Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Tragédies dans le secteur 2 de la zone V de l’A.S. (Armée secrète) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-201+trag-dies-dans-le-secteur-2-de-la-zone-v-de-l-a-s-arm-e-secr-te.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-201+trag-dies-dans-le-secteur-2-de-la-zone-v-de-l-a-s-arm-e-secr-te.php <p style="text-align:justify">Le PC de l'état-major du secteur 2 s'installe à Pepinster près de Verviers le 2 juin 1944. Il doit déménager suite à la découverte par les Allemands, le 6 juillet, de l'important dépôt d'armes et d'explosifs qui avait été constitué non loin de la ferme du Haras à 1 km de Pepinster. Plusieurs personnes sont arrêtées parmi lesquelles le fermier Hubert Brixhe, sa femme et ses deux enfants. Charles de Kerchove de Denterghem de Pinto, qui a participé au transport d'armes à la demande du fermier, est arrêté le lendemain à son domicile au château Maison-Bois à Pepinster. Détenu à Verviers, puis à Liège et au camp de Bourg-Léopold, il retrouve, ainsi que les membres de la famille Brixhe, la liberté en septembre 1944.<br /> <br /> Le 2 septembre 1944, l'état-major d'un des groupes du secteur s'établit malgré tout au château de Sohan à Pepinster, propriété de Mme Charles Lejeune de Schiervel, née Camille Haward de la Blotterie, d'origine française. Sexagénaire — elle est née en 1883 — veuve depuis 1942, mère de huit enfants dont Jeanne d'Ursel des Amis de Charles, elle a mis sa propriété à la disposition de la Légion belge dans le courant de 1941. <br /> <br /> Le 4 septembre 1944, suivant l'ordre de mobilisation générale, les hommes de deux groupes s'installent dans les bois de Sohan, entre autres à la ferme du Haras, et une section occupe les dépendances du château. Le 5 septembre, Sohan est pris d'assaut par une colonne allemande. La plupart des résistants qui s'y trouvent parviennent à fuir, mais à l'issue des combats, qui ont fait plusieurs victimes et provoqué l'incendie du château, les Allemands s'en prennent à ceux qui sont restés sur place. L'aumônier, qui a refusé de quitter les lieux, est emmené, torturé et abattu un peu plus tard. Un couple de réfugiés dont la maison avait été détruite par un bombardement et leur petite fille de six ans sont exécutés, ainsi que le garde et le jardinier du château. <br /> <br /> Mme Lejeune de Schiervel qui a la charge de sa petite-fille Gaêtane d'Ursel (dont les parents, membres des Amis de Charles sont déportés) explique aux SS que la petite lui a été confiée par la Croix-Rouge allemande et que s'il lui arrivait malheur ils en seraient tenus pour responsables. Miraculeusement, ils lui laissent la vie sauve, ainsi qu'à sa servante et à la petite Gaêtane. Le drame de Sohan, où étaient abrités les armes et les vivres de deux groupes, provoque un désarroi dans le commandement de ceux-ci. <br /> Les hommes de la section 123 de Theux qui ont pris le maquis dans des bois au lieu-dit Sassor quelques jours auparavant et qui attendent leur équipement reçoivent l'ordre de réintégrer leurs foyers. Quatre hommes qui appartiennent à la même escouade sont surpris par des SS le long de la route le 6 septembre. Trois d'entre eux sont assassinés sur place, mais Baudouin de Biolley, qui a 21 ans et a rejoint la section 123 quelques semaines plus tôt, est capturé. Les SS poussent la cruauté jusqu'à l'emmener vers l'est. Quelques heures plus tard, arrivée à la frontière allemande aux portes d'Aix-la-Chapelle, la troupe s'arrête dans un parc à La Calamine et se débarrasse de son prisonnier. Après avoir obligé Baudouin de Biolley à creuser sa tombe, les SS le mettent lentement à mort dans des conditions atroces. Battu, torturé, mordu par des chiens, son calvaire s'achève par deux balles dans la nuque.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/foret_trooz_aout_2020_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le groupement 11 prend ses quartiers au château de Forêt-Trooz. chez le baron et la baronne Paul del Marmol qui ont sept enfants âgés de 14 à 5 ans. La baronne del Marmol, née Adeline de Fabribeckers de Cortils de Grâce, est agent de renseignements des réseaux Clarence puis Tégal depuis 1941. Elle est recrutée à l'AS par l'abbé Ernest Davin qui est responsable des transmissions de la zone V et par le commandant Edmond Vandercappelen qui est le commandant du groupement 11 (et à partir du 31 août 1944 du secteur 2). Cinq cents hommes du "groupement 11" obéissent aux ordres reçus et se regroupent au château de Forêt et dans cinq fermes avoisinantes. dont une est attenante au château. L'armement disponible comprend 14 mitraillettes, 8 fusils et quelques pistolets et grenades ! Deux soldats allemands arrivés en camion se présentent à la porte cochère de la ferme du château le dimanche 3 septembre. La sentinelle AS ouvre le feu et tue l'un des deux hommes ; l'autre est grièvement blessé. Adeline del Mar-mol, qui est infirmière, se précipite pour prodiguer des soins au soldat allemand. Un des maquisards fait un faux mouvement avec son fusil qui reste accroché à son guêtron. Le coup part. Une balle traverse l'omoplate d'Adeline del Marmol et la blesse à la bouche. Elle est recousue sur place par un médecin local qui a accepté, malgré le danger, de venir au château. Ce même médecin tente aussi de soulager les souffrances de l'Allemand, à la terreur et colère de celui-ci. Il décédera dans la nuit. Cette journée, ainsi que celle du 4 septembre, est ponctuée d'escarmouches durant lesquelles une poignée d'Allemands et de collaborateurs sont faits prisonniers et enfermés dans un pavillon de chasse situé dans le parc du château. <br /> Le 5 septembre, pressentant le danger qui les guette, Paul del Marmol conduit les trois cadettes dans une ferme située à 2 km. Il convient avec sa femme qu'il reviendra chercher les quatre aînés, deux garçons âgés de 14 et 12 ans et deux filles de 13 et 10 ans, dans le courant de l'après-midi. Mais à 17 heures, les Allemands, qui ont décidé de nettoyer la région, attaquent une des fermes, la ferme Dumonceau, où une centaine de maquisards sont réunis. <br /> Le bruit des combats parvient jusqu'au château. Les maquisards s'enfuient et Adeline del Marmol, chancelante, soutenue par ses enfants, parvient à rejoindre à pied la ferme où elle retrouve son mari. L'offensive à la ferme Dumonceau cause la mort de six résistants mais les Allemands se retirent de l'engagement après une petite heure de combat. <br /> À l'issue de celui-ci, le commandant du groupement 11 donne l'ordre aux hommes non-armés d'évacuer le refuge de Forêt, désormais dangereusement repéré. Les hommes s'égaillent dans les bois et bon nombre rentrent chez eux. Quelques-uns se retrouvent dans la soirée à la ferme où les del Marmol sont réfugiés. Le sous-lieutenant Goossens y prend, en l'absence du commandant du groupement 11 qui est parti, le commandement du détachement et décide qu'il est de leur devoir de retourner au château où un parachutage d'armes est attendu. La baronne del Marmol décide de les suivre en tant qu'infirmière et responsable du poste de la Croix-Rouge qu'elle y a créé à la demande de l'AS et parce que de surcroît elle a appris qu'un maquisard blessé le 5 septembre y a été transporté (en fait l'homme est mort pendant la nuit). Quant à son époux, ancien combattant de la guerre de 14, il estime que sa place est auprès de sa femme. C'est ainsi qu'au petit matin du 6 septembre, une centaine d'hommes obéissant à on ne sait quels ordres ou poussés par quel destin regagnent le château. Le 6 septembre vers 7 heures 30 du matin, pendant que la messe est célébrée dans la chapelle du château, une colonne forte de quelque trois cents soldats de la Wehrmacht engage le combat contre une centaine de maquisards mal équipés. Des hommes non-armés parviennent à s'enfuir, d'autres se terrent dans la ferme, la grange, les écuries. Pendant que les combats font rage, Paul del Marmol et son épouse décident de se dissimuler dans le château, dans une cachette qui a servi pendant toute l'Occupation lorsqu'une perquisition obligeait le ou les réfractaires ou Juifs qui étaient hébergés à se soustraire aux recherches. La cachette du vieux château mosan se situe entre le plancher d'une chambre à coucher et le plafond du rez-de-chaussée. Une trappe permet d'y accéder. Paul del Marmol et son épouse proposent à trois maquisards qui se trouvent par hasard dans leurs parages de les y accompagner. Ils descendent dans la cachette, s'y serrent un peu et retiennent leur souffle. Une éternité de crépitements de balles plus tard, les hommes de l'AS hissent le drapeau blanc. De leur cachette, les cinq entendent le silence qui s'installe, puis des bruits de voix, des interrogatoires, les Allemands qui fouillent le château. <br /> Des dizaines de prisonniers sont amenés dans la cour où les gradés sont séparés des simples soldats. Ces derniers, environ soixante-cinq hommes, sont emmenés dans trois camions vers Liège. Puis ce sont des bruits d'exécution et des hurlements qui résonnent jusque dans la cachette. Les maquisards prisonniers restés sur place sont tous exécutés, des meurtres parfois précédés de tortures comme c'est le cas pour l'aumônier du groupe. Toujours terrés dans leur cachette, les cinq rescapés entendent ensuite jouer du piano. Ils restent ainsi pendant de longues heures, sans oser bouger, jusqu'à ce que dans l'après-midi, une odeur de fumée ne leur laisse plus le choix. Ils comprennent que les Allemands ont incendié le château. Entre mourir fusillés et mourir brûlés vifs, ils choisissent la première solution. L'un après l'autre, ils se glissent dehors en direction du parc boisé. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'ils se rendent compte que les soldats de la Wehrmacht sont partis, laissant derrière eux trente-six cadavres et un château ravagé par les flammes. Le commandant du secteur écrira à propos de la baronne del Marmol qu'elle « a fait don total de sa personne et de ses biens à l'AS». <br /> Mais la tragédie de Forêt ne s'arrête pas là. Les quelque soixante-cinq prisonniers ont été enfermés dans la citadelle de Liège. Dans la nuit, vingt-deux d'entre eux sont extraits de leurs cellules par la Sipo-SD. Ils sont amenés au pont de l'île Monsin où ils sont exécutés l'un après l'autre d'une balle dans la tête et leur corps jeté dans la Meuse. Le camion qui reprend la direction Liège pour y chercher un deuxième contingent de prisonniers tombe en panne dans la cour de la <br /> citadelle! Les Américains arrivent le lendemain.</p><br /> <br /> <strong>Texte extrait du livre ‘’Pour le Roi et la Patrie’’ de Marie-Pierre d’Udekem d’Acoz (page 406 à 411)<br /> Source iconographique : Idem</strong> Fri, 31 Jul 2020 16:48:33 +0200 Les cellules de résistance dans la Gendarmerie Belge https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-198+les-cellules-de-r-sistance-dans-la-gendarmerie-belge.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-198+les-cellules-de-r-sistance-dans-la-gendarmerie-belge.php <p style="text-align:justify">Les gendarmes occupaient des fonctions dirigeantes dans la résistance ou avaient tout au moins des contacts avec les leaders de certains groupements. Dans le nord du Limbourg par exemple, la résistance s'organisa sous l'impulsion du Maréchal des logis G. Béazar, commandant de brigade à Kessenich, la région de Maaseik-Neerpelt était également dans ses attributions.<br /> Béazar poussa ses collègues à résister à l'occupant et les invita à former, à leur tour, des cellules de résistance. Ce fut notamment le cas à Lanklaar où des contacts furent établis avec le Maréchal des logis Croymans en avril 1941 pour la création du groupe Lanklaar-Stokken-Meeswijk.<br /> A Anvers, le premier Maréchal des logis Janssens du 2e Groupe Mobile organisa une section de l'Armée Secrète qui prit part à différents sabotages dans le port. Toujours à Anvers, le Maréchal des logis R. Wauters organisa en 1942 une cellule du Front de l'Indépendance qui allait porter son nom. Muté en mars 1944 dans la province de Limbourg, il travailla en étroite collaboration avec la section-BNB (Belgisch Nationale Beweging) (MNB=Mouvement National Belge) de Tongres et Borgloon.<br /> A Harelbeke, le premier Maréchal des logis Deceur était responsable du groupe FI Harelbeke et Beveren-Leie.<br /> En Wallonie, la situation était identique à celle de la Flandre.<br /> Le Lieutenant-colonel Leclaire invita plusieurs officiers à devenir membres de l'Armée Secrète, à former des groupes et même à recruter des officiers et du personnel pour l'Armée Secrète.<br /> L'influence du Colonel Dethise, qui avait été démis de ses fonctions, était également prépondérante. Il était contacté par l'Armée Secrète quand un gendarme souhaitait adhérer à cette organisation.<br /> Les commandants de districts entretenaient des contacts clandestins avec les groupements de résistance locaux. Tout comme en Flandre, la tendance du groupement influençait grandement cette relation.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gendarme_resist_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Carte de service falsifiée <br /> </p><br /> <p style="text-align:justify">Les leaders<br /> Les figures de proue des faits de résistance de la gendarmerie étaient le capitaine-commandant Dufrasne, commandant de la Compagnie Mobile, qui avant la guerre avait été actif dans le service de contre-espionnage pour le Ministère de la Défense, et le lieutenant M. Van Caester, un officier d'Etat-Major.<br /> Dès le début de l'occupation, ils s'attelèrent surtout à rassembler et à diffuser des renseignements sur l'occupant. Pour y arriver, ils pouvaient compter sur l'appui d'un certain nombre d'officiers de gendarmerie et de gendarmes qui leur faisaient directement rapport. Mais on ne se contentait pas d'échanger des informations. La cellule du capitaine-commandant Dufrasne était également une plaque tournante pour la distribution des armes qui avaient été récupérées dans la zone côtière.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gendarme_resist_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Sauf-conduit pour l’accès à la zone côtière</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'activité de Dufrasne et Van Caester ne passa pas inaperçue. Quelles que furent les précautions qu'ils prirent, les allées et venues des informateurs, les nombreuses visites des officiers de passage à Bruxelles allaient finir par attirer l'attention. Des indicateurs se chargèrent du reste. Les deux officiers devinrent la cible des fanatiques du VNV. Dans un rapport confidentiel, le VNV désigna Dufrasne comme le leader de la ‘’clique de l'espionnage’’ chargée de rechercher des données sur le VNV, Rex et SS. L'adjudant Deneef, le Maréchal des logis Vandijck et le lieutenant Van Caester étaient considérés comme ses collaborateurs.<br /> Le lieutenant Van Caester, ainsi que trois gendarmes, furent arrêtés à l'automne de l'année 1941 après la découverte d'un émetteur radio clandestin chez un employé de la RTT à Bruxelles. L'arrestation eut lieu à l'Etat-Major Général de la Gendarmerie. Bien qu'il ne fût pas directement mêlé à l'affaire, le lieutenant Graff fut également écroué. Le lieutenant Graff qui parlait couramment allemand s'était toutefois fermement opposé à l'intervention allemande, à la consternation de la police allemande.<br /> Le motif exact de l'arrestation ne fut jamais communiqué au Commandant de la Gendarmerie.<br /> Le lieutenant Graff mourut à Brauweiler, le lieutenant Van Caester fut décapité à Dortmund. <br /> Plus tard, le capitaine-commandant Dufrasne fut arrêté et décapité à Sachsenhausen.<br /> Le capitaine Reynders était une personne tout aussi étonnante et importante. Etonnante dans le sens où, en raison de sa libération hâtive le 10 novembre 1940, il fut d'abord soupçonné d'entretenir des sympathies avec l'ennemi alors que ses collègues wallons restaient en Allemagne.<br /> Importante, parce que dès son retour en fonction (commandant de la Compagnie de Bruxelles), il devint le chef du deuxième bureau de l'Etat-Major de l'Armée Secrète et devint aussi responsable du groupement et de l'évaluation des renseignements sur l'ennemi. Il fit office de coordinateur entre les différentes cellules de l'Armée Secrète et les gendarmes patriotes, localisa les installations de V1, estima les possibilités de parachuter des armes, munitions et de l'équipement, se chargea du transport, diffusa les directives relatives aux actions de résistance prévues après le débarquement. <br /> Il se chargea également de remettre de l'argent aux familles des maquisards, des détenus ou des gendarmes démis de leurs fonctions.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gendarme_resist_4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Les gendarmes étaient exempts de travail obligatoire</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le capitaine Reynders qui vivait caché depuis janvier 1944, fut arrêté par les Allemands alors qu'il venait de faire la reconnaissance de la base de lancement des V1 à Zonnebeke avec le capitaine-commandant Thiel, commandant de la compagnie de Courtrai (22 juillet 1944). Il mourut dans le camp de concentration de Blumenthal près de Brême.<br /> Texte du Lieutenant-colonel Van Geet W.<br /> Source : <a href="https://www.maisondusouvenir.be/gendarmerie_resistance.php">https://www.maisondusouvenir.be/gendarmerie_resistance.php</a></p> Fri, 01 May 2020 11:27:08 +0200 La Ligne Jean-Pierre et le maquis de Rièzes https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-193+la-ligne-jean-pierre-et-le-maquis-de-ri-zes.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-193+la-ligne-jean-pierre-et-le-maquis-de-ri-zes.php Cette fois-ci je vous livre ci-dessous un extrait du livre de Henri Bernard ‘’ Un maquis dans la ville’’<br /> <br /> Le jeune Jean-Baptiste LIEGEOIS, plus tard surnommé Jean-Pierre, était caporal milicien au 3° régiment de Chasseurs à pied durant la campagne de mai 1940. De petite taille et d'allure frêle, à 23 ans il n'en paraissait pas 18. Rien ne pouvait laisser supposer, par son physique, qu'il serait un jour le redoutable commandant du bataillon de Choc des MP (Milices Patriotiques) schaerbeekoises. <br /> Fait prisonnier à Oudenarde, il s'évade d'Aix-la-Chapelle dès juin 1940 et se réfugie près de Tourcoing où habite sa famille. Arrêté par les hommes de Doriot, envoyé une deuxième fois dans le Reich, à présent comme travailleur obligatoire, il s'évade de nouveau en octobre 1941 et arrive chez le Résistant français Louis Saint-Ghislain, à Wattrelos près de la frontière belge. <br /> Liégeois décide de prolonger son évasion et de rejoindre les Forces belges de Grande-Bretagne, Il franchit la ligne de démarcation dans l'Indre, à La Châtre, aidé par l'abbé Georges Joliet desservant cette paroisse. Il poursuit son voyage, arrive à Toulouse, travaillant le long du parcours chez des cultivateurs pour gagner sa subsistance. Il échoue dans son passage des Pyrénées, abandonné en pleine montagne par son guide. Sans ressources et peu aidé par les gens du Midi, il retourne chez Saint-Ghislain. Il estime à ce moment pouvoir rendre plus de services au pays occupé qu'en Grande-Bretagne. Il conçoit de monter une ligne d'évacuation, pour prisonniers de guerre, en se servant de Saint-Ghislain, de l'abbé Joliet et des autres patriotes qu'il a rencontrés sur son passage. Il revient en Belgique au printemps 1943 et, par son oncle Joseph Puissant, policier FI (Front de l’Indépendance), il fait la connaissance de Witdouck et de Hoste. Ainsi, à côté d'Eva réservée aux aviateurs, la ligne Jean-Pierre, qui va naître, évacuera les prisonniers de guerre évadés d'Allemagne. Liégeois retourne à Wattrelos, reprend contact avec Saint-Ghislain et le réseau français WO( ?). <br /> Saint-Ghislain a précisément déjà développé son activité dans le sens de l'aide aux évadés et se sert des endroits repérés par Liégeois lors de son périple en France. Les deux patriotes se mettent d'accord sur la réception des « colis » en provenance de Schaerbeek. A l'automne 1943, la ligne Jean-Pierre est établie. Les prisonniers de guerre, évadés de leur camp d'Allemagne et recueillis à Bruxelles, sont traités comme les aviateurs. La veille d'un envoi, Liégeois se rend à Wattrelos, prévient Saint-Ghislain et rentre aussitôt à Bruxelles. Le jour du départ, munis de faux papiers, les prisonniers sont conduits par Liégeois en gare du Nord à Bruxelles, sous la couverture du grand Louis, de Gaston Vollès et de Luc Hymans. Avec Jean-Pierre, les évadés prennent le train Bruxelles-Courtrai, puis Courtrai-Mouscron. De cette dernière ville, ils se rendent à pied à Mont-à-Leux, car il y a trop de contrôles sur le vicinal. La douane belge est franchie aisément — ses préposés étant des Résistants — et tout le monde se cache chez Georges Hovelaque, agent des douanes. La nuit venue, Hovelaque et Jean-Pierre, aidés par Cécile Verbrugghen-Lejeune, amènent les évadés chez cette dernière où ils sont hébergés pour le reste de la nuit. La maison des Hovelaque est séparée de celle de Madame Verbrugghen par un cours d'eau, large de 1 mètre 50, le « petit Ri » disent les gens de l'endroit, et qui forme la frontière. Le passage de celle-ci se fait clandestinement à distance du poste de douane français dont les hommes sont peu sûrs.<br /> Au matin, Saint-Ghislain, aidé par sa femme et ses enfants, vient chercher les évadés un à un chez Madame Verbrugghen, aux activités multiples, et les cache chez lui durant quelques jours jusqu'au moment de leur évacuation vers l’intérieur de la France. <br /> Saint-Ghislain leur a procuré une carte d’identité française fournie par W0, il conduit ses « colis » à la gare de Tourcoing avec des vivres suffisants pour leur permettre d’arrivé à destination. Le train est payé par Saint-Ghislain qui remet en plus 500 francs Français à chaque évadé. <br /> Ceux-ci sont envoyés chez l'abbé Joliet qui leur fait passer l’ancienne ligne de démarcation où abondent les postes de contrôles. Les rescapés sont dirigés sur Clermont-Ferrand. Là, grâce à des infiltrations de la Résistance au bureau de démobilisation, ils reçoivent une prime, un costume, des souliers, des timbres de ravitaillement. La plupart des évadés rejoindront les maquis. <br /> La ligne Jean-Pierre, ne fonctionnera, hélas, que trois mois. Elle sera interrompue par l’arrestation de Saint-Ghislain en janvier 1944. Néanmoins 21 Français, quatre Polonais et deux Néerlandais auront été évacués par cette ligne. Sun, 01 Dec 2019 09:53:25 +0100 Arnould van de Walle et le groupe de Lichtervelde https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-191+arnould-van-de-walle-et-le-groupe-de-lichtervelde.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-191+arnould-van-de-walle-et-le-groupe-de-lichtervelde.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/arnould_van_de_walle_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Arnould van de Walle</strong> est né à Bruges en 1898. Il a tout juste 17 ans lorsqu'il reçoit enfin, après des mois de supplications, l'autorisation parentale et légale de s'engager dans la Cavalerie. La guerre terminée, il poursuit sa carrière militaire. Capitaine-commandant grièvement blessé puis fait prisonnier lors de la campagne des Dix-huit Jours, il est libéré d'Allemagne le 18 février 1941. Deux mois plus tard, il s'installe avec sa femme et leurs cinq enfants dans une villa appartenant à ses parents à Torhout, en Flandre-Occidentale. En avril 1942, il reçoit chez lui quelques ‘’conspirateurs’’ ,tels qu'il les décrit à sa femme - parmi lesquels l'ingénieur Marcel Vanderhaeghen qui a fondé un groupe de résistance à Lichtervelde ( commune située au sud de Torhout ) quelques mois plus tôt. Les membres du groupe, qui ne se rattache à aucun mouvement reconnu, sont pour la plupart originaires de Lichtervelde (le bourgmestre de la commune en fait partie) et de Torhout. Leur activité principale consiste à rassembler des armes et à les répartir entre eux. Le ‘’groupe de Lichtervelde’’ est patiemment infiltré par un chapelain de Lasne (Brabant-Wallon) à la solde de l'ennemi. <br /> Les premières arrestations sont opérées le 25 juillet 1942 et une cinquantaine d'arrestations se succèdent en l'espace de deux mois. Arnould van de Walle est interpellé à son domicile le 24 août 1942. Il est déporté en Allemagne dans le plus grand secret en février 1943. Après un séjour à la prison de Bochum puis d'Esterwegen de plusieurs mois. <br /> Les membres du groupe sur lesquels planent l'accusation de possession d'armes, c.-à-d. Arnould van de Walle et seize de ses compagnons, sont condamnés à mort le 15 février 1944. Ils sont conduits à la prison de Wolfenbüttel où ils attendent leur exécution pendant de longues semaines. <br /> Le 12 juin, ils apprennent que leur recours en grâce est rejeté. Trois jours plus tard, le 15 juin, seize d'entre eux sont conduits au peloton d'exécution et décapités à la hache. Arnould van de Walle est fusillé le lendemain à la prison de Brunswick, un ‘’privilège’’ qui lui est réservé en tant qu'officier. Aucune nouvelle des hommes du groupe de Lichtervelde, déportés Nacht-und-Nebel, n'a filtré jusqu'en Belgique. Lors de la libération des prisonniers au printemps de 1945, les proches d'Arnould van de Walle vivent dans l'espoir de son prochain retour. Des rescapés de Wolfenbüttel rapportent que les hommes du groupe de Lichtervelde ont été exécutés mais aucun n'est en mesure de préciser si le commandant van de Walle figurait parmi les victimes. De surcroît, le registre des exécutions de la prison de Wolfenbüttel ne mentionne pas le nom d'Arnould van de Walle. Le fait, confirmé en juillet 1945 par un officier britannique, ravive chez Yolande van de Walle l'espoir de retrouver <br /> son mari. Elle n'apprend la triste vérité du sort d'Arnould qu'en septembre 1945 par une lettre de l'aumônier de la prison de Wolfenbüttell.<br /> </p><br /> <strong>Article extrait de l’ouvrage de M.P. d’Udekem d’Acoz : Pour le Roi et la Patrie.</strong> Tue, 01 Oct 2019 20:05:10 +0200 Marie-Louise HENIN, Résistante 40/45 https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-189+marie-louise-henin-r-sistante-40-45.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-189+marie-louise-henin-r-sistante-40-45.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/henin_photo1_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">On ne connait pas l’attitude que prit Marie-Louise à la mobilisation de 1939, mais elle dit que même à l’époque, elle n’avait pas de sentiments anti-allemands. Dans les réponses qu'elle fera lors des interrogatoires qui ont suivi sa capture par la Gestapo, Marie-Louise déclarera que, avant la guerre, elle considérait d'un œil plutôt bienveillant l'Allemagne et son renouveau. Elle dit que c'est à l'aube du 10 mai 1940, dès les premières nouvelles de l'invasion de son pays par les Forces Allemandes, qui violaient sa neutralité pour la seconde fois en 25 ans, que son opinion vis à vis de l'envahisseur bascula. Dès l’annonce de l’arrivée en gare du Nord (Bruxelles) des premiers réfugiés venant de l’est de la Belgique, elle se munit de nourriture et d’objets de première nécessité, et va elle-même les distribuer aux plus nécessiteux. Elle en ramènera même chez elle, le temps de les ravitailler et de les réconforter !<br /> On sait que les Armées Françaises et Anglaises lancées dans le "Plan Dyle", sont venues, dès que le Roi Léopold III eut fait appel aux garants de la neutralité, pour aider les troupes belges à tenter de contenir l’invasion. Devant l’écrasante supériorité tactique de l’ennemi, les alliés durent battre en retraite, et inévitablement, des soldats égarés derrière les lignes allemandes allaient être capturés. Marie-Louise les aide donc dans un premier temps à éviter d'être faits prisonniers, et ensuite, à rejoindre leurs Forces. <br /> Ensuite, elle participera à la manifestation interdite de la Fête Nationale du 21 juillet, en allant déposer un bouquet de fleurs sur la Tombe du Soldat Inconnu. <br /> A l’automne, elle rencontre Abel Noël et Robert Logelain, qui avaient, depuis le mois d’août, relancé la rédaction, l’impression et la distribution de ‘’La Libre Belgique’’. Elle se met à leur disposition, elle et ses biens, leur trouve un imprimeur et participe à l’expansion de ce journal clandestin en Belgique. Elle contribue aussi au financement et à la diffusion d’autres journaux.<br /> De plus, comme les britanniques, en réponse au Blitz sur Londres, commencent à lancer des raids de nuit sur les villes allemandes, des avions de la RAF tombent victimes de leurs défenses aériennes. Marie-Louise participe au recueil des aviateurs et à leur évasion des territoires occupés pour rejoindre leurs unités en Grande-Bretagne. Pour ne rien laisser au hasard, elle monte un réseau d’amis qui recueillent des informations sur les installations aériennes allemandes entre Bruxelles et la côte Belge. Tous ces renseignements aboutissent chez elle : sa boîte aux lettres, sous le nom de code de ‘’Colas’’, devient le relais d’acheminement de tous les documents de son réseau vers l’Angleterre, via entre autres, le ‘’Service Zéro’’.<br /> <br /> On lui attribue de biens mauvais tours aux occupants; jouant de sa connaissance de la langue allemande et des relations que sa profession lui a permis de se faire, elle achemine ses journaux clandestins au nez et à la barbe de l’occupant, en utilisant parfois son charroi militaire! Voir différentes anecdotes dans le livre de G.Lielens<br /> "Très vite elle fut en contact avec les mouvements de résistance.<br /> Elle leur transmit jour après jour les mille renseignements recueillis durant ses tournées en bicyclette ou reçus de ses amis. Les mois passaient : ce fut la période tragique du «Blitz» sur l'Angleterre. La B.B.C. apportait à Bruxelles l'écho sinistre des bombardements de Londres et de Coventry. <br /> Marie-Louise, sous Ie pseudo de Colas, parvint à donner au service Zéro, maints renseignements qui, transmis aux Anglais, leur furent de la plus grande utilité. Elle fut ainsi «un des agents les plus précieux de la première heure. »<br /> La résistance belge comportait alors un grand nombre de groupements n'ayant entre eux que peu ou pas de contacts. Marie-Louise Henin espérait réunir tous ces éléments en un groupe compact. Au début de 1941, elle était parvenue à en identifier un certain nombre et au mois d'avril elle pouvait croire qu’elle allait réaliser cette union. A ce moment, elle décida d'abandonner son métier de dentiste, trop absorbant, pour se livrer tout entière à ses activités secrètes. Le jour, elle courait les routes pour récolter des renseignements, le soir elle collaborait à la rédaction de la Libre Belgique. Mise en rapport avec les dirigeants de ce journal clandestin aux prises à ce moment avec des difficultés matérielles presque insurmontables, elle trouva un imprimeur; du papier, un chauffeur et un camion de la Gestapo pour faire le transport du papier et des imprimés.<br /> Alors commença pour elle, une vie débordante d'aventures. Le samedi et le dimanche, elle les passait à l'imprimerie. Là, avec toute la famille Lielens, elle travaillait, tantôt à diriger une plieuse, tantôt à compter les paquets de journaux à distribuer en gros. Le lundi matin, avant l'arrivée des ouvriers de l'imprimerie, elle arrivait avec le camion de la Gestapo et chargeait les journaux. Ce travail harassant s'égayait parfois d'un intermède. Tel lundi matin, Marie-Louise était installée à côté du chauffeur, là voiture longeait les boulevards extérieurs de Bruxelles. Tout à coup, un motocycliste allemand s'élance à leur poursuite. Le chauffeur accélère, mais la moto dépasse le camion et fait signe de s'arrêter. Marie-Louise va-t-elle trahir une émotion ? Non, sa réaction est immédiate. Elle fait stopper le camion et s'adresse à l'Allemand dans sa langue : « Que veux-tu ? » Un large sourire lui barrant le visage, le feldgendarme lui répond : « Nous vous suivions, tout à l'heure, la porte de votre camion s'est ouverte, un gros ballot est tombé. Mon camarade le garde, là-bas; moi, je suis venu vous prévenir. Faites machine arrière et venez reprendre le colis. » Le chauffeur, complice, suait à grosses gouttes; Marie-Louise, souriante lui donne l'ordre de retourner à l'endroit où repose le paquet de Libre Belgique fidèlement gardé par un soldat allemand. Aidés des deux gendarmes, ils replacent le paquet dans le camion. Puis, imperturbable, Marie-Louise se retourne et s'adressant aux deux Feldgrau : «Vos noms, mes amis ? Je les transmettrai à vos chefs pour qu'ils vous récompensent de votre zèle et de votre amabilité !» Un autre jour, tandis qu'elle surveille le chargement du camion, elle apprend du chauffeur, que von Falkenhausen, gouverneur allemand de Belgique et du Nord de la France, va offrir an grand dîner à une série de membres de l'Etat major allemand Aussitôt une idée germe : faire tenir un exemplaire de la Libre Belgique à chacun des convives. Les complicités sont facilement trouvées et le lendemain, chaque officier, en dépliant sa serviette y trouve un spécimen du journal clandestin. L'histoire ne nous dira jamais quelles furent les réactions du maître de maison et de ses hôtes...<br /> En avril 1941, elle fut mise en rapport avec les éditeurs du journal clandestin Le Belge. Eux aussi se trouvaient en difficultés; jusqu'à présent ils avaient reproduit leur journal au stencil, mais ils avaient l'ambition de le faire imprimer; or tous les imprimeurs n'étaient pas sûrs et beaucoup, qui étaient de bons belges, manquaient du papier nécessaire. Marie-Louise leur proposa un imprimeur, elle fit imprimer le journal à ses frais. Elle parvint aussi à mettre au point l'édition flamande de la Libre Belgique : «Vrij». Et lorsqu'elle sera arrêtée par les B……., ses dispositions auront été prises pour que ces derniers journaux puissent continuer à paraître pendant quelques semaines.<br /> Mais elle ne se bornait pas à mettre en rapport rédacteurs et imprimeurs de journaux clandestins et à payer de ses deniers l'impression de ces soutiens moraux. Elle se dévouait corps et âme aux malheureux qui travaillaient dans la résistance. Elle parvenait à obtenir des timbres de ravitaillement et en aidait telle famille pauvre dont le père était distributeur. Tel autre collaborateur, ayant femme et enfants et privé de l'emploi qui le faisait vivre, recevait régulièrement des dons en espèces versés par Marie-Louise elle-même. Pour cacher sa générosité, elle disait : «Cela vient de Londres.» Sainte et noble générosité qu'elle dissimulait, par simplicité, par une humilité de cœur qui ne lui permettait pas de se montrer ouvertement si grande. Mais ce n'était pas encore tout. Les Alliés ont besoin de renseignements, de beaucoup de renseignements, de renseignements de toute sorte que le service Zéro leur transmet. Marie-Louise met tous ses amis au travail : les uns devront aller vérifier un emplacement de munitions: tel autre ira repérer exactement la situation des réservoirs d'essence d'un champ d'aviation et sera chargé d'entrer en relation avec un employé de «l’Office des Propriétaires » qui pourra lui transmettre les plans de plusieurs usines assurées travaillant pour les Allemands. Mais elle-même sera la plus active. Sûre de sa parfaite connaissance de l'allemand, elle s'est fabriqué de faux papiers et circule librement le long de la côte qui était alors sévèrement interdite à tous les Belges. Elle y apprend la situation d'un bloc de défense, d'un nid de mitrailleuses, d’un centre de D.C.A. et de l'avancement du fameux mur de l'Atlantique. Dès son retour à Bruxelles, le service Zéro reçoit les renseignements recueillis et Londres peut avertir ses aviateurs des endroits à bombarder et de ceux qu'il faut survoler de très haut parce que dangereux." (G.Lielens "Marie-Louise HENIN")<br /> Arrestation :<br /> A l’aube du 4 novembre 1941, Marie-Louise est arrêtée par la Gestapo à son domicile. Elle est d’abord incarcérée à la prison de St Gilles où elle est durement interrogée pour ses différentes activités de résistance. A toutes les questions, elle essaie de répondre en égarant au maximum l’ennemi. Elle fait tout pour protéger ses amis, ces résistants de la première heure. La première phase de l’instruction est menée en Belgique ; elle reste incarcérée à St-Gilles.<br /> Elle avait déjà accompli bien du travail, la chance qui l'avait favorisée jusque là, allait l'abandonner. Les Allemands devaient, pour vaincre, supprimer cette Résistance qui tissait ses mailles à travers toute la Belgique. Beaucoup déjà, parmi les meilleurs avaient été arrêtés et moisissaient dans les prisons et les camps allemands. Le 4 novembre 1941, à 6 heures du matin, les Allemands vinrent arrêter Marie-Louise Henin. Pour être sûrs qu'elle ne pourrait s'échapper, ils mirent deux soldats dans la rue, la mitraillette à l'épaule; quatre autres sonnèrent chez le voisin, l’obligèrent à les laisser passer, franchirent le mur mitoyen du jardin, brisèrent une fenêtre à coups de crosse et la surprirent au lit, A l’officier qui fit manœuvrer l'espagnolette et sauta dans sa chambre elle lança : « Est-ce là votre culture ? Des soldats doivent-ils à cette heure indue pénétrer dans la chambre d'une femme seule, sans s'annoncer ? » Aussitôt la perquisition commença. Plusieurs milliers de Libre Belgique étaient entreposés chez elle, avec les clichés. Sur sa machine à écrire, une feuille dactylographiée : c'était l'énumération inachevée de toute une série les renseignements d'ordre militaire. A 11 heures, la porte, bardée de fer de la prison se referma derrière Marie-Louise Henin. Le concierge, un Belge, la regarda passer, entourée de trois policiers et lui fit un imperceptible signe de complicité et de bienvenue. Puis ce furent les longs couloirs, coupés de portes grillagées, enfin la porte de la cellule claqua derrière elle. Quelques instants après, la gardienne souleva le judas et l'observa. Marie-Louise ne manifestait aucune douleur, aucune peur, aucune colère; elle s'était assise sur sa paillasse et retirée dans cette contemplation de soi-même qui donne l'impression de liberté aux détenus. Elle avait maintenant devant elle, la totalité de sa vie. Allait-elle la retrouver plus tard, ou n'allait-elle plus la retrouver? La gardienne qui l'observait ne pouvait comprendre cette attitude : elle ne savait pas que c'est le climat intérieur qui fait la joie ou la tristesse pour les âmes bien nées et non les circonstances. Ses compagnes de captivité se souviennent l'avoir vue, le lendemain de son arrestation, grande et forte, le teint clair, les yeux brillants, attendant son tour de sortir de la cellule pour aller faire «la promenade» dans un triangle grillagé où elle était enfermée comme une lionne en cage.<br /> Quelques jours plus tard elle fut amenée à la Gestapo. L'officier qui l'interrogea fut frappé par tous les détails de son attitude : sa figure, son port de tête, son maintien et surtout l’expression étrange que ses lèvres donnaient à tout son visage. Il ne trahissait ni la rancune, ni la peur, ni l'insolence, ni la surprise, ni la colère mais l'obstination terrible d'une femme prête à tout sacrifier plutôt que de rien avouer. Alors les coups tombèrent; quand ce fut fini, elle s'inclina, gravement, comme si on venait de lui faire un insigne honneur. Mais ses compagnes qui attendaient son retour et la guettaient par le judas de leur cellule la virent rentrer couverte d'ecchymoses, la lèvre tuméfiée, la main écorchée, les dents cassées. (G.Lielens "Marie-Louise HENIN")<br /> Ensuite, les allemands préférant à l’époque juger les affaires d’espionnage et de haute trahison en Allemagne, Marie Louise est transférée le 24 juillet 1942 à Essen. Là, elle continue à appliquer ses principes, défend les intérêts de ses codétenues, demande à être reçue par le directeur de la prison, exige et obtient pour ses compagnes, l'amélioration de la nourriture, le privilège d'être traitées en prisonnières politiques et d'être séparées des prisonnières allemandes de droit commun.<br /> Avant de comparaître devant ses juges, Marie-Louise HENIN, à ce moment détenue dans la prison pour femmes de Essen, a signé en date du 22 février 1943 , pour prise de connaissance, le réquisitoire qui avait été rédigé par le Conseiller d'Etat Paul von Barnickel, pour comparution devant le "1. Senat Volksgerichtshof" devant le "Tribunal du Peuple", la justice politique nazie.... Il lui était également notifié que Me CLEMENTS, avocat à Cologne, avait été désigné comme défenseur.<br /> Que lui était-il donc reproché?<br /> En fait, si on lit l'Anklageschrift (réquisitoire/acte d'accusation) dans le texte, on s'aperçoit de l'étonnement que marque le conseiller devant le comportement de l'accusée.<br /> il ne comprend pas en effet que, suite au mariage de sa sœur aînée avec un soldat allemand en 1917, elle-même mariée en 1920 avec un dentiste allemand, et ayant de surcroît fait en 1937 un séjour à Munich pour étudier le fonctionnement du Parti National-Socialiste dans les locaux de la Maison Brune de cette ville, elle se soit ensuite lancée dans tant d'actions néfastes envers son pays adoptif! (lors de la perquisition menée au domicile de Marie-Louise, suite à son arrestation, la police a en effet trouvé un cahier, rédigé et annoté de sa main, où elle relate son séjour munichois et les leçons qu'elle en a tirées...)<br /> De plus, après avoir obtenu ses diplômes de dentiste (après des études et un examen passé à l'Université de Bruxelles pour valider devant le Jury Central une partie des études faites à l'étranger de façon à pouvoir pratiquer l'Art Dentaire en Belgique), elle avait été la dentiste attitrée de la communauté allemande de Bruxelles!<br /> Bien sûr, lors de ses interrogatoires, il avait bien compris que l'accusée n'avait jamais été adoptée par l'Allemagne: non seulement, elle expliqua que la vie en Allemagne avec son mari était devenue impossible, mais aussi que sa nouvelle patrie, venant de subir le "Diktaat" de Versailles, rejetait tout membre d'un des états alliés qui l'avaient acculée à l'Armistice d'abord, et enfin, à un Traité de Paix qui non seulement la ruinait, mais aussi l'humiliait profondément (en lui imposant de reconnaître sa culpabilité dans le déclenchement et le prolongement de la Guerre) !<br /> Il faut aussi noter que systématiquement, lors des interrogatoires, Marie-Louise HENIN "transformait" la vérité pour non seulement, égarer les enquêteurs, mais aussi pour provoquer un maximum d'ennuis à son ex-mari (celui-ci avait obtenu un divorce aux torts de son ex-épouse, mais lui avait également fait imposer une amende de 2000 Reich Marks!). Donc, doit-on être étonné qu'elle spécifie que son mari était un juif allemand? (de quoi le faire aimer par le régime d'alors...). Pourtant, sur l'acte de mariage de Götting, il est noté que la religion du mari (tout comme celle de son père) est Catholique.<br /> On note aussi que pour le juge instructeur, suite aux réponses fournies par Marie-Louise HENIN lors des interrogatoires subis dans ses diverses prisons, qu'elle avait déclaré avoir entamé ou poursuivi des études de dentiste à Buenos-Aires, où, pour subvenir à ses besoins, elle travaillait comme gouvernante (alors qu'elle ne resta en Argentine qu'un an, et qu'on ne trouve aucune trace de son inscription à l'Université de Rio Monte).<br /> On peut toutefois constaté que c’est le cas d'espionnage qui lui est reproché. A Bruxelles, elle avait mis sa maison à la disposition de la Résistance et de ses réseaux. Non seulement, elle servait de "boite aux lettres" pour des renseignements d'espionnage, mais aussi, elle y stockait des exemplaires de la Presse Clandestine restant à distribuer, ou des épreuves à corriger. Pour couronner le tout, elle y abrita des soldats alliés attendant d'être évacués par les filières d'évasion<br /> Le 6 octobre 1943, elle arrive au Läger de Brandenbourg, à 70 Km de Berlin. Elle y restera 3 mois et y recevra son mandat à comparaître devant le Volkgerichtshof (le "Tribunal du Peuple") le 6 décembre 1943. Cette date est cependant reportée au 6 janvier suivant, à cause des bombardements. De Brandenbourg, elle sera ensuite transférée à Berlin.<br /> Le 4 janvier 1944, elle est conduite à la prison de Berlin-Moabit par la Kriminal Polizei de Brandenbourg-Havel. L'ordre de transfert est signé pour réception par le Kriminalgericht NW Berlin 60. Le formulaire porte aussi la date de sortie de Moabit, le 6 janvier 1944 à 8 heures<br /> Lors des interrogatoires des accusés, Marie-Louise (qui rappelons-le, parlait très bien l'allemand), resta fidèle aux déclarations qu'elle avait faites lors de l'instruction; en bref, elle prenait tout sur elle, et fut plusieurs fois interrompue et insultée par le président, car elle répondait directement à ses juges, coupant la parole à ses camarades lorsqu'elle les voyait prêts de s'enfoncer en tombant dans les pièges de l'accusation. <br /> Quant à elle, lorsqu'on la menace d'une peine exemplaire pour la faire tenir plus tranquille, elle rétorque par bravade: "je sais que vous allez me condamner à mort, et ce faisant, messieurs, vous me ferez beaucoup d'honneur". Encore une fois, elle restait à la hauteur de ses déclarations, car sur son "Lebenslauf" (une sorte de Curriculum rempli en prison après la comparution, sans doute pour permettre à l'accusé de montrer quelque signe de regret?), à la question "si vous étiez libérée, qu'avez vous l'intention de faire?", elle répondit "me remettre à la disposition de ma patrie". C'était un peu provocateur, face à des juges qui distribuaient plus de peines de mort que de pain à la population.<br /> La séance dure 4 heures, et se termine par trois condamnations à mort, 3 peines de 8 ans de prison, et un acquittement. (Marie-Louise ne fut pas seule à être jugée)<br /> Noël ABEL et Roger DEGUELDRE furent exécutés à la Prison de Brandenbourg-Görden le 20 mars 1944.<br /> Marie-Louise HENIN sera exécutée 3 mois après, le 9 juin 1944.<br /> Robert LOGELAIN, Georges MARECHAL et Jules LATOUR seront incarcérés (mais libérés par la fin de la guerre) , tandis que le Docteur GOFFART sera acquitté, au bénéfice du doute.<br /> Source :<br /> <a href="https://genealogie.marche.be/kg/devmem/mlhen.htm">https://genealogie.marche.be/kg/devmem/mlhen.htm</a></p> Thu, 01 Aug 2019 10:16:48 +0200 William UGEUX https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ugeux_coupurespresse_pour_article_de_janvier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Issu d’une famille catholique de sept enfants, William Ugeux est né le 22 février 1909 à Bruxelles. Après avoir terminé ses études secondaires au collège Saint Martin, il a entamé en 1929 des études à l'Université de Saint-Louis à Bruxelles. Ses idées pacifistes qu’il n’hésite pas à exprimer lui valent d’être écarté temporairement de l’université. Il a obtenu son doctorat de droit en 1934, mais il n’exerce la profession d’avocat que très brièvement et s’oriente vers le journalisme. Suite à cette reconversion, le cardinal Van Roey le place à la tête du journal Le XX° Siècle . William est resté rédacteur en chef de ce journal jusqu’en 1940, lorsque la guerre éclate en Belgique. En 1941, il a pris la direction du service de renseignement Zéro, groupe de résistance belge comportant une branche française et en contact avec les services de renseignement britanniques et le gouvernement belge exilé à Londres. Ce groupe participait à des actions de sabotage, d'évasion vers le Royaume-Uni, de transfert de renseignements, de création de faux papiers, et surtout à la diffusion de la presse clandestine : La Libre Belgique, journal interdit par les autorités occupantes à l’époque, dont William prend la tête en 1942. Figure importante du groupe Zéro, William a participé à de nombreuses actions de résistance. Ainsi, en juillet 1942, deux mois après l’arrestation de Louise de Landsheere, il s’est rendu à Londres pour conclure des arrangements secrets avec le gouvernement belge. Puis, en 1943, il a pris part à la mise en place d’un plan d’évasion vers l’Espagne : la traversée des Pyrénées grâce au téléphérique de la scierie de Mendive (passage de l’Iraty), dont seuls les proches collaborateurs de William et les ingénieurs de la scierie connaissent l’existence. Le groupe est ensuite menacé par la traque de la Gestapo. Par conséquent, William a décidé de se réfugier à Grenoble, puis en Espagne. Durant cette période, grâce à sa bonne connaissance du terrain, il est devenu directeur général du Service de Renseignements et d'Actions (SRA) pour les territoires occupés. Jamais arrêté durant sa carrière de résistant, contrairement à Louise, il est devenu secrétaire général du Ministère de l'information à la fin de guerre jusqu'en 1947. Il a également collaboré à de nombreux journaux tels que: la Cité, la Relève, la Revue Nouvelle. Il a écrit de nombreux ouvrages afin de ne pas oublier la guerre mais aussi pour rendre hommage à de nombreux résistants morts en voulant défendre leur pays. Ainsi, ‘’Histoires de Résistants’’ reprend des anecdotes sur des héros de la guerre. En 1989, le roi Baudouin lui décerne le titre de Comte suite à ses diverses actions de résistance. Il décède le 13 octobre 1997, à l'âge de 88 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>William Ugeux et le "Service Zéro" </strong></p><br /> Après le début de la Deuxième Guerre Mondiale, le gouvernement belge s’exile à Londres afin d’échapper à l’occupant allemand. En parallèle, de multiples réseaux de résistance voient le jour, comme le "Service Zéro" dont William Ugeux prendra la tête. <br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Comment a-t-il pris la tête de ce réseau ?</strong></p> <br /> <p style="text-align:justify">À vrai dire, William Ugeux n’était pas au courant de l’existence de ce groupe. Fernand Kerkhofs était chef de ce réseau. Alors que des menaces pèsent sur celui-ci, Fernand fit des confidences sur le groupe à William pour ensuite partir pour Londres afin d’être en sécurité. Les autorités belges ont trouvé en Ugeux le remplaçant de Fernand. Une fois à la tête de ce groupe, comment William Ugeux va-t-il réagir ? Il vivait énormément dans la peur et prenait beaucoup de précautions. Ainsi à chaque réunion, il ne se présentait pas en tant que chef mais en tant qu’envoyé du chef. De plus, le groupe était secret et les membres ne se connaissaient pas entre eux, si bien que William Ugeux lui-même ignorait le nombre de membres. <br /> Le "Service Zéro" était un service de renseignements qui recevait des instructions de la part de Londres et du gouvernement belge. C’est pour cette raison, qu’en 1942, William Ugeux décide de se rendre à Londres.<br /> Comment s’est-il exilé ? Pour cela, il a dû passer par le sud de la France : la France libre de Pétain. Sa première étape est Lyon où il a rencontré sa femme qu’il n’avait plus vue depuis des semaines. Il est ensuite passé par Barcelone pour enfin rejoindre Lisbonne. De là, il prend le bateau jusqu’à Bristol. Il voit les autorités et on le largue en avion en France avec une valise contenant de l’argent pour les différents groupes de résistance. Rôle du Service Zéro : Le « Service Zéro » a joué un rôle important dans l’élaboration de La Libre Belgique clandestine. Le groupe donnait des informations au journal et il distribuait la Libre. Après l’arrestation des créateurs de ce journal, les responsables ont demandé à William Ugeux d’en prendre la tête puisque celui-ci avait déjà travaillé pour le journal Le Vingtième Siècle avant la guerre. Énormément de personnes travaillaient sur ce journal malgré les nombreux risques. À la fin de la guerre, le journal était tiré à plus de 40 000 exemplaires. Ce quotidien a donc connu un grand succès malgré le grand coût en vies humaines. En 1943, William est reparti à Londres et y est resté jusqu’à la fin de la guerre. À la libération de Bruxelles en 1944, il est rentré en Belgique où il a reçu une mission du gouvernement : relancer la presse belge.<br /> <strong>Source Internet :</strong><br /> <a href="https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf">https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf</a><br /> <strong>Source iconographique :</strong><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820</a><br /> </p> Mon, 31 Dec 2018 17:43:48 +0100 Justicier de Paul COLLIN. Arnaud FRAITEUR https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-179+justicier-de-paul-collin-arnaud-fraiteur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-179+justicier-de-paul-collin-arnaud-fraiteur.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Justicier de Paul COLLIN. Arnaud FRAITEUR est un résistant belge, né à Ixelles le 23 mai 1924 et mort au Fort de Breendonk le 10 mai 1943. <br /> Arnaud Fraiteur effectue ses études secondaires à l’Athénée Royal d'Ixelles.<br /> Il s’inscrit ensuite comme étudiant à l’Université de Liège où il réussit avec succès l'examen d'entrée aux études d'ingénieur civil. En mai 1940, l'invasion de la Belgique par l'Allemagne nationale-socialiste met fin à son cursus universitaire. L’Université de Liège suspend les cours, tout comme l’Université libre de Bruxelles le 24 novembre 1941 <br /> Il adhère en 1941 à l'Armée belge des Partisans (Partisans armés). Il rejoint une unité bruxelloise spécialisée dans la lutte contre la collaboration intellectuelle. Cette unité comprend un grand nombre de jeunes proches de l'Université libre de Bruxelles. Il participe à plusieurs actions, dont l'assassinat du journaliste et critique d'art Paul Colin, directeur et rédacteur en chef du quotidien Le Nouveau Journal, qu'il avait créé en 1940 pour diffuser ses idées de collaboration avec l'occupant allemand. Le 13 avril 1943, en compagnie d'André BERTULOT et de Maurice RASKIN, il abat Paul Colin et son garde du corps Gaston Bekeman dans la librairie située 87 rue de la Montagne à Bruxelles, au-dessus de laquelle se trouvent les bureaux du "Nouveau Journal". RASKIN et BERTULOT, qui ont couvert la fuite de FRAITEUR, sont rapidement arrêtés, mais Arnaud FRAITEUR parvient à s'enfuir.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Paul Colin, journaliste-directeur du Nouveau Journal et de Cassandre, figure clé de la presse collaboratrice</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Funérailles de Paul Colin et de Gaston Bekeman, organisées en grande pompe par l’occupant.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’affaire à l’époque fit grand bruit, à la fois dans la population, qui vit dans l’exécution de Paul Colin le juste châtiment d’un criminel, et dans les milieux de la collaboration qui perdait un chef de file<br /> Quoique l'attentat ne concerne que des ressortissants belges, les autorités allemandes s'emparent immédiatement du dossier, montrant par là l'importance qu'elles accordent à la personne de Paul Colin. La Feldgendarmerie, la Geheime Feldpolizei et la Gestapo descendent sur les lieux de l'attentat. L'occupant garde à sa disposition André BERTULOT (arrêté le jour même) et Maurice RASKIN (arrêté le lendemain). La police et la justice belges sont ainsi dessaisies du dossier. Arnaud Fraiteur est rapidement identifié grâce à la plaque d'immatriculation du vélo qu'il a abandonné sur place. La maison familiale est mise sous surveillance le soir même. Arnaud FRAITEUR, en fuite, ne rentre pas chez lui et se cache à Uccle chez des amis de ses parents tandis que le réseau Zéro, avec l'aide du réseau belge de France ALI, dirigé par Joseph DUBAR, organise son évacuation vers l'Angleterre. Le réseau Zéro fait appel à un chauffeur du ministère des Colonies pour conduire Arnaud FRAITEUR vers la France. Mais le chauffeur, aidé du directeur qui remplace Paul Colin à la tête du "Nouveau Journal", le dénonce aux autorités allemandes, ce qui permet à la Gestapo de l'arrêter le 19 avril à quelques kilomètres de Halle, sur la route qui le conduit vers la frontière française. FRAITEUR, RASKIN et BERTULOT sont condamnés à mort après un simulacre de procès devant le Conseil de Guerre de l'Oberfeldkommandantur à Bruxelles.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/fraiteur_arnaud1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Trois membres de la résistance, les partisans Fraiteur, Raskin et Bertulot, durant leur procès par la justice allemande.</p> <br /> <p style="text-align:center">(Photo CegeSoma, collection Arnaud Fraiteur, n° 31482)</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Ils sont exécutés par pendaison au Fort de Breendonk le 10 mai 1943<br /> Enterré dans un premier temps au Tir national à Bruxelles, le corps d'Arnaud Fraiteur est exhumé le 7 juin 1945 pour être inhumé dans le caveau familial du cimetière de Saint-Gilles.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques:</strong><br /> <a href="http://bel-memorial.org/tribute/tribute_1.php?INDIVIDUALS_ID=10707&amp;RECOUP=10707">http://bel-memorial.org/tribute/tribute_1.php?INDIVIDUALS_ID=10707&amp;RECOUP=10707</a><br /> <strong>Sources Iconographiques:</strong><br /> <a href="https://histoires-ixelles.blog/2017/09/19/1943-arnaud-fraiteur-resistant/">https://histoires-ixelles.blog/2017/09/19/1943-arnaud-fraiteur-resistant/</a><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=3047">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=3047</a><br /> <a href="https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/paul-colin.html">https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/paul-colin.html</a> Sat, 01 Dec 2018 11:43:02 +0100 SOUVENIR DE LA LIBÉRATION DE NAMUR. https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-178+souvenir-de-la-lib-ration-de-namur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-178+souvenir-de-la-lib-ration-de-namur.php <p style="text-align:justify">Les hasards de la guerre ont conduit un jeune Bruxellois, Maurice J. HINSENKAMP, à participer aux combats pour la libération de Namur, en 1944. Recherché par la Gestapo, tandis que ses parents étaient envoyé dans les camps de concentration, il échappa plusieurs fois à la capture et connut divers refuges avant d'aboutir à Namur où Raymond PRAILE l'enrôle dans l'Armée blanche. C'est ainsi que l'on nomme alors, la Résistance sans faire de détail dans ses différentes composantes.<br /> Le 3 septembre 1944, lors du regroupement de la "Zone I de l'Armée secrète, il est intégré au "Groupe Marchal" que commande le futur général LEGRAIN. Ce groupe portait le nom d'un de ses membres, le sergent du Génie Albert MARCHAL, fusillé par l'ennemi en 1943.</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Albert Marchal né le 7 octobre 1916 et fusillé le 20 octobre 1943</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Il accomplit de nombreuses actions de sabotage et de guérilla avant d'entrer à Namur et est cité à l'ordre du jour de l'A.S. par le colonel VANDEZANDE.<br /> De ses pérégrinations de clandestin, M. HINSENKAMP a tiré un récit qui fut d'abord publié dans "Pygmalion", la revue des fraternelles de l'A.S.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Voici le chapitre consacré à la libération de Namur.<br /> M. HINSENKAMP et ses compagnons ont rencontré, à Fosses, les premiers chars américains. Quittant la ferme de Taravisée, ils sont arrivés sur les hauteurs dominant la ville, qui est encore tenue par les Allemands. A l'aube, l'ordre de départ est donné. L'ancien résistant raconte :<br /> "Sur deux rangs, nous avons pris la route de Namur. Pour ma part, toujours avec mon vélo dont le porte-bagages était chargé de victuailles du groupe, consistant en un magnifique jambon, un pain et une motte de beurre.<br /> De part et d'autre de la route, des véhicules américains de tous types étaient garés et les G.I's qui bivouaquaient, formaient la haie. Depuis la veille, ils attendaient leur ravitaillement qui n'avait pas su suivre la rapidité de leur avance. Voyant que seulement la moitié d'entre nous était armée pour attaquer Namur, certains distribuèrent aux démunis des fusils et des grenades allemandes en dépit du prix qu'ils y attachaient.<br /> A la place Wiertz, nous avons fait halte et après avoir déposé, le superflu, dont mon cher vélo, dans l'une des maisons d'angle, nous avons attendu l'ordre d'attaque en fumant ce qui pouvait être notre dernière cigarette qui, pour ma part, a été effectivement l'une de mes premières et de mes dernières.<br /> Lorsque le lieutenant LEGRAIN commanda d'avancer en tirailleurs de chaque côté de la rue qui descendait vers les Bas-Prés et prit la tête de la colonne de droite, la contrainte enfin libérée me projeta à sa hauteur le long des façades de gauche. Au bas de la rue, une péniche placée en travers de la Sambre à la demande de Léon Wilmet, nous permit de franchir la Sambre au moyen de ce pont improvisé qui remplaçait celui d'Omalius, dynamité.<br /> Nous savions les Allemands dans le parc Louise-Marie et à l'emplacement du pont d'Omalius, soit à portée de fusil, mais n'avons essuyé aucun feu, réservé au groupe suivant, commandé par le lieutenant De VILLE.<br /> Réunis au couvent des Ursulines, nous sommes absous et bénis par l'archiprêtre Remy et entendons siffler les obus d'un canon anti-aérien qui tirait à l'horizontale. Egalement, les balles d'un d'entre nous dont la trop grande confiance dons le cran de sécurité de sa mitraillette faillit nous perdre.<br /> Ensuite, par la rue Lelièvre, nous avons gagné la sacristie de la cathédrale Saint-Aubain et, guidé par le vicaire MATHEN, grimpé dans le clocher pour repérer les Allemands, retranchés dans l'Arsenal, le parc Louise-Marie et les rues avoisinantes. En particulier, à l'angle de la rue du Séminaire et de la rue de l'Evêché. Ce courageux vicaire qui nous guida et soigna les blessés était originaire d'Aubange où ses parents abritaient réfractaires et résistants. Il est devenu Monseigneur MATHEN, évêque de Namur et aumônier du groupe. En novembre 1979, la médaille de reconnaissance de l'U.F.A.S. lui fut remise par le général LEGRAIN en présence d'une vingtaine de survivants. A l'époque, nous n'avons pas voulu mitrailler les Allemands de la position exceptionnelle que constituait le clocher et sommes descendus les attaquer par le Fonds Saint-Aubain.<br /> De cet endroit, je crus pouvoir les faire tous capituler par la seule force de ma voix en dépit de leur supériorité en nombre et en armement et l'ordre reçu de tenir jusqu'au bout. En allemand, je leur crie qu'ils sont encerclés et qu'ils n'ont rien à craindre de nous s'ils se rendent. En réponse, une porte s'ouvre sur notre droite et un drapeau blanc apparaît. De cette position, une rafale de mitraillette aurait pu tous nous faucher, 35 ans plus tard, Monseigneur MATHEN devait déclarer que sans mon exorde, il n'aurait pu être nommé évêque de Namur. Le doigt sur la gâchette de nos armes, nous n'avons jamais opéré une volte-face aussi rapide. Je crie d'avancer les mains en l'air, un soldat apparaît, puis un second. A cet instant, une fusillade part de la rue du Séminaire. Terrifiés, sept Allemands s'avancent vers nous pour se faire fouiller. Deux d'entre nous les emmènent, tandis que sous les rafales d'un fusil-mitrailleur qui ricochent sur les pierres de la cathédrale, nous nous abritons derrière le coin coupé opposé.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/groupemarchal3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'éclusier de Mornimont, Camille MALHERBES s'engagea trop. Soudain, une fontaine de sang gicle dans son dos. Le poumon gauche perforé. Nous le ramenons dans une cour intérieure, où le lieutenant LEGRAIN, commotionné, s'est également écroulé et est emmené. Une civière est cherchée pour Camille qui me chuchota ce qu'il croyait être ses dernières recommandations à sa femme et à ses enfants. Il devait heureusement en réchapper.<br /> Pendant ce temps, sous le couvert d'un drapeau blanc, Emile KIRSCH s'était engagé dans la rue du Séminaire. Accueilli par un feu nourri, il en réchappa miraculeusement avec seulement deux balles dans l'avant-bras droit. Pour le venger je gagnai à nouveau le fond Saint-Aubain où un résistant du groupe De VILLE me fit signe. Il m'expliqua qu'en traversant les maisons, il y avait possibilité d'approcher de l'endroit où s'étaient retranché les Allemands. Escaladant le mur de séparation arrière, nous pénétrons dans la première maison de la rue de l’Évêché. A la fenêtre du premier étage est posté un autre résistant qui me montre la rue de l'Arsenal d'où arrivaient les Allemands et la maison d'en face qui faisait l'angle entre notre rue et celle du Séminaire. La façade se présentait de profil et d'une fenêtre du premier étage sortait un fusil-mitrailleur qui nous avait arrosés. Le servant ne pouvait être atteint de nos fenêtres, pas même de la tabatière. Sous les combles, apercevant un trou dans une tuile, je me penche pour regarder au travers, lorsque je le vis soudain se multiplier et réalisai qu'il s'agissait de balles traversant la toiture.<br /> Je redescends au premier tour pour voir une section de soldats allemands s'abriter derrière le coin de la rue de l'Arsenal. Nous les mitraillons et un de nous va chercher du renfort. J'entends des ordres criés au mitrailleur de nous prendre sous son feu. Heureusement, il ne pouvait pas plus nous atteindre que nous ne le pouvions. De sorte que nous tenons tête au tir des autres armes qui se concentrent sur nous, faisant sauter plâtras, carrelages et chauffe-eau de la salle de bain dans laquelle nous nous trouvions, jusqu'à ce que les assaillants parviennent à traverser notre barrage et commencent à enfoncer la porte d'entrée. L'ordre est donné de lancer des grenades dans nos fenêtres et nous n'avons que le temps de débouler dans l'escalier avant les premiers éclatements.<br /> Fond Saint-Aubain, j'exhortai une dernière fois les Allemands à la reddition, mais ne reçus qu'une invitation ironique de venir le leur demander plus près.<br /> J'attendis vainement des renforts et lorsque, sous le couvert de la nuit, je constatai que les vélos allemands, déposés à l'angle de la rue du Séminaire, avaient disparu et la rue abandonnée, je sonnai à la porte de M. DEMUTH, à deux cents mètres de là, pour pouvoir m'endormir pour la première fois depuis deux jours.<br /> Le lendemain, je rejoignis le P.C. du groupe qui avait pris ses quartiers chaussée de Bruxelles, aux Ets WILMET. J'y appris les détails de la veille. Vers deux heures, le sous-lieutenant "Mioche" DENBLIJDEN avait amené quatre tanks américains qui en remontant l'avenue Stassart avaient cerné le parc, nettoyé le groupe De VILLE. Si les pertes que nous avons infligées à l'ennemi l'ont fait se retirer, nous déplorons dans nos rangs des blessés et la mort de l'adjudant DEJET.<br /> A la place Wiertz, je constate la disparition de mon vélo et de son chargement de victuailles.<br /> Quelques opérations de nettoyage sont encore entreprises contre des tireurs cachés dans les toits et des îlots de résistance à l'école des cadets. Escortant des prisonniers, nous croisons des FFIs qui ont suivi en voiture l'avance des troupes américaines. Froidement, ils nous déclarent qu'eux ne faisaient pas de prisonniers.<br /> Namur est libérée. Les Américains y entrent de toutes parts et nous organisons notre armement et notre charroi dans l'espoir de pouvoir les suivre dans leur avance. A l'Arsenal, transformé en camp de prisonniers de guerre, certains essayent de troquer des accessoires de leur uniforme, tandis que d'autres se glissent plusieurs fois dans la file des rations. Les collaborateurs, dont la chasse est organisée, s'y trouvent également rassemblés".<br /> Démobilisé à la fin de septembre, M. HINSENKAMP a eu le bonheur de voir rentrer ses parents, quelques mois plus tard, cruellement éprouvés par leur captivité. Et il conclut :<br /> "Nous avons réappris à vivre et essayé d'oublier. Mais peut-on laisser oublier une époque où un même idéal patriotique unissait la majorité des Belges, quelles qu'aient été leur appartenance linguistiques ou autres. Celui pour lequel des milliers d'autres sont morts, fusillés, décapités, perdus ou torturés. Pouvons-nous laisser ignorer cette force aux jeunes qui questionnent et s'interrogent ?".</p><br /> <br /> <strong>Sources :</strong><br /> <a href="https://sites.google.com/site/resistancecouvin/groupe-marchal">https://sites.google.com/site/resistancecouvin/groupe-marchal</a><br /> Journal "Vers l'Avenir" du samedi 3 et dimanche 4 septembre 1983.<br /> Livre de M. Hinsenkamp ‘’Un Allemand dans la Résistance’’ Thu, 01 Nov 2018 11:17:33 +0100 LE FAUX SOIR https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-176+le-faux-soir.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-176+le-faux-soir.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/faux_soir.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Cette histoire commence le 20 octobre 1943 et se termine, par un énorme éclat de rire, le 9 novembre de cette même année.<br /> A cette date, des résistants du Front de l’Indépendance vendent, en quelques minutes, cinq mille exemplaires d’un faux numéro du SOIR.<br /> Auparavant, il a fallu, dans le secret et en vingt jours, trouver un imprimeur, assurer la rédaction des articles et organiser la distribution du quotidien.<br /> Tout réussit grâce au courage et à l’audace d’un groupe d’hommes.<br /> La Belgique rit aux éclats, et on l’entend de loin. La parution du ‘’faux’’ SOIR , au seuil d’un nouvel et dur hiver d’occupation, est une victoire de la résistance, un espoir pour la population et une belle revanche sur la presse pro-allemande.<br /> Tout avait été minutieusement organisé. Des cyclistes allaient, dans toutes les directions, porter les faux ‘’Soir’’ dans les kiosques. Il aurait fallu, pour que le succès fût complet, que le vrai ‘’Soir’’ parût avec retard. Il suffisait, pour arriver à ce résultat, d'obtenir de la R. A. F. qu'elle envoyât quelques chasseurs survoler la ville à l'heure de la sortie de l'édition. Il y aurait eu alerte et les rotatives du ‘’Soir’’ se seraient arrêtées. On fit demander à Londres de nous rendre ce service. Mais sans doute le haut commandement allié considéra-t-il notre proposition comme trop fantaisiste. Il n'y eut pas d'alerte. Nos hommes de main se contentèrent, pour remédier à cette déception, de mettre le feu, place de Louvain, à une des camionnettes du ‘’Soir-ersatz’’. Et à cinq heures, le vrai-faux ‘’Soir’’, comme nous devions l'appeler plus tard, était distribué dans toutes les ‘’aubettes’’(Kiosques) aux marchands qui n'y virent que du feu. Comme le tirage du ‘’Soir’’ était réduit, en raison des économies de papier, la foule se pressait devant les kiosques au moment où nos partisans vinrent apporter les paquets. Ceux-ci furent répartis en un clin d'œil. D'ailleurs, la ressemblance entre le vrai et le faux ‘’Soir’’ était frappante. Même discrétion dans les titres. Même aspect massif du texte très serré. Il fallut à chaque lecteur quelques minutes pour comprendre qu'une énorme mystification venait de se jouer, dont étaient victimes les Boches d'abord, les collaborateurs de la presse vendue ensuite. Bientôt, toute la capitale éclata de rire. En quelques heures, les villes de province reçurent, à leur tour, des paquets de faux ‘’Soir’’. On se les disputa à coup de gros billets. Le marché noir s'en mêla, car l'affreux mercantilisme des Belges n'abdique en aucune circonstance. Certains faux ‘’Soir’’ atteignirent la somme record de 1.200 voire de 1.500 francs le numéro. Pendant quinze jours, on ne parla que de cela dans le pays entier. Des gens connaissaient par cœur le texte du faux communiqué, relataient avec force détails certains faits-divers particulièrement drôles. Toutes les radios du monde parlèrent de l'exploit du Front de l'Indépendance. Le faux ‘’Soi’’ constituait une démonstration malicieuse de l'énorme et criminelle incohérence de la presse nazifiée. Il soulignait, très opportunément, les mensonges pyramidaux qui constituaient le principal aliment que les journalistes vendus étaient obligés de servir chaque jour en pâture à leurs lecteurs. Le faux ‘’Soir’’ rappelait aux Belges écrasés par des années de servitude que le Petit Bonhomme vivait toujours, et que notre pays n'avait renoncé ni à sa foi, ni à sa malice, ni à son goût traditionnel de la liberté. Quelle différence entre nos phrases guillerettes et rosses, et la lourde prose des forçats de la plume qui avaient envahi les rédactions embochées! Le ‘’faux Soir’’, parodie inoubliable de la «presse embochée.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/faux_soir1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Mais que contenait en réalité ce ‘’faux’’ Soir ?</strong><br /> <br /> Outre le fait de ridiculiser la défense (dite élastique) allemande, on y trouvait également le programme de différents cinémas bruxellois :<br /> A.B.C: «Octobre rouge» et l'usine aux cadavres ». Documentaire culturel avec le général Paulus et ses soldats (le peu qui reste) <br /> AMBASSADOR: Olympiades, 1ère partie: le Marathon d'El Alamein à Sidi Barani, avec Rommel dans son plus grand rôle. <br /> ARENBERG: Un splendide numéro de dressage: Elias (succèsseur de S. De Clercq à la tête du V.N.V). et la Zwarte Brigade. <br /> CAPITOLE: «L'Insubmersible», avec toute la flotte britannique. <br /> CINE MIDI: «L'éclair figé », film comique avec Hitler et une pléiade de Germains <br /> FLORA : «Je fais dans mes hottes». Comique désopilant avec la légion Wallonie. <br /> GALERIES: Olympiades, 2ème partie; de Sidi Barani à la Côte, avec Rommel dans un rôle fait pour lui. <br /> MOLIERE:«L’Allemagne règne sur les mers ». Prestigieuse réalisation sur les grands abîmes sous-marins.<br /> Un article sur Léon Degrelle :<br /> Degrelle : IL SERA JUGE POUR MEURTRE PAR LE TRIBUNAL SS<br /> La Feldgendarmerie allemande vient d'infliger à l'Untersturmführer Léon Degrelle une peine privative de liberté. Comme de nombreux héros du Front de l'Est, M. Léon Degrelle était cocu. Et qui plus est, il le savait, ayant surpris, il y a quelques mois, sa vaillante épouse dans les bras d'un officier allemand, le commandant Ottokar van Schweinhund de la division Herman Goering. L’Untersturmführer avait constaté que son épouse n'opposait, aux assauts d'Ottokar von Schweinhund, qu'une molle tactique de hérisson suivie d'une défense déplorablement élastique. Résultat: l'ex-Mme Degrelie était, dit-on, un tout petit peu enceinte. Depuis ce Jour, le Untersturmführer Léon Degrelle remâchait son amertume. Il ne jouissait plus que de la considération concertée et fielleuse des chefs de gare. Mais Degrelle s'était juré de se venger. L'occasion se présenta dimanche passé en première ligne du Front de l'Est, à hauteur d'Aix-la-Chapelle. Brusquement Degrelle rencontra Ottokar von Schweinhund qui eut le culot de lui adresser son plus charmant sourire. N'écoutant que son courage, l'Untersturmführer sortit son revolver qui n'avait, jusqu'alors, jamais servi, et abattit son cynique rival. La Feldgendarmerie allemande s'est aussitôt mise sur la piste de Léon Degrelle qui avait pris la fuite et que l'on retrouva bientôt dans un abri bétonné. Léon Degrelle a été écroué et mis à la disposition du Tribunal des SS qui statuera bientôt sur son sort. Les funérailles d'Ottokar von Schweinhund auront lieu en grande solennité à Berlin. Son éloge funèbre sera prononcé par le Dr Goebbels. Retenu sur le front de l'Est, le Führer ne pourra assister à la cérémonie. Il s'y fera représenter par son ordonnance, un nommé Mussolini. A titre posthume, Ottokar von Schweinhund a été décoré de la croix de fer avec gueule de bois, surchargée de trois élastiques dorés.<br /> Et diverses petites annonces dont notamment :<br /> EX-COLLABOR., nazi 200 p. c... cherche pl. dans Journal clandestin, patriote et anglophile. <br /> CORBILLARDS à vendre. Conditions spéciales pour familles traîtres et collabor.<br /> PEAU DE L'URSS, vendue trop tôt, toujours disponible, chez A. Hitler, Blitzkriegallee, Berchtesgaden. <br /> L’Hiver approche et les événements marchent. <br /> Collaborateurs, FAITES RETOURNER VOS VESTES CHEZ LE TAILLEUR OPPORTUN 5 bis, rue de l'Heureuse Transition, Bruxelles. Prix modérés, - Léger supplément pour le dégraissage des doublures<br /> <br /> <strong>Sources :</strong><br /> Ouvrage : de Marie-Istas Caporali.<br /> Ouvrage : 39-45 ‘’Carnets de guerre’’ ‘’Les Résistants belges au combat’’ (P 145 et suivantes)<br /> Film de Gaston Schoukens ‘’ Un soir de joie’’ (1954)<br /> </p> Sat, 01 Sep 2018 10:52:37 +0200 L'A.S. (Armée Secrète) brugeoise prend forme https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-174+l-a-s-arm-e-secr-te-brugeoise-prend-forme.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-174+l-a-s-arm-e-secr-te-brugeoise-prend-forme.php <p style="text-align:justify">Une des figures de proue de la résistance armée à Bruges est le major d'Artillerie Georges Janssens de Bisthoven, qui, dès la fin des hostilités, cherche à établir le contact avec ses collègues qui ont, comme lui, échappé à la captivité.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/colonel_janssens_de_bisthoven.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Le colonel Georges Janssens de Bisthoven</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À la demande du commandant Claser, il accepte de mettre le noyau de volontaires qu'il a constitué à la disposition de la Légion belge, et ce, avant décembre 1940. Le commandement du secteur de Bruges pour la Légion belge est assuré à partir de janvier 1942 par le major Camille Laenen, autre figure de la résistance ouest-flamande. Lorsque Laenen est interpellé le 27 août 1943, le commandement de la zone envoie deux émissaires, Auguste Haus et Louis Camu, chez Georges Janssens à Courtrai où il vit depuis qu'il a été mis en demeure de quitter la zone côtière. Le major Janssens y est responsable de l'ORAF (Office de Renseignement et d'Aide aux Familles de militaires) mais reste en contact avec les responsables des divers groupes qu'il a dû laisser derrière lui. Après mûre réflexion, Camu et Haus décident de renoncer à leur idée initiale de confier le commandement du secteur à Georges Janssens, qui est dans le collimateur de l'occupant. Ils jugent plus prudent qu'il ne prenne, en tant qu'officier d'active, le commandement des troupes secrètes de la région brugeoise, que lorsque celles-ci entreront en action. Son remplaçant, en attendant ce jour, est le capitaine de réserve Michel Van Poucke. Lorsque Laenen a été arrêté, Van Poucke, qui a combattu sous ses ordres, a renoué divers contacts par le biais de la femme de Laenen. Cette dernière l'a dirigé sur Alfred Coppieters 't Wallant, qui a constitué plusieurs groupes à Bruges et dans ses communes environnantes ainsi que sur Didier de Pierpont qui a fondé un groupe à Sainte-Croix ( Sint-Kruis, commune limitrophe de Bruges ). <br /> Le secteur de Bruges-Ostende <br /> Van Poucke exerce le commandement du secteur Bruges-Ostende en liaison constante avec Alfred Coppieters 't Wallant qui garde le commandement de Bruges et de ses communes limitrophes. Né en 1907 et père de sept enfants, Alfred Coppieters est domicilié à Saint-André au sud-ouest de Bruges. Alors qu'il n'est ni militaire, ni réserviste, il rassemble des volontaires depuis l'automne 1940. À la même époque, son frère Charley Coppieters fait de même à Knokke Alfred Coppieters entre en contact avec le MNR par le biais du Brugeois Marc Ryelandt à une date indéterminée puis met son groupe au service de Laenen en janvier 1941 ( qui ne fait à ce moment-là pas encore partie de la Légion belge ) <br /> Georges Janssens échappe de justesse à plusieurs arrestations : la première dans le cadre de sa participation au réseau ‘’JAB’’, la deuxième le 12 mai 1944 quand la GFP opère une descente dans ses bureaux de l'ORAF. <br /> Par chance, Georges Janssens qui ne s'y trouve pas ce jour-là, peut lui échapper. Il quitte Courtrai et se réfugie chez son beau-père Louis Ryelandt à la rue Neuve à Bruges. Le 7 juin, il rentre chez lui pour revoir sa fille de quinze ans qui est mourante. Probablement dénoncé par des voisins, il y est arrêté le jour même par la GFP qui le libère toutefois dès le 21 juillet suivant, soit par manque de preuves, soit dans le but qu'il serve d'appât. <br /> Georges Janssens, prudent, s'établit à Gand pour échapper à la vigilance de l'ennemi. L'arrestation de Georges Janssens le 7 juin incite Alfred Coppieters et Michel Van Poucke à choisir un autre officier pour prendre le commandement du secteur, mais comme tous les officiers d'active ont été obligés de quitter la Sperrgebiet (Zone interdite), leur choix se porte sur un commandant de réserve : Robert Kervyn de Meerendré, un ancien combattant de la guerre de 14. Marié et père de six enfants, Robert Kervyn vit au Chesnoy à Oostkamp au sud de Bruges. Recruté par Alfred Coppieters en mai 1943, il accepte sa proposition de relayer Georges Janssens, dont il est un cousin germain. Il n'a toutefois qu'à peine le temps de s'investir de sa mission. Le 18 juillet 1944, la GFP fait irruption à son domicile et le prend sur le fait à l'écoute de la BBC dans son grenier. Interrogé des années plus tard sur les motifs de cette intrusion allemande, Robert Kervyn évoquera deux causes possibles : une dénonciation ou les évasions à répétition de son fils John. En effet, John Kervyn de Meerendré, né en 1918 et sous-lieutenant des Grenadiers blessé lors de la campagne de 1940, a été fait prisonnier en France au mois de juin et déporté dans un camp de prisonniers de guerre. Quatre ans plus tard, le 30 mai 1944, il quitte l'oflag II A de Prenzlau par les égouts et réussit ainsi... sa cinquième évasion! <br /> Il est malheureusement repris huit jours plus tard, menacé d'être emprisonné dans un camp de concentration pour récidivisme mais réintègre — à son grand soulagement — son oflag le 24 juin. Il y restera jusqu'à l'arrivée des troupes américaines. Au moment où la GFP débarque au Chesnoy le 18 juillet 1944, John a réintégré son camp depuis longtemps. Ce n'est donc pas le champion de l'évasion mais bien son père qu'elle recherche. Robert Kervyn est conduit à la prison de Bruges, puis est transféré à Saint-Gilles. Déporté à bord du ''train fantôme'', il recouvre la liberté le 3 septembre 1944. Dans la cour de la prison de Bruges, Robert Kervyn aperçut quelques visages connus : Georges Janssens, Thierry ou Hubert d'Ydewalle et José Gillès de Pélichy. <br /> Le baron José Gillès de Pélichy, né en 1923, est le dixième d'une famille de onze enfants. La mort de son frère André sur un champ de bataille le 25 mai 1940 le marque profondément. Il souhaite partir en Grande-Bretagne mais se heurte au refus de son père qui le trouve trop jeune et l'enjoint de poursuivre ses études. Selon Georges Janssens, c'est lui qui le recrute en 1941. Ses parents et ses sœurs soupçonnent quelque activité à partir de 1943 parce qu'il s'absente régulièrement du domicile familial situé au château de Sysele à l'est de Bruges. Le fait est qu'au printemps 1944, il est agent de liaison du secteur. </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/pelichy.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">José Gillès de Pélichy</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">À plusieurs reprises, il sert de guide à des aviateurs américains tombés dans les environs. les 3 et 4 juillet 1944, il fait partie des deux équipes qui conduisent les membres d'équipage d'un avion de l'USAAF tombés au-dessus d'Aartrijke vers leur énième cachette. <br /> Le 7 juillet, il conduit à bicyclette un aviateur américain abattu au-dessus de la commune d'Izegem en avril 1944, jusqu'à Bruxelles où Alfred Coppieters a obtenu l'adresse d'une filière d'évasion. <br /> La GFP, informée de l'identité de Michel Van Poucke par un membre arrêté qui a parlé, débarque à son domicile situé à Assebroek (entre Sysele et Bruges) le 13 juillet 1944. <br /> Van Poucke, réfugié dans une cachette aménagée au grenier, échappe à l'ennemi. <br /> José Gillès, qui vient effectuer une mission de liaison chez Van Poucke, est contrôlé non loin de là et arrêté. Il est emprisonné à Bruges jusqu'au jour de son départ pour l'Allemagne, le 1er septembre 1944. Il est déporté au camp de concentration de Gusen <br /> (camp annexe de Mauthausen) où il décède le 26 octobre 1944, à l'âge de 21 ans. Il avait conscience des risques encourus puisqu'il confia au curé de la paroisse de Syzele une lettre à remettre aux siens s'il devait lui arriver malheur. Dans cette lettre non-datée, il remercie ses parents pour l'éducation chrétienne qu'il a reçue et explique son engagement: ''En entrant dans la Résistance, écrit-il, mon but a été de combattre la tyrannie Nazie, pour travailler à la liberté de l'Église et de la Belgique.''</p><br /> <br /> <strong>Source Bibliographique:</strong> ‘’Pour le Roi et le Patrie’’ par M.P. d’Udekem d’Acoz<br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> ‘’Pour le Roi et le Patrie’’ par M.P. d’Udekem d’Acoz<br /> <a href="https://gw.geneanet.org/vannaemend?lang=fr&amp;n=janssens+de+bisthoven&amp;oc=0&amp;p=walburge">https://gw.geneanet.org/vannaemend?lang=fr&amp;n=janssens+de+bisthoven&amp;oc=0&amp;p=walburge</a> Mon, 02 Jul 2018 18:17:41 +0200