
Alphonse Bougard en uniforme d’aumonier de l’Armée Belge.
Alphonse Ferdinand Bougard naît le 15 juillet 1900, à Carnières, dans une famille ouvrière. Après ses études à Morlanwelz, La Louvière et Rèves, il part à l’étranger, terminant ses humanités à Fribourg, puis à La Rochelle, chez les marianistes. Il entre ensuite au Petit séminaire de Bonne-Espérance puis au Grand séminaire de Tournai, accédant ainsi à la prêtrise en 1927. Cinq ans plus tard, il devient vicaire à Pâturages, au sud-ouest de Mons. Proche des fidèles, il s’efforce d’aider tous ceux qui sont dans le besoin. À titre d’exemple, en mai 1934, il est parmi les premiers à porter secours aux victimes de deux coups de grisou successifs au charbonnage du Fief de Lambrechies.
À l’âge de 35 ans, il est ordonné vicaire de l’église Saint-Lambert de Courcelles. Outre ses activités sacerdotales, il enseigne la religion à l’École moyenne des filles de Trazegnies, à l’ouest de Courcelles. Fidèle à son tempérament, on le dit proche de tous, notamment des plus âgés.
Lors de la campagne des 18 jours, il est mobilisé en tant qu’aumônier militaire au sein du 5e Régiment de chasseurs à pied. Touché aux reins par un projectile allemand, il est contraint de revenir dans sa paroisse à Courcelles. Son église sera le point de départ de son activité dans la résistance.
Opposé à l’occupant, l’abbé Bougard entre dans la résistance dès le lendemain de la capitulation belge. Il est ainsi à l’initiative de la distribution de la première équipe courcelloise de La Libre Belgique (Peter Pan), tout en participant à la diffusion du Patriote et de L’Union belge. Témoignage de son investissement, il s’engage dans plusieurs organisations. En 1941, il rejoint la section Main blanche de la Légion belge et, plus tard, il intègre le Front de l’Indépendance (FI). Il est principalement connu pour avoir contribué à la création de la composante locale du Mouvement national belge (MNB), dont il est désigné chef de brigade en octobre 1942.
Alphonse Bougard n’est pas seulement actif dans la presse clandestine. Il recrute aussi des membres pour les organisations de lutte face à l’occupant, tout en apportant son aide aux résistants. C’est ainsi qu’avec le concours de l’administration communale, il fabrique de faux documents, tels que des cartes d’identité et de ravitaillement, et fournit de fausses domiciliations. Il participe également au détournement de timbres de ravitaillement. Ce matériel est ensuite transmis aux personnes vivant dans l’illégalité : des résistants mais aussi des Juifs et des réfractaires au travail obligatoire.
Le lieu même de son activité culturelle profite à la résistance, puisqu’il met son église à la disposition des Partisans armés et des membres du MNB qui y entreposent des armes et de la dynamite, récupérée dans les charbonnages des alentours. Ce matériel permettra aux résistants d’effectuer divers sabotages dans et en dehors de Courcelles. Une telle collaboration entre les Partisans armés, par essence communistes, et un catholique est particulièrement rare. En fait, les activités de Bougard se démarquent clairement des profils généralement rencontrés parmi les clercs résistants belges durant la Seconde Guerre mondiale.
Les actions des Partisans armés à l’encontre des collaborateurs à partir de mars 1942 provoquent un durcissement de la répression, davantage encore après l’assassinat du bourgmestre rexiste du Grand Charleroi, Prosper Teughels, par le groupe de Victor Thonet, le 19 novembre 1942. Dans la foulée, Désiré Paquet est arrêté le 21 décembre 1942. Interrogé, il livre des renseignements qui conduisent à l’arrestation de dizaines de résistants de la région de Charleroi, dont treize Courcellois, entre décembre 1942 et avril 1943. En fait, l’homme qui travaillait avant-guerre pour la gendarmerie comme informateur des milieux communistes de Charleroi et de la Basse-Sambre, se met au service des Allemands. Il est responsable de très nombreuses arrestations. Dans ce cadre, l’agent de police de Courcelles François Druine, affilié au FI et au MNB, est appréhendé le 30 décembre à Tamines. Dans les jours qui suivent, plusieurs résistants courcellois issus de ces groupements et en relation avec les résistants arrêtés sont appréhendés par les autorités allemandes. Ainsi, le 11 février 1943, du fait de ses affiliations et contacts, l’abbé Alphonse Bougard est privé de liberté. Il est incarcéré à Breendonk avant d’être, à l’instar de la moitié des résistants courcellois arrêtés, déporté en Allemagne. Il transite ainsi par le camp d’Esterwegen puis intègre celui de Gross-Rosen. En 1944, l’abbé contracte un phlegmon au doigt. L’infection bactérienne, non traitée, finit par l’emporter le 20 novembre 1944.
Source : Extrait de l’article de M. Romain Vermeersch
https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/bougard-alphonse.html
Ecrit par: prosper, Le: 30/12/24










