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Rss Eben Emael
Vous me direz pourquoi une fois de plus Eben Emael, et pourtant..........73 ans plus tard........ le récit de Jean B(r)ock est toujours d'actualité.



Description du Fort.

Le Fort fut construit de 1932 à 1935 le long de la célèbre tranchée de Caster au Canal ALBERT à hauteur de l'écluse de Lanaye.
La tranchée de Caster constitue en effet un barrage exceptionnel par son envergure; elle traverse la colline de LOEN sur une distance de plus de 1.500 mètres et atteint une profondeur de 65 mètres.
Le Canal ALBERT y repose sur une largeur de 54 mètres entre deux berges de halage de 10 mètres de large chacune. A cet obstacle impressionnant que constitue le Canal ALBERT on y ajoute un ouvrage complet de grande étendue pouvant exercer son action éloignée dans toutes les directions.
La superficie du Fort est immense par rapport aux autres ouvrages belges : 60 hectares dont 40 pour le massif central est une flèche de plus de 900 mètres de long, large de 700 mètres.
Le Fort a √©t√© construit sur 3 niveaux, celui des ouvrages affleure la surface. Ensuite le niveau des galeries conduisant aux pieds des puits (liaisons avec les chambres de tir), aux postes et d√©p√īts de munitions, est √† la c√īte -20 m√®tres.
Enfin il y a le niveau de la caserne souterraine qui est reli√© au niveau interm√©diaire par ascenseur et escalier central; c√īte -40 √† -60 m√®tres.
Sur la superstructure, il y a 3 fausses coupoles de 6 m√®tres de √ė, 4 Mi C.A.(Mitrailleuses contre avions), 1 coupole mobile avec 2 canons de 120 mm (port√©e 17 Km), 2 coupoles mobiles √©clipsables avec chacune 2 canons de 75 mm court (port√©e 11 Km), 4 casemates d'une force totale de 12 canons de 75 mm long (port√©e 11 Km) et 6 mitrailleuses jumel√©es.
Parmi les petites armes qui dotaient les ouvrages des fossés on dénombrait 12 canons de 60 mm anti-chars à tir rapide (portée 3 Km) et 15 mitrailleuses jumelées. De la poterne d'entrée au P.C. il faut marcher 6 minutes, jusque Mi-Sud, 7 minutes, Mi-Nord, 14 minutes , coupole Nord, 15 minutes, Eb 1-01, 19 minutes (Eb 1-01 = observatoire sur Fortin 01).
Pour accéder aux anciens emplacements de Mi C.A. il faut marcher 9 minutes sur le Fort. A l'étage intermédiaire, il y a ainsi 3,5 Km de galeries bétonnées.
Pour accomplir un circuit complet il faut parcourir ¬Ī 13 Km.
A l'étage souterrain sont prévus les logements officiers et troupe, les lavoirs, cuisines et magasins, une infirmerie avec salle d'opération, bureau d'administration, armurerie, une salle de machines avec 6 moteurs Diesel de 175 HP, la centrale électrique ainsi qu'une importante cheminée d'évacuation avec 2 ventilateurs et un filtre à air.
Il existait une prise d'air principale dotée de 2 moteurs de 115 HP chacune, ainsi que 3 autres prises d'air de secours cachées par une légère couverture de maçonnerie. Trois débouchés d'infanterie respectivement Bloc II, coupole Nord et Mi Nord ainsi que 4 sorties de secours Bloc IV, VI, canal Sud et Mi-Sud.
Voilà le monstre qui fut construit à Eben-Emael pour une garnison théorique de 1.200 hommes.

Mai 1940 : Etat du Fort et moral de la garnison

Pour beaucoup, le Fort était le pénitencier du régiment.
On désignait généralement pour le Fort les officiers derniers de promotion, par mesure disciplinaire. La majorité était des réservistes!
Du c√īt√© sous-officiers, il suffisait d'√™tre mal cot√© au R.F.L.(R√©giment de Forteresses de Li√®ge) ou de mal se comporter pour y √™tre mut√©.
Le Major JOTTRAND, qui commandait le Fort, estimait lui-m√™me que le Fort assumait un r√īle de p√©nitencier, que les soldats √©taient m√©diocres et manquaient de conscience professionnelle. Toutes les fortes t√™tes des autres forts s'y retrouvaient. M√©lange de classes. Instruction insuffisante.
La garnison n'avait jamais tiré d'obus réels ni lancé d'authentiques grenades!
L'armement personnel comprenait carabines, grenades et 4 GP.(Grande puissance)
Le matériel lui-même n'était pas mis au point, la lunette de visée de la coupole 120 manquait, il y avait des déficiences graves aux canons de 75, etc.
En résumé : Militairement et techniquement, le Fort souffrait de déficiences graves et était fondamentalement conçu pour une attaque classique.
C√īt√© garnison, le personnel n'√©tait pas √† la hauteur de la t√Ęche : mal instruit, incomplet, moral inexistant, il deviendra une proie facile dans un ouvrage-pi√®ge. Entre-temps dans les salles de spectacle, on joue : "Ceux qui veillent", "A l'Est, rien de nouveau".

Préparatifs et attaque du Fort





Le Commandement allemand connaissait la nécessité absolue de s'emparer rapidement du Fort d'EBEN-EMAEL et d'occuper intacts les ponts de VELDWEZELT, VROENHOVEN et CANNE. C'est pourquoi fut conçu ce coup de main audacieux, le premier de l'histoire de la guerre.
Dans le plus grand secret, au sein de la 7e Division commandée par le Général STUDENT, on constitua le "Détachement de combat KOCH" total 341 hommes, fort d'une compagnie de chasseurs parachutistes, avec mission de s'emparer des ponts intacts, d'une section de sapeurs parachutistes, sous les ordres du Lieutenant WITZIG chargée d'occuper le Fort avec ses 85 hommes, d'un commando de planeurs (DFS 230) de transport sous la conduite du Lieutenant KIESS, celui-ci étant responsable du décollage nocturne du groupe des planeurs. Le tout sous le commandement du Major KOCH.
D√®s le 05 Nov 39, on commen√ßa √† la base de HILDESHEIM un entra√ģnement tout √† fait sp√©cial. Les groupes de combat y furent form√©s et herm√©tiquement isol√©s du monde ext√©rieur. Sans cong√©s ni sorties, cela dura six mois. Le secret le plus absolu entoura ces hommes.
On les mit au courant de leur mission et on les forma sans préciser la date ni le lieu d'action.
Les planeurs remorqu√©s par les JU 52 s'entra√ģn√®rent d'abord seuls puis en groupe, de jour et de nuit, sans et avec charge maximale.
Les sapeurs apprennent √† conna√ģtre et √† utiliser une nouvelle arme, les charges creuses de 50 Kg, capables de faire sauter du blindage de 25 cm d'√©paisseur. Toutes les explications et op√©rations furent r√©p√©t√©es jusqu'√† ce que chaque mouvement soit devenu un r√©flexe naturel. A une date d√©termin√©e, les planeurs furent d√©mont√©s √† HILDESHEIM, charg√©s dans des tapissi√®res et exp√©di√©s √† COLOGNE dans le plus grand secret, √† tel point que les Commandants des terrains d'aviation de COLOGNE-OSTHEIM et BUTZWEILERHOF ignoraient tout ce qui se passait sur leur terrain. Les groupes re√ßurent leur nom code "ACIER - BETON - FER - GRANIT". En attendant le grand moment, ils continuent de revoir leurs instructions : cartes, photos et documents.
Ils avaient d'ailleurs tous signé la déclaration suivante : "Je sais que je subirai la peine de mort si intentionnellement ou par inadvertance, j'informe quiconque oralement, par écrit ou à l'aide de photos, plans, dessins... etc. de mon emploi et des fonctions y afférentes" (2 parachutistes furent condamnés par un tribunal secret).
L'alerte fut donnée le 9 mai 1940 à 12.00 Hr; le rassemblement a lieu avec tout le matériel et tout le monde rejoint COLOGNE.
L'alerte fut précisée à 19.30 Hr et, à 20.30 Hr, les JU 52 atterrirent.
A 21.05 Hr, derri√®re chaque avion, on d√©roula le filin et accrocha un DFS 230 charg√© en remorque. A 21.30 Hr, rassemblement de la troupe; chaque section du groupe rejoignit son planeur, chacun devait savoir o√Ļ trouver son appareil et sa place puis, dernier et ultime contr√īle du chargement.
A 23.10 Hr dernier rassemblement et appel dans le hangar o√Ļ la mission fut communiqu√©e, chacun fit son testament en ajoutant sur l'enveloppe ferm√©e et scell√©e "Ceci n'est √† ouvrir qu'en cas de mort certaine".
Après, suivit la distribution de thermos de café noir et de pilules blanches dans de petits flacons portant la mention "PERVITAN" puis l'attente.
L'heure "H" est √† 03.25 Hr. Nous ne suivrons que le groupe GRANIT. Les h√©lices des JU 52 se mirent √† tourner et le d√©collage eut lieu exactement √† l'heure "H" 03.25 Hr; 15 minutes plus tard, toute la flottille √©tait en l'air soit 40 JU 52 remorquant 40 DFS 230 bien charg√©s. Pendant ce vol nocturne, on laissa les feux de position allum√©s. Entre COLOGNE et le lieu de largage pr√®s de AIX, on avait plac√© des projecteurs de 60 cm de √ė et des fanaux clignotants tra√ßant la route √† suivre. Du point de largage altitude 2.500 m, il reste 24,5 Km pour atteindre le but. Tandis que les planeurs foncent silencieusement, que se passe-t-il dans le fort ?
A 00.10 Hr, l'alerte est décrétée.
A 00.30 Hr, le fort réceptionne le message d'alerte.
A 00.32 Hr, l'ordre de réaliser les dispositifs d'alerte et de supprimer les congés est transmis.
A 00.35 Hr, les observatoires sont alertés et les ouvrages occupés.
A 00.35 Hr, la coupole Sud est prête pour le tir.
A 01.30 Hr, les destructions sont amorcées.
A 02.30 Hr, le Major JOTTRAND se souvient subitement qu'il fallait donner le signal d'alerte, et tirer les 20 coups de 75 mm aux quatre points cardinaux, pour avertir et faire évacuer la population civile des villages proches.
La coupole Nord fut charg√©e d'ex√©cuter l'ordre, mais comme elle √©tait inoccup√©e, l'ordre est transmis √† la coupole Sud. La coupole Sud annonce des ennuis de percussion; il faut patienter. Les postes avaient √©t√© occup√©s pour √™tre aussit√īt √©vacu√©s sur l'ordre du Commandement. Motif : il fallait comme √† chaque alerte d√©m√©nager les b√Ętiments ext√©rieurs du fort (bureaux, mess etc.), Mi Nord et Sud, Ma 1 et 2, coupole Nord et Vi 1 √©taient ainsi abandonn√©s au b√©n√©fice des friteuses et autres (Mieux : le personnel Mi Nord et Sud √©tait exempt d'alerte, en repos √† EBEN; ils envoient un des leurs pour demander s'il √©tait n√©cessaire de venir au fort !).
A 03.25 Hr, la coupole Sud tire les 20 coups mais irrégulièrement.
Vers 04.15 Hr, √† la poterne, le Major JOTTRAND, voyant tourner les planeurs, ordonne aux hommes de rejoindre leurs postes et demande pourquoi les Mi C.A. ne tiraient pas. Un Officier t√©l√©phone et demande d'identifier les avions; on lui r√©pond : "en tous cas, ce ne sont pas des Belges". "Alors, tirez !". Aussit√īt, on entend le bruit des Mi C.A. Controverse du chef des Mi C.A. qui a tir√© de sa propre initiative, n'ayant jamais re√ßu, malgr√© sa demande, l'ordre de tir.

L'ACTION ALLEMANDE √ČTAIT BIEN PR√ČCISE:

Atterrissage sur le fort à 04.25 Hr et détruire :
1. Les Mi C.A.
2. Mi N et S, coupole MA 1 et 2, coupole 120, coupole S et la pointe N (bluff).
Le planeur n¬į 5 se pose en premier, en renversant les Mi C.A.
Les survivants sont imm√©diatement faits prisonniers par les occupants de ce planeur. Ils placent une charge creuse sur la coupole Sud, se retirent et prennent contact avec la troupe n¬į 1 pour la suite des ordres.
Le planeur n¬į 1 ayant atterri √† proximit√© de Ma 2 fait sauter la cloche d'observation EBEN n¬į 3 ainsi qu'une embrasure; il faut √©tablir la r√©sistance dans l'ouvrage, prendre contact avec le Chef de la colonne pr√®s de Mi Nord.
Le planeur n¬į 2 n'ayant pas atterri, la coupole 120 n'est pas attaqu√©e imm√©diatement.
Les occupants du planeur n¬į 3 se chargent de Ma 1 pour le mettre hors de combat, y p√©n√©trer et y r√©sister, et attaquer la tour d'a√©ration de la salle des machines et √©ventuellement le bloc II. En cas de succ√®s : 2 fanions sur Ma 1.
Les occupants du planeur n¬į 4 doivent prendre Mi Nord, faire sauter la cloche d'observation EBEN 2 ainsi que l'embrasure de la mitrailleuse de gauche et occuper Mi N jusqu'√† la fin et installer leur P.C.
Planeur N¬į 6, destruction des coupoles pointe Nord.
Planeur n¬į 7, idem que le n¬į 6 et prendre contact avec le Chef de Colonne √† Mi Nord.
Planeur n¬į 8, prise de la coupole Nord et destruction du d√©bouch√© d'infanterie, Baraque GRAINDORGE et attaquer Vi 1.
Planeur n¬į 9, neutraliser Mi Sud, ensuite se regrouper au P.C. √† Mi Nord.
Planeur n¬į 10 en r√©serve au P.C. √† Mi Nord, mettre la radio en service et d√©ployer le pavillon √† croix gamm√©e. Puis voir le n¬į 2 (celui-ci √©tant absent, c'est le n¬į 10 qui attaque la coupole 120).
Planeur n¬į 11 en r√©serve √† la pointe Nord, √† l'abri avec le Chef de Colonne, en attendant la prise de Mi Nord, reprendre la mission du n¬į 4 au n¬į 9 si besoin. En cas d'incident, sauf MA 1 et 2 Mi Sud, les autres se replient vers le Nord pour se mettre √† l'abri.
Les troupes allemandes passent la frontière à 04.30 Hr, les Stukas attaquent les ouvrages non signalés à 04.35Hr.

Voyons séparément le comportement de part et d'autre au moment de l'attaque de la superstructure du fort
Coupole NORD N¬į 8 occup√©e depuis 03.30Hr par un Brigadier et une dizaine d'hommes qui attendaient au pied du puits, mais la coupole n'√©tait pas √©quip√©e et personne ne se trouvait √† la chambre des canons. Le Chef de pi√®ce, le Mar√©chal de Logis JORIS arrive au moment o√Ļ, sur la superstructure atterrit le planeur n¬į 8.
Avec quelques hommes, ils occupent la chambre des canons.
Le Maréchal de Logis JORIS soulève la coupole et par la lunette de visée voit plusieurs planeurs et des hommes courir.
Sans tirer, il éclipse la coupole et passe les renseignements au PC.
Il est 04.30 Hr; une premi√®re explosion √† la porte du d√©bouch√© d'infanterie sans grands d√©g√Ęts. "Tirer des bo√ģtes √† balles" commande le PC. Mais il n'y a pas de bo√ģte √† balles √† l'√©tage, il faut forcer les portes du magasin, ouvrir les caisses et charger le monte- charge; bien entendu, il cale; on les monte √† bras d'hommes et on arrive √† charger la pi√®ce de droite, la gauche √©tant d√©fectueuse; nouvelle explosion au d√©bouch√© d'infanterie, tuant et blessant des hommes tandis que l'√©tage interm√©diaire est √©vacu√©.
Nouvelle explosion plus forte, destruction des portes de guidage des canons, suivie d'une autre. Les tubes des canons paraissent intacts mais la calotte de la chambre est perforée. Une dernière explosion à 04.45 Hrs : la coupole Nord est définitivement mise hors de combat.
Coupole SUD + Mi C.A. n¬į 5. Attaqu√©e assez rapidement.
Campée sur le Bloc V, elle était d'accès très difficile.
Les Allemands firent sauter une charge creuse de 50 Kg sur la masse d'acier mais sans résultat. L'un des 2 canons fut mis hors service, affirment les Allemands. Ceux-ci venaient de perdre leur Chef.
La coupole était éclipsée au moment de l'explosion. Lorsque les servants voulurent l'utiliser, ils constatèrent la défection d'un des 2 canons. Celui-ci fut remis en état.
D√®s 04.30 Hr, la coupole Sud se mit √† tirer des bo√ģtes √† balles sur le massif envahi. Les Allemands ne purent plus approcher de la coupole. Le groupe s'en prit alors au Bloc IV situ√© entre la S et N; une charge explose et d√©truit la coupole d'observation, tuant le personnel. Les Allemands se retirent, les hommes du Bloc IV occupent l'√©tage inf√©rieur et restent √† leurs postes. La coupole Sud tirera sans rel√Ęche jusqu'√† la reddition du fort.
N.B. : Coupole S et N (poids 120 T tout compris) (contrepoids du balancier 30 T de plomb).
VISE 1 : A peine les trois pièces s'étaient-elles mises à tirer sur le massif, à 04.35 Hr, lors de l'ordre de "TIR GENERAL" que le tir fut interrompu par des violentes explosions dues selon les uns à la première attaque allemande, selon les autres au bombardement des Stukas. Tout le personnel se précipite à l'étage intermédiaire mais remonte 10' plus tard; le canon droit est atteint, on se met à tirer avec les deux autres canons. Des tirs pour occuper le personnel sont demandés mais on ne tirera pas sur les paras toujours en activité dans le rayon d'action de la casemate.
Le Major annonça prématurément au RFL la perte de Vi 1 à 05.40 Hr et pourtant Vi 1 était toujours occupé à 08.00 Hr, aux galeries intermédiaires, par une garnison assez disparate, il faut le dire. On décide de reprendre l'ouvrage malgré que le SOffr chef d'ouvrage prétend qu'il est occupé par les Allemands mais la chambre des canons était vide; on entendait les paras travailler à l'extérieur. Avec décision, quelques-uns tirèrent une quantité de projectiles avec les 2 canons valides. A 10.30 Hr, on arrête le tir en vue d'une contre-attaque d'infanterie. Bien entendu, les paras reviennent à Vi 1 et lancent des charges creuses de 1 Kg dans les tubes et Vi 1 est définitivement hors de service à 11.00 Hr.
VISE 2 ne fut pas inquiété un seul instant.
MA 1 N¬į 3 : Etait occup√© par un MDL et 6 hommes seulement. Une premi√®re charge creuse de 12,5 Kg explose et d√©truit l'embrasure, refoulant la pi√®ce de 75 dans le fond de la chambre √† canons, √©crasant un homme et en blessant plusieurs. Ils √©vacuent le bloc. Une large br√®che est ouverte dans le b√©ton, puis deux autres explosions ; les deux autres canons venaient de sauter √† 04.30 Hr.
MA 1 est MORT.
MA 2 N¬į 1 : Poss√®de une coupole d'observation.
Le groupe n¬į 1 ayant atterri √† proximit√©, place une charge de 12,5 Kg pour d√©truire l'embrasure destin√©e √† √™tre √©largie pour le passage, tandis que la coupole sautait probablement sous l'effet d'une charge de 50 Kg.
Dans le local T.S., 2 hommes sont bloqu√©s par la porte m√©tallique bloqu√©e elle-m√™me par le canon qui a recul√© (ils devaient rester ainsi plus de 24 heures jusqu'au moment o√Ļ les Allemands les ont d√©couverts). Les grenades descendant par les tuyaux d'√©vacuation d'air, semant la panique parmi les hommes.
Sur 24 √† l'effectif, 4 √©taient tu√©s, 7 bless√©s, 2 gaz√©s, 8 br√Ľl√©s et 3 seulement indemnes. A peine descendus √† l'√©tage, ils entendent une 3e et 4e explosions d√©truisant l'ouvrage. Les paras abandonnent MA 2, √† 04.40 Hr; les Belges font une reconnaissance. A 04.45 Hr, ils √©tablissent un solide barrage.
Le Drame de la Coupole 120 : Vers 04.45 Hr, le P.C. du fort est avis√© que deux bombes d'avion avaient atteint la chemin√©e d'a√©ration, celle-ci avait d√©j√† re√ßu une charge de 5 Kg du groupe n¬į 3 qui passait par l√†.
Le plus grave est ce qui se passa à la coupole 120, l'arme la plus puissante du fort avec ses 2 canons de 6 mètres de long.
Les hommes virent les planeurs et le signal√®rent au P.C. R√©ponse : "Etes-vous s√Ľrs qu'il ne s'agit pas de corbeaux !". Les corbeaux obs√©daient le commandement.
Le groupe n¬į 2 n'ayant pas atterri, elle fut √©pargn√©e quelques minutes, les servants pouvaient suivre les √©v√©nements √† travers le trou de la lunette et communiquer au P.C. A 04.30 Hr, ils re√ßurent l'ordre de "tirer au fusant sur le massif".
C'est alors que l'on constate que :
1. Le monte-charge est bloqué.
2. La lame du débouchoir et celles de rechange ont disparu.
3. Le poids de lancement du refouloir des pièces ne descend plus.
Conclusion : Tir impossible.
Réduite à l'impuissance avant même que les Allemands n'y aient touché, la défense se fit à la carabine.
Les paras se servent des prisonniers belges de Mi C.A. pour approcher.
A 04.35 Hr, une violente explosion suivie immédiatement de longues flammes sorties des culasses ouvertes. Des charges creuses avaient été lancées dans les tubes, causant des pertes. Les hommes se replient au pied du puits, à l'abri d'un barrage de poutrelles. Vers 07.00 Hr, des flammes sortent du barrage, les Allemands viennent d'essayer une charge de 50 Kg sans insister car cette puissante position était neutralisée.
Et pourtant, vers 08.00 Hr, un armurier parvint à remettre la pièce de droite en ordre de tir. Dans la chambre des canons, le MDL CREMERS fait charger la pièce et demande un ordre de tir. Il hésite à tirer sur l'objectif d'alerte, ne connaissant pas la position des Belges; l'ordre de tir ne vient pas.
A 09.30 Hr, Cremers fait décharger la pièce, une nouvelle explosion dans le tube droit fait fuir le personnel. C'est fini : pas un seul coup n'a été tiré.
La coupole recevra plus de 70 bombes au total et cependant la coupole et l'anneau sont intacts.
Ml - NORD : Le planeur n¬į 4 de WENZEL atterrit environ √† 80 m de MI-NORD dont les embrasures √©taient encore ferm√©es !
La raison : quelques hommes seulement étaient présents de leur propre initiative, puisque l'ordre de déménagement à la poterne avait été donné. De la coupole d'observation EBEN 2, ils virent un soldat allemand s'approcher du fortin. Le Sous-Officier de guet donna l'ordre à un soldat de se rendre à l'étage des Mi et d'ouvrir le feu.
Mais trop tard : une charge creuse d'un Kg explose dans l'ouverture o√Ļ se place normalement le p√©riscope d'observation : la Mi c√īt√© Sud tire quelques coups. Le P.C. est averti que l'on tire √† la mitraillette par la lunette de vis√©e de leurs armes. A ce moment, la coupole de EBEN 2 saute sous une charge creuse de 50 Kg, tandis que l'embrasure de la Mi gauche de la face Sud saute sous une charge de 12,5 Kg. L'ouverture sera √©largie plus tard par une charge de 50 Kg pour faciliter la p√©n√©tration dans l'ouvrage. Par le souffle de l'explosion, les armes sont projet√©es √† l'int√©rieur. Le phare est d√©truit et l'atmosph√®re charg√©e de gaz. L'ouvrage est √©vacu√©. Le chef de bloc et le personnel rentrant de l'ext√©rieur arrivent juste pour √©vacuer les bless√©s. En r√©alit√©, aucune arme n'a tir√© par manque de personnel qui n'a pas eu le temps d'ouvrir les caisses √† munitions. Le bloc abandonn√© devint le P.C. des a√©roport√©s, le lieu de parachutage et des prisonniers (30) jusqu'√† la reddition.
Ml - SUD : Si, selon les assaillants, à Mi-Nord on a tiré quelques coups de feu, à Mi-Sud ce fut le silence. Les occupants qui avaient pris possession de leur ouvrage à 03.12 Hr, tout comme Mi-Nord d'ailleurs, avaient été mobilisés à la poterne pour déménager les locaux de temps de paix.
A 04.25 Hr, le planeur du groupe NEUHAUS atterrit dans les barbel√©s de Mi-Sud qui est pris de panique. Ils attaquent le fortin au lance-flammes pendant que l'on d√©coupe les barbel√©s √† la cisaille. L'embrasure et la coupole d'observation sont d√©truites par des charges creuses de 12,5 Kg et l'embrasure min√©e par une charge de 50 Kg afin de permettre l'entr√©e et l'occupation de Mi-Sud jusqu'√† la fin. Au moment des explosions, les Belges arrivaient pour occuper l'ouvrage; la troupe reflua aussit√īt dans la galerie vers la caserne.
A 04.35 Hr, le fort est pratiquement aveugl√©; reste en service sur la superstructure, la coupole Sud tout azimut et Vi 2 pour des points fix√©s d'avance. Les Allemands qui n'occupent pas le fortin se replient √† Mi Nord, √† l'√©cart des bombes des Stukas qui harc√®lent surtout la poterne. Le MDL LECRON plus un soldat sortent vers 05.00 Hr pour incendier les baraquements et br√Ľler son bungalow √† 50 m de l√†. Le moulin de LOVERIX doit √™tre d√©truit par le g√©nie.
MAIS !
Sur le glacis, les Allemands ne restent pas inactifs : ils continuent leurs destructions et vers 06.00 Hr font sauter la cloche d'observation du Bloc II car c'est par ce c√īt√© corne Nord, que les pionniers doivent rejoindre et relever les paras, mais il faut franchir le canal.
Vers 06.50 Hr, un planeur isolé se présente au-dessus du fort; c'est le Lieutenant WITZIG qui rejoint son groupe avec deux heures de retard.
Les Belges font plusieurs sorties pour essayer de reprendre le massif, mais chaque fois le groupe est si peu important qu'il est voué à l'échec.
Vers 08.00 Hr, l'équipe de destruction de LANAYE rentre au fort à la grande surprise de beaucoup car ils étaient considérés comme des hommes condamnés. A ce moment, le Lieutenant WAGEMAN avec son peloton de grenadiers arrive à la poterne du fort et annonce qu'il va tenter une action contre les Allemands.
Mais sans coordination avec les patrouilles du fort.
Le Lieutenant WAGEMAN prend la direction du Bloc I vers le Bloc II et, √† mi-chemin, s'arr√™te √† l'abri du talus, attendant que le Sous-Lieutenant VERSTRAETEN cr√©e une diversion derri√®re Vi 2; lui et ses hommes grimpent le talus vers MA 1; il entend tirer du c√īt√© de Vi 2 mais rien ne bouge. De petites escarmouches ont lieu avec des petits groupes d'Allemands qui ne s'aventurent pas dans cette partie bois√©e. Le Sous-Lieutenant, bless√© au poignet rentre en courant au fort vers 11.30 Hr. Inquiet, le Lt WAGEMAN essaie de rejoindre le reste de son peloton parti avec VERSTRAETEN. En chemin, il rencontre le Lieutenant DENSE qui s'occupait d'un grenadier gri√®vement bless√©. Rentr√© au fort, il revient avec 2 infirmiers par la sortie d'infanterie du Bloc II pour emporter le bless√©. Peu apr√®s 14.30 Hr, DENSE rencontre le Commandant VAN DEN AUWERA qui arrivait avec une patrouille, lui indique la position des grenadiers et rentre au fort. Le Lieutenant WAGEMAN restait sans aide, essayant de ramper avec ses hommes en vue d'une progression vers le haut, mais il doit essuyer de violents tirs d'armes automatiques et lancers de grenades.
WITZIG avait pressenti le danger et avait donné l'ordre d'inspecter le bois et avait remis une mitrailleuse de Mi Sud en batterie contre les Belges et demandé l'appui des Stukas.
Les grenadiers .sont clou√©s au sol. Entre-temps, les quelque 230 hommes de repos √† WONCK sont arrives au fort, √©puis√©s, mitraill√©s et bombard√©s sans arr√™t tout le long des 5 Km qui les s√©paraient du fort. Apr√®s avoir mang√© et s'√™tre repos√©, le Capitaine HOTERMAN, les Sous-Lieutenants LEVAQUE et QUINTIN rassemblent les hommes avec grandes difficult√©s et, √† 17.45 Hr, le d√©tachement quitte la poterne. Le Sous-Lieutenant LEVAQUE estime sa force √† 100 √† 125 hommes (ce qui est manifestement exag√©r√© d'autant plus qu'il n'√©tait pas certain que tout le monde suivrait). Seul officier, ses hommes √©taient arm√©s de fusils et de grenades, il suit le m√™me chemin jusqu'√† la cr√™te face √† MA 1 et voit aussi les grenadiers sur leurs positions, mais il n'entre pas en contact avec eux. Quand il faut se diriger sur MA 1, sept √† huit hommes seulement acceptent de le suivre, mais la petite patrouille est accueillie par un feu nourri. Elle riposte puis se retire sur le versant de la cr√™te, o√Ļ elle se terre sous le bombardement a√©rien. A 18.30 Hr, elle regagne le fort. LEVAQUE fait son rapport au Capitaine HOTTERMAN. Inlassablement, le P.C. commande une nouvelle patrouille pour reprendre MA 1. Mais les Stukas montent de garde, bombardent et mitraillent la poterne en emp√™chant toute sortie.
Le soir, vers 20.00 Hr, presque sans munitions, le Lieutenant WAGEMAN et son peloton se présentent à la poterne et demandent l'accès. Le Major JOTTRAND refuse et n'accepte que les blessés.
Les grenadiers se replient vers leur bataillon o√Ļ ils arrivent vers 21.00 Hr, affam√©s et √©puis√©s. A 19.50 Hr, le Bloc II est compl√®tement d√©truit.
Les Allemands tiennent sous leurs feux toute la corne Nord. Le Lieutenant WITZIG pense √©vacuer le fort, mais son Sous-Officier WENTZEL n'est pas du m√™me avis; pour lui, quitter le fort serait avouer un √©chec. De commun accord, ils d√©cident de rester et d'organiser la d√©fense et d'occuper toute la pointe Nord; ils le signalent par radio au pionnier qui aurait d√Ľ les relever vers 10.00 Hr du matin, mais ce message en clair est intercept√© par un Belge qui le transmet au P.C. Celui-ci demande le support de Pontisse et Barchon en plus de la coupole Sud, par des tirs fusants sur la pointe Nord.
Les Allemands, sans eau et sans nourriture, à l'abri dans les fortins, peuvent enfin se reposer, protégés par les tirs d'artillerie.
A 05.00 Hr du matin, les pionniers font la jonction avec les paras à la pointe Nord. Ils ont passé le canal à la faveur de la nuit, ainsi que l'artillerie qui s'installe dans le village proche du fort. Les pionniers terminent les destructions commencées par les paras et la situation évolue très rapidement à leur avantage.
Le danger subsiste toujours à la coupole SUD, Bloc I, IV, V, VI, canal NORD et SUD, ainsi que Vi 2.
L'acharnement et le courage que ces hommes mettent à se défendre est exemplaire et mémorable. Ils abandonneront leurs ouvrages, après avoir saboté leurs armes, au moment de la reddition du Fort.
Le conseil de défense réuni, le Major JOTTRAND expose la situation et à sa grande surprise, tous les membres se prononcent pour la reddition. Il demande aux Allemands :
1. L'évacuation des blessés.
2. La vie sauve pour tous.
3. Les honneurs militaires pour la garnison.
Le Capitaine HOTTERMAN est chargé de négocier avec les Allemands, accompagné d'un clairon et d'un soldat porteur du drapeau blanc. Arrivé au Bloc I, il annonce la reddition et fait cesser le feu. Le personnel abandonne le Bloc I et rentre dans la galerie de caserne. Au dernier moment, le Capitaine HOTTERMAN se désiste et en charge le Capitaine VANECQ. Celui-ci demande ce qu'il faut faire, il lui répond :
"Demandez :
1. Les honneurs militaires.
2. L'évacuation des blessés.
3. ?
Il omet de dire que le bloc I est abandonné.
A 11.27 Hr, tout est consommé. La garnison belge a 59 blessés et 23 tués. Coté allemand 20 blessés et 6 tués.
Commentaires
Pourquoi encore "Eben-Emael" ? Peut-être qu'il fut le plus envié pour son modernisme, le plus critiqué après avoir tellement déçu.
Et pourtant en pouvaient-ils, ces soldats, de n'avoir pas eu la chance de bien d'autres forts o√Ļ le commandement et la garnison ne faisaient qu'un dans le combat de tous.
Appartenir à la génération dont le Destin a voulu qu'elle participa à la campagne des 18 jours qui se termina par la défaite du pays.
C'est un sort pénible et les soldats ont, plus que d'autres, éprouvé le drame et la déréliction de leur peuple.
La captivité, ou d'autres raisons, ont contraint les anciens combattants à garder le silence durant des années.
Les vainqueurs, naguère nos ennemis, ont publié bien des revues de propagande sur leurs victoires et leurs campagnes "éclair".
II faut dire que la Belgique, fière de son fleuron de défense "Eben-Emael'' décrit comme grandiose et invulnérable, jetait sans le savoir des bases solides pour la propagande allemande. Grandiose, il l'est toujours mais invulnérable, la preuve du contraire a été démontrée; en plus ou moins 15 minutes de temps, le fort en surface était muselé à 80% quoique les 20% restants firent mal pendant plus de 32 heures.
Il n'est pas question de plaider ou d'accuser mais de faire appara√ģtre la juste part des choses, plut√īt que lire chaque fois : la garnison n'√©tait pas valable; les jeunes officiers √©taient les derniers de promotion; les hommes √©taient consid√©r√©s comme les fortes t√™tes, les ind√©sirables, les inaptes et √©cart√©s comme tels par les autres forts.
Un tel jugement du Commandant du fort sur sa garnison est inacceptable si ce n'est que pour couvrir ses déficiences personnelles au commandement et à l'initiative de créer l'émulation entre les différents organes de défense et la confiance dans leurs moyens.
Créer un terrain de football sur le massif pour distraire les hommes, c'est bien, mais prévoir des obstacles pour empêcher l'atterrissage d'avions ou de planeurs est primordial.
Depuis 1920, l'Allemagne multiplie ses clubs d'aviation civile y compris planeurs, parachutisme et l'accentuera quand l'accord aéronautique de Paris en 1926 supprimera certaines restrictions.
La possibilité d'atterrir sur le fort était connue et révélée par le Major Decoux et confirmée par un de ses amis aviateur à l'époque. En 1938, les parachutistes sont employés discrètement lors d'une opération dans les Sudètes, moins discret en avril '40 en Norvège, et pourtant rien n'est fait pour parer à cette éventualité.
Pourquoi le Commandement ne s'est-il pas souci√© de la bonne occupation des diff√©rents organes de d√©fense ainsi que leurs moyens plut√īt que regarder le d√©m√©nagement des mess, friteuses, machines √† √©crire, etc. Alors que les planeurs font leur apparition, aucune instruction ni ordre de tir n'a encore √©t√© donn√© aux mitrailleuses anti-avions se trouvant sur le massif.
Et combien d'autres manquements connus et inconnus ?

Pour terminer je vous livre quelques clichés pris à Eben Emael:












Le salut de Kurt Student, chef des troupes aéroportées allemandes, à ses parachutistes à Eben Emael




Devant le bloc n¬į1, qui constituait l'entr√©e principale du Fort d'Eben Emael.




Le maréchal du Reich, H.Goering, félicitant le général K.Student pour l'action déterminante
des troupes aéroportées dans la capitulation de la Hollande et de la Belgique.




Entrée du bloc 5. Ce bloc a beaucoup moins souffert que les autres et
les murailles ne laissent pas para√ģtre des impacts aussi nombreux.Selon un ancien guide du fort, il s'agirait du bloc 2




BIBLIOGRAPHIE
"Ceux d'EBEN-EMAEL" par l'Amicale des Anciens
"LA PRISE DES FORTS DE LIEGE" Edition ATLAS
"SIGNAL" Magazine allemand 1940
"LES PARAS ALLEMANDS AU CANAL ALBERT" J.L. LHOEST
"LIEGE EN IMAGES" "85 contre 750" Jean JOUR
"ADLER" Magazine allemand 1940
"AFTER THE BATTLE" EBEN-EMAEL MAY 10 1940
"LA PRISE DU FORT D'EBEN-EMAEL" Belgique, 10 mai 1940 Colonel Rudolf WITZIG

La source de ce récit provient du:
Fascicule 9 tome II du bulletin du CLHAM (Cercle Liégeois d'Histoire et d'Archéologie Militaire)
http://www.clham.org/050211.htm#00
Article de Jean Brock

Source iconographique pour les 4 dernières photos:
Fond photographique et Collection Engelberger et reçues via Fbonnus (France)
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 17/06/13


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