Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Courcelles 18 août 1944. L’Horreur https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-211+courcelles-18-ao-t-1944-l-horreur.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-211+courcelles-18-ao-t-1944-l-horreur.php <p style="text-align:justify">Le nom de Courcelles est depuis la fin de la Seconde Guerre associé à des faits dramatiques, retenus par l'histoire parmi les plus sanglants des collaborateurs rexistes sous l'Occupation. <br /> Le matin du 18 août 1944, vingt otages étaient exécutés sans pitié, après avoir passé une inimaginable nuit d'angoisse, maintenus prisonniers dans une minuscule cave du lieu dit le ‘’Rognac’’. Leurs assassins n'étaient pas des soldats allemands, mais des sympathisants de Rex; leur sauvagerie criminelle avait été provoquée, la veille, par un attentat de <strong>la Résistance</strong>: la mise à mort du bourgmestre de Charleroi, Oswald Englebin...<br /> Ce rexiste, pourtant jugé trop modéré par une frange de ses coreligionnaires de la collaboration, habite alors Trazegnies, commune aujourd'hui intégrée à l'entité courcelloise. Le 17 août, un peu après midi, il rentre chez lui, en voiture, en compagnie de sa femme et de son fils, ainsi que d'un garde du corps, le gendarme Marcel Duquesnes. Dans la côte du Rognac, entre Monceau-sur-Sambre et Courcelles, <strong>cinq jeunes gens de la Résistance</strong>, en embuscade, ont simulé une panne de voiture. Le véhicule du mayeur, obligé de ralentir, est mitraillé; les membres de la famille Englebin sont mortellement touchés.<br /> Quelques minutes plus tard, trois rexistes passent par là, et comprennent tout de suite que le bourgmestre de Charleroi vient d'être victime d'un coup des résistants. Ils poursuivent même la voiture des auteurs, en direction de Chapelle-lez-Herlaimont, mais sont semés.<br /> Le trio fait partie de la «Formation B», une milice dévouée à l'échevin Pévenasse, un rexiste pur et dur, de sinistre mémoire. De retour sur les lieux, les trois hommes menacent le gendarme, interpellent deux notables qui passaient par là, M. Van den Berghe, directeur commercial des charbonnages de Monceau-Fontaine et Jean Ligny, directeur des travaux, lesquels essaient de s'enfuir. M. Van den Berghe est abattu d'une rafale; il est la première victime des «tueries de Courcelles».<br /> La rage assassine s'en prend alors aux gens de loi. Le feu est bouté à la maison d'un procureur, et aux bâtiments de la PJ, où un malheureux est passé par les armes. À Nalinnes, un château est brûlé, et puis l'on exécute le nommé Bousman, sa mère et son épouse, avant d'incendier sa villa.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/villa_bousman_freebelgians_juin_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">ruines de la villa Bousman</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Deux cent cinquante rexistes sont venus de Bruxelles, en renfort. D'odieuses représailles sont encore en préparation. Une liste d'otages a été dressée, les arrestations ont commencé, et trois autres personnes sont tuées sauvagement, tandis que les incendies se multiplient.<br /> Une vingtaine de notables, la plupart portant des noms bien ancrés dans la région, sont capturés. Dans la petite cave devenue tristement célèbre, ils passent leur dernière nuit, hantés par la certitude d'une mort violente et injuste. Promis au même supplice, le doyen Harmignies s'applique à consoler ses compagnons </p>d'infortune.<br /> <br /> <p style="text-align:center"> <img src="https://www.freebelgians.be/upload/pierre_harmignie_freebelgians_juin_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">le Chanoine Pierre Harmignies</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Au petit matin, les malheureux sont abattus les uns après les autres. Une femme, seulement, est épargnée. Les dépouilles sont jetées les unes sur les autres, entassées sous les fenêtres d'une maison voisine, et restent là un jour et une nuit, avant d'être emmenées à la morgue. Dans le pays de Charleroi, encore meurtri par cette abjection, la tuerie du Rognac reste et restera le symbole de l'horreur du rexisme, exécutant zélé du nazisme<br /> <br /> Sources :<br /> <a href="https://www.lesoir.be/art/a-courcelles-il-y-a-50ans-le-matin-de-l-horreur-rexiste_t-19940818-Z08EPN.html">https://www.lesoir.be/art/a-courcelles-il-y-a-50ans-le-matin-de-l-horreur-rexiste_t-19940818-Z08EPN.html</a><br /> <a href="https://www.charleroi-decouverte.be/pages/index.php?id=619">https://www.charleroi-decouverte.be/pages/index.php?id=619</a><br /> <a href="https://paroissesaintemariemadeleine.be/2020/07/18-aout-1944-18-aout-2020-commemoration-de-la-tuerie-de-courcelles/">https://paroissesaintemariemadeleine.be/2020/07/18-aout-1944-18-aout-2020-commemoration-de-la-tuerie-de-courcelles/</a></p> Mon, 31 May 2021 23:04:57 +0200 Cela aussi c'était résister https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-210+cela-aussi-c-tait-r-sister.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-210+cela-aussi-c-tait-r-sister.php <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1941, un an après l’invasion allemande, des mineurs se mettent en grève à Seraing. En quelques jours, la grève contre l’occupant allemand s’étend.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/mineurs_greve_freebelgians_mai_2021_photo_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">En pleine occupation, près de 200 000 ouvriers et mineurs (de Belgique et du Nord de la France), poussés à bout par des conditions de vie et de travail insoutenables, ont osé défier l’occupant.<br /> La Belgique et le Nord de la France constituent une région stratégique importante pour l’occupant. Le charbon y est la première industrie. Et de charbon, les nazis en ont besoin. Alors qu’ils préparent l’invasion du géant soviétique, ils rencontrent une résistance inattendue en Yougoslavie… Ils doivent alors accélérer leur production d’armes. <br /> L’hiver 1940-1941 est rude. Pas tant pour sa météo que pour la misère que subit la majorité de la population. Les salaires sont bloqués, mais les prix s’envolent.<br /> Les rations diminuent. Les pommes de terre manquent. En avril 1941, un ingénieur d’un charbonnage du bassin de Seraing interroge les 55 ouvriers qui descendent dans la mine. Deux d’entre eux n’avaient rien du tout à manger, un autre seulement deux ou trois carottes, les autres un peu de pain avec parfois quelque chose pour l’accompagner. Un seul avait de la viande.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/mineurs_greve_mai_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Alors que le pays est sous occupation militaire et que les grévistes sont passibles du Tribunal de guerre, qu’est-ce qui peut bien pousser métallos et mineurs à prendre de tels risques ? La faim, qui ravage le pays depuis le premier hiver de la guerre. Depuis la fin 1940, les denrées alimentaires se font rares et leur coût augmente de jour en jour. Les ouvriers sont les premiers touchés car le marché noir, hors de prix, leur est inaccessible. Leur salaire est en décalage complet avec le coût de la vie. Le 7 mai 1941, leur patience atteint ses limites. Plus une seule pomme de terre n’est disponible alors que les travailleurs y ont normalement droit, et ce à raison de 15 kg par mois ! La grève apparaît alors comme la seule issue.<br /> Le 9 mai, les travailleurs du site de la Boverie (Seraing) refusent de descendre dans la mine. Le lendemain, 10 mai 1941, pour le premier anniversaire de l’invasion allemande, des femmes de la fonderie de Cockerill, plus grosse entreprise métallurgique de Liège, parcourent le site pour convaincre les travailleurs d’arrêter le travail. 8 000 ouvriers se mettent en grève. Très vite, l’information se répand. La grève dépasse les frontières. Elle va même toucher le nord de la France.<br /> En une dizaine de jours de grève, les travailleurs obtiennent des résultats : « Les revendications portaient sur le renforcement substantiel des rations, mais aussi sur une augmentation de 25 % des salaires, bloqués depuis le 10 mai. Dans le contexte de guerre, les résultats sont étonnants : hausse des salaires de 8 %, allocations de vacances, rations supplémentaires… Le mouvement, qui entre dans la geste de l’occupation sous l’appellation de “Grève des 100 000”, est un incontestable succès, acquis de surcroît sans faire de victimes.»<br /> Ce que les travailleurs ignorent alors, c’est que l’ordre de donner des rations supplémentaires vient du chef suprême de l’armée allemande, Adolf Hitler lui-même, selon José Gotovitch. « Halder (chef d’état-major adjoint de l’OKH, armée de terre allemande, NdlR) suit le mouvement au jour le jour et Hitler ordonne en personne une distribution immédiate de ravitaillement pour faire cesser un mouvement qui coûte 2 000 tonnes d’acier quotidiennes. » Quand on se prépare à envahir l’URSS, une telle perte de matériau est catastrophique. <br /> <br /> Source bibliographiques et iconographiques :<br /> <a href="https://www.solidaire.org/articles/mai-1941-la-greve-des-100-000-gagner-une-greve-en-temps-de-guerre">https://www.solidaire.org/articles/mai-1941-la-greve-des-100-000-gagner-une-greve-en-temps-de-guerre</a></p> Fri, 30 Apr 2021 18:24:12 +0200 Un récit de guerre Albert Pauly. https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-208+un-r-cit-de-guerre-albert-pauly.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-208+un-r-cit-de-guerre-albert-pauly.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_mars_pauly_albert_001.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 10 mai 1940, par une superbe journée de printemps, les Belges comprennent que la neutralité de leur pays ne l'empêchera pas de basculer dans un nouveau conflit. Depuis plusieurs mois déjà, Albert PAULY, liégeois originaire de la Hesbaye limbourgeoise, a été rappelé sous les drapeaux dans le 3e régiment d'infanterie, à la suite de ce que l'on appelait "la drôle de guerre".<br /> A l'aube, il assiste au bombardement des forts de Liège. Dès le premier soir débute un repli qui durera plusieurs jours. Le véritable baptême du feu a lieu lorsque le train dans lequel se trouve le régiment est bombardé après avoir quitté la gare de Châtelineau. C'est la première rencontre avec la mort. Le contact direct avec les Allemands a lieu en Flandre : le canon de 75 dont Albert PAULY est servant tire mais le feu ennemi oblige les Belges à l'abandonner. Puis c'est l'encerclement, la pression allemande qui s'intensifie et finalement la capture suivie de près par la capitulation du pays. La campagne des 18 jours d'Albert PAULY ressemble à celle de nombreux soldats belges.<br /> Alors que la colonne est conduite vers la captivité, les Allemands déclarent subtilement que les prisonniers vont être démobilisés et libérés. Effectivement à Diest, Albert PAULY est libéré avec cinq camarades. Il rentre vers Liège par la route de Hasselt. D'autres, partis par la route de Saint-Trond, seront repris par l'ennemi et envoyés en captivité.<br /> <br /> Le fameux appel du 18 juin lancé depuis Londres par le général de Gaulle convainc Albert PAULY et un ami liégeois, Raymond Thonon, de rejoindre l'Angleterre dès que l'occasion s'en présentera. Après onze mois, aucune filière d'évasion n'a cependant encore été trouvée. Aussi les deux jeunes gens décident-ils de tenter l'aventure sans aucune aide. Ayant pris le train en direction de la France, ils ont soin de descendre avant la frontière et de continuer leur chemin à pied à travers bois.<br /> La frontière passée, ils empruntent à nouveau le train jusqu'à la limite de la « zone rouge », division intérieure de la France occupée; mais, voyant la file qui se forme à un contrôle, ils comprennent qu'ils sont descendus à la dernière et non à l'avant-dernière station. Ne pouvant présenter de laissez-passer au soldat allemand, ils décident de foncer en supposant que l'homme ne les suivra pas et les faits leur donnent raison.<br /> Renseignés par le vicaire, ils changent leur argent en monnaie française et se présentent chez le garde-champêtre de Saint-Cyr qui organise leur évasion vers la « France libre ». Par chance, le passage a lieu sans réel problème. Lorsqu'ils arrivent au bureau militaire de l'armée belge à Montpellier, ils sont accueillis par un adjudant qui leur conseille de se rendre à la police. Le pays a capitulé !<br /> Déçus par cette attitude, ils se rendent à Palavas-les-Flots, dans une maison occupée par de jeunes officiers, puis à Saint-Girons, près de la frontière espagnole. Dans une auberge où ils doivent établir un contact pour le passage au pays de Franco, deux policiers en civil les arrêtent. En prison, ils font connaissance avec la vermine : poux, puces et punaises. C'est ensuite le transfert à la prison de Foix où les deux Belges découvrent une nouvelle calamité : la faim. Après cinquante jours de captivité, ils sont enfin jugés et libérés de prison pour être envoyés dans un camp de travail ; ils ne s'y présenteront toutefois pas.<br /> Un commissaire belge décidé à les aider leur communique l'adresse d'un hôtel à Toulouse, dont le patron est gaulliste convaincu. Là enfin, ils peuvent se reposer et apprécier un lit propre. Nos deux hommes sont trop faibles pour franchir les Pyrénées. Aussi se résignent-ils à rester quelques temps sur place. Leur hôte leur procure un travail en usine mais pour ne pas éveiller les soupçons de la police, Albert PAULY quitte Toulouse pour Tarbes et se fait embaucher aux usines Hispano-Suiza.<br /> Les semaines passent puis, enfin, son ami resté à Toulouse l'informe qu'il a trouvé le moyen de passer en Espagne. Avant de quitter l'usine, Albert PAULY sabote les engrenages destinés aux moteurs d'avions. Les deux Belges se rendent à Montauban pour rejoindre un groupe de candidats à l'évasion puis arrive le départ avec nouveau passage à Toulouse où deux guides catalans prennent le groupe en main. Après Béziers et Port-Bou, il faut attaquer les Pyrénées en empruntant pistes, champs, prairies, torrents ...<br /> Arrivés à Gérone, ils se font arrêter par les gardes civils espagnols. Conduits en prison, ils prennent soin de déclarer qu'ils sont de nationalité canadienne. Ils sont ensuite menés à Figueras où, ne recevant pas de nourriture, ils doivent vendre montre, porte-plume, etc ... Dépouillés de tout, ils sont alors envoyés à Barcelone puis au sinistre camp de Miranda. Les conditions de captivité y sont dures mais, comme d'autres, Albert PAULY trouve le moyen d'améliorer son ordinaire. Le 5 janvier 1943 éclate une grève de la faim provoquée par la durée excessive des internements. Elle aboutit à la décision de libérer les moins de 18 ans et les plus de 40 ans. Finalement, au mois de juin, après 14 mois de captivité, Albert PAULY est libéré en se faisant passer pour un autre. Il a notamment rencontré durant ce séjour forcé l'aviateur Joseph KINET.<br /> A Gibraltar, Albert PAULY reçoit un uniforme britannique sur lequel est cousu un badge « BELGIUM ». Ensuite, le voyage se poursuit à bord d'un cargo aménagé pour le transport de troupes. Le convoi est attaqué par des bombardiers italiens mais, heureusement, les bombes manquent leur objectif. Arrivés en Grande-Bretagne, les deux jeunes gens sont amenés à Londres où ils subissent une semaine d'interrogatoire avant de pouvoir jouir enfin d'une réelle liberté. Ils décident alors de s'engager dans la R.A.F. Une déficience de vue interdisant à Albert PAULY d'être aviateur, il demande à devenir agent de renseignement et d'action et est autorisé à passer les tests.<br /> Une des premières formalités consiste à donner un pseudonyme à chaque candidat, en l'occurrence Albert Pell. Grâce à cette précaution, un agent capturé au cours d'une mission ne peut révéler l'identité réelle de ses collègues, ce qui évite notamment les représailles envers les familles. Albert PAULY subit des épreuves d'observation et d'endurance. Puis débute sa formation d'agent ‘’marconiste’’ (dit également ‘’pianiste’’)<br /> Il apprend également à manipuler des explosifs, faire sauter des voies ferrées et encore attaquer des sentinelles au couteau. Il reçoit à Ringway une formation de parachutiste. Aux exercices au sol succèdent les sauts depuis une tour à laquelle les hommes sont reliés par un câble de freinage.<br /> Après l'enseignement préliminaire a lieu le premier largage depuis un avion, en l'occurrence un Whitley, ancien bombardier affecté à de nouvelles tâches. Dès le traditionnel ‘’Go !’’, Albert PAULY se jette par la trappe et descend suspendu à son parachute. Le contact avec le sol est brutal ; cependant notre homme en sort indemne, ravi mais bien raide.<br /> Ce stage terminé, il faut se familiariser avec le morse et pour cela, le jeune comme est envoyé dans une famille près de Glasgow où il passe une véritable semaine de détente tout en appliquant les connaissances nouvellement apprises. Enfin, l'instruction se clôture par des notions utiles telles que se familiariser avec les dangers potentiels, vivre dans la nature, se protéger des chiens, reconnaître les insignes et uniformes ennemis... Le jour du départ en mission, Albert PAULY épouse Patricia Hurlay, une charmante « Land Girl », c'est-à-dire jeune fille suppléant, au travail des champs, les hommes mobilisés.<br /> La première mission baptisée ‘’Silius’’ débute par un parachutage de nuit en Belgique, à partir d'un Liberator américain. L'atterrissage se fait sans casse pour Albert PAULY et son compagnon ‘’Petit Henri’’, mais les conteneurs enfermant le matériel n'ont pas été aperçus.<br /> Lorsque l'aube approche, les deux hommes les découvrent enfin et constatent que les parachutes ne se sont pas ouverts. Le matériel doit être dans un triste état mais, pour l'instant, l'urgent est de dissimuler ces colis encombrants et se réfugier dans une maison amie. Ils seront récupérés la nuit suivante. La cause du malheur est également découverte : le « dispatcher » a oublié d'accrocher les static lines (système d'ouverture des parachutes). Les deux hommes décident qu'Albert PAULY aidera ‘’Petit Henri’’ dans sa mission de sabotage s'il ne parvient pas à se procurer un poste émetteur.<br /> Albert PAULY possède des documents établis au nom d'Albert Paquet, établissant qu'il est domicilié à Grivegnée et qu'il travaille au Moniteur à Bruxelles, ville dans laquelle il se rend en tram. Il possède de l'argent belge et français, des pastilles pour purifier l'eau, des vitamines, une « pilule-suicide » des cristaux pour émettre et les codes imprimés sur une pochette de soie. Dans la capitale, il se rend à l'adresse qui lui a été renseignée par Londres.<br /> Pour prouver qu'il est bien celui qu'on attend, il présente un billet de banque dont le numéro avait été communiqué préalablement à la Résistance et récite une phrase qui sera prononcée par la B.B.C. le soir même. Après une semaine, il est conduit à son logement définitif, rue du Broeck à Anderlecht, dans une maison habitée par un couple de patriotes dont le monsieur, occupé par un quotidien connu avant la guerre, a quitté son emploi lorsque le journal est passé sous le contrôle des Allemands.<br /> Alors que notre agent de renseignement se trouve avec son logeur dans un café de Bruxelles, la Gestapo effectue un contrôle d'identité. L'homme qui examine les papiers d'Albert Paquet s'étonne de sa présence à Bruxelles alors qu'il est domicilié à Grivegnée. L'attestation du Moniteur endort ses soupçons. Les faux documents « made in England » sont de parfaite qualité ! Après une quinzaine de jours, notre ‘’marconiste’’ peut enfin se procurer un émetteur près de Vilvorde.<br /> Le poste est amené dans un local d'une petite fabrique de produits chimiques. Lors du premier contact avec Londres, Albert PAULY s'aperçoit que l'appareil est en état d'émettre mais ne peut recevoir. Il décide d'envoyer ses messages en ‘’blind’’, c'est-à-dire sans savoir si la station réceptrice l'entend. Après avoir émis durant une vingtaine de minutes, l'opérateur et les résistants qui l'accompagnent s'en vont en emportant le poste qui est pris en charge par un gendarme en uniforme : il est le moins exposé aux risques d'une fouille. Après quelques jours, un poste en parfait état de marche est enfin trouvé par un réseau de Résistance.<br /> Le lieu d'émission suivant est la maison d'un coiffeur du quartier où réside Albert PAULY. Une équipe d'observateurs épie tout mouvement anormal dans le voisinage car les Allemands recherchent activement les émetteurs clandestins au moyen d'appareils de radiogoniométrie.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_mars_2021_radio3084087331_1_3_tusauvq6.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">La mission d'un ‘’marconiste’’ est particulièrement périlleuse pour lui-même, qui risque la mort en cas de capture, mais également pour les résistants qui le secondent. La nuit, il reçoit les messages de Londres ce qui ne représente, par contre, aucun danger particulier. Il apprend notamment que les messages envoyés en ‘’blind’’ ont été reçus.<br /> Albert PAULY émet tous les jours mais durant une vingtaine de minutes seulement de manière à ne pas donner assez de temps aux Allemands pour repérer le lieu de l'émission. Il est contraint de déménager régulièrement. Il se familiarise cependant avec le risque et parfois, lorsqu'il est loin de la ville, l'émission peut durer une heure.<br /> A plusieurs reprises, des contrôles procurent de fortes émotions au ‘’marconiste’’ mais un jour, alors qu'il travaille au deuxième étage d'une maison d'Anderlecht, le gendarme lui crie d'arrêter. La Gestapo fouille le quartier. Après plusieurs heures, alors que les environs restent sous surveillance, le gendarme propose de partir avec le poste. Il arrive à bon port et cette nouvelle soulage les occupants de l'immeuble autant que l'opérateur.<br /> Une nuit, Albert PAULY reçoit le message ‘’Conseillons à Menuet de prendre l'argent et d'aller se reposer à la campagne’’. Durant une nuit entière, il s'interroge sur la signification exacte du message : va-t-il être remplacé ? Court-il des risques ? Estime-t-on que ses nerfs ont besoin de repos ? Ne sachant apporter de réponse satisfaisante, il décide d'ignorer simplement l'avertissement.<br /> A la suite de l'arrestation de résistants, Albert PAULY recherche un lieu d'émission et décide de retourner dans une petite ferme isolée à Elingen, bien qu'il soit dangereux d'émettre plusieurs fois du même endroit. Cette fois, la ‘’gonio’’ l'a repéré et les Allemands, au nombre d'une soixantaine, investissent les lieux. Il faut faire un choix rapide : se suicider ? Quelle dérision alors que les alliés vont bientôt libérer le pays ! Mourir l'arme à la main ? Les gens de la ferme risquent des représailles ! Il lui semble préférable de se rendre.<br /> Un premier interrogatoire débute sur place, régulièrement ponctué de coups violents. Parmi les nazis, il y a au moins un traître belge. Une véritable séance de torture se déroule. Pour faire parler l'agent de renseignement, les tortionnaires lui plongent longuement la tête dans une bassine d'eau, jusqu'à la limite de l'asphyxie. Ils recommencent l'opération plusieurs fois. Pour échapper à la souffrance et à la mort, Albert PAULY communique des renseignements fantaisistes ainsi que l'adresse de son logement en raison du faible risque que les Allemands puissent en tirer profit ou procéder à des représailles.<br /> Il est alors conduit au siège de la Gestapo, avenue Louise à Bruxelles où il subit un nouvel interrogatoire « plus civilisé ». Il apprend avec stupéfaction qu'il était surveillé et que de nombreux lieux d'émission étaient connus. Il est ensuite conduit en cellule et gratifié d'une nouveau passage à tabac. Enfin, il est emmené à la prison de Saint-Gilles. Mais les alliés approchent ; les prisonniers sont conduits à la gare du Midi et enfermés dans des wagons à bestiaux. Le train démarre pour l'Allemagne mais la Résistance a saboté les voies ce qui contraint le convoi à revenir à Bruxelles. Après plusieurs heures, les portes sont ouvertes : les Allemands fuient !<br /> <br /> <br /> La guerre n'est cependant pas finie et, en décembre, le major responsable d'Albert PAULY lui propose une nouvelle mission de renseignement (au nom de code «Painters ») dans les environs de Stuttgart. Le but est de vérifier des informations, rechercher des adresses sûres, établir une ligne d'échappée vers la Suisse, d'étudier des possibilités d'organiser avec des travailleurs étrangers déportés, une sorte de maquis et de créer des groupes de résistance, d'envisager un soulèvement. Après une formation complémentaire, Albert PAULY alias « Rembrandt » et un autre agent d'origine bruxelloise, André Bayet, sont largués au-dessus d'une clairière. La mission débute mal : d'une part il y a une neige inattendue et très gênante mais, plus grave, les colis contenant les appareils radio sont perdus. Des recherches dans la forêt restent vaines. Nos deux hommes entreprennent néanmoins une marche difficile vers Stuttgart, traversant même un camp de la Wehrmacht.<br /> L'essentiel de la mission est réussi. Certains contacts s'avèrent être des personnes douteuses, d'autres sont décédés. Les renseignements recueillis doivent être transmis aux alliés. Les deux hommes décident de se séparer ; l'un attendra que les armées franchissent le Rhin tandis que l'autre tentera de gagner la Suisse.<br /> Le Bruxellois choisit de rester et parvient à se faire embaucher au bureau de Poste, ce qui constitue un excellent moyen de contrôle sur les communications et télécommunications. Albert PAULY décide de tenter le voyage et de gagner Schaffhousen, à l'Ouest du lac de Constance, un endroit où les deux rives du Rhin appartiennent à la Confédération Helvétique. Après bien des péripéties et des frayeurs, il parvient en territoire neutre où ses faux papiers de sympathisant nazi lui jouent des tours. Relativement peu gardé, il s'évade et gagne la France quelques jours seulement avant la fin de la guerre.<br /> Source : Maison du Souvenir :<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/albert_pauly_recit.php">https://www.maisondusouvenir.be/albert_pauly_recit.php</a><br /> <a href="https://14ww210.skyrock.com/3084087331-Les-operateurs-radios-de-la-resistance.html">https://14ww210.skyrock.com/3084087331-Les-operateurs-radios-de-la-resistance.html</a></p> Sun, 28 Feb 2021 10:58:57 +0100 Le Front de l’Indépendance et les Partisans Armés (Parmi tant d’autres mouvements) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-206+le-front-de-l-ind-pendance-et-les-partisans-arm-s-parmi-tant-d-autres-mouvements.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-206+le-front-de-l-ind-pendance-et-les-partisans-arm-s-parmi-tant-d-autres-mouvements.php <p style="text-align:justify">Le 28 mai, 18 jours après l'entrée des troupes allemandes sur le territoire, la Belgique se rend au rouleau nazi. La résistance s'organise très vite. Une collaboration de différentes tendances politiques en Belgique, avec un rôle important pour les communistes. En juillet 1940, les ouvriers communistes lancent l'initiative de créer des comités de combat syndicaux (CCS) dans le secteur métallurgique liégeois, comme à Ougrée-Marihaye. Leur objectif: réorganiser clandestinement la défense des travailleurs et distribuer de petits journaux résilients. Le communiste Louis Neuray va encore plus loin: en tant que chef délégué de l'usine ACEC (Ateliers de Constructions Électriques de Charleroi) à Herstal, il organise une grève pour une augmentation de salaire en décembre 1940, peu avant son arrestation. La militante communiste Suzanne Grégoire mène une manifestation contre la pénurie à Liège le 18 avril 1941. Partout dans le pays, des textiles de Gand aux mines du Borinage, le nombre de grèves augmente. <br /> L'une des plus grandes actions de résistance de masse en Europe occidentale a lieu en Belgique en mai 1941. Plus précisément le 10 mai, pour commémorer l'invasion allemande de l'année précédente: Julien Lahaut, plus tard président du Parti communiste de Belgique ( PCB), parvient à fermer Cockerill, la grande aciérie de Seraing. L'appel s'est rapidement propagé et 100 000 travailleurs de la Sambre et de la Meuse, jusqu'au nord de la France, se sont mis en grève pendant la semaine. Une foule nombreuse se retrouve face à face à Seraing avec la police militaire allemande, prête à tirer. La ‘’grève des 100 000’’ se termine avec succès le 21 mai: une importante cargaison de pommes de terre pour la population ouvrière arrive.<br /> En mars 1941, le Front d'Indépendance (FI) et ses partisans armés sont formés à l'initiative du PCB. C'est le premier mouvement de résistance belge, à côté de l'Armée secrète, qui se compose principalement d'officiers fidèles au gouvernement belge en exil à Londres. L'Armée secrète est mieux armée, financée, informée et appréciée tout au long de l'occupation que le Front d'indépendance. <br /> <br /> <strong>1941: La bataille clandestine s'intensifie</strong><br /> <br /> Le 22 juin 1941, les nazis envahissent l'Union soviétique: opération Barbarossa. <br /> 1 800 militants de gauche belges sont arrêtés peu après et, comme Lahaut, envoyés dans des camps de concentration. La bataille clandestine devient de plus en plus difficile. Des centaines de résistants et de communistes se cachent pour échapper à la police nazie et organisent des réseaux de cachettes, des médecins, des gens qui fabriquent des papiers d'identité et des timbres alimentaires. Des groupes de résistance sont implantés dans le sud du Luxembourg, à Ourthe-Amblève et au Limbourg. Les collaborateurs sont handicapés, leurs bâtiments détruits, leurs réunions sabotées. <br /> Une histoire bien connue est celle du faux ‘’Soir’’ Après l'invasion allemande de 1940, le journal Le Soir est dirigé par des journalistes collaborationnistes (ils appellent ce journal Le Soir volé ). D'anciens journalistes (comme le futur député du PCB Fernand Demany) et des membres du F.I. lancent l'idée de diffuser un faux ‘’Soir’’ , pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale 25 ans plus tôt, le 11 novembre 1943. Ce faux journal est publié distribué à 50 000 exemplaires et a acquis une réputation internationale pour l'humour avec lequel la propagande nazie est retournée contre l'ennemi. <br /> En plus de cette action fantastique, des milliers de journaux clandestins sont secrètement distribués quotidiennement, notamment dans les usines. Les collectes de fonds aident les familles des prisonniers politiques. Les réfugiés se cachent, y compris les personnes qui s'opposent à l'emploi obligatoire en Allemagne et les réfugiés soviétiques. Ivan Mokan, un prisonnier de guerre qui a été déporté dans la mine de Limbourg à Zwartberg, peut s'échapper. Il rejoint plus tard la résistance au Pays Noir, tandis qu'Evgueni Dotsenko dirige un groupe de résistance de leurs compatriotes réfugiés dans l'arrière-pays liégeois. <br /> En raison de ces combats quotidiens, exemplaires et féroces, la popularité des communistes belges augmente dans tout le pays. Mais aussi grâce aux victoires soviétiques sur le front de l'Est, qui donnent confiance aux peuples de tous les pays occupés, notamment lors des trois grands tournants de la guerre: la bataille de Moscou (1941), la défaite des forces allemandes devant Stalingrad (1942) et Koursk (1943).</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/camille_hans_freebelgian_1_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Camille Hans (F.I.)</p><br /> <br /> <strong>Un large front antifasciste</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Parmi les résistants, de nombreuses femmes assument des tâches de leadership, comme Lucienne Bouffioux, Yvonne Ledoux, Yvonne Paradis ou Marcelle Leroy. D'autres, comme Fanny Beznos-Jacquemotte et Buntea Crupnic-Smesman, ont déjà dû faire face à l'exil avant la guerre. C'est également le cas pour Ignace Lapiower et Andor Béreï. Ce sont des Juifs, des Hongrois, des Roumains ou des Polonais, mais ils n'hésitent pas à œuvrer pour l'indépendance de la Belgique et la victoire sur le fascisme. <br /> La résistance a eu beaucoup de succès dans toute la Belgique. Louis van Brussel et son corps de Louvain sont sans aucun doute l'un des groupes de résistance les plus efficaces, en raison de leurs actions de sabotage sur les chemins de fer. Le 30 juillet 1943, ils éliminent toute une entreprise allemande en déraillant un train sur la ligne Louvain-Ottignies à Oud-Heverlee. Un général, deux colonels, 20 officiers et 285 soldats allemands sont tués</p>. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/louis_van_brussel_freebelgian_1_2021.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Louis Van Brussel</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Entre 1942 et 1944, la résistance communiste flamande a également tué une cinquantaine de fascistes du VNV, le mouvement de collaboration flamand de Staf De Clerq, qui sème la terreur dans le Brabant. Il y a aussi beaucoup à dire sur le militantisme des dockers anversois, qui accueillent des exilés politiques italiens et allemands depuis les années 1930. René Dillen, président du PCB à Anvers, est l'un des premiers prisonniers du terrible Fort de Breendonk. Il est ensuite rejoint par Jef Van Extergem, chef de l'aile flamande du PCB. Aucun d'entre eux ne reviendra des camps. <br /> Lorsque les Britanniques ont repris le port en octobre 1944, les Britanniques feront appel aux partisans armés et les dockers n'épargneront aucune dépense ni aucun effort pour assurer l'approvisionnement du port: ‘’Nous avons déchargé les munitions pendant que les bombes tombaient sur Anvers’’, dit le docker communiste Frans Van den Branden. C'est grâce à l'action préventive de la résistance que les nazis n'ont pas saboté le port d’Anvers lors de leur retraite. Dans la résistance limbourgeoise, les cheminots et les mineurs locaux passent pour les forces les mieux entraînées du Front de l'indépendance. Dans tout le pays, les actions courageuses de milliers de travailleurs préparent la défaite de l'occupant nazi. C'est très différent de l'image que certains aiment propager d'une Flandre collaborationniste et d'une Wallonie résistante, même s'il est vrai que la résistance était plus forte du côté francophone du pays. <br /> Source internet :<br /> <a href="https://www.solidair.org/artikels/75-jaar-overwinning-op-het-fascisme-de-cruciale-rol-van-het-verzet">https://www.solidair.org/artikels/75-jaar-overwinning-op-het-fascisme-de-cruciale-rol-van-het-verzet</a><br /> Sources bibliographiques :<br /> <a href="https://www.levif.be/actualite/belgique/25-visages-pour-rendre-justice-a-la-resistance-belge-en-images/diaporama-normal-829567.html?cookie_check=1606817305">https://www.levif.be/actualite/belgique/25-visages-pour-rendre-justice-a-la-resistance-belge-en-images/diaporama-normal-829567.html?cookie_check=1606817305</a></p> Thu, 31 Dec 2020 11:27:15 +0100 Tragédies dans le secteur 2 de la zone V de l’A.S. (Armée secrète) https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-201+trag-dies-dans-le-secteur-2-de-la-zone-v-de-l-a-s-arm-e-secr-te.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-201+trag-dies-dans-le-secteur-2-de-la-zone-v-de-l-a-s-arm-e-secr-te.php <p style="text-align:justify">Le PC de l'état-major du secteur 2 s'installe à Pepinster près de Verviers le 2 juin 1944. Il doit déménager suite à la découverte par les Allemands, le 6 juillet, de l'important dépôt d'armes et d'explosifs qui avait été constitué non loin de la ferme du Haras à 1 km de Pepinster. Plusieurs personnes sont arrêtées parmi lesquelles le fermier Hubert Brixhe, sa femme et ses deux enfants. Charles de Kerchove de Denterghem de Pinto, qui a participé au transport d'armes à la demande du fermier, est arrêté le lendemain à son domicile au château Maison-Bois à Pepinster. Détenu à Verviers, puis à Liège et au camp de Bourg-Léopold, il retrouve, ainsi que les membres de la famille Brixhe, la liberté en septembre 1944.<br /> <br /> Le 2 septembre 1944, l'état-major d'un des groupes du secteur s'établit malgré tout au château de Sohan à Pepinster, propriété de Mme Charles Lejeune de Schiervel, née Camille Haward de la Blotterie, d'origine française. Sexagénaire — elle est née en 1883 — veuve depuis 1942, mère de huit enfants dont Jeanne d'Ursel des Amis de Charles, elle a mis sa propriété à la disposition de la Légion belge dans le courant de 1941. <br /> <br /> Le 4 septembre 1944, suivant l'ordre de mobilisation générale, les hommes de deux groupes s'installent dans les bois de Sohan, entre autres à la ferme du Haras, et une section occupe les dépendances du château. Le 5 septembre, Sohan est pris d'assaut par une colonne allemande. La plupart des résistants qui s'y trouvent parviennent à fuir, mais à l'issue des combats, qui ont fait plusieurs victimes et provoqué l'incendie du château, les Allemands s'en prennent à ceux qui sont restés sur place. L'aumônier, qui a refusé de quitter les lieux, est emmené, torturé et abattu un peu plus tard. Un couple de réfugiés dont la maison avait été détruite par un bombardement et leur petite fille de six ans sont exécutés, ainsi que le garde et le jardinier du château. <br /> <br /> Mme Lejeune de Schiervel qui a la charge de sa petite-fille Gaêtane d'Ursel (dont les parents, membres des Amis de Charles sont déportés) explique aux SS que la petite lui a été confiée par la Croix-Rouge allemande et que s'il lui arrivait malheur ils en seraient tenus pour responsables. Miraculeusement, ils lui laissent la vie sauve, ainsi qu'à sa servante et à la petite Gaêtane. Le drame de Sohan, où étaient abrités les armes et les vivres de deux groupes, provoque un désarroi dans le commandement de ceux-ci. <br /> Les hommes de la section 123 de Theux qui ont pris le maquis dans des bois au lieu-dit Sassor quelques jours auparavant et qui attendent leur équipement reçoivent l'ordre de réintégrer leurs foyers. Quatre hommes qui appartiennent à la même escouade sont surpris par des SS le long de la route le 6 septembre. Trois d'entre eux sont assassinés sur place, mais Baudouin de Biolley, qui a 21 ans et a rejoint la section 123 quelques semaines plus tôt, est capturé. Les SS poussent la cruauté jusqu'à l'emmener vers l'est. Quelques heures plus tard, arrivée à la frontière allemande aux portes d'Aix-la-Chapelle, la troupe s'arrête dans un parc à La Calamine et se débarrasse de son prisonnier. Après avoir obligé Baudouin de Biolley à creuser sa tombe, les SS le mettent lentement à mort dans des conditions atroces. Battu, torturé, mordu par des chiens, son calvaire s'achève par deux balles dans la nuque.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/foret_trooz_aout_2020_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le groupement 11 prend ses quartiers au château de Forêt-Trooz. chez le baron et la baronne Paul del Marmol qui ont sept enfants âgés de 14 à 5 ans. La baronne del Marmol, née Adeline de Fabribeckers de Cortils de Grâce, est agent de renseignements des réseaux Clarence puis Tégal depuis 1941. Elle est recrutée à l'AS par l'abbé Ernest Davin qui est responsable des transmissions de la zone V et par le commandant Edmond Vandercappelen qui est le commandant du groupement 11 (et à partir du 31 août 1944 du secteur 2). Cinq cents hommes du "groupement 11" obéissent aux ordres reçus et se regroupent au château de Forêt et dans cinq fermes avoisinantes. dont une est attenante au château. L'armement disponible comprend 14 mitraillettes, 8 fusils et quelques pistolets et grenades ! Deux soldats allemands arrivés en camion se présentent à la porte cochère de la ferme du château le dimanche 3 septembre. La sentinelle AS ouvre le feu et tue l'un des deux hommes ; l'autre est grièvement blessé. Adeline del Mar-mol, qui est infirmière, se précipite pour prodiguer des soins au soldat allemand. Un des maquisards fait un faux mouvement avec son fusil qui reste accroché à son guêtron. Le coup part. Une balle traverse l'omoplate d'Adeline del Marmol et la blesse à la bouche. Elle est recousue sur place par un médecin local qui a accepté, malgré le danger, de venir au château. Ce même médecin tente aussi de soulager les souffrances de l'Allemand, à la terreur et colère de celui-ci. Il décédera dans la nuit. Cette journée, ainsi que celle du 4 septembre, est ponctuée d'escarmouches durant lesquelles une poignée d'Allemands et de collaborateurs sont faits prisonniers et enfermés dans un pavillon de chasse situé dans le parc du château. <br /> Le 5 septembre, pressentant le danger qui les guette, Paul del Marmol conduit les trois cadettes dans une ferme située à 2 km. Il convient avec sa femme qu'il reviendra chercher les quatre aînés, deux garçons âgés de 14 et 12 ans et deux filles de 13 et 10 ans, dans le courant de l'après-midi. Mais à 17 heures, les Allemands, qui ont décidé de nettoyer la région, attaquent une des fermes, la ferme Dumonceau, où une centaine de maquisards sont réunis. <br /> Le bruit des combats parvient jusqu'au château. Les maquisards s'enfuient et Adeline del Marmol, chancelante, soutenue par ses enfants, parvient à rejoindre à pied la ferme où elle retrouve son mari. L'offensive à la ferme Dumonceau cause la mort de six résistants mais les Allemands se retirent de l'engagement après une petite heure de combat. <br /> À l'issue de celui-ci, le commandant du groupement 11 donne l'ordre aux hommes non-armés d'évacuer le refuge de Forêt, désormais dangereusement repéré. Les hommes s'égaillent dans les bois et bon nombre rentrent chez eux. Quelques-uns se retrouvent dans la soirée à la ferme où les del Marmol sont réfugiés. Le sous-lieutenant Goossens y prend, en l'absence du commandant du groupement 11 qui est parti, le commandement du détachement et décide qu'il est de leur devoir de retourner au château où un parachutage d'armes est attendu. La baronne del Marmol décide de les suivre en tant qu'infirmière et responsable du poste de la Croix-Rouge qu'elle y a créé à la demande de l'AS et parce que de surcroît elle a appris qu'un maquisard blessé le 5 septembre y a été transporté (en fait l'homme est mort pendant la nuit). Quant à son époux, ancien combattant de la guerre de 14, il estime que sa place est auprès de sa femme. C'est ainsi qu'au petit matin du 6 septembre, une centaine d'hommes obéissant à on ne sait quels ordres ou poussés par quel destin regagnent le château. Le 6 septembre vers 7 heures 30 du matin, pendant que la messe est célébrée dans la chapelle du château, une colonne forte de quelque trois cents soldats de la Wehrmacht engage le combat contre une centaine de maquisards mal équipés. Des hommes non-armés parviennent à s'enfuir, d'autres se terrent dans la ferme, la grange, les écuries. Pendant que les combats font rage, Paul del Marmol et son épouse décident de se dissimuler dans le château, dans une cachette qui a servi pendant toute l'Occupation lorsqu'une perquisition obligeait le ou les réfractaires ou Juifs qui étaient hébergés à se soustraire aux recherches. La cachette du vieux château mosan se situe entre le plancher d'une chambre à coucher et le plafond du rez-de-chaussée. Une trappe permet d'y accéder. Paul del Marmol et son épouse proposent à trois maquisards qui se trouvent par hasard dans leurs parages de les y accompagner. Ils descendent dans la cachette, s'y serrent un peu et retiennent leur souffle. Une éternité de crépitements de balles plus tard, les hommes de l'AS hissent le drapeau blanc. De leur cachette, les cinq entendent le silence qui s'installe, puis des bruits de voix, des interrogatoires, les Allemands qui fouillent le château. <br /> Des dizaines de prisonniers sont amenés dans la cour où les gradés sont séparés des simples soldats. Ces derniers, environ soixante-cinq hommes, sont emmenés dans trois camions vers Liège. Puis ce sont des bruits d'exécution et des hurlements qui résonnent jusque dans la cachette. Les maquisards prisonniers restés sur place sont tous exécutés, des meurtres parfois précédés de tortures comme c'est le cas pour l'aumônier du groupe. Toujours terrés dans leur cachette, les cinq rescapés entendent ensuite jouer du piano. Ils restent ainsi pendant de longues heures, sans oser bouger, jusqu'à ce que dans l'après-midi, une odeur de fumée ne leur laisse plus le choix. Ils comprennent que les Allemands ont incendié le château. Entre mourir fusillés et mourir brûlés vifs, ils choisissent la première solution. L'un après l'autre, ils se glissent dehors en direction du parc boisé. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'ils se rendent compte que les soldats de la Wehrmacht sont partis, laissant derrière eux trente-six cadavres et un château ravagé par les flammes. Le commandant du secteur écrira à propos de la baronne del Marmol qu'elle « a fait don total de sa personne et de ses biens à l'AS». <br /> Mais la tragédie de Forêt ne s'arrête pas là. Les quelque soixante-cinq prisonniers ont été enfermés dans la citadelle de Liège. Dans la nuit, vingt-deux d'entre eux sont extraits de leurs cellules par la Sipo-SD. Ils sont amenés au pont de l'île Monsin où ils sont exécutés l'un après l'autre d'une balle dans la tête et leur corps jeté dans la Meuse. Le camion qui reprend la direction Liège pour y chercher un deuxième contingent de prisonniers tombe en panne dans la cour de la <br /> citadelle! Les Américains arrivent le lendemain.</p><br /> <br /> <strong>Texte extrait du livre ‘’Pour le Roi et la Patrie’’ de Marie-Pierre d’Udekem d’Acoz (page 406 à 411)<br /> Source iconographique : Idem</strong> Fri, 31 Jul 2020 16:48:33 +0200 Les cellules de résistance dans la Gendarmerie Belge https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-198+les-cellules-de-r-sistance-dans-la-gendarmerie-belge.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-198+les-cellules-de-r-sistance-dans-la-gendarmerie-belge.php <p style="text-align:justify">Les gendarmes occupaient des fonctions dirigeantes dans la résistance ou avaient tout au moins des contacts avec les leaders de certains groupements. Dans le nord du Limbourg par exemple, la résistance s'organisa sous l'impulsion du Maréchal des logis G. Béazar, commandant de brigade à Kessenich, la région de Maaseik-Neerpelt était également dans ses attributions.<br /> Béazar poussa ses collègues à résister à l'occupant et les invita à former, à leur tour, des cellules de résistance. Ce fut notamment le cas à Lanklaar où des contacts furent établis avec le Maréchal des logis Croymans en avril 1941 pour la création du groupe Lanklaar-Stokken-Meeswijk.<br /> A Anvers, le premier Maréchal des logis Janssens du 2e Groupe Mobile organisa une section de l'Armée Secrète qui prit part à différents sabotages dans le port. Toujours à Anvers, le Maréchal des logis R. Wauters organisa en 1942 une cellule du Front de l'Indépendance qui allait porter son nom. Muté en mars 1944 dans la province de Limbourg, il travailla en étroite collaboration avec la section-BNB (Belgisch Nationale Beweging) (MNB=Mouvement National Belge) de Tongres et Borgloon.<br /> A Harelbeke, le premier Maréchal des logis Deceur était responsable du groupe FI Harelbeke et Beveren-Leie.<br /> En Wallonie, la situation était identique à celle de la Flandre.<br /> Le Lieutenant-colonel Leclaire invita plusieurs officiers à devenir membres de l'Armée Secrète, à former des groupes et même à recruter des officiers et du personnel pour l'Armée Secrète.<br /> L'influence du Colonel Dethise, qui avait été démis de ses fonctions, était également prépondérante. Il était contacté par l'Armée Secrète quand un gendarme souhaitait adhérer à cette organisation.<br /> Les commandants de districts entretenaient des contacts clandestins avec les groupements de résistance locaux. Tout comme en Flandre, la tendance du groupement influençait grandement cette relation.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gendarme_resist_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Carte de service falsifiée <br /> </p><br /> <p style="text-align:justify">Les leaders<br /> Les figures de proue des faits de résistance de la gendarmerie étaient le capitaine-commandant Dufrasne, commandant de la Compagnie Mobile, qui avant la guerre avait été actif dans le service de contre-espionnage pour le Ministère de la Défense, et le lieutenant M. Van Caester, un officier d'Etat-Major.<br /> Dès le début de l'occupation, ils s'attelèrent surtout à rassembler et à diffuser des renseignements sur l'occupant. Pour y arriver, ils pouvaient compter sur l'appui d'un certain nombre d'officiers de gendarmerie et de gendarmes qui leur faisaient directement rapport. Mais on ne se contentait pas d'échanger des informations. La cellule du capitaine-commandant Dufrasne était également une plaque tournante pour la distribution des armes qui avaient été récupérées dans la zone côtière.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gendarme_resist_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Sauf-conduit pour l’accès à la zone côtière</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L'activité de Dufrasne et Van Caester ne passa pas inaperçue. Quelles que furent les précautions qu'ils prirent, les allées et venues des informateurs, les nombreuses visites des officiers de passage à Bruxelles allaient finir par attirer l'attention. Des indicateurs se chargèrent du reste. Les deux officiers devinrent la cible des fanatiques du VNV. Dans un rapport confidentiel, le VNV désigna Dufrasne comme le leader de la ‘’clique de l'espionnage’’ chargée de rechercher des données sur le VNV, Rex et SS. L'adjudant Deneef, le Maréchal des logis Vandijck et le lieutenant Van Caester étaient considérés comme ses collaborateurs.<br /> Le lieutenant Van Caester, ainsi que trois gendarmes, furent arrêtés à l'automne de l'année 1941 après la découverte d'un émetteur radio clandestin chez un employé de la RTT à Bruxelles. L'arrestation eut lieu à l'Etat-Major Général de la Gendarmerie. Bien qu'il ne fût pas directement mêlé à l'affaire, le lieutenant Graff fut également écroué. Le lieutenant Graff qui parlait couramment allemand s'était toutefois fermement opposé à l'intervention allemande, à la consternation de la police allemande.<br /> Le motif exact de l'arrestation ne fut jamais communiqué au Commandant de la Gendarmerie.<br /> Le lieutenant Graff mourut à Brauweiler, le lieutenant Van Caester fut décapité à Dortmund. <br /> Plus tard, le capitaine-commandant Dufrasne fut arrêté et décapité à Sachsenhausen.<br /> Le capitaine Reynders était une personne tout aussi étonnante et importante. Etonnante dans le sens où, en raison de sa libération hâtive le 10 novembre 1940, il fut d'abord soupçonné d'entretenir des sympathies avec l'ennemi alors que ses collègues wallons restaient en Allemagne.<br /> Importante, parce que dès son retour en fonction (commandant de la Compagnie de Bruxelles), il devint le chef du deuxième bureau de l'Etat-Major de l'Armée Secrète et devint aussi responsable du groupement et de l'évaluation des renseignements sur l'ennemi. Il fit office de coordinateur entre les différentes cellules de l'Armée Secrète et les gendarmes patriotes, localisa les installations de V1, estima les possibilités de parachuter des armes, munitions et de l'équipement, se chargea du transport, diffusa les directives relatives aux actions de résistance prévues après le débarquement. <br /> Il se chargea également de remettre de l'argent aux familles des maquisards, des détenus ou des gendarmes démis de leurs fonctions.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/gendarme_resist_4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Les gendarmes étaient exempts de travail obligatoire</p><br /> <br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le capitaine Reynders qui vivait caché depuis janvier 1944, fut arrêté par les Allemands alors qu'il venait de faire la reconnaissance de la base de lancement des V1 à Zonnebeke avec le capitaine-commandant Thiel, commandant de la compagnie de Courtrai (22 juillet 1944). Il mourut dans le camp de concentration de Blumenthal près de Brême.<br /> Texte du Lieutenant-colonel Van Geet W.<br /> Source : <a href="https://www.maisondusouvenir.be/gendarmerie_resistance.php">https://www.maisondusouvenir.be/gendarmerie_resistance.php</a></p> Fri, 01 May 2020 11:27:08 +0200 La Ligne Jean-Pierre et le maquis de Rièzes https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-193+la-ligne-jean-pierre-et-le-maquis-de-ri-zes.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-193+la-ligne-jean-pierre-et-le-maquis-de-ri-zes.php Cette fois-ci je vous livre ci-dessous un extrait du livre de Henri Bernard ‘’ Un maquis dans la ville’’<br /> <br /> Le jeune Jean-Baptiste LIEGEOIS, plus tard surnommé Jean-Pierre, était caporal milicien au 3° régiment de Chasseurs à pied durant la campagne de mai 1940. De petite taille et d'allure frêle, à 23 ans il n'en paraissait pas 18. Rien ne pouvait laisser supposer, par son physique, qu'il serait un jour le redoutable commandant du bataillon de Choc des MP (Milices Patriotiques) schaerbeekoises. <br /> Fait prisonnier à Oudenarde, il s'évade d'Aix-la-Chapelle dès juin 1940 et se réfugie près de Tourcoing où habite sa famille. Arrêté par les hommes de Doriot, envoyé une deuxième fois dans le Reich, à présent comme travailleur obligatoire, il s'évade de nouveau en octobre 1941 et arrive chez le Résistant français Louis Saint-Ghislain, à Wattrelos près de la frontière belge. <br /> Liégeois décide de prolonger son évasion et de rejoindre les Forces belges de Grande-Bretagne, Il franchit la ligne de démarcation dans l'Indre, à La Châtre, aidé par l'abbé Georges Joliet desservant cette paroisse. Il poursuit son voyage, arrive à Toulouse, travaillant le long du parcours chez des cultivateurs pour gagner sa subsistance. Il échoue dans son passage des Pyrénées, abandonné en pleine montagne par son guide. Sans ressources et peu aidé par les gens du Midi, il retourne chez Saint-Ghislain. Il estime à ce moment pouvoir rendre plus de services au pays occupé qu'en Grande-Bretagne. Il conçoit de monter une ligne d'évacuation, pour prisonniers de guerre, en se servant de Saint-Ghislain, de l'abbé Joliet et des autres patriotes qu'il a rencontrés sur son passage. Il revient en Belgique au printemps 1943 et, par son oncle Joseph Puissant, policier FI (Front de l’Indépendance), il fait la connaissance de Witdouck et de Hoste. Ainsi, à côté d'Eva réservée aux aviateurs, la ligne Jean-Pierre, qui va naître, évacuera les prisonniers de guerre évadés d'Allemagne. Liégeois retourne à Wattrelos, reprend contact avec Saint-Ghislain et le réseau français WO( ?). <br /> Saint-Ghislain a précisément déjà développé son activité dans le sens de l'aide aux évadés et se sert des endroits repérés par Liégeois lors de son périple en France. Les deux patriotes se mettent d'accord sur la réception des « colis » en provenance de Schaerbeek. A l'automne 1943, la ligne Jean-Pierre est établie. Les prisonniers de guerre, évadés de leur camp d'Allemagne et recueillis à Bruxelles, sont traités comme les aviateurs. La veille d'un envoi, Liégeois se rend à Wattrelos, prévient Saint-Ghislain et rentre aussitôt à Bruxelles. Le jour du départ, munis de faux papiers, les prisonniers sont conduits par Liégeois en gare du Nord à Bruxelles, sous la couverture du grand Louis, de Gaston Vollès et de Luc Hymans. Avec Jean-Pierre, les évadés prennent le train Bruxelles-Courtrai, puis Courtrai-Mouscron. De cette dernière ville, ils se rendent à pied à Mont-à-Leux, car il y a trop de contrôles sur le vicinal. La douane belge est franchie aisément — ses préposés étant des Résistants — et tout le monde se cache chez Georges Hovelaque, agent des douanes. La nuit venue, Hovelaque et Jean-Pierre, aidés par Cécile Verbrugghen-Lejeune, amènent les évadés chez cette dernière où ils sont hébergés pour le reste de la nuit. La maison des Hovelaque est séparée de celle de Madame Verbrugghen par un cours d'eau, large de 1 mètre 50, le « petit Ri » disent les gens de l'endroit, et qui forme la frontière. Le passage de celle-ci se fait clandestinement à distance du poste de douane français dont les hommes sont peu sûrs.<br /> Au matin, Saint-Ghislain, aidé par sa femme et ses enfants, vient chercher les évadés un à un chez Madame Verbrugghen, aux activités multiples, et les cache chez lui durant quelques jours jusqu'au moment de leur évacuation vers l’intérieur de la France. <br /> Saint-Ghislain leur a procuré une carte d’identité française fournie par W0, il conduit ses « colis » à la gare de Tourcoing avec des vivres suffisants pour leur permettre d’arrivé à destination. Le train est payé par Saint-Ghislain qui remet en plus 500 francs Français à chaque évadé. <br /> Ceux-ci sont envoyés chez l'abbé Joliet qui leur fait passer l’ancienne ligne de démarcation où abondent les postes de contrôles. Les rescapés sont dirigés sur Clermont-Ferrand. Là, grâce à des infiltrations de la Résistance au bureau de démobilisation, ils reçoivent une prime, un costume, des souliers, des timbres de ravitaillement. La plupart des évadés rejoindront les maquis. <br /> La ligne Jean-Pierre, ne fonctionnera, hélas, que trois mois. Elle sera interrompue par l’arrestation de Saint-Ghislain en janvier 1944. Néanmoins 21 Français, quatre Polonais et deux Néerlandais auront été évacués par cette ligne. Sun, 01 Dec 2019 09:53:25 +0100 Arnould van de Walle et le groupe de Lichtervelde https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-191+arnould-van-de-walle-et-le-groupe-de-lichtervelde.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-191+arnould-van-de-walle-et-le-groupe-de-lichtervelde.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/arnould_van_de_walle_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Arnould van de Walle</strong> est né à Bruges en 1898. Il a tout juste 17 ans lorsqu'il reçoit enfin, après des mois de supplications, l'autorisation parentale et légale de s'engager dans la Cavalerie. La guerre terminée, il poursuit sa carrière militaire. Capitaine-commandant grièvement blessé puis fait prisonnier lors de la campagne des Dix-huit Jours, il est libéré d'Allemagne le 18 février 1941. Deux mois plus tard, il s'installe avec sa femme et leurs cinq enfants dans une villa appartenant à ses parents à Torhout, en Flandre-Occidentale. En avril 1942, il reçoit chez lui quelques ‘’conspirateurs’’ ,tels qu'il les décrit à sa femme - parmi lesquels l'ingénieur Marcel Vanderhaeghen qui a fondé un groupe de résistance à Lichtervelde ( commune située au sud de Torhout ) quelques mois plus tôt. Les membres du groupe, qui ne se rattache à aucun mouvement reconnu, sont pour la plupart originaires de Lichtervelde (le bourgmestre de la commune en fait partie) et de Torhout. Leur activité principale consiste à rassembler des armes et à les répartir entre eux. Le ‘’groupe de Lichtervelde’’ est patiemment infiltré par un chapelain de Lasne (Brabant-Wallon) à la solde de l'ennemi. <br /> Les premières arrestations sont opérées le 25 juillet 1942 et une cinquantaine d'arrestations se succèdent en l'espace de deux mois. Arnould van de Walle est interpellé à son domicile le 24 août 1942. Il est déporté en Allemagne dans le plus grand secret en février 1943. Après un séjour à la prison de Bochum puis d'Esterwegen de plusieurs mois. <br /> Les membres du groupe sur lesquels planent l'accusation de possession d'armes, c.-à-d. Arnould van de Walle et seize de ses compagnons, sont condamnés à mort le 15 février 1944. Ils sont conduits à la prison de Wolfenbüttel où ils attendent leur exécution pendant de longues semaines. <br /> Le 12 juin, ils apprennent que leur recours en grâce est rejeté. Trois jours plus tard, le 15 juin, seize d'entre eux sont conduits au peloton d'exécution et décapités à la hache. Arnould van de Walle est fusillé le lendemain à la prison de Brunswick, un ‘’privilège’’ qui lui est réservé en tant qu'officier. Aucune nouvelle des hommes du groupe de Lichtervelde, déportés Nacht-und-Nebel, n'a filtré jusqu'en Belgique. Lors de la libération des prisonniers au printemps de 1945, les proches d'Arnould van de Walle vivent dans l'espoir de son prochain retour. Des rescapés de Wolfenbüttel rapportent que les hommes du groupe de Lichtervelde ont été exécutés mais aucun n'est en mesure de préciser si le commandant van de Walle figurait parmi les victimes. De surcroît, le registre des exécutions de la prison de Wolfenbüttel ne mentionne pas le nom d'Arnould van de Walle. Le fait, confirmé en juillet 1945 par un officier britannique, ravive chez Yolande van de Walle l'espoir de retrouver <br /> son mari. Elle n'apprend la triste vérité du sort d'Arnould qu'en septembre 1945 par une lettre de l'aumônier de la prison de Wolfenbüttell.<br /> </p><br /> <strong>Article extrait de l’ouvrage de M.P. d’Udekem d’Acoz : Pour le Roi et la Patrie.</strong> Tue, 01 Oct 2019 20:05:10 +0200 Marie-Louise HENIN, Résistante 40/45 https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-189+marie-louise-henin-r-sistante-40-45.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-189+marie-louise-henin-r-sistante-40-45.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/henin_photo1_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">On ne connait pas l’attitude que prit Marie-Louise à la mobilisation de 1939, mais elle dit que même à l’époque, elle n’avait pas de sentiments anti-allemands. Dans les réponses qu'elle fera lors des interrogatoires qui ont suivi sa capture par la Gestapo, Marie-Louise déclarera que, avant la guerre, elle considérait d'un œil plutôt bienveillant l'Allemagne et son renouveau. Elle dit que c'est à l'aube du 10 mai 1940, dès les premières nouvelles de l'invasion de son pays par les Forces Allemandes, qui violaient sa neutralité pour la seconde fois en 25 ans, que son opinion vis à vis de l'envahisseur bascula. Dès l’annonce de l’arrivée en gare du Nord (Bruxelles) des premiers réfugiés venant de l’est de la Belgique, elle se munit de nourriture et d’objets de première nécessité, et va elle-même les distribuer aux plus nécessiteux. Elle en ramènera même chez elle, le temps de les ravitailler et de les réconforter !<br /> On sait que les Armées Françaises et Anglaises lancées dans le "Plan Dyle", sont venues, dès que le Roi Léopold III eut fait appel aux garants de la neutralité, pour aider les troupes belges à tenter de contenir l’invasion. Devant l’écrasante supériorité tactique de l’ennemi, les alliés durent battre en retraite, et inévitablement, des soldats égarés derrière les lignes allemandes allaient être capturés. Marie-Louise les aide donc dans un premier temps à éviter d'être faits prisonniers, et ensuite, à rejoindre leurs Forces. <br /> Ensuite, elle participera à la manifestation interdite de la Fête Nationale du 21 juillet, en allant déposer un bouquet de fleurs sur la Tombe du Soldat Inconnu. <br /> A l’automne, elle rencontre Abel Noël et Robert Logelain, qui avaient, depuis le mois d’août, relancé la rédaction, l’impression et la distribution de ‘’La Libre Belgique’’. Elle se met à leur disposition, elle et ses biens, leur trouve un imprimeur et participe à l’expansion de ce journal clandestin en Belgique. Elle contribue aussi au financement et à la diffusion d’autres journaux.<br /> De plus, comme les britanniques, en réponse au Blitz sur Londres, commencent à lancer des raids de nuit sur les villes allemandes, des avions de la RAF tombent victimes de leurs défenses aériennes. Marie-Louise participe au recueil des aviateurs et à leur évasion des territoires occupés pour rejoindre leurs unités en Grande-Bretagne. Pour ne rien laisser au hasard, elle monte un réseau d’amis qui recueillent des informations sur les installations aériennes allemandes entre Bruxelles et la côte Belge. Tous ces renseignements aboutissent chez elle : sa boîte aux lettres, sous le nom de code de ‘’Colas’’, devient le relais d’acheminement de tous les documents de son réseau vers l’Angleterre, via entre autres, le ‘’Service Zéro’’.<br /> <br /> On lui attribue de biens mauvais tours aux occupants; jouant de sa connaissance de la langue allemande et des relations que sa profession lui a permis de se faire, elle achemine ses journaux clandestins au nez et à la barbe de l’occupant, en utilisant parfois son charroi militaire! Voir différentes anecdotes dans le livre de G.Lielens<br /> "Très vite elle fut en contact avec les mouvements de résistance.<br /> Elle leur transmit jour après jour les mille renseignements recueillis durant ses tournées en bicyclette ou reçus de ses amis. Les mois passaient : ce fut la période tragique du «Blitz» sur l'Angleterre. La B.B.C. apportait à Bruxelles l'écho sinistre des bombardements de Londres et de Coventry. <br /> Marie-Louise, sous Ie pseudo de Colas, parvint à donner au service Zéro, maints renseignements qui, transmis aux Anglais, leur furent de la plus grande utilité. Elle fut ainsi «un des agents les plus précieux de la première heure. »<br /> La résistance belge comportait alors un grand nombre de groupements n'ayant entre eux que peu ou pas de contacts. Marie-Louise Henin espérait réunir tous ces éléments en un groupe compact. Au début de 1941, elle était parvenue à en identifier un certain nombre et au mois d'avril elle pouvait croire qu’elle allait réaliser cette union. A ce moment, elle décida d'abandonner son métier de dentiste, trop absorbant, pour se livrer tout entière à ses activités secrètes. Le jour, elle courait les routes pour récolter des renseignements, le soir elle collaborait à la rédaction de la Libre Belgique. Mise en rapport avec les dirigeants de ce journal clandestin aux prises à ce moment avec des difficultés matérielles presque insurmontables, elle trouva un imprimeur; du papier, un chauffeur et un camion de la Gestapo pour faire le transport du papier et des imprimés.<br /> Alors commença pour elle, une vie débordante d'aventures. Le samedi et le dimanche, elle les passait à l'imprimerie. Là, avec toute la famille Lielens, elle travaillait, tantôt à diriger une plieuse, tantôt à compter les paquets de journaux à distribuer en gros. Le lundi matin, avant l'arrivée des ouvriers de l'imprimerie, elle arrivait avec le camion de la Gestapo et chargeait les journaux. Ce travail harassant s'égayait parfois d'un intermède. Tel lundi matin, Marie-Louise était installée à côté du chauffeur, là voiture longeait les boulevards extérieurs de Bruxelles. Tout à coup, un motocycliste allemand s'élance à leur poursuite. Le chauffeur accélère, mais la moto dépasse le camion et fait signe de s'arrêter. Marie-Louise va-t-elle trahir une émotion ? Non, sa réaction est immédiate. Elle fait stopper le camion et s'adresse à l'Allemand dans sa langue : « Que veux-tu ? » Un large sourire lui barrant le visage, le feldgendarme lui répond : « Nous vous suivions, tout à l'heure, la porte de votre camion s'est ouverte, un gros ballot est tombé. Mon camarade le garde, là-bas; moi, je suis venu vous prévenir. Faites machine arrière et venez reprendre le colis. » Le chauffeur, complice, suait à grosses gouttes; Marie-Louise, souriante lui donne l'ordre de retourner à l'endroit où repose le paquet de Libre Belgique fidèlement gardé par un soldat allemand. Aidés des deux gendarmes, ils replacent le paquet dans le camion. Puis, imperturbable, Marie-Louise se retourne et s'adressant aux deux Feldgrau : «Vos noms, mes amis ? Je les transmettrai à vos chefs pour qu'ils vous récompensent de votre zèle et de votre amabilité !» Un autre jour, tandis qu'elle surveille le chargement du camion, elle apprend du chauffeur, que von Falkenhausen, gouverneur allemand de Belgique et du Nord de la France, va offrir an grand dîner à une série de membres de l'Etat major allemand Aussitôt une idée germe : faire tenir un exemplaire de la Libre Belgique à chacun des convives. Les complicités sont facilement trouvées et le lendemain, chaque officier, en dépliant sa serviette y trouve un spécimen du journal clandestin. L'histoire ne nous dira jamais quelles furent les réactions du maître de maison et de ses hôtes...<br /> En avril 1941, elle fut mise en rapport avec les éditeurs du journal clandestin Le Belge. Eux aussi se trouvaient en difficultés; jusqu'à présent ils avaient reproduit leur journal au stencil, mais ils avaient l'ambition de le faire imprimer; or tous les imprimeurs n'étaient pas sûrs et beaucoup, qui étaient de bons belges, manquaient du papier nécessaire. Marie-Louise leur proposa un imprimeur, elle fit imprimer le journal à ses frais. Elle parvint aussi à mettre au point l'édition flamande de la Libre Belgique : «Vrij». Et lorsqu'elle sera arrêtée par les B……., ses dispositions auront été prises pour que ces derniers journaux puissent continuer à paraître pendant quelques semaines.<br /> Mais elle ne se bornait pas à mettre en rapport rédacteurs et imprimeurs de journaux clandestins et à payer de ses deniers l'impression de ces soutiens moraux. Elle se dévouait corps et âme aux malheureux qui travaillaient dans la résistance. Elle parvenait à obtenir des timbres de ravitaillement et en aidait telle famille pauvre dont le père était distributeur. Tel autre collaborateur, ayant femme et enfants et privé de l'emploi qui le faisait vivre, recevait régulièrement des dons en espèces versés par Marie-Louise elle-même. Pour cacher sa générosité, elle disait : «Cela vient de Londres.» Sainte et noble générosité qu'elle dissimulait, par simplicité, par une humilité de cœur qui ne lui permettait pas de se montrer ouvertement si grande. Mais ce n'était pas encore tout. Les Alliés ont besoin de renseignements, de beaucoup de renseignements, de renseignements de toute sorte que le service Zéro leur transmet. Marie-Louise met tous ses amis au travail : les uns devront aller vérifier un emplacement de munitions: tel autre ira repérer exactement la situation des réservoirs d'essence d'un champ d'aviation et sera chargé d'entrer en relation avec un employé de «l’Office des Propriétaires » qui pourra lui transmettre les plans de plusieurs usines assurées travaillant pour les Allemands. Mais elle-même sera la plus active. Sûre de sa parfaite connaissance de l'allemand, elle s'est fabriqué de faux papiers et circule librement le long de la côte qui était alors sévèrement interdite à tous les Belges. Elle y apprend la situation d'un bloc de défense, d'un nid de mitrailleuses, d’un centre de D.C.A. et de l'avancement du fameux mur de l'Atlantique. Dès son retour à Bruxelles, le service Zéro reçoit les renseignements recueillis et Londres peut avertir ses aviateurs des endroits à bombarder et de ceux qu'il faut survoler de très haut parce que dangereux." (G.Lielens "Marie-Louise HENIN")<br /> Arrestation :<br /> A l’aube du 4 novembre 1941, Marie-Louise est arrêtée par la Gestapo à son domicile. Elle est d’abord incarcérée à la prison de St Gilles où elle est durement interrogée pour ses différentes activités de résistance. A toutes les questions, elle essaie de répondre en égarant au maximum l’ennemi. Elle fait tout pour protéger ses amis, ces résistants de la première heure. La première phase de l’instruction est menée en Belgique ; elle reste incarcérée à St-Gilles.<br /> Elle avait déjà accompli bien du travail, la chance qui l'avait favorisée jusque là, allait l'abandonner. Les Allemands devaient, pour vaincre, supprimer cette Résistance qui tissait ses mailles à travers toute la Belgique. Beaucoup déjà, parmi les meilleurs avaient été arrêtés et moisissaient dans les prisons et les camps allemands. Le 4 novembre 1941, à 6 heures du matin, les Allemands vinrent arrêter Marie-Louise Henin. Pour être sûrs qu'elle ne pourrait s'échapper, ils mirent deux soldats dans la rue, la mitraillette à l'épaule; quatre autres sonnèrent chez le voisin, l’obligèrent à les laisser passer, franchirent le mur mitoyen du jardin, brisèrent une fenêtre à coups de crosse et la surprirent au lit, A l’officier qui fit manœuvrer l'espagnolette et sauta dans sa chambre elle lança : « Est-ce là votre culture ? Des soldats doivent-ils à cette heure indue pénétrer dans la chambre d'une femme seule, sans s'annoncer ? » Aussitôt la perquisition commença. Plusieurs milliers de Libre Belgique étaient entreposés chez elle, avec les clichés. Sur sa machine à écrire, une feuille dactylographiée : c'était l'énumération inachevée de toute une série les renseignements d'ordre militaire. A 11 heures, la porte, bardée de fer de la prison se referma derrière Marie-Louise Henin. Le concierge, un Belge, la regarda passer, entourée de trois policiers et lui fit un imperceptible signe de complicité et de bienvenue. Puis ce furent les longs couloirs, coupés de portes grillagées, enfin la porte de la cellule claqua derrière elle. Quelques instants après, la gardienne souleva le judas et l'observa. Marie-Louise ne manifestait aucune douleur, aucune peur, aucune colère; elle s'était assise sur sa paillasse et retirée dans cette contemplation de soi-même qui donne l'impression de liberté aux détenus. Elle avait maintenant devant elle, la totalité de sa vie. Allait-elle la retrouver plus tard, ou n'allait-elle plus la retrouver? La gardienne qui l'observait ne pouvait comprendre cette attitude : elle ne savait pas que c'est le climat intérieur qui fait la joie ou la tristesse pour les âmes bien nées et non les circonstances. Ses compagnes de captivité se souviennent l'avoir vue, le lendemain de son arrestation, grande et forte, le teint clair, les yeux brillants, attendant son tour de sortir de la cellule pour aller faire «la promenade» dans un triangle grillagé où elle était enfermée comme une lionne en cage.<br /> Quelques jours plus tard elle fut amenée à la Gestapo. L'officier qui l'interrogea fut frappé par tous les détails de son attitude : sa figure, son port de tête, son maintien et surtout l’expression étrange que ses lèvres donnaient à tout son visage. Il ne trahissait ni la rancune, ni la peur, ni l'insolence, ni la surprise, ni la colère mais l'obstination terrible d'une femme prête à tout sacrifier plutôt que de rien avouer. Alors les coups tombèrent; quand ce fut fini, elle s'inclina, gravement, comme si on venait de lui faire un insigne honneur. Mais ses compagnes qui attendaient son retour et la guettaient par le judas de leur cellule la virent rentrer couverte d'ecchymoses, la lèvre tuméfiée, la main écorchée, les dents cassées. (G.Lielens "Marie-Louise HENIN")<br /> Ensuite, les allemands préférant à l’époque juger les affaires d’espionnage et de haute trahison en Allemagne, Marie Louise est transférée le 24 juillet 1942 à Essen. Là, elle continue à appliquer ses principes, défend les intérêts de ses codétenues, demande à être reçue par le directeur de la prison, exige et obtient pour ses compagnes, l'amélioration de la nourriture, le privilège d'être traitées en prisonnières politiques et d'être séparées des prisonnières allemandes de droit commun.<br /> Avant de comparaître devant ses juges, Marie-Louise HENIN, à ce moment détenue dans la prison pour femmes de Essen, a signé en date du 22 février 1943 , pour prise de connaissance, le réquisitoire qui avait été rédigé par le Conseiller d'Etat Paul von Barnickel, pour comparution devant le "1. Senat Volksgerichtshof" devant le "Tribunal du Peuple", la justice politique nazie.... Il lui était également notifié que Me CLEMENTS, avocat à Cologne, avait été désigné comme défenseur.<br /> Que lui était-il donc reproché?<br /> En fait, si on lit l'Anklageschrift (réquisitoire/acte d'accusation) dans le texte, on s'aperçoit de l'étonnement que marque le conseiller devant le comportement de l'accusée.<br /> il ne comprend pas en effet que, suite au mariage de sa sœur aînée avec un soldat allemand en 1917, elle-même mariée en 1920 avec un dentiste allemand, et ayant de surcroît fait en 1937 un séjour à Munich pour étudier le fonctionnement du Parti National-Socialiste dans les locaux de la Maison Brune de cette ville, elle se soit ensuite lancée dans tant d'actions néfastes envers son pays adoptif! (lors de la perquisition menée au domicile de Marie-Louise, suite à son arrestation, la police a en effet trouvé un cahier, rédigé et annoté de sa main, où elle relate son séjour munichois et les leçons qu'elle en a tirées...)<br /> De plus, après avoir obtenu ses diplômes de dentiste (après des études et un examen passé à l'Université de Bruxelles pour valider devant le Jury Central une partie des études faites à l'étranger de façon à pouvoir pratiquer l'Art Dentaire en Belgique), elle avait été la dentiste attitrée de la communauté allemande de Bruxelles!<br /> Bien sûr, lors de ses interrogatoires, il avait bien compris que l'accusée n'avait jamais été adoptée par l'Allemagne: non seulement, elle expliqua que la vie en Allemagne avec son mari était devenue impossible, mais aussi que sa nouvelle patrie, venant de subir le "Diktaat" de Versailles, rejetait tout membre d'un des états alliés qui l'avaient acculée à l'Armistice d'abord, et enfin, à un Traité de Paix qui non seulement la ruinait, mais aussi l'humiliait profondément (en lui imposant de reconnaître sa culpabilité dans le déclenchement et le prolongement de la Guerre) !<br /> Il faut aussi noter que systématiquement, lors des interrogatoires, Marie-Louise HENIN "transformait" la vérité pour non seulement, égarer les enquêteurs, mais aussi pour provoquer un maximum d'ennuis à son ex-mari (celui-ci avait obtenu un divorce aux torts de son ex-épouse, mais lui avait également fait imposer une amende de 2000 Reich Marks!). Donc, doit-on être étonné qu'elle spécifie que son mari était un juif allemand? (de quoi le faire aimer par le régime d'alors...). Pourtant, sur l'acte de mariage de Götting, il est noté que la religion du mari (tout comme celle de son père) est Catholique.<br /> On note aussi que pour le juge instructeur, suite aux réponses fournies par Marie-Louise HENIN lors des interrogatoires subis dans ses diverses prisons, qu'elle avait déclaré avoir entamé ou poursuivi des études de dentiste à Buenos-Aires, où, pour subvenir à ses besoins, elle travaillait comme gouvernante (alors qu'elle ne resta en Argentine qu'un an, et qu'on ne trouve aucune trace de son inscription à l'Université de Rio Monte).<br /> On peut toutefois constaté que c’est le cas d'espionnage qui lui est reproché. A Bruxelles, elle avait mis sa maison à la disposition de la Résistance et de ses réseaux. Non seulement, elle servait de "boite aux lettres" pour des renseignements d'espionnage, mais aussi, elle y stockait des exemplaires de la Presse Clandestine restant à distribuer, ou des épreuves à corriger. Pour couronner le tout, elle y abrita des soldats alliés attendant d'être évacués par les filières d'évasion<br /> Le 6 octobre 1943, elle arrive au Läger de Brandenbourg, à 70 Km de Berlin. Elle y restera 3 mois et y recevra son mandat à comparaître devant le Volkgerichtshof (le "Tribunal du Peuple") le 6 décembre 1943. Cette date est cependant reportée au 6 janvier suivant, à cause des bombardements. De Brandenbourg, elle sera ensuite transférée à Berlin.<br /> Le 4 janvier 1944, elle est conduite à la prison de Berlin-Moabit par la Kriminal Polizei de Brandenbourg-Havel. L'ordre de transfert est signé pour réception par le Kriminalgericht NW Berlin 60. Le formulaire porte aussi la date de sortie de Moabit, le 6 janvier 1944 à 8 heures<br /> Lors des interrogatoires des accusés, Marie-Louise (qui rappelons-le, parlait très bien l'allemand), resta fidèle aux déclarations qu'elle avait faites lors de l'instruction; en bref, elle prenait tout sur elle, et fut plusieurs fois interrompue et insultée par le président, car elle répondait directement à ses juges, coupant la parole à ses camarades lorsqu'elle les voyait prêts de s'enfoncer en tombant dans les pièges de l'accusation. <br /> Quant à elle, lorsqu'on la menace d'une peine exemplaire pour la faire tenir plus tranquille, elle rétorque par bravade: "je sais que vous allez me condamner à mort, et ce faisant, messieurs, vous me ferez beaucoup d'honneur". Encore une fois, elle restait à la hauteur de ses déclarations, car sur son "Lebenslauf" (une sorte de Curriculum rempli en prison après la comparution, sans doute pour permettre à l'accusé de montrer quelque signe de regret?), à la question "si vous étiez libérée, qu'avez vous l'intention de faire?", elle répondit "me remettre à la disposition de ma patrie". C'était un peu provocateur, face à des juges qui distribuaient plus de peines de mort que de pain à la population.<br /> La séance dure 4 heures, et se termine par trois condamnations à mort, 3 peines de 8 ans de prison, et un acquittement. (Marie-Louise ne fut pas seule à être jugée)<br /> Noël ABEL et Roger DEGUELDRE furent exécutés à la Prison de Brandenbourg-Görden le 20 mars 1944.<br /> Marie-Louise HENIN sera exécutée 3 mois après, le 9 juin 1944.<br /> Robert LOGELAIN, Georges MARECHAL et Jules LATOUR seront incarcérés (mais libérés par la fin de la guerre) , tandis que le Docteur GOFFART sera acquitté, au bénéfice du doute.<br /> Source :<br /> <a href="https://genealogie.marche.be/kg/devmem/mlhen.htm">https://genealogie.marche.be/kg/devmem/mlhen.htm</a></p> Thu, 01 Aug 2019 10:16:48 +0200 William UGEUX https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-3-181+william-ugeux.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/ugeux_coupurespresse_pour_article_de_janvier.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Issu d’une famille catholique de sept enfants, William Ugeux est né le 22 février 1909 à Bruxelles. Après avoir terminé ses études secondaires au collège Saint Martin, il a entamé en 1929 des études à l'Université de Saint-Louis à Bruxelles. Ses idées pacifistes qu’il n’hésite pas à exprimer lui valent d’être écarté temporairement de l’université. Il a obtenu son doctorat de droit en 1934, mais il n’exerce la profession d’avocat que très brièvement et s’oriente vers le journalisme. Suite à cette reconversion, le cardinal Van Roey le place à la tête du journal Le XX° Siècle . William est resté rédacteur en chef de ce journal jusqu’en 1940, lorsque la guerre éclate en Belgique. En 1941, il a pris la direction du service de renseignement Zéro, groupe de résistance belge comportant une branche française et en contact avec les services de renseignement britanniques et le gouvernement belge exilé à Londres. Ce groupe participait à des actions de sabotage, d'évasion vers le Royaume-Uni, de transfert de renseignements, de création de faux papiers, et surtout à la diffusion de la presse clandestine : La Libre Belgique, journal interdit par les autorités occupantes à l’époque, dont William prend la tête en 1942. Figure importante du groupe Zéro, William a participé à de nombreuses actions de résistance. Ainsi, en juillet 1942, deux mois après l’arrestation de Louise de Landsheere, il s’est rendu à Londres pour conclure des arrangements secrets avec le gouvernement belge. Puis, en 1943, il a pris part à la mise en place d’un plan d’évasion vers l’Espagne : la traversée des Pyrénées grâce au téléphérique de la scierie de Mendive (passage de l’Iraty), dont seuls les proches collaborateurs de William et les ingénieurs de la scierie connaissent l’existence. Le groupe est ensuite menacé par la traque de la Gestapo. Par conséquent, William a décidé de se réfugier à Grenoble, puis en Espagne. Durant cette période, grâce à sa bonne connaissance du terrain, il est devenu directeur général du Service de Renseignements et d'Actions (SRA) pour les territoires occupés. Jamais arrêté durant sa carrière de résistant, contrairement à Louise, il est devenu secrétaire général du Ministère de l'information à la fin de guerre jusqu'en 1947. Il a également collaboré à de nombreux journaux tels que: la Cité, la Relève, la Revue Nouvelle. Il a écrit de nombreux ouvrages afin de ne pas oublier la guerre mais aussi pour rendre hommage à de nombreux résistants morts en voulant défendre leur pays. Ainsi, ‘’Histoires de Résistants’’ reprend des anecdotes sur des héros de la guerre. En 1989, le roi Baudouin lui décerne le titre de Comte suite à ses diverses actions de résistance. Il décède le 13 octobre 1997, à l'âge de 88 ans.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>William Ugeux et le "Service Zéro" </strong></p><br /> Après le début de la Deuxième Guerre Mondiale, le gouvernement belge s’exile à Londres afin d’échapper à l’occupant allemand. En parallèle, de multiples réseaux de résistance voient le jour, comme le "Service Zéro" dont William Ugeux prendra la tête. <br /> <br /> <p style="text-align:justify"><strong>Comment a-t-il pris la tête de ce réseau ?</strong></p> <br /> <p style="text-align:justify">À vrai dire, William Ugeux n’était pas au courant de l’existence de ce groupe. Fernand Kerkhofs était chef de ce réseau. Alors que des menaces pèsent sur celui-ci, Fernand fit des confidences sur le groupe à William pour ensuite partir pour Londres afin d’être en sécurité. Les autorités belges ont trouvé en Ugeux le remplaçant de Fernand. Une fois à la tête de ce groupe, comment William Ugeux va-t-il réagir ? Il vivait énormément dans la peur et prenait beaucoup de précautions. Ainsi à chaque réunion, il ne se présentait pas en tant que chef mais en tant qu’envoyé du chef. De plus, le groupe était secret et les membres ne se connaissaient pas entre eux, si bien que William Ugeux lui-même ignorait le nombre de membres. <br /> Le "Service Zéro" était un service de renseignements qui recevait des instructions de la part de Londres et du gouvernement belge. C’est pour cette raison, qu’en 1942, William Ugeux décide de se rendre à Londres.<br /> Comment s’est-il exilé ? Pour cela, il a dû passer par le sud de la France : la France libre de Pétain. Sa première étape est Lyon où il a rencontré sa femme qu’il n’avait plus vue depuis des semaines. Il est ensuite passé par Barcelone pour enfin rejoindre Lisbonne. De là, il prend le bateau jusqu’à Bristol. Il voit les autorités et on le largue en avion en France avec une valise contenant de l’argent pour les différents groupes de résistance. Rôle du Service Zéro : Le « Service Zéro » a joué un rôle important dans l’élaboration de La Libre Belgique clandestine. Le groupe donnait des informations au journal et il distribuait la Libre. Après l’arrestation des créateurs de ce journal, les responsables ont demandé à William Ugeux d’en prendre la tête puisque celui-ci avait déjà travaillé pour le journal Le Vingtième Siècle avant la guerre. Énormément de personnes travaillaient sur ce journal malgré les nombreux risques. À la fin de la guerre, le journal était tiré à plus de 40 000 exemplaires. Ce quotidien a donc connu un grand succès malgré le grand coût en vies humaines. En 1943, William est reparti à Londres et y est resté jusqu’à la fin de la guerre. À la libération de Bruxelles en 1944, il est rentré en Belgique où il a reçu une mission du gouvernement : relancer la presse belge.<br /> <strong>Source Internet :</strong><br /> <a href="https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf">https://www.auschwitz.be/images/train_1000/expo_valises-miroirs/William%20Ugeux%20Livret.pdf</a><br /> <strong>Source iconographique :</strong><br /> <a href="http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820">http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php?article=1820</a><br /> </p> Mon, 31 Dec 2018 17:43:48 +0100