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Rss La résistance avant la Résistance
Descendant d’une très ancienne famille montzennoise, habitant à l’époque Kettenis, Léon Schillings se vit confier le secrétariat de la nouvelle Fédération des Scouts catholiques d’Eupen-Malmédy-Saint-Vith, mouvement de jeunesse créé par Paul Demez dans les années d’avant-guerre. Rejetant l’idéologie nazie, Léon Schillings se trouva en première ligne dans l’organisation d’activités destinées à contrecarrer celles proposées par les Jeunesses hitlériennes. Ceci l’amena à côtoyer très tôt l’abbé Jean Arnolds à Eupen, avant d’entrer dès 1940 dans la Résistance et de devenir lieutenant dans l’Armée secrète.

A la fin de la guerre, il rédigea pour les autorités alliées dubitatives un rapport d’une trentaine de pages sur le patriotisme réel en région germanophone, et ce malgré la grogne légitime des habitants de n’être pas assez
connus ni reconnus par le reste de la Belgique. Pour l’officier de liaison, ce patriotisme avait été largement
renforcé par la présence contrainte de la population des dix communes annexées.


Extraits d’un échange de courrier avec le professeur Willequet, auteur de « La Belgique sous la botte »

« Je suis né en 1920 à Verviers, de parents originaires de Moresnet (belge) et de La Calamine (neutre). Mon parrain fut hollandais (Maastricht) : il se distingua de ses compatriotes en choisissant son camp et en étant un auxiliaire efficace et discret de la Dame blanche pendant la guerre 14-18, aidé en cela par mon père, qui, en tant que directeur commercial d’une affaire de laines, avait des facilités.

Après la première guerre, mon père acquit une propriété sise à l’orée de l’Hertogenwald sur la commune de Kettenis (maintenant Eupen). J’y ai passé une prime partie de ma jeunesse et j’y maintins un port d’attache jusqu’en 1943. J’ai fait mes études chez les Jésuites à Verviers mais, pendant la guerre, j’étais étudiant à l’Ecole supérieure des textiles à Verviers. Cela me permettait d’être frontalier (quotidien ou hebdomadaire) entre le territoire occupé et les territoires annexés. Je pouvais aussi, sous des prétextes divers, travailler à l’intérieur de l’Allemagne. Cependant, suivant les conseils de Pierre Kofferschlaeger, bourgmestre de La Calamine avant et après la guerre, je m’étais préparé dès 1941 une double identité, qui m’a permis de passer à Bruxelles après l’obtention de mon diplôme d’ingénieur textile en 1943. Je trouvai du travail jusqu’à la fin de la guerre. Puis vinrent quelques mois d’abord à l’Armée secrète, puis à la Sureté, ensuite la paix… et une autre vie.

Ces quelques traits pour indiquer que j’ai vécu beaucoup des problèmes soulevés par vous, mais avec une sensibilité particulière et dans un cadre original. Le jeune garçon que j’étais fut amené à prendre des choix politiques à un âge tendre et à les assumer.

Assez curieusement, Winston Churchill y a joué un rôle. Une première fois après l’occupation de la rive gauche du Rhin. J’entrais pour un entretien chez le doyen d’Eupen, M. Keufgens, (ancien aumônier militaire de 14-18), quand celui-ci me dit : « Tu aurais dû venir cinq minutes plus tôt. Le monsieur qui vient de sortir est mon ami de guerre Winston Churchill. Il fait un tour d’Europe des endroits où il peut approcher les Allemands au plus près. Baldwin a dit que la frontière de l’Angleterre était sur le Rhin, alors il est venu voir aussi près qu’il pouvait. »


Je lui demandais ce qu’il pensait :
« - que la guerre est inévitable. Le traité de Versailles dans sa dureté n’était pas en rapport avec la situation vécue en Allemagne. Foch a arrêté la guerre trop tôt…
Par contre, les gouvernements qui ont cédé pour la rive gauche du Rhin ont créé les conditions d’une dynamique qui aboutira à la guerre. »

Vous connaissez naturellement cette façon de penser. J’en ai été très marqué et je considère encore aujourd’hui que la guerre était dialectiquement inévitable avec ou sans les nazis. Ceux-ci ne portent que la responsabilité du moment et des violences barbares perpétrées en son nom.
Cette dualité Allemagne/nazisme amenait avec elle deux combats : l’un presqu’inévitable, mais sans haine, pour rendre raison aux Allemands ; l’autre, sans pitié, contre une idéologie qui allait à l’encontre des acquis de la civilisation occidentale.
Je me lançai dans le second combat avant que le premier nous soit imposé. Je devins secrétaire du district scout d’Eupen-Malmédy-Saint-Vith avec l’intention de former les jeunes contre l’idéologie d’en face. Je participai également à l’introduction en Allemagne de feuilles antinazies publiées en Hollande (RP Muckerman) ou en Tchécoslovaquie (Strasser).

Le 10 mai au matin, les Allemands passaient devant ma fenêtre avant même que je ne sois habillé (5 h 35). Surveillé par un nazi d’en face, j’étais bloqué sur place. Par après, les choses se sont arrangées et j’ai repris régulièrement le chemin de Verviers (avec la frontière nouvelle à passer, qui se trouvait exactement contre le mur de l’ancienne filature de mon père, devenue le premier immeuble en territoire belge).

Début juillet 40, mon vieil ami le commandant Lonhienne, qui était venu en 14/18 du Chili pour rejoindre l’armée belge, me remontait déjà le moral. A cette époque aussi, je rencontrais mon ancien commissaire scout Paul Demez. Il revenait de France (officier de liaison à l’armée CORAP, puis dans l’Ouest). J’eus avec lui l’entretien suivant :
- Quand les Allemands vont-ils attaquer l’Angleterre ?
- Pas avant le 15 septembre. C’est techniquement et psychologiquement impossible.
- Alors ils ont perdu la guerre. J’ai vu les Anglais de près. S’ils ont le temps de se réorganiser, ce sera trop tard pour les Allemands. Il ne nous reste plus qu’à participer à leur défaite. On reconstitue la Dame blanche ; nous en serons.
Le problème était simplifié : les deux combats n’en devenaient plus qu’un avec le même espoir de victoire. C’est ainsi que par Paul Demez, j’entrai dans l’orbite de Walthère Dewez. Celui-ci me connaissait indirectement par son ami, le docteur Streignaert, frère de mon professeur de rhétorique, le père Joseph Streignaert. Nous ne sommes jamais rencontrés mais nous avons souvent communiqué par des intermédiaires divers et surtout par le docteur José Lambert, médecin-légiste à Verviers qui a succédé à Paul Demez, après son arrestation, comme pivot d’action du réseau dans cette ville.

Après quelques mois, je pus découvrir qu’il y avait deux Walthère Dewez : celui dont on parle et qui dirigeait le COB (service Cleveland) et un autre beaucoup plus secret qui était un agent régulier de l’Intelligence Service. J’ai eu là-dessus de sa part des instructions très précises : appartenant normalement au COB, j’ai été chargé de missions pour pallier les difficultés momentanées de l’autre.

Ici Winston Churchill intervient pour la deuxième fois dans ma vie. Fin 1942, je reçois un message de Liège signalant que l’agent régulier à Cologne était hors course. On me demande de bien vouloir y aller pour un WE déterminé où aura lieu une expérience de bombardements prolongés pendant plusieurs jours. Le rapport devait donner un avis sur la capacité des Allemands de subir de tels bombardements « sans qu’il y ait risque d’émeutes ».

Ce message demandait des explications. Elles furent données directement au chef du réseau par un émissaire venu de Londres et qui était un aide camp direct du Premier ministre. Celui-ci lui demandait d’expliquer que, cette fois-ci, il ne fallait pas renouveler les erreurs de 1918 et qu’il fallait que les tanks alliés roulent jusqu’à Berlin. Il convenait donc de graduer l’impact des bombardements d’une part et raidir les conditions de reddition d’autre part.
Ceci me donna beaucoup à réfléchir. Mais, à posteriori, j’aurais plutôt tendance à approuver. Même le bombardement de Dresde, refuge de tous les dignitaires du parti, prend une dimension spéciale dans ce contexte. Ce que rend bien le film polonais : « Une ville est morte ce soir ».

La politique ainsi expliquée se prolonge d’ailleurs par la déclaration de Zurich qui en est le pendant : maintenant que le terrain est nettoyé des deux périls, la revanche allemande et le nazisme, nous pouvons construire l’Europe autour des Droits de l’Homme.

Plus tard dans la guerre, vint le moment où ma situation à la frontière devenait intenable. J’endossais ma deuxième personnalité et me fixai à Bruxelles. J’accomplis cependant encore une autre mission à l’Est : l’établissement d’un rapport politique sur ce qu’il convenait de faire des cantons rédimés après la guerre. Il contribua à décider l’Armée secrète à considérer comme normal le retour au statu quo ante. On me convia aussi à être sur place à Eupen, en même temps que les forces alliées. Ce que je fis à peu d’heures près. J’assurai avec deux amis la part de pouvoir belge dans les "Civil Affairs" de la région. Ceci dura jusqu’au 15 octobre. »

« Est-ce que pendant la guerre une coopération était possible avec un certain nombre de groupes ou de milieux qui étaient en opposition avec le régime nazi ? La réponse est malheureusement négative, sauf rares exceptions. La raison profonde en est que s’il y avait des oppositions, parfois héroïques, en Allemagne, il n’y avait pas de « Résistance ». Et ce dans la mesure où ce terme s’applique à une opposition populaire qui soutient un certain nombre de mouvements qui en expriment la forme active.

Les Nazis étaient des maîtres dans l’art d’opposer les groupes les uns aux autres. Ils sont parvenus presque jusqu’à la fin à empêcher un soutien populaire aux groupes d’opposition. Il y avait chez eux une répartition du travail à ce sujet et chaque groupe était traité différemment. Les Communistes furent neutralisés en 1933, mais leur élimination n’a été que progressive et s’est poursuivie jusqu’à la fin de la guerre. Par contre les leaders de la gauche du parti ont tous été éliminés lors de la Nuit des longs couteaux.
Dès que la possibilité d’une guerre devint évidente au peuple (1938), tout opposant en Allemagne était confronté à la question de ses devoirs envers la nation. La plupart étaient bloqués par ce choix et refusaient de ce fait toute collusion avec des étrangers. Je n’ai pratiquement rencontré que des Trotskystes qui se sentaient membres d’un mouvement international.

En fait, il a fallu qu’Hitler s’attaque à des héros très connus pour que certains comprennent qu’ils étaient solidaires de l’Occident dans l’une des faces de la guerre. La mort violente de Moelders et d’Udet a ouvert beaucoup d’yeux en Westphalie. La famille a annoncé la mort de Moelders avec le slogan : « Mort pour le Reich et pour le Christ ».

Plus décisive a été non pas le putsch du 20 juillet mais l’attitude courageuse des accusés devant le tribunal spécial. Toute l’Allemagne a fini par savoir qu’un colonel York von Wartenburg avait déclaré ne rien regretter. Le sentiment de beaucoup d’Allemands, et qui nous étonnait après la guerre, a pris naissance à cette époque : au fond, nous étions aussi contre et un bon citoyen avait le droit de l’être.

Mais d’aide aux résistants d’autres pays, sauf cas ponctuels, il n’en était pas question et, pourtant, j’ai été personnellement sauvé par des soldats revenant du front, qui m’ont camouflé dans un train de permissionnaires dans le pays de Hanovre. »



"Le combat dans la Résistance n'empêcha pas Léon Schillings de se consacrer largement dans sa carrière professionnelle aux questions européennes, à la grande satisfaction de nombreux pays, dont l'Allemagne."


Les états de service de Léon Schillings dans la Résistance


Documents remis au Ceges.

Mr. Léon Schillings a remis de nombreux documents au CEGES. (Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines)dont ses mémoires détaillées, sous forme de deux gros documents: "la Guerre au pays des frontières" et "Aventures d'un agent secret amateur: Belgique, Allemagne, Suisse et Autriche"

Vous pouvez bien entendu les consulter auprès de ce centre.


voici un lien vers la page d'accueil du CEGES:
http://www.cegesoma.be/cms/index_fr.php

Voici deux liens à télécharger:
GuerreFrontières.doc
Aventures AS amateur - L.Schillings.doc



(Source: Documentation personnelle de M.Paul Schillings (fils de Léon Schillings) et amicalement transmise au Webmaster.
® Paul Schillings
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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