Derniers articles https://www.freebelgians.be Derniers articles (C) 2005-2009 PHPBoost fr PHPBoost Récit du Sous-lieutenant. d’Oultremont (Brigade Piron) https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-223+r-cit-du-sous-lieutenant-d-oultremont-brigade-piron.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-223+r-cit-du-sous-lieutenant-d-oultremont-brigade-piron.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/freebelgians_d_oultremont_1_83178.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">SLt Charles-Henri d'Oultremont<br /> Escadron d'autos-blindées - Troop 5</p><br /> <br /> <strong>24 août 1944</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mon peloton suit le 3e peloton jusqu’au carrefour du Mesnil d’où je pars en reconnaissance vers le nord. Aux approches d’Authieux, quelques coups de feu m’annoncent l’ennemi aux lisières nord du village. Il tient vraisemblablement le pont du village sous son feu. Mes winklers démontent et progressent entre les maisons, sous le couvert de mes armes de tourelles : le pont est détruit et l’ennemi le tient sous son feu. Comme je ne peux tâter le passage à deux kilomètres sud-est, car il est en dehors de mon secteur et que l’effort principal doit porter vers la N 815, le commandant d’Escadron me donne ordre de trouver à tout prix un passage vers le carrefour de Saint-Benoît-d’Hébertot. Il est 16h30. Le 2e peloton tient le seul passage sur le chemin de fer entre Pont-l’Evêque et Vieux-Bourg mais semble ne pouvoir en déboucher. Le 3e peloton est enlisé dans les basses prairies au nord de Saint-Julien. Il n’y a donc que la 5e qui puisse espérer reprendre la mission du 3e .<br /> La radio crépite à ce sujet. Mais dès que le scout-car de tête, Furet, débouche des derniers couverts d’Authieux sur la N 834, il est pris à partie par des feux variés venant des hauteurs nord-est de la Calonne, au sud de Saint-André. Furet commandé par le brigadier Leleu va et vient à toute vitesse sur la route pour que l’ennemi révèle ses feux et ses positions. De ma tourelle, je repère un point d’appui ennemi à mi-pente, centré sur une métairie. Il tient les deux kilomètres de route qui me séparent de la N 815 et je crois apercevoir un créneau dans le mur d’une grange qui pourrait bien abriter un canon ATk. Quelques coups de canon transpercent les murs de torchis, mais sans effet. Nous ne possédons que des munitions antichars pour nos petits canons de deux livres. Le toit de chaume met près d’un quart d’heure à prendre feu, sous l’effet des balles incendiaires des mitrailleuses.<br /> Le toit de chaume est tellement trempé par les dernières pluies qu’avant de s’embraser il dégage une fumée opaque qui nous cache les abords de la grange. Je vois néanmoins une débandade de Feldgrauen et les arrose à la limite de portée de la mitrailleuse de tourelle. Si la grange abritait un canon, il doit être resté dans le brasier car il me semble que je l’aurais vu se faire extraire de la fumée. Tout cela m’a fait perdre un temps précieux. Il est certainement passé 18 heures lorsque je peux avancer vers la N 815 sans crainte d’être « tiré » comme un lapin par un canon ATk. L’ennemi ne fait plus qu’arroser la route de tirs d’armes automatiques et les deux kilomètres sont franchis par les cinq véhicules protégeant chacun de leur cuirasse, qui un motocycliste, qui une jeep.<br /> Excellente surprise au carrefour, il est tenu par un peloton de commandos qui a envoyé des éclaireurs vers le pont du chemin de fer au nord-est. Son chef me dit avoir passé au sud de Pont-l’Evêque vers 16 heures et n’avoir pas eu de réaction ennemie jusqu’ici.<br /> Au moment où je quitte le carrefour pour continuer ma reconnaissance vers Saint-Benoît, j’entends le 4e peloton recevoir ordre de pousser vers le nord, reconnaître Vieux-Bourg et l’est de la forêt de Saint-Gatien. Le 2e peloton a réussi à traverser la forêt plus à l’ouest et va reconnaître la route Saint-Gatien-Saint-Benoît-d’Hébertot. Nous dépassons la patrouille de tête des commandos à hauteur du pont du chemin de fer, nous dirigeant sur la N 815 vers le carrefour à reconnaître. Le scout-car commandé par Leleu est devant moi, couvert par mes armes de tourelle. Son chef a le « nez creux » et, depuis le début de la campagne, il a « senti » l’approche d’une position. Grand et maigre, il est replié sur son siège pour ne pas dépasser le blindage. Son chauffeur est son meilleur ami : Ceusters, natif d’Anvers. Ils se disputent néanmoins à longueur de reconnaissance et je vois souvent le micro de Leleu servir de matraque à l’usage du crâne du chauffeur ! Il casse un nombre démesuré de micros et ce soir comme de juste leur émission est mauvaise. Je le vois revenir rapidement en marche arrière tout en émettant des borborygmes sur le poste B. Il me dit avoir aperçu un Allemand sauter sur la route à trois cents mètres au-delà du carrefour de Saint-Benoît-d’Hébertot et disparaître derrière un épaulement d’arme sur l’accotement droit. Le carrefour lui-même n’est pas tenu. Il faut en être sûr et ma Daimler, couverte par celle de mon sous-officier et suivie par le scout-car, s’avance vers le carrefour. Jef Perelman, mon canonnier-opérateur, trop excité à l’idée de pouvoir encore faire du bruit, interprète mal par l’intercom la localisation de l’épaulement. En abordant le carrefour, il tourne sa tourelle vers la route de Saint-Gatien. Je n’ai pas le temps de hurler « right » dans l’intercom qu’un obus de 50 part de l’épaulement situé sur la route N 815, passe au ras de mon crâne et se fiche dans la façade du café-bar qui se trouve maintenant derrière moi. Jef a vu le coup de départ et lâche une boîte entière de munitions de Mi sur l’épaulement pendant que, descendu dans le fond de la tourelle, je dirige ma Daimler au moyen du volant arrière vers l’abri du tournant de la route. Les winklers ont grimpé les hauts talus de part et d’autre de la route pour prévenir toute réaction de l’ennemi. Mon équipage a droit à un gros coup de calva – genre pétrole – sorti des soutes. En effet, le 50mm était le calibre allemand que nous craignions le plus. Si un 88mm perçait nos faibles cuirasses de part en part, au moins avait-on une chance de ne pas se trouver sur sa trajectoire à travers le véhicule. Mais si un 50mm entrait, il ne lui restait souvent pas assez de « punch » pour ressortir ; il se mettait alors à tournoyer dans le véhicule faisant exploser les munitions et massacrant l’équipage. <br /> Le chef de Peloton Commando arrive avec ses hommes à ma hauteur, s’enquiert de nos aventures et conclut qu’il préfère son métier au mien ! La nuit tombe, rendant nos véhicules aveugles ; la surveillance de la position ennemie devient une mission d’infanterie. J’entends sur le réseau que le 2e peloton signale Fourneville tenu par l’ennemi ; quant à mon ami le « Fuss », surnom du S/Lt. Pelsmaekers, il est empêtré dans des chemins impossibles dans la partie orientale de la forêt de Saint-Gatien, quelque part au nord du Vieux-Bourg, situation déplaisante, au contact de l’ennemi.<br /> Le « Fuss » est censé cantonner avec son peloton aux lisières ouest de Vieux-Bourg. Deux de ses véhicules resteront embourbés jusqu’au petit matin ; il y restera lui-même, gardant de façon précaire des véhicules aveugles, au contact de patrouilles ennemies. Ses autres véhicules viennent cantonner avec notre peloton (5) pour ne pas assurer des gardes de nuit hors du village ! Nous passerons tous une très mauvaise nuit, nos avant-gardes attaquent les postes ennemis faisant les uns et les autres un bruit d’enfer. Le calme se rétablit peu avant le jour. Comme d’habitude l’ennemi a décroché. « Fuss » rejoint avec ses véhicules dépannés. Sa nuit a certainement été bien plus mauvaise que le nôtre.</p><br /> <br /> <strong>25 août 1944</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dès l’aube l’Escadron reçoit ordre de reprendre la progression vers le nord-est et la Risles. C’est le major BEM de Selliers qui m’apporte cet ordre au Vieux-Bourg.<br /> Le 5e peloton reprend son axe de reconnaissance de la veille : N 815 et Pont-Audemer.<br /> Le PC, le 1e et le 4e peloton sur l’axe du 5e peloton. Le 3e peloton longe la côte par Honfleur-Fiquefleur-Foulbec. Le 2e peloton entre le 3e et le 5e peloton, emprunte des axes secondaires en direction de Malhortie. Les commandos ayant été engagés toute la nuit, passent au repos. Pour être plus précis, il s’agit des Royal Marines Commandos n° 48 suivi du n° 41, qui étaient à nos côtés durant toute cette opération.<br /> Une brigade para sera en tête de Division aujourd’hui. Les bérets rouges occupent le carrefour de Saint-Benoît et font de grands signes à notre passage.<br /> Il s’agit d’éléments de la 3th Parachute Brigade (8th Para Battalion).<br /> Depuis que notre peloton (le 5e ) et le 4e peloton ont passé sous leurs yeux au travers d’un champ de mines à Dozulé, en guidant leurs véhicules « au geste » entre les mines antichars, ils nous traitent de « Crazy » ou « Suicide Squadron ». Croient-ils que nous sommes venus là en touristes ? L’épaulement d’hier contient effectivement un canon de 50mm maintenant encloué. Quelques cadavres attestent sa prise d’assaut par les commandos. Ma progression ne dure guère, car la route passe sous le chemin de fer à deux kilomètres au sud-ouest de Beuzeville, et l’ennemi a fait sauter le voûte du tunnel routier. Les débris et le haut remblai obstruent le passage ; seuls les rails sont encore en place ! Comme notre 5e peloton est aujourd’hui sur l’axe d’Escadron, mais aussi sur celui de la brigade de tête de la division, il ne lui est pas permis, comme aux autres, de contourner les résistances ou obstacles. Il doit fixer l’ennemi sur l’axe et prévenir toute réaction de sa part. Tout en tenant le remblai sous mes armes, je fais démonter quelques winklers, leur fait franchir l’obstacle qui me coupe toute vue et expédie ma patrouille arrière (scout-car de Maîtrejean et auto blindée de Van Praet) vers la passage du chemin de fer à deux kilomètres au nord-ouest. La ligne y est peut-être négociable et un peloton en réserve pourrait exploiter par là. Les winklers disent que le calme le plus complet règne au-delà de l’obstacle ; l’ennemi semble s’être contenté de rendre étanche aux véhicules ce formidable barrage antichars et négligé de le tenir sous son feu, estimant qu’il nous gênerait suffisamment sans qu’il dût y engager des troupes. Il n’est pas loin de 9 heures lorsque Van Praet m’annonce que le passage à reconnaître est tenu. Il reçoit ordre d’aller reconnaître celui de la D 22 au sud de Beuzeville. Ma carte ne me donne que cette alternative de contournement.<br /> « Sur ces entrefaites, le peloton de tête des paras me rejoint et se met en devoir de passer le remblai pour « tâter » Beuzeville. Il est enchanté de nous voir bloqués et de pouvoir, pour une fois, être devant nous. «I am over and you are f..., old boy » est sa dernière déclaration avant de disparaître au-delà du chemin de fer. Faite à haute voix, vu la distance, cette phrase a le don de mettre ses hommes en joie. Je suis moins heureux car, sans passage, le charroi de la division ne peut appuyer une attaque d’importance. Puisque le peloton de paras a pris la direction de Beuzeville et me servira de sonnette d’alarme dans cette direction, je ne laisse qu’un homme au chemin de fer et envoie les autres winklers vers le nord-ouest, afin de voir si un passage ne peut être aménagé là où la voie serait au niveau du sol.<br /> « L’attente recommence pour moi, mais le bataillon para arrive petit à petit. Sans charroi organique lourd, la 6th Airborne Division a reçu des jeeps et un nombre considérable de remorques. Afin d’économiser les semelles de la troupe, les unités reçoivent l’aide d’un train peu orthodoxe : une dizaine de jeeps traînent chacune trois ou quatre remorques ; les sacs sont placés dans les remorques et leurs propriétaires au-dessus. Ce long serpent zigzaguant sur la route, fait la navette sur l’axe de progression, hâtant ainsi l’avance des unités ! Leur peloton de tête annonce que Beuzeville est tenu par l’ennemi. Mon sous-officier transmet que la D 22 au sud de Beuzeville est sous le feu ennemi. Encore un espoir envolé ! Flandria de Van Praet est rappelé sur l’axe.<br /> Mais voilà que le Brigadier Irtou, chef de mon équipe de winklers, apparaît sur le remblai. Avec douze ans de service à la Légion, c’est un calme sachant manier spécialement bien mitraillettes et grenades ; or il gesticule ! L’équipe a trouvé un passage sous le remblai du chemin de fer à quelques centaines de mètres au nord-ouest.<br /> Nos cartes au 1/50.000 britanniques sont tellement imprécises que la route quittant Quetteville vers le nord-est n’y paraît pas donner passage au-delà du chemin de fer !<br /> Je saute dans Furet, confiant à son chef Leleu la charge de ma tourelle et trouve mon équipe de winklers installée sur le remblai, gardant l’orifice nord d’un petit tunnel.<br /> L’ennemi s’est contenté de créer un entonnoir de trois ou quatre mètres de diamètre dans la route, à l’orifice sud, et il semble qu’un petit bulldozer du génie divisionnaire doit être capable de le combler en moins d’une heure. Il est 10 heures. Je signale la découverte au commandant d’Escadron, insiste sur la nécessité d’un bulldozer à faire arriver d’urgence et sollicite l’autorisation de quitter l’axe qui est aux mains des paras pour porter mon peloton sur ce futur point de passage et y empêcher tout retour de l’ennemi. Il m’y autorise, ajoutant que le passage est d’autant plus important qu’une attaque se monte sur Beuzeville et que toute la division empruntera cet itinéraire pour exploiter. Le remblai est ici tout aussi haut qu’au pont sur la N 815 et me coupe toute vue vers le nord. Force m’est donc de pointer les trois tourelles sur les voies qui nous surplombent et d’installer tout mon personnel à pied sur le versant ouest du remblai :<br /> six winklers et deux motocyclistes. Puis, désirant en savoir plus long sur ce qui se passe au nord, je décide de ne laisser que cinq hommes au remblai et à envoyer une patrouille dans la vallée de la Morelle. Le Brig. Irtou, son ami inséparable le motocycliste Wibaut et un troisième s’en vont en promenade armée, tout en rasant les haies au plus près. Il est 11h30 lorsque leur retour est signalé par un remue-ménage sur le remblai. Ils sont quatre maintenant, car ils poussent un prisonnier devant eux.<br /> Leur aventure est cocasse : jouant aux Sioux, ils ont descendu la Morelle pendant quelques centaines de mètres, se sont approchés d’un moulin isolé et ont entendu des Allemands qui s’y restauraient à grand bruit de gamelles. « Irtou la grenade » s’est retenu à grand-peine d’en balancer une par une fenêtre ouverte. Tous trois ont alors retraité après avoir dénombré une vingtaine d’hommes. Pas un poste de garde, pas une sentinelle ! Il est vrai que nous avons devant nous une de ces divisions qui ont passé des mois dans les intervalles des ouvrages du mur de l’Atlantique. Le Manuel du service en campagne est oublié depuis longtemps !<br /> « En revenant pour faire rapport, Wibaut a aperçu un cycliste descendant tranquillement la D 144, son fusil en bandoulière. Il revient vraisemblablement d’avoir établi la liaison ou avoir reçu des ordres de l’unité tenant Beuzeville.<br /> L’équipe plonge dans la haie voisine et n’en ressort que pour pointer une mitraillette sur le ventre du cycliste ahuri. C’est un Feldwebel, de fort méchante humeur pour avoir été pris de façon si ridicule. <br /> L’attaque prévue pour midi sur Beuzeville va se déclencher ; mon bulldozer n’est toujours pas arrivé et le Feldwebel prétend ne rien comprendre à mon interrogatoire. Mon allemand émaillé de flamand suffit en général à ce genre d’opération. On m’annonce un spécialiste « intelligent » pour le faire parler et également inspecter les lieux, l’obstruction à dégager, etc.<br /> Sur ces entrefaites, l’attaque a démarré vers Beuzeville. Le 3e peloton semble avoir vécu des aventures peu agréables au nord vers Fiquefleur. Le réseau est en pleine activité à ce sujet. Je suis averti que le 4e peloton vient à Quetteville, derrière notre 5e peloton, afin d’être prêt à exploiter avec lui si Beuzeville tombe. Un capitaine des commandos arrive en jeep : Intelligence Officer de la brigade engagée, il prend en charge le Feldwebel. Il n’en tirera d’ailleurs rien de plus que moi. Mais il est suivi par un petit bulldozer qui tombe en panne dès qu’il se met au travail ! Peu importe, l’attaque menée seulement avec des armes portatives et des moyens insuffisants ne permet pas la prise de Beuzeville.<br /> Le 5e ainsi que le 4e peloton sont donc frustrés de l’exploitation projetée ; exploitation d’autant plus alléchante qu’elle se serait faite à travers un ennemi en pleine retraite ! Vers 16 heures, nous recevons ordre de rejoindre l’Escadron à l’arrière. Ce n’est que le lendemain à l’aube que celui-ci, se ruant vers Pont-Audemer devant une brigade para, passera par le petit tunnel de notre 5e peloton. Toute la 6th Airborne Division suivra le même chemin. <br /> </p><br /> <strong>26 août 1944.</strong><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Le 5e peloton du S/Lt. d’Oultremont a reçu une mission particulière pour la journée du 26 août. Le 5e peloton, en queue de colonne, déboîte à hauteur de Toutainville, afin de tenter de saisir le pont de Foulbec. Un brouillard épais permet au peloton de suivre la rive gauche de la Risles sans être vu de l’ennemi, qui tient la rive droite et surplombe la vallée. Le scout-car de tête, Furet, commandé par le Brig. Leleu, pénètre dans le village enserré de haies ; il arrive sans encombre au carrefour d’où part la route qui mène au pont.<br /> Deux coups de feu, le grésillement du poste B de Leleu, toujours mal réglé et j’entends : « J’en ai un ». Il en a bien un, au saut de la route, entre deux haies, il a tiré au jugé, la crosse de son « brengun » reposant sur ses genoux ! Je le dirige vers le pont, tenant alors moi-même le carrefour, lorsqu’une déflagration m’apprend que le pont a sauté, cent mètres devant Furet. Notre arrivé rapide, dans l’ouate du brouillard, a surpris l’ennemi qui a laissé du monde sur la rive gauche. A défaut d’une tête de pont, les voltigeurs ramassent tout ce monde avec l’appui de la patrouille arrière ; il y en a dans les caves, dans les fenils, derrière les haies, et bientôt une dizaines de prisonniers sont occupés à creuser la tombe de leur Feldwebel surpris par Leleu. Une reconnaissance à pied est poussée à travers le bocage vers la Risles, afin de servir de sonnette d’alarme en cas de retour de l’ennemi, mais aussi pour tenter d’inspecter le degré de destruction du pont. La rive droite est fortement tenue, le pont n’est pas approchable : la patrouille servira seulement de sûreté. La même aventure est arrivé à Pont-Audemer, mais, en écoutant la radio, il semble que la situation soit moins calme qu’à Foulbec, où l’ennemi ne peut repérer une unité très légère, invisible dans ce bocage. Je reçois ordre de tenir le village aux issues, ce qui était fait, et de signaler tout mouvement ennemi, ce qui est notre métier de base !<br /> Le brouillard se dissipe peu à peu ; le soleil est déjà haut dans le ciel ; il fait beau et bon vivre ! Notre déjeuner est loin, on songe à casser la croûte à tour de rôle... quand le bruit caractéristique d’une colonne nous parvient. Nous sommes tous en alerte quand, au tournant de la route côtière, apparaît un bren-carrier dont l’équipage n’est pas peu surpris de voir un canon de tourelle braqué sur lui. C’est le premier véhicule de la 3e compagnie belge ; elle vient s’emparer du pont de Foulbec ! Elle ignorait que le pont avait sauté depuis 8h30 et que mon peloton était sur place depuis lors...<br /> La liaison est essentielle aux armées !<br /> Je saute à terre pour donner à l’officier de l’avant-garde les renseignements sur l’ennemi et prier ces braves d’étirer une colonne qui a une fâcheuse tendance à s’empiler. Il n’y a plus de brouillard, il y a beaucoup de véhicules dans Foulbec et... l’ennemi possède la cible rêvée, valable et bien repérée. Le carrefour prend des bombes de mortiers, des obus de tous calibres et je disparais sous mon AB, Perelmans, mon canonnier ayant fermé la tourelle. Entre deux salves, je réintègre ma tourelle et, me considérant relevé de ma mission par la présence de la 3e compagnie, je demande à rejoindre l’Escadron, ayant hâte de quitter Foulbec qui devient un nid à projectiles.<br /> Ayant refilé les prisonniers à l’infanterie, mieux équipée que nous pour leur transport, je sors mon unité de ce patelin où il faisait si bon vivre à se dorer au soleil, moins d’une demi-heure plus tôt. Notre casse-croûte fut pris bien plus tard, en vue de Pont-Audemer... mais ceci est une autre histoire !</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/oultremon_2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’Escadron maintient le contact jusque vers 16 heures, parfois sous un feu intense, qui interrompt de temps à autre les effusions de la population qui commence à sortir des caves. Le 3e peloton, qui s’est recomplété, rejoint l’Escadron et rencontre en route un couple de Français qui se dirigent vers Pont-Audemer. Le mari ayant entendu le Cdt. Dulait donner des ordres en français, s’en étonne et s’enquiert de la nationalité de la troupe. Apprenant qu’il s’agit de Belges, il s’exclame : « Marie, c’est une division belge qui nous libère ». C’était faire beaucoup d’honneur à notre petit escadron.<br /> Nous nous regroupons d’abord au sud de Pont-Audemer, puis recevons l’ordre de rejoindre la brigade belge à Berville-sur-Mer. C’est avec regret que nous quittons la 6th Airborne Division, avec laquelle nous combattons depuis huit jours, et allons bivouaquer à Conteville. Cette période nous semble à la fois très longue et extrêmement courte. Les parachutistes et les commandos sont devenus de vrais frères d’armes, sur lesquels nous pouvions compter et qui nous ont employés au mieux des circonstances souvent extrêmement difficiles pour eux. La journée suivante est partagée entre le repos et l’entretien des véhicules et de l’armement. Nous sommes fourbus mais heureux d’avoir participé avec succès au dégagement de la Normandie. Ainsi se termine pour nous la campagne de Normandie.</p><br /> <br /> <strong>Extraits </strong>:<br /> <br /> ‘’Au Galop de nos Blindés’’ par Roger Dewandre.<br /> ‘’1944 Des Belges en Normandie’’ par Guy Weber.<br /> <br /> <strong>Source:</strong><br /> <br /> <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_doultremont.charles.emile.html">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_doultremont.charles.emile.html</a> Tue, 31 May 2022 13:29:01 +0000 Louis MUSIN - Sdt - Mat 5262 2ème Cie - 3ème Pl d'Assaut Brigade Piron https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-221+louis-musin-sdt-mat-5262-2-me-cie-3-me-pl-d-assaut-brigade-piron.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-221+louis-musin-sdt-mat-5262-2-me-cie-3-me-pl-d-assaut-brigade-piron.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/louismusin_freebelgians_avril.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Louis Musin est né en 1924 à Audregnies près de Quiévrain. <br /> <br /> Louis Musin raconte :<br /> <br /> <strong>‘’Mes enfances’’</strong><br /> <br /> J’ai quinze ans et demi quand la guerre fond sur nous. Il va sans dire que je ne mesure nullement la portée ni l’importance de l’événement. Au contraire, c’est avant tout pour moi la fermeture tant souhaitée de l’école et, probablement, l’occasion rêvée d’entrer de plain-pied dans l’aventure que j’appelle de tous mes vœux. Il y a d’abord le classique exode de mai 40 dans le midi. Mon père, en tant que fonctionnaire des P.T.T. ayant dépassé l’âge de la mobilisation active, reçoit l’ordre de se replier avec sa famille vers le Sud de la France où le gouvernement belge – dit-on – va s’établir pour organiser la résistance.<br /> En août 1941 – j’ai 16 ans passés – mon père meurt. Au-delà de la peine qui est la mienne, j’éprouve un sentiment de colère et de révolte devant cette mort tellement absurde : recevoir d’un apprenti-esculape malhabile une dose trop forte de chloroforme ! <br /> A quelques mois de là, malgré les supplications de ma mère et les sermons de tout l’entourage, j’abandonne mes études. Je veux devenir marin. Par n’importe quel moyen ! Le plus direct est évidemment de m’évader pour rejoindre l’Angleterre et faire mes classes sur un bateau de la Royal Navy. Je me laisse embarquer par un cousin de ma mère, haut fonctionnaire à la S.N.C.B., paternaliste sur les bords et qui me veut du bien. Il prétend que ma soif d’aventures et de voyages s’assouvira pleinement dans les chemins de fer et que de bons et solides rails valent toutes les mers démontées du monde. C’est ainsi que je suis transformé – pas pour longtemps – en minuscule commis de la Grande Administration.<br /> Mais la perspective d’une carrière ferroviaire fabuleuse ne me font perdre de vue le but que je me suis assigné : rejoindre l’Angleterre. Non pas par patriotisme comme je pourrais le faire croire, mais pour devenir marin. Et aussi pour échapper à toute prison, qu’elle soit scolaire, familiale, amoureuse, professionnelle ou nazie.<br /> <br /> <strong>‘’Faux départ’’</strong><br /> <br /> Ma première tentative d’évasion – qui ne sera pas la bonne – m’est inspirée par un chômeur professionnel de mon village, du nom de François qui, par crainte d’être requis comme travailleur obligatoire en Allemagne, a choisi de s’engager dans une entreprise française à la solde des Nazis, construisant le fameux Mur de l’Atlantique au sud de Cherbourg. Ces titanesques fortifications sont censées être inexpugnables. Les événements vont prouver, deux ans plus tard, qu’elles sont en fait, dérisoires et inutiles. <br /> A la fin du mois de septembre 1942, je rencontre donc François le Chômeur à l’occasion d’un de ses congés à Audregnies. Il m’apprend qu’il a bien envie de joindre l’Angleterre – pays de cocagne selon lui – en utilisant la filière dont on lui a parlé en Normandie : il s’agit de pêcheurs bretons autorisés par l’occupant à jeter leur chalut au large des côtes dans les eaux territoriales et qui en profitent pour voguer un peu plus loin et transborder un chargement humain qui ne ressemble que de loin à une pêche miraculeuse, dans les flancs de petits rafiots anglais qui les attendent.<br /> Vous imaginez mon enthousiasme à l’annonce de cette solution qui s’offre à moi.<br /> Et vers la mi-octobre, avec l’innocent culot de l’âge tendre – j’ai 17 ans et demi – une bonne dose d’inconscience et un maigre viatique que ma mère avait consenti à me bailler, je me rends à vélo à Quiévrain, la petite ville frontière située à 5 km de chez moi, ma soeur étant chargée de récupérer le dit vélo avec un ami le lendemain.<br /> De là, je traverse la frontière à pied et arrive à Blanc-Misseron, où j’emprunte un autobus branlant et cahotant jusqu’à Cambrai, histoire de mettre la plus grande distance possible entre la zone frontière et moi.<br /> A Cambrai se situe un fait qui vaut d’être conté, car il aura un prolongement inattendu : ayant échoué dans un café dans le but de me renseigner sur les possibilités de gagner Paris, je ramasse sur une table un prospectus rédigé en français, mais portant à son sommet une jolie croix gammée retenue dans les serres de l’aigle du Grand Reich. Ce prospectus invite les travailleurs français à s’engager dans l’Organisation Todt où il leur est promis bon salaire et nourriture abondante – de quoi tenter plus d’un manouvrier nourri de rutabaga depuis de longs mois ! <br /> J’empoche machinalement le papier en question et gagne Paris sans encombre par le premier train en partance. La Ville lumière est évidemment fort éteinte en ce temps-là et je crois que je m’y serais perdu si je n’avais eu l’idée de me rendre en vélotaxi chez un cousin dont ma mère m’a confié l’adresse à tout hasard. Il s’appelle Marcel Hottois. Il est originaire de Cambrai. C’est un personnage haut en couleurs qui, héritier d’une coquette fortune paternelle, l’a dilapidée allègrement en quelques années et se trouve réduit à quarante ans, à jouer les commis-voyageurs pour subsister. <br /> Quand j’atterris chez lui, il vient de rentrer d’Allemagne où il a passé plusieurs mois dans le cadre de ce que l’on appelle alors « la relève ». Cela consiste en la libération d’un prisonnier de guerre français par le volontariat d’un travailleur civil. Dans son chef, je soupçonne fort qu’il s’agit d’une pure question alimentaire, car Paris, comme toutes les grandes villes, connaît la disette. Quand je m’ouvre de mon projet au cousin Marcel, c’est tout juste s’il ne veut pas m’accompagner. En tout cas, il m’établit un itinéraire ferroviaire suffisamment compliqué pour que j’aie des chances de parvenir au but, en pleine « zone rouge » (région stratégique interdite).<br /> Tout se passe très bien jusqu’à un petit bourg proche de ma destination sur la côte atlantique. Après avoir fait descendre tous les occupants du train, les feldgendarmes allemands contrôlent les Ausweis – laissez-passer que l’occupant délivre sur demande et justification. Il va sans dire que j’en suis complètement dépourvu. <br /> Je me vois déjà irrémédiablement pincé. Quand l’idée me vient soudain d’extirper de ma poche le prospectus à la belle croix gammée ramassé dans un café de Cambrai. Avec beaucoup de panache, mais n’ayant plus un poil de sec, je l’exhibe du plus loin que je peux, avec la svastika bien en vue. Et le miracle s’accomplit : le feldgendarme de ma file me fait rapidement passer sur le côté en m’octroyant un petit salut complice et en me gratifiant d’un « gutt, gutt ! » paternel.<br /> C’est alors que je me décide à rallier Sainte-Marie, le petit village côtier où je sais pouvoir retrouver François. J’y parviens après quelques péripéties et rencontre sans peine mon « pays » qui me fait inscrire comme manœuvre dans son équipe pour éviter que je sois immanquablement arrêté. Le groupe dans lequel je suis incorporé est composé d’une majorité de français et de quelques belges. Si toutes les équipes se comportent comme la nôtre, le Mur de l’Atlantique ne risque pas d’être terminé avant l’An 2000, car nous nous appliquons à saboter systématiquement notre propre travail, à telle enseigne que nous recommençons pratiquement chaque jour le travail accompli la veille.<br /> Après une huitaine de jours de travaux forcés pour rire, j’obtiens par l’entremise de François l’adresse d’un marin-pêcheur, passeur d’hommes, établi un peu plus au Sud, sur la côte du Finistère. Mais avant même d’avoir réagi, j’apprends que cette filière maritime a été éventée. J’avale ma déception et comme je n’ai nulle envie de moisir dans ces parages plutôt malsains, je décide, sans demander l’avis de mon « employeur » de regagner Paris et, ne doutant de rien, de m’organiser pour descendre de là vers le Midi et rallier l’Espagne. <br /> J’atteins Paris sans encombre, mais là, devant l’ampleur et la difficulté de l’entreprise et le peu d’atouts que je détiens, je décide de regagner la maison maternelle pour pouvoir me préparer à un nouveau départ.<br /> Quelque peu surprise de mon retour inopiné, ma mère ne savoure pas longtemps son bonheur, car je l’informe sans attendre que je ne ferais pas long feu au logis.<br /> <br /> <strong>‘’l’Appel du grand nord’’</strong><br /> <br /> Alors que je m’évertue à découvrir un moyen sûr pour parvenir en Grande-Bretagne et que je me dispose, faute de mieux, à tenter de gagner l’Espagne, un copain me fait rencontrer un jeune Montois susceptible de m’aider.<br /> Il travaille à la Werbestelle de Mons, mais je devine d’emblée qu’il joue double jeu. Sa tâche consiste à constituer des contingents de travailleurs obligatoires envoyés dans le Grand Nord norvégien – à Tromsö, au delà du Cercle polaire – pour y aménager des pistes d’atterrissage sur glace. Ces concitoyens sont dirigés vers l’Enfer blanc par mesure de représailles parce qu’ils ont été réfractaires à une précédente réquisition, mais il va sans dire que les seigneurs du moment acceptent également des volontaires.<br /> Le Montois m’affirme que traverser la frontière norvégo-suédoise à cet endroit est un jeu d’enfant et que d’ailleurs des centaines de Norvégiens le font chaque mois. Il paraît bien renseigné et je me laisse convaincre de l’excellence de ce moyen.<br /> Il me propose donc de m’embaucher et c’est ainsi que le lundi 25 janvier 1943, j’emprunte le train à Mons à destination de Büchen, près d’Hambourg, mais cette fois nanti de très officiels Ausweis, ordre de marche et autre laissez-passer. Je dois rejoindre un camp d’attente où se forment des groupes qui seront envoyés en Norvège en même temps que des convois militaires. <br /> C’est dans ce camp de Büchen où je suis amené à séjourner plus de trois semaines que je rencontre mes futurs compagnons d’évasion : Francis Mouchet, dix-huit ans comme moi, Albert Meunier, vingt et un ans et celui que nous considérons comme le patriarche : Raymond Thielemans, trente-huit ans, tous Bruxellois d’extractions fort diverses. Tous les quatre, nous avons en commun une farouche détermination de joindre l’Angleterre à tout prix. Nous prenons la résolution de ne plus nous séparer et de nous évader ensemble dans le Grand Nord.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/francis_mouchet_freebelgians_avril.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Francis Mouchet</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Au matin du 18 février 1943, le chef de camp nous annonce notre prochain départ.<br /> Les septante Belges et le Français – Jean Tauzin – qui forment notre groupe, sont convoyés jusqu’à Stettin, alors port allemand, où nous embarquons à bord d’un vieux rafiot marchant de 8.000 tonneaux dont les cales ont été aménagées pour le transport des troupes à travers la Baltique.<br /> Notre entrée dans la baie d’Oslo, le dimanche 21 février à la tombée du jour, m’a laissé un souvenir vivace. Notre bateau avance lentement entre les immenses et sombres parois rocheuses des fjords qui se détachent sur un ciel embrasé par le soleil couchant. A Oslo, on nous parque en plein centre de la ville dans une école désaffectée jouxtant un important atelier de confection. Après chaque repas, nous prenons l’air dans ce qui a été la cour de récréation, séparée par un treillis métallique de la cour de l’atelier. C’est ainsi que notre quatuor hèle à travers la clôture quatre jeunes et jolies filles rieuses et peu farouches. Entre-elles Gerd Andersen et Randy Ericsen, la dernière va bientôt jouer un rôle important dans notre évasion.<br /> Nous leur fixons rendez-vous en ville, le lendemain, car nous sommes autorisés à quitter nos quartiers pendant deux heures chaque jour. Seules Gerd et Randy sont fidèles à leur promesse. Pendant la semaine passée à Oslo, Albert Meunier et moi flirtons avec entrain avec nos dulcinées respectives. Meunier n’a aucune difficulté à dialoguer avec Randy qui connaît l’allemand aussi bien que lui. Pour Gerd et moi, il n’en va pas de même, car à part celui des mains, nous n’avons aucun langage commun. La veille de notre départ, Meunier revient très agité de son rendez-vous avec Randy. Il nous apprend que Randy, à qui il a confié notre projet, l’engage à ne pas aller jusqu’à Tromsö. Elle prétend qu’en cette saison nous risquons d’être transformés en icebergs avant d’avoir atteint la Suède. Il vaut mieux, selon elle, nous évader à partir d’Oslo et, comme elle forme elle-même depuis longtemps le projet de gagner la Suède, elle s’offre à nous aider et à nous servir de cicérone.<br /> Notre départ en train vers Trondheim, à 400 kms au Nord d’Oslo, est fixé au lendemain. Ensuite un bateau doit nous transporter à Tromsö via Narvik.<br /> Il faut donc que nous faussions compagnie à nos « employeurs » dès ce soir ou au plus tard demain matin. Hélas, nous devons bientôt déchanter quand nous nous rendons compte que nous sommes proprement bouclés dans notre école.<br /> Impossible de faire le mur ! Il n’y a donc pas d’autre choix que de prendre le train avec les autres et trouver une occasion favorable de nous échapper en cours de route et ensuite regagner Oslo.<br /> Le 28 février à 11h.40, notre convoi s’ébranle à destination du froid. Nous sommes 71 – plus pour longtemps – à occuper un wagon de voyageurs. Un Feldwebel rageur et trois jeunes soldats nous convoient. Il nous faut attendre la nuit pour nous évader. Vers 18 heures, à hauteur de Dovre, un peu plus qu’à mi-chemin entre Oslo et Trondheim, nous décidons de sauter du train. La nuit est venue depuis longtemps et la surveillance s’est fort relâchée. D’ailleurs, nos gardes-chiourmes dorment à poings fermés. Notre tortillard, qui se traîne lamentablement depuis le départ, gravit à présent un raidillon, ce qui réduit encore sa vitesse. Nous en profitons pour nous faufiler comme des ombres jusqu’à la portière et nous nous laissons happer par l’obscurité blafarde qui ressemble au néant. Une épaisse couche de neige, prévue dans nos plans, amortit notre atterrissage. Après quelques kilomètres d’une marche tâtonnante et difficile, nous arrivons en vue d’une petite gare en rase campagne où, nous l’espérons, un train en direction d’Oslo viendra bien à s’arrêter. Effectivement, notre attente n’est pas très longue : un interminable train de marchandises fait bientôt halte dans un grincement assourdissant et, la providence aidant, met à notre portée son fourgon de queue. Nous y pénétrons aussitôt et attendons les événements. Ils ne tardent pas à se produire sous les traits d’un garde-convoi norvégien qui réintègre son poste au vol, le train s’étant ébranlé. Nous sommes prêts, s’il réagit mal, à lui faire un mauvais parti, mais après les explications que Meunier lui fournit en allemand, il nous assure de son aide. Nous sommes très soulagés et en guise de remerciement, Mouchet lui offre le dernier paquet de ‘’Fleur de Roisin’’ - coupe fine – qu’il possède. Jamais cadeau n’a paru plus somptueux aux yeux de quelqu’un, car les Norvégiens ne reçoivent plus leur ration de tabac depuis belle lurette, ce qui le rend inabordable au marché noir.<br /> Ce paquet de scaferlati est vraiment ‘’le plus beau jour’’ de la vie de ce brave homme. Notre voyage de retour se passe sans incident et nous sortons de la gare d’Oslo au petit jour pour nous diriger vers l’atelier où Randy et Gerd travaillent. Nous nous terrons dans une ‘’konditori’’ qui vient d’ouvrir ses portes cependant que Meunier fait le guet pour capter Randy à son arrivée au travail. Nous le voyons bientôt revenir. Il nous annonce d’un air rassurant que nous devons nous cacher jusqu’au soir et qu’ainsi Randy pourra nous emmener en train jusqu’à Lillestrom où elle demeure.<br /> Cette grosse bourgade est située à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Oslo, donc dans la bonne direction. Randy veut profiter de la nuit suivante pour organiser son départ à l’insu de ses parents pendant que nous nous reposerons dans une remise voisine de sa maison. Nous suivons donc Randy jusqu’à Lillestrom. Nous avons grand peur d’être repérés par une patrouille, car nos vêtements belges ne ressemblent en rien à l’accoutrement hivernal des autochtones. Malgré nos craintes, tout se passe bien. Après une nuit quasi blanche et très inconfortable, nous sommes tirés de notre remise par une Randy rayonnante qui, après nous avoir ravitaillés, nous entraîne à sa suite sur le chemin de la liberté.<br /> Nous croyons d’abord devoir franchir les quelque cent kilomètres qui nous séparent de la frontière suédoise à pied et par petites étapes. Mais les dieux continuent à veiller sur nous : après avoir parcouru une dizaine de kilomètres sur une route déserte et enneigée, un vieux camion à chaudière surgit et s’arrête à notre hauteur. Un dialogue s’engage entre le conducteur et Randy qui nous fait signe soudain de la suivre. Nous nous hissons sur la benne et le camionneur nous recouvre complètement d’une bâche. Randy nous explique que nous allons être transportés jusqu’à une halte forestière à une quarantaine de kilomètres de là. Ce que nous ignorons, c’est que plusieurs postes de contrôle allemands jalonnent cette route. Nous n’aurions probablement pu leur échapper tandis que le camion et son conducteur, familiers à la soldatesque de garde, franchit sans encombre les dix lieues qui nous séparent de cette clairière où les dangers de mauvaises rencontres deviennent plus rares, les Allemands n’aimant guère s’aventurer trop loin dans ce maquis qui est le domaine de prédilection des résistants et des passeurs d’hommes. Mais le plus dur reste à accomplir, nous devons à présent traverser à pied une demi-douzaine de monts boisés et enneigés, reliés entre eux par autant de lacs gelés.<br /> Après quelques kilomètres de ces pénibles montagnes russes, nous commençons à donner des signes de grande fatigue et nos estomacs crient famine. Heureusement qu’il y a la neige pour apaiser notre fièvre montante. Nous découvrons çà et là des petites baies rouges qui font des gouttes de sang sur le tapis neigeux. C’est à qui en cueillera le plus grand nombre. La fatigue et la faim aidant, nous sommes prêts à nous battre pour la possession de ces maigres fruits hivernaux.<br /> Randy réussit à ramener le calme. C’est elle la plus sereine et la plus vaillante de nous tous : elle est mieux entraînée et mieux équipée que nous. Nos chaussures citadines n’ont pas tenu longtemps. Elles béent lamentablement et laissent pénétrer la neige jusqu’à nos pieds gourds. Le soir est tombé. Nous ne sommes plus très sûrs de l’instinct de Randy qui prétend nous diriger droit sur la frontière. Nous sommes complètement épuisés et fort découragés. Nous nous asseyons tous les cinq sur un tronc d’arbre abattu quand soudain un sifflement parvient à nos oreilles. Les rayons de lune filtrent à travers les branches des pins et confèrent une apparence irréelle au paysage. Nous ne pouvons évaluer l’éloignement du siffleur, car dans le silence sylvestre et l’air glacé, les sons portent très loin.<br /> Nous pensons qu’il ne peut s’agir que d’une patrouille allemande. Nous nous tenons prêts à défendre chèrement notre peau. Tapis derrière le tronc abattu, nous voyons soudain se dessiner dans la pénombre une silhouette marchant allègrement sur des raquettes. Avant que nous ayons eu l’occasion de nous ressaisir ou de nous concerter, Randy fait un bond prodigieux par dessus le tronc et fonce en gesticulant vers l’inconnu à qui elle s’adresse avec volubilité. Les dieux sont décidément avec nous. Et ce dieu-là a les traits d’un ami du père de Randy, résistant notoire et passeur d’hommes avéré. Une preuve de plus que les romanciers, avec leur aimable fiction, sont souvent en deçà de la réalité.<br /> Après les présentations d’usage, nous le suivons avec toute la vélocité dont nous sommes encore capables. Il dispose de raquettes et de longs patins. Nous, en revanche, nous n’avons que nos pauvres pieds à moitié gelés, mais nous avons aussi des ailes. Après deux heures de procession infernale, nous arrivons à une cabane perdue dans la forêt : c’est un de ses relais. Nous nous affalons sur le sol tapissé de branchages. Il sort de son havresac une gamelle d’où il extrait des tranches d’un affreux pain noir enduit de margarine qui pue l’huile de poisson. Cela nous paraît pourtant la plus délicieuse tartine que nous ayons jamais mangée.<br /> Notre mentor providentiel nous apprend qu’il en est à plus de mille passages. De fait, en cinq ans de guerre, plusieurs dizaines de milliers de Norvégiens ont choisi la liberté en franchissant la frontière suédoise.<br /> Nous prenons quelques heures de repos bien gagné dans cette hutte plus accueillante qu’un palais. Dès potron-minet, nous entamons la dernière étape, celle qui va nous conduire à un petit poste frontière suédois où, après une marche assez épuisante, nous sommes accueillis par des soldats sur pied de guerre. Devant nos mines exténuées, ils nous transportent en camion à quelques kilomètres de là, à Koppom.<br /> La grande, la principale étape est accomplie. Pour l’heure, nous sommes anéantis de fatigue et nous sombrons dans un sommeil dont Morphée lui-même n’a jamais soupçonné la profondeur. Demain est un autre jour !<br /> <br /> <strong>‘’En Suède’’</strong><br /> <br /> Le lendemain de notre arrivée à Koppem, les gardes-frontière, selon la consigne, nous remettent entre les mains de la police locale. Les Norvégiens bénéficiant d’un statut spécial, Randy est aussitôt élargie et nous donne rendez-vous à Stockholm.<br /> Mais pour nous, il n’en est pas de même : nous n’avons conservé aucune pièce d’identité pour éviter d’éventuelles représailles familiales au cas où nous aurions été arrêtés par la Gestapo. Nous déclarons être Belges et sollicitons l’asile politique, ce qui suffit au Commissaire – incidemment pro-nazi – pour le décider à nous refouler en Norvège où les feldgendarmes allemands n’auraient évidemment pas manqué de se constituer en comité d’accueil avec fanfare en tête. Nous sommes atterrés par la tournure des événements, mais heureusement pour nous, le Commissaire-adjoint, plutôt pro allié, téléphone à l’insu de son chef à la Légation belge de Stockholm qui, il faut le savoir, représente notre gouvernement en exil.<br /> Je rends hommage en passant à la mémoire du Consul-Chancelier Vanhitsen qui, sans hésiter, envoie sur-le-champ au Commissaire un télégramme réclamant notre venue immédiate à Stockholm et nous déclare couverts par l’immunité diplomatique.<br /> La mort dans l’âme, le Commissaire-pas-bon-enfant doit obtempérer et n’a d’autre ressource que de donner ordre à son adjoint de nous convoyer jusqu’à la capitale suédoise où notre Consul en personne nous accueille à la Gare Centrale. Il nous apprend qu’hormis deux marins belges qui ont choisi la liberté en ne réintégrant pas le bord du bateau allemand qui les a amenés, nous sommes ses premiers concitoyens à avoir choisi cette voie inusitée pour gagner l’Angleterre.<br /> Il nous emmène sans désemparer au siège de la Légation où son Altesse Sérénissime le Prince Réginald de Coy, grand seigneur et Ministre Plénipotentiaire de Sa Majesté Léopold III, nous souhaite paternellement la bienvenue dans ce pays qui n’est pour nous que l’antichambre de la Grande-Bretagne où nous devons, dit-il, continuer la lutte aux côtés de ceux qui ont choisi de ne pas renoncer.<br /> Sur la foi de nos déclarations, nous sommes vite pourvus d’un passeport belge en règle avec visas de séjour très momentané en Suède et d’entrée prochaine au Pays de Galles où un embryon de Brigade belge s’est constitué.<br /> Mais les ministres proposent et les événements disposent. De fait, nous resterons près d’un an en Suède et nous n’irons jamais voir les jolies Galloises.<br /> Le Consul Vanhitsen nous déclare que nous sommes considérés comme soldats depuis notre entrée en Suède et qu’à ce titre, le gouvernement belge de Londres nous alloue de quoi vivre attendant notre départ.<br /> <br /> <strong>‘’Départ vers la Grande-Bretagne’’</strong><br /> <br /> Le 9 février 1944, je m’embarque à bord d’un ‘’De Havilland’’ de la R.A.F. à destination d’Edimbourg en compagnie de mes trois camarades d’évasion.<br /> Notre arrivée à l’aérodrome militaire d’Edimbourg plongé dans la plus totale obscurité nous fait pénétrer de plain-pied dans une monde très différent de celui que nous venons de quitter, un monde austère où l’on a désappris à rire.<br /> Dans le petit matin brumeux et glacial qui estompe les baraquements, un officier du contre-espionnage nous fait subir un interrogatoire qui sera suivi de bien d’autres.<br /> Les British se méfient, parfois avec raison, de tous ces foreigners qui envahissent leur île. Le même soir, nous sommes confiés à un sous-officier flegmatique et bon enfant, qui est chargé de nous accompagner en train jusqu’à Londres où nous devons passer au crible de l’Intelligence Service.<br /> Arrivé à Londres, je suis dirigé avec mes compagnons vers une école désaffectée, la Battersea School où, après une attente désœuvrée d’une quinzaine de jours, nous sommes transférés à une autre école, la Patriotic School transformée en centre de contre-espionnage de l’Intelligence Service. En ce mois de mars 1944, les candidats-guerriers affluent de toutes parts : soldats français d’Afrique, légionnaires, aventuriers, évadés polonais, tchèques, danois, norvégiens et j’en passe. Sans compter ceux qui viennent des antipodes et que leur gouvernement en exil a abusivement mobilisés. Toutes ces recrues hétérogènes se retrouvent à Patriotic School où les maîtres du contre-espionnage britannique les retournent un à un sur le gril.<br /> Pour notre quatuor, tout se passe très rapidement et sans problème. En fait, pendant notre long séjour en Suède, les services spéciaux alliés ont eu tout le temps et le loisir d’enquêter sur nos personnes et de connaître nos antécédents.<br /> A la vérité, les Britanniques craignent bien davantage les espions que les V 1 qui font timidement leur apparition dans le ciel de Londres.<br /> Sorti de Patriotic School et libre d’aller et de venir dans ce camp retranché qui a nom Albion et qui fait figure de dernier bastion européen de la liberté, je me présente, comme prévu, au Ministère Belge de la Défense Nationale qui occupe une bâtisse austère et victorienne d’Eaton Square. Pour ma part, je leur déclare tout de go que je suis venu en Angleterre dans le seul but de m’engager dans la marine.<br /> La réponse – négative comme je m’y attendais – m’est transmise deux jours plus tard. Il paraît que notre gouvernement a besoin du plus grand nombre possible de soldats pour constituer une brigade indépendante belge qu’un officier de chez nous, un certain Major Piron, est en train de mettre sur pied. Pour avoir une chance d’être incorporée dans l’Armée Britannique et participer aux futurs combats de libération du continent, il faut que cette brigade comporte un nombre minimum d’effectifs. C’est ainsi qu’après avoir résisté treize jours et multiplié les tentatives et les démarches pour concrétiser mon rêve : devenir marin, je suis contraint, de guerre lasse, de rejoindre le centre d’instruction de Leamington-Spa, dans le Warwickshire, antichambre du ‘’First Belgian Group’’ qui devait s’illustrer plus tard sous le vocable de « Brigade Piron ».<br /> Le 2 avril 1944, je suis incorporé sous le matricule 5262 et revêtu d’un battle-dress du plus beau kaki mais certes pas aussi beau que le bleu marine.<br /> Vers le 20 mai, j’apprends que j’ai droit à une quinzaine de jours de permission avant de rejoindre les rangs de la Brigade, mon instruction préliminaire et combien sommaire touchant à son terme. Je rentre à Leamington-Spa au terme de ces vacances très ‘’repos-du-guerrier’’. <br /> A quelques jours de là, le 4 juin, je reçois mon ordre de marche pour rejoindre le groupement belge à Great-Yarmouth dans le Suffolk. Dès mon arrivée, je me présente au Chef de Corps, Jean-Baptiste Piron, pas encore D.S.O. mais déjà Major B.E.M. de l’Armée Belge et Général de Brigade commissionné dans les forces alliées. Il me demande dans quelle arme je souhaite servir. Je lui rétorque que, tant qu’à faire, j’aimerais combattre dans les blindés. Malgré ma demande, il m’advise de rejoindre l’infanterie. Me voilà donc transformé par un coup de ‘’stick’’ magique en glorieux fantassin. Je suis affecté au 3e peloton d’assaut de la 2e compagnie motorisée placée sous la férule paternelle du Major Waterloos secondé par le lieutenant Moos.<br /> De leur côté, mes camarades d’évasion ont rejoint leur unité respective – Meunier la 1e compagnie, Mouchet la 3e compagnie et Thielemans la Batterie belgo-luxembourgeoise. La grande nouvelle du débarquement le 6 juin à l’aube nous met au comble de l’enthousiasme et de la joie.<br /> Quelques jours plus tard, la Brigade fait mouvement et plante ses tentes à New-Market et à Shepreth dans le Cambridgeshire. Je suis versé sans trop savoir pourquoi au 2e peloton-mortiers commandé par le lieutenant Mentior – un chic type – et le sergent Gillebert, un gueulard sympathique. <br /> Au début de juillet, la Brigade participe à un important ‘’field firing’’, grandes manœuvres qui sont la répétition générale de la bataille à laquelle nous allons bientôt être conviés. Après l’attaque simulée d’un mamelon tenu par une brigade hollandaise – nos ennemis figurés – j’ai une défaillance cardiaque. Le lieutenant Evrard, médecin de la 2e compagnie, m’ausculte et constate que mon cœur bat à 170 pulsations à la minute, ce qui paraît l’effrayer un tantinet. Il appelle mon mal d’un nom savant : tachycardie paroxystique. Résultat : je suis versé à l’échelon B, étant momentanément inapte à faire partie d’un peloton d’assaut. Je suis désigné, avec une escouade de camarades pour faire partie du P.I. (personnel d’installation) qui devancera le gros des troupes de quelques jours.<br /> <br /> <strong>‘’J’irai revoir ma Picardie’’</strong><br /> <br /> Nous nous embarquons au soir du 31 juillet 1944 à New Haven à bord d’un Liberty Ship qui traverse sans encombre le Channel et nous dépose à pied sec au large d’Arromanches sur le fameux pont Bailey – le port artificiel construit en pleine mer par le Génie anglais – d’où une passerelle métallique et flottante nous permet de gagner la terre ferme située à bon nombre d’encablures.<br /> ‘’Nous sommes tous très émus au moment où nous foulons le sol de France. Ce premier pas sur cette terre libérée de l’oppression est pour nous le commencement de la marche victorieuse qui nous conduira aux bourgs délivrés de nos enfances’’.<br /> Sous la conduite du lieutenant Mentior et d’un Eurasien charmant qui rit avec les yeux, le sergent Tchène, nous établissons le camp qui recevra bientôt le gros des troupes embarquées à Tilbury avec le charroi.<br /> Nous sommes à quelques kilomètres des lignes allemandes et pourtant, à part le bruit lointain de la canonnade, rien ne se passe. N’était le paysage déchiqueté qui nous entoure, on pourrait se croire en villégiature dans ce beau pays de Normandie qui s’est vu envahir tout au long de son histoire par tant de guerriers venus de la mer.<br /> Tous les effectifs de la Brigade sont bientôt réunis. Je suis versé au 7e peloton-transport commandé par le lieutenant Darimont.<br /> Les escarmouches et les mines font les premières victimes dans les rangs de la Brigade.<br /> Notre peloton suit de près les troupes d’assaut. Mon déclassement à l’Echelon B – les indispensables auxiliaires des baroudeurs de première ligne – m’enlève l’occasion de faire le coup de feu.<br /> Vers le 17 août, la Brigade entame une véritable poursuite au cours de laquelle elle libère, parfois sans coup férir, un grand nombre de villes et de bourgades dont les populations nous accueillent avec une joie débordante.<br /> Vers le 20, nous sommes à Auberville où nous faisons étape pendant 24 heures. <br /> La Brigade progresse et fait une entrée triomphale dans maints bourgs petits et grands tels Cabourg, Houlgate, Villers-sur-Mer, Deauville, Trouville, Villerville, Honfleur où nous faisons halte.<br /> <br /> Le 26 août dans l’après-midi, une pénible nouvelle me parvient :<br /> Francis Mouchet n’est plus. En essayant de sauver deux blessés de son peloton, il a été mortellement atteint d’une rafale de mitrailleuse. Nous avions le même âge : 19 ans. Cela s’est passé aux abords du village de Conteville. J’avais revu Francis Mouchet pour la dernière fois à Shepreth, la veille de notre départ pour New-Haven. Il m’avait tenu des propos très pessimistes à son sujet. Certain de ne pas en sortir vivant, il m’avait prié de porter son adieu à ses parents à mon retour au pays. Sa prémonition n’était pas vaine.<br /> Le 28 août, je retrouve mon ami Charles Spriet à Corneville où la Brigade s’est groupée. Nous sommes parqués dans un immense verger.<br /> La Brigade fait mouvement vers le Havre, L’Etat-Major britannique, voulant nous la bailler belle, nous donne alors l’ordre de nous diriger droit vers le nord pour participer à la libération de notre pays.<br /> Au matin du 3 septembre, le long serpent motorisé de toutes les unités de la Brigade s’ébranle en direction de Douai. Nous pénétrons sur le sol de nos aïeux à Rongy, petite bourgade proche de Tournai, dans ce beau pays picard qui est le mien.<br /> Mais l’heure la plus inoubliable sonnera demain lors de notre triomphale et joyeuse entrée dans la capitale libérée. L’accueil délirant que nous réserve la population bruxelloise est indescriptible, aussi bien je me contenterai de raviver la mémoire de ceux qui ont vécu ces heures d’exception, ces moments de grâce qui font croire à la fraternité des hommes.</p>[/align]<br /> <strong>Extraits :<br /> « Ma guerre et mes dentelles »<br /> Sources texte et iconographiques :<br /> <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages2/tem_Musin.html">http://www.brigade-piron.be/temoignages2/tem_Musin.html</a></strong> Thu, 31 Mar 2022 10:01:01 +0000 Le parcours de jeunes du village de Huissignies, (près de Ath) durant la 2ème guerre mondiale….. https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-202+le-parcours-de-jeunes-du-village-de-huissignies-pr-s-de-ath-durant-la-2-me-guerre-mondiale.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-202+le-parcours-de-jeunes-du-village-de-huissignies-pr-s-de-ath-durant-la-2-me-guerre-mondiale.php <p style="text-align:justify"><strong>Ils sacrifièrent 5 ans de leur jeunesse pour résister au nazisme…….</strong><br /> <br /> Le jeudi 1er mars 1939, Marcel Labie est appelé sous les armes à la caserne Rucqoy à Tournai pour y faire son service militaire au 12ème chasseur à pied. Il est désigné pour devenir ‘’Tireur Fusil Mitrailleur’’. Quatre autres hochniots connaissent le même sort et l’accompagnent: Willy Croissieaux, André Jaivenois, Gérard Dubuisson et Jules Coulon. L’optimisme n’est pas de mise car la Pologne est déjà en guerre avec l’Allemagne.<br /> Le vendredi 10 mai 1940, l’Allemagne brise la neutralité de la Belgique et leurs troupes franchissent la frontière….C’est la guerre !<br /> Marcel et ses comparses sont réveillés à 2 heures du matin, ils reçoivent armes et minutions et quittent la caserne 2 heures plus tard; ils se dirigent vers Gaurain-Ramecroix où ils occuperont une ferme.<br /> La nuit est mouvementée à cause des alertes incessantes, des combats aériens se poursuivront toute la journée, des raids destructeurs sont menés sur Tournai. A 3 heures du matin, la nuit suivante, ils embarquent en train à destination de Ath, Grammont, Alost et à l’entrée de Gand, le train essuye des tirs de mitraillette; les soldats fuient dans la campagne et rejoignent Gand où ils seront logés dans une école.<br /> Le 13 mai, ils regagnent le village de Kieldrecht où ils sont logés dans le salon communal….pendant ce temps, les troupes allemandes progressent au travers de la Belgique. Le peloton de Marcel a pour mission de monter la garde de guet hors du village pour surveiller les avions ennemis.<br /> Le 14 mai, ils voient défiler de nombreuses troupes françaises avec de lourds canons tirés par des chevaux; ces derniers se dirigent vers la Dyle pour y renforcer les troupes belges. Toute la nuit, des bataillons français et de cavalerie défilent avec leurs canons.<br /> Le 15 mai au matin, tout tremble, les allemands se rapprochent, leurs canons tonnent, ils tirent sur des cibles distantes de 35 Km. Sur les routes, c’est un cortège permanent de citoyens qui évacuent et de troupes françaises. Dans l’après-midi le lieutenant décide de quitter et de partir à pied vers Beveren où ils embarqueront à bord d’un train.<br /> A ce moment, le commandement belge s’est probablement résigné; on ne lutte pas à armes égales, les allemands sont bien mieux équipés que les alliés. De nouveaux plans de repli sur la France sont certainement élaborés.<br /> Le train dans lequel ils ont embarqués se dirige le 17 mai vers Bruges, Dixmude, Boulogne et pendant 9 jours, ils se dirigeront vers le sud de la France via Bordeaux et Montpelier. Pendant tout ce temps, le ravitaillement fait défaut et est bien mal organisé.<br /> Le 22 mai, ils débarquent à Avignon et poursuivent leur exode à pied au travers de villages de collines provençales; ils établissent leur camp dans une ferme du village de Saint-Gély.<br /> <br /> Le 28 mai, ils sont toujours présents dans ce village; le commandant leur apprend que le roi Léopold III a capitulé, il le qualifie de « traître »; le gouvernement belge se retire vers Londres pour continuer la lutte et le roi est chassé.<br /> Le lendemain, le bataillon est désigné « Bataillon de travailleurs ».<br /> Le 7 juin, la TSF (radio de l’époque) annonce que les troupes belges repliées en France vont monter en ligne…. ce qui les rend inquiets. <br /> Le dimanche 9 juin, on les embarque dans un train de marchandise à Pont-Saint-Esprit en direction du nord-est de la France. Ils arriveront à Verdun le lendemain après-midi. Ils partent à pied dans la campagne évacuée, ils logent dans une ferme où ils trouvent de quoi se rassasier, ils y dormiront dans le fenil. A 23 heures, ils entendent les canons tonner. Le lendemain, il y aura des raids aériens sur Verdun.<br /> La nuit du 14 au 15 juin, ils dorment par une nuit froide dans un bois près de Souilly au sud de Verdun. La nuit est rythmée par d’incessants passages d’avions de la DCA qui effectuent des bombardements sur Verdun.<br /> Les 3 compagnies de la caserne tournaisienne marchent toujours ensemble vers Bar-le-Duc et ensuite vers Pierrefitte. Ils croisent des convois de ravitaillement qui montent vers le front et des troupes en retraite qui vont comme eux vers le sud des Ardennes françaises.<br /> Le 15 juin, les gradés disent à la troupe : « Vous êtes libres, faites ce que vous voulez et allez le plus loin possible en direction de la Suisse…. !! » A partir de cet instant, c’est la débandade mais ils restent néanmoins groupés et se dirigent vers Epinal.<br /> A Epinal, ils croisent les allemands qui mitraillent…Marcel sera légèrement blessé au bras droit; il sera soigné par un brave brancardier allemand et ensuite par la Croix Rouge.<br /> Le 20 juin…OUF, la France signe l’armistice avec l’Allemagne ! Les allemands défilent dans la ville d’Epinal, Marcel reçoit une piqûre antitétanique à l’hôpital, les hochniots se retrouvent à la caserne de la même ville où ils peuvent se loger….mais pour se nourrir, c’est le règne de la débrouille !<br /> Le 23 juillet, ils peuvent enfin partir. Ils embarquent à bord d’un train en partance pour Saarbrucke et ensuite direction Cologne.<br /> Le train ne passera jamais le Rhin, ils ne sauront jamais pourquoi….toujours est-il que le convoi prendra la direction d’Hasselt où ils passent la nuit dans la gare.<br /> C’est dimanche et il est 10H30, les cloches sonnent et les paroissiens sortent juste de la messe….c’est l’effervescence. Ils sont entourés et embrassés par la foule en liesse qui en oublie le curé Marquegnies qui célébrait sa première messe….Il faut dire qu’ils étaient les derniers soldats qui rentraient au village; les autres ayant déjà regagné leur foyer depuis belle lurette.<br /> Tout est bien qui finit bien….Marcel peut enfin retrouver sa famille et surtout sa fiancée Rose Dupont…… !!</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/huissignies_photo1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dès le lendemain, Marcel reprend le chemin du travail…à la briqueterie de son oncle Oscar Labie à Ellignies-Sainte-Anne…. !!<br /> Pendant les mois qui suivent son retour, les activités de Marcel seront partagées entre la briqueterie de son oncle et les travaux à la ferme familiale.<br /> Doté de notions de dessin industriel, il sera embauché dans cette spécialité par la fonderie Jadot à Beloeil le 25 septembre 1941.<br /> Le 6 octobre 1942, l’occupant instaure une loi obligeant le travail obligatoire en Allemagne ….Dès ce moment, les allemands seront à la recherche de jeunes dont le profil les intéresse particulièrement.<br /> Le 13 novembre 1942, une délégation allemande visite la fonderie Jadot et désigne parmi le personnel 10 jeunes aux compétences spécifiques; Marcel fait partie de ceux-là. Le lendemain, les recrutés sont priés de se rendre à Tournai pour remplir les formalités de déportation.<br /> Sept autres hochniots subiront le même sort: Herman Thibaut, Léon Massy, Marcel Carlier, Hector Labie, Roger Gilgean, Paul Barbieux et Emile Dubois.<br /> Le 16 novembre, les désignés déportés embarquent tous en gare de Huissignies pour l’exil vers l’Allemagne via le centre de regroupement de Mons. Ils arriveront à Leipzig le lendemain matin, il y fait glacial et il neige.<br /> Les déportés sont dispersés, Marcel et Roger Gilgean sont désignés pour la même usine, une petite fonderie dans le petit village de Bösdorf à 10 Km à l’est de Leipzig. L’usine comporte une centaine de personnes et est spécialisée dans les pièces pour le chemin de fer; Marcel est incorporé au bureau de dessin.<br /> <br /> </p><p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/huissignies_photo2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">D’emblée, la nourriture est réduite à sa plus simple expression: pain gris, choux, un peu de viande et un café « synthétique »…. Des colis en provenance de Belgique seraient les bienvenus!<br /> Ils sont logés dans des baraquements; leur régime de travail est comme disent les allemands ‘’la semaine anglaise’’ c.a.d . 5 jours de 10 heures de travail et ils reçoivent un salaire hebdomadaire de 12.47 RM (Reich Mark).<br /> Marcel reçoit un demi-jour libre par semaine pour y suivre des cours de dessin industriel à l’école technique de Leipzig ; ce qui est plutôt une nouvelle positive.<br /> Le dimanche est réservé à la messe mais aussi aux travaux d’entretien de l’habillement et au nettoyage du baraquement. La première lettre de Rose sa fiancée arrivera le mercredi 3 décembre. Toutes les lettres leur étant destinées sont ouvertes par les autorités dont ils dépendent.<br /> Le 19 décembre un 1er colis de marchandises arrive de Huissignies !<br /> Marcel constate que la population du village est assez courtoise, voire même sympathique; par contre la jeunesse embrigadée, ‘’radicalisée au nazisme’’ est plus agressive. Pour se faire comprendre, ils utilisent un petit dictionnaire de traduction.<br /> L’année 1943 est vécue au rythme des évènements de guerre dont les échos retentissent sur la population locale comme par ex la capitulation des nazis à Stalingrad ce qui provoque au sein de la population une sorte de sanctification des 200.000 victimes allemandes de cette célèbre bataille.<br /> De fréquents passages d’avions sillonnent le ciel et menacent de bombardements ; les exilés sont dans ce cas priés de se disperser dans la campagne environnante, ce qu’ils finiront par considérer comme étant un fait distrayant. <br /> Sinon, l’ambiance parmi les déportés est assurément pessimiste, cafard et périodes de blues profond….comme on dit aujourd’hui, le ‘’burn out’’ est plutôt généralisé, ce que l’on comprend aisément!<br /> Le 6 août 1943, un certificat émanant du bourgmestre de Huissignies attestant que Marcel est fils de ferme lui parvient. Ce document est à remettre aux autorités du camp, il pourrait influencer pour obtenir une permission provisoire, le temps que la moisson puisse s’effectuer….malheureusement, la demande sera refusée par les responsables en place.<br /> En octobre 1943, toute la région sera soumise à d’incessants bombardements qui provoquent invariablement la panique au sein de la population locale. Le mois de décembre verra de violents bombardements alliés sur Leipzig, la grande ville proche est en ruine.<br /> Le réveillon du 31 décembre se passe en compagnie de déportés russes, tchèques et polonais qui vivent dans d’autres baraquements<br /> Le 4 janvier 1944, Marcel reçoit un colis de marchandises envoyé de Huissignies le 25 novembre!<br /> Roger Gilgean peut partir 2 semaines en congé mais Marcel doit s’en porter garant; ce qui signifie que si Roger ne revient pas en Allemagne, Marcel ne pourra à son tour partir en congé!<br /> Le 2 février, les bombes pleuvent sur les villages environnants, tout tremble, l’horizon est en feu, un roulement infernal de tonnerre retentit pendant environ 1 heure….<br /> Scène d’apocalypse…heureusement les baraquements ne sont pas la cible de ce bombardement! On leur dit que ces raids menés par les alliés seraient les représailles de bombardements allemands sur Londres.<br /> En plus de son travail quotidien à l’usine et de son rôle de délégué des déportés du baraquement, Marcel est désigné cuistot suite à l’invalidité subite du préposé.<br /> Juin 44, des rumeurs circulent sur un débarquement des alliés en Normandie, le moral de la population locale est au plus bas mais pour la revigorer, les autorités parlent plutôt de bombardements allemands sur Londres avec une nouvelle arme utilisée: les V2.<br /> <br /> Le 1er juillet, ils sont priés de se rendre à Leipzig pour écouter une conférence de Léon Degrelle, le grand leader rexiste wallon. Un souvenir inoubliable pour Marcel et ses compagnons; ils découvrent une bête furieuse vociférant des discours haineux! <br /> En août et septembre, les bombardements alliés sur la région et particulièrement sur Leipzig s’enchaînent pendant que les bonnes nouvelles venant de l’ouest se multiplient: Paris est libéré par les américains, Charleroi, Tournai et Mons et ensuite Bruxelles le sont également.<br /> En novembre, de violents affrontements aériens se produisent entre les chasseurs allemands et anglais, c’est le grand fracas….! Le travail diminue à l’usine faute de combustibles; le chemin de fer allemand est affecté par les bombardements ce qui explique le manque d’approvisionnement.<br /> Après un mois d’inactivité, le travail reprend à la fonderie. Les rations de nourriture diminuent et en outre, les colis ne parviennent plus mais par contre une bonne nouvelle: les troupes russes progressent.<br /> Le 10 avril, la gare de Leipzig est détruite et les chars américains se rapprochent par l’ouest. Les soldats allemands recherchent des tenues civiles, les usines arrêtent de fonctionner, le canon tonne aux portes de Leipzig et cette dernière est déclarée ‘’ville sanitaire’’ pour être épargnée mais Hitler répète que l’Allemagne doit continuer à résister!<br /> Le 11 avril, Marcel et ses compagnons se terrent dans un abri creusé dans le sol ; les chars américains sont tout proches et on entend le bruit des mitrailleuses.<br /> Le 14 avril, ordre est donné aux prisonniers de guerre français d’évacuer; le climat est tendu et quelques heures plus tard, c’est à leur tour de recevoir l’ordre de partir. C’est l’effervescence, en une heure de temps, les bagages sont prêts et placés sur des charrettes à bras. Ils partagent les restes de nourriture et se dirigent tous les étrangers ensemble vers un village où ils logeront dans une salle.<br /> Le lendemain, on ne sait que faire d’eux et pour survivre, ils trouveront un peu de travail chez des maraîchers locaux. Les combats continuent sans cesse, les bombes pleuvent un peu partout.<br /> Le mercredi 18 avril, hourah…un soldat américain se présente à eux…c’est la délivrance après 884 jours d’exil !! <br /> Les habitants des villages sortent des drapeaux blancs, les jeunesses hitlériennes se réfugient dans les bois. Après le déluge des combats de la veille, enfin le calme revient ! L’armée américaine occupe le village et le nettoie!<br /> Marcel et ses compagnons retournent à leur ancien baraquement près de l’usine, ils reçoivent du jambon, une caisse de biscuits et du pain de la boulangerie locale…mais ils sont obligés de rester car l’armée américaine engage la bataille de Leipzig où 1400 d’entre eux furent tués !<br /> Le 23 avril, ils se dirigent à Leipzig où 5000 belges se regroupent.<br /> Le 8 mai, l’Allemagne signe sa reddition à Reims…..c’est la fin officielle de la guerre en Europe.<br /> <br /> Le mardi 23 mai, après 919 jours de déportation, les exilés belges peuvent partir et embarquer sur un train qui se dirigera vers la France et ensuite le Luxembourg. Entrée en Belgique le 27 mai via Arlon, Namur et enfin arrivée à la gare d’Ath le 28 mai.<br /> Ce qui avait commencé en mai 1940, se termine enfin en mai 1945<br /> <strong>Source internet :<br /> <a href="https://huissigniesretro.wordpress.com/category/la-guerre-1940-1945/">https://huissigniesretro.wordpress.com/category/la-guerre-1940-1945/</a><br /> Source photos : idem.</strong></p> Mon, 31 Aug 2020 19:15:01 +0000 Occupée en Europe, revanche en Afrique https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-200+occup-e-en-europe-revanche-en-afrique.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-200+occup-e-en-europe-revanche-en-afrique.php <p style="text-align:justify"><strong>L’Expédition d’Ethiopie</strong><br /> Mise hors de combat sur son propre territoire par des forces et des moyens immensément supérieurs aux siens... la Belgique a traversé toute l'Afrique pour prendre sa revanche sur l'Axe. L'expédition qu'elle a entreprise contre l’Italie sous les tropiques en 1941 révèle de la part de ceux, qui l'on organisée et conduite de si hautes qualités, d'intelligence et d'énergie, elle est si bien dans la tradition Léopoldienne d’héroïsme colonial, que les jeunes de notre époque, lassés de l'égoïsme et de la mesquinerie trop fréquents en Belgique seront fiers en lisant ces lignes qui voudraient retracer simplement à leurs yeux une page d'histoire écrite, sur la terre d'Afrique par un groupe de Belges, officiers et hauts fonctionnaires.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/offensive_en_ethiopie.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Réaliser une randonnée militaire de 4.500 km, sous le soleil d'Afrique à travers la forêt Congolaise, les escarpements de la crête de portage Congo-Nil, les marais et les déserts du Soudan, en maintenant l'ordre et la cohésion dans ses colonnes n'est pas une aventure tellement banale. Mais elle prouve que le Belge, s'il consentait plus souvent à s'élever au dessus de ses petits intérêts personnels et à se soumettre à la rude discipline de la vie au lieu de la critiquer, serait capable de réaliser de grandes choses et sans voler les champs de son voisin, d'amener des bouffées d'air frais dans ses frontières resserrées.<br /> <br /> La présence de l'armée italienne en Ethiopie constituait, on le comprend, une menace grave dirigée contre l'Afrique Centrale, le Soudan, l'Egypte, l'entrée de la Mer Rouge. En particulier le prestige absolument nécessaire de l'Empire Britannique en Egypte, était gravement compromis par le contrôle que l'Italie exerçait sur les eaux du Nil.<br /> Il fallait donc renforcer le prestige britannique en Egypte et éliminer l'Italie d’Ethiopie. <br /> Les troupes britanniques se chargèrent d'expulser les Italiens de la région du lac Tana et du cours supérieur du Nil Bleu, les Belges reçurent pour mission de supprimer la menace qui pesait sur le Nil Blanc.<br /> <br /> <strong>Premier contingent :</strong></p><br /> <p style="text-align:justify"> Le premier bataillon de troupes congolaises s'embarque au Stanley-Pool vers le début de janvier 1941 ; transporté sur 12 cargos de 10 tonnes, il parcourut 1.800 km. sur le Congo et ses affluents jusqu'à Aketi, où la flottille fut mise sur les wagons plats du vicinal du Congo. Huit cents kilomètres plus loin, à Mungbere, tête de ligne, les camions prirent la route et ils gagnèrent Juba, sur le Nil Blanc, à 720 kilomètres au N.E.<br /> <br /> <strong>Vers Asosa :</strong><br /> <br /> Le premier objectif de l'expédition était le centre fortifié d'Asosa, dans une région drainée par le Nil Bleu, à 450 kilomètres au N. du quartier général italien de Saïo.<br /> A Juba on embarque donc la colonne sur les grands bateaux du Nil qui, aidés par le courant atteignent Malakal en 5 jours et s'arrêtent à Mélut. La colonne désormais abandonne le fleuve et cingle vers l'Est à travers le désert brûlant du Soudan. Les camions mettent 2 jours à atteindre Kurnuk. Les King's African Rifles composés d’indigènes de l'Est africain sous les ordres du Col. William Johnson y attendaient déjà les Belges pour passer à l'attaque.<br /> <strong>Attaque d’Asosa :</strong><br /> L'attaque combinée du Col. Johnson et du Niger Herbiet, commandant les troupes Congolaises, se déclenche le 11 mars, exactement six semaines après leur départ du Congo. Elle trouve les Italiens complètement surpris. Ils abandonnent Asosa et poussent vers le Sud pour rejoindre la place de Chidanni à 210 km. de là.<br /> Les pertes Belges furent dues surtout, à la dysenterie et aux refroidissements.<br /> <br /> <strong>Plan du Général Wavell </strong>:<br /> <br /> La chute d'Asosa indiquait la méthode à suivre pour la campagne subséquente des alliés en Éthiopie Occidentale, dans la poussé, britannique sur les eaux supérieures du Nil Bleu, une épisode dans l'offensive générale des forces partant du Kenya, vers la Mer Rouge. Elles poussaient vers Addis-Abeba laissant l'issue vers le Soudan gardée par les Belges, comme seule voie d'évacuation possible pour les Italiens.<br /> Selon les larges conceptions, du général Wavell, les Belges constituaient l'enclume tandis que les troupes Ecossaise, Sud-Africaines, de la Côte de l'Or, au Nigeria et les "patriotes Ethiopiens", étaient les marteaux. Le système d'autostrade rayonnant autour d'Addie Abeba devait fonctionner à la manière d’une cheminée, chassant vers les vallées du Baro et du Solat les Italiens en fuite.<br /> <br /> <strong>D’Asosa à Cambala :</strong><br /> <br /> Après la chute d'Asosa, le bataillon Belge reçut la rude mission de retraverser le désert du Soudan jusqu'à Melut (400 km.) , de remonter le fleuve Nil Blanc jusqu'à sa jonction avec le Sobat et le Bara (500 km.), d'atteindre le pied des montagnes d'Ethiopie et de fermer ainsi l'ouverture de la poche.<br /> Un grave danger existait. La retraite Italienne vers l’Ouest qui se faisait en assez bon ordre, aurait pu, alors que ces troupes étaient encore fortes et bien organisées se transformer en une attaque brusquée contre les positions britanniques du Soudan.<br /> Si les Italiens avaient pu faire en sens inverse la manœuvre que les Belges venaient d'accomplir, et traversant le désert du Soudan s'étaient emparés de l'important aérodrome de Malakal, les Britanniques auraient sans doute été contraints de retirer des troupes de Libye où les Allemands devenaient dangereusement agressifs.<br /> Tout dépendait donc d'un unique bataillon Belge. Il fallait que, sans perdre de sa force combative, il se déplaçât avec une vitesse record sur trois côtés d'un quadrilatère, bordé à l'Est par la frontière Ethiopienne, et, à l'Ouest par le Nil Blanc.<br /> Il devait en outre s'avancer davantage vers l'Est, sur la bute torride de Gambela de manière à prévenir le général Italien Gazjera, qui alarmé par la chute d'Asosa, aurait pu foncer par cette même route sur le Soudan. Il n'y avait donc pas de temps à perdre. Les 700 hommes et quelques 400 porteurs du bataillon firent les 1400 km en 11 jours. C'est-à-dire 11 jours d'enfer pour les hommes tour à tour entassés dans les camions et forcés d'en descendre pour les dégager des sables. Et en cours de route on apprit qu'il ne fallait pas espérer prendre Gambela sans combats.<br /> Entretemps les King's African Rifles qui refoulaient les Italiens vers Ghidanni étaient arrêtés dans leur progression.<br /> <br /> <strong>Assaut de Gambela :</strong><br /> <br /> Tête de navigation sur le Baro, tributaire du Nil Blanc, Gambela est distant de 70 km de Saïo qui la domine de 4000 pieds. (+/-1220 mètres)<br /> L'attaque fut menée vigoureusement contre une défense énergique, mais ne coûta aux Belges que trois fantassins, trois officiers blancs et 15 soldats noirs blessés. Sans souci les Belges repartent vers Saïo à travers un pays chaotique, propre à la guerre d’embuscade, mais dont heureusement les Italiens ne pensant pas à tirer parti.<br /> <br /> <strong>Opérations aux abords de Saïo :</strong><br /> <br /> Renforcés d'une compagnie de mortiers de 80 et d'un second bataillon, les Belges commandés par le Lt. Colone1 Vander Meersch, attaquent le 15 avril. Ils sont 1500 et, 600 porteurs, contre 7000 Italiens. Mais le petit nombre des troupes et les difficultés de la position font échouer l'attaque. Une nouvelle tentative n'est pas plus fructueuse.<br /> <br /> <strong>Situation critique :</strong><br /> <br /> Sur ces entrefaites la saison des pluies (1er mai au 15 juin) transforme en marais la seule route qui traverse la plaine du Soudan. Pendant 6 semaines les communications sont interrompues et la situation devient si grave qu'on doit mettre les troupes à la demi-ration. La chaleur et les moustiques sont intolérable et la disette se fait même si pénible que les officiers ingénieurs utilisent les filets de camouflage pour pêcher dans les rivières.<br /> Enfin vers le début de juin, les routes étant encore impraticables, le niveau des rivières Sobat et Baro se relève assez pour permettre l'arrivée des renforts du Congo.<br /> <br /> <strong>Plusieurs plans :</strong><br /> <br /> Le premier projet fut de couper Saïo de Mogi, ville située à une certaine distance de la première et où se trouvait le parc de camions et le centre d'approvisionnement de l'armée italienne.<br /> Mais pour tenir simultanément le front de Saïo et investir Mogi, les 2.000 Belges opposés aux 8000 Italiens ne pouvaient distraire de leurs effectifs qu'une compagnie et demie, soit 250 hommes.<br /> Malgré leur nombre ridiculement faible ils attaquèrent le 9 juin, conduits par le commandant Pierre Bourameau leurs arrières étant couverts par l'arrivée d'un nouveau bataillon sous les ordres du Major Antoine Dupéroux.<br /> Mais de nouveau les effectifs plus nombreux... et la situation incomparablement plus avantageuse des Italiens font échouer l'attaque directe. En vrai chef humain, le commandant, ne voulant pas faire massacrer ses hommes sans résultat, s'embusque autour de la ville et envoie des patrouilles assaillir la route de Mogi à Saïo. Pour donner aux Italiens l’illusion du nombre, les officiers Belges changent fréquemment la position de leurs pièces d'artillerie.<br /> Le stratagème réussit à tel point que les Italiens pris de peur portent jusqu'à 9000 hommes les effectifs de Mogi.<br /> <br /> <strong>Attaque et prise de Saïo :</strong><br /> <br /> L'arrivée du général major Aug. Gilligert fait abandonner l'action contre Mogi. On décide de concentrer tout l’effort sur Saïo.<br /> Le général Gilligert, grand homme flegmatique, était connu de ses hommes sous le nom de "Kepi". En préparant sur une vaste échelle l'attaque de Saïo, il lui arriva souvent d'aller avec le Col. Martens sur le front des lignes, sous le feu ennemi. Et un officier mitrailleur Italien, apprenant un peu plus tard que son feu avait failli faucher l'Etat-Major Belge, s’étonna que les chefs Congolais allassent jusqu'aux tranchées de premières lignes. « <em>Chez nous, personne au-dessus du grade de capitaine ne vient si loin</em>, dit-il ».<br /> Mais le plan fut préparé avec soin et le 3 juillet à l'aube, l'attaque déclenchée.... et à 1 h 40 de l'après-midi deux voitures italiennes arborant le drapeau blanc descendaient le chemin en lacet qui donnait accès au plateau de Saïo. Le général Gazzera capitulait, neuf généraux, 370 officiers, 2.575 soldats italiens, 3500 indigènes se rendaient à un général belge, 2 colonels et 3 majors commandant une armée que 2.000 porteurs faisaient monter péniblement à 5.000 hommes. Au cours de la campagne, la minuscule armée Belge avait fait 15.000 prisonniers. Ses pertes s'élevaient en tout à 462 hommes blancs et noirs, les trois quarts morts de maladies.<br /> Sources : <br /> Article extrait de « Le Blé qui lève » n° 10 du 25 juin 1945<br /> <a href="https://www.maisondusouvenir.be/belges_ethiopie.php">https://www.maisondusouvenir.be/belges_ethiopie.php</a></p> Tue, 30 Jun 2020 16:15:01 +0000 Les parachutistes S.A.S belges en 1944-1945. https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-196+les-parachutistes-s-a-s-belges-en-1944-1945.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-196+les-parachutistes-s-a-s-belges-en-1944-1945.php <strong>Bataille de Belgique</strong><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/parasasbelgesfreebelgians1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">L’avance alliée vers le nord permet de prévoir la libération prochaine de la Belgique et quatre opérations SAS seront exécutées à partir de la fin du mois d’août sur le sol belge.<br /> Cette libération se déroule plus vite que prévu vers le Brabant. Par contre, l’avance américaine au sud est moins rapide et justifie les Opérations ‘’NOAH’’ (dans la région de GEDINNE), ‘’BRUTUS’’ (région de Durbuy), ‘’BERGBANG’’, dans les environs de Spa. <br /> De plus, dans le secteur Anglais est prévu ‘’CALIBAN’’</p><br /> <br /> <strong>Opération ‘’Noah’’</strong><br /> <p style="text-align:justify">La mission est d’installer dans un premier temps une base forte en territoire français (avec interdiction de pénétrer en Belgique), d’attendre les renforts et, dans un second temps, d’attendre l’ordre de Londres pour passer en force dans les Ardennes belges et travailler avec la Résistance. Le Captitaine BLONDEEL, craignant que cet ordre n’arrive trop tard, donne des instructions au chef du premier Groupe, le Lieutenant P. RENKIN : « sauter en France, mais passer en Belgique et préparer l’arrivée des renforts en évitant tout contact avec l’ennemi. »<br /> Dans la nuit du 15 au 16 août 44, le Lt P. RENKIN et 8 SAS atterrissent à 4 km à l’ouest de La Croix Scaille. Détail amusant, des 9 parachutistes largués, P. RENKIN et C. DE VILLERMONT sont déportés par le vent et dérivent vers les couverts de Franc-Bois. Ils sont donc, involontairement, les premiers alliés à pénétrer en uniforme sur le territoire national.<br /> Les premiers contacts avec le Group D du Secteur V de la Résistance sont pris. Deux jours plus tard, les SAS rejoignent la ‘’Barrière de Mointerne’’ en territoire belge. Mais la zone est peu sûre pour y parachuter les renforts. Le Lt RENKIN décide d’aller vers le nord, dans la région de Gedinne (Groupe C de la Résistance). <br /> Le 29 août, le Captaine BLONDEEL et 6 SAS sautent à l’est de la route Rienne-Vencimont et rejoignent le premier groupe. Les SAS recherchent les meilleurs emplacements d’embuscades.<br /> Le 1er septembre, ils sont rejoints par un troisième Groupe de 16 SAS dirigé par le Lt DEBEFVE.<br /> Commence alors une multitude d’opérations de harcèlement et d’embuscades.<br /> Le 5 septembre, deux jeeps avec leur équipage sont parachutées, ainsi que l’aumonier SAS JOURDAIN, le Médecin J. LIMBOSCH, D. FRISON, M. ONGENA et 25 containers.<br /> Le lendemain, la jonction avec l’armée américaine a lieu. Mais les SAS ont déjà la mission de participer à l’opération ‘’Brutus’’.</p><br /> <br /> <strong>Opération ‘’Brutus’’</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans la nuit du 1 au 2 septembre, l’officier de liaison de la Brigade SAS, le Major FRASER, est parachuté à Somme-Leuze, accompagné du Lt Ch MATHYS et des Caporaux C. BARETTE et M. DEMERY . Le but de cette mission est de sonder la Résistance locale dans l’intention de réaliser une grande opération aéroportée dans le sud de la Belgique. Le 6 septembre, 1 jeep et 9 hommes sont parachutés à BOIS-ST-JEAN.<br /> Le 9 septembre, 2 autres jeep’s sont larguées ainsi que le Capt J. DULAIT, l’Adjt R. GROENEWOUT, le 1SgtMaj B. SCHILS, le Sgt J. DOOME et les Sdt A. DE LISON et J. FRAIX. Cette même journée, ils ont à subir une attaque allemande. Bilan : 8 allemands tués et de nombreux blessés. Le Sdt SAS J. LOX est tué et le Lt TINCHANT blessé.</p><br /> <br /> <strong>Opération ‘’BERGBANG’’</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le 2 septembre, le Cdt J. CASSART et 4 SAS doivent être parachutés à SOLWASTER, mais préfèrent la DZ de Somme-Leuze. En rejoignant Solwaster (près de Jalhay en Belgique), ils tombent sur un groupe d’une quinzaine d’allemands. Un officier de la Résistance est tué et le Cdt CASSART est fait prisonnier, mais il parvient à s’évader lors d’une embuscade tendue par des maquisards. Il rejoint son groupe. Ils rejoignent la ferme de Bronromme, sur les hauteurs de Spa où le parachutage des renforts est prévu pour le 5 septembre.<br /> Mais le Lt VAN DER HEYDEN et 10 SAS sont largués….. plus loin et découvrent qu’ils sont à 3 km de Monschau. (Montjoie en Allemagne)<br /> Ils sont les premiers alliés à pénétrer en uniforme en Allemagne !<br /> Après avoir franchi de nuit les obstacles de la ligne Siegfried et progressé prudemment, le squad de VAN DER HEYDEN arrive à SOLWASTER le 9.<br /> Les contacts sont établis avec la Résistance. Ils organisent une embuscade au nord de SART-LEZ-SPA. Cette opération permet de détruire 2 véhicules et de mettre hors de combat plusieurs allemands parmi lesquels des officiers. Cette attaque a un impact psychologique important sur le bataillon SS qui occupe le secteur. Dans l’heure qui suit, l’unité se replie sur l’Allemagne.<br /> Le 9 septembre dans la soirée, le Lt HEILPORN saute avec son squad à la ferme de Bronromme. Le Sgt PUS sur la DZ de Solwaster. Les 3 jours qui suivent, ces deux groupes avec la Résistance (Groupe 44 – ‘’Chevreuil’’) accomplissent une série de missions de reconnaissance dans la région de Spa, contactent les avant-gardes américaines et accrochent les arrières gardes allemandes en faisant de nombreux prisonniers.</p><br /> <br /> <strong>Opération ‘’Caliban’’</strong><br /> <p style="text-align:justify">L’opération Caliban a lieu dans le Limbourg belge. C’est une mission de harcèlement, mais surtout de renseignement. Il est capital pour les Alliés de connaître les intentions ennemies au-delà du Canal Albert. Dans la nuit du 5 au 6 septembre 44, le Lt F. LIMBOSCH et 13 SAS sont droppés au sud-ouest de Peer. Le Lt J. GHYS et 10 SAS au nord-est de Meeuwen.<br /> Une série de patrouilles sont envoyées directement dans la zone Peer-Bree. La zone est très peu occupée par l’ennemi, le commandement de Londres peut donc se faire une idée rassurante de la situation dans la région.<br /> Le 7 septembre, la Résistance leur apporte qu’une avant garde de la 2ème Armée Britannique a établi une tête de pont au-delà du Canal Albert et s’approche d’Helchteren.<br /> Le 8, les SAS décident de monter une embuscade sur la route d’Helchteren à Bree, mais ils constatent qu’au lieu de fuyards se dirigeant vers l’est, ce sont des milliers de SS et parachutistes qui montent vers l’ouest dans un mouvement de contre-attaque.<br /> Le Lt LIMBOSCH part avec un guide du maquis en direction de Linde pour obtenir plus de renseignements sur l’ennemi. En traversant un bois, ils aperçoivent 2 postes de mitrailleuses ennemies. Une fusillade éclate. Deux jours plus tard, les résistants découvrent le Lt LIMBOSCH atteint de plusieurs balles, ses armes à côté de lui, les chargeurs vides…. <br /> Le 10 septembre, les SAS voient leur camp attaqué mais ils parviennent à se dégager. Le Squad du Sgt J. MELSENS est prit à partie par une batterie d’artillerie au nord de Bocholt. Le Sgt MELSENS est tué, une cinquantaine d’allemands sont touchés.<br /> Le 11 septembre, les britanniques s’emparent de Peer et réalisent la jonction avec les parachutistes.<br /> Ainsi s’achève la dernière opération en Belgique. (bien que les paras opéreront encore en Belgique durant la ‘’Bataille des Ardennes’’</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/parasasbelgesfreebelgians2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">D'autres opérations auront encore lieu et notamment en Ardennes belge (lors de la Batailles des Ardennes en 1944), en Hollande (avant ‘’Market Garden’’) et en Allemagne en 1945<br /> Le 8 mai 1945, ils apprennent la capitulation de l’Allemagne nazie.<br /> Pour les SAS, la tâche n’est pas finie. Ils se voient confier une mission de contre-intelligence.<br /> Répartis en une vingtaine d’équipes motorisées, pendant 6 semaines, c’est la chasse aux nazis en collaboration avec le ‘’Field Security Police’’. L’escadron B arrêtera entre autre, tout le gouvernement de Doenitz et de Von Ribbentrop.<br /> Début juillet, après un an d’opérations, le Régiment tout entier regagne sa base à Tervuren. <br /> <br /> Note :<br /> DZ= Drop Zone (Zone de parachutage)<br /> Field Security Police (appartenant à l’Intelligence Service et sorte de Police Militaire)<br /> <br /> Source Internet :<br /> <a href="http://www.brigade-piron.be/paras-cdo/zy-Parachutistes_fr.html">http://www.brigade-piron.be/paras-cdo/zy-Parachutistes_fr.html</a><br /> Sources iconographiques :<br /> <a href="http://www.brigade-piron.be/paras-cdo/zy-Parachutistes_fr.html">http://www.brigade-piron.be/paras-cdo/zy-Parachutistes_fr.html</a></p> Sat, 29 Feb 2020 20:50:01 +0000 Mémoires de Claude Cocriamont – Brigade Libération. https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-192+m-moires-de-claude-cocriamont-brigade-lib-ration.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-192+m-moires-de-claude-cocriamont-brigade-lib-ration.php <p style="text-align:center"><br /> <img src="https://www.freebelgians.be/upload/cocriamont_claude_freebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Claude COCRIAMONT n'a pas encore 17 ans lors de l'invasion allemande du 10 mai 1940.<br /> Aussi, va-t-il être parmi les premiers à rejoindre l'Angleterre et servir la Brigade.<br /> Durant toutes les campagnes, il sera le Chef de la 2ème Section du 5ème Peloton d'Assaut du Lieutenant THUMAS (3ème Unité Motorisée du Major NOWE).<br /> <strong>Voici ci-dessous ses mémoires 1940-1945</strong> <br /> Le 10 mai 1940, le jour de l’horreur, les Allemands ont envahi la Belgique, la guerre est déclarée.<br /> Suite à la demande de l’administration communale, il est recommandé aux jeunes de 16 à 35 ans de se rendre à Ypres en vue d’être expédiés dans le sud de la France (Toulouse), sans aucun commentaire.<br /> Comme j’allais avoir 17 ans le 20 mai, mes parents, après beaucoup de discussions m’ont demandé si je voulais partir. Ce fut une chose terrible à décider, mais pour ne pas partir en Allemagne comme travailleur obligatoire, j’ai décidé de partir.<br /> Le 13 mai 1940 à 18 heures, je m’embarquais dans un train à charbon à la gare de Charleroi. Des centaines de jeunes gens attendaient le départ pour Ypres.<br /> Ma mère qui m’avait apprêté mon sac à dos et mis une couverture rose sur le dessus du sac aurait été bien triste de la voir car une demi heure après être resté dans le wagon, ma couverture était devenue noire…<br /> Durant tout le trajet pour Ypres, nous avons été mitraillés plusieurs fois. Environ 10 heures après notre départ, nous sommes arrivés à destination. Sur la place de Ypres se trouvaient des centaines de jeunes qui attendaient des ordres …<br /> Après avoir attendu 3 heures, je me décidai avec 3 jeunes, de partir vers la frontière française. Après avoir fait des kilomètres à pied et en camion, nous sommes arrivés près d’une gare dont je ne me souviens pas du nom. Il y avait un train bondé. J’ai demandé où le train allait. Après avoir consulté le chef de gare, il m’a répondu que la destination était Bordeaux, sauf contre ordre.<br /> Nous avons roulé des heures et pour finir, nous sommes arrivés à Arras. Quelques minutes après notre arrivée, les avions allemands ont commencé à mitrailler et puis ils ont lâché des bombes. Voyant cela, je me suis sauvé à toute vitesse et quelques minutes après, le train était pulvérisé.<br /> J’avais perdu mon sac à dos contenant mes effets ainsi que mes papiers et carte d’identité.<br /> Nous avons attendu plusieurs heures et je me suis adressé à un garde pour savoir s’il n’y avait pas un train en partance pour le sud de la France. Le garde, très gentil, m’a répondu qu’un train se formait pour Bordeaux (sauf contre ordre…). Après avoir attendu plusieurs heures, le train partait. Nous avons roulé des heures et à notre grande surprise et celle de tous les voyageurs, le train a stoppé et nous avons vu des militaires anglais qui nous attendaient avec leurs camions. Nous avons été obligés de monter dans les camions et ils nous ont débarqués près d’un port, c’était Cherbourg.<br /> Après que tout le monde était monté sur le bateau, il se mit en route vers une destination inconnue. Nous sommes restés 6 heures pour faire la traversée. Nous avons débarqué et des cars nous attendaient pour nous conduire dans un stade. Je suis resté 11 jours dans ce stade et durant ce temps, des officiers nous demandaient des renseignements sur notre voyage. Comme je n’avais plus de papiers d’identité, j’étais suspect. J’ai du raconter tout mon voyage plusieurs fois. Après être resté 11 jours dans ce stade, les officiers anglais ont décidé de me mettre dans une maison civile comme réfugié. Je me suis retrouvé à Ruislip ( ??). Les habitants étaient très gentils et en plus, il y avait une jeune fille de 17 ans. J’ai été très gâté et je dois encore remercier ces braves gens.<br /> Après être resté 3 semaines chez eux, un malheur allait s’abattre sur moi. Un jour, dans le courant de la soirée, la Military-Police s’est présentée à cette maison et ils m’ont demandé de les suivre au bureau de police. Comme je ne connaissais pas l’anglais, ils ont du faire appel à un traducteur. Celui-ci m’a demandé pourquoi j’allais voir les avions atterrir et décoller. J’ai répondu que c’était pour passer mon temps. Je crois qu’ils m’ont pris pour un espion. L’inspecteur m’a dit que j’allais être transféré dans une autre ville (Kenton) et là, malheur, je suis tombé dans une pension de Polonais. Pour déjeuner, j’avais une demi banane et une tartine. Pour dîner, des rutabagas, des feuilles de choux et des morceaux de gras de mouton. Le soir, j’avais le restant de la banane et une tartine.<br /> Etant donné que je n’avais plus qu’un pantalon troué et des souliers troués, je me présentais dans une sorte de CPAS (Centre Publique d'Aide Sociale) pour recevoir de quoi m’habiller. Mais comme j’étais encore gamin, je ne savais rien obtenir, j’étais toujours renvoyé. J’oublie de dire qu’il m’était interdit de travailler car j’étais réfugié.<br /> Vu cela, je me suis présenté dans un chantier où l’on fabriquait des abris en béton. Après avoir expliqué au patron, comme je pouvais, que je crevais de faim, il m’a engagé en fraude pour terrasser. J’étais heureux de pouvoir gagner un peu d’argent, mais le patron m’avait prévenu qu’il ne pouvait pas me prendre car c’était interdit.<br /> Après une semaine de travail, je n’en pouvais plus, mes mains étaient en lambeaux et j’ai du abandonner.<br /> Quelques jours après, j’ai rencontré un gentil monsieur qui m’a dit que je pouvais peut-être travailler en fraude dans une fabrique de papier. Effectivement, ce monsieur a fait le nécessaire et je suis rentré pour travailler. Hélas, après 5 jours, j’ai été dénoncé et j’ai du quitter avec regrets.<br /> Dans les jours qui suivirent, j’ai eu l’occasion de rencontrer un militaire français qui m’a dit que l’armée française (De Gaulle) engageait des hommes âgés de 18 ans minimum. Je me suis décidé d’aller voir. J’avais peur car je n’avais que 17 ans et n’avais plus de carte d’identité. Je me suis rendu auprès de l’armée française et après une longue conversation avec le capitaine, il m’a dit qu’il était heureux de me recevoir dans son armée (je lui avais dit que j’avais eu 18 ans le 20 mai).<br /> Hélas, une semaine après mon engagement, j’ai été rappelé chez le capitaine qui m’a dit qu’il ne pouvait pas me garder car je n’avais que 17 ans, mais il m’a proposé de me rendre dans l’armée belge qui se formait à Tenby, à 250 km. Je n’ai jamais su comment il avait appris que je n’avais que 17 ans.<br /> Comme je ne savais pas parler l’anglais, ce capitaine a décidé qu’il me ferait accompagner par un de ses soldats pour me rendre à Tenby.<br /> Comme convenu, 2 jours plus tard, je remettais mes habits militaires et nous partons à Tenby.<br /> Arrivé à destination le soir, nous avons cherché dans toute la ville où se trouvaient les volontaires belges et ce fut après de longues heures que nous avons trouvé une grosse maison occupée par des soldats belges. Ils dormaient sur de la paille et c’est là que débuta mon engagement. Il y avait environ 150 à 200 soldats et j’ai reçu le matricule 0678.<br /> De jours en jours, l’armée belge s’est formée pour atteindre 2500 hommes. Nous étions commandés par le Major CUMONT et ensuite par le Colonel PIRON.<br /> J’ai été engagé en septembre 1940 dans l’infanterie et ensuite dans le peloton d’assaut. J’ai été nommé sergent au 5ème Peloton, 3ème Compagnie. Je commandais une section de 10 légionnaires qui avaient la réputation de grands guerriers.<br /> Voici les villes où j’ai été cantonné : TENBY – PENNALY – HAVENFORWEST – CARMARTHEN – LOWESTOF – CAMBRIDGE.<br /> Débarquement le 8 août 1944 à COURSEUILLES (ARROMANCHES)<br /> « Délivré » SALLENELLES – MERVILLE – CABOURG – HOULGATE – VILLERS SUR MER – BLONVILLE - RANVILLE – DEAUVILLE – TROUVILLE – HONFLEUR.<br /> Après avoir délivré ces villes, un ordre nous est donné, il faut partir pour la libération de Bruxelles.<br /> </p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/cocriamont_freebelgians2.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:justify"><br /> Nous avons traversé la France et sommes arrivés à la frontière belge à Rongy.<br /> Après la libération de Bruxelles, le Général PIRON nous a donné 3 jours de congé pour rendre visite à nos parents.<br /> Dès le retour à la Brigade, nous sommes repartis au front vers BOURG-LEOPOLD, MAASEIK, THORN et le Canal de WESSEM en Hollande.<br /> Je n’ai pas pu me rendre en Allemagne car j’ai été blessé à KINROOY et transporté à l’hôpital Saint-Jean à Bruxelles.<br /> En fonction de mes blessures, je ne pouvais plus combattre et j’ai été transféré à JODOIGNE comme sergent instructeur aux futurs sous lieutenants.<br /> J’ai été démobilisé en septembre 1945.<br /> Quand j’étais en Angleterre, j’ai fait la connaissance de 2 frères (Rouilly) dont le papa travaillait à l’Ambassade à Londres. Ils m’ont fait d’énormes plaisirs. Je retournais en congé chez eux.<br /> Ma mère a reçu l’annonce de mon décès 11 mois après mon départ de Belgique. Il est probable que l’on a retrouvé mes papiers qui avaient été perdus lors du bombardement de Arras…<br /> J’ai pu lui faire parvenir un télégramme par la Croix Rouge quand j’étais en Angleterre (vers 1943).</p><br /> <br /> <strong>Sources Internet</strong> : <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm</a><br /> <strong>Sources iconographiques</strong> : <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_cocriamont.htm</a> Thu, 31 Oct 2019 16:22:01 +0000 Le lieutenant-colonel Adrien Van den Brandt.- Combattant 14-18 et 40-45 https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-188+le-lieutenant-colonel-adrien-van-den-brandt-combattant-14-18-et-40-45.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-188+le-lieutenant-colonel-adrien-van-den-brandt-combattant-14-18-et-40-45.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/van_den_brandt_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Né à Turnhout le 9 mai 1892, Adrien Van den Brandt est décédé à Mons le 24 septembre 1949 et plusieurs anciens du 10 Fus (Bataillon de Fusiliers Belges) assistèrent le 28 septembre aux funérailles de leur prestigieux Chef de corps. Trente ans avant eux, le 21 septembre 1914, il était volontaire !! <br /> La guerre était déclarée et, conscient de ses devoirs, il choisit de rejoindre l'armée belge plutôt que de poursuivre ses études à l'université de Louvain. Incorporé dans l'infanterie, caporal le 24 novembre 1914, sergent le 17 janvier 1915, il est nommé sous-lieutenant auxiliaire le 27 janvier 1918 et, exactement six mois plus tard, sous-lieutenant de réserve. Cet officier, patrouilleur au 2° bataillon du I° Chasseurs à Pied puis au 5° Chasseurs à Pied, a des états de services exemplaires. Il est fait Chevalier de l'Ordre de la Couronne avec attribution de la Croix de Guerre "pour le courage et la bravoure dont il a fait preuve au cours d'une expédition de nuit qui lui a permis d'occuper un poste ennemi". Et la citation dont il est l'objet précise encore : "Excellent officier sous tous les rapports, très brillante attitude au feu, s'est remarquablement comporté lors du raid du 4 juillet 1918. Grâce à l'intelligence des dispositions de détail prises, à l'audace et à l'entrain de l'exécution, termine sa mission sans subir de pertes et en ramenant 13 prisonniers. Officier de toute première valeur, se présentant toujours pour les missions les plus dangereuses, faisant preuve en toutes circonstances d'un dévouement et d'une bravoure remarquables. Vient de se distinguer à nouveau le 30 octobre 1918 à la tête d'une reconnaissance offensive vers le château de Ronsele, progressant sous les feux convergents de mitrailleuses et donnant à ses hommes le plus bel exemple de mépris du danger. Au front depuis 44 mois."<br /> A ce moment, le sous-lieutenant Van den Brandt est chef de peloton à la... 10°Cie du 3°bataillon du 5°régiment de Chasseurs à Pied. Après l'armistice du 11 novembre et l'occupation de la Ruhr, il rejoint la garnison de Mons, y fera d'ailleurs la connaissance de sa compagne qui lui donnera cinq enfants (deux fils et trois filles). Lieutenant de réserve le 21 septembre 1919, il est admis le 13 avril 1920 dans les cadres actifs, est nommé capitaine le 31 décembre 1929, capitaine-commandant le 26 mars 1935, commissionné « pour exercer l'emploi de major », le 26 mars 1940</p>. <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/van_den_brandt_2.jpg" alt="" class="valign_" /><br /> Prise d’armes sur la Grand’ place de Mons</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">En mai de cette année-là, c'est à nouveau la guerre. Le major Van den Brandt commande le 2°bataillon du 1er Chasseurs à Pied. Sa conduite est à nouveau digne d'éloges et, après le conflit, le général allemand Schaumburg, commandant la 225.I.D. allemande tiendra à souligner l'échec subi par ses troupes devant celles du major Van den Brandt. Ce dernier recevra la Croix de guerre de 1940 pour "a fait preuve de bravoure et d'opiniâtreté dans l'accomplissement des missions prescrites. A été l'âme de la défense du saillant de Nevele attaqué par l'Est et le Sud, a organisé une défense pied à pied par l'occupation successive des éléments de l'agglomération et ne s'est replié que par ordre après un combat de 48 h au cours duquel il fit subir de lourdes pertes à l'ennemi". "Pour sa contre-attaque rapide et décidée, avoir repris et réoccupé la localité de Nevele privée de défenseurs par le repli d'une unité voisine", le 2° bataillon du 1° Chasseurs fut lui-même cité à l'ordre du jour pour "sa résistance opiniâtre et efficace... au cours des 25, 26 et 27 mai 1940... <br /> faisant subir des pertes sévères à l'assaillant et lui interdisant énergiquement l'enveloppement de la position". A la capitulation de l'armée le 28 mai 1940, le major Van den Brandt est fait prisonnier. Une maladie contractée dans les tranchées lors de la première guerre — il en mourra d'ailleurs en 1949 — s'aggrave pendant son internement à l'Oflag IIIB. Il est rapatrié le 18 février 1941. Ses ennuis commencent avec l'occupant qui l'enferme comme otage à la forteresse de Huy. <br /> Il recouvre la liberté, échappe de peu, en se cachant chez un voisin, à une nouvelle arrestation. Car depuis le 1er avril 1941 et bien qu'il reste souffrant le major Van den Brandt est dans la Résistance. Il sera le commandant en chef du secteur A de la Zone I de l'Armée Secrète. Il gagne le maquis dès le 17 mai 1943. Il sera ainsi ouvrier de ferme à Neufvilles (Soignies) et domestique chez les RRPP Rédemptoristes à Sirault, ce « camouflage » n'empêchant évidemment pas l'action, les déplacements, les réunions clandestines, les rapports à transmettre. Les combats de la Libération terminés, le major Van den Brandt se met à nouveau au service de l'armée. Dès le 7 décembre il est désigné comme commandant en second du 10 Fus dont il devient chef de corps effectif à partir du 27 février 1945. La campagne d'Allemagne à laquelle il participe avec son unité lui vaudra d'ajouter une seconde palme à sa croix de guerre de 1940 "pour le courage dont il a fait preuve à la tête du 10° bataillon de fusiliers, lors de la campagne d'Allemagne (Moniteur du 26 au 28 novembre 1947). Il recevra en outre la "Bronze Star Medal" pour sa participation aux opérations militaires, en qualité de commandant du 10° bataillon belge de fusiliers. "Conducteur d'hommes éclairé, dit la citation, le major Van den Brandt mena ses troupes à travers le Luxembourg et l'Allemagne pendant la contre-offensive de printemps de l'armée américaine. Ces troupes s'y distinguèrent, avec la 3° armée américaine par leur bravoure et leur endurance. Le courage du major Van den Brandt, sa compréhension du devoir et son exemple intrépide sont dignes de tous les éloges et rejaillissent à la fois sur lui-même et sur les forces alliées." Après la dissolution du 10 Fus, le major Van den Brandt est affecté, le 1er octobre 1945, à l'État-major de la 3° circonscription militaire à Liège. <br /> Promu lieutenant-colonel en 1946, il prend cette année-là sa retraite. Commandeur de la Couronne, détenteur de sept chevrons de front. Tel était le lieutenant-colonel Van den Brandt, un chef aimé.<br /> <br /> Les bataillons de fusiliers belges 1944-1945<br /> F = Francophone, V= néerlandophone, Bil = bilingue, <br /> Leur affectation est soit le 21st British Army Group = B, soit le 12th U.S. Army group = A avec, dans ce dernier cas, l’indication de l’armée américaine (par exemple A3 = 3rd U.S. Army)<br /> En premier lieu vous trouverez le lieu et la date de constitution, en dernier lieu il s’agit de la date de la dissolution du bataillon<br /> Ces bataillons constitueront la nouvelle armée belge.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/van_den_brandt_3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <span style="text-decoration: underline;">Sources bibliographique et iconographiques :</span><br /> ‘’Dans la foulée de Patton’’ par Pierre Erculisse et Roger Rosart paru aux Editions André Boland 1985. Sun, 30 Jun 2019 10:06:03 +0000 LE SOLDAT JEAN SARTORI - 18 AVRIL 1945 https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-177+le-soldat-jean-sartori-18-avril-1945.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-177+le-soldat-jean-sartori-18-avril-1945.php <p style="text-align:center">LE SOLDAT JEAN SARTORI LORS DE LA PATROUILLE D’OPHEUSDEN DU 18 AVRIL 1945.<br /> <br /> </p><p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sartori_jeanclipimage002.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Jean SARTORI</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Dans les années 1920, une modeste maison située rue Malgagnée, à quelques mètres de la rue Haute Préalle, abritait la famille Sartori.<br /> Ce ménage sans histoire jouissait de la considération des habitants de l’endroit. Une fille et trois garçons comblaient de joie des parents travailleurs, soucieux de l’avenir de leurs enfants.<br /> Le bonheur ne fut hélas que de courte durée !<br /> Au décès de maman Sartori, la grande sœur, sacrifiant sa jeunesse, remplit auprès de ses frères un rôle trop tôt abandonné par la disparue. L’aînée fera de ses cadets des hommes !...<br /> Des hommes qui, au cours du deuxième conflit mondial, accompliront au sein de divers mouvements de résistance les missions les plus audacieuses. Jean Sartori, le benjamin, a accepté de réveiller pour nous des faits douloureux qu’il voudrait oublier mais qui restent à jamais gravés dans sa chair et dans sa mémoire. Il précise qu’au début des hostilités, ses frères et lui ne ressentaient aucun penchant pour les aventures guerrières, aucun enthousiasme pour la gloire dont rêvait, à l’époque, la jeune génération. Ils étaient tout simplement des patriotes.<br /> Le héros de notre histoire raconte :<br /> « A la déclaration de la guerre, j’ai dix-huit ans. Nicolas et François, mes deux frères, sont mobilisés.<br /> Libéré après la campagne des dix-huit jours, Nicolas milite dans les rangs du Front de l’Indépendance.<br /> François, après la reddition, entre dans la clandestinité avec pour mission spéciale la fourniture d’armes. Trapéziste de grand talent et membre de la société de gymnastique herstalienne « Le Palmier », il était très populaire dans la commune. Arrêté par les Allemands en 1943, au café du Marronnier place Maghin, il ne revint jamais. Depuis, la seule nouvelle reçue le concernant est une présomption de décès à Buchenwald. Ce fait fut confirmé après la guerre par un prisonnier politique de Seraing qui avait partagé sa détention dans le même camp de concentration.<br /> En 1941, je travaille à la fabrique d’armes PIEPER (usine située rue Petite Foxhalle approximativement à l’emplacement de l’actuelle rue des Armuriers), répondant ainsi aux sollicitations de M. Delchef qui, à l’intérieur de cette entreprise, a formé un groupe de résistants spécialisé en matière de sabotage.<br /> Une de nos premières réalisations est la fondation d’un journal clandestin « L’Etincelle » qui paraissait régulièrement et dont la rédaction avait été confiée à des personnes compétentes.<br /> Une boîte aux lettres était établie au domicile d’une institutrice.<br /> Les actions de notre mouvement admirablement structuré et très efficace créent de sérieuses perturbations dans le fonctionnement normal de l’usine et, de ce fait, ralentissent considérablement la production. Mais la Gestapo est sur place et enquête. Un grave accident me sauve probablement la vie. Durant ma longue convalescence, M. Delchef et M. Peterman sont arrêtés lors d’une rafle effectuée à l’intérieur de l’usine. Ils seront fusillés le 5 août 1942.<br /> Le groupe Delchef démantelé, je rejoins jusqu’à la libération celui de M. Namotte.<br /> Quand je reprends le travail, je suis convoqué par le chef de la Gestapo Damave, placé sous le contrôle de la commission militaire et constamment surveillé.<br /> Après le débarquement allié, la police allemande m’enferme au blockhaus Pieper situé dans les caves de l’usine.<br /> Une nuit, vers 23 heures, Damave, ouvrant la porte de ma cellule, me prie de « foutre le camp » et me demande de ne pas oublier que je lui dois ma libération. Lorsqu’il passera devant le Conseil de guerre, Damave, pour sa défense, fera mention de ma mise en liberté, signalant qu’en me tirant des griffes de la Gestapo, il m’a sauvé la vie, ce que je confirmai devant la Cour. A l’arrivée des troupes américaines, je m’engage. Volontaire de guerre, je suis versé à la Brigade Piron.<br /> Après une courte instruction à Tamise, départ pour la Hollande suivi de la montée au front entre Arnhem et Nimègue. Là-bas, les événements qui survinrent me valurent le surnom de « mort-vivant » de la Brigade Piron.<br /> Le 18 avril 1945, j’étais soldat, volontaire de guerre, fusilier au 1er peloton de la compagnie C du III° bataillon de la Brigade Piron.<br /> Ce jour-là, tôt matin, ce bataillon, commandé par le major Maurice PONCELET, attaqua avec l’appui de chars canadiens Sherman les troupes allemandes et SS hollandais) qui occupaient les localités hollandaises. HEUSDEN et OPHEUSDEN, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de ARNHEM et de NIMEGUE ! Au début de l’après-midi, nous occupions ces localités d’où l’ennemi s’enfuit. La poursuite fut entamée jusqu’à ce qu’un champ de mines l’arrête.<br /> A 18 heures, mon commandant de compagnie, le capitaine André GOORMANDS communiqua à mon peloton l’ordre de partir en patrouille. Cette patrouille était commandée par le lieutenant Albert DEWAELE. La mission était de reconnaître le terrain et d’assurer la sécurité d’une reconnaissance d’officiers de chars.<br /> Le point de départ était un passage à niveau à la périphérie de la localité. L’itinéraire était une route droite, sans arbres, longeant une voie de chemin de fer, et aboutissant après deux kilomètres à une digue, point extrême à atteindre.<br /> Le dispositif était :<br /> - 2 éclaireurs (le soldat Jean ORBAN et moi)<br /> - 1 section (sergent Robert STAS) du 1er peloton<br /> - 1 major canadien<br /> - 1 équipe de déminage dirigée par le lieutenant Georges DARIMONT<br /> - 1 char Sherman avec le lieutenant James MUNDAY<br /> - HQ du 1er peloton<br /> - 2 sections du 1er peloton.<br /> Etant le premier éclaireur, je me trouvais en tête attendant l’ordre de départ. Je regardais la colonne se former. Les officiers donnaient leurs dernières instructions. Mais je me rendis compte que c’était sérieux quand je vis le 1er sergent Georges VERBRUGGE bourrer les poches des fusiliers de toutes les grenades fumigènes qu’il était possible d’emporter. Il répétait : « Vous n’en aurez jamais de trop. » Il avait l’expérience de l’ancien légionnaire. Nous sentions qu’il nous aimait. Il contribuait au formidable esprit d’équipe que nous avions. Emporter un maximum de fumigènes était indispensable. En effet, progresser sur une route droite, complètement dégagée et minée, aboutissant à une ligne de fortins (la « Grebbelinie »), peut-être occupés, était extrêmement dangereux. Vers 18 h 30, avant <br /> de donner le signal de départ, le lieutenant DEWAELE me fit ses dernières recommandations.</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sartori_jeanclipimage004_plan.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Nous avons progressé sur environ deux kilomètres. Il y avait à gauche de la route quelques maisons isolées, en retrait, vides. Je levais le bras et tous s’arrêtaient. Je visitais. Pas de danger. Un signal et on repartait. Le lieutenant DEWAELE avait ordonné le départ aux deux éclaireurs de tête, Jean ORBAN et moi, et de progresser alternativement, l’un observant et redoublant d’attention pendant que l’autre se déplaçait.<br /> Nous n’avons pas pu agir ainsi parce qu’un major canadien du Canadian Armoured Regiment qui accompagnait la patrouille me fit signe d’accélérer. C’est ainsi que je fus en tête jusqu’au point extrême à atteindre. La distance de sécurité entre les deux éclaireurs et le gros de la patrouille au départ diminua progressivement.<br /> On arriva à hauteur de la dernière maison à notre gauche. Elle était en ruine : quelques pans de mur et un tas de briques. Encore 200 mètres et la route nous conduisit à une digue d’environ 3 mètres de hauteur. Au pied de la digue, un fortin se dresse, menaçant. Nous étions devant un des éléments de la GREBBELINIE, ancienne ligne de fortification hollandaise. Plus tard, j’ai su qu’il y avait eu une communication radio entre le capitaine GOORMANS et le major PONCELET. Celui-ci a été d’accord pour que la patrouille continue, mais de n’engager que les éclaireurs. Un regard en arrière, un signe en avant et on continue.<br /> Arrivé à hauteur du fortin, la porte ouverte montrait qu’il était inoccupé. J’ai alors escaladé la digue et traversé un passage à niveau. Devant moi se dresse la <br /> gare de KESTEREN.</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/sartori_jeanclipimage010_gare_de_kesteren.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">La gare de Kesteren en 1945</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Un peu en avant de la gare, plusieurs wagons. Au moment où je me dirigeais vers le premier de ces wagons, situé à une vingtaine de mètres, j’ai entendu des voix s’exprimant en allemand. Je me suis arrêté sur le bord de la route, mis un genou à terre et entrai en communication avec le deuxième éclaireur Jean ORBAN qui était a pied de la digue. Le sergent STAS ayant rejoint ORBAN sommait l’ennemi de se rendre. Pendant ce temps, le lieutenant DEWAELE dispersait ses fusiliers et installait ses Brens et son mortier en position de tir.<br /> Brusquement, du wagon le plus proche, qui était en réalité un poste de tir camouflé, une mitrailleuse a ouvert le feu dans ma direction. Dans le même temps, je plongeais dans le fossé et roulais sur le dos. De là, je pouvais voir mes camarades manœuvrer sous un feu d’enfer car la digue qui semblait inoccupée s’enflammait. Elle était en réalité truffée de casemates et de fortins. Les wagons et les bâtiments à moitié détruits étaient autant de créneaux de tir.<br /> Le Sherman du lieutenant MUNDAY sera touché de plusieurs coups directs sans subir de dégâts importants, protégé par l’épaisseur supplémentaire de chenilles soudées à des endroits choisis de la carcasse.<br /> Le lieutenant DEWAELE fait tirer son mortier de 2 pouces, ses 3 Brens et les fusiliers sur les objectifs qui apparaissent et sur les embrasures des fortins. <br /> Le char tire au canon et avec toutes ses armes automatiques. Cette puissance de feu de la patrouille et le courage de ses hommes éviteront l’encerclement et l’anéantissement. Les Allemands font donner leur artillerie, surtout leurs 88.<br /> Pour ma part, la dernière chose dont je me souviens, c’est le caporal Adolphe BROEKART (devenu sergent ensuite) qui courait à découvert pour alimenter les Brens en chargeurs. On a aussi crié que le soldat Albert LORY, tireur du Bren le plus avancé était touché. Il y eut une explosion près de moi. Je perdis connaissance.<br /> Quand je revins à moi, j’étais couche dans le fossé que je partageais avec le cadavre d’un veau. C’était la nuit et tout était calme. Puis j’entendis des bruits de pas résonner sur une passerelle, des voix et deux Allemands se diriger vers moi. Incapable de bouger, je fis le mort. L’un d’eux est descendu dans le fossé, a parlé à son compagnon, m’a enjambé, et les deux hommes ont repris leur ronde.<br /> Ensuite, il y eut un terrible bombardement qui dura une partie de la nuit.<br /> Les obus explosaient tout autour de moi. Quand le calme fut revenu, j’entendis à nouveau les bruits de pas et de voix. C’était une patrouille d’une trentaine d’hommes chargés de matériel. Elle passa à un mètre de moi. La nuit était très claire. Les Allemands pouvaient voir mon corps couché au fond du fossé bordant la route. Ils allaient miner la route. Puis le groupe est rentré vers la fin de la nuit.<br /> Il y eut un brouillard flottant au ras du sol. Je décidai de risquer ma chance. Je me suis débarrassé des tout ce qui pouvait me gêner ou me trahir dans ma progression, et, en rampant, j’ai quitté mon fond de fossé. Je me rappelle avoir progressé de quelques mètres puis m’être arrêté pour mettre les mains sur ma bouche pour étouffer le bruit de ma respiration. Je croyais qu’elle pouvait me trahir.<br /> Toujours en rampant, je traversai la digue en obliquant sur ma droite afin de m’écarter de la route et de son fossé protecteur. Je ne pouvais faire autrement ; j’étais persuadé que les Allemands avaient certainement au moins deux guetteurs en position avancée pour surveiller la route. Je me suis glissé dans la prairie qui se trouve au pied de la digue. Toute cette partie avait jadis été inondée, et ce fut ma chance, le terrain avait aussi été miné et l’eau en se retirant avait tassé la terre. Je repère les bouchons de mines avec les mains, et peux ainsi les éviter.<br /> La traversée de la prairie jusqu’à un canal d’irrigation me prendra une bonne heure. Silencieusement, je me laissai glisser dans l’eau du canal que je traversai en deux brasses.<br /> Sortant de l’eau, j’aperçus un homme couché derrière une arme que je reconnus être un Bren. C’était un des nôtres. Je rampai jusqu’à lui et lui pris le bras. Il était malheureusement mort. C’était Louis GOORMANS, un volontaire de guerre de 18 ans, propre neveu de notre commandant de compagnie André GOORMANS. Louis avait été tué d’une balle en plein front. Je me suis placé derrière lui et j’ai alors eu une nouvelle syncope.<br /> Quand je revins à moi, le soleil s’était levé. J’ai rampé les derniers mètres pour me glisser à l’abri derrière des ruines. Plusieurs coups de feu furent tirés dans ma direction, mais après ce que je venais de passer, je n’y fis même pas attention. Pour moi, le plus dur était fait.<br /> Couché derrière mon tas de briques à cent mètres des Allemands, je m’endormis. Dans un demi-sommeil, je crus entendre des voix s’exprimant en allemand. J’ai ouvert les yeux. J’étais seul. Mon battle-dress séchait. Je me suis lavé la figure dans un peu d’eau. Je n’avais aucune blessure apparente et je me sentis mieux. Des voix que j’avais entendues dans mon sommeil me travaillaient. Au pire, ce pouvait être les deux Allemands déjà entendus, installés en guetteurs surveillant la route. Pour les éviter, je me suis alors glissé derrière les maisons, j’ai alors vu un autre camarade, le soldat V.G. (volontaire de guerre) Jacques BERGHMANS, un Liégeois lui aussi. Il faisait partie de notre patrouille. Il était mort, éventré par un obus.<br /> J’ai alors repris la route me disant que les guetteurs allemands ne se découvriraient pas pour un seul homme. J’ai marché jusqu’à ce qu’une voix m’interpelle par mon nom. J’avais réussi à regagner nos lignes où mes camarades étaient stupéfaits de me revoir vivant.<br /> Après un rapide rapport au capitaine GOORMANS, celui-ci me conduisit au P.C. du III° Bataillon où des officiers belges et canadiens ainsi que le médecin GOLDBLAT m’attendaient. J’appris que pour trois armées, j’étais mort : les Belges, les Canadiens et les Allemands, ces derniers m’ayant « visité » pendant la nuit.<br /> Je fus reçu par le colonel PIRON qui me félicita, puis me dit : »Je suis bien obligé de changer ta citation. Dans la première, je te proposais pour la croix de guerre à titre posthume ». J’y ai gagné un surnom : « le mort-vivant de la Brigade ». Ce surnom fut déjà imprimé sous ma photo dans le SOIR ILLUSTRE du 10 mai 1945 avec un reportage du correspondant de guerre Roger CROUQUET.<br /> Cette patrouille fut aussi relatée, entre autres publications, dans le livre « L’HISTOIRE DE LA BRIGADE PIRON » de Monsieur René DIDISHEIM, qui lors des faits était commandant adjoint du major Maurice PONCELET, commandant le III° Bataillon. <br /> La patrouille du lieutenant DEWAELE deviendra la ‘’ patrouille d’OPHEUSDEN’’ et sera classée dans les archives de l’armée comme une des rares patrouilles de combat de l’armée belge pendant la guerre 1940-1945.</p><br /> <br /> <br /> <strong>Sources internet, bibliographique et iconographiques</strong><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/jean_sartori.php">http://www.maisondusouvenir.be/jean_sartori.php</a><br /> <a href="http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_Sartori.Jean.html">http://www.brigade-piron.be/temoignages_fichiers/tem_Sartori.Jean.html</a><br /> « Extrait du périodique mensuel des Amis du Musée Herstallien, sous la plume de Raymond Smeers, historien ».<br /> Paru dans le bulletin d’information de la Fraternelle Brabant-Hainaut Mon, 01 Oct 2018 11:37:48 +0000 Charles Lemaire 5th S.A.S. https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-164+charles-lemaire-5th-s-a-s.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-164+charles-lemaire-5th-s-a-s.php <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/charles_lemaire_membre_du_5th_sas_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Charles Lemaire habitait Ovifat dans les Hautes Fagnes, région belge mais annexée par l'Allemagne durant les deux guerres(la frontière belge se trouvait entre Malmedy et Stavelot).Comme tous les jeunes de la région, Charles Lemaire (né en 1922) a donc reçu son avis d'enrôlement dans l'armée allemande. <br /> Ce qui signifiait être envoyé directement sur le front de l'est et....la mort assurée (ou presque). Il a donc décidé de ne pas se présenter au recrutement et de filer pendant la nuit pour rejoindre l'Angleterre car il avait appris la création des SAS belges.<br /> <br /> Quittant son village le 8 octobre 1941 vers la ‘’Barque Michel’’ et Verviers où il est resté caché 10 jours, il est passé par Liége, Namur, Dinant, Gedinne, Nancy, Besançon, Arbois, Lons-Le-Saunier, Lyon. Il a pris le train vers Narbonne puis a rejoint Toulouse. Il a été arrêté et emprisonné dans un camp de travail à Caujac où il est resté 2 mois. Il s'en est évadé en tuant deux gardiens. Il est passé par Camparnaud où il est resté 3 mois puis Montauban où il est resté 1 mois. Puis il est passé par Carcassonne,Perpignan.<br /> <br /> Il passa les Pyrénées le 15 avril 1942 dans les environs de Figueras et Argelès, il eut cependant beaucoup de chance car lui et les autres clandestins (qui ont été arrêtés) avaient été abandonnés dans la montagne par leur passeur. Il est ensuite allé à Barcelone puis Saragosse, Valadolid, Orense, Braga, Porto. Il arrive à Lisbonne le 21 mai 1942 puis part vers Gibraltar où il arrive le 28 mai 1942.<br /> Il est ensuite transféré vers l'Angleterre après interrogatoire. Une boîte de sardines portugaises, envoyée à la famille ainsi qu'un message sur radio Londres a averti sa mère qu'il était bien arrivé. Après son entraînement (où il perd un œil), il commencera ses opérations spéciales.<br /> <br /> Lors de l’opération NOAH, il a pour mission d’installer, dans un premier temps, une base forte en territoire français avec interdiction de pénétrer en Belgique et d’attendre les renforts et, dans un second temps, d’attendre l’ordre de Londres pour passer en force dans les Ardennes belges et travailler avec la Résistance. Le Captitaine BLONDEEL, craignant que cet ordre n’arrive trop tard, donne des instructions au chef du premier Groupe, le Lieutenant P. RENKIN : ‘’sauter en France, mais passer en Belgique et préparer l’arrivée des renforts en évitant tout contact avec l’ennemi’’<br /> <br /> Dans la nuit du 15 au 16 août 44, le Lt P. RENKIN et 8 SAS atterrissent à 4 km à l’ouest de LA CROIX SCAILLE. Détail amusant, des 9 parachutistes largués, P. RENQUIN et C. DE VILLERMONT sont déportés par le vent et dérivent vers les couverts de FRANC-BOIS. Ils sont donc, involontairement, les premiers alliés à pénétrer en uniforme sur le territoire belge. Les premiers contacts avec le Groupe D du Secteur 5 de la Résistance sont pris. Deux jours plus tard, les SAS rejoignent la <br /> « Barrière de Mointerne » (Belgique). Mais la zone est peu sûre pour y parachuter les renforts. Le Lt RENQUIN décide d’aller vers le nord, dans la région de GEDINNE (Groupe C de la Résistance). Le 29 août, le Captaine BLONDEEL et 6 SAS sautent à l’est de la route RIENNE-VENCIMONT et rejoignent le premier Groupe. Les SAS recherchent les meilleurs emplacements d’embuscades. Le 1er septembre, ils sont rejoints par un troisième Groupe de 16 SAS dirigé par le Lt DEBEFVE. Commence alors une multitude d’opérations de harcèlement et d’embuscades. Le 5 septembre, deux jeeps avec leur équipage sont parachutées, ainsi que l’aumônier SAS JOURDAIN, le Médecin J. LIMBOSCH, D. FRISON, M. ONGENA et 25 containers. Le lendemain, la jonction avec l’armée américaine a lieu. Mais les SAS ont déjà la mission de participer à l’opération ‘’ BRUTUS’’<br /> Tout d’abord parachuté près du Mans, Charles Lemaire est parachuté ensuite près de Gedinne (en Belgique), Il s'y illustrera de manière particulièrement héroïque lors du harcèlement des troupes allemandes au lieu-dit "Pelée Virée". Il y gagnera la Croix de Guerre. Il faisait partie depuis le 24/07/1944 du 5th SAS-troupe A. Il avait le grade de 1ier Soldat. Du 20/12/1944 au 16/01/1945 il participe à l'offensive Von Rundstedt en temps que membre de la 1ière troupe de reconnaissance. <br /> Du 05/04/1945 au 08/05/1945, il fait partie du 1ier Escadron(A).il est sergent comme membre des troupes en jeep. Il participe à la campagne de Hollande et d'Allemagne. Du 09/05/1945 au 03/07/1945 il participe à la recherche des criminels de guerre(Contre-Intelligence).Après sa démobilisation, il restera encore quelques années en Belgique puis partira pour le Québec où il travaillera entre autre comme cuisinier sur les immenses travaux de construction de barrages du Manitoba. <br /> Charles Lemaire est décédé le 30/11/2000 et est enterré à Montréal. <br /> Source bibliograhique :<br /> <a href="http://paratroopbelgiumcongo.e-monsite.com/pages/mon-oncle-charles-lemaire-membre-du-5th-sas.html">http://paratroopbelgiumcongo.e-monsite.com/pages/mon-oncle-charles-lemaire-membre-du-5th-sas.html</a><br /> <br /> Source iconographique :<br /> <a href="http://paratroopbelgiumcongo.e-monsite.com/pages/mon-oncle-charles-lemaire-membre-du-5th-sas.html">http://paratroopbelgiumcongo.e-monsite.com/pages/mon-oncle-charles-lemaire-membre-du-5th-sas.html</a><br /> </p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/charles_lemaire_membre_du_5th_sas_3.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/charles_lemaire_membre_du_5th_sas_4.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><strong> Son carnet militaire</strong></p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/charles_lemaire_membre_du_5th_sas_7.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/charles_lemaire_membre_du_5th_sas_15_bis.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Son livret matricule</p> Fri, 01 Sep 2017 12:51:36 +0000 LE SCOUTISME BELGE, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-160+le-scoutisme-belge-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.php https://www.freebelgians.be/articles/articles-4-160+le-scoutisme-belge-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.php <strong>LE DÉBUT DE LA GUERRE</strong><br /> <p style="text-align:justify">Lorsque le gouvernement belge décrète la mobilisation générale en 1939, des scouts se trouvent disponibles pour de multiples services qui s’improvisent: on en voit à servir dans des cantines dans les gares, creuser des tranchées censées servir d’abri pour la population, etc. <br /> Cela se présente bien, ce sont les grandes vacances. Mais quand les classes reprennent, en septembre, les garçons rejoignent leurs écoles. La vie des unités scoutes continue malgré le vide laissé par les animateurs mobilisés.<br /> Le 10 mai 1940: invasion de notre territoire, les choses ont brutalement changé. Les activités de week-end projetées pour la Pentecôte se transforment en un tragique exode, celui des familles fuyant l’invasion et celui provoqué par le gouvernement belge qui dirige vers le midi de la France tous les hommes de 16 à 35 ans Durant cet exode, les chefs scouts repliés dans le sud de la France, procédèrent à Toulouse à l’encadrement de 25 000 belges de 16 à 19 ans, éparpillés et désœuvrés dans les compagnies de jeunesse des C.R.A.B. (Centre de Recrutement de l’Armée Belge).</p> <br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/scoutfreebelgians_1.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <p style="text-align:center">Les quinze victimes du mitraillage d’Escaudœuvres (Cambrai) reposent depuis mai 1940 dans le cimetière local.</p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Mission salvatrice qui détourna les jeunes de l’oisiveté, de l’indiscipline et de l’ennui. Mais les moyens de transport font défaut. Le scoutisme prend les devants et organise pour tous les membres concernés un convoi qui aboutit dans les environs de Montpellier, où des sortes de camps routiers s’établissent et vont durer trois mois. Tous les membres du scoutisme ne rejoignent pas l’organisation fédérale, beaucoup sont dispersés dans d’autres camps, organisés par les pouvoirs publics.<br /> Un grave manque de cadres sévit; leur expérience d’actions en groupes organisés permet aux scouts présents d’aider à répondre à ce besoin. L’esprit scout se perpétue et nombre de chefs et routiers tombent au champ d’honneur pendant cette "Campagne des 18 jours" (du 10 au 28 mai 1940).<br /> En Belgique, durant l’été 1940, la situation est pour le moins confuse car on ne voit pas ce qui est permis ou défendu.<br /> De retour au pays, les scouts vont intégrer les organismes de résistance, encadrent de nombreux camps d’enfants retardés mentalement et d’enfants de prisonniers (Camps A.E.P.: (Aide aux Enfants de Prisonniers). Ils rendent aussi de multiples services: aide aux sinistrés, déblaiement, sauvetage des blessés lors des attaques aériennes etc. Mais l’ennemi guettait ces représentants d’un idéal opposé à leurs vues, les exhortant d’abord à collaborer, puis devant leur refus, ce furent les nombreuses brimades, les arrestations et les condamnations. De nombreux chefs routiers s’évadent et rejoignent l’Angleterre pour combattre avec les armées alliées.<br /> Durant l’occupation, les dirigeants scouts se refusent donc à aligner leur mouvement sur les Jeunesses Hitlériennes. Malgré les tracasseries, les interdictions, le scoutisme parvient à se maintenir, en veilleuse, mais en totale autonomie.</p><br /> <br /> <strong>UNE RÉORGANISATION NÉCESSAIRE</strong><br /> <p style="text-align:justify">Dans les pires conditions, le mouvement scout démontre sa très grande capacité d’organisation, son utilité sociale et son ambition civique. À cette époque troublée, aux distractions rares, de nombreux jeunes cherchent dans le scoutisme un dérivatif à la grisaille ambiante.<br /> Une des caractéristiques du mouvement scout au cours de la Seconde Guerre mondiale est de voir ses effectifs croître de manière exponentielle durant toute la durée des hostilités, grâce à une politique de recrutement menée notamment pour contrer l’émergence des mouvements de jeunesse d’ordre nouveau inspirés du scoutisme. Durant la guerre, ses effectifs gonflent de 9.239 en 1939 à près de 20.000 en 1945. 120 unités scoutes sont créées en 1943.<br /> Cette croissance induit cependant la nécessité de trouver des chefs en nombre suffisant pour assurer l’encadrement des nouveaux groupes.</p><br /> <br /> <strong>LES DIFFICULTÉS DE L’OCCUPATION</strong><br /> <p style="text-align:justify">Le programme des activités doit être aussi soumis à l’approbation de la Kommandantur. Depuis juin 1940, l’occupant interdit, en effet, toute publication non soumise à la censure.<br /> Entre les mois de mai 1940 et mars 1941, la Fédération des Scouts Catholiques (FSC), à Bruxelles, connaît une période difficile, qui voit, entre autres, ses locaux de la rue de Dublin mis sous scellés par la Gestapo. Il n’y a pas qu’à la rue de Dublin que des difficultés surgissent. Dans les districts ou des unités, des membres se font arrêter, à cause de leur activité dans la résistance, ou même pour des motifs beaucoup moins graves. Cela déclenche des perquisitions dans les locaux. Ailleurs, des mesures générales sont prises. À Liège, le scoutisme est tout simplement interdit et il doit se camoufler sous la forme d’œuvres paroissiales et envoyer à l’assureur des listes ne mentionnant rien qui fasse penser au scoutisme. Les conditions difficiles que vit le pays sont un stimulant pour l’esprit de dévouement à la communauté. Le scoutisme peut répondre là à un besoin d’encadrement des jeunes: colonies de vacances, camps d’enfants de prisonniers, etc. <br /> Dans ces organismes, dont les fondateurs proviennent des cadres de la FSC, l’utilisation des méthodes scoutes est une réussite dans les collèges et internats où des enfants de prisonniers sont accueillis.</p><br /> <br /> <strong>LA RÉSISTANCE</strong><br /> <p style="text-align:justify">À épingler, cet épisode des 80 enfants juifs arrivés clandestinement au Château du Faing, de Jamoigne (Florenville) en 1943 et qui ont été intégrés à des activités scoutes et scolaires. Dès 1942, le C.D.J.(Comité Des Juifs) avait déjà érigé une véritable administration clandestine, protégeant le mieux qu’elle pouvait une population juive équivalente à celle d’une petite ville, population dispersée aux quatre coins de la Belgique et pourchassée sans relâche par les limiers SS. <br /> Mais une de ses principales missions était d’assurer le sauvetage des enfants juifs de Belgique. C’est alors qu’une section "Enfance" fut mise sur pieds et l’on peut dire, d’après les statistiques publiées après la guerre, que près de 60 % de ces enfants ont échappé à la "Solution finale" et ceux de Jamoigne sont de ceux-là.<br /> C’est ainsi que va se mettre en place toute une filière qui parviendra à placer dans des institutions diverses (couvents, pensionnats, cliniques, homes, orphelinats, sans compter quelque 700 logeurs) plus de 2.500 enfants et adolescents, Dans ce service clandestin, quelques personnes sont à l’œuvre et travaillent au moyen de fichiers codés. Dés la fin 1942, 425 enfants sont déjà placés mais la police SS est vite au courant de cette filière et les premiers enfants juifs sont arrêtés au couvent Saint-Sauveur d’Anderlecht.<br /> C’est sans doute alors que l’Œuvre Nationale de l’Enfance (ONE) sous le patronage de la Reine Élisabeth, songe au home du Faing à Jamoigne. C’est alors qu’au début 1943 que le service social de l’ONE fait amener par train les enfants juifs à Jamoigne. Quelques enfants, dont 3 frères, en partance pour les sinistres camps allemands, sont arrachés la nuit précédant leur départ à la caserne Dossin de Malines et via le home de Wezembeek-Oppem, seront acheminés vers Jamoigne.<br /> Tous ces enfants sont confiés au home Reine Élisabeth de Jamoigne à un personnel (moniteurs et monitrices) et à des enseignants parfaitement au courant de la situation qui intégreront tous ces nouveaux arrivants scolaires, sous des noms d’emprunt, avec la complicité de l’inspection cantonale, du bourgmestre et des deux médecins locaux. Jamoigne, sera visité par les allemands, un matin de juillet 1943. Les nombreux enfants échappèrent, miraculeusement, probablement au fait qu’un des moniteurs, perdant son sang-froid, se réfugia sous les combles où il fut découvert après une chasse à l’homme qui distraya certainement les allemands de leur première intention. Les murs du château du Faing furent un havre de paix durant ces nombreux mois d’une clandestinité parfaite grâce au mutisme du personnel.<br /> Au camp fédéral de formation de La Fresnaye (Dworp), des sessions de formation vont toutefois pouvoir reprendre. Elles se poursuivent durant toute l’occupation, sous les tentes ou dans les divers cantonnements suivant les mesures prises par l’occupant.<br /> En avril 1942, les autorités allemandes décréteront l’interdiction de camper sous tente, si bien que les responsables du camp-école de La Fresnaye, au mois de septembre 1942, inviteront tous les participants à construire leur hutte à l’aide de branchages.</p><br /> <br /> <strong>LE SCOUTISME BELGE EST OBLIGÉ DE SE CACHER</strong><br /> <p style="text-align:justify">L'interdiction du port de l’uniforme par les allemands date de mars 1943. Les scouts se contenteront surtout de délaisser le chapeau traditionnel, les badges et les insignes mais ils poursuivront leurs activités. Cela n’empêche pas des scouts de se rendre, munis d’un paquet approprié, à leur local en ce jour particulier, par exemple, où doivent se faire les promesses. Qu’à cela ne tienne, la troupe royale (créée tout spécialement pour le jeune Prince Baudouin, selon le souhait express de son père le Roi Léopold III, cette troupe passa aussi outre de l’interdiction et continua ses activités à l’abri des regards indiscrets, dans les domaines royaux. Chacun venait avec son uniforme sous le bras et une fois pénétré dans l’enceinte, chacun revêtait ses habits scouts. Malgré tous ces subterfuges, la troupe royale (3e Laeken) devra cesser ses activités en 1944. Le Prince Baudouin (Élan Loyal) fera sa promesse scoute le 5 avril 1942. Le même jour, il reçoit le sacrement de confirmation du Cardinal Van Roey, Primat de Belgique.<br /> À partir de mars 1943, il y a des activités en plein air qui sont cependant très peu indiquées, comme le morse à la lumière ou un hike dans les régions où des maquis sont particulièrement nombreux et actifs. Pour les clans routiers, les choses sont moins simples; des gars ont l’âge requis pour le travail obligatoire en Allemagne et se trouvent dans la nécessité de se camoufler.<br /> Des animateurs, des routiers, tout un groupe venant d’un clan parfois ou d’une unité, engagés dans la résistance sont pris, emprisonnés, déportés. Des centaines de scouts, à titre individuel ou en groupe, entrent dans la résistance pour prendre part activement à ses activités, notamment aux actes de sabotage et aux liaisons. Certains paient de leur vie leur activité patriotique</p>.<br /> <br /> <strong>LE CAMP DE FORMATION DE LA FRESNAYE</strong> situé à Tourneppe (Dworp) en Brabant Flamand.<br /> <p style="text-align:justify">En 1943, la fréquentation sera tellement importante au camp de formation de La Fresnaye, qu’il faudra prévenir à l’avance pour être sûr de trouver de la place. Au cours de l’année 1943, 89 messes sont célébrées au camp, une preuve du succès rencontré par le site. Au cours de cette même année 1942, Jacques Brel, dit Phoque hilarant est ainsi de passage à ce camp de La Fresnaye avec sa patrouille pour poursuivre les travaux d’aménagement de la cabane que son unité (la 41e Albert 1er à Schaerbeek) a construit sur place. Autre figure bien connue ayant participé à un camp-école louveteau du 7 au 13 septembre 1942 : le Père Pire, futur Prix Nobel de la Paix en 1958. Au cours du conflit, il est simultanément aumônier dans l’Armée Secrète et agent des services de renseignements et d’action. (S.R.A.)</p><br /> <br /> <p style="text-align:center"><img src="https://www.freebelgians.be/upload/scoutfreebelgians.jpg" alt="" class="valign_" /></p><br /> <br /> <p style="text-align:justify">Durant l‘occupation, le camp de La Fresnaye accueille plusieurs scouts ou des routiers en difficulté par rapport à l’occupant ou réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne. Le Front de l’Indépendance, un mouvement de résistance fondé en mars 1941, aurait également utilisé les deux camps scouts BSB (Boy Scouts de Belgique) et FSC comme zone d’entraînement pour ses milices patriotiques, à la fin de la guerre. Le camp de La Fresnaye ne connaîtra que deux descentes accidentelles de la Gestapo, la première à l’occasion d’un réfractaire caché dans les environs du camp, la seconde à la suite d’une perquisition au camp voisin des scouts pluralistes, où les Allemands auront vent de l’existence d’un dépôt d’armes. Cette dernière conduira à l’arrestation de quelques routiers présents au camp, le 12 août 1944.<br /> Durant l’Offensive Von Rundstedt, (Bataille des Ardennes) les scouts et les cheftaines ont assuré, en accord avec les autorités américaines, un service d’aide matérielle aux réfugiés et à la population.</p><br /> <br /> <strong>LA FIN DE LA GUERRE</strong><br /> <p style="text-align:justify">À la libération, en septembre 1944, le pays est libéré. Mais c’est la pluie des "Robots" sur Anvers et Liège. Sous l’amoncellement des ruines, les scouts recherchent les blessés et les morts. On a vu, le 3 septembre 1944, des scouts en uniforme réglant la circulation au carrefour Montgomery, à Bruxelles. Des clans, contactés d’avance, ont monté la garde dans des dépôts militaires abandonnés pour y empêcher le pillage.<br /> Peu à peu, le scoutisme retrouve fièrement ses uniformes et se met au service de la nation libérée. Il n’a jamais sans doute été aussi visible et admiré au sein de la société belge.<br /> Outre quelques services extraordinaires, tels que l’accueil des déportés et des prisonniers de guerre revenus d’Allemagne, l’encadrement de 20 000 réfugiés hollandais évacués en Belgique en 1945, la vie allait reprendre normale et régulière.</p><br /> <br /> <strong>Sources bibliographiques et internet:</strong><br /> L’Avenir du Luxembourg du jeudi 28 mars 2002 et du 14 mai 1988<br /> Le Soir du 2 mai 1986<br /> Le camp scout de La Fresnaye, 50 ans d’histoire, Thierry Scaillet<br /> 100 ans de scoutisme mondial, Philippe Maldague<br /> Notre histoire ou 75 ans de scoutisme, Abbé Georges Morel<br /> Allons, enfants de la Patrie, Jean-Pierre du Ry<br /> <a href="https://www.latoilescoute.net/Le-scoutisme-belge-pendant-la">https://www.latoilescoute.net/Le-scoutisme-belge-pendant-la</a><br /> <br /> <strong>Sources iconographiques:</strong><br /> <a href="http://www.lafresnaye.be/article_claporte.htm">http://www.lafresnaye.be/article_claporte.htm</a><br /> <a href="http://www.maisondusouvenir.be/scouts_verviers.php">http://www.maisondusouvenir.be/scouts_verviers.php</a> Mon, 01 May 2017 19:01:20 +0000