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Rss La "Rengaine" - 4 septembre 1944
Le 2 septembre 1944, l'heure a enfin sonné pour les groupements de résistance d'entrer en action ouverte et l'ordre leur est donné de combattre l'ennemi en déroute et de l'empêcher à tout prix de détruire les ouvrages d'art encore intacts.

Lundi 4 septembre, la population du Centre acclame ses libérateurs. Les troupes américaines déferlent sur la chaussée venant des régions de Mons et de Soignies.
Cependant, pour les Résistants, tout n'est pas terminé. En effet, après avoir déjà capturé sept prisonniers allemands le long de la voie ferrée Manage - Braine-le-Comte,
le chef de la section de l'Armée Secrète de Marche-lez-Ecaussinnes, le Commandant Gérard ERGOT est alerté vers 15 heures par des Milices Patriotiques (M.P.)
du F.I. (Front de l'Indépendance) de Marche-lez-Ecaussinnes, les fils de M. Jean DEGALANT qui habitent le hameau du Bouleng que deux soldats allemands s'y trouvent encore venant de Mignault et qu'ils se dirigent vers le bois de Courrière.
Le Commandant ERGOT forme immédiatement une patrouille en vue de capturer ces deux ennemis et part en voiture afin d'opérer par surprise et de couper l'entrée du bois
aux deux fuyards.


Carte des lieux où se déroulèrent les engagements.



Pour cette opération, le Commandant ERGOT s'était adjoint trois braves soldats de l'ombre: Robert KERKOFS de Marche-lez-Ecaussinnes, Hubert ZEGERS de Braine-le-Comte, tous deux membres de l'Armée Secrète depuis 1942 et qui avaient déjà accompli de multiples missions dangereuses dans la clandestinité et, enfin, Charles CULOT, jeune soldat de la section de Marche-lez-Ecaussinnes conducteur de la voiture.
Simultanément, le commandant ERGOT a soin de désigner un groupe d'une dizaine d'hommes dirigé par Robert GILMONT avec mission d'aller prendre position au Pont Adant (pont du chemin de fer).
L'auto démarre de la ferme DECOCK, siège du P.C. de la section par la route de Familleureux et gagne la Rengaine par la route de Bouleng.
A leur arrivée, les allemands avaient regagné le bois. Parvenue au chalet, la voiture s'arrête, KERKOFS qui était assis sur la porte bagage arrière avait sauté de la voiture. Armé d'une mitraillette, il s'avance vers la clairière en longeant le bois.
De suite, un très rapide combat s'engagea, ZEGERS est tué tandis que KERKOFS d'une rafale de mitraillette refoule l'ennemi dans les taillis mais, il est touché à son tour ...
Il mourra en tentant de gagner les habitations voisines.
Les allemands plus nombreux déclenchent alors un feu de plus en plus dense qui oblige les deux autres combattants (ERGOT et CULOT) à se replier.
Le chauffeur CULOT abandonne la voiture et part immédiatement à vélo demander du renfort à la section.
ERGOT reste dans les parages et surveille les agissements de l'ennemi.
Pendant tout ce temps, le groupe de GILMONT a progressé entre le chemin de fer et la rue du Bouleng et est arrivé en vue du pont. Un essai de reconnaissance tenté fut
stoppé immédiatement par un coup de feu des Allemands en provenance du bois.
Le groupe reprit alors sa progression sous le couvert des haies entourant les prairies qui s'étendaient jusqu'à la lisière du bois.
Les résistants aperçurent un groupe de soldats allemands qui quittait le bois de Courrière en parfait ordre de bataille et se dirigeait vers le bois de Feluy.
Lorsque les résistants atteignirent la lisière du bois de Courrière, GILMONT est parti avec 2 hommes en se faufilant d'arbre en arbre en vue d'atteindre la clairière de la Rengaine et là, ils ont découverts les corps de KERKHOF et de ZEGERS.
Entre-temps, les hommes restés au P.C., entendant la fusillade ont alerté par téléphone les groupes de résistance des communes voisines.
C'est ainsi qu'arrivent en renfort un important contingent des Milices Patriotiques du Front de l'Indépendance de La Louvière et de Houdeng, dirigés par les Commandants de bataillon Simon THYS, Marius BROGNIEZ et Edmond GYSSEN et les Commandants de compagnie René BURION, Leon BIENFAIT, Louis MEES, Oscar WARGNIEs.
Cette troupe se divise en deux groupes à proximité de Besonrieux. Le premier groupe part de l'autre côté du bois de La Louvière et prend position le long du chemin à pour prendre l'ennemi à revers. Le deuxième groupe, celui de Simon THYS, et de René BURION, ... traverse Besonrieux et Familleureux à toute allure et gagne rapidement Marche-lez-Ecaussinnes essuyant au passage le feu des armes automatiques des soldats allemands qui étaient postés à la lisière du Bois de Courrière face au chemin de fer et qui découvrent entièrement la route de Familleureux à Marche-lez-Ecaussinnes.
Aux environs du "BUCHON", le Commandant des M.P./F.I. détache une patrouille de cinq ou six hommes avec une camionnette portant l'insigne de la Croix rouge.
Cette patrouille s'engage vers le pont Adant, le pont du chemin de fer, afin d'établir le contact entre les hommes du Commandant ERGOT et ceux des commandants du
détachement de La Louvière.
Dès l'arrivée de ce renfort en hommes et en armes, les groupes de résistants disposent d'une soixantaine d'hommes qui se dirigent vers le lieu du premier engagement par la rue de Bouleng protégés par le tir d'une mitrailleuse lourde montée sur camion.
Les résistants progressent rapidement jusqu'à environ deux cents mètres de la Rengaine appuyés par le tir de la mitrailleuse et celui d'un fusil mitrailleur.
A ce moment, l'ennemi se défend car il se voit renforcé par une troupe importante d'environ cent cinquante hommes arrivée à travers bois de la direction de Houdeng.
Les Résistants progressent prudemment et parviennent néanmoins à gagner le carrefour de la Rengaine et retrouvent les corps de ZEGERS et de KERKOFS.
Les allemands quittent le bois, se réfugient dans la tranchée du chemin de fer avant de traverser la route de Familleureux à Marche-lez-Ecaussinnes et de se diriger vers le
bois de Feluy.
C'est alors que, dans un très court engagement, Jules DEBAUQUE, Nestor FAVAITS, Louis GUNST et Roger SEBA sont tués.
Ces quatre braves soldats avaient fait la campagne de mai 1940 dans les rangs de l'armée belge.
Prisonniers, ils s'étaient aussitôt évadés et, rentrés dans leurs foyers, ils n'hésitèrent pas à se remettre au service de la Belgique en rejoignant la résistance.
Par la suite, inscrits dans les Milices Patriotiques, ils se sont distingués par leur bravoure et leur modestie.


Funérailles de Nestor FAVAITS, 27 ans, tué à l'ennemi le 4 septembre 1944



Ce deuxième engagement qui fut plus tragique encore que le premier, s'acheva par la capture de Léon VINCART des M.P./F.I. de Houdeng, conducteur de la camionnette de la Croix rouge (qui fut sans doute sauvé par son brassard de la Croix rouge).
Il fut emmené par la troupe allemande qui passa la nuit dans le bois de Feluy avant d'abandonner la voiture de CULOT à Arquennes et d'être capturée aux environs de Bornival le 5 septembre par la Résistance appuyée par les soldats américains. Léon VINCART était ainsi heureusement libéré sain et sauf le 5 septembre.
En fin de journée du 4 septembre alors que tout semblait terminé, Jules CANIVET, Maréchal des logis de la deuxième brigade de gendarmerie, membre très actif du Mouvement National Belge (M.N.B.) coopérant très étroitement avec l'Armée Secrète est tué à une centaine de mètres du Café de la Montagne à proximité de la route de Marche par des ennemis retardataires embusqués dans un aqueduc du chemin de fer.
Henri BAUWENS, jeune membre de la section de Familleureux avait vu passer le groupe des M.P./F.I. au pont du chemin de fer voisin de la maison communale de Familleureux.
Ce groupe nombreux et bien armé arrivait de Besonrieux sur des camions et se dirigeait de toute allure vers Marche-lez-Ecaussinnes.
Il y avait reconnu au passage plusieurs camarades dont Roger SEBA et d'autres de La Croyère ainsi que des amis étudiants de l'Ecole normale de Morlanwelz, Simon THYS et René BURION.
La plupart des hommes de la Section de l'Armée Secrète de Familleureux se trouvaient à ce moment au Roeulx.
C'est ainsi que Henri BAUWENS alerta Hector BLAIRON chef du groupe sédentaire de l'Armée Secrète de Familleureux et, c'est de chez lui, poste d'observation idéal qu'ils suivirent les diverses péripéties du combat depuis la lisière du bois de Courrière, la tranchée du chemin de fer, le Pont Adant, le "BUCHON" ainsi que la
traversée des campagnes par l'imposant groupe d'allemands conduit par un officier supérieur qui se dirigeait vers les fermes DELHOVE et DUCARME pour gagner le bois de Feluy.
Ils purent ainsi dénombrer une bonne centaine d'allemands emmenant une voiture, (celle abandonnée à la Rengaine par CULOT et ERGOT lors du premier engagement) et une camionnette de la Croix rouge et, déjà, le prisonnier VINCART.
Après un moment d'accalmie, réalisant l'importance de l'affrontement qui avait pu se produire, Henri BAUWENS fit part à Hector BLAIRON de son intention de se rendre dans
les environs du Pont Adant par la route de Marche afin de repérer et de porter secours à d'éventuels survivants.
Henri BAUWENS partit donc de Familleureux à vélo avec un ami, Vladimir KREJCT qui accepta de l'accompagner, tous deux avec un brassard de la Croix rouge bien visible au
bras gauche.
Après avoir traversé les champs, ils gagnèrent le "BUCHON" et prirent la direction du chemin de fer. A une centaine de mètres, au pied d'un poteau, ils découvrirent dans l'ordre les corps de Jules DEBAUQUE et à cent mètres du chemin de Marche, ceux de Roger SEBA et de Louis GUNST, au pied du talus du Pont Adant, à gauche du chemin.
Après quelques prudentes recherches (on entendait encore des coups de feu dans le bois de Courrière), très loin sur la gauche dans le champ, Henri BAUWENS aperçut un
corps inerte, c'était celui de Nestor FAVAITS.
Ces quatre braves avaient été tués par les allemands lorsque ceux-ci avaient quitté la tranchée du chemin de fer pour gagner le bois de Feluy.
Aucun survivant ne fut retrouvé, les deux jeunes avaient terminé leur tâche.
Ce sont des habitants de Familleureux venus avec des brancards qui ramenèrent les corps et les acheminèrent avec la carriole de Max DEMAY à l'ancienne école attenante à la maison communale de Familleureux où ils furent veillés par les membres de l'Armée Secrète de Familleureux avant d'être repris le lendemain matin par leurs parents ainsi que des camarades des M.P./F.I. de La Louvière et de Houdeng.



Source du texte: plaquette émise par le Comité du Monument de la Rengaine (Région du Centre) en 1994.
Source des photos: même plaquette et collection R. Wautrecht.
 
 
Note: 4.75
(3 notes)
Ecrit par: prosper, Le: 04/08/13


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