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Rss Samoyède 2 - Frans Mertens
Cette nature très expansive.


Jeune volontaire de la guerre 14-18, blessé et resté affligé d'une claudication qui le signalait sans erreur, Frans Mertens faisait partie d'une très nombreuse famille anversoise. Son caractère très liant lui avait valu beaucoup d'amis dans bien des milieux étudiants, avocats, anciens combattants, associations politiques et radiophoniques. Il était d'une nature confiante et s'il savait écouter en compagnie, il savait surtout beaucoup parler. Sa pratique du barreau et du micro de Radio-Courtrai avaient développé son don de la parole.
Du point de vue radio - cette particularité avait beaucoup frappé Paul Levy - s'il présentait d'autres avantages que François Landrain, il y avait un parallèle entre les deux hommes à cette différence que Mertens était surtout introduit chez les intellectuels de ce média tandis que François Landrain entretenait ses relations dans le monde de la technique. Ils se complétaient. En principe, l'association pour un travail clandestin, qui dépasse nos imaginations d'aujourd'hui, aurait dû fonctionner sans accroc. Mais d'un point de vue caractériel, les deux hommes se situaient aux antipodes.
Tandis que Frans Mertens avait hérité d'une nature expansive, François Landrain était d'une retenue totale. Frans Mertens était un homme très accueillant, dilaté, qui se confiait facilement et qui de ce fait prenait des risques sans calcul. François Landrain, sans être pour autant inamical, avait un comportement très réservé, très méfiant et autoritaire.
En parlant de Frans Mertens, Jacques Veldekens, appelé à devenir Samoyède 3, dira un jour: "Il ne fallait pas bavarder longtemps avec lui pour comprendre qu'il avait des activités dans la clandestinité. Il était courageux, audacieux à la limite de la témérité, précisément parce qu'il plaçait son action sur un plan très élevé et très patriotique.
Pour avancer, pour trouver des hommes, il fallait que d'autres s'exposent. Au qualificatif de bavard, que François Landrain donnait à Frans Mertens, j'oppose celui d'expansif.
Ce comportement présentait des risques que Frans Mertens a encourus et payés de sa vie. Il s'est exposé d'une façon que l'on peut qualifier d'héroïque parce qu'il s'agissait en lui d'un don de sa personne, d'une vertu qui dépasse celle du commun des mortels.
Le bavard c'est quelqu'un qui parle pour ne rien dire. Mertens parlait uniquement pour inspirer aux autres la volonté d'agir, pour nouer des contacts, pour trouver des renseignements, des possibilités d'actions, pour aller de l'avant, pour être une plaque tournante, un moyen d'intercommunication entre les groupes. Il a grandement joué ce rôle tout à fait à son honneur. Loin de lui en vouloir pour les risques qu'il a créés autour de lui, je rends hommage à son activité, à sa mémoire"
.

Le scepticisme du père Léopold ...
Trouver des possibilités de développer des actions, c'était un peu la hantise de Frans Mertens. Depuis 1941, il était en relation avec un certain nombre de groupes de renseignements ou d'organisations de résistance.
Si au début de l'occupation les messages étaient transmis à Londres par le truchement de filières humaines, dans le dernier trimestre 1941 déjà, les transmissions radiotélégraphiques, organisées de Londres par les Anglais sur le territoire belge, étaient déjà bien établies. Des émetteurs transportables avaient été parachutés ainsi que des hommes, tous belges. Frans Mertens entretenait des liaisons à ce niveau-là également.
C'est encore une des raisons pour lesquelles Ginette Samuël avait tenu à le mettre en rapport avec Paul Levy, avant son départ pour Londres. Mais à l'époque, Frans Mertens était aussi inspecteur aux Dommages de guerre. Il avait, en poche, un libre parcours sur les chemins de fer et il se rendait un peu partout dans le pays pour établir des dossiers, éclaircir les cas litigieux.
En février 43 le message annonçant l'arrivée de Paul Levy à Londres a été reçu en Belgique depuis sept mois. Il en a été informé personnellement par François Landrain, mais depuis sept mois également il espère chaque jour la transmission d'un deuxième message, annonçant l'arrivée d'un agent.
En février 43, l'impatience de Frans Mertens est à son comble. Il ne croit plus à la venue d'un parachutiste et décide d'agir sans plus attendre. A la fin du mois, il frappe à la porte du Couvent des Carmes à Courtrai où il est reçu par le Père Léopold qu'il connaissait puisqu'il s'était occupé de la station locale "West-Vlaamsche Radio-Omroep" (Radio de Flandre Occidentale), tombée entre les mains de l'occupant en mai 1940 et qui avait été remise en service, à titre de station de brouillage à la Pentecôte 41, dans la petite commune de Vichte.
Le Père Léopold était un des membres influents du Conseil d'Administration de cette institution, avant la guerre, ainsi que l'Abbé Gillon. Frans Mertens ne se trompe donc pas de porte. Il n'hésite pas non plus à entrer dans le vif du sujet. Il expose, en deux questions, le sens de sa démarche:
1° ne serait-il pas possible d'organiser une action contre la station de Vichte afin de réduire l'émetteur au silence?
2° Ne devrait-on pas envisager, à Courtrai, la construction d'un émetteur clandestin susceptible d'entrer en service le jour même de la libération de la ville?
Le Père Léopold connaît bien Frans Mertens. Il sait qu'il a la langue bien pendue.
Il le connaît peut-être même trop bien. Tout en trouvant intéressantes les idées qui viennent de lui être exposées, mais qui ont déjà été ruminées de nombreuses fois à Courtrai, il reste assez réservé. Il se déclare d'accord en principe mais il souhaite un peu plus de poids à cette visite impromptue.
Réalisant que le Père Léopold se cantonne dans une certaine prudence, Frans Mertens ajoute, dans l'espoir de se faire dédouaner: "J'ai un contact radio avec Londres. Je peux faire passer deux messages personnels en vous communiquant les jours et heures d'écoute. Nous pouvons rédiger ces messages immédiatement".
Le Père Léopold reste sceptique. Il sait qu'à Bruxelles certains milieux font état de messages personnels, en les transmettant à Londres à la légère, peut-être pour se faire valoir. Il répond à Frans Mertens qu'il ne se satisfait pas de messages personnels.
Il réclame une garantie supplémentaire, plus substantielle, c'est-à-dire un contact avec un responsable, une personnalité. Par discrétion, il ne cite pas le nom de Jan Boon (représentant en territoire occupé du Conseil d'Administration de la RNB -radio nationale belge - constitué à Londres, mais Frans Mertens comprend que c'est bien de lui qu'il s'agit.

... et l'obstination de Frans Mertens.
Mais pour Frans Mertens, comme pour François Landrain. comme pour beaucoup d'autres, les événements vont se précipiter après le 13 mars 1943, date de l'arrivée du parachutiste. Précision intéressante: Frans Mertens n'a pas rencontré Jan Boon entre le jour de sa visite à Courtrai et celui du parachutage. On sait, d'autre part, que Freddy Veldekens rendit sa première visite à François Landrain avant de contacter et d'établir les liaisons avec les autres agents sélectionnés par Paul Levy. Dans la deuxième quinzaine de mars, François Landrain avait accepté de réaliser la partie technique de l'entreprise, sous trois conditions:
1° être le chef de la branche dont il comprenait l'importance capitale pour la mission;
2° obtenir une reconnaissance officielle à ce titre;
3° être soutenu financièrement de manière à pouvoir se procurer, dans le commerce, les éléments indispensables à la réalisation des émetteurs.
Ces conditions furent admises par Freddy Veldekens.
François Landrain avait appris que la Mission Samoyède présentait d'autres aspects et en revendiquant le monopole de la partie technique, il voulait prévenir les interférences éventuelles entre les autres branches. Son réseau d'émetteurs il le concevait à sa façon, de la manière la plus sécurisante possible et en assumant toutes les responsabilités. Il avait toutefois été convenu, entre les deux hommes, que Frans Mertens serait la doublure de Freddy Veldekens en cas d'arrestation ou après son retour pour Londres. L'organisation des émetteurs fixes était ainsi devenue une branche autonome. Début avril, une information, qu'il tient probablement de Jan Boon, déclenche les foudres de François Landrain. Frans Mertens a rendu une deuxième visite à Courtrai. Il déclare au responsable de la mission qu'une telle attitude est contraire aux conventions et qu'il n'admettra plus semblable immixtion dans son secteur. Apparemment Frans Mertens, dont on connaît le bouillant désir de faire avancer les choses, n'avait pas mieux réussi, dans son entreprise, que la première fois. Le Père Léopold tenait, avant tout autre chose, à se faire couvrir par Jan Boon.

L'intronisation de Samoyède 2.
L'intronisation de Samoyède 2 a lieu à la mi-juillet 1943, lors du départ de Freddy Veldekens. Automatiquement Jacques Veldekens, son éventuel successeur, se retrouve dans l'obligation d'avoir, à portée de main, les rênes du réseau.
Il a déjà été dit qu’il occupait un appartement rue Frans Merjay, au premier étage de l'avant-dernière maison formant coin avec la rue Darwin. Et que Frans Mertens logeait presque en face, au deuxième étage d'un immeuble de la même rue faisant coin, lui aussi, avec la rue Darwin. Il suffisait ainsi à Frans de placer, à la fenêtre de son appartement, un journal en position debout, pour que Jacques sache que tout allait bien, qu'il n'y avait pas de danger. Grâce à cette simple astuce, les deux hommes se rencontraient assez régulièrement sans éveiller l'attention des habitants du quartier. Pour succéder à Léon Bar, arrêté, un nouveau radiotélégraphiste est parachuté le 15 septembre. Il portait à Londres le nom de Graziano, il dira à Bruxelles s'appeler Marcel Jacquet mais on doutera toujours de sa véritable identité.
Il sera baptisé Ping-Pong 2.
Il n'est pas d'une grande efficacité pour le réseau. Il répète inlassablement la même, antienne: "Je ne parviens pas à accrocher Londres". Il prétend aussi éprouver de grandes difficultés à percevoir audiblement les émissions françaises de la BBC ou de la RNB, ce qui présentait infiniment moins de risque que de contacter Londres. Il ne reste pas à Bruxelles un jour de plus que le temps de sa mission soit trois mois. Personne ne regrette son retour. Mais on conserve son code et son plan d'émission.

L'astuce des frères Frans et Jean Soetens.
Vers la mi-décembre 1943, Jacques Veldekens, qui avait eu la charge des groupes de réception des parachutistes mais qui à ce moment avait la responsabilité des émissions, rencontre à Bruxelles, à l'intervention de Charles Blaze, un spécialiste capable de reprendre le programme de Jacquet, sous le surnom de Ping-Pong 3.
Il s'agit de Raoul Dubois, homme courageux et chef-technicien à la Régie des T.T. (Télégraphes et téléphones).
Il commence à opérer fin de l'année. Il a trouvé deux auxiliaires très particuliers qui vont lui rendre de grands services: les frères Soetens.
Un radiotélégraphiste n'avait pas le droit de transporter son émetteur qui représentait tout de même un volume de 30cm x 40cm. Or, cet émetteur ne fonctionnait pas toujours dans la même cache. Il était donc nécessaire de le déplacer régulièrement d'un quartier à un autre. Depuis juillet les policiers allemands opéraient régulièrement des fouilles en rue, il convenait donc d'être très prudent. Or, les frères Soetens exploitaient à Bruxelles, rue Blaes, ce qu'on appelait à l'époque un "bollewinkel", c'est-à-dire un magasin de bonbons, de friandises pour enfants. Ils fixaient, sur le porte-bagages de leur vélo, une caisse de sucreries aux dimensions nettement supérieures à celles de l'émetteur, surtout en hauteur. Ce procédé leur permettait de déverser, sur l'appareil, des kilos de friandises. Quand ils franchissaient un contrôle, les Allemands enfonçaient une main dans la boîte, n'hésitaient jamais à mettre en poche une ou deux poignées de bonbons. Ce fut là un des moyens les plus astucieux utilisés à Bruxelles pour le transport d'un émetteur.

L'arrestation de Raoul Dubois, Ping-Pong 3
Raoul Dubois sera arrêté le 30 janvier par les gens de la SIPO dans des circonstances pour le moins troublantes. Fin janvier, le réseau se trouvait à court de lieux d'émissions. Ayant des messages à transmettre, Raoul Dubois fixe son choix sur un ancien local des environs de la place Emile Bockstael, un endroit qui était "brûlé". Il est accompagné par la sœur d'un vicaire de la paroisse de Sainte-Gudule, Mme Devigne.
Soudain, le couple réalise que quelque chose d'anormal se passe. Le quartier est truffé de voitures mais aucun policier n'est en vue. Raoul Dubois porte une serviette à double fond dans laquelle il dissimule des documents. Inconvénient des valisettes à secrets (elle avait été fabriquée par un maroquinier de la rue du Midi), on y croit et on conserve des documents compromettants et même des adresses. Habitudes de débutants! Conscient du danger, le couple se sépare. Mme Devigne se déporte de l'autre côté de la rue tandis que Raoul Dubois poursuit tout normalement son chemin. Il est intercepté dans la minute par des policiers de la SIPO. Sa valisette est enlevée, il doit passer ses mains dans les poches de son imperméable préalablement déchirées. Les menottes qu'il porte aux poignets sont ainsi parfaitement dissimulées aux yeux des passants. Il est ensuite affligé d'un paquet sous le bras et tenu de faire le poireau à l'arrêt d'un tram. Raoul Dubois n'est plus qu'un appât. C'est ce que pense Mme Devigne en repassant sur les lieux et en remarquant la disparition de la valisette. Ses regards croisent ceux de Dubois mais les attitudes restent impassibles. Cachés une fois de plus, les policiers allemands restent en observation. Espèrent-ils mettre la main sur des vigiles?
Fort heureusement, ce jour-là, Raoul Dubois n'avait d'autre accompagnateur que Mme Devigne.
Au lieu de mordre à l'hameçon, Mme Devigne regagne en hâte son domicile, rue de Ligne, afin d'alerter Charles Blaze, son voisin. Un doute persiste quant à la situation réelle du radiotélégraphiste. Mme Devigne prie son fils, âgé de 15 ans, de rendre une visite au domicile de Raoul Dubois mais déjà les Allemands sont dans les lieux. L'adolescent est cueilli à son tour. Sa carte d'identité va révéler aux policiers l'adresse de ses parents. Mme Devigne et Charles Blaze sont arrêtés.
Le double fond du porte-documents de Raoul Dubois n'était qu'un travail d'amateur naïf. Les Allemands ne tardent pas à découvrir des adresses très utiles, de nouveaux noms dont ceux des frères Soetens. C'est le policier allemand, l'Oberfeldwebel Perdersani, de la Geheime Feldpolizei, qui avait monté ce piège avec la complicité évidente d'un indicateur. Un policier dont on dira plus tard qu'il avait été cuisinier à Londres et qu'il parlait anglais et français à la perfection.
Raoul Dubois fut l'unique radiotélégraphiste arrêté en rue, c'est-à-dire hors le repérage habituel des véhicules goniométriques. Il est clair qu'il a été identifié, au passage, par un individu qui ne connaissait pas Mme Devigne. La présence au sein du réseau d'un indicateur ne paraît plus devoir faire le moindre doute.
Charles Blaze confirmera d'ailleurs, début des années 80, qu'au sein du réseau Samoyède, en janvier 44, on avait l'impression que des agents étaient pistés.
En procédant le même jour à l'arrestation de Raoul Dubois, des frères Soetens, de Mme Devigne, de son fils, de Charles Blaze et, dans les jours qui suivirent, d'une série d'autres personnes au domicile desquelles des émissions avaient été transmises et dont les adresses étaient dissimulées dans la valisette à "secret", la police allemande espérait peut-être aussi, en plus de la neutralisation de quelques vigiles, trouver la filière conduisant aux émetteurs fixes, en cours de montage. Son indicateur, infiltré dans le réseau, avait sans doute connaissance de cet autre aspect de la mission dont la porte, fort heureusement, était solidement cadenassée par François Landrain, homme d'une méfiance exceptionnelle et d'une discrétion absolue.

30 juin 1944, une date fatidique pour Camille Detremmerie, Ping-Pong 4
Raoul Dubois arrêté, il faut lui trouver un successeur. Vers la mi-février Camille Detremmerie, qui avait suivi des cours de morse dans sa jeunesse et qui s'était perfectionné dans la discipline durant son service militaire passé aux RTT-Radio, est contacté par un certain Mantiers qui se déclare membre du groupe OMBR (Organisation Militaire Belge de Résistance). Mantiers lui propose d'investir dans la résistance et d'accepter une mission de radiotélégraphiste. Camille Detremmerie accepte. A cette époque, il était chef de laboratoire dans une entreprise radio de Bruxelles. Mais très curieusement, il ne rencontrera Mantiers qu'une seule fois. Après avoir marqué son accord, il sera approché par un commissaire-inspecteur de la ville de Bruxelles, Emile Van Frachen, qui devait sans doute agir en tandem avec Mantiers. Van Frachen est plus explicite. Detremmerie succédera à Raoul Dubois. Ses lieux d'émissions lui seront précisés au fur et à mesure des nécessités. Exception faite d'un appartement situé au boulevard Brand Whitlock, Camille Detremmerie émettra à partir de caches toutes situées à l'ouest de Bruxelles: Dilbeek, Laeken, Molenbeek. Mais Van Frachen ne se contentera pas de trouver des caches, il sera également informé, dans la plupart des cas, des lieux et heures d'émission. C'est ainsi que le 6 juin il apparaîtra sur le lieu d'une transmission de Camille Detremmerie avec, en poche, une petite bouteille de cognac.
Il entend trinquer pour fêter le débarquement en Normandie. Très curieusement, comme s'il avait éprouvé le besoin de se justifier, il sortira de son portefeuille un document attestant de sa qualité de résistant, pendant la guerre de 14-18, ce dont il n'avait jamais parlé.
L'appartement d'un garçon qui se chargeait du transport des émetteurs sera fatal à Detremmerie le 30 juin. Cet endroit, situé boulevard de Smet de Naeyer à Laeken, venait d'être doté d'un émetteur de réserve. A l'heure convenue, Camille Detremmerie passe les messages sur son émetteur habituel. A la fin de l'opération, il a l'idée saugrenue (toujours cet excès de confiance chez les radiotélégraphistes) de faire un essai de l'émetteur de secours.
Un vigile était dans la rue mais aucun observateur n'était posté à la fenêtre de l'appartement. L'homme de garde voit apparaître le véhicule goniométrique des services allemands de dépistage. Il se dirige vers l'immeuble pour alerter Camille Detremmerie, ouvre la porte, mais les Allemands, qui n’ont pas été dupes, sont sur ses pas.
Ils investissent la maison et Camille Detremmerie est arrêté.

Un autre procédé ingénieux de transport des émetteurs.
Camille Detremmerie s'est peut-être interrogé sur la manière dont son émetteur était transporté d'une cache à l'autre mais il s'est toujours bien gardé de poser des questions à ce propos. Sous l'occupation, il était sage de s'en tenir au minimum de renseignements indispensables à l'accomplissement d'une mission. Après l'arrestation des frères Soetens, on avait mis au point un procédé moins astucieux peut-être mais tout aussi efficace. Le transport de l'émetteur était pris en charge par un technicien en radio, propriétaire d'un magasin de récepteurs. Il avait qualité pour vendre des postes de radio et pour les réparer. Il était donc normal de le voir véhiculer, dans Bruxelles, des récepteurs. Or, il avait truqué un appareil de radio de manière à pouvoir dissimuler un émetteur. Il fallait être hautement spécialisé pour détecter la supercherie. Il franchissait ainsi les barrages sans problème car les Allemands, affectés aux contrôles et aux fouilles, n'étaient pas nécessairement connaisseurs en matière de radiophonie.

Louis Roland, Fernand Van Hacht, Léon Dewinter.
Camille Detremmerie ne fut pas, à Bruxelles, le dernier radiotélégraphiste. Parallèlement Louis Roland, de Houdeng-Aimeries, radio-amateur depuis 1929 et ... rentier de profession, émettait depuis son petit château de Génival. Les messages Bruxelles-Houdeng-Londres et retour passaient par une filière organisée par François Landrain. L'alternance entre Bruxelles et Houdeng des contacts avec Londres, assurait une plus grande sécurité des émissions en partance de Bruxelles où les services allemands de détection étaient actifs et bien équipés. Il n'était toutefois pas possible d'utiliser, en permanence, les services de Louis Roland. Le dernier radiotélégraphiste bruxellois fut Léon Dewinter, un hennuyer que le "Political Warfare Executive" avait parachuté en juin.
Les Anglais l'avaient baptisé Polka. C'était un garçon complaisant et volontaire mais qui éprouvait souvent des difficultés pour accrocher Londres. Il échappa à l'arrestation le 1er août 1944 mais un de ses guetteurs nommé Boedts n'eut pas cette chance.
Après la Libération, Léon Dewinter se porta volontaire pour une nouvelle mission en Allemagne. Hélas! son avion fut abattu le 21 mars 1945 et il perdit la vie.
En août, la Mission Samoyède pouvait encore compter sur le concours d'un autre radio amateur Fernand Van Hacht. Il était caissier à la banque de la Société Générale.
Célibataire à l'époque, c'était un homme dévoué et allant. Mais on lui demanda surtout de rester à l'écoute des émissions françaises de la BBC et de la RNB. Il disposait d'un très bon appareil récepteur qu'il avait construit lui-même. Il put ainsi recueillir des messages et nombre d'informations utiles dans le dernier mois des combats. Tous ces radios-amateurs furent des gens passionnés, fantastiques. Ce fut une véritable révélation pour Jacques Veldekens, qui avait repris la direction du réseau le 29 février, de découvrir combien étaient approfondies les connaissances très spécialisées de gens simples, n'ayant pas fait d'études particulières mais qui étaient doués, dans l'art du bricolage, et qui s'avéraient d'un acharnement constant pour monter et perfectionner leurs appareils afin de pénétrer toujours mieux ou plus loin dans le monde des ondes.

Pas facile de faire accepter aux Anglais des terrains de parachutage à proximité de Bruxelles.
Mais revenons dix mois en arrière pour parler d'une grande espérance que nourrissaient les membres de la mission et tout particulièrement François Landrain: les parachutages. A vrai dire, ils furent décevants.
Il était difficile de faire admettre aux Anglais des terrains de parachutage. C'est le commandement de la RAF qui avait le dernier mot. Des propositions étaient faites en fonction des possibilités de réception en territoire occupé. Le centre nerveux de Samoyède était à Bruxelles. Il fallait trouver des terrains réduisant les transports au minimum. Depuis fin juillet 43, les Allemands multipliaient les fouilles dans les grandes villes et les barrages sur les routes d'accès. Ils arrêtaient les tramways, ouvraient les colis, les valises, les serviettes. Ils cernaient, très tôt le matin, des quartiers entiers.
Ils établissaient des souricières le long des routes. Or, après un parachutage de nuit, il convenait d'évacuer le matériel en un temps record dans des lieux très sûrs. Il fallait, en outre, constituer des comités de réception, placer des hommes porteurs de torches aux quatre coins du terrain choisi afin de pointer les lueurs vers le ciel à l'approche de l'avion. Le réseau Samoyède n'avait pas la possibilité de sélectionner des terrains dans les Ardennes ou en Campine. Lorsqu'un terrain était enfin agréé par la RAF, il fallait en relever les coordonnées. Les gens de la mission et ceux qui leur venaient en aide n'étaient pas tous des professionnels de la géométrie. Enfin, lorsque les préparatifs étaient terminés, fallait-il encore que la RAF procède aux parachutages annoncés, ce qui n'était pas toujours le cas. Pour l'un ou l'autre motif, peut-être le vent, la pluie, les nuages trop abondants, les avis passés à la radio restaient sans suite. On en arrivait à douter du sérieux de ces messages, du sérieux des pilotes. On se demandait s'ils ne larguaient pas leurs containers en mer.
De tous les parachutages promis deux seulement furent reçus. Le premier eut lieu dans la nuit du 19 août à Kester, terrain retenu sur suggestion de Jacques Veldekens. Haut lieu, avant la guerre, du mouvement extrémiste flamand où le fameux leader Staf Declerq avait commencé sa carrière d'instituteur et où ces mêmes nationalistes ont voulu l'enterrer après la guerre, Kester avait été choisi pour son point facilement repérable: l'Yserman (L'homme de fer, un repère géodésique).
A proximité, on trouvait des creux très favorables. En outre le garde-chasse, Theofiel Jacobs, connaissait bien les lieux. Il était parvenu à associer aux opérations plusieurs membres de la gendarmerie de Kester ainsi que le maréchal des Logis, Depoorter, qui commandait la brigade. Deux bourgmestres, avocats dans la famille, des notables dans le Pajottenland (région situé au sud et à l’ouest de Bruxelles), il n'en avait pas fallu davantage à Jacques Veldekens pour que Frans Mertens soit assuré du concours de gendarmes et de plusieurs gardes-chasses, tous des hommes ne craignant pas la nuit et recrutés par Theofiel Jacobs.

Deux parachutages, pas un de plus.
Le premier parachutage, celui de la nuit du 19 août, restera très spectaculaire dans les mémoires. Les vigiles sont en place, ils pointent les torches électriques vers le ciel dès qu'ils perçoivent le ronronnement de l'appareil. Les containers sont lâchés. Ils ont 1m50 de longueur sur 30 à 40cm de largeur et de profondeur. En un temps record les parachutes sont roulés en boule mais chaque container nécessite la présence de deux hommes afin de les transporter, par de très mauvais chemins, vers une cache repérée au préalable. En heurtant le sol, aussi lourdement chargés, ils ont laissé des traces tout comme les porteurs (empreintes de pas dans la terre). Les Allemands n'ont pas été dupes. Au lever du jour, ils sont sur place par dizaines. Ils patrouillent dans toute la région et arrêtent leurs investigations, par un coup de chance extraordinaire, à la limite de l'immeuble situé juste avant celui de la cache. Il ne leur est pas difficile de comprendre que ce parachutage a bénéficié d'un concours assez important d'hommes. Dans les jours qui suivent, l'étau se resserre autour de ceux-ci. Seront arrêtés, outre Theofiel Jacobs, Franz Janssens, Auguste Van Laethem, Franz Ringoet, Petrus Deweert et le premier maréchal des Logis Depoorter. Un certain nombre de gendarmes se réfugieront dans la clandestinité.
Le deuxième parachutage eut lieu dans la nuit du 10 janvier 1944 à Lennik. (village à l’ouest de Bruxelles)
Londres avait promis quinze colis. Deux seulement furent largués. Où passèrent les autres?
Mais le matériel parachuté, aussi bien le 19 août que le 10 janvier, valait-il ces déploiements d'hommes, les risques encourus et les arrestations ultérieures? Les containers du 19 août renfermaient quelques armes, moins de 10 revolvers de calibre 7,65 avec quelques balles de réserve et surtout une impressionnante quantité de brochures de propagande. Ce contenu, loin d'encourager les dirigeants du réseau, n'apportait rien de ce qui avait été demandé. Le deuxième parachutage corrigea un peu la mauvaise impression du premier. Cette fois on trouva du matériel un peu en rapport avec les objectifs de la mission.
Au premier abord du moins car les lampes radio, mal conditionnées, furent brisées. On recensa quatre récepteurs de radio de qualité très moyenne, trois petits récepteurs à piles Emerson d'une durée de fonctionnement limitée dans le temps, mais ces piles de fabrication anglaise étaient introuvables sur le marché en Belgique. Il y avait encore huit revolvers et toujours des affichettes, des tracts, des brochures ... La question sera toujours ruminée: ces deux parachutages valaient-ils les risques encourus par tant d'hommes? En réalité, ils ne répondaient ni en qualité ni en spécificité aux véritables objectifs et aux besoins de la mission Samoyède.

L'arrestation et la mort de Frans Mertens.
On ne vit pas les Allemands sur place après le parachutage du 10 janvier. Tenaient-ils déjà un tuyau pour frapper au cœur même de la mission?
Le 29 février 1944, à midi, Jacques Veldekens et Frans Mertens prennent leur déjeuner ensemble dans un restaurant de la Porte de Namur. Jacques se trouve depuis la veille dans la clandestinité car le garde-chasse Theofiel Jacobs a été arrêté.
Il apprend la mauvaise nouvelle à Frans Mertens en lui conseillant de ne plus regagner son logement. A ce moment, Mertens n'habitait plus rue Merjay mais avenue Brugmann à 200 m de son ancien appartement. Il avait mis au point un système de dépistage en lequel il plaçait une confiance exagérée. Il avait convenu d'un mot de passe avec le fils de la propriétaire de l'immeuble. Si la voie était libre, ce dernier devait lui répondre au téléphone:
"Maman est partie, elle est à la campagne".
Convaincu par Jacques Veldekens de la nécessité de prendre le large, Frans Mertens décide de passer une dernière fois à son logement afin d'emporter quelques documents compromettants. Du magasin, un "Delhaize" d'où il lance habituellement son appel à sa concierge, il voit son appartement. Il découvre même l'immeuble au complet et la rue.
Apparemment tout est calme. Il ne remarque rien de bien particulier. Il est donc loin de se douter que la SIPO occupe la maison, fouillant déjà sa chambre. Il passe le coup de fil habituel. Son jeune correspondant, atterré, prend la communication sous la menace du revolver d'un gestapiste. Il reconnaît la voix de Frans Mertens et répond autre chose que la phrase convenue ce qui signifiait bien qu'il y avait danger. Frans Mertens, qui poussait la témérité jusqu'au sublime, s'imagine que le garçon a oublié le mot de passe. Il ouvre la porte de la maison et se fait capturer à la grande désolation du fils de la propriétaire.
Les Allemands n'ont jamais su que Frans Mertens était, au moment de sa capture, le chef du réseau Samoyède ni même qu'il appartenait à la mission. Il ne connut pas le sort de Léon Bar, fusillé comme otage au Tir National, sous son faux nom. Il fut envoyé en Allemagne sous l'étiquette "terroriste". Il s'est retrouvé au camp de Flossenburg.
En raison de sa santé ébranlée, Frans Mertens a beaucoup souffert de la faim.
Vidé, épuisé, incapable de soutenir la marche forcée imposée aux prisonniers par les Allemands, alors que l'Armée Rouge était sur le point d'investir le camp, il a été abattu par les Nazis.

(Source bibliographique et photographique: "La mission Samoyède - Les maquisards de la Radio Nationale Belge 1940-1944" par Ghislain Lhoir. Editions Didier Hatier)

 
 
Note: 5
(1 note)
Ecrit par: prosper, Le: 23/06/11


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