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Par Bauwens




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Rss Les femmes et la guerre 1940-1945
Le texte ci-dessous (inédit) est de la plume de Claire Pahaut, historienne

La résistance au féminin, en Hesbaye. 1940-45.



Pour la seconde fois en ce XXème siècle, la Belgique est entraînée dans la guerre. Tout se colore de vert-de-gris. Dans les maisons, la vie l'emporte plus exigeante encore : les tâches domestiques accaparent les mères et les épouses. Et les files pour le ravitaillement sont bien longues.

A Waremme, peu de cuisines sont équipées d'un évier. Que dire des maisons des campagnes hesbignonnes ? La Hesbaye est d'abord rurale. Chacun a sa réserve d'eau de pluie et une pompe à actionner dans la cour. Et pourtant, que de casseroles noircies par le charbon, que de mannes d'eau à chauffer pour les bébés ? Et que de trajets jusqu'à la fontaine d'eau potable, conservée avec soin dans les pots en grès.
Les lessives ? Peut-on trahir l'aviateur anglais Colin Rooks dont l'avion fut abattu par les Allemands et qui trouva refuge chez les jeunes mariés, Marie et André Beauduin, rue d'Oleye à Waremme ? Par pudeur, sans doute, Rooks refusait de confier son « petit linge » à son hôtesse. Que d'eau lui fallait-il pour laver, rincer et encore rincer les longs caleçons qui le protégeaient du froid. Femmes qui me lisez, vous devinez l'état de sa chambre après ces travaux domestiques.
Colin Rooks s'était cassé la jambe en sautant de son parachute. Une jambe cassée sabote la vie d'un aviateur. Mais un aviateur caché et qui se traîne en béquilles, oublie parfois le bruit qu'il fait à l'étage. A l'hôtesse de se taire et de savoir jouer la comédie.
Et pourtant...
« Blottie entre Liège, Tongres et Neerwinden, au-delà de Huy et de Hannut, avancée de la cité ardente, la terre de Hesbaye est dure mais nourricière ; ce qu'elle fait naître devient fort », écrit le Notaire Jamoulle, de Viemme, dans le Journal des résistants du réseau Otarie .
("Ici Otarie, scènes de Hesbaye, 1940-44.")


Ce journal en dit long des multiples faits d'armes et de la camaraderie nés contre l'occupant.
Mais en écrivant cette page, nous voulions, plutôt, partir du témoignage de celle qui a accepté discrètement de revivre pour nous le quotidien des femmes pendant la Deuxième guerre. Sa voix est sans doute la dernière. Elle n'en est que plus chère. (Marie Beauduin)

Dès l'automne 1940, un premier groupe de résistants se forme à Waremme. Plusieurs autres réseaux quadrilleront la Hesbaye : le réseau Clarence, le réseau Otarie, la Croix Rouge. Et derrière chaque homme engagé, des mères, des épouses, des fiancées, des enfants.

Le jour de l'Ascension 1943, Madame Leenaerts de la rue des Champs à Liège est arrêtée par les Allemands et emprisonnée jusqu'en octobre à la Citadelle puis à la prison Saint Léonard. Relâchée en automne, elle ne revoit pas son mari avant la fin de la guerre. Pour échapper au travail obligatoire à l'usine d'armement de la FN, elle en appelle à des amis, employés à la poste comme son mari. Quelque 24 h plus tard, c'est à la rue d'Oleye à Waremme, chez Marie et André Beauduin, surnommés monsieur et madame Modeste, qu'elle est accueillie. Elle y restera, avec son enfant, jusqu'en mai 45, sous le nom de madame Leburton de Lantremange. Elle se sait dans une maison de résistants ; elle devine les risques mais les partage aussi. Monsieur et madame Modeste ont toujours ouvert grande leur porte : il a bien fallu, à un moment donné, collecter des vêtements pour quatre aviateurs à la fois et descendre jusqu'à Liège pour trouver des oranges à offrir à Colin Rooks, le jour de ses 20 ans. Son séjour fut long, à la rue d'Oleye.

Accueil des patriotes, des maquisards traqués, des aviateurs de la RAF. Où les cacher ? Comment les rhabiller ? Où trouver des bottines 46 pour Paul Wright ? Comment leur servir à souper quand, en nombre, ils sont rassemblés ?
Chez Sidonie Lambert, on installe le premier dépôt clandestin. La comtesse de Renesse accueille au château de Berloz le premier PC -poste de commandement-. Madeleine Lecloux-Lejeune abrite le Service de Santé et les jeux de cartes militaires. Des ateliers de couture de badges sont animés par Trotinette, Mariette Vallée, Maria Moureau. Et les uniformes parachutés sont cachés dans un caveau du cimetière de Celles.
Trouver une carriole et un cheval pour conduire cette jeune maman à son mari embusqué près de Hannut ; puis rentrer dans une ferme de Trognée et faire chauffer le biberon du bébé.

Si tant de gestes de femmes sont posés dans l'ombre, la femme devient aussi un bon agent de liaison. Tous les jeudis, le courrier Clarence, déposé le mercredi par Malou Muschart chez l'abbé Abinet au Collège Saint Louis de Waremme, arrive chez les vieilles demoiselles du magasin d'objets pieux de la rue Neuvice à Liège. Ce courrier, caché dans les guidons du vélo, dans les souliers, dans l'étui de cigarettes, dans le décolleté, doit aller jusqu'à Londres. L'abbé Halkin, frère du professeur Léon E. Halkin, émet de son poste, à la cure de Grandville. Mais il faut changer constamment les lieux d'émission pour brouiller l'ennemi.
Transport d'armes et d'explosifs, dans le sac du vélo, cachés sous un tricot ; Francinette del Marmol en dresse les listes.
Il faut avant tout éviter les patrouilles allemandes. " Je vais chercher des oeufs, chez Streel à Noville ". Chemins, sentiers, bosquets, défilés, côtes ; boue argileuse et gluante et frissons dans le dos. Le brassard d'ambulancière est un bien petit alibi.

C'était quelques jours avant la Libération, Marie Beauduin doit transporter, de chez l'imprimeur, les affiches à placarder après le départ des troupes allemandes. Mais des Allemands, il en vient en débandade, de Huy vers Tongres. Marie en a pleuré : par deux fois, sa mission est menacée. L'un lui prend son vélo, revolver au poing en plein Waremme, sur la place de l'Eglise ; d'autres, des maquisards excités, s'approprient grossièrement sa monture, à la Chapelle de Saives. Le jour est tombé. Il lui faut rentrer chez elle, après le couvre-feu.
Moins fouillées que les hommes, peu questionnées, les femmes traversent plus facilement les lignes ennemies.

Aucune ne fut arrêtée en Hesbaye.


C'etaient Sidonie Abeels, Marie-Elisabeth Beauduin, Marie Beauduin-Seny, Paulette Berger, Marie-Louise Bruyninx, Laure Coune, Annie Delange, Françoise Del Marmol, Ninie Hendrickx, Anna Javeaux, Madeleine Lecloux, Josee Marchoul, Rita Maréchal, Maria Moreau, Malou Muschart, Paula Paquot, Madeleine Pirotte, Mariette Vallée, Eva Wéry et bien d'autres.


Source : Claire Pahaut, « Les femmes et la guerre, 1940-45, La résistance au féminin en Hesbaye », dans : A. Martin-Schaillée, Empreintes de femmes à Waremme, p. 22, 2000.
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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