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Rss Trente collégiens dans la tourmente de mai 1940
Jean Pauwels est le fils du ministre dont une rue de Nivelles (Belgique) porte le nom depuis de nombreuses années. Jean était élève au Collège Sainte-Gertrude en 1940.
Du 10 au 13 mai, son unité scout a été affectée à des tâches humanitaires.
Jean Pauwels a fait partie d’un groupe de collégiens qui, le 14 mai 1940 ont répondu à l’appel des autorités belges et ont pris le chemin de l’exode, accompagnés de deux de leurs professeurs. Ils sont partis vers l’ouest, comme la majorité des jeunes nivellois.
Mais la fulgurante percée allemande en direction de Dunkerque leur a coupé l’accès à la frontière française. Leur itinéraire s’est ainsi limité aux Flandres.
Je ne vous livre ici que des extraits du récit complet et très détaillé paru dans les n° 103 à 108 de la revue ‘’Rif Tout Dju’’ (revue historique nivelloise).


LUNDI 13 MAI:
Au cours de la journée, le bruit qui circulait en ville se confirme. Des affichettes ont fait leur apparition un peu partout:
"TOUT LES JEUNES DE 16 A 35 ANS DOIVENT ÉVACUÉS VERS LA FRANCE"
Au début de la soirée, les scouts estafettes cessent leur mission et regagnent leur foyer afin de se préparer au grand départ.



La Collégiale de Nivelles avant la tourmente




MARDI 14 MAI:
06h00 heures: au Collège, messe à l’intention ses élèves qui s’en vont. Prières pour la Belgique, pour ceux qui prennent le départ, pour ceux qui restent et pour………la Victoire.
07h30 heures: rassemblement des élèves au Collège. Deux professeurs visés par l’ordonnance relative à l’évacuation nous accompagnent. Ce sont les abbés Coucke et Walkens.
Je pense le moment choisi pour faire connaitre tout ce que la trentaine d’élèves, égarés sur les routes des Flandres, doit à ces deux abbés ainsi qu’au staff qu’ils avaient groupés autour d’eux. Je cite entre autres : Jean Demal, Paul Bertrand, Emile Daue et j’en passe. Les deux abbés, avec un dévouement inlassable, ont menés à bon port les élèves confiés à leur garde. Mais n’anticipons pas………
C’est le cœur serré, tout empreint encore des "Adieux" à la famille, que les élèves, en groupe compact, débouchent vers 08h00 sur la grand-place.
En colonne nous gagnons la gare du Nord.
Par Manage, nous filons vers le «Plat Pays», Dans les gares, où bien souvent notre convoi est dévié sur une voie de garage, because priorité au trafic militaire, nous sommes bien reçus et, à Grammont, la population nous ravitaille en «demis».
Après bien des détours, nous arrivons enfin à Roulers. Une partie des élèves nous quitte. Ils vont tenter seuls l'aventure, tandis que nos deux abbés parviennent à nous
obtenir un logement au petit séminaire.

MERCREDI 15 MAI
Après la messe, nous nous dirigeons vers la gare. Nous rencontrons, non sans étonnement, M.Peeters, dont le commerce est situé au bas du «Tienne St-Roch». Il fuit la ville en flammes.
Un réfugié, non loin de notre groupe, s'est ouvert la gorge avec un rasoir. Un médecin a vainement tenté d'arrêter l'hémorragie.
Devant la carence des autorités supérieures, les abbés décident de marcher vers Pittem, situé à 13 km, où l'abbé Walkens a sa famille.
Nous pénétrons dans le village en rangs serrés, la chanson aux lèvres. Repos dans la propriété attenante à la maison paternelle de l'abbé. Sa famille se coupe en quatre pour nous ravitailler et adoucir notre sort. Nous logeons à l'Institut des Frères Maristes.

JEUDI 16 MAI
Un marchand de bestiaux nous conduit à Ypres où doit se trouver un Etat-Major de l'armée belge. Les abbés espèrent ainsi frapper à la bonne porte. Nous accédons au camion par une porte-rampe rabattable. Celle-ci est relevée, nous voilà en bonne et due place des bovidés.
Ce déplacement motorisé finit piteusement à 3 km de Pittem. Pneu crevé, roue de rechange absente et retour sans gloire à notre point de départ. Nouvelles démarches. Cette fois, à défaut d'un transport en commun, nous dénichons une charrette à bras. Nous nous délestons de nos sacs et valises et... en route vers Rumbeke, localité située à proximité de Roulers.
Je note une activité aérienne intense. Des avions jouent à «cache-cache» avec les nuages et le crépitement des armes parvient jusqu'à nous. Des détonations sourdes qui se répercutent dans le sous-sol attestent de la violence des bombardements lointains.

VENDREDI 17 MAI
Un ordre interdit toute circulation dans les deux Flandres durant 48 heures. Nous sommes donc bloqués. Les abbés trouvent un local plus approprié où nous pourrions revivre un peu l'ambiance de notre salle de jeux.
Nombreux passages de troupes. Nous engageons la conversation avec plusieurs soldats. Ils sont, paraît-il, passé par Nivelles (?) et nous racontent ce qu'ils ont vu. Ils paraissent très démoralisés. Les recherches et investigations du Staff sont couronnées de succès. Nous déménageons pour le patro. Salle splendide, théâtre, billard, piano, etc.
Au cours de la journée, la D.T.C.A. est entrée plusieurs fois en action.

SAMEDI 18 MAI
L’ordre interdisant la circulation est levé. Il est remplacé par une «invitation» de nous rendre en France «par nos propres moyens ». C'est la simplicité même! Une fois de plus, nous bouclons nos sacs et valises, laçons nos godillots, tandis que nos deux anges gardiens obtiennent un car ... militaire qui doit nous conduire à Morsele à quelque km de la frontière française. Nous sommes en plein secteur britannique. L’école est d'ailleurs occupée par la troupe et les Tommies, un tantinet éméchés, nous accueillent avec une profusion de conserves et de boissons. Nous chantons le «Tipperary» et aussi quelques chants anglais de notre répertoire, avec conviction et un accent bien wallon.
Les soldats anglais sont en tenue de combat et ne quittent pas leur casque plat. Ils mènent grand tapage.
Corvée «paille» en vue du grand roupillon. Nous logeons dans un établissement tenu par des religieuses.
La nuit est agitée. Le survol constant de la région par des escadres ennemies nous laisse éveillés et inquiets.

DIMANCHE 19 MAI
Nous assistons à la messe. Nous sommes persuadés que le prochain office aura lieu en France. En rangs serrés, nous quittons Rumbeke, en direction de Menin. Nous passons devant une plaine d'aviation occupée par la R.A.F.
A l'approche de Menin, nous apprenons que la frontière est fermée. Déception. Nous allons alors en direction de Wervik, autre point de passage.
Après le repas, pris sur le pouce, l'abbé Coucke file à Wervik à vélo, afin de s'enquérir de la situation: «La frontière est fermée. Direction Ypres». Démarrage pénible.
Par un chemin de campagne, nous gagnons la route axiale Menin-Ypres, que nous abordons avec appréhension, car déjà nous avions aperçu, se profilant à l'horizon, le flot ininterrompu de réfugiés. Où vont-ils? Sans doute l'ignorent-ils ... comme nous. Ils se dirigent, tels des automates, vers les côtes, vers la France.
Une obsession: l'Allemand.
Aussi essayent-ils de mettre la plus grande distance entre eux et la guerre, entre eux et l'ennemi, car beaucoup se souviennent de 1914.
Des camions militaires passent à tombeau ouvert. Comment se fait-il qu'il n'y ait pas plus d'accidents?

LUNDI 20 MAI
Le mécontentement règne, la «grogne» fait son apparition et une partie du groupe refuse de «marcher». On en a marre d'errer sans but, au gré des ordres les plus contradictoires.
Nous ne demandons qu'une chose, nous battre. Nous passons notre rancœur principalement sur le gouvernement et certains ministres en particulier. Ce que voyant, l'abbé Coucke nous rassemble et il a vite fait de retourner la situation. Notre enthousiasme de jeunes étudiants reprend le dessus.
Sacré par la circonstance porte-drapeau du groupe, Charles Demulder marche au premier rang, portant fièrement les couleurs de Nivelles qui s'apparentent singulièrement aux couleurs françaises.
Nous approchons d'Ypres.
Nous entrons par la porte de Menin. Sous le mémorial anglais, nous entonnons le «GOD SAVE THE KING».
Repos sur la grand 'place, saturée de réfugiés et de charroi.
Les abbés reviennent les mains vides. Plus de train, ni vers la France ni vers la côte. Le staff décide le repli sur Furnes, ville distante de 30 km.
Nous rencontrons Max, un facteur de Nivelles, qui nous donne tous les détails souhaités sur les trois bombardements de la ville. Ces nouvelles n'entachent cependant pas notre bonne humeur, mais nous pensons faire œuvre charitable en cachant la réalité à certains d'entre nous dont la maison se trouve dans les quartiers sinistrés.
Un cri, la colonne se disloque: Francis Collet s'est affaissé sous la douleur des pieds meurtris.
Après une courte halte de récupération, Francis reprend courageusement sa place dans les rangs.
Nous nous arrêtons à 15 kms de Furnes, à proximité de l'Yser. Nous passerons la nuit dans une ferme retirée, sur le territoire de Pollinkhove. A peine sommes-nous arrivés à destination que Wauters s'évanouit. Les abbés le raniment.
Après quoi, le «petit que» s'isole, monopolisant ainsi la seule feuillée disponible. Par précaution, nous allons à tour de rôle frapper à la porte de l'« isoloir ».
Un d'entre nous déclare avec le plus grand sérieux que si Wauters devait trépasser dans de telles conditions, il ne mourrait certainement pas en «odeur de sainteté » ...
Nos bas et chaussettes sont en lambeaux, la plante de nos pieds ne vaut guère mieux. Jean Demal expulse «manu militari» un hurluberlu à mine patibulaire qui s'était installé comme un pacha dans la grange, après avoir balancé le barda de plusieurs d'entre nous.


Le circuit flandrien des trente collégiens
surimprimé à partir d'une carte de l'ancien Atlas Lebêgue




MARDI 21 MAI
Nous continuons notre marche vers Furnes. La guerre se fait de plus en plus sentir, tandis que les avions tournoient dans une ronde infernale, se cherchant, se mitraillant. Parfois, dans la luminosité du ciel, nous apercevons, dans un éclair, le scintillement de leur fuselage argenté. Nous avons trouvé un gîte non loin de Steenkerke, petit village situé à 1 km de Furnes.
Le roulement lointain et continu des bombardements rompt la sérénité bucolique de cette soirée. A la nuit tombante, l'horizon s'embrase et prend la teinte rougeoyante des soirs annonciateurs de tempête.
C'est Dunkerque et son port qui ne sont plus qu'un brasier ...

MERCREDI 22 MAI
Messe. Nous déménageons pour nous installer dans le village même de Steenkerke. La ligne de chemin de fer vers la France est coupée, tandis que la frontière est toujours fermée. Dans l'après-midi, plusieurs d'entre nous se rendent à Furnes. Le ravitaillement est précaire, et l'eau potable rarissime. Il y a, dit-on, plus de 300.000 réfugiés dans les environs!
Les ordres les plus fantaisistes circulent:
- interdiction de circuler dans les deux Flandres durant 48 h. (affiches)
- invitation à retourner à votre lieu de résidence!
Pour la première fois, des dissensions graves se produisent. Certains souhaitent rester sur place.
D'autres estiment qu'il faut rentrer à Nivelles. Cette suggestion n'est pas prise en considération, car nous ignorons si la ville est toujours entre les mains des troupes alliées. Quelques-uns veulent se diriger vers Bruges, et le restant, une minorité de décidés, considère qu'il faut tenter, coûte que coûte, le passage vers la France.
Le soir venu, le creuset de Dunkerque illumine l'horizon de lueurs dantesques.

JEUDI 23 MAI
La nuit porte conseil. La minorité dissidente a rejoint le gros du peloton, sauf Richard Goche qui prend, seul, la direction du Sud.
Nous tournons donc le dos à la mer et gagnons la route Furnes-Dixmude.
Arthur Gougnard et Jacques Walkens se sont laissé distancer. Plusieurs d'entre nous partent à leur recherche, mais reviennent bredouilles. La route est l'objet d'un trafic intense et le reflux des réfugiés reste important.
Le flot se fait maintenant en sens inverse, car de nombreux réfugiés ont pris le chemin du retour.
A marche forcée, nous gagnons DIXMUDE. Nous restons perplexes devant l'activité militaire qui règne à ses abords sud. L'armée s'affaire, en effet, à mettre en place un dispositif de défense ... orienté vers la France. Renseignements pris discrètement, nous apprenons avec stupéfaction qu'une colonne blindée allemande est signalée dans les environs! Cette fois, nous n'y sommes plus. Ils devraient venir de l'Est et les voilà au Sud.
Une affiche est placardée aux valves de l'hôtel de ville. Les autorités supérieures nous enjoignent de gagner OSTENDE. L'abbé Coucke, qui était parti aux nouvelles, nous informe peu après que ces dispositions étaient déjà dépassées. Il nous signale en outre qu'une grange à foin était mise à notre disposition au village d'Esen, situé à deux kilomètres de la ville.
Nous faisons le point. Impasse vers la France ... impasse vers la mer ... impasse vers Ostende ... Aussi le staff décide-t-il de regagner Pittem dont nous conservons tous un si bon souvenir. Les fermiers d'Esen nous accueillent à bras ouverts. Ce fut aussi une des rares fois où nous ne fûmes pas rationnés.
Entre temps, la ville se fortifiait également face à l'Est.
L'activité aérienne n'a cessé de s'intensifier. L'aviation allemande est maîtresse du ciel et notre D.T.C.A. aboie sans discontinuer, tandis que le grondement sourd des bombardements est devenu, pour nous, un fait coutumier.

VENDREDI 24 MAI
Nous nous engageons sur la route DIXMUDE-TIELT.
Beaucoup ont remplacé leurs godillots par des chaussures plus légères. En cours de route, nous apprenons que les quais du port d'Ostende ont été bombardés et que les malles ont gagné l'Angleterre. Par ailleurs, la colonne blindée allemande signalée la veille serait arrivée à POPERINGE.
Un hôpital de campagne est installé à ZARREN et l'abbé Coucke, aidé d'un aumônier militaire, entame des démarches afin d'obtenir un camion. Cela s'avère impossible.
Toutefois les plus éclopés pourront bénéficier de quelques kilomètres en ambulance.
Eugène Delmelle vient de retrouver son oncle, officier dans le corps médical. Il nous renseigne aussitôt un camion qui suit le même trajet que l'ambulance et qui pourra, de ce fait, abréger notre marche de 11 kms. Il nous apprend aussi que les Allemands ont atteint la mer, encerclant ainsi la Belgique et le Nord de la France.
Durant le trajet, nous apercevons une centaine d'avions allemands. En formations serrées, ils se dirigent vers Dunkerque. Notre D.T.C.A. déclenche aussitôt un tir de barrage nourri et de nombreux flocons noirs viennent entacher la pureté du ciel.
Après 11 kms de parcours en ambulance et camion, nous reformons les rangs et en route pour la dernière étape.
Nous marchons maintenant ... au canon, car en face de nous, le grondement sourd venant du front, très éloigné bien sûr, atteste de l'âpreté des combats qui s'y déroulent.
Aux abords de PITTEM, nous entonnons nos chants de marche. Un soldat isolé nous regarde effaré, puis porte l'index à la tempe dans un geste bien connu et nous indique ensuite la direction du front.
Nous entendons nettement le départ des salves de l'artillerie lourde, celle-ci est située à 3 kms de Pittem. Au grondement lointain de la bataille se mêlent sans discontinuer les aboiements secs de la D.T.C.A.
Surprise: Arthur Gougnard et Jacques Walkens, qui s'étaient laissé distancer peu avant notre arrivée à Dixmude, sont là depuis la veille.
Le couvent des Frères étant occupé par l'armée, nous nous installons sous les combles de l'hospice, au-dessus de la morgue!
Le bruit se confirme que les troupes allemandes ont atteint un point situé à 21 km du village ... Mais nous restons vraiment «indécrottables» et nous sommes convaincus que la Lys va jouer, ces prochains jours, le rôle historique de l'Yser. Nous pourrons ainsi être appelés sous les drapeaux et participer ... enfin ... à la libération de notre pays. C'est beau l'espoir ... dit Péguy.
Corvée «paillasse », après quoi, nous nous endormons au son du canon.

SAMEDI 25 MAI
02h00 du matin. Toute la chambre est réveillée par des détonations formidables. Ruée vers l'escalier. L'abbé Coucke nous prévient qu'une batterie d'artillerie lourde a pris position à quelque 500 m du village et qu'elle a commencé le harcèlement des lignes ennemies. De fait, nous entendons nettement le vrombissement des obus de lourd calibre passant au-dessus de notre quartier ainsi que la détonation lointaine de l'impact. Coup de départ, vrombissement, impact, pause et puis ... boum ... ça recommence.
Plusieurs d'entre nous descendent dans les caves-abris déjà occupés par les petits vieux et les petites vieilles.
Un médecin civil arrive. Mitraillé sur la route, il vient se mettre à l'abri. Un peu plus tard, deux soldats amènent un civil atteint d'une crise d'hystérie. Raymond Watillon et Jean Pauwels aident le médecin à le soigner.
Vers 4 heures, le tir a cessé et nous réintégrons le grenier.
06h30: coup sur coup, trois déflagrations ébranlent le vieux bâtiment jusque dans ses fondations. Des obus de gros calibre sont tombés non loin. Riposte allemande à notre barrage d'artillerie ou bien les artilleurs ennemis ont-ils visé la route Bruges-Courtrai?
Nos troupes tiennent toujours la Lys. Après une courte accalmie, les survols de la région par la Luftwaffe ont repris, mais avec moins de mordant nous semble-t-il.
Au début de la soirée, un groupe de soldats belges se dirige vers nous. Il s'agit d'une compagnie du 1er Régiment de Ligne. Les soldats sont harassés, mais gardent bon moral. Ils nous racontent que les Allemands ont franchi la Lys, dernier obstacle naturel avant la plaine des Flandres.

DIMANCHE 26 MAI
01h30 du matin: voilà plus d'une heure que la ronde aérienne a recommencé au-dessus de notre région.
Bientôt trois coups de feu éclatent dans les environs. Il s'agissait de soldats de notre armée qui avaient fait un ... carton sur un avion volant à basse altitude. Au petit matin, la canonnade, plus proche maintenant, fait rage; l'aviation allemande mitraille tout ce qui est en mouvement. Elle a beau jeu, car nous n'apercevons aucun avion allié.
Malgré la situation, nous gagnons l'église au centre du village afin d'assister à la grand'messe de 10 h. Emile Daue s'installe à l'orgue et aussitôt nous entamons l'ordinaire de la messe. L'église est quasi déserte. Pendant l'évangile, trois violentes déflagrations font vaciller l'édifice.
Panique parmi les quelques civils. Les militaires n'ont pas sourcillé.
Nous apprendrons par la suite que l'artillerie allemande à longue portée a bombardé le village et que trois obus de lourd calibre sont tombés autour de l'église, dans les jardins heureusement.
Vers 17h15, un petit groupe poussé par la curiosité, accompagne l'abbé Coucke sur les lieux bombardés le matin. Mais notre curiosité est de courte durée, car nous sommes à découvert et l'apparition de 7 bombardiers « Heinkel» encadrés de chasseurs M.E. 109 contournant le village et prenant leur formation de combat, nous invite à battre précipitamment en retraite. Il était temps, car à peine sommes-nous à l'abri dérisoire d'un mur qu'une longue rafale de mitrailleuse se perd dans les jardins que nous venons de quitter, tandis qu'à l'instant même les chapelets de bombes s'écrasent sur le village, déchaînant l'enfer.
Tout le village vacille et les rues sont noyées de fumée et de poussière. L'escadrille criminelle éloignée, l'abbé disparaît, tout à son ministère, tandis que nous fonçons vers les points d'impact. Le village est durement touché. Une partie de la grand-place ainsi que plusieurs rues sont inhabitables. L'église est coupée en deux. Trois morts sont dénombrés: une dame âgée, une jeune fille, un réfugié inconnu. Nous regagnons notre abri pour y passer la nuit.
Le grondement du canon semble avoir diminué d'intensité.

LUNDI 27 MAI
L'aviation allemande prend sous son feu tout ce qui lui semble suspect. L'artillerie de campagne effectue sporadiquement des tirs rasants, ce qui nous oblige à chercher un abri ou à nous plaquer au sol. L'armée belge s'est repliée et il ne reste que quelques soldats dans le village. Nous enterrons un soldat tombé quelques jours plus tôt.
Le bruit court que les Allemands se sont emparés de Tielt et de Roulers.
Vers midi, le bombardement augmente subitement d'intensité, et bientôt, c'est un ouragan d'acier qui s'abat sur le village. A vrai dire, nous ne pensons pas aux Allemands.
Il ne nous vient même pas à l'idée que ceux-ci pourraient occuper le village dans les prochaines heures. Sans doute, l'abbé se rend-il compte de notre inconscience, car au cours du repas il lance laconiquement: préparation d'artillerie avant attaque d'infanterie! Nous restons sceptiques et pourtant...
Vers 14 heures, le pilonnage a cessé subitement et un grand silence enveloppe la région, provoquant un certain malaise.
L'abbé Coucke se lève et nous invite au calme pendant son absence. Celle-ci est d'ailleurs de courte durée: à son retour, il nous informe que les Allemands venaient d'occuper et même de dépasser le village et que des détachements ennemis avaient pris position dans notre rue.
Stupeur et consternation! Des sentinelles sont postées au carrefour. En face de la grille de la cour, un canon anti-char 3,7 est installé, tourné vers l'ouest; des postes de mitrailleuses s'échelonnent le long de la lisière sud-ouest du village.
L'abbé Coucke a contacté le premier gradé rencontré afin d'attirer son attention sur notre groupe d'étudiants dont il est responsable.
Réponse: «La guerre est finie pour vous» !
Un camion arrive et manœuvre à hauteur du village. Il vient déverser le butin pris aux troupes belges. Nous pouvons faire notre choix, mais interdiction de toucher aux armes et munitions.
Parmi le matériel déversé, nous découvrons un sac étiqueté au nom de l'abbé Peeters. Il sera bien étonné, ce brave abbé, de retrouver son bien lors de son retour au Collège.
Au début de la soirée, un fort contingent de soldats belges prisonniers marche devant la grille. Ils sont encadrés par des sentinelles allemandes armées jusqu'aux dents. L'ouragan est passé et notre première nuit sous la botte allemande
commence ...

MARDI 28 MAI
Nous apprenons, non sans une profonde tristesse, que la Belgique a déposé les armes. Par un père d'Orval, brancardier, nous apprenons que l'abbé Peeters est sain et sauf et toujours en liberté.
Enterrement de trois militaires belges. L'abbé Coucke, après avoir récupéré précieusement les papiers de chaque soldat aux fins de les faire parvenir aux familles, a béni la fosse commune. Nous ne voyons aucune troupe motorisée, mais par contre, l'infanterie défile sans discontinuer, ils ont dans l'ensemble une sale tête. Leurs chants guerriers,
magnifiquement orchestrés faut-il le dire, retentissent dans les rues étroites de la commune. L'abbé Coucke s'est opposé à l'entrée d'un Allemand casqué dans l'église. Charles Demulder, profitant de la présence de soldats sous le porche de l'église, a entonné à l'orgue une vibrante Brabançonne.

MERCREDI 29 MAI
Nous débutons la journée par des enterrements. Nous sommes toujours dans l'ignorance la plus complète quant aux conditions de paix. Le départ est dans l'air.
Environ 120 kms à parcourir. Eugène Delmelle veut absolument se charger d'un téléphone de campagne de l'armée belge, mais réflexion faite, il décide de l'entreposer chez l'abbé Walkens.
D'autres achètent des vélos d'occasion, mais la palme revient à Emile Daue qui a déniché un car abandonné par l'armée belge. Le car semble en parfait état, bien que l'arrière soit comme une passoire.

JEUDI 30 MAI
Derniers préparatifs. Beaucoup restent sceptiques quant au retour motorisé. L'abbé Coucke se rend à la maison communale et expose le cas à l'un des échevins. Pour lui, il s'agit d'un butin de guerre et, ma foi, si on peut le récupérer, autant de pris à l'ennemi! Nouvelles palabres entre les fermiers et l'abbé. Ceux-ci acceptent, d'autant plus que les Allemands ont déjà essayé entre temps de remettre le véhicule en marche. Nous n'avons guère plus de chance d'ailleurs. Quelqu'un propose d'aller chercher un mécanicien.
Celui-ci, en un tour de main, fait ronfler le moteur récalcitrant. Une collecte le dédommage de sa peine. Puis, nous nous attaquons à la troisième opération: dégager le car du fossé où il a versé. C'est avec l'aide d'un vieux cheval que nous parvenons à nos fins.
Pendant toutes ces opérations, une autre partie du groupe continue la pieuse mission de mise en terre des tués déposés, les jours précédents, à la morgue.
Partout, c'est une débauche de matériel abandonné, fusils, munitions, torpilles, chenillettes, etc.
Enfin, voici l'heure solennelle où le car vient s'arrêter devant le grillage.
Emile Daue, fier comme Artaban, le conduit d'une main de maître. Il est attentif au trafic et traverse les ponts provisoires avec la prudence d'un Sioux sur le chemin de la guerre. C'est qu'il n'a jamais conduit un tel engin, not'gros Mimile. A Grammont, panne; le moteur n'en veut plus.
Nous descendons et pendant qu'Emile Daue disparaît à moitié dans le moteur, ne laissant apparaître que la partie la plus charnue de son individu, nous cassons la croûte, en partageant notre maigre pitance avec des soldats belges que nous avons pris à bord en cours de route.

VENDREDI 31 MAI
Les mécaniciens en herbe essaient de remettre le car en marche. Le système de ventilation est défectueux.
Un habitant de la ville nous procure une nouvelle courroie de ventilateur.
Par Soignies, nous gagnons Braine-le-Comte. Notre route est jalonnée de destructions et nous dépassons des convois de prisonniers français.
A Ronquières, nous passons le canal de Charleroi-Bruxelles sur un pont de fortune. Les nombreux dégâts et les traces de combat attestent de l'âpreté de la bataille qui se déroula ici entre les troupes françaises et allemandes.
Nous montons à pied la côte menant au Croiseau. A plusieurs reprises, nous devons laisser le passage aux convois qui se dirigent vers la France.
Des avions nous survolent à très basse altitude. Ils viennent sans doute de décoller de l'aérodrome militaire de Nivelles.
Nous avons dépassé Monstreux et déjà on voit notre bonne vieille collégiale. Meurtrie, elle laisse apparaître à la place de sa flèche, un amas de ferrailles tordues et calcinées.


La Collégiale de Nivelles après les bombardements.



Djean-Djean est toujours en place.
Par la chaussée de Braine-le-Comte, nous arrivons au carrefour de la rue de Soignies et de la rue des Combattants. L'abbé Coucke donne l'ordre à Emile Daue de prendre les boulevards extérieurs: il nous évitait ainsi le spectacle, combien pénible, du centre, où il ne reste que pans de murs calcinés et habitations broyées.
Nous ignorons à quel point notre ville est abimée et les quelques ruines éparses le long des boulevards ne nous émeuvent pas outre mesure.
Et voilà le moment tant espéré: solennellement, le car pénètre dans le jardin du Collège et vient s'arrêter au pied de la statue de Sainte-Gertrude. Nous sommes attendus par quatre cyclistes, mais aussi par l'abbé Denayer.
Il nous accueille à bras ouverts et avec une émotion qu'il ne peut cacher.
Le circuit est bouclé ... Nous sommes revenus au point de départ.

ET MAINTENANT ... ?
Des Allemands nous ont dit: «La guerre est finie pour vous, zurück nach haus» et nous sommes revenus.
Mais était-ce vraiment fini?
Non, car pour beaucoup d'entre nous cette fin devenait un commencement, le commencement d'une guerre impitoyable qui allait durer quatre longues années, une guerre faite d'héroïsme et de sang.

(Source texte et photos: Bulletin du Rif Tout Dju-Mai 1990 par Louis Genty)
 
 
Note: 5
(2 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 24/11/12


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