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Rss Le pont d'Andenne
Le pont d'Andenne

L'Armée secrète à Andenne.

Bien que certains membres y fussent déjà affiliés avant la première réunion, cette compagnie a commencé son organisation militaire avec une prise de position de cinq hommes, en juin 1941: Julien Desplanque, Luc Crefcoeur, Alphonse Mahy, Jules Léonet et Alfred Paris.
Il s'agissait d'abord de constituer une brigade spéciale de volontaires pour effectuer des sabotages et des interventions contres les objectifs allemands. La seconde réunion à Andenelle avait pour but, suivant instruction des chefs, d'organiser la compagnie sur un plan strictement militaire: escouades, pelotons et chefs.
Une escouade comprenait 12 hommes; un peloton réunissait 3 escouades, soit 36 hommes et il fallait 3 pelotons pour former la compagnie. A la tête, il y avait un capitaine et son adjoint, un sous-lieutenant de matériel et un sous-lieutenant administratif.
Les pelotons étaient commandés par un sous-lieutenant.

Le recrutement en cette année fut très difficile, car pour convaincre dix hommes, il fallait au moins en contacter trente. Il faut dire qu'à ce moment, il n'y avait presque pas de réfractaires.
Briser aussi la croyance en la victoire allemande était une mission extrêmement dangereuse, car les langues se déliaient et le recruteur finissait très vite par être reconnu, c'est ainsi qu'Alfred Paris fut arrêté et fusillé.
Dans la région, 3 pelotons complets furent constitués; 2 à Andenne et 1 à Jallet. Les officiers et gradés étaient tous désignés suivant leur travail et le dévouement à la cause.

Il fallait en plus, un docteur, un aumônier et surtout des agents de liaison. Ces derniers furent des femmes et des jeunes filles, très courageuses, qui accomplirent le plus grand travail dans cette délicate mission.
Fin 1942, début 1943, la compagnie était au complet, car entretemps, le recrutement avait continué et Andenne possédait son troisième peloton, complétant ainsi la Compagnie 198 du Groupe 2, secteur 3 Zone V de l'A.S.

Les missions dangereuses comprenaient le sabotage des lignes téléphoniques, la destruction des pylônes à haute tension et les renseignements sur les mouvements des troupes et matériel allemand par route et par fer. Ces informations étaient communiquées au Service de renseignements du Secteur (Le Mouron rouge).
Par la suite et sans discontinuité, l'A.S. aida les réfractaires et les personnes recherchées par les Allemands. Elle prit des mesures de répression contre les traîtres et les collaborateurs; organisa des attaques de voitures ennemies au cours desquelles il y eut de nombreux tués, blessés et prisonniers.
Cette compagnie n'a jamais connu de repos et son activité s'est poursuivie jusqu'à la fin de la guerre.
L'exploit dont elle fut la plus fière, c'est certes le sabotage du pont d'Andenne en 1944 comme le raconte un membre de l'A.S.

Le sabotage du pont d’Andenne par l'A.S.
"Cela se passait le 11 juin 1944, quelques minutes avant 2 heures du matin, une formidable explosion arrachait les braves gens d'Andenne à leur sommeil.
Depuis quelque temps déjà, la vie n'était plus rose dans la cité de Sainte Begge et au moindre vrombissement de moteur, la course vers des abris reprenait, éperdue. Cette nuit-là, une fois de plus les avions rôdaient
au-dessus de la localité et immédiatement on eut l'impression qu'on y était de nouveau. La réalité était cependant toute autre : j'ai sous les yeux le rapport du génie de l'A.S. Z5 S3 relatif à la destruction du pont d'Andenne.

Voici le récit de cet audacieux exploit combiné par le major «Bob» et réalisé au nez et à la barbe des Allemands par quatre hommes, magnifiques de cran et d'astuce dont les noms peuvent être cités à présent : Fernand Gibels, de Sclayn, Emile Husson,d'Andenne, qui trouva une mort glorieuse à Ohey lors des combats pour la libération du territoire, Gustave Jacoby de Sclayn, également mort pour son pays dans l'échauffourée de Vyle-Tharoul, Antoine Sillien de Pontillas, était également de la partie.
Le contremaître Charles de l'entreprise Mylle, travaillant au pont, était informé du coup et attendait le départ de ses ouvriers pour avertir les patriotes qu'ils pouvaient entrer en action.
L'entreprise se révélait très dure et remplie de risques: des Allemands avaient eu vent la veille d'une tentative de sabotage contre le pont, et le nombre de sentinelles venait d'être triplé. Les abords immédiats du pont étaient en outre pourvus de réflecteurs et garnis de mitrailleuses.
Quelques heures avant l'heure «H», une voiture de service venant en reconnaissance, avait été mise en joue et vers une heure du matin, six civils, on sait lesquels, avaient été repérés en conversation avec des sentinelles aux approches du pont. Il n'y avait plus qu'une chose à faire: tenter d'employer la ruse, comme on va s'en rendre compte, cela se passa mieux qu'on ne l'espérait. Jamais on ne changera l’Allemand, il est très militaire, il se croit très fort, mais on parvient tout de même à le rouler et cette fois ce fut de maîtresse façon.
C'est le 10 juin vers 17h30, que le camion de service abordait le pont d'Andenne avec une charge de 383 kg. d'explosifs, habilement camouflés au milieu de sacs de ciment.
Le plus difficile restait à accomplir: endormir l'attention des cerbères et faire de la bonne besogne sous leurs yeux.
Le chauffeur explique aux sentinelles «le motif» de notre présence.
Pendant quelques instants, on discute; les minutes paraissent des siècles. Enfin, le camion pénètre sur le pont de pierre et s'arrête à proximité de la première arche, rive sud cigarette aux lèvres, après avoir comblé de
« V.F.» (cigarettes), les sentinelles charmées de la gentillesse belge, les quatre hommes effectuent le déchargement. Les Allemands contemplent satisfaits le bel alignement des sacs de «ciment».
Le major «Bob» fait placer à l'extrémité de chacun des sacs de poudre, deux crayons à temps 5h30, c'est-à-dire, que l'explosion doit normalement se produire 5h30 plus lard vers 02h00 du matin. Après un dégoupillage laborieux opéré avec les dents par Jacoby, notre bonne troupe vida les lieux.
Cela réussira-t-il? Nous souhaitions tous être quelques heures plus vieux. A partir de minuit, relate le major, je devenais anxieux, vers 01h00, je craignais le pire. Enfin, vers 02h00, nous entendions de Huy, la réjouissante explosion. Des renseignements qui nous furent fournis le lendemain par un témoin oculaire, nous confirmèrent qu'une brèche de cinq mètres de long sur trois de large avait été occasionnée et le pont était hors d'usage pour longtemps; deux allemands étaient tués et deux autres blessés.

L'effet moral, est-il besoin de le dire, fut excellent; toute la population d'Andenne et les Allemands eux-mêmes, étaient convaincus de la chute d'une torpille atteignant l'objectif en plein. Les Allemands casernés à Seilles réagirent d'une façon amusante, n'écoutant que leur courage, ils s'élancèrent tous dans une course olympique vers les bois environnants.
De nombreux officiers vinrent constater les dégâts le lendemain matin. Mais c'est seulement 15 jours plus tard que la rumeur publique les mis au courant de la réalité des faits.

Les ponts d’Andenne.
Le premier pont connu, reliant les deux rives de la Meuse, fut construit vers le deuxième siècle de notre ère.
Il fut détruit en 1152 pendant la Guerre de la Vache par les troupes de Henn de Leyen, Prince-Evêque de Liège, en guerre avec Henri l'Aveugle, du Comté de Namur.
Jamais ce pont ne fut reconstruit. Les deux rives furent desservies par un bac.
C'est en 1853 qu'un nouveau pont fut inauguré. Il devait subsister jusqu'en août 1914, lors de la première guerre mondiale.
En 1915, le Génie allemand construisit un pont métallique. De grandes poutrelles rivées et croisillonnées reposaient sur deux culées, de chaque côté de la rive et sur deux piliers construits dans le lit du fleuve. Les poutrelles du bas étaient renforcées par une superstructure également en acier. Un platelage fait de grosses pièces en chêne en assurait le tablier.
Certains le trouvaient disgracieux, mais il était solide et résistant. Il avait la structure et le caractère de l'époque.
Ce pont résista jusqu'en 1936 lorsqu'il fut décidé de le remplacer par un ouvrage d'art. Il fut déplacé par les entreprises Juvenal Mylle d'Ostende.
En 1938, le pont, qui à l'époque, était considéré comme le plus beau pont sur la Meuse, fut inauguré en grande pompe. Malheureusement, ce beau monument eut la vie courte. En mai 1940, il s'effondra, le Génie Belge le fit sauter pour ralentir l'avance des troupes allemandes qui déferlaient sur le pays.
Un dépôt de matériel de la firme Mylle se trouvait toujours sur le territoire de Seilles. Les Allemands firent appel à la société pour construire un pont provisoire avant d'entamer les travaux de reconstruction du pont en pierres sur les mêmes données que celui de 1938.
Les travaux furent souvent entravés par des actions de l'Armée Secrète, qui mit à mal une arche. C'est le contremaître, Louis Charles, de l'entreprise Mylle, qui devait avertir les patriotes que plus rien ne s'opposait à leur entrée en action. C'est avec un culot incroyable que ceux-ci entrèrent sur le chantier dans un camion chargé d'explosifs, cachés sous des sacs de ciment. Les hommes de l'Armée Secrète parlementèrent longtemps avec les sentinelles allemandes au sujet de l'arrivée tardive d'un chargement. Ils donnèrent de quoi manger, boire et fumer au "Felgraus". Ceux-ci, sans doute, se laissèrent-t-il convaincre car nos maquisards purent arrêter leur camion au milieu du pont et mirent les explosifs en place.
Pendant la seconde partie de la nuit, ce fut l'explosion. Les Allemands, au vu de la brèche, étaient convaincus de la chute accidentelle d'une torpille aérienne. Cette nuit-là, en effet, ce fut par vagues incessantes que passèrent les avions alliés dans notre ciel.
Voici les noms des quatre héros qui exécutèrent ce travail : Gibels Fernand de Sclayn, Husson Emile d'Andenne (mort glorieusement à Ohey lors des combats de la Libération), Jacoby Gustave de Sclayn (mort pour son pays à Vyle-et-Tharoul) et un certain Sillien de Pontillas.
Le pont était presque terminé quand, peu avant l'arrivée des troupes alliées, lors de leur retraite, les Allemands firent sauter et le pont provisoire et le pont en pierres.
Pendant les travaux du nouveau pont provisoire, tôt le matin jusque tard le soir, un remorqueur faisait la navette entre les deux quais. Le pont, petit à petit, prenait forme. Il se composait d'une passerelle en charpente métallique, en trois sections, posées sur des pilotis de bois, battus dans le lit de la Meuse, formant piliers et fortement reliés par des charpentes boulonnées. Un tablier de bois servit de lien entre Seilles et Andenne.
C'était étrange comme ces deux passerelles ressemblaient curieusement au pont que les Allemands avaient construit en 1915. Cette passerelle eut la fâcheuse réputation d'avoir été la cause de nombreux accidents mortels et ce jusqu'en 1957.

Le 14 septembre 1957, un grand cortège, formé de diverses sociétés d'Andenne et de Seilles, parcourut les rues pour l'inauguration officielle du nouveau pont reliant les deux communes.
De 1931, lors de mon premier passage sur le pont métallique construit par les Allemands et jusqu'en 1957, j'ai connu le premier pont métallique, le pont en pierre de 1938, la passerelle en 40-41, l'embryon de pont de pierres en 1942, une nouvelle passerelle en 1946 et le dernier pont, en 1957; soit, au total, en un peu plus de 25 ans, quatre ponts dont un au début de sa construction, fin 1941, et deux passerelles.

Quand je suis entrée dans l’armée blanche A.S. c’est Julien Desplanque qui m’a recrutée. Je suis passée ensuite sous les ordres directs de Luc Crefcoeur qui était le chef de la section “198 “ Je portais le numéro “198102“ et nous faisons partie du “G 4 “ dirigé par Alphonse Mahy. Ces trois personnes sont nommées prècédement.

Texte recueilli par Prosper Vandenbroucke et écrit par Madeleine Tasset ( 83 ans, membre de l’A.S. – quatre citations et médailles - et habitant actuellement en Italie)
Lorsque Mme Tasset parle du Major “Bob” elle nous parle de son père.


 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 28/05/11


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