirée de dimanche, et pour respecter le programme, il fallait que le barreau, du côté gauche, soit terminé le vendredi.<br /> R. Portmans, de guet à la fenêtre, redoublait par conséquent d'attention. Lorsque, tout-à-coup, dans un cri étouffé, on l'entendit s'écrier :<br /> - 22 !<br /> "Vingt-deux", c'était pour tous les camarades aux mains des boches, le signal d'alerte. (Comme il l’est, d' ailleurs, communément dans les prisons ; le cri avait tout simplement été repris !)<br /> Le signal, hélas, avait été lancé trop tard. Deux sentinelles allemandes, sur le sentier de briques longeant le mur, au bas des fenêtres, avaient surgi et s'arrêtaient, l'oreille tendue. Elles s'écartèrent du chemin pour mieux voir et regardèrent ...<br /> De leur position, elles pouvaient apercevoir le barreau inférieur, qui du chemin de ronde leur était caché par la saillie du seuil de fenêtre. Mais pour le bonheur de nos amis, les deux sentinelles, en s'écartant du sentier, avaient en même temps refait deux pas en arrière. Elles voyaient la fenêtre, non plus de face, mais très légèrement en oblique et ne pouvaient plus apercevoir l'extrémité du barreau à gauche, la vue étant interceptée par l'épaisseur du mur dans l’encadrement de la fenêtre !<br /> Encore une fois, les prisonniers étaient sauvés ! Mais ils éprouvaient de plus en plus le désir d'en finir avec ce côté du barreau. Il fallait poursuivre. A chaque instant, ils risquaient d'être pris. R. Portmans n'avait pas manqué, avant l'incident, d'observer le passage des sentinelles. Mais d'habitude, elles mettaient un bon quart d'heure à faire le tour du bâtiment, et, cette fois, elles avaient dû écourter sensiblement leur itinéraire. On n'était jamais sûr. Et, du bâtiment d'en face, un peu plus tard, est-ce qu'un prisonnier n'avait pas crié. au travers d'une fenêtre ?...<br /> - Alors, les copains, on s'apprête à filer ?...<br /> J. Hufkens était, malgré tout, arrivé à ses fins. Ça avait été tellement long et difficile, à cause du châssis de fenêtre, contre le mur, qui l'empêchait de scier droit. Maintenant, le barreau, à gauche, ne tenait plus que par un mince filet.<br /> Samedi matin, J. Hufkens entamait le côté droit et parvenait à terminer la coupe.<br /> Les prisonniers avaient réfléchi à la façon dont ils procéderaient pour sortir. Il y avait deux passages à effectuer : celui de la fenêtre et celui des barreaux. L'ouverture, pour chacun d'eux, était de 30 cm. sur 45, mais le panneau de la fenêtre était disposé en hauteur et l'intervalle entre les barreaux se présentait en largeur. Il ne restait, par suite de cette disposition en croix, qu'une ouverture de 30 cm. sur 30.<br /> Des exercices répétés avaient, par conséquent, été effectués au travers des barreaux d'un dossier de chaise, entrecroisés d’une écharpe !<br /> Oh ! ce n'était pas risible le spectacle de ces hommes se tortillant, dans cette chambre, entre les barreaux d'une chaise, mais tragique au possible, car l'enjeu comme les risques étaient énormes (L.Jansen, ne l'oublions pas, était condamné à mort !) et les prisonniers sentaient, d'heure en heure, approcher l'instant du dénouement, cet instant vers lequel se dirigeaient tous leurs efforts, toutes leurs ruses, leur science, leur méticulosité dans les préparatifs. Et il y avait encore tant à faire !<br /> Le crochet d'abord. Et puis la corde. Et puis, le problème des vêtements !<br /> Pour le crochet, toute l'après-midi du dimanche allait y être consacrée !<br /> Le mobilier de la cellule comportait une solide table, de construction métallique. Pour la confection d'un crochet, l'une des traverses en fer – une barre carrée de 6 x 6 mm. de section, longueur 90 cm. – paraissait offrir un coefficient de sécurité suffisant et nos prisonniers avaient jeté leur dévolu sur elle. Seulement, il ne suffisait pas de pouvoir la découper hors de la table à l'aide de la petite scie à métaux, il fallait encore réussir à la plier, pour lui donner la forme voulue.<br /> A cet effet une nouvelle section fut pratiquée dans un des pieds de la table, de façon à y introduire la barre et fléchir celle-ci en appuyant sur le bras de levier ainsi formé !<br /> La dimension du crochet devait correspondre à l'épaisseur de la pierre formant le couvre-mur ; cette épaisseur avait été estimée à 15 cm. par comparaison avec celle des briques. Il fallait, en plus, tenir compte de la forme oblique du couvre-mur. La boucle du crochet fut donc formée sur 20 cm.<br /> De tous ces détails techniques dépendait encore et toujours la réussite !<br /> Ainsi en serait-il pour la corde, à son tour.<br /> Il s'agissait de lui donner la longueur requise, non seulement pour atteindre du pied, le haut du mur, mais pour permettre le lancer du crochet, afin de l’amorcer du côté opposé !</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le mur de la prison, d’une hauteur de 8 mètres, qu’escaladèrent les évadés</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Au cours de leurs promenades dans la cour, les prisonniers s'étaient maintes fois efforcés de compter les rangées de briques, en hauteur, dans le mur. Jamais ils n’étaient arrivés au même chiffre ! (Dame ! il fallait marcher et il ne s'agissait pas de s'arrêter, en dévisageant le mur de clôture !) Ils se mirent néanmoins d'accord sur une estimation de 8 mètres.<br /> Il ne pouvait être question, par suite des inspections quotidiennes, de confectionner la corde, à l'avance, avec les draps de literie. Les instants mêmes précédant l’évasion devaient donc suffire pour ce travail. Il n'y avait, dans la cellule, que quatre draps, c'est-à-dire un seul drap par homme. Or, sept longueurs de drap de 1 m. 75 étaient nécessaires, si l'on voulait donner à la corde la longueur suffisante, en tenant compte de la perte pour les nœuds. Heureusement, quand Eric était parti, on lui avait soufflé :<br /> - Laisse ta paillasse et ton drap, dans la cellule.<br /> Au moment même, le gardien n'avait pas, fait attention, et les objets avaient immédiatement été glissés à l'intérieur de l’une des autres paillasses. Avec la toile, coupée en deux, et le drap d'Eric, cela faisait les trois longueurs manquantes !<br /> Il n'y avait plus qu'à trouver le moyen de se vêtir, puisque l'évasion ne pouvait se faire que la nuit et que les prisonniers ne disposaient plus, à ce moment, de leurs vêtements.<br /> <br /> A la guerre, comme à la guerre ! Tout n'était évidemment que tricherie, dans la prison, sous les bo.... Et c'est pourquoi nos amis disposaient, en fraude, de quelques effets d'habillement, également dissimulés dans les paillasses !<br /> L. Jansen avait réussi à cacher un costume et une paire de souliers de réserve. F. Lissens avait pu en faire autant avec un pantalon et une paire de pantoufles, reçues dans un colis et il portait toujours sur lui une vareuse, que le gardien n'avait jamais réclamée. J. Hufkens avait « récupéré », un jour aux bains, une paire de savates en corde tressée.<br /> Un Hollandais, qui avait occupé la cellule à une époque plus éloignée, leur avait laissé aussi une vieille paire de bottines inutilisables.<br /> Le compte des pièces manquantes fut vite dressé ! Il fallait s’assurer de celles-ci, en trompant le gardien sur le contenu du paquet de vêtements, remis le soir, à la porte de la cellule.<br /> Devaient être soustraits : un pantalon, un veston et un pardessus ; quatre paires de souliers seraient remises intégralement, dont la paire du Hollandais.<br /> <br /> Les fugitifs seraient, par conséquent, habillés comme suit: L. Jansen, avec son costume et ses souliers de réserve ; F. Lissens avec son pantalon de réserve, sa vareuse et ses pantoufles ; ]. Hufkens, avec son pantalon et son veston soustraits au contrôle et les savates "récupérées " ; R. Portmans, enfin, avec les bottes qui lui appartenaient et le pardessus de Jansen, expressément choisi pour la longueur, afin de dissimuler son manque d'habillement.<br /> Le tout était de réussir avec le gardien. Mais précisément, le dimanche soir, le service était assuré par un Autrichien, beaucoup moins sévère que le gardien habituel (un Feldwebel allemand), et auquel nos quatre prisonniers, pendant la journée, avaient manifesté déjà beaucoup de politesse intéressée !...<br /> Et de fait, à 17 h, le lourd paquet était remis entre les bras de l'Autrichien, et passait... comme une lettre à la poste !<br /> En cette fin d'après-midi du 28 février 1943, dans leur cellule de la prison de St-Gilles, Jean Hufkens, Lucien Jansen, Frans Lissens et Raymond Portmans ne se réjouissaient même pas de la réussite de ce petit jeu de passe-passe. Ils attendaient, tendus, l'instant d'agir. Allaient-ils, enfin, arriver à la phase finale, au dénouement de leur dramatique entreprise ? Ils se regardèrent... Et c'est comme si leurs têtes s’étaient mises tout-à-coup à bourdonner. La même question vint à chacun d'eux, en même temps, sur leurs lèvres :<br /> - A quelle heure allons-nous partir ?...<br /> Mais déjà ils avaient tiré les draps et commençaient par les enrouler, un par un, Une fois boudinés, les draps allaient devoir être maintenus à l’aide d'un solide point de couture, et bientôt les aiguilles se mirent à fonctionner entre leurs doigts fébriles ...<br /> Est-ce que le meilleur moment pour fuir n'était pas à 20 h, immédiatement après le signal du coucher, pendant que le gardien se rendait dans les autres cellules afin d'éteindre les lumières ?...<br /> Les draps cousus, il fallait les nouer bout-à-bout. Et pour serrer les nœuds, étant donné le manque de souplesse des toiles enroulées, un véritable exercice de traction était nécessaire. Cela permettait en même temps de vérifier la résistance des draps ...<br /> Et quand le gardien de nuit viendrait, au cours de sa tournée, mettre son œil dans l’ouverture du judas, ne convenait-il pas de préparer une mise en scène, pour faire croire à la présence des prisonniers sur leurs paillasses ?...<br /> Ils avaient fini de nouer les draps. La corde avait une longueur de 9 m. 50 environ. Il restait à y attacher le crochet.<br /> Un nouveau nœud coulant, encore quelques exercices de traction, et voilà l'ancre de délivrance prête à fonctionner ! Pour que le fer ne résonnât point en frappant contre le mur, J. Hufkens avait enroulé un essuie-main sur le pourtour du crochet. Il était 19 h. 30.<br /> Il n'y avait plus, dès ce moment, qu'à attendre. La corde dissimulée sous leurs couvertures, les quatre prisonniers s’étaient couchés, l'oreille aux aguets. Immobiles sur leur paillasse, ils étaient là, haletants, s'apprêtant à jouer leur dernière carte.<br /> Des pas résonnèrent dans le grand corridor... Ils s'arrêtaient. Reprenaient. S'approchaient du "35". Un visage dans le judas de la porte ... Les pas s'éloignaient...<br /> <br /> Hors du lit !... Le principal, maintenant, était d'agir dans le plus grand silence. Le moindre choc, le moindre bruit suspect et c'était la catastrophe !<br /> Sur la pointe des pieds, les quatre comparses se mouvaient. Ils dévissaient la lampe. Retiraient le "Dunkler". Enroulaient la corde. S'habillaient. Refermaient les lits, en simulant sur chaque paillasse, pour donner le change, une forme humaine à l'aide de l'une des deux couvertures (avec un bol à café en guise de tête !) En quelques secondes ils étaient debout, regardant la fenêtre.<br /> Ils n'avaient pas tiré au sort pour savoir qui tenterait, le premier, le passage des barreaux ! Mais J. Hufkens, étant le plus gros, avait été désigné. S'il ne passait pas, personne ne passerait !... C'était le mot d'ordre. S'imagine-t-on le drame, s'il n'allait pas réussir ?<br /> Une simple traction lui suffit pour détacher le barreau inférieur. La voie était ouverte ... Ses compagnons lui faisaient la courte-échelle pour lui permettre d'atteindre le rebord de la fenêtre et s'y appuyer.<br /> <br /> Imagine-t-on le drame ? J. Hufkens essayait en vain de franchir l'ouverture entre les barreaux. Rien à faire. En se tournant comme ceci, ou en se tournant comme cela, J. Hufkensne passait pas. J. Hufkens était trop gros !...<br /> Ils avaient juré de s'évader ensemble. A quatre, ... ou pas !<br /> Le drame !... Etait-ce le drame ?<br /> Mais non !... Ils ne se laisseraient pas abattre<br /> Ils scieraient un barreau de plus.<br /> Et ils passeraient... demain !<br /> <br /> Lorsque, aujourd'hui, en écoutant leur récit, on veut les appeler des "héros", leurs âmes robustes réagissent avec une vivacité sans pareille ! Ils ne veulent pas être des héros ! Mais simplement des "évadés" ayant minutieusement tout calculé pour réussir ...<br /> Il ne leur restait qu'à tout remettre en place dans la cellule, à commencer par le barreau de la fenêtre. Celui-ci pouvait heureusement se maintenir, grâce à un ergot et au bourrage de mastic et de cendres, qui servait en même temps de calage.<br /> Puis, il fallait remettre les vêtements dans les paillasses. Réintégrer le crochet dans la table. Dénouer les draps et avaler les fils. Oui, avaler les fils ! Le gardien du lundi - le "Feldwebel" ! - était un gardien difficile et rien ne devait subsister qui puisse révéler la tentative d'évasion !<br /> Mais au moment où nos quatre prisonniers s'efforçaient de remettre le barreau, soudain les pas du surveillant – circulant, le soir, sur des chaussons – se firent entendre devant la porte de la cellule. Trop tard ! Le "Dunkler", à la fenêtre, n'était pas encore replacé et la lumière de la lampe n'était pas rétablie !<br /> Avait-il surpris quelque bruit ? Quelque anomalie dans la vie de la cellule ? Toujours est-il qu'il se trouvait subitement devant la porte et criait très fort, en allemand :<br /> - Qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi avez-vous dévissé la lampe ?<br /> Assis sur le bord de sa paillasse, R. Portmans, simulant une crise d'asthme, suffoquait, cherchait de l'air pour ses poumons ...<br /> Et L. Jansen de dire :<br /> - Vous ne voyez pas qu'il a besoin d'air ? Nous avons dû ouvrir la fenêtre !<br /> R. Portmans souffrait d'asthme, en effet. Le gardien ne l'ignorait pas. Il fit revisser la lampe et remettre le "Dunkler", ce qui permit heureusement de cacher la fenêtre où manquait un barreau ! ! Après inspection de la chambre, il sortit ...<br /> Il n'y aurait pas de drame, décidément !<br /> <br /> La journée du lundi 1er mars s'ouvrit avec une nouvelle lueur d'espérance ...<br /> Et J. Hufkens, dès le matin, s'était remis à scier, s'attaquant, cette fois, au montant vertical du châssis de fenêtre. C'est ce montant qui gênait le passage, devant l'ouverture des barreaux.<br /> Le châssis, en fonte, était beaucoup plus dur à scier et, à la fin de l'après-midi, J. Hufkens n'était parvenu à sectionner la barre que dans le bas du panneau. Les fugitifs devraient par conséquent la briser par le haut au moment du départ.<br /> L'heure du souper était arrivée et, bientôt, le tour de passe-passe avec le, vêtements allait devoir être réédité ! Est-ce qu'il réussirait encore ? C'était le point qui inquiétait grandement nos quatre prisonniers. L'Autrichien n’était plus de service, c'était Fritz, le Feldwebel, et Fritz était une rosse !<br /> Pour l’amadouer, ils l'avaient salué d'un "Herr Feldwebel" déférent.<br /> Fritz avait traduit sa satisfaction par un complément de ration dans la marmite !<br /> Le repas terminé, il avait refusé, cependant, de prendre les vêtements.<br /> - Noch nicht, avait-il dit.<br /> Quelque chose semblait le retenir.<br /> - Noch nicht, dit-il encore, en repassant une demi-heure plus tard.<br /> Puis, tout-à-coup, à 18 h. 10, il faisait irruption dans la cellule :<br /> - Kleider haus ! Schnell !<br /> Et il acceptait tout le paquet, sans dénombrer les vêtements !<br /> A vrai dire, il y avait quand même une Providence pour les prisonniers du « 35 » !...<br /> Refaire la corde n’était plus compliqué et la scène de la veille recommença, se déroulant, sans un mot, comme une pantomime apprise par cœur !<br /> Décidant brusquement d'avancer le départ, peu après 19 heures, les quatre courageux compagnons se retrouvaient, debout, devant la fenêtre à franchir. Au plus tôt ils partiraient, au mieux cela vaudrait pour les chiens. Quant aux sentinelles, rien ne pouvait, hélas, être prévu, leur passage étant irrégulier. <br /> On verrait bien !...<br /> J. Hufkens et Fr. Lissens se mirent, à deux, à tirer sur le montant de la fenêtre. D'un seul coup, il céda, éclatant avec un bruit sec comme un coup de fusil ! !...<br /> Remettre le "Dunkler" en place – encore une fois ! – pousser la corde sous les couchettes et se précipiter au lit, était la meilleure chose à faire ...<br /> Au bout de quelques instants d'attente, rien n'avait bougé clans la prison. Les fugitifs pouvaient se remettre à l'œuvre.<br /> Seul l’avertissement d'Opta s'était fait entendre, comme à l'habitude, sur le tuyau de chauffage. Car ils avaient continué à communiquer entre eux, de même qu'avec Jacques Thibau. Celui-ci ne leur avait-il même pas glissé, dimanche, au travers du mur, le long du tuyau, un billet de 1.000 Fr. !<br /> - Vous serez contents de l'avoir, une fois dehors, avait-il dit !...<br /> Cette fois, l'ouverture pratiquée dans la fenêtre correspondait à la corpulence de J. Hufkens et il se laissa descendre, à l'extérieur.<br /> R. Portmans le suivit, dissimulant la corde, enroulée autour du corps, sous son long pardessus.<br /> Puis L. Jansen.<br /> Puis Fr. Lissens, le plus agile d'entre eux – c'était un marin –, qui devait remettre le "Dunkler" en place, derrière lui, après avoir revissé la lampe.<br /> Tous les quatre se trouvaient, regroupés, au pied de la façade. Devant eux s'étendait la cour, dans la nuit déjà noire. Et pendant un instant, immobiles et surpris, ils écoutèrent le bruit des conversations dans les cellules. Bruit confus, murmure étrange, qui se percevait seulement dans la cour et qu'ils entendaient pour la première ... et la dernière fois ! La voix des camarades... prisonniers !<br /> Ils se ressaisirent.<br /> <br /> Pendant leurs longues palabres dans la cellule, ils avaient décidé du mur à franchir. Mieux valait ne pas emprunter l'un des deux murs donnant immédiatement accès à la rue, où des sentinelles ne manqueraient pas de les apercevoir. C'était le mur de l'avenue Ducpétiaux, où se trouvait l'entrée de la prison, et celui de l'avenue de la Jonction, où était située la prison voisine, de Forest, avec son entrée, gardée également.<br /> Les deux murs étaient d'ailleurs plus éloignés que celui qui leur faisait immédiatement face et qui longeait, de bout en bout, l'usine de produits pharmaceutiques des Etablissements Sanders, contiguë à la prison. Ce mur devait logiquement retenir leurs préférences, les fugitifs espérant, une fois à l’abri, dans l'usine, trouver le moyen de s'échapper pour de bon.<br /> Le trajet à parcourir dans la cour, à travers des terrains de culture, était de 150 mètres au moins.<br /> Jusqu'à, présent, pas de sentinelles. Tout allait bien de ce côté, mais il fallait être prudent.<br /> Ils se coulèrent un à un, dans un sillon du champ de culture et avancèrent lentement, en rampant, se confondant avec le sol, profitant de la moindre aspérité du terrain pour se dissimuler, s’arrêter un instant, épier, écouter dans la nuit …<br /> Au pied du mur, J. Hufkens s'empara de la corde, et comme le font les bateliers à l'amarrage, la balança, pour l'envoyer, après quelques tours, dans l'air, en direction du faîte.<br /> Il avait réussi, du premier coup ! Le fer pendait de l’autre côté du mur. J. Hufkens tira lentement et sentit une résistance. Le crochet avait fait prise.<br /> A la force des poignets, il fallait qu'un à un chacun des fugitifs atteigne le haut de la corde, pour agripper ensuite le couvre-mur, faire une sorte de rétablissement et se hisser au sommet. Ce n'était pas facile !<br /> Aussi, est-ce Fr. Lissens, choisi à nouveau pour son agilité, qui grimpa le premier, afin de pouvoir, d'en haut, aider ses camarades qui devaient le suivre. Sans cette précaution, jamais ceux-ci ne seraient parvenus au bout de leur entreprise !<br /> J. Hufkens, tout d'abord, eut toutes les peines du monde à faire le rétablissement et ne dut son salut qu'à la main tendue de Fr. Lissens.<br /> Tous les deux se trouvaient couchés, à plat ventre, sur le faîte, lorsque L. Jansen commença à grimper à son tour.<br /> Il n'était pas encore arrivé au sommet que des cris étouffés partaient du haut du mur :<br /> - Lâche ! Lâche ! Ça ne tient plus !<br /> Il se laissa tomber, de toute la hauteur, heureusement sur la terre molle !...<br /> Contrairement aux prévisions, la pierre du couvre-mur ne présentait pas, du côté de l'usine, le rebord qu'elle offrait du côté de la cour ! Elle y avait été posée (intentionnellement d'ailleurs) à même le pan du mur. Et c'était miracle que le crochet avait tenu jusqu'à présent, dans une saillie légère et accidentelle de la construction !<br /> On peut le dire, Fr. Lissens et J. Hufkens heureusement, dominaient la situation !... Ils maintinrent solidement la corde et firent signe à L. Jansen de recommencer.<br /> Péniblement, il avait pu se hisser jusqu'à près de 50 cm. du bord, lorsque ses forces, déjà mises à l'épreuve une première fois, défaillirent ! J. Hufkens, les mains prises, en vain lui avait tendu un pied. L. Jansen ne pouvait atteindre la semelle que du bout des doigts. Epuisé, il se laissa choir, une nouvelle fois !...<br /> Entre lui et R. Portmans, au pied du mur, ce fut une courte discussion. R. Portmans étant le plus faible, on avait prévu de le tirer, à trois, avec la corde. C'est dans ce but qu'il était resté le dernier. L. Jansen lui dit :<br /> -Attache-toi à la corde. A deux ils réussiront bien à te soulever. Moi, je suis trop lourd. Filez à trois. Ne vous occupez pas de moi...<br /> Ce n'était pas l'idée de R. Portmans. Il n'acceptait pas d'abandonner L. Jansen. Une fois en haut, il ferait redescendre la corde et on s'efforcerait de le sauver !...<br /> Ainsi, R. Portmans et L. Jansen, successivement, furent hissés au haut du mur, leurs compagnons ayant tendu toute leur volonté, pour faire un effort normalement au-dessus de leurs forces ...<br /> Il était temps. Les chiens aboyaient tout-à-coup dans la cour. Mais ils n'avaient pas encore flairé la piste, qu'ils recoupaient, au lieu de la prendre en enfilade.<br /> La position des quatre fugitifs, au-dessus du mur, devenait compromettante. Vite, il fallait redescendre, en sens opposé, dans la cour de l'usine.<br /> Mais une surprise les attendait. Entre la prison et l'usine, il y avait une différence de niveau de deux mètres. La corde n'arrivait pas jusqu'au sol !<br /> Se laisser descendre et puis, hop la chute ... Chacun la fit, heureusement sans douleur.<br /> Ils se trouvaient dans une cour silencieuse, où se devinaient, dans l'ombre, deux bâtiments industriels. Dans le fond, une porte à double battant donnait sur l'avenue de la Jonction ...<br /> Il était 19 h. 30. Pas vingt minutes ne s'étaient écoulées depuis leur départ.<br /> Ouvrir la grande porte et quitter l'usine, comme le feraient quatre ouvriers à la sortie du travail, semblait à nos amis une façon comme une autre de terminer avec succès leur commune odyssée...<br /> J. Hufkens avait, en poche, la clé de la boîte à sardines qui avait servi de démonstration le jour de son arrivée. Elle remplit, pour finir un non moins indispensable office ! Malgré les verrous maintenus à la main, les fugitifs ne parvenaient pas à tirer les battants de la porte, le pêne de la serrure trop long restant bloqué dans la gâche.<br /> La clé de boîte à sardines, muée en passe-partout, suffit à décaler légèrement le pêne et, après une nouvelle traction, les deux battants, dans un bruit de tonnerre, s'ouvrirent ... vers la liberté.<br /> Dans l'avenue de la Jonction, à cent mètres, vers le haut, une sentinelle allemande déambulait...<br /> Ils s'éloignèrent, deux par deux, d'un pas rapide, ayant convenu que chaque groupe, séparément, courrait sa chance.<br /> Ils n'emportaient que peu de choses, de leur cellule ...</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/saintgilles4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Plaque apposée sur le mur de la prison de Saint-Gilles.</p><br /> <br /> Source bibliographies et iconographiques :<br /> Brochure écrite par Henry Claessens via :<br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/evades_saint_gilles.php">http://www.maisondusouvenir.be/evades_saint_gilles.php</a> Tue, 01 May 2018 11:29:42 +0200 La Résistance à Rebecq (Brabant Wallon) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-171+la-r-sistance-rebecq-brabant-wallon.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-171+la-r-sistance-rebecq-brabant-wallon.php <p style="text-align:justify">Conjointement à l’installation des Allemands dans notre Pays, la résistance à l’ennemi commence à s’organiser. De nombreux groupes voient le jour au fur et à mesure du temps qui passe. Si certains ont une structure quasiment militaire et se composent d’un nombre élevé de membres œuvrant sur tout le territoire national, d’autres se créent à partir de quelques individus n’ayant pour but que de contrer l’action des occupants à un niveau très localisé. <br /> <br /> Chaque groupement de résistance a ses objectifs et son organisation interne qui lui est propre. C’est ainsi qu’il y a l’Armée Secrète (A. S.), le Mouvement National Belge (M. N. B.), le Front de l’Indépendance (F. I.), le Groupe Général de sabotages (G), la Milice Patriotique (M. P.), les Partisans Armés (P. A.), l’Organisation Militaire Belge de la Résistance (O. M. B. R.), l’Union des Travailleurs manuels et intellectuels (U. T. M. I.), le Vlaams National Verbond (V. N. V.), le Mouvement National Royaliste (M. N. R.),le Special Intelligence Service (S. I. S.), les Services Operations Executive (S. O. E.), le groupe chargé du Rapatriement des aviateurs abattus (M. F. 9.), etc. <br /> <br /> Les personnes composant ces unités sont souvent jeunes. Tous sont épris de liberté et rejoignent la résistance par patriotisme. C’est grâce à leur action et leur dévouement que les Allemands ne peuvent s’installer comme ils le désirent. Mais la répression vis-à-vis de la Résistance sera des plus dures et nombreux résistants payeront de leur vie ce devoir civique. <br /> <br /> Les actions menées par les mouvements de résistance sont de toutes natures : le renseignement et l’espionnage qui consistent à collecter les informations susceptibles d’aider les Alliés, faire parvenir ces informations en Angleterre par tous les moyens possibles, le sabotage des installations allemandes et de leurs moyens de communications (routes, chemin de fer), la protection et le rapatriement des aviateurs abattus, la lutte contre les collaborateurs et leur élimination, la protection et le transfert des personnes juives en lieu sûr...</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/rebecq_1_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/rebecq_2_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/rebecq_3_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le sabotage de la ligne de chemin de fer 115 allant de Braine-l'Alleud à Braine-le-Comte qui passait par Rebecq-Rognon était monnaie courante. Les sections locales de la résistance y ont opéré nombreuses actions tentant d'interrompre le trafic des trains de matériel allemand destiné au front de l'ouest, notamment.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Des groupements de grande envergure se mettent en place à Tubize et Braine-le-Comte. Le F.I., les P.A., le groupe G, l’A.S. collaborent ensemble. Des Rebecquois, Quenastois, Saintois et Biergheois rejoignent la Résistance. Quatre années de lutte constante et acharnée afin de déstabiliser l’Autorité occupante va se poursuivre. Certains groupes se constituent au sein des grandes entreprises de la région : les Forges de Clabecq, les Soieries de Tubize, les Carrières de Quenast, les Verreries de Braine-le-Comte. <br /> <br /> Des tracts et des journaux clandestins sont imprimés et distribuées dans la clandestinité (par exemple le journal « L’Insoumis », imprimé à Braine-le-Comte), des sabotages sur la voie de chemin de fer Hal-Mons sont perpétrés régulièrement, gênant en cela l’approvisionnement des troupes allemandes, des filières sont organisées en vue de l’évacuation des personnes recherchées par les b...... (Juifs, aviateurs, résistants, etc.), des largages d’armes et de matériel de communication (radios), etc. <br /> <br /> De nombreux habitants de nos villages font partie des groupes de résistance les plus importants. D’autres travaillent dans l’ombre et la discrétion, sans la protection et l’assistance d’une structure, risquant d’être pris à tout moment. Le mérite de ces personnes est à la hauteur des risques encourus et de l’abnégation qui a caractérisé leurs actions. Il serait bon de citer toutes ces personnes, mais de peur d’en oublier ne fusse qu’une, nous nous abstiendrons d’en établir la liste.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographique et Iconographiques:</strong><br /> <a href="http://www.rewisbique.eu/bib23p.php">http://www.rewisbique.eu/bib23p.php</a><br /> Fascicule ‘’Rebecq Souviens-toi’’ Edité par Le Rebecq Historical Ass.40-45 Sun, 01 Apr 2018 10:24:01 +0200 Le réseau Benoît en zone nono (Zone non occupé en France) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-170+le-r-seau-beno-t-en-zone-nono-zone-non-occup-en-france.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-170+le-r-seau-beno-t-en-zone-nono-zone-non-occup-en-france.php <p style="text-align:justify">Le service d'évasion et de renseignements Benoît est constitué à l’automne 1940 en France libre par des militaires belges qui avaient abouti là suite au plan militaire prévoyant le transfert de tous les organismes d'approvisionnement de l'armée dans le sud de la France. Rien n'avait été prévu en cas de capitulation de l'armée française. Après l'effondrement de la France, commence une période d'errements et d'hésitations. Toutefois, un certain nombre d'entre eux sont résolus à continuer la guerre aux côtés des Anglais. Le chevalier Frédéric de Selliers de Moranville est capitaine de Cavalerie. Après la capitulation française, il devient l'adjoint du général Delvoie à Vichy. <br /> Lorsque ce dernier est approché par un émissaire envoyé par le consul général de Belgique à Barcelone en vue d'organiser une ligne d'évasion vers la Grande-Bretagne via la péninsule ibérique, il envoie le capitaine de Selliers pour exécuter cette mission. Les bases de Benoît sont jetées le 29 décembre 1940 et Frédéric de Selliers en prend la direction sous le pseudonyme de Friquet ou de Benoît. <br /> Le 20 janvier 1941, Frédéric de Selliers se rend en Belgique pour y nouer quelques contacts avec des officiers qui rassemblent des militaires et d'autres mouvements précoces de résistance qui cherchent des moyens de liaison avec Londres. Étienne Verhoeyen le qualifie dès lors de "premier agent de la Sûreté de l'État, même s'il ne venait pas de Londres, à avoir des contacts avec des Belges s'occupant d'activités de renseignements d'évasion". Frédéric de Selliers est de retour en France le 8 février. Il organise la filière et se trouve un remplaçant qu'il signale à Londres le mois suivant. Fin mai 1941, Frédéric de Selliers est arrêté deux jours par la police de Vichy à Perpignan. Il est temps de partir. Il passe en Espagne le 4 juin mais y est de nouveau arrêté. Libéré de Miranda le 18 septembre 1941, il arrive en Grande-Bretagne via le Portugal le 8 janvier 1942. Il s'engage dans la Brigade belge avec laquelle il participera à toutes les campagnes de Normandie, de Belgique et des Pays-Bas comme commandant de la 1st Belgian Armoured Squadron, l'escadron des Autos blindées. <br /> Gérard Vinçotte est un petit-fils du sculpteur Thomas Vinçotte qui a été anobli en 1921 et un fils du lieutenant-général baron Jules Vinçotte, ancien combattant et prisonnier de la Première Guerre. Gérard, qui est né en 1920, suit les traces de son père et embrasse la carrière militaire. Lors de la campagne de mai 1940, il est élève de seconde à l'ERM. Gérard Vinçotte et Gaston Van Buylaere, un de ses amis de l'ERM (Ecole Royale Militaire), lui aussi fils d'officier, décident "d'éveiller chez leurs camarades de promotion l'esprit de patriotisme et de résistance sous toutes leurs formes".</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/vincotte_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils organisent des réunions clandestines auxquelles ils convient principalement des condisciples. Lors de ces réunions, qui débutent en été 1940, ils leur distribuent des questionnaires types en leur demandant d'y consigner tous les renseignements pouvant intéresser les Alliés. Le frère de Gaston, Albert Van Buylaere, qui assiste à certaines de ces réunions, travaille pour Benoît. Il est probable que les renseignements rassemblés par ce petit groupe d'élèves de l'ERM ont transité par cette voie. Gaston Van Buylaere et ses parents sont arrêtés par la GFP le 8 octobre 1941. Vinçotte, qui est coupé du Renseignement se tourne vers la résistance armée. Inscrit dans la même école de formation d'ingénieurs, que Georges Terlinden , il l'y retrouve régulièrement et lui confie qu'il rassemble des armes. Bien qu'ayant tous les deux des activités dans la Résistance, Terlinden n'apprend que peu de détails sur celles de son ami, si ce n'est qu'il a fondé, avec Van Buylaere, une "section (de résistance) de l'ERM". <br /> Gérard Vinçotte est arrêté à son domicile par la Feldpolizei le 31 mars 1942. Il vient d'avoir vingt-deux ans. Une perquisition de la maison du général Vinçotte ne livre aucun résultat. Gérard est néanmoins conduit à la prison de Saint-Gilles, car il est l'un des suspects de la ‘’Sache Robert Pianet’’, que les enquêteurs allemands relient à l'affaire Van Buylaere. Robert Pianet est également élève à l'ERM et un ami de Vinçotte, mais il dirigeait, selon Terlinden, un autre noyau de résistance de l'école militaire, vers lequel Vinçotte s'est peut-être tourné après sa perte de contact. Robert Pianet est incarcéré depuis le 21 février 1942 et soupçonné ‘’d'activité commune avec Van Buylaere et de recrutement pour la résistance armée’’. Vinçotte et Pianet sont déportés en Allemagne le 27 juillet 1942 et condamnés, faute de preuves, plus de deux ans plus tard pour non-dénonciation du service de renseignements Van Buylaere’’. Gérard Vinçotte, transféré de prison en prison (notamment au kommando d'Esterwegen, la forteresse de Gross-Strehlitz ), arrive en octobre 1944 au camp de concentration de Gross-Rosen. Épuisé par les travaux forcés et la maladie il y expire le 30 novembre 1944 en murmurant "vive ma patrie". <br /> <br /> <strong>Source Bibliographique et iconographique:</strong><br /> Ouvrage de M-P d’Udekem d’Acoz, "Pour le Roi et la Patrie"</p> Thu, 01 Mar 2018 10:29:10 +0100 L’Armée Secrète, la zone IV (Centre de la Belgique) Comte d’Ursel, Comte de Lichtervelde et ses fils https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-169+l-arm-e-secr-te-la-zone-iv-centre-de-la-belgique-comte-d-ursel-comte-de-lichtervelde-et-ses-fils.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-169+l-arm-e-secr-te-la-zone-iv-centre-de-la-belgique-comte-d-ursel-comte-de-lichtervelde-et-ses-fils.php <p style="text-align:justify">La zone IV, telle qu'elle est délimitée fin 1943, couvre le centre du pays. Outre la province de Brabant, elle englobe les parties des provinces de Liège et de Namur situées sur la rive gauche de la Meuse et de la Sambre_ Avant d'arriver à cette délimitation territoriale de l'AS bientôt opérationnelle, elle s'est constituée durant des mois. Le recrutement des soldats de l'armée de l'ombre ne s'effectue pas sans dégâts dus à l'inexpérience de la guerre secrète et à l'imprudence face à un ennemi redoutable. <br /> Le comte Gérard d'Ursel n'a que sept ans lorsque son père meurt pour la Belgique le 18 août 1914. Il devient ingénieur agronome et se marie en 1933. Lieutenant de réserve au régiment de son père, les Guides, il est fait prisonnier à Zeebrugge lors de la capitulation. Il est libéré au mois d'août après avoir réussi un rudimentaire test de connaissance du néerlandais. Son domicile de Grez-Doiceau étant sinistré par la guerre, Gérard d'Ursel s'installe chez ses beaux-parents au château de Villers-les-Heest non loin de Namur. Il est approché de-ci de-là pour faire partie de l'AS en formation, mais, probablement influencé par ses liens familiaux avec la France, il réserve sa réponse de crainte que le mouvement ne soit infiltré par les communistes.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/photo1_comte_d_ursel.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le comte Gérard d'Ursel, décédé à Verl le 6 avril 1945</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Devenu père pour la cinquième fois en juin 1942, ses responsabilités paternelles lui font solliciter le consentement de sa femme avant d'accepter de faire partie de l'état-major d'un groupe organisé dans la région de Huy par le capitaine-commandant Louis Reyntens. <br /> Reyntens est un prêtre, volontaire de la guerre de 14 et officier de réserve qui a commandé un bataillon motocycliste des Chasseurs ardennais en 1940. Fatale erreur souvent commise, le nom de Gérard d'Ursel est inscrit sur une liste... que la police allemande découvre dans la cellule d'un moine dominicain du couvent de La Sarte à Huy. Le dominicain réussit à s'échapper, mais Gérard d'Ursel est arrêté au château de Villers-les-Heest le 28 octobre 1942. Emprisonné à la prison de Charleroi, il est condamné à mort le 22 avril 1943. Deux des coïnculpés à son procès sont fusillés, mais lui bénéficie de la clémence de von Falkenhausen qui accepte son recours en grâce. Le 8 juin, il condamné à purger une peine de quatre ans de travaux forcés en magne. Il est déporté le 12 août 1943 vers le camp de travail de Windelsbleich près de Bielefeld en Westphalie. En mars 1944, à bout forces et atteint d'une pneumonie, il est conduit à l'hôpital de Verl il s'éteint le 6 avril 1945.</p> <br /> <br /> <strong>Les parachutages</strong> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Les vastes étendues du Brabant wallon sont utilisées comme plaine de parachutage à partir de 1943. Deux agents secrets dropés fin 1943 dans le cadre de la mission ‘’Lear-Buckhound’’ sont chargés de repérer des endroits adéquats et de former des comités de réception Trois opérations de largage organisées par leurs soins sont couronnés de succès. Effectuées en trois temps, les 18 et 20 octobre 1943, treize containers tombent du ciel à Ittre et à Maransart. Une des équipes chargées de réceptionner et de cacher le chargement d'une douzaine de conteneurs est confrontée à un contretemps : le propriétaire de la cache qui avait été prévue prend peur et retire son accord. Elle se tourne en désespoir de cause vers le châtelain de Baudemont à Ittre, le comte John de Lichtervelde qui, bien qu'ayant fait les frais d'une perquisition en mars 1942, accepte d'entreposer les armes chez lui. Marié à Marie-Anne Jolly et père de trois fils, Gaston, né en 1921, Georges, né en 1922 et Étienne, né en 1928, John de Lichtervelde exploite sa vaste propriété située aux confins d'Ittre et de Nivelles. John de Lichtervelde et ses fils ne sont pas membres de l'Armée secrète, mais apportent leur soutien à la mission Caracal-Kola qui a été mise sur pied par Maurice Durieux et son radio Henri Heffinck parachutés en décembre 1942. Henri Heffinck a été mis en rapport avec les Lichtervelde environ un mois après son arrivée, probablement par le biais de Jean de Lantsheere, un des sauveteurs puis collaborateur de Durieux. Gaston et Georges de Lichtervelde participent aux activités de propagande du groupe par la distribution de tracts et de journaux clandestins. Ayant obtenu l'accord du châtelain, une équipe composée de quatre hommes apporte en camion le contenu de douze containers au château de Baudemont et les dissimule à la hâte dans une meule de foin. <br /> Les armes sont déplacées une quinzaine de jours plus tard dans une ancienne glacière dont l'ouverture, recouverte d'une petite plaque métallique, est dissimulée par les herbes. <br /> Le 3 décembre 1943, une camionnette se présente au château et y prend livraison des armes, mais étant trop petite, elle ne peut emporter tout le contenu de la glacière et laisse quatre bazookas sur place. Le 5 décembre 1943, des dizaines d'Allemands encerclent la propriété et découvrent les bazookas dans la cachette qui leur a été dévoilée par un membre de l'AS qui a parlé sous la torture. John de Lichtervelde et ses deux fils aînés Gaston et Georges sont emmenés (le cadet est au collège) et internés à Saint-Gilles. Le 30 avril 1944, ils sont condamnés à mort et déportés, le 10 mai suivant. Ils arrivent au pénitencier de Bruchsal près de Karlsruhe deux jours plus tard. Le 7 septembre 1944, prisonniers Nacht-und-Nebel en attente de leur exécution, ils sont conduits vers la prison de Schwàbisch-Hall. Quelques mois plus tard, nouveau transfert, vers l'est, à la prison de Brandenburg où ils restent deux jours avant d'arriver, le 5 janvier 1945, à la prison de Sonnenburg en Pologne3. Le 31 janvier 1945, John de Lichtervelde et ses fils Gaston, âgé de 23 ans et Georges, qui en a 22, sont conduits devant le peloton d'exécution et fusillés</p>. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/photo2_comte_de_licht.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le comte de Lichtervelde et ses fils, Gaston et Georges</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La mission "Lear-Buckhound" terminée, le service de parachutage est confié début décembre 1943 au capitaine-commandant de réserve Marc van Overbeke, seul organisateur de parachutages responsable d'une zone à ne pas être envoyé par Londres. Il est aidé dans sa tâche par quatre assistants dont Marc Anciaux Henry de Faveaux et Pierre van Wassenhove qui sont nés en 1922 et qui servent en outre d'estafettes du service de liaison et de transmissions. Dans ce cadre, ils transportent des messages, mais aussi des fonds, des armes, des uniformes, des badges, entre l'état-major de l'AS, l'état-major de la zone et les différents secteurs et refuges.</p><br /> <br /> Source bibliographique : ‘’Pour le Roi et la Patrie’’ de Marie-Pierre d’Udekem d’Acoz<br /> Sources iconographiques : Idem et Comte Baudouin d’Ursel. Thu, 01 Feb 2018 11:01:57 +0100 Les femmes belges dévouées à la Résistance française (Forces françaises combattantes) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-166+les-femmes-belges-d-vou-es-la-r-sistance-fran-aise-forces-fran-aises-combattantes.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-166+les-femmes-belges-d-vou-es-la-r-sistance-fran-aise-forces-fran-aises-combattantes.php <p style="text-align:justify">Le comte Paul de Liedekerke de Pailhe et son épouse la comtesse Anne d'Oultremont ont cinq enfants. En mai 1940, l'aîné des fils, James, qui a l'âge requis, part rejoindre un CRAB (Centre de Recrutement de l’Armée Belge) en France. Tandis que son épouse est à Amsterdam depuis le 8 mai 1940 pour y participer à une exposition de sculptures, le comte Paul de Liedekerke quitte le Namu-rois et le château de Pailhe avec ses quatre plus jeunes enfants : Isabelle, qui a seize ans, et trois petits garçons. Ils trouvent refuge dans une propriété de sa belle-sœur et de son beau-frère partis aux États-Unis, le Castel de l'Array à Pau dans les Pyrénées occidentales françaises. Pendant ce temps, la comtesse Paul de Liedekerke parvient à quitter les Pays-Bas par cargo et arrive à Londres le 14 mai. Un mois plus tard, elle rejoint Pau et les siens par avion. Le comte Paul de Liedekerke rentre en Belgique pour y protéger ses biens. <br /> La situation géographique de Pau, à quelques kilomètres de la frontière espagnole, va contribuer au développement d'une importante activité d'aide à de nombreux candidats à l'évasion. Le Castel de l'Array sert, à partir de la fin de 1941, de lieu de refuge et de passage pour des officiers amis qui venaient de Belgique vers les Pyrénées, puis de plus en plus de volontaires, de militaires belges, de personnalités françaises et belges, de Juifs et d'agents secrets empruntent la même voie. <br /> Â partir du mois d'août 1942, il y eut des grandes rafles ordonnées par les Allemands, exécutées par la police de Vichy, et, sauf un petit nombre, les Français non touchés restaient impassibles. Pour réagir contre cette collaboration passive, en novembre, avec un Belge évadé d'Allemagne, furent organisé des lignes de passage en Espagne. <br /> La comtesse de Liedekerke - aidée par sa fille Isabelle - contribue à l'organisation d'une filière par l'Espagne et héberge, nourrit, habille, offre une aide financière, convoie d'un refuge à l'autre ces hommes et ces femmes dans l'attente de leur départ. Elle confectionne (souvent la nuit) et fournit à qui de droit de très nombreux faux papiers : cartes d'identité, cartes d'alimentation, certificats de travail, actes de naissance, etc. <br /> En janvier 1944, mère et fille sont recrutées par le réseau français Bourgogne pour participer de la même façon à l'évacuation d'aviateurs alliés. Avant d'être rattachées au réseau Bourgogne elles étaient également au service - depuis septembre 1942 - du réseau de renseignements français Basse-Espagne qui utilisait le ‘’Castel’’ comme relais pour le courrier à destination d'Alger. Il s'agissait de renseignements militaires sur la côte méditerranéenne dont les ports de Toulon et de Marseille. Les documents étaient ramenés hebdomadairement au poste suivant par la comtesse de Liedekerke ou sa fille. Dans un milieu où ‘’tout le monde se connaît’’ et où la confiance règne, les contacts sont facilités. <br /> En 1943, Carlos de Radiguès de Chennevière, qui est à Paris ( cf Clarence), s'adresse à la comtesse de Liedekerke pour lui demander de venir en aide à un compatriote en danger : Maurice Simon. Ce dernier fait partie des services secrets britanniques et français depuis l'automne 1939 et a été arrêté en Belgique le 10 juillet 1941. Ayant fait croire aux Allemands qu'il allait travailler pour eux, il a été libéré au bout de vingt jours, mais doit par conséquent regagner l'Angleterre le plus rapidement possible. Il part pour Paris où il entre en contact avec Carlos de Radiguès. La comtesse de Liedekerke prend Simon et sa femme en charge et leur fait passer les Pyrénées le 1er mars 1943. À partir de cette date, la comtesse de Liedekerke reçoit tous les quinze jours du courrier du réseau d'évacuation belge Sabot destiné au gouvernement belge. Ce courrier lui est apporté par un agent de Sabot, Émile de Le Hoye,</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/emile_de_le_hoyefreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Emile de Le Hoye, décédé à Dora le 22/03/1944</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">qui est secrétaire du consulat de Belgique à Toulouse depuis juin 1942. Auparavant, de Le Hoye était chef de service à l'Institut national de Radiodiffusion (INR), place Flagey à Bruxelles. Ancien prisonnier politique de la Première Guerre, il est divorcé d'Yvonne Van Elder(Membre du réseau ‘’Les Amis de Charles ‘’ et décédée à Bergen-Belsen), dont il a deux fils. Il est arrêté par la Gestapo de Toulouse le 13 décembre 1943 et déporté vers Buchenwald le mois suivant. Il décède au camp de concentration de Dora le 22 mars 1944 à l'âge de quarante-sept ans. <br /> La réputation du ‘’Castel’’ et de ses occupants parvient jusqu'en Belgique. Lorsque Renaud Carpentier de Changy quitte la Belgique le 30 novembre 1943 (accompagné du baron Léon de Villenfagne de Vogelsanck ), il s'adresse à la comtesse de Liedekerke, persuadé que des Belges vivant au pied des Pyrénées devaient connaître ou découvrir le moyen de les franchir. Raymond Veranneman de Watervliet et André Pirmez ont également bénéficié de l'appui de la comtesse de Liedekerke. <br /> La plupart des protégés de cette dernière sont ses hôtes pendant une période variant de quelques jours à quelques semaines. Ignace Blochman, un musicien d'origine polonaise, est hébergé pendant vingt et un mois. La comtesse de Liedekerke le fait évader du camp d'internement de Gurs dans les Basses-Pyrénées, juste avant qu'il ne soit déporté, et organise son départ vers l'Espagne. <br /> La traversée des Pyrénées se passe mal, Blochman, souffrant, est bloqué dans un refuge de montagne. La comtesse de Liedekerke monte une expédition pour aller chercher le malade et le faire redescendre à dos de mulet. Blochman est soigné dans une clinique puis entièrement pris en charge par la comtesse de Liedekerke jusqu'à la Libération. Tout cela ne se déroule pas sans mal. Isabelle de Liedekerke est interpellée par la police de Vichy au mois de juin 1943 et emprisonnée quelques jours avant d'être relâchée faute de preuves. Isabelle et sa mère restent suspectes; elles sont souvent suivies et tracassées par la Gestapo ou par la milice de Vichy. Le ‘’Castel’’ est perquisitionné à trois reprises, heureusement sans résultat. Autorisée à demeurer dans l'immeuble (qui était occupée par des Allemands) avec ses enfants, elle fut un jour sommée de faire visiter la maison de fond en comble. Inspection qu'elle dirigea elle-même, de façon à permettre à sa fille Isabelle de faire dispa-raître de sa chambre à coucher les documents, cachets et faux papiers qu'elles deux mettaient au point.., par chance ce jour-là il n'y avait plus d'aviateurs dans le grenier.<br /> La comtesse de Liedekerke voit approcher la fin de la guerre avec soulagement, mais au château de Pailhe, lors de la libération de la Belgique, un drame va se jouer. Le 3 septembre, son fils aîné James est chargé avec quelques camarades de sa sous-section de l'AS (zone V, secteur 5, groupe D) de bloquer la route de Mouzaive à hauteur du pont d'Alle-sur-Semois. La route donne accès à une plaine de parachutage. Les hommes de l'AS coupent des arbres lorsqu'ils sont surpris par deux blindés allemands transportant une trentaine d'hommes qui donnent l'assaut. Ils prennent la fuite dans les bois environnants pendant que James de Liedekerke tire à plusieurs reprises en direction des assaillants afin de faciliter le décrochage de ses camarades. Il monte ensuite la pente escarpée en direction des bois pour y recharger son arme, mais est atteint d'une balle dans la cuisse. Il s'effondre, à la merci des Allemands qui l'achèvent d'une balle de pistolet dans la tête<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/jamesdeliedekerkefreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">James de Liedekerke de Pailhe, soldat de l’ombre de vingt deux ans achevé d’une balle dans la tête à Alle-sur-Semois le 3 septembre 1944</p><br /> Source : <br /> ‘’Pour le Roi et la Patrie’’ de M-P d’Udekem d’Acoz (pages 306 à 310)<br /> Cegesoma (Bruxelles)<br /> ‘’ Service secrets…… de Fernand Strubbe (page 65) Wed, 01 Nov 2017 10:21:09 +0100