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Rss Le service '' TEGAL ''
Jusqu'il y a peu, le service Tégal était resté dans l'ombre de l'historiographie belge, aucune étude ne lui ayant été spécifiquement consacrée. Grâce à la richesse des collections conservées au CEGES (Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés Contemporaines), il a été possible de reconstituer les grandes lignes de son histoire. Nous espérons que ce texte contribuera à mieux faire connaître ce service qui a opéré pendant la plus grande partie de l'Occupation et dans le cadre duquel plus d'un millier d'agents et d'auxiliaires ont déployé leur activité.


Les origines

C'est dans le milieu militaire que se situent les premiers pas du réseau Tégal. L'Armée Belge, humiliée, défaite, puis déportée en grande partie dans les camps de prisonniers allemands, comporte encore aux lendemains de la reddition quelques éléments estimant que pour eux la lutte n'est pas finie, même si les nécessités du moment conduisent à mener le combat sous d'autres formes. Un de ces éléments est le lieutenant Pierre Hauman, et une de ces formes est le renseignement. L'alchimie des deux donnera naissance au réseau Tégal.

Employé à la liquidation des stocks de l'Armée Belge dans le sud de la France à la fin de l'été 1940, Hauman profite de sa situation pour se livrer à un certain nombre d'activités clandestines, telles que l'aide aux évadés, financée par la vente clandestine du matériel de guerre belge devant être livré à l'Allemagne. Officier de cavalerie (lieutenant au 1er Lancier jusqu'en avril 1940, avant d'être muté au 7e Régiment Motorisé des Troupes de Renfort et d'Instruction), Pierre Hauman est un personnage assez difficile à cerner. Né au sein d'une famille bourgeoise de tradition libérale depuis longtemps implantée à Bruxelles, il semble que Hauman ait développé au cours de ses jeunes années un caractère assez surprenant. Ceux qui l'ont connu le décrivent comme un homme très intelligent, mais doté d'une personnalité fantaisiste, oscillant entre une excessive prudence et une excentricité parfois déplacée, ce qui le conduira peut-être à certaines imprudences qui s'avèreront très néfastes pour le service. Les activités clandestines entamées dans le Midi le mettent en rapport avec d'autres d'officiers belges partageant ses vues sur la prolongation du combat. Parmi ceux-ci, le capitaine-commandant Hervé Doyen jouera un rôle déterminant. En effet, Doyen est en train de constituer une organisation, le service Benoît, qui se charge de l'évacuation de fugitifs et de courriers vers l'Angleterre, notamment via Lisbonne ; il entretient également des contacts avec certains éléments des services secrets de Vichy dont la sympathie reste acquise aux alliés malgré les prises de position de leur gouvernement. Néanmoins, il manque encore à Doyen, dans les premiers jours de l'année 1941, une liaison avec des réseaux constitués opérant sur le territoire belge. Le chef de Benoît confie à Hauman le soin d'établir ce lien : c'est ainsi que Luc, Zéro et Clarence seront connectés à la ligne, tout comme les premiers embryons de secteurs de Tégal, dont les bases ont peut-être été jetées lors d'un retour au pays effectué par Hauman fin 1940. Le nom bizarre du service aurait en fait pour origine un léger malentendu entre Pierre Hauman et un officier britannique travaillant avec les services secrets français, peut-être le capitaine Garrow. Ce dernier, après avoir demandé à Hauman quel nom il voulait choisir pour son service, aurait interprété l'indécision du Belge (" c'est égal ") comme une affirmation (" c'est Tégal ").

En octobre 1941, Pierre Hauman fait la connaissance de Paul Collard, un industriel belge, issu d'un milieu catholique bourgeois, qui, alors qu'il était réfugié avec sa famille dans le Midi, avait lui aussi pris contact avec Benoît et des éléments de ce qui allait devenir le service de renseignements français Kléber. La personnalité de Paul Collard le situait aux antipodes de Pierre Hauman : autant Hauman était un aventurier vivant une vie de 'bâton de chaises', autant Paul Collard, décrit comme quelqu'un de prudent, modéré, doté d'une large culture et d'une grande ouverture d'esprit, évoquait la figure du 'Père Tranquille'. Paul Collard agglomère au réseau un certain nombre d'agents recrutés par ses propres soins, probablement à l'occasion de liaisons effectuées entre le Midi et la Belgique. Jusqu'à la fin de l'année 1941, le sort de Tégal reste donc intimement lié à celui de Benoît. Il ne compte sans doute à ce moment pas plus qu'une grosse cinquantaine d'agents et d'auxiliaires, majoritairement recrutés dans l'Ouest du pays


Paul Collard. Second dirigeant de Tegal




Maturité

Dès le début de l'année 1942, le réseau connaît une importante évolution : il va rapidement gagner en volume et en autonomie. En effet, c'est à cette époque que, suite, entre autres, à sa coopération avec les services de Vichy, Hervé Doyen perd la confiance de la Sûreté de l'Etat, qui décide de le rappeler en Angleterre. Le ralentissement des activités de Benoît va entraîner le raccrochement de certains de ses agents à Tégal, ainsi que l'adjonction de secteurs qui avaient été jusqu'alors en contact avec Benoît, comme Bex 1920 du député Demuyter, Louis-Irène, ou encore B-29, qui avait dépendu de l'infortuné service Tulipe. Simultanément, le réseau se structure : l'enrôlement de nouveaux agents par les premiers collaborateurs de Hauman ou de Collard conduit au développement des secteurs esquissés en 1941.

La disgrâce de Benoît implique aussi pour Tégal de trouver ses propres voies de transmission. Il semble que dès 1941, une ligne régulière vers la Zone non-occupée de la France soit développée à partir de Mons. De son côté, Hauman abandonne progressivement ses missions de liaison avec le Midi : il laisse donc ce rôle à certains de ses subalternes, et se fixe définitivement en Belgique en août 1942, afin de se consacrer entièrement à la direction du service.

C'est également à la fin de l'été 1942 que le réseau connaît ses premières grandes alertes. Coup sur coup, deux vagues d'arrestations déciment deux importantes sections. La première, consécutives aux révélations faites par l'ancien chef du réseau Tulipe, entraîne une coupe sombre dans le secteur B-29, tandis que la seconde met fin à la ligne d'évacuation montoise. C'est peut-être suite à cette affaire que Tégal décide de faire passer son courrier vers l'Angleterre par le Poste de Commandement Belge (P.C.B.), que William Ugeux, mandaté par la Sûreté de Londres, vient de fonder à cette fin.

Si la transmission du courrier ne connaît de ce fait-là pas d'interruption décisive, la communication par radio avec les services de Londres, n'est, elle, toujours pas possible. Le service Mill assurera probablement le dépannage pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'un opérateur radio destiné spécifiquement à Tégal soit parachuté début janvier 1943. C'est à cette époque que le réseau atteint véritablement son apogée. Les liaisons, tant par voies terrestres qu'éthérées, sont assurées, et les renseignements, que collectent plus de 300 agents et auxiliaires, abondent.

Néanmoins, à partir d'avril 1943, les alertes se succèdent. Le secteur anversois Alex est littéralement pulvérisé par le contre-espionnage allemand, qui désormais est aux trousses de Tégal. Les perquisitions se succédant, plusieurs membres de l'état-major sont contraints de vivre dans la clandestinité. D'autres sont interpellés, dont Collard lui-même. Il parvient heureusement à dérouter les enquêteurs, ce qui lui vaut d'être relâché en septembre 1943, après 3 mois d'internement. Mais le plus grave pour le réseau reste à venir…


Crise

Une dizaine de jours après la libération de Paul Collard, Pierre Hauman est pris dans un guet-apens de la Geheime Feldpolizei (G.F.P.). Le coup est très dur pour le réseau. Cependant, Collard décide de reprendre la direction : il forme avec Franz Manderfeld et Paul Debergh une sorte de triumvirat qui, pendant tout l'automne, mène le réseau avec efficacité.

Les premiers jours de l'hiver 1943-1944 constitueront la période la plus noire de l'histoire de Tégal. De septembre à décembre, Hauman subit des conditions de détention très dures et est interrogé très brutalement à maintes reprises. Une série d'imprudences commises par le jeune officier lorsqu'il dirigeait le réseau permet aux Allemands de s'emparer de précieuses informations sur l'organisation ; Hauman lui-même aurait fini par craquer, peut-être suite à l'exhibition par les Allemands de tout ce qu'ils savaient sur ses activités. Le 20 décembre, les rafles commencent avec l'arrestation de Demuyter. Trois jours plus tard, Debergh, et deux autres membres de l'état-major sont arrêtés, mais parviennent à détruire in extremis le courrier qu'ils étaient en train de rassembler. Simultanément, le chef du secteur B-29 est lui aussi épinglé. Deux autres chefs de secteurs sont encore arrêtés dans les jours suivants. La vague se termine par l'arrestation du marconiste Albert Plaetsier, repéré par radio-goniométrie le 3 janvier 1944. Collard, Manderfeld, et plusieurs chefs de secteur échappent de peu aux perquisitions menées contre eux, mais le réseau est complètement désorganisé.


Second souffle

L'année 1944 commence donc très mal pour le réseau Tégal, qui est pratiquement démembré. Néanmoins, grâce aux contacts et à l'action énergique de Paul Collard, le réseau va faire peau neuve, et retrouvera une activité intense jusqu'à la Libération. Après avoir envisagé d'abandonner le réseau, Collard entreprend de rassembler les débris, qu'il confie à Adrien Marquet, chef de Mill. Quittant Bruxelles, où il est recherché, il gagne le maquis, dans la région de Dinant. Il entreprend d'y développer en coopération avec Mill et l'Armée Secrète (A.S.) un secteur rattaché tardivement à Tégal : le secteur Sud-Est. Ce secteur, bien organisé et disposant de près de 200 agents et auxiliaires, va connaître une activité intense du Débarquement à la Libération. Il aura l'occasion de remplir parfaitement le rôle pour lequel il avait été conçu, à savoir la couverture intensive et systématique de la région (rive droite de la Meuse) en prévision de l'avance alliée. Le secteur disposera même de son propre opérateur radio, Raoul Botte, détaché de Mill, ce qui lui permettra de répondre aux exigences d'une évolution rapide des événements fin août - début septembre, en matière de vitesse de transmission des renseignements collectés.

L'année 1944 voit également le rattachement à cette nouvelle mouture de Tégal de la zone liégeoise de Cleveland-Clarence, dirigée par le docteur Streignart ; celui-ci avait en effet effectué une sorte de sécession de son importante zone, suite à un conflit l'ayant opposé à Walthère Dewé, qui exigeait de ses subalternes un serment que, tant dans sa forme que dans son contenu, Streignart et ses adjoints ne pouvaient accepter, notamment du fait qu'il assimilait convictions religieuses et engagement patriotique. Cet apport de plus de 300 agents et auxiliaires va permettre à Tégal de connaître une activité intense dans la région de Liège et de Verviers pendant les derniers mois de l'Occupation.

Le fait que Paul Collard, Franz Manderfeld et d'autres courent toujours, sera peut-être salutaire aux agents arrêtés pendant l'hiver 1943-1944. En effet, plutôt que d'envoyer directement en Allemagne pour y être jugés les agents dont elle dispose déjà, la G.F.P. essaie absolument de clôturer le dossier : elle continue donc les interrogatoires, et ses recherches aboutissent encore à l'arrestation de plusieurs agents d'importance secondaire du printemps à l'été 1944. Ce perfectionnisme retarde de plusieurs mois la déportation des prisonniers. Ils sont finalement transférés le 2 septembre 1944 de la prison de Saint-Gilles à la gare du Midi, où les attend un train qui doit les conduire avec plus de 1300 autres prisonniers en Allemagne. Ce convoi, dénommé plus tard le 'Train Fantôme' ne quittera finalement jamais le territoire belge, grâce à l'action des cheminots qui le retarderont pendant 24 heures. Ainsi, la plupart des dirigeants de Tégal auront finalement la vie sauve.

Après la Libération, Hauman est chargé par la Sûreté de l'Etat de la liquidation administrative du réseau. Il recontactera également un certain nombre d'agents, qui prolongeront quelques mois encore leurs activités d'espionnage aux abords des lignes allemandes, voire même au cœur de l'Allemagne au cours de missions organisées par les services secrets américains.


Source: Mise en page de P. Vandenbroucke avec l'aimable autorisation de Monsieur E. Debruyne, attaché scientifique au CEGES et auteur de ce texte.
Source photo ICI
 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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