Aux premières heures du 9 au 10 mai, vers 1 h 30, le quartier général du bataillon à Piringen reçut le premier signal d'alerte. Celui-ci fut immédiatement transmis aux compagnies. Toutes les équipes de démolition furent dépêchées sur place par camion, bus et fourgonnette. Le sous-lieutenant Bruyère du 21e bataillon du génie fut chargé par le commandant du fort Ében-Émael Jottrand de lancer les sept démolitions à Kanne. Il utilisa pour cela des troupes de la section du lieutenant Fonteiniers. Les sites à détruire étaient numérotés de D4 à D10 et se situaient tous de l'autre côté du canal, donc à l'est de Kanne. Le sous-lieutenant Bruyère disposait de 7 sergents, 7 caporaux et 14 soldats pour chacun des sept objectifs.

D4 Au sommet du Muizenberg
D5 Kapelstraat derrière la chapelle du Saint-Sépulcre
D6 Onderstraat près de l'ancienne ferme-château de Harff
D7 Pont Jeker à Op 't Broek
D8 Pont Jeker à Brugstraat
D9 Pruis près du cimetière
D10 Route vers Caestert
En pleine nuit, le lieutenant Bruyère quitte Piringen avec ses hommes pour le sous-secteur du 2e régiment de grenadiers. À 4 h 10, Bruyère reçoit l'ordre du fort Ében-Émael de procéder aux démolitions D4 à D10 sur la rive est du canal Albert. Il se précipite vers le pont et passe devant le bunker O, où il demande au sergent Pirenne du fort de ne pas faire sauter le pont avant son retour avec son équipe. Cependant, Pirenne a déjà reçu l'ordre de démolition et ne peut qu'attendre que Bruyère et son équipe aient traversé le canal. L'équipe de Bruyère réussit à effectuer six des sept démolitions. Seule la démolition de D8, le petit pont sur la rivière Jeker, échoue en raison d'un problème technique. Pendant que le lieutenant Fonteiniers effectue les travaux de démolition sur l'autre rive du canal, le commandant d'Ében-Émael ordonne à nouveau de faire sauter le pont. Le commandant Pirenne ne put plus retarder la destruction du pont, qui explosa. La voie de retour des sapeurs étant désormais coupée, on chercha une embarcation pour rejoindre la rive ouest amie. Selon le récit d'Alain Pelzer, Bruyère parvint à transporter une vingtaine de soldats sur la rive ouest à trois reprises. Il s'agissait principalement de grenadiers et d'une des équipes de Bruyère. Un des groupes embarqua, mais durant la traversée, des parachutistes allemands du groupe Eisen ouvrirent le feu sur le lieutenant et ses hommes, contraignant les Belges à se rendre immédiatement et à débarquer comme prisonniers de guerre. Le lieutenant Bruyère subit le même sort.
Harry Bovens, soldat de la 14e Ligne , était en permission chez ses parents à Kanne. Avec deux gendarmes auxiliaires de Kanne, il rejoignit un des groupes (l'escouade de démolition D10, sur la route de Caestert) et tenta de traverser, mais ils échouèrent car l'embarcation était amarrée sur la rive opposée. Ils tentent de traverser le pont détruit, mais lui et ses compagnons sont contraints de se rendre aux parachutistes allemands sur la rive est. Ils sont conduits sur les hauteurs de Tiendenberg, puis attaqués par un avion allemand. Vingt-quatre Belges et trois soldats allemands sont tués. Les autres sont déportés en Allemagne comme prisonniers de guerre via Maastricht.
Source : Texte d’Alain Pelzer
https://heemkundekanne.be/vers-van-de-pers/vernielingen-op-10-mei-1940-in-kanne/










