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Par Bauwens




Le canal de Schipdonk , officiellement appelé , Dérivation de la Lys .
Le canal de Schipdonk traverse la province de Flandre orientale et l [Suite...]

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Rss Le Fort de Tancrémont:Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté’’
Le Fort de Tancrémont
Dernière unité combattante Belge à avoir déposé les armes.... 36 heures après la capitulation officielle de l'armée Belge en 1940.



Le fort est établi tout près de la chapelle du "Vieux bon Dieu de Tancrémont", au lieu dit "mamelon 300" de l'éperon schisto-gréseux qui sépare les vallées de la Vesdre et de la Hoëgne.
Il domine d'un côté la ville de Pepinster et de l'autre l'agglomération de Theux-Juslenville. Sur les cartes militaires, il porte souvent le nom de fort de Pepinster. Pour ceux qui connaissent moins bien la région, nous préciserons qu'il est situé en bordure de la route qui relie Banneux à Pepinster.



La mission du fort:

Jusqu'au début de la mobilisation, il était plutôt question d'une défense aussi proche que possible de la frontière. Les intervalles des forts d'avant-garde seraient occupés.
À mesure que les mois passaient et que la ligne KW (Anvers-Wavre-Namur) se préparait et se fortifiait, la mission du fort changeait. En mai 1940, il devait soutenir, en appui direct, Ies troupes chargées de mener le combat retardateur et permettre leur décrochage.
Il était un fort d'arrêt et avait des yeux et des oreilles, à savoir :
7 postes d'observation intérieurs



À l'extérieur :

Du sud au nord, Abri BV7 à Jévoumont, Abri de Mont (avec canon de 47 mm), Abri de Vesdre (avec canon de 47 mm), Abri VM3 à Cornesse, Abri VM29 près de Wegnez,
Positions de repli, Mousset, Haute Fraipont, Les Villers,
La formation de tous les observateurs s'est faite en temps de paix et pendant la mobilisation. Chaque poste d'observation a été doté d'un jeu de cartes sur lesquelles les parties vues et cachées étaient reportées avec clarté et précision. Pour mieux connaître et repérer le terrain, tous les secteurs avaient été parcourus en vélo avec les observateurs, de façon à faire l'épreuve réciproque et à leur montrer comment, du terrain, on voyait leur abri.
Les principaux objectifs probables (carrefours importants, ponts, haies, maisons) avaient été déterminés avec soin. Il fallait absolument avoir dans ces abris des hommes de confiance, courageux, bien au courant de leur mission. Il fallait donc éviter toute mutation pendant la mobilisation.
Dans le journal de campagne du MDL Reul, chef de poste à BV7, il était écrit : "Dès le 17 mai, je détruis les documents de l'abri. Ceux-ci d'ailleurs ne nous ont pas servi à grand chose. Les officiers de tir possédaient une telle connaissance du terrain qu'il suffisait de leur indiquer telle haie, telle maison, tel carrefour, sans coordonnées, pour que l'ouragan d'acier s'abatte immédiatement sur l'objectif repéré et avec quelle précision, un vrai régal pour nous, aux premières loges".




Tancrémont au sein de la position fortifiée de Liège



10 mai 1940

Nuit du 9 au 10 mai à 00.00 Hr exactement. Message spécial du R.F.L. Alerte avec mot de passe autorisant à ouvrir l'enveloppe entreposée dans le coffre-fort du bureau de tir. Les officiers de garde descendent au bureau de tir. Ouverture de l'enveloppe "top secret". On y lit : "Yser-Albert". C'est la guerre.
Il faut brûler les casernements du temps de paix. une demi-heure après, on reçoit confirmation par le P.C. du Major commandant le groupe : les Allemands, sont prêts à franchir la frontière à Gemmenich, ils ont dégagé tous les obstacles sur les routes d'accès.
Tous les hommes descendent chacun leur literie (paillasse et couverture). Déménagement de tout ce qui est nécessaire à la vie du fort dans les cuisines, les cantines. Déménagement de tous les dossiers du Commandant et des officiers entreposés dans les bâtiments du temps de paix.
Matin du 10 mai
Dès 5 heures du matin, de nombreuses escadrilles d'avions allemands survolent le fort à haute altitude.
À 7 heures du matin, les casernements du temps de paix sont incendié.
La maison du garde du château des Mazures saute.
-Puits pour exécuter la citerne à gasoil percé le 9 mai dans l'après-midi.
-Passerelle en bois au-dessus des tétraèdres, des barbelés, du fossé.
-Remblayage du puits de la 2e cheminée.
-Fermeture de la brèche dans la galerie.
-Remblayage du 2e puit pour la citerne.
-Destruction de la passerelle en bois.
-Égalisation des terres sur le massif central.
-Dégagement complet du champ de tir des différents organes.
-À 13h00, les portes de la poterne sont fermées aux cadenas.
-Tirs de réglage.
Après-midi
-14 Heures : Toutes les troupes occupant les intervalles des forts se sont retirées
-Les Lanciers situés au sud ont exécuté les destructions : pont de Marteau (chemin de fer), pont de Polleur (sur la Hoëgne), pont de Limbourg. Nos D.L.O. les accompagnent .
-17 Heures: Le Lieutenant Poswick du 1er Lanciers remonte à cheval le chemin Julenville-Tancrermont. Il s'arrête au fort. Événements d'Elsenborn.
-Ensuite calme complet. Fausses nouvelles.



Samedi 11 mai

-Les colonnes de réfugiés passent encore sur les routes voisines du fort.
-Tir de réglage.
-Fin de matinée, 4 Allemands sur une locomotive de manœuvre.
-14 Heures: On apprend la reddition du Fort d'Eben-Emael.
-15 Heures: Tour d'horizon à la coupole IV. Colonne ennemie monte vers Creppe et sur la route Desnié-Haut-Regard-Route La Reid. Déclenchement immédiat de tirs sur tous ces objectifs.



Dimanche 12 mai

-10 Heures: Premier gros bombardement par batterie ennemie.
-12 Heures: 3 blessés très graves au Mousset.
-18 Heures: Attaque surprise du fort par pionniers allemands venus de Banneux et du bois des Mazures. Charges creuses sur prise d'air P. Pendant 1h30 très chaude alerte: baptême du feu.
-Nuit. Extrême vigilance. Fusées éclairantes



Lundi 13 mai

-Nuit: tirs intermittents à "boites à balles" dans le bois.
-Journée calme.



Mardi 14 mai

-Nuit, canon allemand au-dessus de la rampe de la prise d'air P, pour détruire l'embrasure du FM. C'est lui qui est détruit.
-On ramène dans le fort des morceaux d'obus de gros calibre.
-Fût de chlorure de chaux crevé à BV7.
-Les Allemands ont repéré des boîtes de raccordement au réseau téléphonique enterre.
-Pièces d'artillerie motorisée sur la route Polleur-Franchimont.
-Les Allemands occupent le hameau de Jévoumont.
-Mr. Delfosse et le jardinier du château viennent réconforter les hommes de BV7.
-Les Allemands ont une crainte du fort. Ils n'ont pas repéré BV7



Mercredi 15 mai

-Un civil rode autour de BV7 ("Joseph, la guerre est finie ! Vive la BeIgique !").
-La fausse ligne téléphonique sauve BV7.
-Prise de l'abri de Vesdre.



Jeudi 16 mai

-Reprise des tirs sur l'itinéraire des crêtes : Vert Buisson, Johoster, Haut-Regard.
-Nouvelle patrouille allemande pour découvrir BV7.
Message du Roi aux Forts de Liège : "Officiers, sous-officiers, soldats. Résistez jusqu'au bout pour la Patrie. Je suis fier de vous !".



Vendredi 17 mai

-Attaque de la maison Crahay par une centaine de soldats.
-Connexion de VM29 coupée. Abri abandonné.



Samedi 18 mai

-Tirs vers La Reid-Haut-Regard
-Parlementaires allemands avec les Commandants d'Embourg et de Chaudfontaine. Pas de discussion
-Abri de Mont attaqué. Dégagé par tir.
-Beaucoup de bobards circulent dans le fort.



Dimanche 19 mai

-Après-midi, BV7 signale rassemblement allemand sur BV6
-Ils foncent sur BV7. Charges creuses. Lances-grenades. Hanquinet tombe sans connaissance.
-Tir du fort. Mise en fuite des Allemands (tranchée, porte cadenassée).
-Deux hommes restent et essaient de mettre une 2ème charge creuse dans le tube lance-grenades.
-Mise on marche du ventilateur, bruit insolite violent. Mise en fuite des Allemands. L'alerte a été chaude.



Lundi 20 mai
-Bombardement du fort sans arrêt entre 01 et 04 heures du matin (obus de 210 nm)
-BV7 tient toujours. Canons de 37 et Mi mis en batterie la nuit. Tirs nourris sur la cloche de visée et sur le béton.
-Entre 2 tirs, nos hommes repèrent les emplacements ennemis.
-Tir du fort : mise en fuite de tous les Allemands (les balles perdues pleuvent sur les toits de Spixhe).
-Les Allemands annoncent au hameau : "Die kleine Festung ist ganz kaput".
-Vers 09 Heures, liaison coupée avec le fort puis rétablie.
-À 12 heures, nouvelle coupure, définitive cette fois.
-À 18 heures, sortie des hommes de l'abri en rampant, aucun guetteur ennemi. Ils se faufilent dans l'herbe haute jusqu'au bois, dévalent sur Spixhe, revêtent des vêtements civils. Ces braves et courageux sont. sauvés.
-Les Allemands sont à Abbeville.

Mardi 21 mai
-Le fort encaisse obus sur obus.
-À 16 heures, les observateurs de Haute Fraipont se dispersent.
-Le fort d'Aubin-Neufchâteau est attaqué violemment, il ne lui reste plus qu'un canon. Il tombe dans la journée.

Mercredi 22 mai
-Tôt dans la matinée, reddition du Fort de Battice. Il nous dit : "Au revoir et bonne chance".
-11.45 heures, nouvelle visite des parlementaires (3 officiers allemands, 1 officier belge avec drapeau blanc) : "Que voulez-vous ?" - "Vous engager à vous rendre..." "Le fort est entier. Retirez-vous. Nous continuons la lutte"...
-15 heures : nouvelle visite de parlementaires (3 officiers allemands, le Capitaine Guéry, Comd le Fort de Battice,1 adjudant du même fort.
Le Commandant Devos, dans la cloche du bâtiment I, crie : "Commandant Guéry, retirez-vous, le fort ne se rend pas".
-Nos services de renseignements fonctionnent admirablement, VM3 tient toujours.
-L'abri de Mont est abandonné.
-Le fort est bombardé par les Stukas. Grâce au terrain schisto-gréseux, entonnoirs de 2 m de profondeur seulement. Tancrémont reste seul dans la P.F.L.

Jeudi 23 mai
-Tirs de harcèlement sur les itinéraires principaux.
-Tirs sur les objectifs signalés à VM3 par les services de renseignement, sur batteries ennemies , sur rassemblements de troupes, hors de nos vues.
-Les bombardements sur le fort continuent.
-On nous fait savoir que les Allemands préparent une attaque de grande envergure sur le fort.
-Jeudi, les Allemands lancent un assaut violent sur BV7. II est vide depuis 3 jours.

Vendredi 24 mai
-Les incursions allemandes dans les environs de Cornesse sont de plus en plus nombreuses.
-Sur ordre du Commandant, VM3 ne peut plus continuer sa mission. Les hommes se dispersent.
-Les TTR, qui travaillent depuis 3 jours à leur poste émetteur-récepteur, entrent par hasard en contact avec le Fort de Maizeret (Namur). Celui-ci tombe dans la soirée.

Samedi 25 mai
-Tancrémont est complètement isolé. Plus aucun poste extérieur.
-Armée de campagne probablement sur la Lys.
-Vigilance partout.
-C'est toujours l'axe Haut-Regard qui est pris sous le feu de nos canons; chars, camions, motos, tout est canardé.

Dimanche 20 mai
-Toujours des bombardements par l'artillerie ennemie, par Stukas.
-On essaie de mettre le feu au bois des Mazures, lancement de flèches avec pistolets "lance fusées".
-On tire sur Louveigné, Wegnez et Haut-Regard.

Lundi 27 mai
-Même scénario que le 26.
-Il faut garder le moral. C'est la mort ou la captivité.
-Une charge creuse explose dans le bois (par accident probablement)
-Les TTR ont réussi à augmenter la portée de leur poste, 1er message entendu: "Laissez passer parlementaires sur la route vers Dixmude".

Mardi 28 mai
-On tire à boîte à balles toute la nuit, dans le bois (pour déjouer une attaque surprise).
-Quelques heures après, nous apprenons la capitulation de l'Armée.
-Consternation.
-12 heures, le Commandant du fort envoie au G.Q.G. de l'armée belge un message demandant Ia conduite à tenir. Réponse : "Reçu votre message 12 Hr. Puis silence.
-Le chef d'E.M., le G.M. Michiels, que nous retrouvons à l'OFLAG de Wolfsberg en Carinthie, affirne n'avoir jamais eu connaissance de ce message.
-"Le Conseil de défense" du fort se réunit le soir (organe consultatif du Commandant).
-Difficulté de maintenir le moral des hommes. Des civils reviennent. Des Allemands les accompagnent. Drapeaux blancs. La guerre est finie. "Ne détruisez plus nos villes", etc... On tire en l'air pour les disperser.
-19 heures Entrevue avec les Allemands pour solliciter ordre du G.Q.G. Parlementaires belges sortent : 1 SLt, 1 MDL, 1 soldat. Retour. Entrevue fixée au lendemain 29 à 09 heures du matin.

Mercredi 29 mai
-Nuit calme mais mouvementée dans le fort
-Continuer la lutte ?
-09 heures, entrevue du Commandant et du Général Spang (maison de Tancrémont) "Vous n'avez rien à demander, vous avez tout au plus à prier. Si vous continuez la lutte vous et vos hommes, vous vous mettez hors-la-loi et votre fort sera complètement détruit. Tout est d'ailleurs prêt pour cela, l'attaque sera foudroyante".
Réponse du Commandant :
"Je ne suis pas obligé de vous croire. Vos menaces ne me font pas peur. Le fort est intact. La garnison saura se défendre"
L'officier allemand est stupéfait. Il se calme peu à peu. Il répète seulement qu'il n'est plus possible d'obtenir un ordre du G.Q.G. "Il n'y a plus qu'une seule autorité en Belgique", dit-il, "celle de l'Allemagne. Le Roi est prisonnier et son dernier acte au pouvoir a été la capitulation de toute l'armée belge".
Soudain, se dégantant, le Lt.-G. Spang, se met en position devant le Commandant Devos et lui déclare solennellement :
"Je jure sur mon honneur d'officier général allemand que le Roi des BeIges a capitulé sans conditions et donné l'ordre à toute l'armée de cesser les hostilités".
Sur cette affirmation, le Commandant Devos décide de consulter à nouveau son Conseil:de Défense. Il fixe au Général allemand rendez-vous à 11 Hr au même endroit. Après délibération, le Conseil en question entérine, la mort dans l'âme, que Tancrémont doit se conformer à l'ordre royal de reddition.
Aussitôt, ordre est donné de mettre hors service 3 groupes électrogènes sur 4, les armements, les cartes, les tables de tir, les documents secrets.
Le Fort de Tancrémont se rend le 29 mai à 11 Hr, soit un jour et demi après la signature de la capitulation de l'armée belge.
Le Général Spang, aussi ému que le Capitaine Devos abandonne toute raideur et, tenant dans sa main celle de l'officier belge, tente de le réconforter. Il le félicite pour la belle défense du fort, lui dit qu'il avait bien mérité de son pays, puisqu'il s'était rendu sur ordre, que la fortune dans les armes ne peut sourire à tout le monde, etc...
Lachant la main de son interlocuteur, l'officier supérieur se tourne vers le Colonel, allemand qui faisait partie de la délégation et lui donne une série d'ordres :
1. Tous les officiers faisant partie des troupes de siège (infanterie, artillerie) seront rassemblés et rangés à l'entrée du fort. Ils rendront les honneurs aux officiers à la sortie de l'ouvrage.
2. Les officiers du Fort de Tancrémont pourront conserver leurs armes blanches.
3. Le drapeau allemand ne sera hissé sur Ie fort qu'après la sortie du dernier homme.
Le Fort de Tancrémont avait tenu 400 heures et mis de nombreux soldats allemands hors de combat (on dit 2.000).
Et ce fut le départ en captivité...

Les défenseurs du Fort avaient été fidèles à la devise des 600 Franchimontois qu’ils avaient fait leur:
"Mieux vaut mourir de Franche volonté que du Pays perdre la Liberté




Tancrémont vu du ciel



:Sources :
http://users.skynet.be/jchoet/fort/tancremont.htm
http://www.clham.org/t-1-fasc-7-8-tancremont
https://www.fort-de-tancremont.be/acceuil.html
http://home.scarlet.be/bjerome/CTancremont_histoire.htm
 
 
Note: 5
(2 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 01/12/17


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