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мню, еще в юности эта фраза встретилась мне в какой-то книжке, и я долго не знал, что [Suite...]

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Rss Samoyède 3 - Jacques Veldekens
La continuité et la finition.


Le 1er mars 1944 Jacques Veldekens ignore toujours l'arrestation de Frans Mertens, lorsqu'il rencontre, par pur hasard, un homme qui lui avait été présenté quinze jours auparavant par Frans Mertens, comme agent de liaison en remplacement de Charles Blaze.
Lors de ce premier contact, Jacques Veldekens avait vite situé le personnage. En effet, il avait fait des études avec son frère (retrouvé plus tard sous l'uniforme d'un officier à la Royal Navy), qui avait été son condisciple à la Faculté
Saint-Louis, et à qui il ressemblait parfaitement. Il avait même été un peu surpris du choix de Frans Mertens car il craignait que Jean Brabantere fut léger de comportement et aventureux de nature. Il avait mis Frans Mertens en éveil contre le risque de cette liaison. Et voici qu'il le retrouvait d'une manière tout à fait fortuite, le 1er mars, pour s'entendre dire:
"Tu es Jacques Veldekens. Tu dois changer de prénom car tu portes celui que j'ai choisi pour le travail clandestin".
Du tac au tac, Jacques Veldekens lui réplique: "Et toi tu devrais alors changer de nom, car de mon côté, je l'ai adopté comme surnom !!!"
C'est à ce moment-là que Jean Brabantere apprend à Veldekens l'arrestation, la veille, de Frans Mertens. La consternation est profonde. Jacques Veldekens réalise qu'il devient automatiquement chef du réseau sous le nom de Samoyède 3, mais il se garde bien d'en informer Jean. Discrétion probablement inutile car l'agent de liaison de Frans Mertens était sans doute informé de cette éventualité. Il propose d'ailleurs à Jacques Veldekens de lui passer un certain nombre de contacts noués par Frans Mertens. Ce dernier, dont on connaît la nature confiante et expansive, avait spécialement chargé Jean Brabantere de mettre en place une vaste organisation de résistants, via le rassemblement de plusieurs groupes. Saisissant l'occasion, Jacques Veldekens charge Jean Brabantere d'annoncer l'arrestation de Frans Mertens à plusieurs personnes avec lesquelles il a le contact, c'est-à-dire un directeur au Ministère de l'Agriculture, M. Waroux, l'avocat François De Keersmaecker, dit Carol, un concierge d'école de la rue des Augustines, François De Neef un agent du Service des Dommages de Guerre, Emmanuel Harou, un sténographe du Sénat, Jean Braem, et d'autres encore. Mais Jean lui apprend que De Keersmaecker a été arrêté la veille en même temps que Frans Mertens et que le concierge De Neef l'est depuis trois ou quatre jours.

Depuis le 25 février à la Geheime Feldpolizei (GFP).
Dans les jours qui vont suivre, Jean Brabantere va accomplir la mission qui lui a été confiée. Mieux, il va passer à Jacques Veldekens des contacts inconnus de lui et que Frans Mertens entretenait. Mais début mars, Jacques Veldekens ignore que son nom, celui de son frère et celui du garde-chasse Theofiel Jacobs ont été donnés à la police allemande depuis le 25 février. Seul le garde-chasse a été arrêté.
Un rapport rédigé le 14/10/1946 par un agent Samoyède, dit ceci:

Je fus arrêté le 30 janvier 1944, à la suite d'une émission clandestine de radio interrompue par la GFP. Regardé par les policiers allemands comme le chef de l'organisation, je réussis cependant à leur faire croire que je recevais mes ordres d'un personnage inconnu. D'autre part, le lundi 7 février, je recevais, dans ma cellule de Saint-Gilles, la visite du gardien chef belge Vanovermeire qui m'apprit que le chef avait réussi à échapper à la police allemande. Cependant, une personne arrêtée en même temps que moi, et qui connaissait la cachette d'armes qui se trouvait chez moi, en révéla l'existence à la police allemande. Le 24 février au matin, je fus donc emmené à la GFP, rue Traversière n° 6, où sous la torture et me voyant trahi, j'avouai avoir participé au parachutage d'armes et en avoir détenu à mon domicile. Malgré ces aveux, je réussis toute la journée à ne pas dévoiler autre chose aux policiers. Le lendemain matin, en recevant mon petit déjeuner à Saint-Gilles, j'appris, par un homme de corvée, que mon frère avait réussi à enlever mes armes de la cachette et que les Allemands ne connaissaient pas celle-ci. Hélas, cette bonne nouvelle arrivait trop tard.
Vers huit heures du matin, le 25 février, je fus de nouveau emmené à la GFP où l'interrogatoire recommença avec les tortures. A bout de résistance, je reconnus vers 11 heures, avoir été en rapport avec Freddy et Jacques Veldekens, ainsi qu'avec Theofiel Jacobs, et je citai leurs noms et adresses. A la question de savoir comment les frères Veldekens étaient en rapport avec Théofiel Jacobs, je répondis qu’il habitait non loin de la maison de campagne des Veldekens et était leur garde-chasse.


La police allemande n'avait rien à envier à toutes les polices du monde et on peut être certain qu'elle était sur les traces de Jacques Veldekens sans pour autant procéder à son arrestation dans l'immédiat: elle espérait un plus large coup de filet. En passant aux aveux, cet agent avait-il trahi pour autant? Certes non, car personne ne peut préjuger de la
résistance d'un être humain à la torture. Dans les services organisés, on réclamait des agents arrêtés le courage de tenir au moins durant quelques jours, le temps de prendre les dispositions de sécurité dans sa sphère d'activité. Cet agent avait tenu 25 jours en février 1944; on ne peut que rendre hommage à son attitude et à son honnêteté d'après la libération.
La GFP était la branche policière des services de sécurité de l'armée allemande de campagne.

Des faits de plus en plus étranges.
Au sein du réseau Samoyède, Jean Brabantere était un agent si bien informé qu'il s'attirait des soupçons. Etait-il de mèche avec la police politique allemande? Dans la première quinzaine de mars il organise un rendez-vous au café Métropole entre des délégués du mouvement OMBR (Organisation Militaire Belge de la Résistance) et du Groupe G (Groupe de sabotage). Il ne participe pas à cette rencontre et les délégués sont arrêtés. Quelques jours plus tard il est sollicité par le sténographe du Sénat Jean Braem, alors employé à la Cour des Comptes, pour établir une liaison avec Jacques Veldekens. Méfiant ce dernier fait faux bond. Jean Braem est arrêté.
En avril, la suspicion à l'égard de Jean Brabantere gagne plusieurs secteurs de la résistance à Bruxelles. La Sûreté de Londres est alertée. Elle sollicite l'avis de Jacques Veldekens chez qui le bénéfice du doute l'emporte. Et pour cause. Les apparences de compromissions sont à ces points criards qu'on est en droit de se demander si Jean Brabantere n'est pas manipulé par la Feldpolizei. Peut-on négliger l'hypothèse d'une machination visant à compromettre le comportement de Jean Brabantere à un point tel que la Résistance elle-même se considérerait dans l'obligation de l'éliminer physiquement?
La Feldpolizei est tout indiquée pour monter et entretenir semblable cabale dont le dénouement ne pourrait que lui être doublement favorable. D'une part elle est débarrassée de Jean Brabantere sans intervention. De l'autre son agent - car il s'en trouve un - est de mieux en mieux camouflé. Cette hypothèse ne dissipe toutefois pas entièrement les suspicions dont Jean Brabantere est l'objet. Et pourtant ... En mai, la toile d'araignée détruite à la suite de l'arrestation de Frans Mertens est entièrement reconstituée grâce à la collaboration de ... Jean Brabantere. Tout recommence à fonctionner à la perfection dans cette branche de la guerre psychologique mais dans les autres mouvements de résistance, la présence à Bruxelles de Jean Brabantere continue à constituer une nuisance. Jacques Veldekens en est conscient. Jean Brabantere, lui-même, appréhende le pire. Samoyède 3 décide de le neutraliser et, avec un peu d'argent, l'expédie à la campagne avec ordre de rentrer dans la capitale le premier mardi de juin. Le lieu et l'heure du rendez-vous sont fixés. Jean Brabantere s'exécute.

Une initiative spectaculaire de François Landrain ...
Le premier lundi de juin François Landrain , qui poursuit ses activités dans le secteur des émetteurs et qui apporte aussi une aide technique au service Radio de la Mission, reçoit de Montenez, un agent du réseau de renseignements Boucle, opérant dans le Hainaut, le message suivant: «Samoyède 3 va tomber demain dans un guet-apens tendu par un certain Jacques». Landrain, qui s'est toujours tenu à l'écart de Jean Brabantere, pense que c'est de lui qu'il s'agit. Il délègue le mardi matin, dans le quartier où Samoyède 3 a élu domicile une équipe de résistants au sein de laquelle un homme au moins, connaît Jacques Veldekens: Georges Dursin.
Jacques Veldekens est ainsi intercepté en rue et empêché d'arriver à son rendez-vous, fixé chez la veuve Janssens, au n° 282 de la rue du Noyer.
Cette initiative spectaculaire de François Landrain a-t-elle sauvé la vie de Jacques Veldekens ?
Samoyède 3 décide de rompre tout contact avec son homonyme. Au hasard d'une rencontre ultérieure Jean Brabantere le suppliera de le dédouaner auprès d'un groupe de partisans afin qu'il puisse établir son innocence mais Jacques Veldekens refusera
d'assumer ce risque. Et Jean Brabantere disparaîtra des milieux de la résistance.
Un dossier, ouvert après la guerre, auprès de l'Auditorat Militaire, ne permit pas d'établir la culpabilité de Jean Brabantere

La fin troublante d'un policier bruxellois
Fin juin, un prétendu membre du Groupe OMBR, qui avait fourni des contacts à Frans Mertens et rendu bien d'appréciables services à Jacques Veldekens, est arrêté sur ordre du commandement du groupe Athos. Il est détenu dans une cave située dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles, en-dessous des Musées Royaux d'Art et d'Histoire. Le groupe Athos s'était aménagé là plusieurs caches dont certaines pouvaient servir de cachot. On accédait à ces locaux après avoir parcouru une série de couloirs constituant un véritable labyrinthe.
Le détenu était Emile Van Frachen, commissaire adjoint de police de la ville de Bruxelles, au poste de la rue du Taciturne qui avait dans ses attributions le quartier du Cinquantenaire. Sous son prénom d'Emile, Van Frachen était un familier de plusieurs groupements de résistance. Il avait aussi pour collègue immédiat Jean-François Silance.
Emile Van Frachen, déjà connu de Frans Mertens avant son arrestation le 29 février, procurait des «antennes» à Samoyède pour des émissions en radiotélégraphie à destination de Londres. En cette qualité, il convoyait les opérateurs lors des émissions. Jacques Veldekens tenait Van Frachen pour un policier en inactivité qui confessait régulièrement avoir bien des besoins d'argent. Veldekens lui permettait ainsi d'émarger aux fonds de la Mission. En réalité, Van Frachen touchait régulièrement son traitement de la ville. Son apparente disponibilité avait pour couverture de nombreux certificats médicaux. Il était facile, pendant la guerre, à un policier de haut rang surtout, d'obtenir des congés de «maladie». Il ne devait même pas se rendre en consultation chez le médecin. Le toubib venait lui poser «la» question: «Combien voulez-vous? Quinze jours? Un mois?»
Van Frachen était un homme apparemment courageux, d'un caractère aventurier, d'un comportement plutôt vulgaire qui vivait en concubinage dans un café de la rue Van Artevelde et dont le compagnonnage était à l'occasion douteux. Il n'était pas d'une haute moralité. Soumis à un interrogatoire fin juin, dans son «cachot» du Cinquantenaire, il avait confessé, oralement d'abord, par écrit ensuite, avoir livré à la police allemande des radiotélégraphistes, en échange d'une jolie prime bien entendu.
Le 30 juin 1944, le policier Josse Ingan fit savoir à Jean-François Silance, de l'Armée Belge des Partisans, que son collègue allait être exécuté au Cinquantenaire par un agent du groupe Athos. Jean-François Silance, qui allait terminer sa carrière après la guerre, en qualité de Commissaire à la Sécurité de l'Etat, bondit au Cinquantenaire dans le but d'empêcher cette exécution.
Ecoutons Jean-François Silance :

Je me trouvais au Commissariat de la rue du Taciturne lorsque j'ai été prévenu de la part de Josse Ingan que mon collègue allait être exécuté. Je me suis précipité au Cinquantenaire dans l'intention d'empêcher cette exécution. Je ne pouvais croire à la culpabilité de Van Frachen.
Sur les lieux je trouve le résistant chargé de l'exécution. Il ne m'est pas inconnu. Je lui dis:
«Que se passe-t-il ? Emile est un bon collègue, un bon résistant.»
Je reçois une confession écrite par mon camarade, d'une main très assurée. Je prends ainsi connaissance des aveux auxquels je ne veux pas croire. Je demande à rencontrer personnellement Emile. Cette faveur m'est accordée. J'interroge: «Emile, dis-moi que ce n'est pas vrai, que tu n'as pas dénoncé des radiotélégraphistes.» Mais mon collègue confirme tous les termes de sa confession écrite en ajoutant: «J'avais des besoins pressants d'argent ... Reconnais toutefois, Jean-François, que je n'ai dénoncé aucun policier ... Je t'en prie, ne me laisse pas mourir ... »
Devant l'horreur des faits, je ne pouvais plus m'opposer au châtiment suprême. J'avais à peine fait quelques pas dans le couloir que j'entendis les coups de feu. Quelques jours plus tard j'ai reçu le porte-monnaie d'Emile que j'ai reporté au café de la rue Van Artevelde.


Ce témoignage de Jean-François Silance confirme, semble-t-il, les éléments du dossier constitué à la Libération au nom du résistant qui exécuta Van Frachen, dossier portant le n° 27.984/B/45 à la Police Judiciaire de Bruxelles.
A la police de Bruxelles la culpabilité de Van Frachen est tenue pour fondée par des agents ayant connu cette époque. C'est le 4 juin 1947 qu'un non-lieu intervint en faveur du résistant exécuteur. Le mémorial dressé à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, à la mémoire des agents morts au service de la patrie, ne contenait pas, lors de son inauguration, le nom du policier Van Frachen. Ce nom a été ajouté plus tard.
Le témoignage de Jean-François Silance lève-t-il toute suspicion à l'adresse de Jean Brabantere? La question restera sans doute toujours sans une réponse définitive.

Une idée que François Landrain ne peut concrétiser.
Au printemps 1944 et parallèlement à cette affaire, la tâche de Jacques Veldekens est pénible. Arrestations et méfiances, finances à obtenir sur parole, contacts à renouer (notamment auprès de Bekaert et de Fabri) et surtout pénurie de matériel de réception et d'émission. François Landrain va tenter, grâce à ses aptitudes techniques et à son ingéniosité, d'aider ceux qui mènent la guerre sur le plan psychologique. Il sait que le réseau n'a bénéficié que de deux parachutages dont les contenus furent plutôt décevants.
Or, l'écoute des messages transmis de Londres est plus indispensable que jamais. François Landrain remet en état des récepteurs hors d'usage mais rumine surtout une grande idée, trouver le moyen de procéder à des émissions à distance. Il sait combien de radiotélégraphistes ont été arrêtés en cours d'émissions grâce aux voitures de dépistage dont la police allemande est remarquablement pourvue (la Funk Abwehr Kie). Ayant travaillé chez Fonior il connaît le principe de l'enregistrement sur disques. Il étudie ainsi une première possibilité d'enregistrement puis de transmission des messages à grande vitesse qui seraient réécoutés à Londres à vitesse normale. Ce système, aurait permis aux radiotélégraphistes d'émettre en un temps minimum et de prendre de vitesse les véhicules goniométriques de l'occupant. Mais creusant davantage l'idée, François Landrain cherche en outre le moyen de commander les émetteurs à distance et sans fil. Il avait bien songé à un procédé téléphonique de mise en service d'un émetteur situé, par exemple, dans le Brabant Wallon et ceci à partir d'une cache à Bruxelles. Mais il avait jugé encore trop dangereux ce raccordement par fil d'un tourne-disque et d'un émetteur, les postes téléphoniques de commande et de réception étant facilement repérables à l'intérieur des centraux. Si le procédé s'avérait sécurisant pour les radiotélégraphistes itinérants, il compromettait par contre deux abonnés fixes au réseau téléphonique lors de chaque émission. Non, la perfection il ne pouvait l'obtenir que par la commande sans fil, via les ondes. François Landrain consacra, affirma-t-il, énormément de temps à essayer de mettre au point cette idée à la Jules Verne mais il ne parvint pas à la concrétiser.
A son grand regret.

Le casse-tête des codages.
Mais Jacques Veldekens, juriste de formation et n'aimant pas les chiffres, est également confronté avec un casse-tête chinois, celui des codages. Il détient les clés du codage des transmissions et du décodage des messages en provenance de Londres. Il faut partir d'une citation du genre «La chair est triste et j'ai lu tous les livres ». Au-dessous de chaque lettre et dans un ordre déterminé, il faut en reproduire d'autres et ensuite procéder à des multiplications. On arrive ainsi à mélanger les lettres du message et il faut reprendre la citation pour reconstituer l'alphabet de ce message et le rendre parfaitement compréhensible.
Jacques Veldekens répugne à cette gymnastique mathématico-littéraire. Pour remplacer Ginette Samuel, qui s'était spécialisée dans ce genre de travail du temps de Frans Mertens, mais qui était surveillée, il fut mis en rapport avec une dame Janssens, devenue plus tard baronne van de Werve mais surnommée tout simplement Mimi dans la clandestinité.
Ces deux «codeuses» rendirent des services précieux au réseau. Mais, malgré leur apparente complexité, les citations-clés ne résistaient pas longtemps aux services allemands de décryptage qui avaient appris à connaître le système, notamment en saisissant des messages en clair sur ou chez l'un ou l'autre agent, après arrestation.
Il était donc nécessaire de modifier les codes. Ceux-ci étaient transmis sous forme de mouchoirs de soie imprimés. Il était facile de les dissimuler, de les froisser et même de les avaler en cas de nécessité extrême. Disons que cette idée inspirait confiance!

Le dernier trimestre de l'occupation.
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Du 9 au 18 juin, ils consolident leur tête de pont. A Bruxelles, comme partout ailleurs dans le pays, des groupes de «résistants» se constituent, parfois dans le désordre et l'anarchie. On a l'impression que toute la Belgique est entrée dans la clandestinité. Des groupes à l'état embryonnaire en juin 1944 prétendront à la Libération détenir les unités les plus importantes. Il a fallu mettre de l'ordre dans ce micmac pendant les mois qui suivirent la délivrance.
En juillet, Jacques Veldekens est confronté à cette situation. Il connaît des caches sûres, des agents intègres. Il disposait aussi de la meilleure des boîtes aux lettres, le kiosque à journaux devant la Bourse à Bruxelles. C'était un endroit idéal car il suffisait de placer les messages destinés aux membres du réseau dans les journaux que l'on achetait ensuite dans des conditions parfaites de sécurité. Il n'était pas possible à la police allemande de détecter ce moyen de communication, le kiosque étant trop fréquenté. Il était en outre en relation avec des agents d'autres groupes étrangers à la Mission Samoyède, tel Socrate, dont il fit passer certains messages, Maistriau, agent important du Groupe G, Pierre Clerdent qui commandait à Liège le centre directionnel de l'Armée de Libération, Preiser et Amiel, commandants du M.N.B., Michel de Brabandere, de la Libre Belgique clandestine .. Bref, en juillet, il débordait de son propre milieu de guerre psychologique étant «de fil en aiguille» mêlé aux groupes de résistants armés avec lesquels il voyait la nécessité d'avoir le contact, soit pour la protection des émetteurs, soit pour la communication des instructions et la réception des informations à diffuser. Conscient des périls qu'une telle situation présentait pour la mission Samoyède, il se soucia de mettre en place une doublure. Il ne pouvait préjuger des jours à venir quant à sa propre sécurité et des risques encourus par la mission.
Fin juillet, il désigna un ingénieur commercial de l'ULB (Université Libre de Bruxelles), Richard de Kriek, pour assurer sa succession éventuelle. Il transmit à Londres le nom de cette doublure et les moyens de la contacter.
Il prépara son successeur début août et envisagea même son départ pour Londres. Il raisonnait ainsi: «Je suis en première ligne depuis 6 mois. Mon visage est connu dans nombre de milieux pas toujours très sûrs! La police allemande m'a identifié et me recherche. Tant va la cruche à l'eau qu'elle se brise!».
Les événements qui se précipitaient sur le front en France en décidèrent autrement. Jacques Veldekens prit la décision d'envoyer un émissaire à la rencontre des Alliés pour établir une liaison militaire entre eux et le réseau Samoyède.

Le coup de bol de Richard de Kriek.
Il proposa à Richard de Kriek de tenter cette liaison. Ce dernier se procura une voiture auprès du garagiste Not, collaborateur par intérêt et condamné après la guerre, mais qui voyait là l'occasion de mettre une bonne carte dans son jeu. Il fut assez heureux de traverser les lignes, d'arriver à Paris et de là, avec audace, de rallier Fontainebleau qui venait de tomber entre les mains des Alliés et où s'installait le SHAEF.
Roi des veinards, Richard de Kriek eut la chance de tomber sur l'un des seuls officiers de toute l'armée alliée, parfaitement informé de l'existence du réseau Samoyède. C'était le major Deacon, de l'Intelligence Corps, un ancien Bruxellois qui se faisait appeler Diacono avant la guerre. Officiellement un agent de la firme Wismeyer, il faisait déjà partie de l'Intelligence Service. Comme il avait beaucoup voyagé à l'étranger de par sa double activité, il connaissait le français et Bruxelles comme sa poche. Embarquant aussitôt de Kriek dans sa jeep et accompagné par Freddy Zollinger (alors sous lieutenant à l'air ingénu, qui deviendra un grand patron de l'International Gas Corpor), il arriva dans la capitale dès le 3 septembre. Il réserva un logement au Métropole et prit son premier repas au Carlton. C'est dire qu'il connaissait aussi les bonnes adresses.
Plus tard, les Anglais diront: « De toutes les liaisons radiotélégraphiques que nous avons eues avec la Belgique, dans le secteur de la Psychological Warfare, seul le réseau Samoyède a tenu jusqu'au bout ».

(Source bibliographique et photographique: "La mission Samoyède - Les maquisards de la Radio Nationale Belge 1940-1944" par Ghislain Lhoir. Editions Didier Hatier 1984)
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 29/06/11


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