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Par Bauwens




Le canal de Schipdonk , officiellement appelé , Dérivation de la Lys .
Le canal de Schipdonk traverse la province de Flandre orientale et l [Suite...]

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Rss L'organisation Bolle, providence des évadés
La clôture d'un camp de prisonniers de guerre

Voici, d'après le lieutenant général Michem, comment étaient clôturés les camps de prisonniers de guerre :

Une double haie en fil de fer barbelé d'une hauteur de 2 mètres 75, les 2 haies séparés par un espace de 2 mètres, celui-ci rempli de barbelés ( chevaux de frise et réseaux bruns ). Chaque montant de la haie intérieur était surmonté d'un rondin dirigé obliquement vers l'intérieur et vers le haut. Ces rondins étaient aussi réunis par du barbelé.

Le réseau de barbelés était flanqué de tours observatoires en bois d'environ 8 mètres 50 de hauteur, baptisées du nom de miradors. Ces tours montées sur poteaux comportaient une cabine permettant de voir dans toutes les directions et occupée jour et nuit par une ou deux sentinelles armées de fusils et d'une mitrailleuse. En 1943, ces mitrailleuses furent installées sur une plate-forme à mi-hauteur du mirador. Au camp de Prenzlau, il y avait 7 miradors.

Chaque mirador était relié par téléphone au corps de garde.

Le réseau de barbelés était éclairé la nuit par des lampes électriques avec réflecteurs. En outre, un phare mobile placé à chaque extrémité du mirador permettait l'éclairage intensif permanent ou intermittent du réseau ou de l'intérieur du camp.

Vers l'intérieur du camp et à 8 mètres de la haie intérieur du réseau de barbelé, était tendu un fil de garde constitué par des piquets reliés par un fil de fer barbelé. Les sentinelles avaient ordre de tirer sur quiconque touchait ou franchissait ce fil de garde. Des pancartes avertissaient d'ailleurs de ce danger.

Vers la fin de 1942, il fut établi autour de tout le camp un réseau détecteur compliqué, relié aux haies de fil de fer barbelé. Ce réseau permettait de détecter instantanément dans une cabine centrale tout bruit ou travail effectué à proximité ou dans le réseau de sécurité, et notamment, le creusement de galeries ou la destruction de barbelés préparatoires aux évasions.

A certaines époques et parfois la nuit, notamment pendant les alertes avions, des sentinelles supplémentaires étaient placées aux endroits jugés propices aux évasions.

Des rondes accompagnées de chiens de garde parcouraient par intermittence, surtout la nuit, la lisière extérieur du réseau de sécurité.

Une équipe de 2 fouilleurs parcourait l'intérieur du camp afin de déceler tout mouvement ou tout travail suspect.


Plan du camp de Prenzlau



Organisation d'un service d'aide aux évadés

Dès l'année 1941, à l'Oflag IIA de Prenzlau, le lieutenant-Colonel Paul Bolle du 1e Régiment de défense terrestre contre avions ( DTCA ), se rend compte, suite aux échecs des premières tentatives d'évasion par manque de préparation et de moyens, de la nécessité d'organiser un service d'aide aux évadés. Il décide alors de s'en occuper. Il s'agit d'initiative, sans aide ni conseil de personne. Son but est : " de rechercher, de rassembler et de mettre à la disposition des candidats à l'évasion, un ensemble de renseignements et de possibilités matérielles propres à les aider non seulement à sortir du camp, mais encore à favoriser leur voyage à travers l'Allemagne, et enfin à franchir les frontières de Belgique ou de Suisse ".
C'est en août 1941 que Bolle jette les fondements de son organisation des évasions. Les débuts sont modestes, mais bientôt les bonnes volontés se manifestent et les renseignements affluent. Bolle est exceptionnellement doué pour ce travail. Petit de taille, extrêmement intelligent, parlant couramment l'allemand, n'attirant pourtant pas l'attention, il a su animer son organisation d'un dynamisme remarquable et maintenir strictement la consigne du secret absolu. Bolle crée de toutes pièces un véritable service de renseignement axé sur les évasions et possédant sa mystique propre. Chose curieuse, bien que tout le personnel des 2ème sections de l'armée belge, échelons G.Q.G., corps d'armée et divisions, se trouve à l'Oflag II A, aucun de ces soi-disant spécialistes ne participe à l'organisation Bolle.

Evidemment, semblable organisation n'a pas été mise sur pied en peu de temps. D'après Bolle lui-même :
"Les renseignements à utiliser, ainsi que certains moyens matériels tels que vêtements, outils, argent, faux papiers, etc… ont été demandés en Belgique après recherche de correspondants voulant bien se charger de semblable expédition. D'autres moyens provenaient de source allemande et étaient obtenus par ruse, vol voir même par achat de conscience après de longs travaux d'approche. D'autre part, la constitution d'équipes de travail pour la substitution de colis clandestins, la mise sur pied d'un service de guet, etc., la création d'ateliers divers possédant le matériel approprié, la recherche de spécialistes qui par leurs aptitudes étaient particulièrement aptes à réaliser les travaux spéciaux, ont demandé plusieurs mois de patientes recherches. En résumé, ce n'est qu'au début de l'année 1942 que l'organisation embryonnaire du début est à même de rendre plus efficace et souvent de mener à bonne fin avec des moyens continuellement accrus, les tentatives entreprises par les officiers, sous-officiers et soldats du camp de Prenzlau."

Lorsque les Allemands, le 23 juin 1943, procédèrent au regroupement des officiers de réserve belges à Fischbeck ( Oflag X D ) et des officiers d'active à Prenzlau ( Oflag II A ), l'organisation perdit un certain nombre de collaborateurs, mais ils furent rapidement remplacés.


Une organisation complexe

Arrivée à son complet développement, l'organisation comprend les services suivants :

Bureau d'étude constante et approfondie de tous les moyens d'évasion ( Bolle, Renier et les cadidats évadés eux-mêmes).
Bureau financier, chargé de fournir de l'argent allemand aux évadés ( soldat infirmier Soumoy ).
Atelier d'outillage, pince coupe-fil, marteaux, burins, limes, scies à métaux, pinces diverses, fraiseuses à main, etc.
Section de fabrication de boussoles et de souffleries pour souterrains ( commandant aviateur Fabry, capitaines aviateurs Paulet et Poppe ).
Ateliers de fabrication de clés en tous genres, y compris les clés spéciales pour serrures Yale, afin de pouvoir pénétrer dans tous les locaux interdits du camp ( lieutenant de réserve Boulet, sous-lieutenant Drapier, puis lieutenant Gathy).
Equipe de subtilisation de colis venant de Belgique et renseignés comme renfermant de l'argent allemand, des effets civils, passeports, outils, teinture, etc. ( capitaine André, lieutenants Mentior, Mostert et Jonkheere, puis, après le départ d'André pour Lübeck, lieutenant De Pauw et sous-lieutenant Van Overeem, caporal Davisters).
Equipe d'expédition clandestine vers la Belgique de colis renfermant du courrier relatif aux évasions ( lieutenants Lambeau et De Pauw, caporal Davisters ).
Equipe de subtilisation des effets civils, faux papiers, etc., repris par les Allemands aux évadés ( lieutenant Lambeau ).
Bureau de fabication de faux papiers, cartes d'identité falsifiées, titres de congés d'ouvriers volontaires, ordres de marche, certificats divers, cartes de travail, etc. ( lieutenant de réserve Lambrecht, puis sous-lieutenant Thill ).
Bureau de fabrication de faux cachets ( lieutenant de réserve Piérard, lieutenants Pire et de Meulenaere, soldat Delbrassinne ).
Atelier photographique clandestin fournissant les photos pour les papiers d'identité ( lieutenants Tricot et Dewez).
Service de camouflage des évadés aux appels ( commandant Renier, lieutenants De Pauw et Huchon ).
Service de guet fonctionnant de jour comme de nuit ( commandants Renier et Flébus, capitaine André, lieutenants De Pauw, Renders, Libert et Sprengers ).
Service cartographique possédant des cartes au 100.000° de la région de la frontière belgo-allemande et un jeu complet de cartes au 500.000° de l'Allemagne.

L'organisation avait créé de toutes pièces une carte au 2.000° de la ville de Prenzlau par un procédé très simple. Chaque jour, des soldats des corvées travaillant à l'extérieur du camp devaient revenir avec deux ou trois renseignements : nom d'une rue, nombre de maisons entre deux rues, emplacement d'un pont largeur de celui-ci, etc. La carte ainsi dressée était rigoureusement exacte et digne d'un document cadastral.
L'organisation parvient à s'introduire dans des bureaux allemands du camp et à s'emparer de précieuses cartes et de parties d'uniformes allemands.
Les outils de toute espèce, les faux papiers, cachets, fausses clés, etc., étaient conservé par Bolle lui-même dans une cachette aménagée sous le plancher de sa chambre. En 1944, vu l'abondance du matériel, une deuxième cachette est aménagée sous le lit du commandant Renier. Seul Bolle connaissait l'ensemble des renseignements recueillis par l'organisation. Il ne confiait à chaque évadé que les renseignements qui lui étaient strictement indispensables et seulement le jour même ou la veille de l'évasion. L'évadé devait d'abord prêter serment sur l'honneur de garder le secret sur l'organisation. cette méthode permit d'éviter les indiscrétions et de sauvegarder l'existence des relais extérieurs au camp. Comme dans tous les camps d'officiers prisonniers de guerre, les tentatives d'évasion par tunnel furent fort nombreuses.

D'après J-M D'Hoop, en septembre 1943 à l'Oflag XVII A, un tunnel commencé en mai et dont l'aménagement a duré tout l'été, a livré passage en 2 nuits à 130 évadés français.


Le rapport Bolle

Voici ce qu'en dit le rapport Bolle :

" Au cours de trois années, il a été creusé dans le camp 22 tunnels, dont certains ont demandé de 3 ou 4 mois de travail. Le réseau microphonique qui, depuis novembre 1942, entourait le camp, rendait en effet inexécutable le percement des murs par marteau et burin. Dès lors, le travail était conduit de la manière suivante : sur une surface légèrement supérieure à celle requise pour le passage d'un homme, il était percé, tous les 2 centimètres, dans le mortier cimentant les briques, des trous de 10 à 12 centimètres de profondeur, à l'aide d'un vilebrequin fabriqué avec des cornières de lits métalliques. Ces trous étaient ensuite bouchés avec une matière plastique et chaulés à la pâte dentifrice pour les rendre invisibles. Cette première opération terminée, au cours d'une nuit, la première rangée de briques sur toute la surface requise, était dégagée au couteau-scie, en passant d'un trou au trou suivant. Elle était alors remplacée par un panneau préparé, pesant une cinquantaine de kilos, épousant parfaitement le contour des briques enlevées et imitant à s'y méprendre l'aspect extérieur de la muraille. Ce panneau portait en son centre une porte mobile aux joints rendus invisibles, montée sur charnières et qui permettait le passage pour le travail de sape. Le camouflage, exécuté par le commandant de réserve J. Simon, était si bien exécuté qu'il était impossible de déceler l'emplacement du panneau autrement que par sondage "


Pour déjouer la vigilance des Allemands

Cependant, malgré toutes les précautions prises, tous les tunnels, sauf un, furent découverts par les équipes de spécialistes allemands qui parcouraient le camp de jour et de nuit à la recherche des tentatives d'évasion. En revanche, la réussite d'un tunnel a l'avantage de permettre le passage d'un grand nombre d'évadés. C'est ainsi que la nuit du 14 au 15 avril 1942, 13 officiers s'échappent du camp et 2 d'entre eux ( Desmidt et Bossuyt ) parviennent en Angleterre ; les 11 autres sont repris.
Un autre désavantage des tunnels est que, vu le grand nombre des évadés, il n'est pas possible de camoufler leur départ. Les Allemands sont donc alertés dès le premier appel et déclenchent alors le '' Grossfahndung ''. Du coup, une armée de fonctionnaires contrôle minutieusement les pièces d'identité des voyageurs. Les employés de la Reichsbahn, la garde rurale des villes et des villages, la police, la Gestapo, la Hitlerjungend et les troupes cantonnées dans le '' Kreiss '' sont alertées. Des barrages routiers sont établis et la région est parcourue par des détachements transportés en camion ou à vélo, accompagnés de chiens policiers. Cette action durait 6 jours puis les Allemands, s'ils n'avaient pas retrouvé les fugitifs, considéraient leur évasion comme réussie et tout rentrait dans le calme. L'organisation Bolle observe soigneusement les réactions des Allemands et décide en conséquence de camoufler les évadés à l'extérieur du camp pendant une semaine au moins. Elle parvient à entrer en rapport avec un Kommando de 6 soldats belges travaillant à la gare de Prenzlau ( G. Clerfeyt, E. Chapelle, L. Demaret, A. Vermeere, E. De Cauwers et J. Havart ).


Clerfeyt , l'homme de confiance

Clerfeyt est l'homme de confiance et le chef du Kommando. Il accueille les évadés qui se présentent au moyen d'un mot de passe et d'un numéro d'ordre donné par Bolle. Les évadés sont cachés, nourris durant 8 jours. On complète leur tenue civile si la chose s'avère nécessaire et, lorsque l'occasion s'en présente, on les introduit de nuit dans des wagons plombés à destination de la Belgique. Le relais d'évasion de Clerfeyt fonctionne d'ailleurs également au profit des Kommandos de la région et 39 sous-officiers et soldats français et belges en profitèrent.


Un second relais

Bolle arrive à monter un deuxième relais dans un Kommando français de Berlin et un troisième était quasi au point à Kassel, lorsque les bombardements des villes allemandes par l'aviation alliée dispersèrent les Kommandos et anéantissent les relais.
Le lieutenant-colonel Bolle connaissait et était le seul au camp à le connaître, un itinéraire permettant de gagner clandestinement la Suisse. La veille de l'évasion, Bolle confiait au candidat évadé un texte décrivant minutieusement l'itinéraire à suivre de nuit et une carte à grande échelle. Le candidat évadé devait étudier par cœur le texte et la carte et les remettre au colonel avant son départ. Il passait alors un examen oral devant le chef de l'organisation et de sa connaissance parfaite du texte et de la carte dépendait l'autorisation d'évasion. grâce à ces précautions, l'évadé n'emportait aucune note avec lui, tous ceux qui suivirent les indications données arrivèrent en Suisse sans encombres et l'itinéraire ne fut jamais repéré par la police allemande.
Le même procédé était employé envers les évadés désirant gagner la Belgique. Ils devaient tout d'abord gagner une ferme à Ober-Emmels ( village à environ 3 kilomètres au N.N.O. de Saint-Vith ) où ils recevaient vivres et logement. Une jeune fille de 22 ans, Mlle. Lucie Moutschen, venait alors les prendre en charge et les conduire de nuit, à travers bois, jusqu'un Belgique. La filière fonctionna 3 ans sans accroc, jusqu'à l'arrivée des Américains à Ober-Emmels.
Les officiers et soldats de l'Oflag II A inscrits chez Bolle comme candidats évadés étaient 124 au total. Evidemment, il y avait chez eux des candidats perpétuels, qui n'étaient jamais prêts lorsqu'une occasion se présentait. Mais Bolle connaissait bien son monde et c'est lui qui fixait l'ordre des évasions.
Il parvint à faire sortir du camp 70 officiers, sous-officiers et soldats ; 13 officiers réussirent à gagner l'Angleterre et 7 la Belgique ou la France. La différence est frappante entre ce résultat et celui de l'autre Oflag d'officiers belges, soit le X D, où 4 évasions seulement réussirent.


Le lieutenant-colonel Bolle travaillait en franc-tireur

Le lieutenant-colonel Bolle travaillait en franc-tireur, sans aide extérieur de Londres ou de la Résistance belge, sans mandat, et sans appui officiel des autorités belges du camp.
Ces derniers soupçonnaient bien quelque chose, mais n'ont jamais cherché à en savoir d'avantage. L'autorité de Bolle était incontestée parmi les candidats à l'évasion. Suite au secret dont il s'entourait, on ne savait d'ailleurs pas s'il ne possédait pas une mission secrète et Bolle se gardait de démentir.

Dès le mois d'avril 1942, les Allemands avaient la certitude de l'aide fournie aux évadés par une organisation secrète, mais ils ne parvinrent jamais à en savoir d'avantage. Grâce aux précautions prises, à la discipline imposée aux évadés et acceptée par eux, à la consigne du secret, Bolle dont le nom n'était jamais prononcé, ne fut jamais découvert ni même soupçonné.

On pourrait croire qu'ayant fait preuve de telles qualités d'organisateur et de chef de service de renseignement, le lieutenant-colonel Bolle aurait été chargé après 1945 de prendre la direction du service de renseignement. Hélas ! Non, on reprit des spécialistes d'avant 1940 et Bolle devint directeur de l'école de gouvernement militaire, puis en 1946, commandant supérieur des corps forestiers et enfin commandant militaire des territoires transférés à la Belgique.
Il fut pensionné comme colonel.

L'organisation montée par le lieutenant-colonel Bolle est absolument remarquable. Elle montre ce qu'il est possible de réaliser avec de pauvres moyens, mais avec de la discipline et beaucoup d'enthousiasme et de courage


Source : "Evasions réussies" par Georges Hautecler, Editions Soledi, 1966.
 
 
Note: 4.75
(4 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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