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Rss LES FAMILLES VOS et MILIBAND - UNE HISTOIRE DE PAIX ET DE GUERRE

Récit de la fille de Renée Miliband qui raconte sa vie de réfugiée juive auprès de la famille VOS qui a hébergé 17 juifs pendant la guerre 40-45.





Vue de la ferme, il y a quelques années



Ma m√®re. Ren√©e Miliband. a rencontr√© Louisa Vos vers 1934 dans la petite ville de Soignies ou toutes les semaines, maman allait au marche pour y vendre des chapeaux de darnes. Louisa Vos s'y rendait aussi pour y vendre du beurre et des Ňďufs en provenance de sa ferme situ√©e √† Montignies-lez-Lens dans la province du Hainaut. Maman revenait de Soignies avec du bon beurre de ferme et des Ňďufs frais.
Apres quelques semaines, elles commenc√®rent √† parler de leurs familles et de leur vie bien diff√©rente l'une de l'autre. Maman dit √† Louisa qu'elle avait un fils et une petite fille; pour sa part, Louisa raconta qu'elle avait deux filles et deux fils: sa fille a√ģn√©e, Ren√©e, avait √† peu pr√®s mon √Ęge. Louisa √©tait contente de savoir combien j'aimais le bon beurre et les Ňďufs. Maman lui a dit que je n'avais pas grand app√©tit mais que j'aimais beaucoup les produits de la ferme. Louisa a sugg√©r√©' que mes parents, mon fr√®re et moi, devrions aller √† Montignies pour faire la connaissance de la famille Vos et pour d√©jeuner avec eux un dimanche prochain.
Nous sommes donc partis en famille un beau matin de dimanche et c'est en fait cette visite qui a d√©cid√© de notre sort. Nous avons pris le train √† la Gare du Midi √† Bruxelles et sommes descendus √† Masnuy St. Pierre o√Ļ le mari de Louisa, Maurice Vos, nous attendait √† la gare. Une vache, Boulotte, √©tait attel√©e √† un chariot - les Vos n'ayant pas de chevaux, les vaches faisaient le travail dans les champs; Boulotte √©tait bien docile et apr√®s environ 40 minutes a √™tre un peu cahot√©s sur une ancienne route de pav√©s, nous avons tourn√© √† gauche pour enfin apercevoir Briguolet, la ferme de la famille Vos.
Les portes de la ferme √©taient ouvertes et la famille √©tait assembl√©e sur la cour. Louisa √©tait l√† avec ses quatre enfants. Les parents de Maurice Vos nous attendaient aussi. Nous nous sommes pr√©sentes et nous avons √©t√© embrass√©s quatre fois par chacun. Les parents de Maurice Vos, Victor et Rosalie √©taient appel√©s Parrain et Marraine. Ils habitaient √† la ferme et avaient leur petit appartement au rez-de-chausse. Les enfants m'ont emmen√©e au 'ch√Ęssis' - une sorte de grange avec un toit mais sans porte - ou il y avait des balan√ßoires. Mon fr√®re √©tait avec nous mais il n'√©tait pas aussi enchante que moi. Il √©tait un gar√ßon tr√®s s√©rieux qui aurait peut-√™tre pr√©f√©r√© rester √† Bruxelles entour√© de ses livres et de ses cahiers. Apres la balan√ßoire, ils nous ont emmen√©s voir les cochons, les lapins et les vaches. Gustave Vos, l'a√ģn√© des enfants m'a demand√© si je voudrais qu'il m'apprenne √† rouler en v√©lo; j'√©tais naturellement d'accord.
Louisa nous a dit de rentrer √† la ferme pour d√ģner. Les deux familles se sont assises √† la grande table o√Ļ un d√ģner somptueux nous attendait. Nous sommes rest√©s √† table pendant quelques heures √† manger et √† prier. J'√©tais contente d'√™tre l√† et je me sentais comme chez moi √† la ferme et avec la famille Vos.
Quand il a fallu prendre le chemin de retour, Boulotte a de nouveau √©t√© attel√©e et nous sommes partis pour Masnuy St. Pierre. Apr√®s cette visite, je pensais souvent √† mes amis de Montignies et j'attendais avec impatience mon retour √† la ferme. La famille Vos est venue chez nous √† Bruxelles et nous sommes devenus bons amis. Pendant les vacances, j'allais avec plaisir passer quelque temps √† la ferme. J'ai fait la connaissance de plusieurs personnes du village et j'ai vite appris le patois, ce qui a bien amus√© les habitants de la ferme et du village. J'√©tais heureuse parmi mes amis wallons et mes parents √©taient contents de savoir que j'avais bon app√©tit. Gustave m'a appris √† rouler en v√©lo et nous partions avec Ren√©e pour aller rendre visite √† la sŇďur de Monsieur Maurice √† Erbaut et aussi √† la m√®re de Mme Louisa √† Louvignies.
Mes amis m'ont appris √† traire les vaches, √† donner √† manger aux veaux, aux poules et aux lapins. J'allais aussi aux champs pour essayer d'aider. Le p√®re de M. Maurice √©tait un jardinier de grande renomm√©e et je me souviens qu'il allait tous les ans aux Floralies Gantoises o√Ļ il √©tait membre d'un jury. Il √©tait aussi un apiculteur et j'aimais voir comment il op√©rait pour prendre le miel; il me donnait des d√©licieux morceaux de cire pleins de miel.
Je passais donc le plus de temps possible à Briguolet et ces bonnes journées de vacances continuèrent jusqu'en mai 1940.

La Belgique √©tait rest√©e neutre jusqu'au 10 mai 1940, lorsque les Allemands ont viol√© cette neutralit√© et ont commenc√© leur invasion des Pays-Bas et de la Belgique. Mes parents, mon fr√®re et moi avons essay√© de quitter Bruxelles pour aller en train rejoindre notre famille √† Paris mais les trains avaient cess√© de rouler et mon p√®re a finalement refus√© de quitter Bruxelles car il me trouvait trop jeune pour joindre les centaines de exil√©s sur les routes de Belgique et de France. Le 16 mai 1940, mon fr√®re √Ęg√© de 15 ans a d√©clare qu'il ne voulait pas rester en Belgique et qu'il allait essayer d'aller seul √† Paris. Apres de longues discussions, mes parents ont d√©cid√© qu'il ne devait pas partir seul et que notre p√®re l'accompagnera. Ils avaient d√©cid√© de marcher vers la fronti√®re franco-belge car les ponts avaient √©t√© bombard√©s et les trains ne roulaient plus. Nous les rejoindrons √† Paris lorsque la situation 'se tassera' ! Ils sont partis √† 5 heures de l'apr√®s-midi le 16 mai. Quelques ann√©es plus tard, nous avons finalement appris que, au lieu de se diriger vers la fronti√®re franco-belge, √©tant convaincu que la France ne sera pas √† m√™me de refouler les troupes allemandes, il a r√©ussi √† persuader mon fr√®re qu'ils devaient plut√īt se diriger vers Ostende pour essayer de s'embarquer sur un bateau partant pour l'Angleterre. Ils eurent la chance de pouvoir monter en bateau - le dernier bateau quittant la Belgique et ils devinrent alors des r√©fugi√©s belges. Les Allemands arriv√®rent √† Bruxelles dans la matin√©e du 17 mai et c'est ce jour-la que j'ai vu pour la premi√®re fois la croix gamm√©e flottant sur l'H√ītel de Ville de St. Gilles.
Lorsqu'elle apprit que ma m√®re et moi √©tions seules √† Bruxelles, Louisa est venue nous voir — en v√©lo si je me souviens bien. Elle voulait que nous quittions Bruxelles pour Montignies et que nous restions √† la ferme jusqu'√† la fin de la guerre. Maman lui a dit qu'il fallait que nous restions √† Bruxelles puisqu'elle devait continuer √† travailler et il fallait que je retourne √† l'√©cole. Louisa lui a fait promettre que nous viendrons √† Montignies aussi souvent que possible; nous pourrons ainsi revenir en ville avec du beurre, des Ňďufs et des l√©gumes.
Pendant environ les deux premières années d'occupation, nous y allions aussi souvent que possible et je pouvais passer mes vacances à la ferme. Tous nos amis étaient accueillants et nous nous sentions bien a la campagne entourées d'amis. Ce genre de vie a continué jusqu'en été 1942 lorsque nous avons été obligées de porter une étoile jaune sur nos vêtements et devions aussi observer - comme tous les Juifs - le couvre-feu; la vie des Juifs devenait de plus en plus difficile et dangereuse .
En mi-ao√Ľt 1942, maman fut convoqu√©e √† la Gestapo situ√©e √† l'Avenue Louise dans le centre de Bruxelles -c'√©tait le quartier-g√©n√©ral de la Gestapo en Belgique. On n'a jamais su comment les Allemands ont r√©ussi √† d√©couvrir que mon p√®re et mon fr√®re √©taient en Angleterre et non en Suisse comme nous le pr√©tendions.
Apr√®s avoir d√©couvert par hasard qu'ils √©taient a Londres, nous avons r√©ussi √† correspondre avec eux par l'interm√©diaire de la Croix-Rouge (25 mots par document sp√©cial toutes les quelques semaines). Maman avait aussi r√©ussi √† obtenir une adresse √† la Chaud des Fonds en Suisse neutre et aussi une adresse au Portugal, √©galement neutre et un contact au Br√©sil. La Gestapo a intercept√© une lettre que mon fr√®re nous avait √©crite, J'avais suppli√© ma m√®re de ne pas r√©pondre √† la convocation de la Gestapo et de plut√īt partir pour Montignies.
Elle a décidé qu'il valait mieux aller à la Gestapo -je n'ai jamais su pourquoi elle avait décidé d'y aller.
Deux officiers l'ont interrog√©e; elle m'a dit qu'ils √©taient tr√®s corrects et tr√®s polis. Ils devaient savoir qu'elle √©tait juive puisqu'elle devait porter son √©toile jaune. Ils lui ont demand√© s'il elle parlait et comprenait l'allemand; elle leur a dit qu'elle n'avait jamais appris cette langue - ce qui n'√©tait pas vrai - et ils l‚Äôont crue. Elle leur a dit qu'il y avait longtemps qu'elle √©tait s√©par√©e de son mari et il avait emmen√© son fils en Suisse o√Ļ elle savait qu'ils se trouvaient toujours. Les deux allemands ont discut√© entre eux quoi faire et se sont dit que puisqu'il y avait une fille a la maison, ils pourront surveiller nos mouvements et nous ramasser toutes les deux plus tard. Miraculeusement, ils lui ont donn√© un permis lui permettant de quitter la Gestapo et lorsqu'elle a montr√© ce permis √† la sentinelle gardant la sortie de l'immeuble, il lui a dit qu'elle avait de la chance de pouvoir partir.
Je l'attendais √† la maison et j'√©tais certaine qu'on ne lui permettrait pas de quitter la Gestapo et que je serai seule √† Bruxelles. Pendant qu'elle √©tait √† l'Avenue Louise, on a gliss√© sous notre porte notre convocation nous ordonnant de nous rendre dans un camp √† Malines o√Ļ les juifs √©taient incarc√©r√©s jusqu'au moment du d√©part pour l'Europe de l'Est et les camps de concentration.
Quand Maman est enfin revenue à la maison, je lui ai montré les convocations et elle a décidé qu'il était temps de quitter notre appartement et de partir pour Montignies.
Nous avons emball√© quelques v√™tements; j'ai pris deux ou trois livres d'√©cole et nous √©tions pr√™tes √† quitter Bruxelles. Nous avons donn√© les cl√©s de notre appartement √† notre voisine, Madame Grognet en qui nous avions confiance. Elle faisait partie d'un groupe de r√©sistance et nous avait dit qu'elle ferait de son mieux pour nous aider et surtout pour garder notre secret. Elle a surveill√© nos biens jusqu'au moment o√Ļ des collaborateurs re√ßurent la permission d'occuper notre appartement.
Lorsque nous avons quitt√© le 95, rue de la Victoire √† Saint-Gilles; nous avons dit au revoir √† quelques voisins en leur disant que nous allions √† la Gare du Nord pour prendre un train pour Malines. Maman a d√©cid√© qu'il fallait que nous allions √† la Gare du Nord; elle soup√ßonnait que nous serons peut-√™tre suivies- elle avait quitt√© la Gestapo quelques heures auparavant et c'√©tait donc tout √† fait possible qu'elle soit sous surveillance. Lorsque nous sommes arriv√©es √† la Gare du Nord, nous avons travers√© quelques rues et avons ensuite pris un tram en direction de la Gare du Midi d'o√Ļ partaient les trains pour le sud du pays. Maman a d√©montr√© son intelligence et son excellente strat√©gie; c'√©tait toujours par son courage et son sang-froid, qu'elle parvenait √† me rassurer et √† me persuader que nous r√©ussirions √† voir la fin de la guerre et le retour de mon p√®re et de mon fr√®re.
Nous avons pris le train pour Masnuy St. Pierre. Nous portions naturellement notre √©toile jaune sur notre veste d'√©t√©. Comme beaucoup de Juifs sous l'occupation, nous portions notre sac √† mains sur le c√īt√© gauche de notre veste pour essayer de cacher notre √©toile jaune. Beaucoup de Juifs la cachaient soit avec un livre ou un journal.
Il faisait beau cette apr√®s-midi d'ao√Ľt et maman me dit qu'aussit√īt que le train aura quitte la partie flamande du pays, elle ira √† la toilette pour enlever sa veste et se d√©barrasser ainsi de cette √©toile jaune; quand elle reprendra son si√®ge, je devrai faire de m√™me. Tout se passa bien et nous √©tions assises portant notre robe d'√©t√© et aucun voyageur n'avait remarqu√© notre manŇďuvre.
Nous sommes descendues √† Masauy St. Pierre o√Ļ nous attendait Monsieur Maurice avec son chariot et Boulotte. Nous √©tions tous les trois biens √©mus de nous retrouver. Nous sommes arrives a Briguolet ou la famille Vos nous attendait et notre accueil fut des plus chaleureux. Nous √©tions tous fort √©mus. Maurice et Louisa nous ont dit que nous √©tions en s√©curit√© et que nous resterons avec eux jusqu'√† la fin de la guerre. Un peu plus tard, un jeune homme faisant partie de la r√©sistance est venu nous donner nos fausses cartes d'identit√© et nos cartes de ravitaillement. Maman est devenue Madame Ren√©e Banquet et ma carte identit√© √©tait sous le nom d'Anne-Marie Debienne.
Notre histoire était que mon père - le premier époux de Renée Debienne était mort et qu'elle avait épousé son deuxième mari nommé Banquet; c'était donc pourquoi nos noms étaient différents. Nous demeurions à La Louvière et pendant qu'on faisait des travaux dans notre maison, nous habitions chez nos amis, Maurice et Louisa Vos. Naturellement, nos nouvelles cartes d'identité n'étaient pas tamponnées avec le mot Juif.
Il y avait une école primaire au village et Andrée Oreins, Institutrice, a bien voulu me donner des leçons privées deux ou trois après-midi par semaine; j'allais donc chez elle à la petite ferme ou elle habitait avec sa mère, Damyre. Nous passions ainsi deux heures ensemble et sommes devenues amies.
Apres quelques semaines, Maman a d√©cide que je devrais apprendre le latin. Vers qui se tourner ? Monsieur le Cur√© naturellement. Nous allions √† la messe tous les dimanches car M. le Cur√© avait dit √† Maman que ce serait une bonne id√©e si nous allions √† la messe le dimanche; les habitants de notre petit village savaient pourquoi nous √©tions √† Montignies, mais il trouvait que ce serait quand m√™me une bonne id√©e qu'ils nous voient √† la messe. C'est pourquoi le dimanche matin Maman et moi mettaient une belle robe pour aller √† l'√©glise avec Louisa et sa famille; ni Maurice Vos ni son p√®re y allaient II y avait aussi un couvent au village et SŇďur Jeanne s'occupait du jardin d'enfants.
La M√®re Sup√©rieure a invit√© ma m√®re et moi au couvent pour que nous fassions connaissance. C'√©tait la premi√®re fois que nous mettions les pieds dans un couvent. Il y avait une fra√ģche odeur de cire et les vieux meubles brillaient. La pi√®ce o√Ļ nous nous trouvions me semblait luxueuse; il y avait un grand crucifix sur un mur et des cadres repr√©sentant la Sainte Vierge et d'autres saints; il y avait naturellement un portrait du pape. Pie XII. La M√®re Sup√©rieure a dit a maman que SŇďur Jeanne voudrait beaucoup que je l'aide √† pr√©parer des le√ßons pour ses jeunes √©l√®ves; nous √©tions naturellement d'accord; j'√©tais enchant√©e car cela me donnerait l'occasion d'aller au couvent et d'aider SŇďur Jeanne. Si, par malheur, les Allemands devaient y venir pendant que j'y √©tais. M√®re Sup√©rieure m'a montr√© o√Ļ elle pendra un habit de novice que je devrais alors enfiler. Les Allemands ne nous ont jamais rendu visite.
Quant √† mes le√ßons de Latin, Monsieur le Cur√© nous a dit, en confidence, qu'un de ses neveux, pr√™tre aussi, se cachait au presbyt√®re apr√®s avoir ignore la convocation qu'il avait re√ßue des Allemands. Il avait √©t√© professeur de latin dans un coll√®ge belge; et c'est ainsi que je me rendais deux fois par semaine au presbyt√®re o√Ļ le jeune pr√™tre me donnait des le√ßons de latin. M. le Cure nous avait install√©s dans la salle a manger et nous √©tions assis au deux bouts de la grande table. M. le Cur√© √©tait assis au milieu d'un coin de la table et il faisait parfois un petit somme. Mon professeur devait faire glisser le long de la table le livre de latin et quand j'avais lu les exercices, je devais lui renvoyer le livre et mon cahier. Pendant une de mes le√ßons, mon professeur a sugg√©r√© que ce serait beaucoup plus facile de partager notre livre si nous √©tions assis √† cote l'un de l'autre. Quand M. le Cur√© s'est r√©veill√© et qu'il a vu que nous avions chang√© de place, il a d√©cid√© de ne rien dire.

Montignies-lez-Lens était situé à quelques kilomètres d'un aérodrome militaire allemand. Notre groupe de résistants avait augmenté et Gustave Vos et deux ou trois jeunes gens que nous connaissions faisaient partie de la résistance. Ils partaient pour dynamiter les rails de chemin de fer. Masnuy St. Pierre - notre gare la plus proche - était sur le réseau qui allait de France vers l'Europe de l'Est. Je les aidais en préparant la dynamite dont ils avaient besoin et j'ai donc passé de nombreuses heures avec ces gars courageux en préparant la dynamite.
Un neveu du père de M. Maurice, José, avait reçu sa convocation pour se présenter dans un endroit de rassemblement pour aller travailler en Allemagne. Comme beaucoup d'autres jeunes, il a décidé d'ignorer cet ordre et Maurice et Louisa Vos ont accepté qu'il vienne les rejoindre à la ferme. Ce qui fait que les habitants de Briguolet comprenaient Maurice et Louisa Vos et leur quatre enfants, Parrain et Marraine, Maman, un de mes oncles et moi, José et Marcel, un autre jeune qui avait aussi décidé de ne pas aller travailler pour les allemands. Nous étions à quatorze autour de la table. Il n'y avait pas embarras de richesse mais il y avait assez à manger.
Au petit d√©jeuner, il y avait une grande tartine avec un peu de beurre, parfois de la confiture et une tasse de caf√© au lait. A midi, nous avions de la soupe, assez de pommes de terre, des l√©gumes du jardin et un petit morceau de lard ou de porc et parfois un morceau de poulet ou de lapin; pour le go√Ľter nous avions une grande tartine avec du beurre et de la confiture; au souper, s'il y avait des pommes de terre qui restaient de midi, on les √©crasait sur le pain et c'√©tait d√©licieux. Rien n'√©tait gaspill√©.
Il faut que je mentionne le fils a√ģn√© de M. et Mme Vos: Gustave. Le chef de notre groupe de r√©sistants a d√©cid√© que les gars devaient obtenir des cartes de ravitaillement de l‚Äôh√ītel de Ville de Lens. Gustave et un autre jeune homme ont mis un foulard sur leur visage et seuls leurs yeux √©taient visibles; ils ont gliss√© leur revolver dans leurs chaussettes et sont partis en v√©lo pour Lens. L√†, Gustave a sorti son revolver et a ordonn√© √† la jeune fille qui √©tait assise dans son bureau de lui donner autant de cartes de ravitaillement que possible; elle s'appelait Fernande et Gustave en est imm√©diatement tombe amoureux! Le lendemain, il est retourn√© a l'H√ītel de Ville - sans son camouflage et sans son revolver - et a dit √† Fernande qu'il l'aimait! Ils se sont mari√©s peu apr√®s la fin de la guerre et ont v√©cu ensemble avec leur fils, Alain, pendant de nombreuses ann√©es, jusqu'au d√©c√®s de Gustave.

Vers la fin de 1942, nous avons appris que plusieurs membres de notre grande famille a Bruxelles furent d√©portes. On nous a fait savoir que la sŇďur de maman avait √©t√© prise par les Allemands avec aussi son fils de 13 ans, Paul Milman. Mon oncle, Jacques Milman, √©tait au travail et quand il est rentr√© chez lui, ses voisins lui ont dit que les Allemands avaient emmen√© Tante Mania et Paul. Il se trouvait seul, des plus inquiets et des plus malheureux; il √©tait chez un de ses voisins mais devait partir de la au plus vite possible, En apprenant cette triste nouvelle, Maurice et Louisa Vos ont d√©cid√© qu'il devra nous joindre √† la ferme et Louisa, d√©vou√©e comme toujours, est partie √† Bruxelles et l'a ramen√© a Briguolet. Il √©tait n√© en Russie et quand il parlait le fran√ßais il avait un fort accent √©tranger - russe. La r√©sistance lui a aussi fourni une fausse carte d'identit√© mais on lui a dit que si les Allemands venaient √† la ferme, on dirait qu'il √©tait sourd-muet pour ne pas trahir son accent. Il √©tait tr√®s malheureux et des plus inquiets au sujet de sa femme et de son fils - ils ont √©t√© tu√©s √† Auschwitz - et passait la plupart de son temps √† fumer avec son oreille √† la radio o√Ļ il √©coutait la BBC.
Chaque soir, nous écoutions tous le programme français de la BBC et il y avait toujours quelqu'un qui écoutait à la porte au cas que les Allemands arrivent. Il faut mentionner ici que par miracle, Montignies n'a jamais eu des soldats allemands cantonnes dans le village.

Quand il pleuvait les routes devenaient boueuses et leurs motocyclettes, camions et voitures s'embourbaient Ils √©taient cantonn√©s √† Lens et ne venaient pas r√©guli√®rement au village. Pendant l'automne de 1942, une des sŇďurs de mon p√®re nous a fait savoir que la vie quotidienne des Juifs de Bruxelles devenait de plus en plus pr√©caire et qu'il vaudrait mieux qu'elle quitte son appartement avec son mari et son fils.
Une fois de plus, Maurice et Louisa Vos ont décidé d'essayer de trouver un logis et avec l'appui de ma mère, un logement fut trouvé dans le village: Louisa est repartie pour Bruxelles et a ramené ma tante, mon oncle et mon petit cousin; ils sont restés au village jusqu'à la libération et ont partagé la petite maison avec cette famille.
Oncle Vlad Slupowski est devenu Monsieur Arthur, √©tait √©lectricien et a r√©ussi √† travailler avec l'√©lectricien du village; il √©tait a m√™me de pouvoir ainsi payer quelque chose au propri√©taire de la petite maison. Il est devenu assez populaire dans le village car il √©tait jovial et toujours pr√™t √† aider. Ma tante s'appelait aussi Mme Ren√©e et leur fils √Ęg√© de 4 ans √©tait Henri George, connu sous le nom de Rigeo. Il allait tous les jours au couvent et √©tait dans la classe de SŇďur Jeanne.
Tous trois ont surv√©cu l'occupation. Le fr√®re cadet de mon p√®re fut d√©port√© avec son fils, √Ęg√© de 6 ans; ma tante n'√©tait pas chez elle lorsque la rafle fut effectu√©e et elle s'est trouv√©e seule - son mari et son fils ont √©t√© tues √† Auschwitz, Lorsque nous avons appris cette terrible nouvelle, ma m√®re a √©t√© voir M. le Cur√© pour lui raconter ce qui s'√©tait pass√©'. Il a d√©cid√© qu'elle pourra trouver refuge au presbyt√®re et qu'il dira qu'il avait besoin d'une autre femme de m√©nage pour aider avec le nettoyage et les repas.
Maman lui a dit qu'elle parlait le français avec un accent étranger fort prononce; il a décidé alors de dire qu'elle venait des Flandres et qu'elle ne parlait que peu de français. M. Maurice était d'accord pour que Louisa aille la chercher à Bruxelles et la ramène à Montignies.
M. le Curé l'appelait Maria et ma tante lui devint fort dévouée. Elle était naturellement des plus malheureuse car elle était terriblement inquiète au sujet de son fils et de son mari.
Nous avons appris peu apr√®s qu'un autre fr√®re de mon p√®re avait √©t√© pris pendant une rafle et avait √©t√© d√©port√©- lui aussi a √©t√© tu√© √† Auschwitz. Son √©pouse, Sara, et ses deux fils, Fernand - 7 ans - et Maurice - 2 ans -n'avaient pas √©t√© pris et n'avaient pas o√Ļ aller. La m√®re de Louisa habitait √† Louvignies, un village voisin, et elle a √©t√© d'accord d'h√©berger ma tante et le petit Maurice; il fut d√©cid√© que Fernand habiterait dans une ferme tr√®s pr√®s de Briguolet et les fermiers ont accueilli le petit gar√ßon tr√®s chaleureusement et lui aussi est all√© au couvent dans la classe de sŇďur Jeanne. Fernand √©tait un beau et gentil gar√ßon et Hortense, la fermi√®re, l'aimait beaucoup. Il apprit assez rapidement √† parler le wallon. La m√®re de Louisa habitait seule et avait une petite ferme avec un potager et un verger et Sara l'aidait √† faire le m√©nage et le nettoyage. Peu apr√®s, nous avons appris que deux sŇďurs de mon p√®re avaient √©t√© prises par les allemands pendant la nuit.
Le fils d'une de mes tantes dormait chez ses parents et lui aussi a été emmené. Mes deux tantes et leur famille partageaient une grande maison à Bruxelles et mon cousin, Maurice Celnik, y habitait aussi avec ses parents.
La nuit de cette rafle, en entendant du bruit il s'est réveillé et voyant ce qui se passait chez lui a réussi a se cacher dans la maison et a pu ainsi échapper. Mes tantes, leur mari et mon cousin Jacky furent déportés et ils ont tous péri dans le camp de concentration. Mon cousin, Maurice, qui réussit à s'échapper, est aussi arrive à Montignies et a rejoint Fernand dans la ferme de Mes et Hortense. Il était costaud et a pu aider les fermiers aux champs et à la ferme; lui aussi a joint le mouvement de résistance du village.
Nous avons alors appris que des amis de mon oncle qui habitait avec nous √† Briguolet avaient √©t√© cach√© dans une mansarde qu'ils devaient quitter au plus vite possible. La famille consistait du p√®re, de la m√®re et de leurs deux filles, Maria et Rosa. Le p√®re √©tait un tailleur bien renomm√© √† Bruxelles et il avait les moyens de pouvoir payer la famille voulant bien les h√©berger. Une fois encore, Maurice et Louisa Vos et ma m√®re sont parvenus √† leur trouver un logis. Les deux filles venaient de temps en temps √† la ferme; elles √©taient plus √Ęg√©es que moi et nous ne sommes jamais devenues amies. Je pr√©f√©rais la compagnie de Ren√©e, Gustave, Marie-Louise et le petit Maurice.
Apres la lib√©ration de Montignies, cette famille est rentr√©e √† Bruxelles et ils ne sont rest√©s en contact ni avec nous, ni avec nos amis de Montignies et je ne les ai jamais revus. Incroyablement, Louisa et Maurice Vos et ma m√®re ont r√©ussi √† trouver o√Ļ h√©berger dix-sept Juifs qui ont surv√©cu l'occupation.
Vers la fin de l'automne 1942, j'avais de moins en moins d'énergie et je n'avais pas d'appétit. Je ne voulais pas dire à ma mère que je ne me sentais pas bien car je savais qu'elle avait assez de problèmes sans devoir aussi s'inquiéter à mon sujet. Elle s'est rendu compte que j'étais fiévreuse et il a été décidé que je devais voir un médecin. Le Docteur Cuvelier de Lens est venu me voir; je l'avais vu dans le village; il était sympathique et faisait ses visites en vélo.
Il savait pourquoi nous habitions avec la famille Vos. Il nous a dit que j'avais une pleur√©sie et que je devais rester au lit pendant six semaines. Il a prescrit une s√©rie de 36 piq√Ľres. Marcelle Cowez habitait √† la ferme voisine de Briguolet; elle y habitait avec sa m√®re et je les connaissais depuis longtemps.
Elles √©taient toutes deux bien sympathiques et Marcelle √©tait d'accord de venir tous les jours me faire mes piq√Ľres; elle restait un moment avec moi pour me remonter le moral. Le Dr. Cuvelier a dit qu'il fallait que je dorme dans une chambre chauff√©e; la pi√®ce o√Ļ je dormais avec ma m√®re n'avait pas de chauffage et √©tait plut√īt humide. Maurice et Louisa ont imm√©diatement d√©cid√© que le grand lit que je partageais avec ma m√®re sera mis dans leur chambre √† coucher car il y avait le moyen de chauffer la pi√®ce.
Il y avait cependant un grand problème: comment obtenir des rations supplémentaires de charbon; le médecin devait remplir une fiche et M. Cuvelier a décidé qu'il ne fallait pas mettre mon faux nom sur la fiche. Maurice et Louisa ont. une fois de plus, sauvé la situation. Pourquoi ne pas y mettre le nom de Marie-Louise, leur fille cadette. M. Cuvelier fut immédiatement d'accord et remplit la fiche et la signa.
De temps en temps des amis du village venaient me voir; M. le Cur√© et SŇďur Jeanne sont aussi venus. Louisa surveillait mon r√©gime; elle me donnait la cr√®me du lait et du lard.
J'avais aussi des livres de la biblioth√®que du ch√Ęteau. Nous ignorions alors que le comte et la comtesse qui habitaient au ch√Ęteau y cachaient des aviateurs canadiens. M. le Cur√© me pr√™tait des livres et j'ai beaucoup appris au sujet de la vie des saints et leurs supplices; j'ai lu et relu l'Ancien et le Nouveau Testament; j'ai lu les livres d√©crivant le 'P√©ril Jaune' et le 'P√©ril Rouge'! Tout faisait farine au moulin.
Ces six semaines que j'ai passées au lit étaient très dures pour ma mère; en plus de tout ce qu'elle devait faire, je l'appelais des dizaines de fois; elle était aussi fort inquiète a mon sujet; malheureusement, je ne me rendais pas compte combien elle était fatiguée et Louisa m'a fait promettre de ne pas épuiser Maman.
Les semaines passèrent et je me suis remise et j'ai repris mes leçons avec Andrée Oreins; j'étais contente de pouvoir recommencer à traire les vaches et à aller aux champs.
Les semaines passèrent. Le 4 février 1944, un avion américain revenait d'une mission - bombardement sur la ville de Francfort.. L'avion était séparé de sa formation car il avait été atteint par le feu de l’aérodrome allemand. Nous pouvions voir comme des petits nuages blancs entourant l'avion Nous étions dans le jardin a l'arrière de la ferme et de là, nous pouvions voir ce qui se passait. Après quelques minutes, nous avons vu des parachutes quittant le bombardier; les allemands tiraient toujours et nous étions fort inquiets. Nous avons vu qu'un des parachutes avait atterri dans le champs derrière le jardin.
José, Gustave et Roger décidèrent d'aller voir si le parachutiste était en vie. Je voulais les accompagner mais ma mère a réussi à me retenir. Après quelques minutes, nos jeunes gens sont revenus portant un parachute. Deux autres résistants armés ouvrirent la porte de la ferme en soutenant un homme en uniforme; ce dernier semblait ne pas se rendre compte de ce qui lui arrivait. Quand je l'ai vu, je me suis rendue compte que l'homme en uniforme était un aviateur américain et je dois avouer que je me suis jetée dans ses bras pour l'embrasser. J'étais la seule à parler et à comprendre un peu d'anglais et j'ai réussi à lui faire comprendre qu'il était avec des amis qui allaient s'occuper de lui. Il ne savait pas dans quel pays il avait atterri.
M. Maurice était alité ce jour-là et quand son fils Gustave est monté lui dire ce qui se passait en bas, Maurice - avec son sang-froid habituel - a dit qu'il n'y avait qu'une chose à faire; il fallait que l'américain reste à la ferme. On lui a enlevé son uniforme et ses bottes; les garçons sont partis pour les cacher avec aussi le parachute. Louisa a trouvé des vêtements pour lui.
Notre aviateur s'appelait Monroe Cordon et il m'a dit qu'il √©tait √† Londres le matin m√™me du bombardement sur Francfort. Je lui ai dit que mon p√®re et mon fr√®re √©taient √† Londres et il m'a dit que lorsqu'il retournera en Angleterre, il leur √©crira; je lui ai donn√© leur adresse qu'il a appris par cŇďur car c'√©tait trop dangereux d'avoir cette adresse sur lui au cas qu'il soit pris par les Allemands. Il voulait savoir ce que nous faisions √† la ferme et je lui ai dit pourquoi nous √©tions la. Il m'a dit que lui aussi √©tait juif, qu'il habitait New York, qu'il avait 27 ans et que les avions revenaient d'avoir bombard√© Francfort. Il m'a dit qu'une de ses jambes lui faisait mal et qu'il avait aussi assez mal √† la poitrine. Nous avons appris plus tard que son avion s'√©tait √©crase pr√®s de la fronti√®re fran√ßaise.
Maurice Vos nous a dit que si les Allemands devaient venir fouiller la ferme il ne fallait à tout prix qu'ils nous trouvent. Il avait décidé que maman et moi devrons passer la nuit dans une ferme voisine, chez Divine. Nous la connaissions bien et la trouvions très aimable. J'ai dit à ma mère et à Maurice que je ne pouvais pas laisser l’Américain puisqu'il ne comprenait pas le français et qu'il fallait absolument que je reste à Briguolet. Malgré toutes mes explications il a fallu que je parte. M. Maurice nous a dit qu'il s'était juré de nous voir survivre la guerre et de nous voir réunies avec mon père et mon frère.
Au cours de l'après-midi, quelques résistants sont venus à la ferme pour dire que les Allemands étaient arrivés au village pour voir si des Américains y étaient cachés. Ils ont décidé de cacher notre parachutiste dans la grange. Avant qu'on ne puisse me retenir, je suis partie avec lui vers la grange toujours sous l'excuse de pouvoir lui expliquer ce que l'on disait. Il était très fatigué et sa jambe et sa poitrine lui faisaient mal et il était aussi fort inquiet d'être découvert en vêtements civils. A la grange, nous sommes montés sur l'échelle et je l'ai couvert de foin avant de me cacher près de lui. Après un moment, la porte de la grange s'ouvrit et quelques allemands armés sont entres et ont commence à remuer les gerbes de foin qui se trouvaient éparpillées au rez de chaussée de la grange. Nous nous cachions sans presque oser respirer. Heureusement ils décidèrent de partir après quelques minutes en disant qu'il n'y avait personne a la grange.
Je connaissais assez d'allemand pour comprendre ce qu'ils disaient; ils sont partis, laissant la porte entrouverte. C'est par miracle qu'ils ne nous ont pas trouvés. Le parachutiste m'a dit alors qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir un 'vrai' soldat allemand et il voulait absolument descendre pour essayer de voir les allemands! C'était de la folie pure et simple. Il a vu les soldats allemands grimper sur leur camion et quitter la ferme. Nous sommes rentrés à la ferme, saine et sauve - pour le moment.
Le soir, Maman et moi sommes all√©es chez Divine qui avait pr√©par√© notre chambre et √©tait des plus accueillante malgr√© le danger. Avant d'aller au lit j'ai dit a ma m√®re qu'il fallait absolument que j'aille √† Briguolet pour m'assurer que notre am√©ricain n'√©tait pas trop inquiet, qu'il √©tait un peu rassur√© et un peu plus confortable. Avant que Maman ne puisse me retenir, j'ai enfil√© une paire de sabots et j'ai mis un grand ch√Ęle noir sur ma t√™te et mes √©paules et ignorant le couvre-feu, j'ai couru vers la ferme en √©vitant le chemin et en allant par les champs, marchant le long des sentiers et tombant dans la boue plus d'une fois. Maman me suivait, furieuse mais incapable de m'attraper et de me retenir.
Lorsque nous sommes arriv√©es a Briguolet, les enfants √©taient au lit et nos amis et le parachutiste √©taient fort amus√©s de voir dans quel √©tat j'√©tais, crott√©e et couverte de boue. Tout allait bien √† la ferme et ma m√®re m'a fait rebrousser chemin pour aller passer la nuit chez Divine. Le lendemain, quelques membres de la r√©sistance sont venus avec un passeport pour Monroe. Il ne parvenait pas √† prononcer son faux nom avec un accent fran√ßais convaincant et j'ai pass√© un bon moment √† essayer de le lui faire dire. Eventuellement on lui a dit que si, par malheur, il √©tait questionn√©, Maurice et Louisa Vos d√©clareraient qu'il √©tait sourd muet - ou l'idiot du village. Les jeunes gens de la r√©sistance ont dit que des qu'il pourra voyager, un d'eux viendra avec une charrette attel√©e d'un cheval pour remmener vers la fronti√®re fran√ßaise ou des maquisards fran√ßais se chargeraient de lui trouver un refuge et aussit√īt que possible, l'emmener au Portugal d'ou il pourrait regagner l'Angleterre. J'√©tais tr√®s triste quand il est parti apr√®s m'avoir promis de se mettre en rapport avec mon p√®re et mon fr√®re d√®s qu'il arriverait √† Londres.
C'√©tait pour moi la fin d'une aventure incroyable mais en 1960, mon mari, mes enfants et moi habitions en dehors de Washington et mon amie qui travaillait aux Nations Unies a r√©ussi a trouver o√Ļ Monroe habitait; elle lui a t√©l√©phon√© pour lui dire que j'√©tais aux Etats Unis et lui a donn√© notre num√©ro de t√©l√©phone. Il m'a t√©l√©phon√© et est venu nous voir. Il nous a raconte' qu'il avait du rester en France o√Ļ deux vieilles femmes l'ont cach√© jusqu'√† la fin de la guerre.
Entretemps, ses parents avaient √©t√© inform√©s que leur fils avait d√Ľ parachuter quelque part en Europe occup√©e et ils ont d√©clare que puisqu'il n'y avait aucune nouvelle de lui, ils l'ont pr√©sum√© mort. J'ai fait la connaissance du p√®re de Monroe en 1960 et il m'a dit combien il √©tait reconnaissant √† la famille Vos d'avoir sauv√© leur fils.
Montignies fut enfin libéré le 4 septembre 1944 quand les premiers tanks américains sont arrives au village.
Tout le monde √©tait tellement heureux de voir nos lib√©rateurs. Nous √©tions vivants gr√Ęce au courage de la famille Vos et de nos amis du village. Le bourgmestre de Montignies, M. Degauquier, nous a rejoints sur la route pleine de tanks am√©ricains et il a dit √† ma m√®re qu'il ne m'avait jamais vue aussi heureuse. Pour cause. Nous sommes rest√©s amis avec la famille Vos et nos amis du village.
Louisa Vos est venue à Londres pour assister à mon mariage en 1953 et, après son décès, Maurice Vos est venu plusieurs fois passer des vacances chez nous.
Les années ont passés et je pense très souvent à mes amis de Montignies. Les paroles me manquent pour dire ce que j'éprouve pour la famille Vos et l'affection que je ressens toujours pour Maurice et Louisa. Mes parents et mon frère n'ont jamais oublié ce que ces gens ont fait pour nous.

Sources Internet :
http://www.montignies-lez-lens.be/index.php/fr/h-i-s-t-o-i-r-e-mainmenu-41-41/nos-maieurs-mainmenu-54/autres-faits-memorables/la-famille-vos

 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 04/11/16


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