
Ecrit par le Capitaine G. VERNIERS, paru dans la revue des Amis des Anciens Combattants de 1940 du 18e Régiment de Ligne en 1947, d'après le "Journal de Campagne" du
Cdt de Leu de Cécil, commandant la Compagnie du Nord du 2e échelon du 18e Régiment de Ligne.
La tactique employée par l'attaquant allemand en 1940 n'épargna ni la réserve ni la ligne de tir. Le 10 mai, dès l'aube, le deuxième échelon du 18e régiment de ligne fut attaqué avec autant de vigueur que le premier.
Après les planeurs et les parachutistes, ce sont des tirs meurtriers et des bombardements qui ont fait rage toute la journée, qui, bien que bouleversant le terrain, n'ont pas réussi à ébranler le courage des défenseurs.
La nuit printanière fut courte. Elle semblait interminable. Chaque fusée lumineuse témoignait de l'expansion des dispositifs d'attaque de l'ennemi.
Le 11 mai, à 5 heures du matin, le commandant de Leu de Cécil, commandant de la compagnie Nord du 2e échelon, jura au sous-lieutenant Ansquer de tenir coûte que coûte jusqu'à l'arrivée des secours alliés. Malheureusement, il ne put fournir à son chef de peloton les munitions demandées.
Durant ces minutes étrangement calmes qui précédèrent la bataille, Roland Ansquer dut passer en revue toute sa vie et faire le point sur ses ressources.
Il était licencié en sciences sociales et politiques. Le ministre de la Défense nationale l'avait félicité pour les brillants résultats de ses études militaires.
Sa jeune épouse lui avait donné une fille cinq ou six jours auparavant. D'autres y avaient trouvé un motif de faiblesse. Ansquer en tira davantage de courage.
Il n'avait pas attendu l'étoile d'officier pour prendre conscience de son devoir militaire. Déjà caporal, il avait étonné ses camarades par sa volonté et son sens du commandement. Le 9e régiment de ligne gardait de lui un merveilleux souvenir. Le calme trompeur de la mobilisation n'avait pas affaibli son caractère. Une volonté lucide et un moral solide portaient son esprit combatif au sommet. Et c'est à cela que tout se jouerait !
À 6 heures, un bataillon allemand passa à l'attaque. À 7 heures, le peloton de droite ne pouvait plus tenir ses positions. Le bataillon de réserve et le peloton Ansquer résistèrent courageusement.
À sept heures et quart, le peloton du sous-lieutenant Ansquer était encerclé. Aucune aide n'était à espérer ! Bientôt, les munitions allaient manquer. Arrivé au point où la voix était audible, l'assaillant ordonna au jeune officier de se rendre.
- « Vous verrez, s’écria Ansquer, comment un officier belge se rend ! »
Il monta sur le parapet de la tranchée, saisit une mitrailleuse et tira sa dernière cartouche sur l'ennemi.
Il est mort criblé de balles.
Pas une seule munition n'est restée sur la position.
Roland Ansquer fut provisoirement enterré à Vroenhoven, mais il fallut attendre 1986 pour que sa tombe soit retrouvée. Après de longues recherches menées par son frère André et le couple Coddens, qui avaient failli abandonner après des années de lutte auprès des administrations du ministère de l'Intérieur, de la Province et de la Municipalité, la tombe fut retrouvée, principalement grâce au travail de détective du couple Kwanten de Hees. Les tombes de trois soldats tombés au combat furent découvertes : Roland Ansquer, André Coddens et Marcel Vandenberghe. Il semble que les autorités « officielles » susmentionnées aient manifesté une vive opposition. Selon le Belang van Limburg du 13 mai 1986 : « Une fois la découverte des tombes connue, les autorités officielles se montrèrent soudain beaucoup plus conciliantes et veillèrent à ce qu'une petite parcelle commémorative soit aménagée pour les trois soldats dans le nouveau cimetière, à côté du monument aux morts. »
Sources bibliographiques et iconographiques :
https://blog.seniorennet.be/tfront1940/archief.php?ID=861308










