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Rss Adjudant Schombroodt : 5°escadrille du 2° Régiment d’aéronautique (Chasse)
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Fairey FoxIII n° 139 capturé à Vissenaken le 11 mai 1940



-On ne peut pas y aller, major ?
Comme des ressorts bandés, tels des chiens de chasse qui attendent que le ‘’vas-y’’ de leur maitre, les pilotes se rapprochent, quêtant la réponse.
-Nous devons attendre les ordres !
Personne ne répondra, la discipline, mieux que laisse, nous tient.
Le capitaine, très grave, nous rassemble :
--Nous avons une mission d’interdiction à fournir avec trois pelotons de trois.
Au fur et à mesure que les noms sont appelés, des regards s’entrecroisent, des clins d’œil s’adressent de l’un à l’autre. La bonne entente règne comme toujours et le moral est au maximum. Toute l’escadrille aurait voulu participer à ce vol, mais il n’en faut que neuf.
-Que ceux qui ne sont pas désignés prennent patience, ce n’est que la première mission.

Les moteurs sont mis en marche. Leur chanson de géants va crescendo, nous électrise. L’aérodrome prend son vrai visage, tout s’anime, tout s’éveille jusqu’aux herbes qui frissonnent dans le tourbillon des hélices.
Les pilotes bouclent leur parachute, serrent leur casque de vol et s’installent dans leur avion. A 8h30 environ, nous recevons l’ordre de décoller
Nous partons vers est-sud-est. Nus dépassons bientôt la ville de Tirlemont : le bombardement de l’aérodrome est très visible. Nous longeons au sud le chemin de fer Bruxelles-Liège, nos grimpons toujours. J’ai armé mes deux mitrailleuses et nous ne cessons d’inspecter le ciel dans toutes les directions Tout à coup j’aperçois derrière nos deux premiers peloton une volée de petits avions qui foncent sur eux à une vitesse prodigieuse. Ils sont onze. Je secoue immédiatement mon zinc pour obtenir l’attention de Carpentier, il se retourne vers la gauche et les voit à son tour. Il me fait ‘’compris’’ de la tête et ‘’virage à gauche, plein tube’’
L’accrochage a lieu, c’est la mêlée. Quelle vision !! Nos 6 Fox et les 11 monoplans ennemis forment à présnt un bloc. Nous appuyons sur la manette des gaz à plier.
Nous sommes maintenant dans la danse, j’ai encore le temps de voir un des nôtres là à environ 1000m plus bas, un long fuseau blanc sort de la carlingue, un parachute ! Déjà !
Les Messerschmitt, car ce sont des Bf 109, passent dans tous les sens à des vitesses auxquelles nous ne sommes vraiment pas habitués. Nos Fox semblent rester sur place. Les balles hachurent l’air et nous entourent et se resserrent tels les bras d’une pieuvre.
Carpentier choisit le sien et j’en vois un à 1000m qui remonte d’une attaque
-Toi, je te tiens.
Je vise posément, avec un calme qui m’étonne. Je vois nettement la croix noire sur le fuselage et le pilote dans sa cage vitrée Je lui lâche à 50m une double rafale de mes mitrailleuses. Il n’y a pas de doute, il en a eu ! mes traçantes sont en plein dedans ! Il bascule sur l’aile et pique à la verticale, je ne le lâche pas et me colle à son derrière. De nouveau à 50m tout au plus, mes mitrailleuses crachent leurs balles et cette fois plus de correction à faire, je suis dans son axe. Mes pouces ne quittent pas les gâchettes, mais plus fin que le min, son avion gagne de la vitesse.
Soudai, un puissant bruit de moteur et un choc dans les commandes me font tourner la tête : un autre Messerschmitt partait sur ma droite en virant ; il m’avait tiré dans le dos pendant que je poursuivais le premier. Mon assaillant devait avoir un canon, car mon aileron, des lambeaux de toile, des bouts de ferraille se détachaient de l’aile.
Me retournant pour voir si un autre n’était pas à mes trousses, je m’aperçus que la partie doite de mon empennage avait pris le même chemin que l’aileron
Je pensais de suite à la grande vitesse acquise dans le piqué ; tout le plan droit allait-il se détacher ?
Je réduisis les gaz. Dans ses conditions, je ne pouvais plus penser à reprendre le combat. En regardant voler les morceaux, je pensais même que j’allais devoir me servir de mon parachute. Je descendis en spirale. Ma pensée se reporta sur les copains là-haut. J’étais obligé de reprendre le chemin du retour sans eux
Je vole à la plus faibe vitesse possible, mon avion penche de plus en plus à droite et ce n’est qu’en volant en crabe que je parviens à poursuivre ma route. Des morceaux se détachent encore. Si le pire arrive, je ne suis plus assez haut pour sauter en parachute et en regardant ces blessures béantes qui grandissent continuellement, je demande à mon brave 139 de bien vouloir me reconduire au terrain comme il l’a fait tant de fois.
Je fais très prudemment un large virage pour me mettre dans le vent, cela tient toujours !
Ouf ! mon zinc roule maintenant sur la piste.
Je sors de l’avion et regarde de plus près les dégâts, Ils me l’ont arrangé mon 139, outre les deux morceaux arrachés, des balles ont traversé les mâts, le plan droit et le gouvernail de direction, la toile de l’empennage pend jusue dans les herbes.
D’autres ont atterri à leur tour, mais on en attend enore trois.
Les trois derniers, nous les attendrons en vain, ils ne reviendront aps…
Personne n’ose parler, la douleur est visible sur les traits de tous ; notre commandant d’escadrille, le brave capitaine Boussa, serre les dents.
Mais aussi, pourquoi nous envoyer à une partie aussi inégale, en ‘’suicide commandé’’ ?
Source bibliographiques et photographiques :
39-45 Carnets de Guerre Edition Jourdan.
‘’Peuple belge, nous nous sommes battus à un contre vingt’’ article de Joseph Schombroodt, ‘’Icare’’ n°74 de 1975
https://www.belgian-wings.be/fairey-fox-4/o-139

 
 
Note: 5
(2 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 30/04/24


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