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Rss Les patrouilleurs du Fort de Battice en mai 1940

L'activité des patrouilleurs au cours de leurs sorties en mai 1940.



Récit des péripéties vecues par les patrouilleurs du 10 au 20 mai 1940 par R. fischer.







Fait prisonnier le 20 mai 1940, évadé, résistant, il termina la guerre en Birmanie et en revint avec le grade de commandant, après avoir combattu sur trois continents. Titulaires de nombreux ordres, décorations et médailles, il a obtenu trois citations aux ordres du jour du fort de Battice.

Depuis le début de la mobilisation, j'étais chef de la section MiCA (Mitrailleuses Contre Avions) de Waucomont où j'avais sous mes ordres, des futurs membres de la patrouille. Nous formions une bande d'amis, même si, au dire de celui qui voulut faire régner une discipline de fer, mais n'y réussit pas, (je veux parler du Commandant VDH....), nous étions ces "Romanichels".
Quant aux camoufleurs, ils travaillaient du lundi midi au samedi matin, ils cuvaient les "Stella" englouties du samedi soir au dimanche !!! Bien camouflés à leur tour dans la baraque du tennis. Baraque dont je gardais la clé pour qu'ils ne soient pas dérangés. C'est vous dire si de solides liens d'amitié et de complicité existaient entre mes hommes et moi.



C'est pourquoi, lorsque le 10 Mai au soir, soumis au tir des Allemands dissimulés dans les haies du côté de Chaineux, nous réussîmes à rentrer en ne sauvant que nos armes, nos documents et nos munitions, ils furent les premiers à me suivre lorsque je rentrai à la caserne souterraine en disant que je m'étais porté volontaire auprès du Cdt.Guery pour être patrouilleur si nécessaire.



Vers 22 H, le 10 Mai, le Commandant du fort me fit appeler et me dit que KAIVERS, le cuisinier du mess, blessé, avait réussi à se traîner jusqu'au Bât. 2. Que le poste de guet de contrescarpe signalait l'entendre gémir dans le fossé. Il me demandait d'aller le chercher. Je demandai des volontaires, Willy Formatin, Joseph Delhougne, Omer Lèbe, Nicolas Piette, Henri Horsch, Louis Bouchat et Jean Collin se présentèrent immédiatement.
Nous prîmes des munitions, des grenades, un F.M.; après un bref briefing, nous avons pris place dans l’ascenseur; j'avais le F.M. en main et sous le coup de l'émotion, j'expédiai une rafale dans le toit.
Tout se passait très bien au début; nous avons traversé le massif, sommes arrivés sur le Bât. 2 et descendus dans le fossé et là,...rien! KAIVERS devait se trouver sur le mur d'escarpe. Nous avons alors entrepris l'ascension du mur du fossé. Tout allait relativement bien, pour des gars qui n'avaient jamais été entraînés à faire cela et qui avaient une frousse intense, du moins, c'était mon cas.
C'est alors que les choses sérieuses allaient commencer. Je savais que KAIVERS avait été touché par le tir des allemands abrités derrière la destruction de la maison aux inscriptions allemandes.
Il avait donc pris pour revenir vers le fort, la route qui menait à la fausse coupole, mais cette route était éclairée par les lampadaires de l'éclairage public!
Alors que nous nous dirigions dans cette direction, les allemands ouvrirent le feu au moment où nous sommes entrés dans la région éclairée. Ils nous ratèrent. J'avais. Omer Lèbe à côté de moi et lui dit en wallon "Tèr-e èl lampe"!(tire dans la lampe) Je ne sais si vous avez déjà essayé de tirer la nuit dans une ampoule allumée, c'est extrêmement difficile. Chose incroyable "LU VIX" comme nous l'appelions réussit à la démolir du premier coup et nous sauva ainsi la vie !
J'appelai H. Horsch qui avait délesté N. Piette de sa musette de grenades et après avoir dit à W.Formatin de replier la patrouille vers le chemin de fer et le 2, Horsch et moi, nous nous sommes rapprochés de l'endroit où on avait tiré et avons lancé des grenades; il n'y eut plus de coups de feu.
Nous avons retrouvé les autres que W.Formatin avait amené dans le fossé du chemin de fer au pied du 2 et avons repris le chemin qui conduisait au Bâtiment 1 par où nous devions rentrer!
Quand, au pied du bloc II, sous l'embrasure du canon de 60, quelqu'un a buté sur KAIVERS! A ce moment, nous avons rompu le silence, ce qui eut pour effet de faire paniquer quelqu'un dans le 2 qui fit allumer le projecteur en plein sur nous, cela ne dura pas longtemps; mais assez, pour que les allemands qui étaient déjà embusqués dans les wagons sur la voie entre le passage à niveau et la gare nous prennent pour cible. Tir sans résultat, deux d'entre~nous portèrent KAIVERS et le ramenèrent à l'infirmerie
via le bloc I malheureusement,il mourut peu après.
Si je me suis étendu sur cette première action, c'est qu'elle fut notre baptême du feu, les autres ne nous firent pas la même impression et je voudrais préciser que l'aîné d'entre nous avait 23 ans !
Lorsque nous sommes arrivés à la caserne souterraine, tous, nous étions fourbus, trempés de sueur des pieds à la tête tellement nous avions été émus par ce baptême du feu; mais, nous étions heureux, nous nous étions prouvés à nous-mêmes que nous étions des hommes.
Nous ne savions pas alors combien nous en aurions besoin pendant cinq ans encore !!
Je vous rappellerai succinctement les autres actions.

Le 12 Mai, incendie de la Maison NOLLET à Waucomont.
Quel crève-cœur de brûler la maison de ces pauvres gens; deux camarades qui s'engagèrent dans le chemin menant vers Battice essuyèrent des coups de feu venant de cette direction.
Le 13 Mai, l'abri cuirassé M.N. 12 est sans vivres.
Nous sommes sortis par le B.I et sommes allés ravitailler nos camarades. Nousavons été pris à partie par des tireurs embusqués dans les wagons installés sur les rails menant à la gare de Battice. Le 1 les démolit à coups de canon de 60 et nous sommes rentrés sans rencontrer de résistance. Ce jour-là, nous fûmes cités à l'O.J. du Fort pour nos activités depuis le 10 Mai.
Le 14 Mai, des observateurs ayant signalé des allées et venues près du toboggan, je reçois pour mission d'aller voir si la destruction est bien faite et s'il n'y a pas de traces de travaux de la part de l'ennemi qui pourrait s'efforcer de déblayer l'entrée du puits.
J. Delhougne m'accompagne; la destruction est bien faite, il y a des tas de douilles d'armes allemandes, mais aucune trace de travaux. En retournant vers Waucomont, arrivés à hauteur des magasins à charbon, on a tiré sur nous de la route qui menait au village; nous sommes arrivés sans encombre sur les anciennes positions de MICA, bien décidés à nous défendre mais les allemands n'insistèrent pas.
Le 14 Mai, à 22 H., B.II signale des bruits suspects au pied du bâtiment dans le fameux angle mort, mur d'escarpe du bâtiment.
L. Bouchat et H. Horsch, chacun armé d'un F.M. sont sortis avec moi par le B. 5, un soldat du détachement du génie nous accompagnait pour juger sur place.
Les occupants de l'ouvrage pensaient que l'ennemi disposait des explosifs au pied du bâtiment.
J'ai constitué une base de recul avec mes deux F.M. placés sur le massif; puis, je suis parti vers le B. 2 avec le soldat du génie, pas pour longtemps, car terrorisé, il ne voulut plus avancer et se replia vers les deux F.M ..
Je continuai vers le B. II, arrivai sur la superstructure, parlai au Mdl. Paquot qui se trouvait dans la cloche d'observation. Il me dit que les bruits s'entendaient toujours; je me suis alors accroché par les pieds aux crochets de camouflage, ai lancé 4 grenades au pied du côté du bâtiment, ce qui eut pour effet de déclencher un tir de Mi. allemande du côté de la ferme Donéa.
Je retrouvai mes camarades. Le géniaque (soldat du génie) est parti comme une flèche vers le V. Au moment où nous sommes arrivés sur la petite plate- forme du V, nous avons vu un allemand qui sautait dans le fossé. Longeant la route de Henri-Chapelle; un autre était déjà au pied mur, il y avait clair de lune. Les deux F.M. les liquidèrent; nous sommes rentrés ensuite rapidement avant la réaction de ennemi.
Le 15 Mai, J. Delhougne et L. Bouchat partent via le B. l et la tranchée du chemin de fer, reconnaître la destruction de la maison aux inscriptions allemandes et rentrent sans encombre.
Le 16 Mai, nous sommes allés rechercher les armes, vivres et munitions abandonnés par la "concurrence" qui voulant ravitailler le M.N. 12, n'avait pas dépassé les tranchées des mortiers Vandeuren et manquant d'expérience n'avait pas réussi sa mission.
Le 17 Mai, M.N. 12 a encore faim! Même dispositif que le 13 et tout se passe bien. Mais au retour, nous avions décidé d'aller incendier deux camions allemands arrêtés sur la route Aubel-Charneux.
Delhougne prend le commandement du groupe de protection avec Collin au F.M., H. Horsch et O. Lèbe qui, placés sur le talus sont chargés d'ouvrir le feu sur les allemands que les occupants du M.N. 12 viennent de nous signaler être réfugiés dans la ferme du fond de la prairie.
N. Piette, L. Bouchat et moi-même fouillons les camions et les délestons des documents et équipements qu'ils contiennent, puis nous y boutons le feu.
Ce remue-ménage a fait sortir les Allemands de la ferme; ils sont pris à partie par notre F.M. et les autres tireurs. Ils approchent un peu trop au goût de Horsch qui, sans se soucier du feu de l'ennemi se lève et les arrose de grenades, ce qui les fait reculer. Nous décrochons comme à la parade, le groupe Delhougne par la prairie, le mien par la route, nous rentrons sans encombre. Nous fûmes ce jour-là, cités pour la deuxième fois, à l'O.J. du Fort.
Le 18 Mai, plus de viande fraîche. Le Commandant Guéry nous demande d'aller rechercher une vache dans les prés entourant le fort; la première étant fraîchement vêlée donc impropre à la consommation, nous sommes retournés en chercher une autre, mais si pour la première, tout s'était bien passé, il n'en fut pas de même pour la seconde. Alertés, les allemands nous prirent à partie et pendant que H. Horsch, O. Lèbe et moi faisions le coup de feu, les autres jouant aux cowboys, ramenèrent une vache comestible.
Le 20 Mai. Depuis deux jours, le P.O.(poste d'observation) 305 commandé par mon ami H. Xhonneux ne répond plus. Je reçois comme mission d'aller voir sur place ce qui se passe. O. Lèbe et moi partons. Armés, lui de sa carabine, moi d'un pistolet 7,65 mm et chacun de nous emporte 4 grenades.
Nous sommes sortis par Waucomont et ne sommes jamais revenus.
Les allemands, installés dans la ferme du Beau Buis nous ont laissé entrer dans leur dispositif. Abrité des vues du fort par les haies que le Commandant n'avait pas reçu de l'autorité politique l'autorisation de détruire.
Nous sommes allés presque jusque la route de Chaineux, mais là, les allemands nous barraient la route. Nous sommes revenus sur nos pas, ayant l'intention de visiter le Beau Buis. Les allemands nous interceptèrent dans les prairies près de la ferme. Nous nous sommes battus Lèbe et moi jusqu'à ce que nous n'ayons plus de munitions.
Nous avons démoli, lui sa carabine et moi, mon pistolet et nous avons couru vers la ferme du Beau Buis pour y chercher refuge. Elle était occupée par les allemands!
Nous étions encerclés, ils nous capturèrent et nous conduisirent dans la ferme, où peu après, d'autres soldats ramenèrent un gars que nous avions blessé. A cet instant, nous avons pensé Omer et moi, le nez au mur, les bras levés, que nous allions passer de vie à trépas....mais ces messieurs avaient besoin de renseignements. Nous avons été conduits à Charneux, interrogés par un colonel parlant parfaitement le français, s'appelant SCHUSTER et se présentant comme ancien directeur de la brasserie Stella à Louvain.
Nous n'avons rien dit, notre nom, grade et matricule exceptés! C'est là, qu'après avoir menacé de nous fusiller si nous ne parlions pas, les allemands nous montrèrent le fameux plan secret soi-disant capturé à l'Etat-Major à Liège. En vérité, il avait été subtilisé au Fort par un espion, un sous-officier d'infanterie qui avait été muté au Fort peu avant le 10 Mai. Sa faconde et ses belles manières avaient ébloui le naïf qui commandait la Batterie des petites armes; il lui avait confié les clefs de l'armoire aux plans secrets et tout fut ainsi expliqué.
Après, ce fut Herve, puis Liège, Wonck et enfin Maestricht..........

Voilà ce qu'un groupe de jeunes dont l'aîné avait 23 ans firent à Battice du 10 au 20 Mai 1940.
Il serait bon de se rappeler, que pour 30 centimes par jour, qui se transformèrent en 1 Fr., des centaines de miliciens assurèrent pendant de longs mois, la garde fastidieuse d'un ouvrage mal armé, mal protégé, situé à 17 Kms. de la frontière d'un pays puissamment armé qui, depuis 1936 n'attendait que l'occasion de nous attaquer.
Jamais il n'y eut la moindre contestation; tous frondeurs comme savent l'être ceux de Verviers, de Herve et des environs, ils savaient qu'un jour ou l'autre, cela "sauterait". Tous firent leur devoir, de la première à la dernière heure de la résistance du Fort.

R.F.


24 mai 1970






Sources bibliographiques:
"Ceux de Battice en 1940" Amicale des Anciens du Fort de Battice (1989)
http://www.freebelgians.be/articles/articles-4-49+du-fort-de-battice-jusqu-en-birmanie.php
Sources iconographiques :
"Ceux de Battice en 1940" Amicale des Anciens du Fort de Battice (1989)
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fort_Battice_B1.jpg
http://en.wikipedia.org/wiki/File:Festungsring_Luettich_Karte.png
http://www.verdedigingswerken.nl/cms/images/stories/luik/Battice/BatticeDSC_0486_1000.jpg
http://www.verdedigingswerken.nl/cms/images/stories/luik/Battice/batticebew_800.jpg
http://www.fortweb.net/photos/liege/batticeb1.htm
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 19/01/14


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