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Rss Cela aussi c'était résister

Le 10 mai 1941, un an après l’invasion allemande, des mineurs se mettent en grève à Seraing. En quelques jours, la grève contre l’occupant allemand s’étend.





En pleine occupation, près de 200 000 ouvriers et mineurs (de Belgique et du Nord de la France), poussés à bout par des conditions de vie et de travail insoutenables, ont osé défier l’occupant.
La Belgique et le Nord de la France constituent une région stratégique importante pour l’occupant. Le charbon y est la première industrie. Et de charbon, les nazis en ont besoin. Alors qu’ils préparent l’invasion du géant soviétique, ils rencontrent une résistance inattendue en Yougoslavie… Ils doivent alors accélérer leur production d’armes.
L’hiver 1940-1941 est rude. Pas tant pour sa météo que pour la misère que subit la majorité de la population. Les salaires sont bloqués, mais les prix s’envolent.
Les rations diminuent. Les pommes de terre manquent. En avril 1941, un ingénieur d’un charbonnage du bassin de Seraing interroge les 55 ouvriers qui descendent dans la mine. Deux d’entre eux n’avaient rien du tout à manger, un autre seulement deux ou trois carottes, les autres un peu de pain avec parfois quelque chose pour l’accompagner. Un seul avait de la viande.





Alors que le pays est sous occupation militaire et que les grévistes sont passibles du Tribunal de guerre, qu’est-ce qui peut bien pousser métallos et mineurs à prendre de tels risques ? La faim, qui ravage le pays depuis le premier hiver de la guerre. Depuis la fin 1940, les denrées alimentaires se font rares et leur coût augmente de jour en jour. Les ouvriers sont les premiers touchés car le marché noir, hors de prix, leur est inaccessible. Leur salaire est en décalage complet avec le coût de la vie. Le 7 mai 1941, leur patience atteint ses limites. Plus une seule pomme de terre n’est disponible alors que les travailleurs y ont normalement droit, et ce à raison de 15 kg par mois ! La grève apparaît alors comme la seule issue.
Le 9 mai, les travailleurs du site de la Boverie (Seraing) refusent de descendre dans la mine. Le lendemain, 10 mai 1941, pour le premier anniversaire de l’invasion allemande, des femmes de la fonderie de Cockerill, plus grosse entreprise métallurgique de Liège, parcourent le site pour convaincre les travailleurs d’arrêter le travail. 8 000 ouvriers se mettent en grève. Très vite, l’information se répand. La grève dépasse les frontières. Elle va même toucher le nord de la France.
En une dizaine de jours de grève, les travailleurs obtiennent des résultats : « Les revendications portaient sur le renforcement substantiel des rations, mais aussi sur une augmentation de 25 % des salaires, bloqués depuis le 10 mai. Dans le contexte de guerre, les résultats sont étonnants : hausse des salaires de 8 %, allocations de vacances, rations supplémentaires… Le mouvement, qui entre dans la geste de l’occupation sous l’appellation de “Grève des 100 000”, est un incontestable succès, acquis de surcroît sans faire de victimes.»
Ce que les travailleurs ignorent alors, c’est que l’ordre de donner des rations supplémentaires vient du chef suprême de l’armée allemande, Adolf Hitler lui-même, selon José Gotovitch. « Halder (chef d’état-major adjoint de l’OKH, armée de terre allemande, NdlR) suit le mouvement au jour le jour et Hitler ordonne en personne une distribution immédiate de ravitaillement pour faire cesser un mouvement qui coûte 2 000 tonnes d’acier quotidiennes. » Quand on se prépare à envahir l’URSS, une telle perte de matériau est catastrophique.

Source bibliographiques et iconographiques :
https://www.solidaire.org/articles/mai-1941-la-greve-des-100-000-gagner-une-greve-en-temps-de-guerre

 
 
Note: 5
(2 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 30/04/21


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