Tous ceux qui abhorrent le régime d'occupation et la collaboration ne passent pas à l'action. Cela exige un grand courage, et le risque de répression est élevé. Fin 1940 et début 1941, la résistance reste l'affaire de quelques individus seulement. À partir de 1942, le nombre de centres de résistance augmente également en dehors des grandes villes. On estime qu'environ 150 000 résistants belges étaient actifs dans les semaines et les mois précédant la Libération. Environ 15 000 d'entre eux ne survivront pas à la guerre.
L'engagement d'une personne dépend de divers facteurs. Il peut s'agir d'une conviction idéologique : antifascisme, position anti-allemande ou pro-alliée, patriotisme belge affirmé, sentiment royaliste, communisme, lutte pour la liberté et la démocratie, etc. Mais une conviction seule ne suffit pas. Les réseaux informels de collègues, de famille, de voisins, d'amis, etc., tissés avant la guerre, jouent souvent un rôle tout aussi important.
Les principaux mouvements de résistance à Anvers
Les mouvements de résistance les plus importants dans la région d'Anvers sont la Légion belge, mieux connue à partir de juin 1944 sous le nom d'Armée secrète (GL- Geheim Leger ou Armée Secrète)), le Mouvement national royaliste (NKB nationale koninklijke beweging), le Front d'indépendance (OF) (onafhankelijk front) et la Brigade blanche-Fidelio (WB-F).(Witte brigade-Fidelio).

Hommage d'après-guerre à la résistance ; au micro, Marcel Louette (alias Fidelio)
Ces mouvements de résistance se sont développés par tâtonnements durant la guerre, face à une répression allemande impitoyable. Les deux premières organisations patriotiques belges recrutaient principalement d'anciens soldats et des membres de la bourgeoisie francophone. La NKB était également ouvertement royaliste et donc léopoldiste. L'OF, quant à elle, recrutait dans des milieux très différents. Fondée sous l'impulsion des communistes, elle visait aussi à constituer un large front populaire destiné à unir toutes les forces antifascistes, au-delà des clivages partisans. Pour les actions de résistance armée, le parti communiste s'appuyait toutefois sur ses propres militants, qui formèrent les « Partisans armés ».
La WB-F, fondée dans les milieux libéraux sous l'impulsion du professeur de lycée Marcel Louett, est le seul groupe originaire d'Anvers. Son nom initial, la Brigade Blanche, s'est enrichi du nom Fidelio, pseudonyme de Louett. L'organisation espérait ainsi éviter toute confusion après la guerre avec l'expression courante « Brigade Blanche », synonyme de la résistance en général. Cette brigade, qui a débuté avec un petit journal de résistance et quelques camarades, est devenue une organisation de résistance bénéficiant d'un large soutien. Elle se livrait à des actes de sabotage, recueillait des renseignements, aidait les résistants à se cacher et dressait des listes de collaborateurs.
Cependant, ces mouvements de résistance sont si secrets que certains membres ignorent parfois à quelle cellule ils appartiennent. Nombre de résistants n'ont de contact qu'avec un ou deux collègues au maximum. Ainsi, ils évitent que la répression ou la dénonciation n'anéantissent des organisations entières.
La Résistance avait une règle très claire : laisser le moins de traces possible. Une exception à cette règle existait : la presse clandestine. Les nombreux tracts et journaux clandestins conservés en témoignent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Anvers devint le centre de la presse clandestine en Flandre.
L'une de ces publications est Le Clan d'Estin . Les textes, écrits dans des milieux libéraux, véhiculent un message d'optimisme et de foi en l'avenir. Jean Sasse, fils de l'échevin libéral Éric Sasse, participe à la rédaction. Le journal est imprimé clandestinement dans la librairie de Fernand Rahier. Le numéro du 20 novembre
1940 témoigne, entre autres, des actions patriotiques au cimetière de Schoonselhof. Le dernier numéro paraît en avril 1941, après plusieurs arrestations.
Collecte de renseignemets
Parmi les personnes arrêtées figure Fernand Rahier lui-même, mais pas pour ses écrits. Il collabore également avec le service de renseignement « William », dirigé par Emmanuel Hobben. Ce service, tout comme l'autre service de renseignement anversois « Alex », appartenant au réseau plus vaste « Tégal », tente de transmettre des renseignements aux services alliés à Londres par radio ou par contrebande. Le service « Alex » est principalement composé d'anciens officiers et se concentre sur le renseignement militaire. Ils parviennent même à dérober les plans du célèbre avion de la Luftwaffe : le Focke-Wulf 190. Cependant, les forces d'occupation démantèlent le réseau « Alex » et exécutent plusieurs de ses membres clés.
Bien que la plupart des mouvements de résistance de la province d'Anvers n'aient pas immédiatement recours à la violence, ils y ont recours lorsque cela s'avère nécessaire. Ils ciblent le personnel et les bâtiments de la puissance occupante et des groupes collaborateurs.
L'Armée partisane belge, branche armée du Parti communiste, affirma notamment sa présence. Le groupe Heymans, du nom de Gustaaf Heymans, planifia par exemple un attentat à la bombe contre les locaux de DeVlag, rue Van Eycklei, début 1943. L'attaque fut cependant déjouée et le poseur de bombes Franciscus Palinkx tomba aux mains des Allemands. On découvrit rapidement qu'il n'en était pas à son premier acte de violence. Il avait déjà attaqué un collaborateur, bombardé un terrain d'entraînement allemand à la grenade et avait été arrêté lors d'une tentative d'attaque contre un garage militaire allemand. Cette fois, il ne parvint pas à s'évader de la prison de la Begijnenstraat et, le 8 juin 1943, Palinkx fut fusillé à Anvers. Peu après, les forces d'occupation exécutèrent le groupe de partisans dirigé par Heymans au camp de concentration de Vught, aux Pays-Bas.
Sabotage.
Et dans le port d'Anvers également, d'une importance économique et militaire capitale pour l'occupant, des activités clandestines se développent. Dockers, équipages de remorqueurs, réparateurs navals… employés d'entreprises comme Béliard et Mercantile, passées sous contrôle militaire allemand, s'organisent en « Comités syndicaux de lutte » illégaux. Ils s'engagent à saboter la production de l'occupant partout où cela est possible. Mais, une fois encore, la répression est impitoyable. En mars et juillet 1942, des agents allemands arrêtent, entre autres, Frans et Albert Adriaenssens, Jaak Pluym, Henri Hazen, Jan Van Herck, Jozef Pir, Pierre Wellekens, Petrus Vande Velde et Jozef Doms, tous employés chez Mercantile. Souvent, ces hommes sont déportés dans les camps via Breendonk, où ils perdent la vie.
Nombreux sont ceux qui entreprennent également des actions et rendent des services moins directement dirigés contre l'occupant et ses collaborateurs. Pensons, par exemple, à ceux qui aident les pilotes alliés abattus ou les Juifs contraints à la clandestinité.
Ainsi, à partir de 1943, le Service Socrate apporta son aide aux objecteurs de conscience et aux personnes clandestines. Après l'instauration du travail obligatoire à l'automne 1942, nombreux furent ceux qui décidèrent d'entrer dans la clandestinité. Dès lors, sans ressources, ils vivaient dans des logements illégaux. Leurs familles risquaient également des sanctions. Un soutien était donc indispensable pour ces personnes. Le Service Socrate fut créé à l'initiative du gouvernement londonien, mais son fonctionnement s'inspirait des organisations de la Résistance.
Parmi les figures marquantes d'Anvers figurait le procureur adjoint du roi, Dirk Sevens. Il apporta également une aide active aux Juifs. Un mois seulement avant la libération d'Anvers, les forces d'occupation retrouvèrent la trace de ce jeune magistrat. Par l'intermédiaire du quartier général du Sipo-SD, Sevens fut déporté au fort de Breendonk. Lors de son interrogatoire, les Allemands le torturèrent avec une telle violence qu'il était à peine reconnaissable à son arrivée. Il fut néanmoins contraint aux travaux forcés. Le 9 août 1944, Sevens succomba après avoir été frappé par un gardien du camp. En face du bureau du procureur du roi, dans l'ancien palais de justice du Britselei, un buste commémore encore aujourd'hui sa résistance.
Un petit groupe de jeunes Anversois, membres du club de boxe « Belgische Rekruten Boksers » (Boxeurs Recrues Belges), s'organisa de manière assez spontanée, indépendamment des grandes organisations clandestines. Ils utilisèrent l'acronyme BRB comme pseudonyme pour leur « Mouvement Révolutionnaire Belge » clandestin. Fin janvier 1942, ils planifièrent plusieurs actions en une seule journée. Ils prirent pour cible un bâtiment du DeVlag à Deurne et brisèrent la vitre du siège du VNV sur la Frankrijklei. Cependant, un officier local les surprit et rapporta les faits aux occupants allemands. Il apparut rapidement que ces jeunes gens avaient d'autres antécédents judiciaires, et 22 d'entre eux furent arrêtés. Neuf moururent dans les camps. Les autres retournèrent à Anvers après la guerre.
Source :
Extrait su site web : Antwerpen herdenkt
https://www.antwerpenherdenkt.be/oorlogsthemas/verzet-collaboratie










